IS
peines, il se met à l’œuvre avec confiance ; la vie déborde de son cœur, illa dépensera en faveur de ce peuple confié à sa sollicitude. La misère ou le travail n’a rien qui puisse l’effrayer. Sila paroisse est nouvelle, bien des améliorations s’offrent à son zèle, telles que construction d'église, réparations de presbytère et-de salle publique. Il s’y donne de tout cœur ; car il veut non seulement l’avancement spirituel de ses ouailles, maïs aussi le progrès matériel de la paroisse.
Quelque chose d’humain pourra se mêler à cette activité des premières années ; ce zèle débordant pourra quelquefois dépasser les strictes limites de la prudence ; mais, mon Dieu ! quel est celui dont les motifs sont toujours purs de tout mélange ? Il vaut mieux pécher par excès de zôle que par apathie, et qui ne s’est jamais trompé ? La vie se passe à se proposer de faire mieux, à profiter des leçons
La première cure 183
du passé. L'expérience s’acquiert dans le commerce des hommes, et ordinairement à ses dépens ; c’est une marchandise qu’on ne se procure pas à crédit. Et il reste toujours une expérience qu’on ne possède pas et qu’on ne soupçonne pas ; la conscience que l’on a de son inexpérience peut seul en tenir lieu. … Lorsqu’on jette un regard sur la vie passée, force nous est de dire : si j'avais connu ce que je sais maintenant, j aurais agi autrement que je l’ai fait en bien des circonstances. Et probablement que plus tard nous tiendrons le même langage sur notre conduite présente.
C’est cette bonne foi du jeune homme qui se dévoué ; c’est cette formation de l'homme mûr; C’est cette acquisition lente et pénible de l’expérience des personnes et des choses ; c’est cet apprentissage laborieux de la conduite des âmes; c’est cette alternative de joies et de cha-
grins dans l'exercice du ministère paroissisl; c’est ce déploiement du premier zèle ecclésiastique ; c’est surtout cette communication intime des âmes entre le pasteur et les ouailles, c’est tout cela et bien d’autres choses qui donnent tant de charmes et attachent pour la vie à la première cure.
Dois-je l’avouert Ce qu’il m'a coûté le plus de laisser en quittant le Canada, ce ne sont pas mes parents, mais mes paroïssiens. D’où vient cette apparente contradiction ? C’est que le prêtre, en recevant l’onction sacerdotale, renonce à sa famille pour embrasser celle du Christ, et se donner à l'Église de Dieu. La paroisse que l’évêque lui confie devient son épouse d'adoption, et Dieu met dans son cœur les sentiments quidoivent l’animer à l’égard de ses paroiïssiens, ses enfants spirituels, S
Sainte-Sabine 185
Et c’est pour cela que lecuré tient tant à ce petit coin de terre, théâtre de son premier zèle sacerdotal, et s'attache à chacune des personnes qui l’habitent par le plus intime de son être.
Dans ma retraite du Collége canadien mà pensée me reporte souvent vers Alma et je me retrouve au milieu de mes paroissiens. Après le bonheur de revoir mes parents, il n’en est pas qui me sera plus sensible que celui de me retrouver au milieu d’eux, de leur parler et de leur presser la main avec affection.
BAINTE-SABINE
Dimanche, 3 janvier.—Sainte Sabine, noble dame romaine, fut convertie par sa servante Sérapie : preuve des prévenances de la Providence qui sait faire arriver le salut aux personnes de bonne volonté, et se sert queiquefois des instruments les plus infimes pour accomplir les vues de
186 Impressions de voyage sa misériccrde, preuve encore du pieux prosélytisme qui animaït les premiers chretieñs anxieux d'opérer de nouvelles conversions. Ici, c’est une servante ignorée qui se fait apôtre et convertit sa maftresse par ses paroles, ses exempleset ses prières. | - Sabinene tarda pas à être arrêtée comme chrétienne : ‘N'est-ce pas vous, lui dit ‘le juge, qui êtes Sabine, illustre par ““votré naissance et votre mariage ?
“Oui, c'est moi, mais je rends grâce à ‘* Jésus-Christ qui, par le moyen de sa ‘“ servante Sérapie, m’a délivrée de l’es- ‘“ clavage du démon.” La nouvelle convertié confessa généreusement sa foi.
Ellé éut la tête tranchée dans la maison patèrnelle, à l'endroit niême où s’élève aujourd’hui une église en son honneur.
L'église de Sainte:Sabine avec le couvent adjacent sont restés célèbres dans les annales dominicaines. C’est:là, en
Sainte-Sabine …: 187
effet, qu'est le berceau de l'Ordre. Le pape Honorius III en fit don au glorieux fondateur qui laissa Saint-Sixte pour aller s'établir sur le mont Aventin. On montre encore l’étroite cellule où Dominique revêtit l habit des Frères Précheurs, là où il passait de si longues heures en prière avec saint François d'Assise ; on voit aussi la pierre sur laquelle il s’agenouillait des nuits entières. ‘“J'out auprès est la cellule qu’habita Pie V avant d’être élu Pape.
- Dans le jardin du couvent existe un oranger six fois séculaire que planta le bienheureux fondateur. C’est en parlant de cette arbre que saint François de Sales écrivait à Madame de Chantal: ‘Jai f* vu un arbre planté par le bienheureux “ saint Dominique à Rome; chacun le ‘va voir et le chérit pour l'amour du ‘planteur; c'est pourquoi ayant vu en ‘vous l'arbre du désir de la sainteté que
‘€ Notre Seigneur a planté en votre âme, ‘< je le chéris tendrement, et prends plai- ‘* sir à le considérer. Je vous exhorte ‘“ d’en faire de même, et de dire avec ‘* moi: Dieu vous croisse, o bel arbre ‘< planté! divine semence celeste, Dieu *“ vous veuille faire produire votre fruit ‘* à maturité ! ”?
Au commencement de notre siècle l oranger historique, que son écorce ne protégeait plus, allait dépérissant, lorsqu’il donna naissance à un rejeton plein de vie. (C'était le temps où Lacordaire rentrait au noviciat à Sainte-Sabine même N'était-ce pas un gracieuse et frappante image de la restauration de l’Ordre en France par le novice de Sainte-Sabine.
Nous avons cueilli, pour le conserver en souvenir, un fruit de l’arbre deux fois célèbre. . | |
Lorsqu’on visite l’église, on reste étonné de trouver dans une chapelle retirée
re nent
Crèche de Noël chez les Chers Frères 189
me, un tableau qui nous frappe par l’expres-
plai- sion et le relief des figures ; on s'arrête orte pour le contempler. Nousavons devant avec : nos yeux le chef-d'œuvre de Sassaferrato ; rbre il représente saint Dominique recevant Dieu ‘le: saint Rosaire des mains de la Sainte fruit Vierge en présence de sainte Catherine,
En vertu des lois injustes de l'Italie une, les Dominicains ont été chassés de leur monastère. On a bien voulu seulement laisser quelques religieux, et tolérer qu’ils prennent soin des chambres plus célèbres que les pèlerins peuvent visiter.