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LE REQUIEM ALLEMAND DE JOHANNÈS BRAHMS

^^^^Qe l'aveu général, \g Requiem allemand est le chef-d'œuvre de Brahms. A trente années de distance, cette musique apparaît très pure, très pieuse, à la fois puissante et douce. Volontairement isolée, contemporaine et indépendante de la réforme wagnérienne, on dirait qu'elle l'ignore ou la dédaigne. Elle ne proteste pas ; elle atteste seulement qu'en dehors d'un mouvement en apparence irrésistible, au-dessus d'un (lot qui menaçait de tout engloutir, quelque chose de grand a pu naiire, et demeure. Le Requiem allemand c'est un sommet très haut, très Her, et non submeriié.

Musicien conservateur, qu'est-ce donc que ce musicien a conserve'? Tout simplement l'un des modes et comme l'une des catégories les plus admirables de la pense'e humaine s'exprimant par les sons : le génie classique allemand. Pour constituer ce génie collectif, il fallut tour à tour le génie particulier d'un Bach, d'un Haydn et d'un Mozart; celui d'un Beethoven, pour le porter d'un seul coup à la dernière puissance et le fixer dans la beauté parfaite, absolue. Plus facile à analyser qu'à définir, il semble qu'en musique aussi bien qu'ailleurs, l'esprit classique se reconnaisse d'abord à une sorte d'équilibre entre le sentiment et les formes par où le sentiment se manifeste. Ainsi Beethoven est certainement allé plus loin que pas un de ses devanciers dans l'expressionde l'âme humaine ; jamais pourtant il n'en a rien exprimé que dans une forme très ferme, très arrêtée, que la passion remplit sans doute, mais qu'elle ne déborde jamais et ne fait jamais éclater. C'est par là que Beethoven aujourd'hui nous apparaît comme le dernier des classiques, et le plus grand. Autant que l'accord entre les formes et le fond, l'art que nous essayons de caractériser aime la régularité, voire la sy-

métrie des formes elles-mêmes ; il cherche Tunite' plutôt que la division ; au lieu de dissoudre, il rassemble. Il pre'fère au menu dc'tail, fûtce le plus vrai, le plus vivant, la gcne'ralisation et les grands partis pris. Il compose et dispose avec une logique souveraine, avec une raison presque raisonnante, « des groupes naturels et distincts, des ensembles clos et complets, dont aucun n'empiète ni ne subit d'empiétement *. » lia pour signes distinctifs « l'ordonnance, la suite, le progrès, les transitions ménage'es et le développement continu -. » Enfin, comme Ta dit Gœthe excellemment, — et ce dernier trait achève, si même il ne la domine, l'analyse ou la comparaison, — le classique est sain, le romantique est malade. Or, dans la musique allemande, jusqu'à Beethoven inclusivement, il n'y a pas trace de maladie, pas même de malaise; rien de pâle, rien de faible, rien de fiévreux, rien de nerveux surtout. Avec Schumann seulenient (et non pas avec Mendclssohn), apparaissent les premiers svmpiômcs et les premiers troubles, les premiers signes au moins que les temps anciens

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