COURSES À TRAVERS LA VILLE
Avant l’ouverture de la voie ferrée, la plupart des pèlerins de la Ville éternelle pénétraient dans Rome par la porte du septentrion ; entrons à leur suite. D’abord voici l’église du Peuple qui a donné son nom à la porte ;elle est construitesur les tombeaux des Domitiens ; là sont les cendres du cruel Néron. En face, de l’autre côté de la place, s'élèvent, à l’entrée de la ville, comme pour lui servir de rempart, les deux églises de Ste-Marie in Monte Santo, et de Ste-Marie in Miracoli.
De là s’introduisent dans Rome, comme trois artères, pour permettre la circulation, les rues du Corso, del? Ripetla et Babhuino.
La rue dell Ripetta, à l’ouest, longe le Tibre. C’est le centre du petit com-
merce ; cette partie de la ville se distingue par ses rues étroites et sales. La rue della Scrofa, continuation de la Ripetta, conduit à la place Saint-Louis des.
Français, non loin de Saint-André della Valle sur le corso Victor-Emmanuel.
La rue Babuino, à l’est, traverse un quartier à la physionomie toute moderne et habitée surtout par des étrangers. A la place d’Espagne, on monte le superbe escalier qui conduit à la Trinité-des- Monts, et l’on continue par les rues Sixtine, des Quatre - Fontaines, Agostino Depretis jusqu'à Ste-Marie- Majeure, Charles-Albert et Conte Verde jusqu’à Sainte-Croix de Jérusalem, près de la porte Majeure. La rue Sixtine débouche sur la place Barberini : près de là est l'église de Saint-Isidore et de Sainte-Marie de la Conception ou des Capucins, fon.
dée en 1624 par le cardinal Barberini qui la choisit pour y dormir son dernier som-
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meil sous cette modeste inscription : Aéc Jjacel pulris, cinis et nihil; ici gît de la poussière, de la cendre, rien. Dans le caveau de l'église sont des chapelles mortuaires aux lugubres décors ; ce sont les ossements de milliers de religieux dont on a garni les murs, construit des autels, fait des lampes suspendues. Le jour des morts il y a illumination générale. Je n'ai pu me résoudre à visiter cette exposition d’un nouveau genre, cette galerie macabre de squelettes travaillés.
La rue Nicolas de Tolentin conduit à l’église de ce nom.
Le Corso proprement ditest au milieu ; il s'enfonce jusqu’au cœur de la ville dans un quartier commercial ; là sont les palais si nombreux des nobles romains.
On rencontre d’abord l'église de St- Charles, rendez-vous du monde élégant, puis celle de St Laurent i» Lucina : la rue Conver tile conduit à St-Silvestre in
Capite, sur la place de ce nom, où l’on * Conserve le chef de saint J ean-Baptiste ; Ste-Marie in Via est sur la rue dell Angelo Custode qui débouche sur la place Barberini, par la rue des Tritons ; après avoir dépassé Ja place Colonna on trouve à gauche les églises de St-Marcel et des Saints-Apôtres ; à droite, celles de St-Ignace, de Ste-Marie in Via lata, et le Collège romain. Le Corso se termine à la place de Venise où viennent aboutir
le Corso Victor-Emmanuel et la voie Nationale.
- Le Corso Victor- Emmanuel, qui est la continuation de la voie N ationale, coupe Rome transversalement. Il a été percé à travers les quartiers mal bâtis de la Rome du mcyen âge : aujourd’hui c’est l’une des plus belles rues de Rome.
La place du Gesu est tout auprès ; à
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gauche sont les églises du Saint Suaire, de Saint André, &ella Valle, de St-Laurent ér Damaso ; à droite, celles des Stigmates, de St-Nicolas aux Césarine, de St- Pantaléon. C’est ici que vécutau XVIe siècle le fondateur des Pauvres clercs de la Mère de Dieu pour les Ecoles pies.
La vue de tous les enfants qui se per.
daient dans les rues de Rome engagea saint Jean Casalanz à établir des écoles gratuites pour les recueillir. Le corps du saint repose sous le maître-autel.
Sur la place Sforza est la Chiesa Nova, l’église de saint Philippe de Neri, l’un des patrons de Rome, l'un des saints les plus aimables et les plus populaires dont on conserve le souvenir ; il est le Vincent de Paul de l'Italie. Pendant plus d'un demi-siècle il fut le confesseur de Rome :
il passait au confessionnal des jours et des nuits presque entières. Tel fut son amour de Dieu et de ses frères, que son
182 Impressions de voyage A EE
Cœur se développa ontre mesure, et que la poitrine ne suffisait plus pour en concontenir les battements.
Saint/Philippede Néri fonda l’ordre des Oratoriens ou des Priants, ainsi nommés par le peuple qu’on convoquait à la prière soir et matin, au moyen d’une clochette.
On conserve encore précieusement la cellule du saint, les vieilles planches de sapin vermoulues de son confessionnal, le banc sur leque! il s’asseyait pour instruire les enfants.
Non loin du pont Saint-Ange est Saint-Jean des Florentins, l’église nationale des Toscans.
De fait, la plupart des nations catholiques ont leur église nationale à Rome.
Etes-vous Français ? Allez à St-Louis-des- Français. Là vous trouverez des prétres qui parlent votre langue, connaissent vos habitudes ; vous assisterez à des offices qui vous rappelleront les cérémo-
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nies de votre paroisse ; vous trouverez des prêtres du pays pour entendre vos confessions.
Les Allemands ont Sainte-Marie del?
Anima ; les Espagnols, Ste-Marie dell Monserato. Il y a St-Julien des Flamands, St-Antoine des Portugais, St- Claude des Bourguignons, Ste-Agathe des Irlandais, Ste-Anne et St-Joachim des Belges; St-Charles-au-Corso des Lombards ; le St-Suaire des Piémontais, et bien d’autres encore.
Les pèlerinages au tombeau des apô tres ont commencé dès les premiers âges de l’Eglise ; c'était un voyage long et
pénible. Rendus à Rome, les pèlerins
d’une même nation se groupaient ensemble dans les hôtelleries. Plus tard on
éleva des églises nationales, puis, des sé-
minaires où les étudiants des pays éloi-
gnés se retiraient pour suivre les cours
des universités,
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184 Impressions de royage Se De
Les papes ont toujours encouragé ce sentiment de patriotisme qui cherche à retracer à l'étranger la patrie absente,
Un sentiment d'amour national exagéré a fait dire: tout homme a deux patries, la sienne d’abord et puis la France. A plus forte raison tout chrétien a la patrie de Rome. intermédiaire entre la patrie de la terre et la patrie da ciel,
Probablement qu'on trouvera moyen Plus tard de continuer le Corso Victor- Emmanuel jusqu’au Capitole où l’on veut élever dans le centre de la ville un monumentau premier roi Usurpateur de Rome, et de là jusqu'à la place Victor-Emmanuel au delà de St-Martin-des-Monts, sur les limites est de la ville, A l'intersection des belles voies Cavour et dello Slatuto elle passera près de St- Pierre-aux-Liens,
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où l’on conserve les chaînes de saint Pierre.
Hérode Agrippa, dans le but de s’attirer les bonnes grâces des Juifs et de détruire le nom chrétien, après avoir fait décapiter l’apôtre Jacques, évêque de Jérusalem, fit jeter en prison l’apôtre Pierre dans le dessein de le mettre à mort au temps de Pâques devant le peuple réuni. Deux: chaînes tenaient captif le chef des apôtres ; tandis que deux bandes de soldats se relevaient auprès de la cellule du prisonnier et que deux hommes attachés aux mêmes fers que lui le sui. vaient partout pour mieux le garder ; toute l'Église était en prière ; on n’espérait plus jamais revoir le chef de l’Église ; le découragement gagnait les cœurs. Mais voilà que la veille du jour fatal un ange apparait au captif et lui ordonne de sortir de prison ; en même temps ses chaînes tombent, et les portes
s'ouvrent. Pierre Passe entre ses gardes endormis, et arrive tout à coupau milieu de l’assemblée des chrétiens qui ne peuvent en croire leurs yeux.
On conserva les chaînes de Pierre prisonnier d’Hérode,. L'impératrice Eudo- .
xie, qui les reçut plus tard de l’évêque de Jérusalem,donna l’une d’elles à sa fille Eudoxie, temme de l’empereur Valentiniea qui la contia au Pape. Celui-ci possédait déjà les chaînes que saint Pierre portait dans Ja prison Mamertine. Il les rapprocha l'une de l’autre ; 6 miracle ! elles se soudèrent à l'instant, comme On peut les voir encore aujourd’hui à St-Pierre-aux-Liens qui a été construit par l'impératrice Eudoxie pour les recevoir. C’est sur leur modèle que sont faites ces chaînes de montre auxquelles sont attachées des indulgences.
Le pape Jules II voulutavoir son tom beau à St-Pierre-aux.Liens. Michel-
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Ange chargé d’en faire le plan, l'avait conçu grandiose. Il ne put que terminer lastatue colossale de Moïse que quelques uns regardent comme un chef-d'œuvre et que d'autres critiquent sèvèrement.
Le conducteur du peuple d. Dieu descend du Sinaï. Il est encore sous le coup de l’éblouissement de la vue de Jéhovah ; sa physionomie est transformée ; sur son front apparaissent des cornes de gloire.
L'artiste nous le représente an moment qu’il aperçoit le peuple dansant autour du veau d'or. :
La statue est plus grande que nature ; l’ensemble transporte d’admiration, Tel était le génie de Michel Ange, plutôt sublime dans la conception des grandes lignes. C’est l'aigle qui plane dans les airs. Dans le plan de St-Pierre, il a taillé de l'ouvrage pour des siècles.
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