SAINT-DENYS CARACTÈRE DE ROME
Mercredi, 30 mars.—L’ Église de Saint- Denys a été bâtie en 1619 par des religieux français de l'Ordre de la Rédemption ; aujourd’hui encore ce sont des enfants de saint Jean de Matha, venus d’Espagne et établis à Saint-Charles aux Quatre-Fontaines, qui la desserveut, ainsi que le couvent de filles adjacent.
C’est là que je dis la messe depuis mon retour de Terre Sainte ; mon compagnon d’autel est M. l’abbé E. Labrosse ; selon la coutume observée dans notre chapelle, nous nous servons successivement la messe l’un à l’autre.
Impressions de voyage ete semi RÉ L'église est tout à côté du collège ; tous les jours nous passons plusieurs fois devant la porte. Mais rien nela distingue des bâtisses environnantes, à tel point que des mois peuvent s’écouler sans qu'on la remarque. Il en est ainsi pour un grand nombre d’églises à Rome.
Cependant, tel sanctuaire qui s dérobe à tous les regards, est célèbre ; ainsi Saint-Denys possède une image miraculeuse de la Vierge ayant appartenu à saint Grégoire le Grand.
En Egypte, il y avait la ville aux cent portes ; Rome est la ville aux centaines d’églises. Il y en a, paraît-il, autant que de jours dans l’année. Plus de soixante sont consacrés à la Mère de Dien F les martyrs illustres des premiers siècles ont chacun la leur, et quelquefois plusieurs sont dédiés au même saint pour rappeler lez diverses circoastances de sa vie et de sa mort. Des papes, des
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ge ; rois, des familles opulentes ont tenu à eurs honneur d’élever des monuments de leur dis- piété dans la Ville éternelle, De leur à tel côté les ordres religieux sont venus de uler par tout le monde fonder une maison à insi Rome pour y puiser à la source même la me, science ecclésiastique et l’esprit de l’Erobe glise romaine.
insi Rome est la terre classique de l’esprit acu- chrétien. [L'air qa1'on y respire en est u à imprégné. Tout y porte a Dieu, et on se sent devenir plus religieux. Que ent d'hommes venus en simples curieux sont nes retournés convertis, et parmi les plus ilant lustres, Louis Veuillot! C’est ici qu’il Dix- a trempé sa foi et scellé son attachement >u ; inébranlable à la Chaire de Pierre. Un cles voyage à Rome, c’est un bain fortifiant )Ju- qui répare les forces de r’âme et lui rend our son énergie pour le bien.
de La capitale du monde catholique est des l’antithèse de la capitale du monde pro-
es An
26 Impressions de voyage mm fane. A Paris, tout est fait pour char.
mer les sens. Il y soufflé un vent qui énerve et amollit le caractère. Insensiblement on se fait indifférent aux choses de la foi. Les jeunes gens surtout sont bien exposés à se laisser éblouir par des mirages trompeurs, et à courir après des plaisirs qu’on leur présente sous toutes les formes. Hélas ! “Op souvent des étudiants venus chrétiens convaincus de leur pays s’en retournent avec une foi blessée,
Les mondains aiment Paris et sy plaisent ; Rome est la patrie des croyants, À Paris, on oublie facilement ses devoirs religieux ; à Rome, on les reprend quand on les a négligés.
Rome offre à l’âme des jouissances in.
times, elle renferme des séductions pour l'esprit et le cœur qui finissent par attacher à son sol beni et à son ci] d’azur ; Gregoire X VI avait coutume de direanx
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‘A l'œutre et a l'épreuve 27
char. personnes qui allaient le voir avant leur ; qui départ : ‘* Combien de mois avez-vous ensi- passés à Rome 1! ”” Si l’on répondait : Loses six mois, ilajoutait aussitôt: ‘’au resont voir !””’ C’est que Rome après un séjour * des prolongé devient une seconde patrie où s des l’on sent le besoin de revenir, utes Je ne connais pas sort plus heureux des pour un prêtre retiré du ministère que s de d’aller terminer ses jours à Rome, occupé foi à visiter les églises, à suivre le cycle de ses fêtes quotidiennes, et à assister aux Jai: démonstrations qui ne cessent de se sucnts, céder dans la ville des papes.
sr « À L'ŒUVRE ET A L'ÉPREUVE ”
31 mars.—Je viens de lire d’un seul in. trait le nouveau livre de Laure Conan :
our A l'œuvre et à l'épreuve.
ta- D’instinct, je n'aime pas les romans ;
c’est une suite d'aventures qui passent comme les tableaux d’une lanterne ma-
28 Impressions de voyage mn PE gique, et les personnages agissent au gré de l’auteur comme des marionnettes au bout de leur corde, D'ailleurs nous n’avons qu’à donner libre cours à notre imagination et elle se peuplera de héros imaginaires, Mais À l'œuvre ét à lé.
Preuve est un roman semi-historique :
c'est la vie, esquissée à grands traits, du - Père Charles Garnier tué en haïne de la religion par les farouches Iroquois. De fait, notre histoire est une mine inépuisable pour tous nos écrivains ; Laure Conan n’en a suivi qu’un mince filon, Un intérêt tout particulier s’attache aux pionniers de la foi et de la colonisation dans notre patrie. On aime à savoir ce qu’ils ont été, avant de les voir à l'œuvre et à l'épreuve sur le théâtre de leurs travaux ; on aime à les suivre lorsqu’il font un voyage au pays des ancétres. Monsieur Garnier demeure à Paris, Son fils Charles se sent appelé aux mis-