DÉVOTION DES ROMAINS
.Dimanche, 9 janvier 1892.—On ne demeure pas longtemps à Rome sans s’apercevoir qu’on s’y trouve au centre de la catholicité, et que les Romains ont vraimerit le sens catholique. ‘Tout d’abord, il est vrai, la tenue des fidèles dans les églises pourrait nousmal édifier. Le vaot-vient continuel, le chucho‘ement des
voix qu’on ÿ remarque, nous choquent,
accoutumés que nous sommes au religieux silence qui règne même dans nos sacristies, Mais ce désordreest plus apparent que réel. Rome est remplie d’étrangers de toute nation et de toute religion. Ils envahissent surtout les tem-
ples qui sont pour la plupart des monuments d'architecture, renferment des œuvres d'art et des originaux de grands maîtres ; les amis s’y rencontrent, et se font part de leurs connaissances et im-
pressions, et ainsi la maison du Seigneur va jusqu’à ressembler quelquefois à une place publique.
Examinez moins superficiellement.
Voici une douzaine Ge religieux, d’ecclésiastiques ou de jeunes gens qui entrent dans le lieu saint ; voyez-les : sans
s'occuper de tout: ce monde, sans même |
détourner la tête, ils vont droit devant eux jusqu’à l'autel où l’on sait que se conserve la Sainte Eucharistie ; la foule passe et repasse auprès d’eux sans qu'ils paraissent s’en apercevoir ; puis, la visite terminée, tous se retirent avec le même recueillement. D’autres s’agenouillent dans la nef sur le parquet au milieu de cette foule mouvante, et prientaïinsi, tour nés vers la chapelle du Saint-Sacrement ; et puis, ces touristes même qui fouillent tous les coins du vaste édifice, leur Guide à la main, ont pour la.plupart commencé Jeur tonrnée par une fervente prière,
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Dévotion des Romains 29 :
Voulez vous juger de la dévotion des Romains? Venez avec moi à Saint-Claude.
Là, pas de chefs-d’œuvre de sculpture ou de peinture ; un seul objet attire le peuple chrétien et fixe son regard, c’est l'autel que domine l’Ostensoir entouré de fleurs naturelles et de mille lumières.
Nous sommes dans le sanctuaire des Prêtres-Adorateurs ; il est trop petit pour le nombre des fidèles qui s’y pressent. Dans la foule on remarque la plus haute no.
blesse de Rome ; la distinction des traits et des manières, la richesse des équipages de gala, qui stationnent à la porte, en font foi. Dans l’humble église où trône 12 Dieu caché de l Eucharistie, les grands de la terre se confondent avec les délaissés de la fortune.
Rien de plus édifiant que le spectacle de ferveur et de tendre piété que nous donnent les fidéles de la Ville des Papes.
L'église où se fait l’ Exposition perpétuelle du Saint-Sacrement est plus païticulièrement remplie de la présence de notre Dieu.
Le sertiment de cette présen“e vous pénètre. On prie, on médite mieux que partout ailleurs. C'est une oasis dans le désert de la vie, un Paradis terrestre au milieu de la corruption des Babylones modernes : c’est le ciel sur la terre.
Contraste frappant. Au dehors, c’est le bruitet l'agitation ; l’orgueil s’étale dans toute sa suffisance ; la préoccupation des affaires tient les esprits et les cœurs.
Nous sommes, en effet, à deux pas de la fameuse place Colonna que traverse la rue fashionable du Corso, etqu'entourent des établissements de banque et des magasins importants. (C’est le monde avec son activité fébrile.
Ici, dans cette modeste église, vous trouvez le calme, le recueillement de la
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Détotion des Romains 227
prière, et \ us respirez un air vivifiant dans une atmosphère purifiée. Et les rayons du brillant ostensoir sont la figures des jets de lumière dont la divine Hostie inonde l’âme chrétienne.
Jour et nuit les Pères du $Saint-Sacrement y viennent à tour de rôle monter la garde sainte devant l’ Arche du Nou:
veau Testament. Souvent aussi, ils se réunissent tous ensemble autour des divins Tabernacles pour immoler lA.
gneau sans tache, et faire entendre la voix de la supplication et de la reconnaissance. Heureux le prêtre qui voue son existence au culte eucharistique !
Heureux celui qui termine une vie dépensée dans le ministère actif en présence du Dieu de nos autels.
La fondation, dans notre siècle, de la Congrégation des Pères du Saint-Sacremeut et de la société des Prêtres-Adorateurs a été providentielle. Klle est venue
à son heure réagir contre l'indifférence froidement calculée des hommes de nos jours.
Continuons notre route du côté de la place d’Espagne ; entrez avec moi à Saint André delle Fralte. On y commence justement l’office du soir.. Un prêtre préside ; deux servants à ses côtés récitent le chapelet d’un ton élevéet un peu chantant, et l’on répond de partout avecentrain. Carles Italiens ont une piété démonstrative ; ils prient avec âme et conviction ; leur devotion n’a rien de guindé, elle est de bon aloi. Dans le lieu saint, ils sont chez eux, dans la maison de leur père ; et on le voït bien.
Ils s’entretiennent familièrement avec Dieu. Comme me l’écrivait un prélat :
le catholicisme est partout ; mais, à Rome, il a comme sa présence réelle ; en cette ville qui est comme la patrie de nos ancêtres dans la foi, les saints y sont
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de la loi à com- .. Un y cÔtés et un artout > piété
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Mort du cardinal Simeoni 229
plus qu'ailleurs de la famille de chaque fidèle.
La récitation du chapelet est suivie du chant des litanies ; toute l’assistance répond par cœur et en alternant avec les servants.
Le Tantum ergo termine l'office.