LE CAPITOLE
Après avoir peuplé le Palatin, la petite colonie de Romulus ne tarda pas à envahir le mont Capitolin. C’est là que
. Tarquin le Superbe bâtit un temple destiné à devenir le plus vénérable du vieux monde romain. Ses trois nefs, surmontées d'autant d’édicules, étaient consacrées, celle du milieu à J upiter, le maître des dieux, une autre. à J unon, son épouse, et la troisième, à leur fille Minerve, Le temple mesurait plus de huit cents pieds de circonférence, et la triple colonnade du portique dominait toute la ville. Il s’élevait sur l’un des sommets qui émergeaient du Capitole ; l’autre
monticule snpportait la forteresse en-
tourée de murailles et de hautes tours.
Re ne à
ducs.
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Le Capitole 39
Entre les deux mamelons s’étendait cet espace libre où Romulus avair ouvert un asile aux étrangers pour grossir le noyau de sa colonie naissante. Au sud de la colline le roc était coupé à pic ; c’est là:
qu’on précipitait les criminels coupables de haute trahison. L’effroi qu’inspire encore aujourd’hui la pensée de la Roche Tarpéienne est purement classique depuis l’exhaussement du sol du coté du bre.
Le Capitole, la plus “tite des collines de Rome mais la plus ccèbre, a subi le sort de la ville dont il était le centre.
Ruiné à diverses rep-ises, il fut abandonné ; une partie même prit le nom de mont des Chèvres. Au XIII siècle les idées républicaines qui hantèrent les esprits des Romains remirent la colline en honneur. Le préfet de Rome dut y fixer sa résidence, et les officiers publics y tinrent leurs séances.
40 Impressions de voyage PS TRI PNR
Le Capitole actuel comprend l’éntermont d'autrefois. On y monte par un escalier construit d’après les plans de Michel-Ange, A Ja naissance de la rampe, deux lions, vomissant l'eau par la gueule, semblent garder la colline historique. A demi-hauteur, à gauche, l’État entretient une louve et son louveteau, en souvenir d’un fait cher au cœur des Romains. Au sommet se dressent les dompteurs Castor et Pollux à côté de leurs chevaux de guerre ; puis s’ouvre devant nous une vaste cour carrée dont le centre est occupé par la statue équestre de Marc-Aurèle, la seule du genre que l'antiquité nous ait léguée. C'est un chef-d'œuvre. La figure martiale de l'empereur nous frappe tout d’abord ;le counrsier achève de fixer notre attention avec sa tête où tout semble vivre, sa croupe artistement arrondie, ses jarrets fortement tendus : on croirait qu’il va
Le Capitole ER, s'élancer, Un artiste ne se lassait d’ ad-
Erun mirer ce chef-d'œuvre. A la fin, impade tient del’invariableimmobilité du groupe la silencieux, il s’écria : ‘* Marche donc !
la oublies-tu que tu vis?” Iloubliait lui- 0- même qu’il n'appartient qu’à Dieu de at donner à la matière le souffle de la vie.
> Au fond du quadrilatère est le palais O- des Sénateurs ; à droite est celui des ès Conservateurs : et à gauche, le Musée.
le En compagnie de MM. les abbés Cinq-
Mars et Angers j'ai visité toutes les œuvres intéressantes qu’ils renferment ; nous y passâmes l’après-midi.
C’est dans le Musée que se trouve la statue du gladiateur mourant. On reconnaît un Gaulois. Il s’est infligé une blessure mortelle pour échapper à l’esclavage, et la vie s'écoule avec son sang.
Mais il est heureux, car il meurt libre et indompté. On s'intéresse au sort du malheureux vaincu, car on reconnait en
lui l'expression, exagérée sans doute, de l’un des sentiments les plus nobles de la nature humaine, l'amour de la liberté.
L’héroïque Gaulois rappelle le premier Brenn, chef des Gaules, qui marcha contre Rome, quatre centsans avant notre ère et faillit s’en emparer. Il était noble dans sa fierté barbare. Aux ambassadeürs qui lui demandaient la raison de sa campagne: ‘Notre droit, ditil, c’est celui qui vous a fait attaquer tant de peuples que vous avez réduits en esclavage ; nous le portons à la pointe de nos épées ; tout appartient aux braves.”’ Il respectait les campagnes qu’il traversait: ‘‘Ce sont les Romains, criait-il en passant, que nous allons combattre e c’est à eux seuls que nous en voulons. ”?
Une victoire éclatante conduisit les Francs jusqu’au pied du Capitole où ils furent témoins d’uae scêne dont la grandeur lemportait sur les élans sublimes de
Le Capitole
leur fière nature. Ils parcouraient la ville en vainqueurs et la pillaient, lorsque, arrivés au palais des sénateurs, ils aperçurent des vieillards gravement assis à l'entrée du vestibule, tous revêtus des insignes de leur dignité, et appuyés sur leurs bâtons d'ivoire, immobiles comme des statues et plongés dans un silence solennel. Une longue barbe blanche tombait sur leur poitrines et ajoutait encore à la majesté de leur attitude. Les barbares crurent voir une assemblée des dieux de l’Olympe, et restèrent interdits. L'un d’eux cependant s'avance et ose toucher la barbe d’un sénateur; celui-ci indigné le blesse aussitôt avec le bâton qu'il tient à la main. Le Gaulois irrité tue le Romain. Ce fut le signal du massacre ; les cruels vainqueurs se jettent sur ces hommes sans défense qui se laissent égorger sur place sans
bouger. Une nation qui possède des citoyens de cette trempe ne peut. périr.
Sept mois durant les Gaulois assiégè rent le Capitole sans pouvoir s’en empa rer. À la fin, confiants, à la faveu d’un passage secret qu’ilsavaient décou vert, ils montaient à l’assaut lorsqu’ik furent trahis par les oies sacrées du Ca:
pitole que le bruit des pas avait réveillées, Un Romain se présenta le premier et soutint d'abord seul l’effort des assail lants, et donna ainsi le temps aux trou:
pes d’accourir et de repousser l’ennemi.
Brennus consentit enfin à faire la pais moyennant mille livres d’or. Pour le peser les barbares apportèrent de faux poids ; et, comme les Romains se plaignaient de cette supercherie, Brennus, jetant son épée dans le plateau dé la balance, répondit: —— ‘ Malheur aux vaincus ! ” Mais Camille, nommé dictateur dans son exil, arrivait en toute hâte Ë
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t s’écriait fièrement : ‘ Des Romains se achètent avec du fer et non avec de l'or”.
ne lutte décisive s’engage ; les Gaulois sont vaincus ; et Camille victorieux est salué du beau titre de second fondateur de Rome.
Et que d’autres faits d’armes glorieux rappelle le mont à jamais célèbre du Capitole !