‹ Impressions musicales et littérairesChapitre 11 sur 36 · DE RICHARD WAGNER · texte numérisé non relu

DE RICHARD WAGNER

L nous est quelquefois arrivé de nous plaindre que la joie, la gioia bclla, comme l'appelait Mozart, fût absente de la musique de Wagner. Mais au lendemain d'un horrible de'sastre, en écoutant le Vaisseau Fantôme, nous avons béni cette cuuvre de n'être point joyeuse, d'être une œuvre de douleur et de pitié, qu'il ne fût pas trop cruel d'entendre en de douloureux et vraiment pitoyables jours.

Œuvre de douleur et de pitié, le premier des opéras de Wagner, — et peut-èire de loiis les opéras, — auquel ces deux mois et cette définition en quelque sorte morale puisse convenir. La musique de théâtre jusque-là n'avait rien offert de semblable. Non pas que dans le Vaisseau Fan-

tome il soit question pour la première fois eu musique de dévouement et de sacrifice; mais je ne vois pas qu'un autre drame musical ait eu comme celui-ci pour sujet ce que notre époque a nomme la religion de la souffrance humaine.

Bien que nul aujourd'hui ne soit plus censé' ignorer Wagner, il n'est peut-être pas superflu de rappeler la légende du Hollandais maudit. Errant a jamais sur les mers, une fois tous les sept ans, — et pour un seul jour, — il aborde, et demande à de nouveaux rivages la vierge dont l'amour doit le sauver. Au fond d'un golfe du nord il la rencontre enfin. Elle l'attendait. Senta, la fille du marin Daland. avait ouï conter l'histoire du nocher sombre, et la pitié d'une telle infortune avait rempli et comme enchanté son cœur. Elle l'attendait, celui dont le portrait mystérieux ornait la muraille de la salle. Elle l'attendait, insensible à tout ce qui n'était pas lui, absente du monde réel et de la vie, sourde à la voix de ses compagnes, aux reproches mêmes d'Erik le chasseur, son fiancé d'autrefois. Elle l'attendait, absorbée et perdue en son hallucination de miséricorde et d'amour. Et voici que sur le seuil de la maison, ressemblant trait pour trait à l'image

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