‹ Impressions de voyage [microforme]Chapitre 2 sur 30 · SAINT LAURENT · texte numérisé non relu

SAINT LAURENT

EUDI, 24 mars 1892.— Le diacre Laurent est l’un des saints les plus populaires de Rome : les Romains lui ont élevé huitéglises. Il vivait au troisième siècle, époque héroïque où la persécution était toujours à l’état latent quand elle

à Ce ph r Fes S dr . éniriie Le 8 Hd ms tin dde Ua Te UR MR

ne sévissait pas. Sous l’empereur Valérien elle se ralluma. Le pape lui-même fut arrêté et jeté en priscn. On le conduisait au supplice lorsque Laurent ac-

court à sa rencontre, en s’écriant : ‘ Où allez-vous, 6 mon père, sans votre fils { Vons n’aviez pas coutume d’offrir un sa-

crifice sans votre ministre, En quoi done ai je pu vous déplaire ?”’ Le pontife le

console en lui annonçant son prochain

martyre et les tortures qui l’attendent.

Admirable dialogue entre le vieillard

mûr pour le ciel que la hache du licteur va moissonner, et le jeune clerc que le

désir du martyre enflamme d’une sainte

envie.

Cette rencontre à jamais célèbre ent.

lieu sur la voie Appienne ; l’église dédiée à saint Sixte IL qui en marque encore la place, a eu l'honneur de servir de retraite à l’ordre naissant de saint Domini, que.

Saint Laurent 5

Le lendemain, Laurent dut comparat.

tre à son tour devant le préfet de Rome.

Celui-ci lui ordonne de livrer les trésors de l’Église. Le zélé diacre obtint un délai de trois jours. Pendant ce temps, il distribue aux veuves et aux orphelins UN les biens dont il a le soin, et n’épargne même pas les ornements et les vases sacrés. Puis, le jour arrivé, il parcourt les quartiers de la ville, et réunit snr le mont Cœælius, où avait coutume de se faire la distribution des aumônes dns la maison de la noble Cyriaque, plus de quinze cents pauvres, malades et estro-

piés de toutes sortes. ù Le préfet, avide de richesses, est tidèle au rendez-vous. Mais quel n’est pas son étonnement et sa fureur à la vue de cette réunion des déshérités de la nature et de la fortune : ‘ Voilà, 6 prince, dit Laurent, les trésors de l’ Eglise ; ce sont ses joyaux, nous n’en connaissons point

6 Tmptessions de voyage maté aan es À À d’autres.” Ces paroles mettent le comble à l’exaspération. du tyran qni sur le-champ condamne à mort le hardi diacre Une église s'élève à cet endroit sous le vocable de Saint-Laurent-in-Dominica (adjectif formé de Dominus, maître, traduisantle mot grec Æurios, d’où le nom de Cyriaque est dérivé.)

Laurent fut confié à un chevalier du nom d’Hippolyte qui l'emmena dans sa demeure sur le mont Vimninal. Le prisonnier convertit son gardien et le bap.

tisa avec l’eau d’une source qu’il fit jaillir miraculeusement : elle existe encore dans le souterrain de l’Èglise de Saint- Laurent in Fonte.

À quelques pas de là s'élève l’église de Saint-Laurent in Panisperna à l'endroit même où le saint endura son glorieux martyre. Le supplice auquel on le soumit était d’un raffinement inouï. :

Après avoir déchiré son corps à coups de

Saint Laurent 7

fouet et de bâton on l’étendit sur un gril rougi au feu, et c’est sur cet autel d’un nouveau genre qu’il fit le sacrifice de sa vie comme un holocauste d’agréable odeur, le 10 août de l’an 258.

Le corps du courageux confesseur de la foi fut enseveli dans un champ que possédait la noble Cyriaque le long de la route de Tibur. Sur son tombeau, Constuntin bâtit une basilique, où se conserve encore la table de marbre qu’on avait placée en dessous du gril, et sur laquelle se trouvaient les charbons ardents. Saént Laurent-hors-les-Murs est l'une des cinq églises patriarcales de Rome. Pie IX l'avait en singulière estime, et il voulut y avoir sa sépulture ; il repose maintenant dans la crypte,ou mieux, dans l’église primitive qn’on.a découverte et déblayée au milieu du siècle. Sa tombe est modeste, conformément à la volonté du

8 Impressions de voyage nn dns RE, SE testateur, mais on s’est plu à prodiguer les richesses autour du sarcophage.

L'autel de la Confession, surmonté d’un riche baldaquin, renferme les restes des diacres Laurentet Etienne. Honorés du même titre sur la terre, ils attendent ensemble la résurrection glorieuse.

Une des églises les plus .célèbres en honneur du saint donne sur le Corso :

c'est Saint Laurent-in-Lucina. Elle possède des reliques précieuses ; anjourd’hui, elles sont toutes exposées à l’occasion de la Station du carême. Le penple romain et les étrangers # y portent en foule. J’ai eu moi-même le bonheur de toucher les chaînes du saint diacre, de contempler un morceau de sa ehair.

rôtie, des grumeaux de son sang, et surtout le gril qui servit à son supplice ; il se compose de six barres de fer et peut avoir six pieds de longueur sur trois de largeur. Le sanctuaire était envahi par

Saint Laurent

la foule des pieux fidèles qui se pressaient, hommes et femmes, au pied de l’autel et jusque sur le marchepied.

L'église est desservie par les Clercs-Mineurs qui y possèdent le corps de leur saint fondate ar François Caracciolo.

Saint-Laurent in Domaso remonte à la plus haute antiquité, mais sa célébrité ne date que du milieu du siècle, depuis qu’elle possède le tombeau du comte Pellegrino Rossi. Ce grand homme, banni de Rome en 1815, y revint après trente ans d’exil, en qualité d’ambassadeur de France près le Saint-Siège. En 1848, sur l’invitation de Pie IX, il accepta la tâche de former un ministère.

Dès lors sa mort fut décrétée par les francs-maçons qui le détestaient à cause de son dévouement à la papauté. Plusieurs fois averti qu’on en voulait à ses jours, il n’en resta pas moins au poste d'henneur. Le 16 novembre il reçut un

Impressions de voyage RE —.

dernier message, plus pressant que les précédents, qui le dissuadait de se rendre à l'ouverture du Parlement ; mais il fut inébranlable. Arrivé au palais de la Chancellerie. où se tenait le Conseil législatif, il descend de voiture et remarque un mouvement inaccoutumé ; il s’aperçoit bientôt qu’il marche entre deux haies de conspirateurs ; des cris de mort déjà commencent à s’élever sur son passage. L’intrépide ministre ne connaît pas la peur, il s’avance ferme. Tout à coup il se sent légèrement touché ; il se

. détourne ; c'était le moment choisi ; un

sicaire, désigné par les loges, le frappe de son poignard et rompt l’artère carotidemise à découvert. Le malheureux chan:

celle, se traîne quelque pas et va tomber, baignant dans son sang, sur les marches du palais. Il peut recevoir l’absolntion du curé de Saint-Laurent in Damaso, et meurt en disant: Gesu mio,misericordia.

Saint Laurent 11

Il entendit, avant de rendre l’âme, les cris des révolutionnaires qui acclamaient son meurtrier, le portaient en triomphe en exaltant la main qui l'avait tué.

Saint-Laurent in Damaso est adhérent au Palais de la Chancellerie. Nous l’avons dit, c’est là qu’on a déposé le corps du fidèle défenseur de la papauté. Sur le monument qui le recouvre, et que surmonte le buste de l’homme d'état, sont gravées les paroles qu’il adressa à ceux qui voulaient le détourner de sa rèsolution d'aller à la Chambre d’ Assemblée :

‘ Cauam optimam mihi luendam assumpsi, miserebilur Deus, je défends la meilleure des causes, le Seigneur aura pitié de moi. ””

Le comte Rossi a été, dans notre tempés une des plus nobles victimes du devoir.

Comme l’immortel Garcia Moreno, son frère dans le martyre, il est un type de la fidélité à la foi chrétienne poussée jus-

Et van sata, A Ps dE on 2 LES

eo CT Te «dl Re 4

12 Impressions de voyage ER TR SR EE qu’à l’héroïsme, Peut-être un jour 'Èglise reconnaissante placera-t-elle sur ses autels l 13 corps, tous denx tombés sous le fer de la franc-maçonnerie, Saint-Laurent in Miranda est bâti sur les ruines d’un temple érigé sur le Forum romain en l'honneur d’Antonin le Pieux et de son épouse Faustine la Divine On l’appelait in Miranda à cause des monuments qui l’entouraient.

Les Ciercs Réguliers des Ecoles Pies desservent Saint-Laurent in Piscibus, ainsi nommé à cause d’un marché aux

boissons qui se tenaient auprès. On le

rencontre non loin de la colonnade, en allant à Saint-Pierre.

La chapelle dite du Saint-Père, dans le palais usurpé du Quirinal, possède le chef de saint Laurent.

Le Forum romain

LE FORUM ROMAIN Dimanche, 27 mars.—Tous ceux qui

viennent à Rome ne manquent pas d’al-

ler voir le Forum romain, et de retourner plusieurs fois le visiter. Aucun lieu ne revêt un cachet d’antiquité plus pro-.

voncé. Tout y parle d’un autre âge : et ces arcs detriomphe élevés en l’honneur d'hommes illustres qui dorment depuis des siècles dans la poussière, et ces fûts de colonnes, et ce pêle-mêle de débris qui rappellent des mœurs qui ne sont plus les nôtres, et cette Cloaque maxima, œuvre d’un Tarquin, qui sert d’égoût collecteur comme au lendemain de la fondation de Rome.

Le Forum est l’endroit le plusintéres-sant de Rome et de tout l'Occident = en est le plus classique ; il a été témoin de la vie dramatique du peuple-roi.

C’est bien ici, en effet, que s’écoulait la

Impressions de voyage gd DUC ÉE CU plus grande partie des journées des anciens Romains. Les plébéiens y accouraient dès l’aube du jour ; à une heure plus avancée venaient les nobles, portés sur des litières par les esclaves, et escortés de leurs nombreux clients. Aussi,

sur le Forum, sous ses portiques et aux alentours, s’élevaient les édifices publics nécessaires à la vie d’un peuple : temples,

basiliques ou bourses d’alors, boutiques,

magasins, marchés de toutes sortes. Ici

se plaidaient les causes civiles, crimi-

helles et sociales ; les grands intérêts de l'État y étaient discutés ; On y décidait

de la vie ou de la mort des citoyens, de la paix ou de la guerre avec les peuples

étrangers ; on y réglait le sort du monde entier.

Cette place, en ce moment si déserte, je la vois dans mon imagination se couvrir de la foule qu’attiraient les affaires ou le plaisir. Voilà que des rassemble-

Le Forum romain 15

an- ments se forment, grossissent ; on parle cou- avec excitation ; sans doute va s’agiter eure une question importante, peut-être celle rtés des lois aigraires. Les pas et les regards COT- se portent du coté des rostres. En effet, ; 1ssi, un homme vient d’en gravir les degrés. + aux Son regard se promène sur l’assemblée ; lics il jette quelques paroles qui se perdent 2 les, au milieu du bruit général. Cependant 4 les, la vivacité des conversations se ralentit ; 3 Ici le silence s’établit, et la voix de l’orateur “À imi- commence à planer sur cette masse com- ‘4 de pacte. Le calme se fait, et cette multi- À lait tude, si mouvante il y a un instant, est 3 , de devenue immobile ; elle est là, suspendue ples jaux lèvres de l’orateur. Celui-ci sent nde bientôt qu’il a maîtrisé son auditoire ; quelquefois il se drape avec majesté rte, dans les plis de sa toge ; d’autres fois OU- il marche à grands pas dans la tribune, et ires l'auditoire le suit dans ses mouvements,

Cr hd ti Éallaise id. à: AC + ee Fe jo

Deeeeneees

ere

Le dldns 4 Ne,

* M rule,

s'emporte ou s’apaise, condamne ou absout avec lui.

La harangue est terminée ; l’orateur descend de la tribune aux acclamations de tout le peuple ; tous les esprits sont convaincus. Ÿa-t-il triomphe plus complet? Ce ne sont pas des corps qui tombent sous le tranchant du glaive, mais.

chose plus merveilleuse! des volontés qui s’inclinent sous la puissance de la parole.

La foule s’écoule lentement, et la vaste enceinte est de nouveau déserte. Je me retrouve moi-même, seul, assis sur des ruines, tandis que règne autour de moi le calme de la solitude.

Le Forum remonte au berceau du peuple romain. C’était une plaine basse et marécageuse qui séparait le mont Palatin

de celui du Capitole. Le Capitolesëtait

occupé par les Sabins ; sur le Palatin s'étaient fixés les aventuriers que Romulus avaient attachés à sa fortune. Des

NC Eine ROUE ne - Eve SR UT di se à:

LA

Le Forum romain 17

sujets aussi peu recommandables, ne pouvant trouver des femmes qui consentissent à unir leur sort au leur, il fallut recourir à la ruse et à la violence. Romulns organisa donc des jeux publics, et invita les nations voisines. Les Sabins surtout accoururent en foule. Or, pendant la représentation, voilà que tout à coup, à un signal donné, les Romains se jettent sur les spectateurs, enlèvent les filles des bras de leurs mères, et les emportent dans leurs demeures. C'’était un cas de guerre, s’il en fut jamais. A quelque temps de là, les deux peuples étaient aux prises dans la plaine même

1 qui avait été témoin de l’enlèvement.

Mais au plus fort de la mélée, les Sabines se jettent au milieu des combattants, vont d’un camp à l’autre, implorent, supplient, font tant enfin qu’elles voient tomber les armes des mains de leurs

. à mer Ml if dé ua LE i* alt NÉ vin |

ae ce

LA

Page 1