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LE COLLÈGE CANADIEN

9 janvier.—L’origine des collèges nationaux dans la Ville éternelle remonte au XVIe siècle. Un souffle de révolte anti-religieuse passait alors sur l’Europe et jetait le trouble dans les intelligences, Pour rétablir le calme et faire la lumière, les Papes encouragèrent l’établissement de collèges nationaux dans le centre de la catholicité, où l’on put sûrement puiser la doctrine intégrale, se former à la discipline ecclésiastique, et prendre le véritable esprit ecclésiastique.

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Ignace de Loyola, l’homme-lige du Christ, fonda dès lors le Collège romain qui compte encore aujourd’hui plus de douze cents élèves dont sept cents dans les Hamanités, trois cents en Philosophie et deux cents-cinquante en Théologie.

Au commencement du XVIle siècle le pape Grégoire X VI fonda le Collège de la Propagande destiné à former des missionnaires pour toutes les parties du monde. Plus de six cents élèves, de mœurs et de langues différentes comme les pays d’où il viennent, y reçoivent l'instruction gratuite dans toutes les branches de l’enseignement, grâce à la libéralité des Papes et à des legs pieux.

On les reconnaît facilement parmi les autres étudiants aux boutons rouges de leurs soutanes et à la ceinture de même couleur. Avec les science ecclésiastiques ils puisent auprès du tombeau des

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saints apôtres Pierre et Paul l'amour de Jésus-Chirst et la soif de l’apostolat.

Dans la suite presque toutes les grandes nations ont établi des collèges à Rome. IL y a des collèges àllemand, français, belge, polonais, irlandais, écossais, anglais, arménien et d’autres encore.

C’est aux Messieurs de la Congrégation de Saïin* Sulpice que nous devons d'avoir le nôtre depuis 1888. Et, en le fondant, ils ont fait les choses royalement. Ils ont choisi pour le placer l’un des quartiers les plus salubres de Pome, non loin du Quirinal. C’est l’un des plus palais de la ville ; ilest en pierre, à quatre étages, avec un corps de logis flanqué de deux ailes; le portique est imposant; une cour intérieure, par où l’on descend au moyen d’un large esvalier en marbre, le précèa *; les étages sont hauts, bien aérés et bien éclairés ; sur le toit

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200 Impressions de voyage règne une loggia ou plate-forme ouverte d’où la vue s’étend au loin.

Le mouyement des études romaines s’est accentué d’une mauière extraordinaire de nos jours, surtout depuis que Léon XIII a rendu obligatoire la Somme le saint Thomas; ce sera peut-être la la grande œuvre du règne si étonnant de Léon XIII, et le service le plus éminent qu’il aura rendu à l Église de Dieu, Saint Thomas, l'homme de la raison au service de la foi, tuera le rationalisme et le materialisme, l'erreur de la raison su service des sens. La théologie a cessé de se tenir sur la défensive ; elle va en plein camp des adversaires combattre l’ennemi avec ses propres armes et lui porter des coups mortels.

Les collèges nationaux établis à Rome sont de simples pensionnats cu les élèves d’un pays trouvent couvert et logis sous le même toit. Deux fois par jour c:s

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maisons se vident, et les étudiants se partagent entre les quatre grandes uriversités de Rome : le Collège romain, l’Apollinaire, la Propagande et la Minerve.

Dans toutes ces institutions la science se distribue gratuitement. Assiste qui veut aux cours; mème des laïques se mêlent aax ecclésiastiques au pied des chaïires roïtaines ; pas de distinction entre le pauvre et le riche, le fils de famille ou l'enfant Cu pauvre. entre l’indigène où l'étranger : voilà du véritable socialisme chrétien. |

Le Collège canadien est dirigé depuis sä fondation par trois dignes prêtres sulpiciens: messieurs les abbés Palin d’Abonville, supérieur, G. Leclerc, assistantsupérieur, et À. Vacher, procureur. Tous ceux qui ont passé par le Collège ont pu apprécier leur dévouement et leur affabilité, admirer les excellents rapports qu'ils entretiennent avec les étudiants,

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et l'esprit de fraternité qu’ils savent faire régner parmi les élèves.

Lors de l’inauguration du nouveau he collège, le 11 novemtre 1888, l’année {h jubilaire de Léon XIII à qni on offrit la LI nouvel'e institution en cadeau de noces, | il n° y avait que douze élèves dont plu:

sieurs avaient passé quelque temps au Séminaire français. Maintenant, nous sommes vingt-quatre pensionnaires dont cinq sont encore séminaristes. Yorel Je | liste des prêtres.

| Du diocèse de Montréal :

MM. les abbés André Corcoran, Ls- I: Nap. Préville, Arthur Jasmin, M | | John Brophy et Elzéar Auclair ;

nn: Du diocèse d'Ottawa :

| M. l’abbé Eug. Labrosse ; . [1 Du diocèse de Saint- Hyacinthe :

10 MM. les abbés Ludger Guertin et R.

Lamoureux ;

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Da diocèse de Sherbrooke :

M. l'abbé P.-J.-A. Lefebvre ;

Du diocèse de Nicolet :

M. l'abbé J.-S.-H. Brunault ; Du diocèse de Trois-Rivières :

M. l’abbé Léon Arcand ;

Du diocèse de Québec :

MM. les abbés Er. Nadeau, W. Plaisance, Arist. Magnan, Tél. Lachance, Célestin Lemieux,et Alph.- Ed. Bourassa ;

Du diocèse de Chicoutimi :

MM. les abbés Eug. Lapointe et Henri Cimon ;

Les seminaristes sont messieurs Alfred Lortie et Jules Kéroac, de Québec ; J.- H.-S Rosconi et J.-A. Saint-Amour, de Saint-Hyacinthe, et James Tracy, de Toronto.

Notre estimé doyen est le Père Corcoran de la Congrégation des Clercs Saint- Viateur de Joliette. Plusieurs d’entre

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nous ont suspendu, pour venir ici, leurs

fonctions de directeurs ou de professeurs

de séminaire, et même de curés de paroisses.

Quel règlement imposer à tous ces élèves? pas trop étroit pour les prêtres, ni trop large pour des séminaristes en voie de formation cléricale. Les Messieurs de Saint-Sulpice-‘ont résolu le problème.

Qu'on en juge par le règlement de la maison que je vais avoir l’indiscrétion d’exposer aux regards profanes :

5 heures. Lever. —Une grosse cloche l’annonce. Chacun de nous, à son tour, va sonner lalarme dans tous les étages pendant ‘une semaine ;

54 ‘ Méprrarion.-—EÆElle se fait à la chapelle. Comme dans les églises de Rome, il n'y a pas de bancs, mais nous avons tous un

prie-Dieu et une chaïse. C’est

hrs.

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aussi le temps des confessions, MM. les Directeurs se tiennent à leurs places pour les entendre; aucun de nous n'a juridiction.

A Rome d’ailleurs on est très sévère sur ce point ; il y a des formalités à remplir; et on soumet à des examens rigou-:

reux les prêtres qui désirent obtenir cette permission.

MEssE.—Une heure et demie est consacrée à la célébration des messes. Sept prêtres la disent à la fois dans la chapelle du Collège ; des confrères la servent, et leur saccèdent à l’autel, tandis que les premiers leur rendent le même service Les autres prêétres se dispersent dans les églises les plus rapprochées, Pour moi, je célèbre à Saint-Denys depuis Noël. Cette église est à

Lnpressions. de voyage

quelques pas du Collège, mais on peut bien demeurer un an à Rome sans la remarquer, tellement elle se distingue peu des bâtisses environnantes. A Rome, une église est souvent perdue au milieu d’un pâté de maisons. Vous la reconnaissez ordinairement par la porte.

Vousentrezen hésitant, et vous restez quelquefois surpris à la vue des richesses dont elle est ornée, des objets d’art et des reliquesinsignesqu’ellerenferme.

C'est ainsi qu’à Saint Denys, M. Labrosse, mon compagnon, et moi, nous disons la messe devant une image miraculeuse de la Vierge qui a appartenu à saint Grégoire le Grand ; quantité d'ex-voto sont appendusau muret témoignent de la con

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fiance qu’inspire la Madone miraculeuse. En outre, à cette chapelle est attenant un couvent d'élèves pensionnaires qui assistent tous les jours derrière les grilles du chœur à la messe que vient leur dire un Père Trinitaire espagnol.

DÉJEUNER. --- Les choses se passent bien uniment. Sur une table sont disposés café, sucre et lait. Les premiers arrivés se server.‘ et chacun vient à son tour s’approvisionner. On peut causer pendant le repas, et libre à chacun de partir quand il lui plait.

Cours.—De huit à dix heures, c’est le temps des cours. Les rues se remplissent pendant quelques instants d'élèves ec-

. Clésiastiques qui se hâtent vers

les Universités, et envahissent

les salles des cours. Au Col-

lège romain ils prennent le

temps d'entrer faire une courte

prière devant le Saint-Sacre-

ment en passant devant la cha- | pelle.

124 hrs. EXAMEN PARTICULIER. —Nous nous’ réunissons à la chapelle, Chacun parcourt en son parti culier un chapître du Nouveau Testament ; puis M. le Supérieur lit un examen particulier de Tronson,

DÎnNER.—Le dîner et aussi le souper se prennent en silence, Les étudiants font la lecture.

Afin que perscnne ne soit re:

tardé pour les cours, il n’y a pas qu’un seul lecteur attitré pour tout le repas. Nous lisons de nos plares pendant quelques

ssent

Colt le Jurte acre-

cha-

Nous elle, artiveau su péulier

Ssi le

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minutes et nous passons à notre voisin le livre qui change ainsi sept ou huit fois de mains pendant un repas. Quelques mois après le commencement de l’année la lecture se fait en italien.

Les Directeurs de la maison et les prêtres de passage sont sur une table à part. Quant à nous, nous sommes rangés le long de quatre grandes tables par ordre d'ancienneté dans la maison, de sorte qu’un séminariste, reçu prêtre dans le cours de l'année, devient le doyen de ses aînés dans le sacerdoce arrivés après lui au Collège.

Le service de la table se fait à la manière française, un peu différemment de cc qui se pratique chez nous qui avons adopté la mode anglaise. Le plat

Tr pressions de voyage

de résistanceest apporté devant chacun des convives qui se sert suivant son goût et son appétit; il en est ainsi des autres plats. On change maintes fois les assiettes, mais on laisse les mêmes couteaux et fourchettes, Le pain seul est de tous les mets, et aussi le vin.

Car c’est un oiseau rare qu'un . homme qui n’use pas du jus de la vigne. Les gens du pays ne paraissent pas soupçonner qu'il existe ; ils croient difficilementque l’eau ou le thé soient de mise le midi ou le soir, en un mot qu’on puisse vivre dans un pays où il n’y a pas de vin, Au dessert, il n’est guère question de poudingue ou de pâte quelconque, de confitures ou autres friandises semblables ; généra-

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lement des fruits en nature en font tous les frais.

RÉCRÉATION.— Elle se prend dans la salle commune; mais il est permis de la passer dans sa chambre, et le fumeur peut y lirer une louche en songeant au pays. Il faut considérer qu’il y à nombre d'élèves chez qui l'habitude de la pipe est invétérée. |

CouRsS ET PROMENADE—A cette heure hâtive commence déjà les cours à la Propagande dans les jours les moins longs de l’année. Heureusement qu'il n’en est pas longtemps ainsi.

À mesure que le soleil monte à l'horizon, les cours retardent ; déjà à l’Epiphanie ils l’ont été d’un quart d'heure. Le point capital, c’est qu’ils soient

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terminés une heure et demie avant le coucher du soleil, afin de permettre aux professeurs et aux élèves la promenade réglemen! ‘*“e que tout bon Romain doit . .ire avant l’heure de l Ave Maria qui varie avec les saisons.

LEOTURE PIEUSE.—Elle se fait en communauté et dure une demie heure.

Souper. —Des Canadiens trouvent que cest l’heare de souper ou jamais.

R£écRÉATION. — Elle se prend dans la salle commune. Quelques-uns jouent au billard ; d’autres prennent la partie de domino ; la plupart préfèrent marcher en causant. Quelquefois nous faisons du chant ; un piano est à notre disposition.

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Saint-André “ della Valle” 213

34 hrs. PRIÈRE DU SOIR A LA CHA- PELLE.

9 “Le temps du grand silence est commencé.

SAINT ANDRÉ “ DELLA VALLE ” ; L'EN- FANT-JÉSUS DES ROIS: MESSE DU RITE ARMÉNIEN.

L'Église de Saint André della Valle est l’une des plus belles et des plus célèbres de Rome. Elle est à croix latine, et n’a qu’une seule nef avec des chapelles profondes quicommuniquent entre elles.

La coupole est de Lanfranc ; elle lui coûta quatre années de travail ; c’est la première qui représente une gloire avec grande splendeur. Dans la chapelle de la Madone on vénère une image de la Vierge sous le vocable de la Pureté. On attribue à la dévotion des Romains envers cette statue la cessation de la peste en

1648. Elle a été couronnée par le Cha:

pître de Saint-Pierre en 1678. La chapelle de Saint-Sébastien est construite à l'endroit même du cloaque où fut jeté le corps du courageux martyr ; on le croyait mort, mais une femme dévouée, venue pour l’ensevelir, s'aperçut avec bonheur qu’il respirait encore,

Saint-André della Valle attire la population de Rome pendant l’octave de l’ Épiphanie ; on y vient contempler l Exposition de l’Enfant-Jésus, et assister aux cérémonies de la messe qui se font tous les jours dans des rites différents.

L'Enfant Jésus n’est pas représenté à Rome comme au Canada. Chez nous il n’a, pour le couvrir, qu’une légère che.

mise qui ne semble pas protéger ses membres délicats contre les rigueurs de la saison ; on le prend volontiers en pitié ; ici, comme le célèbre Bambino de l’ Axa Cæli, il estemmaillotté, et on ne voit que

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