‹ Impressions de voyage [microforme] (volume 2)Chapitre 52 sur 63 · EMMANUEL · texte numérisé non relu

EMMANUEL

7 janvier. —-On voit en plusieurs endroits des pavillons en berne; c’est qu'aujourd'hui est l’anniversaire de la mort de Victor-Emmanuel. Ce roi du Piémont avait une carrure hardie, une allure martiale, de fortes moustaches

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avec une impériale formidable, mais sous ces dehors farouches la volonté manquait. Il ne sut pas faire ce qu’il voulait ; il ne fut entre les mains de la révolution qu’un mannequin politique que les francs-maçons firent joue. «au bout de la trame de leurs menées ténébreuses. Il aurait voulu être chrétien sincère, et ila persécuté l’Église ; respecter Rome, et ses troupes ont tiré le canon sur la ville des Papes qui a été livrée à un pouvoir étranger et sacrilège ; il auraït accompli volontiers ses devoirs religieux.,et les dernières années de sa vie se sont passées sous le coup de l’excommunication ; au lieu de gouverner il a fait la volonté des ennemis de l’Église qui préférèrent garder sa personne en laisse pour metret la royauté au service de leurs desseins pervers. Sur le point de mourir il demanda un prêtre, dit-on ; malheureusement le ministre du Seigneur ne trouva

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plus qu’un cadavre. Espérons qu'un regard plein de repentir levé vers le Dieu qui pardonne même aux traîtres et aux lâches, lui aura ouvert les portes du ciel. Aujourd’hui son cu:ps repose dans le Panthéon qu’il pollue, en attendant qu’on le transporte dans le monument qu’on lui élève à prands frais sur le Capitole, si toutefois le triomphe des méchants dure assez longtemps pour leur laisser le temps de l’achever.

Tous les ans on chante un service sur le corps du roi du Piémont, usurpateur du Pouvoir temporel du Pape ; l Eglise, à cause du malheur des temps, tolère ce qu’elle ne peut empêcher. Le roi, la reine, les ministres forment lélite de l'assistance. C’est un service diplomatique. Le clergé y recevrait des places d'honneur, mais il n’a garde d’ y assister.

On peut ici toucher du doigt la diftérence qui existe entre les Italiens et les

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nre- Français. À Rome, on n’est pas impie Dieu dans l'âme; on $e trouve, pour ainsi aux dire, rejeté en dehors de l'Eglise par la s du position fausse créée dans le cœur de la >pose catholicité. Comme dans le Paradis tertten- restre le serpent, celui du libéralisme, a onu: dit aux gouvernants : ‘‘ Prenez Rome, s..sur ‘‘ faites-en la capitale d’une Italie une ; > des ‘tous nos maux cesseront, et l’ Église pour ‘“ finira par accepter le fait accompli.” Et voilà qu’au lieu de la prospérité, c’est e sur la pauvreté qui s'étend sur le nouveau teur royaume, et voilà que le Pape prisonnier rlise, ne cesse de protester en face de l Europe re ce | entière contre l’injuste usurpation. Et 1, la les sectaires trop avancés n’ont pas le

courage de revenir sur leurs pas ; ils se laissent glisser sur une pente fatale ; ils se trouvent forcément séparés de l Église; ils vivent excommuniés et ils meurent de même. Tel fut le cas pour le notoire Victor-Emmanuel. Le libéralisme a ceci

de particulier qu’il présente de faux miroitements de bonne foi et de conciliation; on ne s'aperçoit que trop tard des ravages qu’il sème sur ses pas. Des méchants ourdissent les complots dans l’ombre, ne laissent voir que ce qui peut tromper l'œil, et se font suivre d'hommes faibles et crédules.

En France les chefs du mouvement politique sont pour la plupart impies ; on y est formellement opposé à l’Église, et l’on travaille sciemment à sa ruine; on vit dans l’irréligion complète et l’on veut mourir ainsi. Loin de demander la prière d’un homme de Dieu à sa dernière heure, on déclare à l’avance nulet de nul effet tout désir de voir le prêtre à ce moment ; on le déclare arraché par les souffrances ou enlevé à la faiblesse de leur volonté ; par testament on exige que son corps soit mis en terre profane à la manière des

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animaux, ou réduit en cendre, comme pour faire profession de foi dans le néant futur. Le Français pousse ses faux principes jusqu’à leurs dernières conséquences; il n’est pas bon ou mauvais à moitié ; il ne s'arrête pas sur le bord de l’abîine ; du côté qu’il penche, il y tombe.

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