LE DÉPART
Certaines circonstances hâtent mon retour au pays ; je m’en retourne en com pagnie de M. l'abbé N. Cing-Mars, curé de Portneuf, et c’est une fortune pour moi de faire le voyage en si aimable compagnie, Nous passerons par la Suisse, l'Allemagne, la Belgique et la France.
Mes pérégrinations, jusqu’à présent, ont toujours été des plns heureuses, au delà même de mes espérances, puisque la Providence m’a ménagé un pèlerinage aux Lieux Saints. Je pars satisfait et reconnaissant,
Cependant on ne peut quitter Rome sans qu’il en coûte, surtout lorsqu’on est prêtre, Je ne pourrai donc plus visiter
Le départ
ses nombreux sanctuaires, ses basiliques si vénérables, parcourir ces lieux sanctifiés par le sang des martyrs, ces rues, ces places où tout parle du passé, où les pierres du chemin, les couches de terrain superposées, les ruines des arcs et des monuments de toutes sortes nous racontent l’histcire de l’église primitive ; je ne pourra. lus aller m’agenouiller aux pieds du vicaire de Jésus-Chr' ‘ sur la terre et recevoir sa bénédiction.
Il me faut donc me séparer de mes supérieurs, dire adieu à mes confrères ; la vie était pourtant bien agréable au milieu d’eux ; elle rappelait l'abandon des années du collège. Comme en ces emps déjà lointains, nous avons vécu de la même vie, nous asseyant sur les mêmes bancs de l’école, à la même table du réfectoire, prenant en communauté les récréations, nous réunissant plusieurs fois le jour dans la chapelle du collège. Je
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Tmpressions de voyage ro suis lié avec tous d’une douce intimité, et, sur le chemin de la vie, ce sera toujours un plaisir pour moi de me rencontrer avec l'un d’eux.
Cependant je commence à me faire à l’idée du dèpart. Ainsi va la vie. Sur la mer du monde rarement notre bary e va vent arrière. Il nous faut sans cesse prendre des sordées, tendant la voile du côté que soufle la brise de la Providence.
Mais lorsqu'il nous ‘aut changer de direction, un moment l’embarcation hésite, reste ballotante sous la poussée des vagues contraires, puis les voiles s’enflent de nouveau et elle prend la haute mer.
Je m’éloigne de Rome, mais je vais au Canada ; je ne verrai plus le beau ciel d'Italie, mais je reverrai nos grands fleuves, nos couchers de soleil, nos aurores ” boréales ; je quitte un Pays sans hiver, mais l’air natal et ses fortes senteurs m'arrivent déjà à travers les espaces. Je
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vais quitter des supérieurs et des confrères que j'ai appris à aimer et à respecter, mais je serai bientôt au milieu de mes parents, de mes confrères et de mes parvissiens.