SCENE XV
OLYMPE, PAUL, assis sur le banc ; GAMBILLARD , paraissant sur le rocher à droite .
gambillard , essoufflé, et paraissant tout désappointé de se trouver là.
Je suis vexé comme un poulet d'Inde poursuivi par un cuisinier. Je descends dans la vallée, j'aperçois un roc gigantesque, je le gravis à quatre pattes; et, après une heure de cette gymnastique pénible, je me trouve à cette espèce do petit cntreaol l mais je no piano pas du tout sur les orages,
je ne distingue nulloment devant moi ni les Alpes ni les plaines de la Lombardie ; je ne vois même pas les bords du Pôl {D'un air décidé.) Allons, allons, décemment, je ne puis regarder les quarante pieds de rocailies dont je suis environné comme me représentant l’Italie dans tout son ensemble. N’importe, dressons toujours ici ma petite tente ! (Il s'arrête tout court et pousse un soupir.) Ahl ce mot me rappelle que j'en ai perdu une... qui m’aimait... ma tante Bacot... mais éloignons tout souvenir rétrospectif.
Pendant qu'Olympe chante le couplet suivant , Gambillard plante son bâton erre , et y visse son parapluie ; puis il déploie le tabouret qu'il portait sur «on dos , s'assied dessus, tire de sa poche son porlcfcuil et se dispose à écrire lorsque le couplet finit.
olympe, à Paul , qui la lutine toujours.
Même air.
Mais restes doue tranquille t Vous êtes trop fragile;
Il est Lien difficile De vous parler raison.
Celle qui vous est chère ,
Je ne dois rien lui taire ,
Serais-je messagère De votre trahison ?
Ma cousine s , je pense ,
Je vous le dis tout bas ,
Droit à votre constance ,
Ah t ne l’oublies pas !
gambillard, toujours sans les voir .
Ecrivons les impressions de ce jour , et arran geons un peu la chose... (Il lit tout haut en écrivant.) w Aujourd’hui jo me levai de bon matin, et j’aperçus le soleil qui en faisait autant de son côté. Cetastre.dontonn’a en France qu’une idée... trèsvague, étaitentouré de nuages d’opale, et semblait unclou doré, fiché au plafond du firmament. ..par un audacieux tapissier... » (A lui-même. ) Hein! voilà delà couleur! comme les hauteurs ça élève l’esprit 1 je n’aurais pas trouvé cela en bas... (Il continue de lire en écrivant.) « Parvenu au sommet le plus élevé de cette chaîne des Apennins, je tirai de mon carnicr un becfstcack d’ours, que j’avais tué la veille... » [A lui-même.) Je le tuerai demain, parcequ’il faut être exact... Mais y a-t-il desoursdans les Apennins?... Oui, oui, il me semble que Martin en était membre! (Écrivant.) h Je le dévorai... » (Alui-méme. )Lebeefsteack, pas l’ours! (Écrivant.) u Avec un appétit patriotique; vengeant ainsi les mânes du vétéran qui fut croqué par l’ours du Jardin des Plantes... ( Avec emphase.) Heureux de donner à ce brave cette tardive satisfaction. La chair de ce quadrupède est fort délicate, mais inférieure au veau... et plus rare... » olympe, à Paul.
Mais je ne puis y aller aujourd’hui!
GAMBILLARD, SC levant.
En voilà assez sur l'ours, embrassons l'horizon. Voilà cependant un spectaclo peu connu dans lequartiei Montorgueil ! c’est comme ça que faisaitByron. .. Byron ! que les Anglais nomment lord Balronnc, dans leur ignorance delà prononciation française. Quand
MAGASIN THEATRAL
il voulait éprouver quelque choso de drôle, il grimpait sur un roc. ..il se drapaitdans son manteau... je n’ai pas de manteau, par exemple! (Il s’agite avec mauvaise humeur.) Ah! diable, c est dommage... Il laissait flotter ses cheveux au vent, elil avait des pensées énormes, etsc faisait peindre dans cet état. Ah !
II pousse un soupir, se rassied, appuies» tête dans sa main et tombe dans la rêverie.
paül, à Olympe, iris-animé.
Ohl vois-tu? si lu pouvais seulement me rapporter un mot écrit de sa main...
OLTMPE.
Eh bien ?
. Eh bienl je crois que je t’embrasserais...
Il lui donne furtivement un baiser, dont le bruit cil entendu de Gambillard.
gambillard, inquiet.
Quoi? (lise lève, se penche par-dessus le rocher et les aperçoit.) Ohl que vois-je! malédiction! paol, se levànt et le regardant.
Encore ce Gambillard!
•ambillarü, furieux , passant une jambe en dehors du rocher, comme s’il voulait descendre.
Y a-t-il long-temps que vous étcs-là?
Air du Comte Ory.
O ciel ! quelle est ma rage!
C’en vraiment une horreur!
Ce baiser qui m'outrage A vibré dans mon cœur! (bit)
PAUL et OLTMFZ.
Quel est donc te tapage .*
Quelle «1 donc son erreur ?
Moi , lui faire un outrage !
Quand lui icul a mon cœur...
Quand j’ai fait son Imnbeur.
GAMBILLARD, furiCUX.
C’est du gentil! c’est du propre! et vous croyez que je vous épouserai?
OLVMPR, pleurant.
Quelle indignité ! après ce qu’il m’a promis l paul, avec emportement.
Comment ! vous manqueriez à une parole dont j’ai été garant?
gambillard.
L’épouser! moi? J’aimerais mieux prendre la poste et aller me jeter dans le canal de l’Ourcq.
PAUL
C'en est trop!
gambillard, de plus en plus furieux.
Oui, c’en est trop! (A part.) Il méprend mon mot. Et c’est là ce qu’on appelle un voyage en Italie? Jamais! ( Avec mépris.) Ah! je vous regarde comme bien au-dessous de moi, tous les deux I
PAUL
Pour en finir, comment allez-vous?
gambillard, interdit.
Ma santé?
PAUL
Yotre montre. Veuillez régler votre montre tur
la mienne, monsieur ( Il tire .in montre.) Trois heures cinq.
cambillard , tranquillement, interrogeant sa montre.
Vous» retardez de quatre minutes.
Eh bien! monsieur, notez bien que si, dan»
douze heures, à partir de ce moment , je vous rencontre quelque part que ce soit, je vous coupe les oreilles !
gambillard, indigné.
Les oreilles ! Je ne m’y prêterai point, (appuyant avec force) je ne m'y prêterai point! D’abord c’est un supplice turc, qui n’a jamais été usité en France qu’à l'égard des carlin* : c’est une exception , ça! c’est une exception, ça!
Il disparaît en emportant tout son bagage.
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