‹ Impressions de voyage [microforme]Chapitre 11 sur 30 · LE PINCIO · texte numérisé non relu

LE PINCIO

Je me suis rendu au Pincio en compagnie de mon confrère M. l'abbé Nadeau. Le Pincio était autrefois un jardin, ou plutôt une vigne. Napoléon, pendant l'occupation de Rome, en commença la transformation ; après la chute de l’empereur, Pie VII en termina les embellissements, mais à Va-

ladier revient l’honneur d’avoir créé cette promenade publique qu'on admire

Impressions de voyage rm mm RS aujourd'hui et qui est l’une des plus belles de l'univers,

Deux heures avant le coucher du s0leil, Rome, jusque-là engourdie dans la sieste de l'après-dîner, se réveille comme d'un long sommeil, Il se produit alors comme un redoublement de vie. Les rues se remplissent, les places publiques s’animent, Je Pincio surtout se peuple de tout un monde et revêt un air de gaîté extraordinaire ; Ja foule des Romains et des étrangers, avides d’air pur et de délassement, le sillonnent en tous sens ; On parcourt les sentiers qui se croisent, les allées ombrenses et les bosquets fleuris ; on s'arrête pour respirer le parfum des fleurs,en admirer les couleurs variées; On aime à se reposer sur les tapis de verdure. Les hommes s’entretiennent gravement entre eux, tandis que les femmes étalent les couleurs voyantes de leurs toilettes et que les enfants jouent sur le

Le Pincio

gazon. (Çà et là on rencontre des étudiants aux uniformes divers, parlant théologie, discutant des questions controversées ou se livrant aux études arides de la métaphysique.

Mais les sons joyeux de la fanfare se fout entendre ; et voilà que de toutes les directions accourt cette population mouvante ; elle segroupeau pied d’une estrade sur laquelle est réunie une cinquantaine de musiciens. Un chef d’orchestre conduit ces instrumentistes, mais comme par la pensée, tellement ses mouvements

[sont rares et presque imperceptibles.

Avec les derniers accords se dispersent les auditeurs ; dans quelques quarts d'heure, d’autres viendront les remplacer lorsque la fanfare exécutera un nouveau morceau.

Pendant ce temps, de pompeux équipages suivent le large chemin qui con-

tourne la montagne, et s'échappent par la place du Peuple.

A la sortie du Pincio, nons nous arrêtons sur la terrasse pour admirer le panorama qui se déroule sous nos yeux.

Toute la ville est à nos pieds. A lextrémité ouest, le dôme de Saint-Pierre s'élève au-dessus de tout ce qui l'entoure et se détache sur le ciel bleu. La basilique vaticane jouit du privilége des grands hommes de l’histoire ; ses proportions grandissent avec la distance comme la renommée de ceux-ci grandit avec les siècles.

Nous passons auprès de la villa Médicis qui date du XVIe siècle. Sous Napoléon elle devint le siège de l’ Aeadémie des Beaux-Arts. (C’est là qme la France encore aujourd'hm envoie ses jeunes artistes se perfectionmer dans leurs études,

Villa Pamphili

A l’église de la Trinité-des-Monts on chantait un salut ; nous y entrâmes.

Toutes les chaises étaient louées, et nous nous mêlâmes à la foule qui se tenait debout ; elle était tellement pressée qu’au moment solennel de la bénédiction, à peine pñmes-nous remarquer un léger mouvement de tête pour témoigner de l’adoration du cœur. La plupart des assistants étaient venus pour des motifs

de foi, mais aussi les décorations, le chant un peu théâtral en avaient attiré un grand nombre.

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