‹ Impressions et souvenirsChapitre 9 sur 18 · Rappelez qu'ils sont toujours terminés par i» on t · texte numérisé non relu

Rappelez qu'ils sont toujours terminés par i» on t

â08 IMPRESSIONS ET SOUVENIRS.

è dans les mots d'une seule syHabe ou d'une seiile pièce * : les^ des, mes^ ses^ etc*

Ici j*ouvre une parenthèse. Je crois très-utile, sinon nécessaire, de faire marcher avec Tétude de la lecture renseignement des notions élémentaires de la grammaire et j'ai toujours obtenu cette étude avec une extrême facilité. Elle se fait après la leçon en manière de conversation raisonnée, enjouée même, car l'enfant i qui on propose des exemples d'une règle aime beaucoup à les trouver lui-même. Rien ne le stimule et ne l'égayé comme une faute qu'on lui donne à redresser. Il apprend les genres avec une proposition comme celle-ci — Vhomme est bonne^ la femme est bon^ la cliaise est petity le fauteuil est grande. En cinq minutes il apprend le genre et le nombre. C'est la première notion à lui donner.

Enseignez-lui, dès le lendemain, ce que c'est que le nom, nom propre et nom commun.

« Toutes les petites filles s'appellent des filles, nom commun. Toutes ne s'appellent pas Aurore ou Gabrielle, noms propres. » Tous les chiens sont chiens, tous se s'appellent pas Fadet. Encore cinq minutes

1. M. Laffore conseille d'employer le mot pièce à la place de ^syllabe avec les enfants. L'idée est bonne, pourtant j'ai remarqué qae les enfants retiennent pins volontiers les mots tech* niques que les traductions qu'on leur en donne.

de paroles échangées, Tenfant connaît les substantifs. Il sait aussi comment se forme et comment s'écrit leur genre et leur nombre. Quand vous lui direz que ^ à la lin des mots marque le féminin et s le pluriel, il ne lira plus jamais petites filles.

Vous lui expliquerez de même que ^^ à la fin des verbes ne se prononce pas, parce que c'est un signe qui marque que plusieurs personnes agissent; mais auparavant, vous lui apprendrez que le verbe est le mot dont il se sert pour dire qu'il fait une chose quelconque ; nommez-lui deux ou trois verbes, il vous en nommera cent. C'est le mot que les enfants aiment le mieux parce qu'il éveille en eux des idées d'action et de vouloir. Le pronom s'enseigne avec le verbe. Conjuguez avec l'élève les principaux temps de quelques verbes.

Passez à l'adjectif qui est la manière d'être d'une personne ou d'une chose ; donnez-lui trois exemples, demandez-lui en tant que vous voudrez. Il n'hésitera pas ; dès lors faites-lui observer que quand il parle, il fait toujours accorder l'adjectif en genre et en novnbre avec le nom.

Passez à l'adverbe qui est V adjectif du verbe. L'adjectif dit comment est la personne ou la chose. L'adverbe dit comment le verbe est fait par la personne ou la chose. Tu es sage, voilà ton adjectif, ta qualité ;

210 mMESSïaNS* ET SOUVENIRS.

' tu lis sagerûenU voilà la (Qualité, Tadjectif de ton action ; on rappelle advef be.

Si, par exœption, rerifant ne comprend p^, v^ous lui direz que, pour reconnattre le pluriel dans les verbes, il faut mettre avant le mot, ils ou elles et voir si le mot a un sens : Ils iDoient, elles courent. — Ils vraiment^ elles joliment n*en aurait aucun, — (Test le procédé que donne M. de Laffore, forcé de résumer en règles courtes tout son système ; mais j'aime infiniment mieux devoir l'application d'une règle au raisonnement qu'à la routine et je ne sépare pas l'étude de la lecture de ceRe de la grammaire élémentaire. L'enseignement oral qui précède ou suit la leçon n'est pas une fatigue, tandis que le soin dô (D^inguer et de retenir la forme, lô nom et l'emploi des signes exige un effort qu'il ne faut pas prolonger au delà d'un quart d'heure, dans les commencements surtout.

Exemple d*une leçon de 'grammaire prise sur le fait.

— Qu'est-ce que tu fais donc là, par terre?

— Je me roule sur ton tapis : est-ce qiie tu ne veux pas?

— Si fait, à la condition que tu me diras ce que c'est que de se rouler comme (Sela.

— Êh bien, je me roule, je fais uiï Vetbe. C'est le

IMPRESSIONS ET SOUVENIRS. 2ti

préS0flt. FGef je me suis roulée de même, cfest te passé.

— Et demain ?

— Si je dis^ que je me roulerai encore, ce sera le futur.

— Mais tu te roules trop, tu es folle?

— Je suis folle, c'est mon adjectif.

— »• Aussi tu te roules follement.

— C'est l'adjectif de mon verbe, c'est un adverbe que je lui mets.

L'article est si facile à comprendre que nous l'avons appris en passant, comme par-dessus le marché, ainsi que la conjonction et la préposition. Cela suffit pour le moment. En même temps que Télève me lit sa première phrase, il est en état de m'en faire Tanalyse grammaticale. * Nous apprendrons en nous jouant à mieux conjuguer les verbes, les difficultés viendront plus tard.

Toute cette grammaire préalable est si simple et prend si peu de temps qu'on aurait bien tort d'en priver l'élève ; mais ayez soin de lui donner l'idée juste de ce qu'il apprend, trouvez des définitions à sa portée, et ne lui faites pas apprendre par cœur celles qu'il ne comprend pas. On a entassé grammaire sur grammaire. C'est fort beau, mais je serais bien embarrassé de les apprendre. Rien ne vaut pour commencer

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la vieille petite grammaire élémentaire de Lhomond qui, elle-même, ne vaut pas les premières notions données verbalement par la mère à son enfant.

J'aurais voulu résumer dans ce chapitre toute la méthode Lafforienne. Mes préoccupations de maitre d'école m'ont retardé. Je compléterai et tâcherai de résumer encore plus l'ensemble dans le chapitre suivant. Je termine celui-ci par une redite obstinée :

Soyez d'une patience à toute épreuve. Pas de punitions, pas de reproches ; pas d'attendrissements, pas de prières non plus ; ni anathèmeni homélie. L'émotion et l'attention n'entrent pas ensemble dans la tète d'un enfant. Habituez-le de bonne heure à prendre tous les jours une leçon, quand même elle n'amènerait d'autre résultat pendant longtemps que l'habitude de vous obéir. Soyez ponctuel et jamais pressé.

Nohant, janvier 72.

Récapitulons et complétons ce que nous avons dit sur la manière d'apprendre à lire d'après la méthode de M. de Laffore (statilégie) , dans Tordre où je la mets en pratique. La différence est peu sensible et je ne Tai signalée que par acquit de conscience.

V^yelki simples, doubles, triples,

Consonnes simples, doubles, triples.

p b Prononcez pe be, etc.

Consonnes doubles:

pr br Prononcez pre bre, etc.

Exercez Télève à prononcer les consonnes tout bas et à les joindre, tont àe suite aux voyelles dites tout haut. '

Sons composés.

an em en am^ete.

Faites remaïqner que tous ces sons se composent de ToyeHe» jointes à m ou n.

Faites prononcer ten comme dans rten. Les exceptiong viendront plus. tard, toutes les exceptions.

Faites lire ; l'enfant peut déjà assembler toutes le&

'artiailaiioQ& k tous les «ons. Assurezi- vous qu'il âigtin-

, gue parfsûtement la voyeUe smfle^ dotMe ou triple^

la consomie simplCy douUt ou triple^ le s&n composé.

Exercez^le à na j^^xiats^ séparer les- lettires qiû sont

groupées sur les tableaux.

Règle des syllabes.

Toute syllabe es^t feimé^d'ittie voyeUe simple, double ou triple, ou d'un son composé, et d'une consonne simple^ double on tfiple'pleR;ée avant ^

Règle de Ve muet.

e placé avant une coiîsôntie se prononce é ou è. Avant $, à la fin des mots, il indique le pluriel et

{. Mettez dans ]a; main de l'élève nu couteau à papier et qu'il coupe' seul lès syllal>e9 dans un livre quekon^é.

IMPRESSIONS ET r&OUVEHlBiS. 215

redevient muet aipaî quellif ; m^is^ dans Iqs mots d'u^e s^ule syllabe, mes^ tes, les, se^^ il jEait 4

Faites remar^iuer que e est J<i lettre qui c^nge 1/e plus souvent de son et qu'il faut bien observer son emploi en s*exerçant Enseignez, en vous reportant^ 1^"" tableau, qu^il est vmei avant nt dans le pluriel d^ verbes, et muet partout quand il est seul k la 8n d^ mots. Ensei^ez le ^dumgement de ç et dey av,ant 4 è, L

s entre deux voyelles ^

t avant ion,devieat s dans beaucoup de mots. Annoncez-le sans insister sur les exceptions. Toujours les exceptions réservées pour le moment où l'élève lira couramment et comprendra les mots qu'il lira.

Il sera temjps alors ^de lui ex{diquer ce que c'est qu'une exception^ que ville ne se prononce pas comme /{//:(?, etc. Vous avez affaire^ je suppose, à des élèves français, la difficulté est nulle pour eux.

Faites lire dans divers livres élémentaires, afin que rélève s'habitue à des caractères de diverses grosseurs; les majuscules s'apprennent ainsi d'elles-mêmes, eton fait en même temps observer qu'il y en a une au com<meacement de toutes les phrases.^t de tou^ les noms propres.

Ne faites lire que des phrases que l'élève puisse compreadr^.\Beaucpup de petits Jiyres so^t rédigéspré»- ,

tentieusement , avec une fausse naïveté, comme si l'enfant avait besoin qu'on lui enseignât la chose qu'il possède au plus haut degré. D'antres sont pleins d^enseignements religieux qu'il ne faut pas mêler à l'étude élémentaire. Enseignez à l'enfant la religion que vous avez, mais ne lui faites pas épeler machinalement des préceptes et des prières qui peuvent le rendre trèsirréligieux s'il est dans un jour d'ennui, de résistance ou de révolte. L'enseignement religieux est une chose trop sérieuse pour n'être pas donnée à part. La révélation d'une idée abstraite demande plus de solennité que n'en comporte l'étude des choses de pratique vulgaire. Si vous êtes vraiment croyant, n'abusez pas de l'intervention de Dieu dans la conduite de Fenfant. Ne permettez pas à l'enfant de mêler cette intervention à ses fantaisies de tous les instants; Choisissez le moment de lui en parler et ne lui en parlez pas avant qu'il soit capable de vous écouter.

Le plaisir des enfants, en commençant à lire, c'est de voir écrits les mots dont ils se servent tous les jours. Avec la méthode que j'emploie, ils y arrivent si vile qu'ils ont des joies et des surprises singulières à rencontrer dans un livre le nom d'une personne qu'ils connaissent ou d'un objet qui leur est familier. Il n'y a donc point à se maniérer ni à se draper pour faire des livres à leur portée. Ils demandent si peu d'esprit,

ils s'intéressent si facilement aux moindres cl^oses écrites ! Je me sers volontiers de la citolégie, par M. Dupont *. Sa méthode est longue, bien qu'elle tienne peu de place; elle ne procède pas par grandes divisions, elle superpose trop d'étages et surcharge la mémoire en voulant la ménager. Elle peut pourtant donner de bons résultats ainsi que plusieurs autres que j'ai sous les yeux et qui toutes demanderaient de bonnes mentions. Mais, dans toutes, je vois des exercices inutiles, et même nuisibles à la prompte et claire division en syllabes, à l'intelligence des mots par conséquent. Toutes ont adopté certaines prescriptions de M. de Laffore, mais sans en bien comprendre la raison, et en détruisant d'une main ce qu'elles édiGaient de l'autre. Je me sers donc de la citolégie pour les premières lectures, seulement parce que la division des phrases est bien faite, qu'un très-jeune enfant peut les comprendre toutes et que l'emploi de toutes les combinainaisons est bien groupé. M. de Laffore n*a pas fait de lectures graduées. Sa méthode les exclut. Dès que l'élève en connaît les lois, il peut tout lire sans échelonnage de notions nouvelles ; mais il faut bleu que l'enfant à qui j'apprends le français en même temps que la lecture, comprenne ce qu'il lit, et il n'y a point de

*■ Dacroq, 55, rue de Seiae. 1867.

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livre proprement dit à l'usage des enfanls de 5 à 7 ans. Les courtes phrases bien claires de la citolégie lui suffisent. Leur classement a Tavantage que si Télève, comme il arrive presque toujours, a une lacune momentanée dans la mémoire à propos de certains signes qui lui échappent, bien qu'il les ait parfaitement lus la veille, vous pouvez lui faire lire plusieurs phrases du chapitre où ces signes se retrouvent à chaque ligne dans toutes les combinaisons de mots qui lui sont familiers. Donc un bon point, un très-bon pointa la citolégie de M. Dupont. Je n'ai pas besoin d'autre chose, pour enseigner la lecture, que de ce petit livre et des trois tableaux dont j'ai parlé : 1° voyelles simples, doubles et triples ; 2® consonnes simples, doubles et triples ; 3® sons composés — tableaux qu'il est bon d'avoir toujours à côté du livre pour que l'élève puisse s'y reporter si sa mémoire fait défaut. J'enseigne oralement la règle de la division des syllabes. Je la fais appliquer. J'insiste sur l'emploi de Ve dans ses diverses modifications. Le reste n'est rien et vient de soi.

J'ai pour système de ne pas faire chercher la lettre, la syllabe ou le mot qui fait hésiter l'enfant. J'aime mieux le lui dire chaque fois sans lui faire remarquer qu'il éprouve une difficulté. J'écarte l'effort pour obtenir l'attention qui n'est plus possible dans ces jeunes

cerveaux sitôt que la fatigue commence. L^enfant ne vous dit pas qu*il est fatigué, il ne le sait pas. Il faut faire en sorte qu'il ne le soit pas. Quand vous l'aurez soufflé plusieurs fois, il se mettra à vous dire très-vile le signe qui l'embarrassait, pour vous empêcher de le dire avant lui. Avec ce soin extrême du fragile cerveau que vous voulez développer, vous pouvez commencer de très-bonne heure. Sinon, commencez tard, ce qui a bien des inconvénients, mais moindres que ceux d'une éducation précoce et violente.

Après la citolégie, je voudrais, pour Page de cinq à sept ans un livre possible ; je n'affirme pas qu'il n'en existe point dans le nombre, mais je n'en connais pas qui puisse être lu par l'enfant seul et lui donner le goût de la lecture, car presque tout ce qu'on lui met dans les mains est au-dessus ou au-dessous de son état de développement.

Comment voulez-vous qu'il comprenne que — ceci est dans un abécédaire et divisé en syllabes pour les élèves qui commencent :

. a La spirituelle Euphrosine a éprouvé du scrupule à » user du stratagème utile à sa réussite. » — « Â la > table alphabétique des archives se trouve l'acte d'ar- » bitrage des associés. Pedro est obligé de s'expatrier, » le pape Ta excommunié. »

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« Ce stratagème est d'une telle immoralité qu'il est » puni comme Vescalade, etc. »

Voici pour former le goût: a Ce tragédien américain » a le maintien simple, impossible à dépeindre, mais » qui lui va très-bien. »

Et voici pour l'édification des enfants pieux :

a Quand le hussard Zacharie se fit anachorète^ » l'exhortation fut des plus touchantes : pendant que » le néophyte était aux pieds du Christ, l'orchestre » exécuta un chœur admirable que répétaient /e« échos » d'alentour. »

Ne mettez donc pas indifféremment les abécédaires et les syllabaires dans les mains des enfants , car avec la nécessité des exercices que toutes les méthodes établissent et consacrent (sauf celle de Laffore) on les condamne à l'ennui le plus profond s'ils ne comprennent pas, ou à la plus incurable sottise s'ils ont le malheur de comprendre. Avec la méthode que j'emploie, je ne demanderais qu*un recueil de phrases d'une élémentaire simplicité : la rose sent bon , la caille chante, le ciel est bleu, la lune est ronde, le soleil est rouge, les étoiles isont belles, ma poule est blanche, ma robe aussi, que sais-je? tout ce que l'enfant voit et sent, rien de ce qui l'abrutit.

Voidce que je trouve dans des abécédaires ouverts au, hasard :

« Si 1er trône frôle l'abîme, sa chute sera sûre. » Le prône de ce prêtre décèle du zèle. Ce style me » glace. ^

» Le fratricide va clore le drame.

» Tire du coco à gogo.

» La parole rogue choque.

jf La bugrane a crû dru. »

Citons encore, c'est la première leçon :

€ Le papa tape.

]» Madame se ipire.

» Le bébé bave. »

Joli tableau de famille !

Aimez-vous mieux tomber sur ces antithèses ?

La crainte de Dieu, La fiente de poule, Un jupon sale, Le vénérable ermite, Le flegmon soigné, L'injuste Roboam, Un grog préparé, Nadab puni de Dieu, Le sapeur décoré, Le trône impérial, Home ta bièroi

Quand l'univers entier est là pour remplir d6 couleurs et de parfums les yeux et l'âme de l'enfant, quel besoin éprouve-t-on de le nourrir d'images grotesques ou de rapprochements fantasques ? Toute lecture jette cette jeune tête dans un rêve que vous pouvez rendre agréable, tout au moins inoffensif, et vous commencez par lui parler de craindre Dieu, ce qui est le contraire d'aimer ; et puis, vous le jetez dans une fantasmagorie de trônes, de juifs, de sapeurs, d'ermites, de jupons, le tout orné de fle7ite de poule ! Quel âne ou quel fou comptez-vous donc faire de lui?

Sancta simplicitas ! Tous ces livres élémentaires ôont pourtant rédigés par de très-braves personnes dévouées à l'enfance, et dont plusieurs ont fait de sincères efforts pour lui alléger le travail ; mais tout cela va comme le reste, et je n'ai point à entrer dans une critique de détail qui me jetterait dans un infini de blâme et de chagrin. Je me contenterai de combattre deux tendances générales très-opposées, mais qui conduisent au même but. Le réalisme religieux et le réalisme matérialiste, voilà les tendances : — fanatisme et brigandage, voilà les moyens; tyrannie, voilà le terme final. Qu'elle vienne d'en haut ou d'en bas, le résultat sera toujours la décadence.

Je ne veux pas, moi, non, je ne veux pas qu'on apprenne de gaieté de cœur à l'enfant l'horreur de la vie,

la méchanceté des êtres, la laideur des choses, la puanteur des charniers, le sang répandu, les haines mortelles, le rêve de Tenfer, la colère de Dieu, comme des choses toutes simples sur lesquelles il faut se hâter de le blaser pour que sa raison s'y habitue ou que sa croyance s'y soumette. Nous ne pouvons empêcher autour de lui le spectacle du mal et l'épouvante des désastres. Le riche peut, jusqu'à un certain point, en éloigner sa jeune famille, le pauvre ne le peut pas. Donc apprenez-lui à détester le mal qu'il voit. Ne le nourris- , sez pas de la notion d'une indifférence funeste, d'un prétendu stoïcisme philosophique ou religieux qui consiste à dire : les choses sont ainsi ; la sagesse ou la oi doivent les accepter. Je voudrais qu'il fût possible de laisser l'enfant grandir sans savoir que le mal existe. Il n'y faut pas songer, le mal est partout, il n'y a plus d'existences paisibles ; raison de plus pour lui faire aimer le bon et le beau, et pour cultiver en lui la sainte fleur de l'espérance.

Je suis persuadé que Troppmann ou Lacenaire enfants, ont vu ou su les détails de quelque crime atroce qui leur a été expliqué de sang-froid. Leur esprit en . aura été troublé à jamais. A partir de ce jour-là, ils ont été fous, d'une folie particulière, glacée, profonde, insaisissable au physiologiste et qui n'est autre que le sens humain détruit, un état moastrueux du fonction*

iiement ititellectuel, la désespérance du bien poussée jusqu'au mépris raisonné de soi-même.

On dit que le goût de la destruction existe chez Tenfant, cela est généralement vrai, surtout chez le mâle. Combattez cet instinct sauvage , empêchez-le de dégénérer en cruauté. Si vous voulez qu'il soit vraiment chrétien, ne lui pariez pas des supplices de Tenfer ; si vous voulez qu'il soit homme, faites éclore en lui Tamour du semblable. Pour cela il ne faut pas lui dire que l'homme ne vaut rien, qu'il n'est point perfectible et qu'il n'est corrigible qu'à force de rigueur, que tout l'avenir est le néant absolu ou le châtiment éternel. Il ne faut le bronzer ni par la peur qui fait naître l'égoïsme, ni par l'indifférence qui le consacre . Apprenez-lui le plus tard possible ce que c'est que le meurtre; et si, comme il est arrivé récemment au milieu du désastre de populations entières, il n'a pu être soustrait à des spectacles effrayants, à des séparations déchirantes, profitez du premier moment d'acalmie pour l'en distraire et les lui faire oublier. 11 est un âge où il faut que l'âme oublie ou périsse. La nature y a pourvu, l'enfant oublie facilement ; aidez-le. Ne reprenez pas devant lui le récit des catastrophes qu'il a vues, et s'il a pu ne pas les voir, ne les racontez pas du tout.

** On médit souvent que je mets trop leur âme dans

du coton. La nature ne nous Penseigne-t-elle pas, elle qui a départi aux mères l'instinct de conserver les êtres les plus fragiles au prix des plus minutieuses précautions ? L'oisillon n'est-il pas élevé dans le plus fin duvet, jusqu'à ce que ses ailes soient poussées? Les ailes de Tâme se montreront bien quand Theure sera venue, et vous aurez bien d'autres précautions à prendre pour diriger les premiers essors.

Par exemple l'enfant sentira, dès qu'il saura lire et écrire, le besoin de savoir les choses du dehors, la terre et ce qui s'y passe, Je commencerai par la géologie, l'histoire du sol, l'apparition de la vie, ses remaniements successifs, ses effrondements avec ceux du globe, ses reprises de possession, ses successions mystérieuses et ses enchaînements multiples. Nous aurons ainsi l'histoire de la terre et la géographie en sera le couronnement.

Avec l'étude de la langue et d'un art ou d'un métier quelconque, ce sera bien de quoi nous occuper durant deux ou trois ans et gagner l'âge où la moralité établie permettra d'apprendre l'histoire du genre humain, les crimes, les folies, les infortunes dont elle est tissue, enfin de pouvoir porter un jugement à la fois ému et ferme sur cette terrible question du mal et du bien.

Jusque-là, faites comprendre et aimer le bien par une perpétuelle insufflation du bon exemple et des

douces habitudes de ralïectîon mutuelle. Si vous ne pouvez entourer Tenfant d'union domestique, d'honnêteté et de bonté, ce ne sera peut-être pas toujours votre faute ; mais alors ne vous étonnez pas de voir son caractère s'aigrir et sa lumière intérieure trembloter dans son esprit terni et troublé. Mûri avant l'âge, le fruit que vous cultivez gardera des piqûres qui seront plus tard des maladies, tout au moins des cicatrices.

On me dit encore : ce que vous souhaitez pourTenfant, c'est un idéal impossible. Mêlé à la vie des adultes, il faut qu*il en subisse les atteintes et qu'il s'habitue à les subir bonnes ou mauvaises. Ne le sais-je pas de reste ? Tout ce que je demande, c'est que vous ayez un idéal d'éducation, que vous vous y conformiez le plus possible, et que, mettant à profit ce premier âge si vite écoulé où l'enfant est encore à vous plus qu'au monde extérieur, vous vous occupiez de développer son âme sans briser son corps. Bientôt il faudra lui forger une armure pour traverser la bataille de la vie. A quoi servirait-elle si le combattant atrophié n'avait pas la force de la p:rter ?

Mais le maître d'école s'émancipe et parle trop philosophie. Revenons à l'étude des choses élémentaires. Là seulement il peut avoir une petite compétence, parce qu'obéissant à un idéal, il a tenu pour très-né-

cessaires l'observation et rexpérience. Il croit donc contrairement à un préjugé assez répandu, qu'il faut apprendre à écrire presque en même temps qu à lire.

L'écriture est le complément nécessaire pour les notions d'orthographe qile Télève doit preûdre en lisant. La méthode Laffore lui apprend avec raison que beau-* coup de lettres placées à la Qn des mots ne se pronon* cent pas. Il ne faut pourtant pas qu'il s'habitue à croire qu'elles n'existent pas et qu'on peut se passer d'en tenir compte. Faites-le écrû-e vite, c'est un nouvel alphabet à apprendre, mais rélève est déjà rompu à la notion et à l'observation des formes. Ne l'assommez pas de bâtons et de jambages, au delà d'un jour ou deux. Il n'est pas question de lui donner d'etnblée une belle écriture ; sa petite main s'il est enfant, sa main alourdie s'il est adulte, son système nerveux non assujetti comme le nôtre à la possession de soi-même ne lui permettront pas de longtemps de vous donner une calligraphie brillante. Mettez- lui un crayon dans les mains et laissez-le un peu s'exercer lui-même à tracer des lignes de caractères fantastiques en imitation d'une page écrite. Demandez seulement que les prétendus mots soient alignés et que les signes de fantaisie s'enchaînent les uns aux autres. Quand sa main sera un peu déliée, avisez à ce qu'il soit assis à son aise, ni trop haut, ni trop bas, tout est là ; ne laissez pas pren-

dre de mauvaises habitudes dans la pose du corps. II faut que le papier soit placé très-droit devant lui, que le coude droit ne se serre pas contre le corps et ne s'nppuie pas sur la table. Étudiez sa conformation et ne laissez commencer que quand vous serez sûr de ne pas la contrarier trop brusquement si elle est défectueuse et de ne pas la fausser si elle est régulière. Ne faites ni écrire ni lire tous les jours à la même place. Que tantôt il reçoive la lumière à droite, tantôt à gauche, par derrière, ou en face. Vous savez déjà que, pour son sommeil, il faut agir ainsi, afin que la vue et le cerveau et tout le corps ne tendent pas à se développer d'un côté plutôt que de Tautre, cas très-fréquent durant la croissance.

Quand toutes vos précautions sont bien prises, minutieusementy donnez plusieurs exemples imprimés de diverses écritures et laissez choisir la forme de lettres qui paraît la plus facile. Supprimez l'effort et n'exigez pas que Télève s'astreigne à coucher son écriture de droite à gauche. Puisque nous écrivons nos lignes de gauche à droite, il serait plus naturel et plus facile de pencher les lettres de gauche à droite, et l'expérience apprend que c'est le procédé le plus rapide et le moins fatigant, puisqu'au lieu de serrer le bras droit au flanc, il l'en détache et ne force pas l'épaule à se baisser, ce qui devient à la longue une fatigue musculaire cruelle.

Je suis persuadé que dans beaucoup de cas, le foie comprimé par ce coude qui veut coucher les lettres reçoit des atteintes dont on ignore la cause. Pour éviter la torsion du buste, beaucoup de personnes qui ont récriture très-couchée de droite à gauche placent leur papier incliné dans le même sens et s'habituent à voir les caractères qu'elles traceut en biais, dans une sorte de jour frisant, très-mauvais pour la vue.

Faites écrire droit. Corps- droit devant le papier placé droit. Écriture droite, verticale et arrondie. C'est la meilleure, la plus lisible, la plus courante, celle qui ne fatigue pas. C'est l'ancienne écriture française que l'anglomanie nous a gâtée avec ses formes élégantes, souvent anguleuses et sèches, dont il est presque impossible de nous corriger quand on nous l'a enseignée de bDnne heure.

N'imposez pas une écriture de convention absolue à votre élève. Les signes .calligraphiques admettent beaucoup de variété dans le détail des formes accessoires. Demandez-lui de trouver le moyen d'enchaîner sçs lettres et d'écrire tous ses mots sans en interrompre le trait. S'il y parvient sans effort et sans qu'aucune lettre soit déformée, s'il est parfaitement lisible et nullement fatigué, il sait écrire mieux que la plupart des adultes.

. Tenez-le longtemps au crayon qui coule plus facile-

ment que la plume, et dès qu'il est fixé sur la formation simple et facile de toutes les lettres, faites-lui lire une phrase courte, fermez le livre après qu'il Ta regardée attentivement et dites-lui de l'écrire. Il s'habituera ainsi à l'orthographe qu'on ne sait pas au sortir du collège et qu*il serait bien bon de savoir un peu avant. La méthode Lafforienne donne une grande facilité pour la formation des mots. Les syllabes sont toutes divisées dans l'esprit de l'élève, les voyelles et consonnes groupées dans sa mémoire ainsi que les sons composés ; il ne lui reste plus qu'à savoir la combinaison à choisir. Là, il faut que Thabitude supplée dans bien des cas au raisonnement. Une longue suite de dictées ou de copies faites de mémoire peuvent seules la lui donner : ce travail ferre l'élève sur l'analyse grammaticale qu'il sent de plus en plus nécessaire.

J'ai dit. Vous ne m*écouterez point, gens de bonne intention, esclaves de l'habitude; et vous, encore moins, qui ne vous souciez pas de bien ou mal diriger l'enfance; mais si j'ai persuadé une douzaine de bonnes et sages mères de famille, je n'aurai pas perdu mon temps et ma peine.

De la patience et de la douceur surtout, mes braves cœurs I Obtenez sans faire pleurer, vous aurez fait quelque chose de plus difficile et de plus grand que tous les romans de votre serviteur et ami, — George Sand.

A CHARLES EDMOND

Sainte-Beuve a dit quelque part, qu'après avoir lu et goûté les vers enfiévrés de la poésie moderne, il aimait à relire « le plus cristallin des sonnets de Pé« trarque. » Il y a quelque trente ans qu'il écrivait cela. Aujourd'hui les poètes ont fait une nouvelle évolution. Ils ne sont plus ni classiques ni romantiques proprement dits. Us sont peintres. Initiés au secret des ateliers, ils ont appris à voir la nature dans son détail, et quand ils la décrivent, c'est avec une richesse d'épithètes qui est toute une gamme des nuances les plus fines et les plus fraîches. Cette école nouvelle est un progrès comme toute notion approfondie en est un, mais elle a un défaut, l'obscurité. A force d'effets de lumière également distribués partout, elle exagère la mise en relief du détail et Teffet principal est atténué par le papillotage. Certaines strophes sont tellement tourmentées et travaillées en vue de la crainte d'être

vulgaires, qu'il faut les relire trois fois avant de les bien comprendre, et j'avoue qu'il en est quelques-unes que j'ai renoncé à interpréter dans leur sens véritable. La poésie classique était trop musicale. Elle sacriflait rénergie de la pensée au rhythme et à la sonorité. C'était son mérite et son défaut, comme \e pittoresque est aujourd'hui le défaut et le mérite des jeunes poètes. Ceux d'autrefois s'intitulaient les enfants de la lyre^ ceux d'à présent pourraient être appelés les fils de la brosse ou de la palette.

Un progrès certain, c'est qu'ils ont renoncé à imiter Victor Hugo et qu'ils cherchent autre chose. Ils ne trouveront peut-être pas mieux, mais ils arriveront à être eux-mêmes, à ne pas se croire maîtres en raison d'un procédé communiqué, mais à le devenir par l'emploi de celui qui leur est propre.

Victor Hugo est inimitable ; à présent surtout qu'il est devenu, si l'on peut ainsi dire, le type classique du romantisme. U Année terrible est peut-être son chefd'œuvre. Ce livre n'est pas jugé encore et ne saurait rêtre dans l'état de surexcitation où nous sommes. II est d'une actualité effrayante, d'une vitalité surhumaine. Le public y cherche des émotions politiques, car c'est à chaque page un appel à Faction immédiate: Ce n'est point là pourtant ce que la critique devrait y chercher. Son jugement devrait être tout littéraire,

car le point de vue du poëte, c'est son être, c'est sa vie, et nul n'a le droit de lui dire : Pourquoi existezvous?

La vie de ce grand poëte est une antithèse. 11 a des yeux d'aigle, il voit à droite et à gauche, en haut et en bas, pas toujours devant lui, parce qu'il plane et décrit' de grands cercles sans s'inquiéter d'une route à suivre. Il n'y a point de route marquée pour qui vit dans l'espace illimité avec des ailes infatigables. Irons-nous le quereller parce qu'il connaît mal tels ou tels hommes et n'aperçoit pas bien telles ou telles choses? Ce serait une querelle oiseuse et de grave . inconvénient pour nous-mêmes, car, en repoussant ce qui nous semble erroné dans quelques-unes de ses appréciations, nous oublierions trop vite ce qu'il y a d'éternellement vrai, d'éternellement fort dans l'ensemble de son coup d'œil.

Le poëte, et le poëte placé à cette hauteur surtout, ne subit pas comme nous, l'obligation de discerner entre deux écueils le chemin à suivre pour ne pas se briser. Il aura beau heurter des obstacles imprévus, il se relève toujours comme Antée au choc de la terre. Le tort est de vouloir faire de lui un homme politique. Lui-même voudrait en vain condescendre jusque-là, supporter la discussion, braver la raillerie, repousser froidement l'injustice; il ne le peut pas, il est trop ^

passionné. Il lui faut la foudre pour se venger de Taffront personnel, rien queja foudre. Il ne peut pas se conlenir, €e justifier, s'expliquer. Quand il essaie d'être dogmatique, il n*est plus lui-même. Il ne sait manier que l'excessif et c'est son privilège, c'est son ^ droit, puisque là est sa force, puisque sa grandeur est d'outre-passer le but quel qu'il soil, puisqu'avec de la sagesse comme on l'entend dans la pratique des choses transitoires, nous n'aurions plus, de Victor Hugo. Ce serait la France découronnée, ne Test-elle pas assez ? Il lui reste un poëte sublime, une âme sans frein, un homme qui voit au delà de l'horizon et qui, sans égard pour les empêchements visibles aux autres, proclame la loi des siècles à venir ; et nous lui dirions de se taire? Ceci peut être le fait d'une assemblée terrifiée par le tumulte effroyable des événements; ce ne peut être celui de la conscience rassérénée.

Nos fils liront V Année terrible. Après l'avoir lue dans l'histoire, ils ne la comprendront peut-être pas ! Dans l'œuvre du poëte, ils verront tout, ils toucheront du doigt les effets et les causes dépouillées de leurs correctifs nécessaires, lesquels ne leur seront plus nécessaires du tout, puisqu'ils auront franchi tout ce qui nous retient ou nous arrête. Dans ces grands traits de la tourmente, que la grande poésie peut seule aborder sans réserve, ils verront les causes palpi*

tantes des effets funestes. Ils croiront entendre le cri de désespoir de la France expirante, et c'est peut-être de ce cri retentissant que datera son réveil à la vie.

Ce qui fait la puissance magique de cette voix de poëte, ce n'^est pas le talent seul. La forme n'est peutère pas toujours irréprochable, il y a encore des redites, des endroits tourmentés reliant sans adresse ou sans scrupule des flots d'inspiration. 11 y a aussi dans cette forme un peu de l'ancienne monotonie, qui ne pouvant jamais tourner au vide, tourne quelquefois au lugubre, comme une basse-taille rivée au De Profundis des cathédrales. Quelque désolé que soit le sujet, on voudrait y sentir toujours la vie, même dans la mort, puisque le souffle du poëte est la vie elle-même, toujours triomphante du néant. Mais ce sont là des détails sur lesquels on ne peut s'arrêter, tant on est vite repris et enlevé au plus haut de l'espace. D'autres, moins forts, seraient peut-être plus habiles, car on fait aujourd'hui le vers avec une dextérité merveilleuse; mais cette vraie puissance de l'émotion qui s'augmente en . se prolongeant, comme un long rugissement de foudre, entrecoupé et jamais épuisé par des éclatements répétés; de même, dans d'autres sujets, celte progression de sérénité non moins étonnante, semblable à des levers de soleil avec des intensités de lumière à tout éblouir : c'est la te don extraordinaire, la persoU'*

naiité sans rivale. Et cette force n'exclut ni la tendresse ni la grâce. Le lion a des coquetteries d'oiseau et des caresses de mère pour l'enfance, des effusions de cœur qui appellent les larmes. Les vers à Petite Jeanne et à V Enfant malade resteront comme des perles pures dans cetécrin magique qui renferme, comme ceux des légendes orientales, des rayons, des nuages et des tempêtes.

J'ai lu dernièrement d'autres poëtes. N'ayant pas le droit de faire ici un Salon littéraire (ce n'est d*ailleurs point ma partie) il en est un pourtant que je veux nommer après Hugo, parce que... C'était un soir, entre amis de premier choix. Paul de Saint-Victor venait de réciter d'une voix admirable et avec un accent irrésistible le Vieux Capitaine. On pria Bouilhet de réciter la Colombe^ qui ouvre son livre de poésies posthumes. — Après Victor Hugo ! dit-il en souriant : oh ! jamais. Cette modestie lui donna à mon sens, le droit d'être plus apprécié par nous qu'il ne Tétait par lui-même. Il ne s'agit pas d'ailleurs de placer quelqu'un premier, second ou troisième après le maître, puisque sans conteste, il sera toujours en tête de Tillustre cortège. Je le place, moi, comme le hasard l'a fait arriver dans mes mains, ce volume d'outre-tombe, édité par les soins de son fidèle ami Gustave Flaubert. Bouilhet appartient, je crois, à l'école pittoresque très-savante/

et un peu recherchée dont je parlais en commençant ; mais il a le mérite d'une vive clarté qui ne fait aucun tort à la distinction de la forme et à l'élévation de la pensée. 11 a la grâce, la passion, la fantaisie. 11 a beaucoup travaillé l'instrument. Dans ses dernières années, il en était devenu maître, et on ne sent plus l'effort. Il a l'air d'improviser,, ce qui est, je crois, le. grand mdt du talent. Dans une représentation donnée en son honneur à FOdéon au lendemain de sa mort, tout le Paris littéraire a entendu un choix d& pièces exquises, dont les plus grands artistes voulurent être les interprètes. On se souvient de madame Plessy récitant la Berceuse philosophique :

Monsieur Tenfant qu'on attendait, Soyez le bienvenu sur terre 1...

C'est un chef-d'œuvre, et il y en a plus d'un dans ce volume tristement intitulé Dernières chansons. Un de ceux que je préfère est intitulé Sombre églogue.

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