‹ Impressions de voyage [microforme]Chapitre 29 sur 30 · UNE AUDIENCE DU PAPE · texte numérisé non relu

UNE AUDIENCE DU PAPE

Jeudi, 5 mai.—J’ai déjà vu le Pape deux fois dans des circonstances différentes. Lorsque je pénétrai dans son appartement privé à la suite de Mgr. A.

Racine, le 3 décembre, j'assistai à un entretien familier ; je l’entendis nous faire part de ses peines et de ses espérances ; il termina par ces mots à l’adresse des ennemis de l Église : mais ils ne comptent pas avec Dieu !.. Lors du Consistoire public du 17 décembre, Léon XIII nous apparut véritablement roi, porté sur la sedia qu’ombrageaient les Jlabelli, acclamé par une foule enthousiaste aux cris de evviva il Papa- 6 /..

J’avais entendu le Pape captif prendre Dieu à témoin de la justice de sa cause :

je l'avais contemplé au milieu des acclamations du triomphe ; il ne me restait plus qu’à voir le père au milieu de ses enfants, les bénissant affectueusement et recevant les témoignages de leur dévouement et de leur amour.

Le Pape reçut les pêlerins dans la salle des Audiences ; il était assis dans

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un fauteuil, et nous passions devant lui.

Comme chacun sentait son émotion grandir à mesure que s0n tour approchait ! Lorsque MM. les abbés Cinq- Mars et Angers se retirèrent, on lut mon nom sur la carte d’admission et je me trouvai seul aux pieds du Saint-Père.

Je baisai plusieurs fois sa main et ses habits. Je lui demandai de donver la bénédiction apostolique à mes paroissiens d’Alma, ce qu’il accorda volontiers : ‘‘ Avez-vous un grand nombre de paroissiens, me dit alors Léon XIII ?— Douze cents, lui répandis-je. — Sont-ils tous catholiques ? Pratiquent-ils tous leur religion ?—Oh ? oui, Très-saint-Père, dis-je avec bonheur.—Tant mieux |...

Ah ! le zèle des prêtres canadiens l?….

Je demanda alors au Pape de bénir les objets de piété que je portais dans deux petites boîtes ; il les toucha de sa main

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et les bénit. 11 m'offrit sa main ; je la baisai et m'éloignai,

En nous retirant, au lieu de revenir Su nos pas, nous allions dans une salle voisine que le Pape devait traverser pour s'en retourner. Nous nous trouvâmes plus de soixante personnes réunies lorsque le Pape vint à passer. “Nous ouvrîmes nos rangs pour laisser un passage libre, et nous nous jetâmes à genoux.

Jamais je n’oublierai la scène qui suivit, Léon XIIT, malgré ses quatre-vingtdeux ans, est plein de vie. Il prononça PAdjutorium nostrum in nomine Do:

- Mini avec force, et nous répondîmes Qui f'ecit cœlum et lerram. Les fronts s’inclinérent en même temps que la bénédiction papale descendit sur nos têtes,

‘‘ Je vous bénis, dit il en français, en “se penchant vers nous et se tournant ‘ de tous les côtés comme sil eut craint ‘€ d'oublier quelqu'un, je vous bénis.

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4 vous, vos familles, vos parents..., com- ‘ prenez-vous bien ?... ‘” et il répétait les mêmes paroles, en appuyant sur chacune d'elles.

Tout le monde se pressa alors autour du Saint-Père ; on sentait que la plus vive émotion régnait chez tous. Le Pape s’avançait lentement, se prêtant volontiers à toutes ces démonstrations de piété filiale ; il donnait à l’un sa main à baiser, la mettait affectueusement sur la tête d’un autre. J’étais près de la porte de sortie. Une dernière fois je pris sa main, qu’il me présenta en s’éloignant, et la baisai avec respect. Le Saint-Père avait franchi le seuil de la salle, et nous le vîmes avec regret s’éloigner. Il marchaït vite, tout penché, et dirigeant ses bras en avant comme sil eût vouiu appuyer les mains quelque

part.

Je partirai demain, heureux, puisque j'ai eu le bonheur inespéré de voir le Pape encore une fois.

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