LA PREMIÈRE CURE
2 janvier. —J’éprouve quelquefois des sent.ments de tristesseet d’ennui. On ne peut en effet rompreimpunémentavec son genre de vie habituel, et un curé ne peut brusquemeut renoncer à tous les travaux du ministère actif sans qu'il y ait froissement et brisement de cœur. Accoutumé à vivre au milieu de paroissiens qui lui témoignent confiance entière, il finit par s'identifier avec eux, et à vivre quelque peu de leur vie. Les confidences qu'il reçoit, les conseils qu’il donne, les instructions qu'il distribue du haut de la chaire, les malades, les affligés qu'il visite et console : tout l’attache à cette population au milieu de laquelle il est appelé à vivre ; vient un temps où c’est un
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besoin de travailler pour elle ; s’il cesse son labeur, il s’opérera une réaction ; et son cœur saignera de ne pouvoir plus se dépenser.
Ici, plus de ministère ; nous sommes devenus de simples étudiants ; et nous devons refouler au dedans de nous-mêmes ces élans généreux que le commerce des âmes a fait naître. Et ainsi se forme un vide dans le cœur du prêtre qui a connu le ministère paroissial. Il semble quelquefois qu’on est en dehors de sa voie, et que la vie est devenue inutile.
Saint-Joseph d’ Alma est ma première cure ; on dit souvent que c’est à celle-là qu’on s'attache davantage. Et la chose se conçoit facilement. Le prêtre en prend possession avec une certaine crainte, mais avec toute l’ardeur du jeune âge, et la ferveur du Grand Séminaire.
Disposé à n’épargner ni ses pas ni ses