‹ Impressions de voyage [microforme] (volume 2)Chapitre 28 sur 63 · LA VOIE APPIENNE · texte numérisé non relu

LA VOIE APPIENNE

Depuis une couple de jours, j'ai l'avantage de jouir de la société de mon parent, le juge Ernest Cimon. Je27 actobre il épousait à Québec Mile Stella Langevin, fille de Sir Hector Langevin, et partait immédiatement pour un voyage de noces. Les nouveaux mariés visitent présentement Rome et ses monuments, et je me fais un plaisir de les accompagner dans quelques-unes de leurs courses, Hier nous avons fait une excursiou dans la campagne. ; RES

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La voix Appienne, la reine des routes romaines, a été construite par le censeur Appius Claudius, ce rigide romain qui, sur la fin de sa vie, se fit porter au sénat

par ses fils, afin de combattre les propo:

sitions de paix de Pyrrhus. Les pères

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conscrits commençaient à faiblir, lorsque la mâle énergie du vieillard réveilla leur patriotisme, et leur fit adopter une résolution digne de Rome. C’est au retour de cette assemblée, que le ministre du roi d’Epire dit à son maître que le sénat lui avait paru une assemblée de demi-dieux, et Rome, un temple digne de les recevoir.

Pourrait-on rendre le même témoignage des assemblées parlementaires de nos jours où l’on tend à s’affranchir de tout décorum ? Les hommes de bien et de caractère s’y font rares, et l’austère vertu des anciens Romains se trouverait parfois dépaysée dans ces enceintes, témoins des sourdes menées de l’ambition et des lâches concessions de la diplomatie.

Appius conduisit la route qui porte son.

nom jusqu’à Capoue; plus tard on la prolongea jusqu’à Brindes, en Calabre, et on en fit une route militaire de premier ordre reliant la Méditerranée à l’ Adriati-

que. C’est une œuvre gigantesque que les siècles ont respectée. Pour en comprendre toute l'importance, on doit songer aux travaux immenses qu'ont nécessités le déblaiement, le nivellement et le pavage en gros blocs de pierre de cette route de cent vingt-cinq lieues.

La voix Appienne date du quatrième siècle avant Jésus-Christ ; elle compte donc plus de deux mille ans d'existence.

Que de fois n’a-t-elle pas vu passer les léginns romaines, partant pleines de confiance pour des gnerres lointaines, ou revenant triomphantes, chargées de dépouilles et ramenant captifs leurs ennemis vaincus !

Aujourd’hui une double rangée de monuments sépulcraux, sur un parcours de plus de cinq lieues, en fait le principal intérêt. C'était autrefois le cimetière de l'aristocratie romaine. On y remarque surtout la pyramide de Caiïus Cestius, et

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la tour de Cecilia Metella, femme du triumvir Crassus ; les murs de ce mausolée mesurent trente-cinq pieds d’épaisseur. + ak

C’est aussi dans cette campagne que se déroule à plus de trente pieds sous terre, avec ses rues tortueuses, la cité des martyrs. Les catacombes de Saiïnt-Calixte et celles de Saint-Sébastien sont surtout célèbres. Nons avons donc ici les deux Rome anciennes: la Rome païenne avec ses monuments vides et froids comme la pierre du tombeau, la Rome chrétienne avec ses reliques des saints et le parfum des vertus qui s’en exhale, Les morts illustres de l’antiquité sont encore dans la mémoire des hommes, mais leur souvenir ne parle pas au cœur ; et qui songe à leur rendre un culte ! Les premiers chrétiens ont vécu ignorés, souvent l’objet du mépris des hommes, mais ils étaient connus de Dieu. Leurs dé-

pouilles mortelles ont été déposées dans les profondeurs des Catacombes, mais elles n’y sont pas restées : on est venu les y chercher pour les placer sur les autels du monde catholique.

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