‹ Impressions de voyage [microforme] (volume 2)Chapitre 7 sur 63 · UNE LETTRE-—-MES PAROISSIENS—- MA CHAMBRE · texte numérisé non relu

UNE LETTRE-—-MES PAROISSIENS—- MA CHAMBRE

Cette semaine, j'ai reçu une lettre de ma famille ; c’est la première depuis mon départ de Québec ; jugez si elle était attendue avec impatience ! Quel mondede souvenirs elle a réveillés en moi! Il y a dans l'âme humaïne de ces fibres qu’on

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ne peut toucher sans les remuer profondément. En reconnaissant l'écriture d’une sœur, en lisant cette lettre, écrite | à la maison, qui m’a poursuivi si longtemps pour m'apporter des nouvelles du pays, je sentis l'émotion me gagner.

Je suis donc bien loin des miens, et bien des mois s’écouleront avant que je puisse les revoir ; d'ici là, il me faudra vivre séparé d'eux par un océan et tout un continent. J’ai laissé là-bas un père

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dont les années et les travaux ont blanchi les cheveux et diminué les forces ; et si la mort vient le frapper, je ne pourrai me transporter à son chevet pour recevoir ses C rniers conseils avec sor dernier soupir. Mais rien n'arrive sans la permission de la Providence ; remettons entre ses mains le soin de notre sort. Toutefois, lorsque l’heure du retour aura sonné, je sens qu’elle marquera Pune des époques les plus heureuses de ma vie,

Il y à une autre famille dont le souvenir me suit partout : c’est celle de mes paroissiens. Sans cesse au milieu d'eux, j'avais appris à les connaître ; leurs peines et leurs joies étaient devenues les miennes ; les liens de l’amitié et de la religion m'unissaient àeux tous, et j’ai compris en cette circonstance combien ils étaient forts. : Lorsque, après une messe

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chantée pour m’obtenir un heureux voyage, ils vinrent témoigner de leur amour et de leur reconnaissance envers leur pasteur, le cœur me manqua. Un curé ne s’éloigne pas de ses paroissiens, s’il doit affronter des dangers sérieux, sans qu’il ne se verse des larmes. Heureux sommesnous au Canada d’avoir des fidèles foncièrement catholiques, des paroisses où les prêtres sont aimés et respectés, où curé et paroissiens ne font qu’une âme! Ce bonheur, on apprécie davantage lorsqu’on a voyagé dans des contrées où le peuple abusé s'éloigne de ses meilleurs amis et s’en défie. Le malaise règne partout, et le bonheur nulle part.

Cette nuit, dans mes rêves, j'ai revu mon monde d'Alma. J’assistais à une soirée dramatique, comme on avait coutume d’en donner quelquefois. Les mémes acteurs se présentaient sur la scène, et tous remplissaient leur rôle à merveil.

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le. J'étais fier du succès, lorsque la cloche du collège vint dissiper mes illusions, et me laissa seul dans ma chambre, au troisième piano (étage) du Collège canadien.

-Ma chambre. . .,elle est petite, modeste, mais je l'aime. Elle ne renferme que quelques meubles, mais on s'attache à ces objets qu’on retrouve toujours aux mémes endroits, et qui deviennent comme des compagnons. Leur vaeest une jouissance, et il s'établit entre eux et nous comme un commerce intime. J’aime à entendre le tic tac de la pendule qui pend au mur ; il me semble alors que je suis moins seul. Sur ma table de travail est un crucifix, c’est l’ornement indispensable de toute demeure chrétienne, la boussole qui peut seule orienter nos actions.

La garde-robe renferme l’habit séculier

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Mgr Satolli, etc. 21 que j'ai dû adopter pour le voyage.

À Rome, j'ai repris avec bonheur la soutane ; elle nous prêche la: mortification et la séparation du monde, et nous conserve dans l’esprit de notre état. Le prêtre revêtu du costume ecclésiastique qui veut se mêler au monde, s'aperçoit bien vite qu’il n’est pas à sa place et qu’on s'éloigne de lui par respect ou par aversion ; le vide qui se fait autour de sa personne lui inspire des réflexions salutaires, et l’oblige à rechercher cette heureuse solitude où Dieu parle à l'âme.

C’est avec raison que le bon prêtre aime sa soutaue, et ne s’en revêt qu'après l'avoir baisée pieusement,.

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