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Quels ciaicnt donc ces concerts, dont la nouvelle société venait de reprendre et de relever si vite et si haut la tradition déjà ancienne? C'était ceux qu'on nommait les Exercices d'élèves du Conservatoire. L'usage s'en était établi dès les premières années de VÉcole royale du chant, fondée en 1784 et devenue par décret de l'an III J le Conservatoire de musique. Le premier de ces exercices, dont la fortune devait être éclatante et durable, eut lieu le 18 avril 1786 dans la petite salle, longtemps unique, de TEcole installée dans l'hôtel des Menus-Plaisirs du Roi. Les élèves y exécutèrent avec succès le Roland de Piccini. Cette salle, qui donne sur la rue du Faubourg- Poissonnière, existe encore aujourd'hui. Elle reçut naguère d'illustres visiteurs. Le général Bonaparte s'y est assis; Lucien, frère de l'Empereur, y présida une distribution des prix, et l'Impératrice Joséphine ne dédaigna pas d'y paraître. En 1800, trois séances annuelles y furent organisées, pour Taudition des oeuvres des grands maîtres. L'exercice du i3 avril 1801 est resté fameux : un morceau de piano fut exécuté par l'élève Zimmermann et un solo de basson par le citoyen Judas, lequel, avant perdu son instrument à la
bataille de Marengo, eut l'honneur d'en recevoir un autre des mains du ministre de l'Intérieur.
Le succès des Exercices-Concerts augmenta rapidement. Les symphonies de Haydn et celles de Mozart formèrent peu à peu le fond du rc'pertoire. Haydn e'crivait en 1806 à Cherubini : « Je vous prie de recevoir mes remerciements et de les faire agre'eer aux membres du Conservatoire, au nom desquels vous avez eu la bonté de m'ecrire. Ajoutez bien que tant qu'Haydn vivra, il portera dans son cœur le souvenir de Tintérét et de la considération qu'ils lui ont te'moigne's. » Le Conservatoire devint, selon Fétis, a le rendez-vous des artistes, des amateurs et des étrangers de distinction. La symphonie y fut exécutée avec un feu, avec une verve de jeunesse qu'on ne retrouvera peut-être plus ». Il était de règle de donner tous les ans pour jeune chef à ce jeune orchestre le lauréat du premier prix de violon. Quand vint le tour d'Habeneck, il ht preuve aussiiôt d'une telle maîtrise, qu'on dut lui laisser son commandement. Il l'exerça neuf années de suite, de i8()() à i8i5, et c'est pendant cette période qu'il ht exécuter pour la première fois par ses camarades la première symphonie de Beethoven.
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La renommée des Concerts du Conservatoire durait encore en 1821. On lit dans le Journal des Théâtres du 20 juin : « Ces exercices sont très suivis et me'ritent de l'être. Il est en effet fort intéressant d'entendre de jeunes élèves exécuter la musique comme des professeurs, et de voir un chef d'orchestre pour ainsi dire encore imberbe, conduire avec un talent cjue n'ont pas beaucoup de musiciens consommés. » Mais peu après la décadence commença. Supprimé, puis rétabli par le gouvernement de la Restauration, le Conservatoire courut de nouveaux périls. Il s'attira des reproches, des menaces même, qui trouvaient une excuse, un prétexte au moins, dans son état d'abaissement.
Habeneck s'alarma de cette déchéance. Professeur d'une classe de violon, chef d'orchestre de l'Opéra, admirateur enthousiaste de Beethoven, la pensée lui vint de sauver l'école de musique qu'il estimait la première du monde, par le génie du maître que dès lors il regardait aussi comme le premier. Mais d'abord il fallait révéler, confesser le dieu nouveau. Pour assurer son triomphe, rien ne rebuta son serviteur. L'apostolat fut rude. Naguère, au concert des élèves, la prc-
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micrc symphonie de Beethoven, préparée par les symphonies de Mozart, avait paru leur ressembler; elle passa. La seconde rencontra plus de résistance. C^est en 1821 qu'Habeneck l'inscrivit d'office au programme d'un concert spirituel à l'Opéra. Les répétitions furent orageuses. D'un bout à l'autre de l'orchestre, les musiciens échangeaient leurs observations et leurs plaisanteries; des quolibets se croisaient avec des éclats de rire. Habeneck murmurait tristement: « C'est pourtant bien beau ! » et laissait tomber son archet impuissant à créer l'harmonie ou à commander le silence. Il finit pourtant par obtenir que la symphonie serait exécutée. Elle le fut. Mais à quelle condition ! On remplaça le larghetto, déclaré insupportable, par Y allegretto de la symphonie en la. Celui-ci fut bissé; les autres morceaux n'eurent aucun succès.
Habeneck s'était juré d'expier son involontaire et pieux sacrilège. Quelques années plus tard, il jugea les temps accomplis et le moment venu de venger Beethoven. On sait comment il s'v prit. Au mois de novembre 1826, à l'occasion de la Sainte-Cécile, le chef d'orchestre de l'Opéra pria vingt-cinq ou trente de ses musiciens de venir
déjeuner chez lui et d'apporter leurs instruments : on ferait un peu de musique. Accourus avec empressement, (Habeneck avait la réputation de bien traiter ses hôtes), les conviés trouvèrent sur les pupitres la symphonie Héroïque. Attaquée aussitôt, elle commença par se défendre, et avec tant d'acharnement, que l'heure du déjeuner passa sans que personne s'en aperçût. Il était près de quatre heures du soir, lorsque M'"'^ Habeneck, ouvrant à deux battants la porte de la salle à manger, dit à ses convives mourants de faim et de fatigue : « Au nom de Beethoven reconnaissant, vous êtes priés de vous mettre à table i. »
Suivant un second témoignage, la symphonie en la aurait partagé avec V Héroïque ce que je n'ose appeler les honneurs d'une séance rapportée ailleurs ainsi qu'il suit : « Plus favorablement disposés dans un salon que dans la salle de l'Opéra, où le travail des répétitions n'est pas toujours très divertissant, nous trouvâmes que ces deux symphonies contenaient quelques morceaux assez bien, et qu'étudiées convenablement, rendues par un orchestre plus complet, il n'était pas impossible, malgré un bon nombre d'incohé-
I Elvvart, Histoire de la Société des Concerts.
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rences, de longueurs et de divagations, qu'elle produisissent quelque effet *. »
Elle ne tardèrent pas à le produire. De nouveaux essais furent plus heureux, et de proche en proche la contagion du beau se rc'pandit. Habeneck alors s'ouvrit de ses projets à Cherubini, et le directeur du Conservatoire s'empressa d'y souscrire. Les démarches officielles furent faites et le i5 février 1828, par arrêté du vicomte Sosthène de La Rochefoucauld, ministre de la Maison du Roi, la Société des Concerts du Conservatoire était reconnue, organisée et dotée modestement. Recrutée parmi les élèves, anciens ou actuels, et parmi les professeurs, la compagnie formait en quelque sorte une division supérieure de l'école, elle en était la représentation choisie et comme l'éclatante floraison. Les concerts devaient assurer l'application et le triomphe public de la doctrine et de l'enseignement. Ce lien, ou cette filiation, n'a jamais cessé d'unir le Conservatoire et la Société des (Concerts.
Habeneck pourtant s'était dévoué moins encore
I. Rapport de Mcifrcd, secrétaire du Comité de la St)cicté des Concerts, cite par J. d'Orlii;ue dans le Journal des Débats du () novembre i852.
à l'intérêt de récole qu'à la gloire d'un maître. Dans le temple qu'il avait fondé pour Beethoven, il voulut que ce Dieu,
Ce seigneur des seigneurs^ Eut le premier amour et les premiers honneurs.
Il en fut ainsi dès le début ; il en devait être ainsi toujours. La symphonie Héroïque jeta le public en des transports d'enthousiasme et de véritable délire. Les applaudissements, les acclamations ne Unissaient plus. « Cette symphonie, écrit le chroniqueur du Journal des Débats^ héroïque de nom et de fait, languissait dans nos bibliothèques, et notre insouciance l'a condamnée pendant vingt ans à un silence bien funeste pour nos plaisirs. « On lit même plus qu'admirer : on alla jusqu'à comprendre, et quand le critique ajoute : « Beethoven a imprimé à cette œuvre une grandeur, une magnificence, une exaltation qui se trouvent de temps en temps modifiées par des phrases d'une mélancolie profonde », c'est là sans doute juger un peu brièvement; mais après une seule audition, et d'une telle musique, ce n'est pas si mal juger.
Le miracle de Tinterprétation fut égal aux
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merveilles de l'œuvre : « Tout le monde est animé du même zèle ; tous les archets, toutes les embouchures agissent dans la même intention. » Au dire de notre historien, l'un de messieurs les altos surtout accomplit des prodiges : « Dans ce jour solennel où tous les autres vinuoscs ont bien mérité de l'auditoire, s'il faut en distinguer un, je nommerai M. Amédée. Le délire musical le possédait à un tel point, que je commençais à trembler pour ses voisins. Son archet vigoureux abattait les notes, sabrait les accords, pourfendait les doubles cordes, comme jadis la terrible Durandal de Roland moissonnait les têtes des infidèles. La direction lui doit un archet d'honneur. )) Artistes, auditeurs, le génie de Beethoven avait envahi et possédait tout le monde. On s'abordait, on se félicitait dans les couloirs ; la foule attendait les musiciens à la sortie pour les acclamer encore et les remercier ; chacun répétait avec un air de surprise et de ravissement : « Il est impossible qu'en aucun lieu de l'Europe on exécute la musique mieux que cela. »
Un maître éminent rappehiit devant nous et pour nous, il y a peu de jours, l'échu et la gloire de cette première heure, dont il lui lui-même un
des plus jeunes, un des meilleurs ouvriers*. Il nous disait le travail opiniâtre, la fatigue des répétitions, mais leurs délices aussi, Tardeur sacrée de la lutte avec le génie rebelle, l'orgueil enfin de la victoire, et les cris, presque les pleurs de joie, lorsque, sous le bâton vraiment prophétique du chef, la vie et la beauté jaillissaient des chefs-d'œuvre nouveaux. Tantôt c'était la symphonie en z/^mineur, interrompue régulièrement, à l'entrée du finale, par les acclamations et les trépignements. Fétis a même rapporté qu'un jour l'exaltation du public fut telle, que, pour l'apaiser, il fallut promettre que le schev^o et le finale de la symphonie seraient répétés à la fin du concert. Tantôt c'était la symphonie en la, dont le rythme, conquis àgrand'peine, s'emparait si bien de ses vainqueurs, qu'un soir de ballet à l'Opéra, dans un point d'orgue laissé par le compositeur à la fantaisie du soliste, le rythme obsédant revenait de lui-même voltiger sur la flûte de Tulou.
Beethoven, toujours Beethoven. On le voulait
I. M. Eugène Sauzay, ancien professeur de violon au Conservatoire, ancien membre de la Société des Concerts. Il exécuta un concerto de Rode au premier concert, le 9 mars 1828.
désormais tout seul, et tout entier. Le programme du second concert ne portait que son nom. Haydn, Mozartlui-mcme, pfdirent alorsun instant. « En parcourant, écrivait Fétis après la répétition d'une symphonie de Mozart, les corridors de rÉcoIe royale, j'ai entendu quelques blasphèmes sortir de la bouche des jeunes exécutants, et des comparaisons peu raisonnables. » En cinq ou six ans, les neuf symphonies furent données, sans parler des autres œuvres. Inégalement accueillies et comprises, elles furent toutes, sauf la neuvième d'abord, à peu près également entendues. Voilà comment et par qui non seulement s'annonça, mais s'établit dans notre pays le règne de Beethoven, quelques mois à peine après que Beethoven était mort.
Et c'est la Société des Concerts, par laquelle ce règne arriva, si prompt, si glorieux, qu'on devait qualifier un jour d'assemblée réactionnaire, arriérée, de conseil des anciens, des fossiles ou des perruques. A quel moment de son histoire fut-elle donc rien de tout cela ? Serait-ce après quinze ans, lorsque sans retard et sans retour, elle fit place, au-dessous de Beethoven, au jeune et charmant génie de Mendelssohn, de celui que
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Gœthc avait appclc le maître puissant et doux ! A Berlioz lui-même, qu'il s'est plaint encore plus qu'il n'a souffert, cette salle ne fut pas toujours inhospitalière. En 1839, le maître y dirigeait en personne trois exécutions de Roméo et Juliette. Dix ans plus tard, il y put entendre pour la première fois les fragments peut-être les plus admirables de son admirable Damnation de Faust. En i863, le duo-nocturne de Béatrice et Bénédict, chante' par M'"'=' Viardot et Van den Heuvcl- Duprez, fut bissé d'enthousiasme. Vainement, pendant soixante-dix années, on chercherait un grand nom que la Société des Concerts ait proscrit. Si quelque abonné venait à s'effaroucher, si comme en 1861 encore, il se trouvait un correspondant pour protester par lettre anonyme à Deldevez, contre Mendelssohn : « un très savant homme assommant )^, la Société laissait dire et continuait de bien faire. Sans se hâter, sans se tromper non plus, elle prenait peu à peu sous sa garde glorieuse et fidèle tout ce qui méritait d'être gardé ainsi. Elle demeurait une école et devenait un musée. Schumanny fut admis après Mendelssohn, et les après maléfices de Manfred ne firent jamais trouver moins doux les enchantements du
Songe d'une nuit d^été. Si Wagner attendit plus longtemps et si, maintenant encore, il ne reçoit au Conservatoire que de rares honneurs, c'est que les maîtres du the'âtre, même les plus grands, ne sont pas les maîtres d'une maison qui pourrait prendic pour devise le mot d'une sainte du moyen âge: Symphonialîs est anima. L'anonyme que nous citions plus haut, et qui ne se trompait pas toujours, e'crivait à Deldevez encore après la chute de Tannhœuse?^ à l'Ope'ra : « Si la Socie'té des Concerts avait l'esprit impartial et le cœur charitable, elle devrait, pour réparation duc au malheureux Wagner, jouer la marche des Pèlerins. » La Société la joua du moins en 1868, et depuis, inscrits sur les programmes de ces dernières années, Lohengrin^ les Maîtres Chanteurs et Parsifal attestent que, pour avoir ète' tardive, la réparation ne fut point avare.
A l'honneur de cet orchestre et de cette salle, il faudrait rappeler encore deux récentes et magnifiques restitutions : celle de la messe en ;t de Beethoven et celle de la messe en si mineur de Bach. Mais en achevant le résume' d'une histoire qui fut, plus qu'on ne l'a dit souvent, conforme ^ celle de la musique même, nous remercierons
la Société des Concerts d'avoir été la première à faire sienne et nôtre la troisième symphonie de M. Saint -Sacns, la plus belle peut-être des symphonies contemporaines, et à coup sûr des symphonies françaises. Si belle, que ni le titre, ni le ton redoutable pourtant, d'ut mineur, ne Font écrasée; si belle, que du cher et vieil édifice où nous l'entendîmes d'abord, le destin nous semble maintenant accompli. Le jour de sa ruine peut venir. Au premier coup de marteau donné sur ses murailles longtemps harmonieuses, il n'y aura pas une grande voix dont l'écho ne s'éveille pour répondre et pour pleurer.
La salle du Conservatoire ne fut pas seulement un illustre témoin : elle était un interprète et un instrument exquis. « Que Dieu vous bénisse tous, écrivait jadis au chef d'orchestre un auditeur reconnaissant, pour les nobles impressions qui nous viennent de votre foyer ! » C'est aussi le foyer, aujourd'hui désert, qui méritait d'ctrc béni. On se plaignit dès l'origine que la maison de Beethoven, comme celle de Socrate, fût trop petite. « Beaucoup de personnes, rapporte Elwart,
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privées de pouvoir assister aux concerts de la Socie'té, expriment annuellement le de'sir que le Comité fasse construire un plus vaste local. Mais l'expérience qui en a été faite très souvent prouve surabondamment que le style très délicat et très fleuri des symphonies, qui forment le fonds du répertoire, fait une loi à la Société de ne pas abandonner une salle qui de Tavis des connaisseurs, est un véritable Stradivarius, tant sa sonorité est parfaite, et dont la construction remplit les conditions acoustiques les plus favorables pour l'objet auquel elle est destinée. » S'il est vrai, dans Tordre de la nature, que la fonction crée l'organe, on peut dire qu'ici, dans l'ordre de la beauté, l'organe assurait la fonction et la maintenait à l'état de perfection absolue et constante. Était-elle jolie ou laide, cette petite salle ? On ne le savait, on ne se le demandait même pas, tant elle était bonne. On aimait tout en elle, jusqu'à son air ancien, un peu passé : le ton pâle du décor avec les médaillons vaguement ressemblants des vieux maîtres ; des plus vieux, jusqu'à Orphée ! En haut, sous les cintres, de petits Amours volaient dans des ciels bleus, tenant des cartouches où de grands noms étaient écrits.
Tout au fond, sur le rouge pompéien de l'hémicycle, souriaient les Muses gardiennes. Si les yeux n'étaient point offensés, le reste du corps avait à souffrir : de la température d'abord, glaciale pendant les répétitions, étouffante pendant les concerts; ensuite et surtout des sièges, aussi célèbres par leur étroitesse que par leur dureté. Les musiciens n'étaient pas à cet égard mieux partagés que les auditeurs. Un ancien secrétaire du Comité nous racontait qu'à l'origine on avait assis sur chaque banquette un certain nombre de dames choristes. Au bout de quelques années, sans que les occupantes fussent devenues plus nombreuses, ni plus courtes les banquettes, ces dames se plaignirent et réclamèrent plus d'espace. On dut, après enquête, reconnaître le bien londé de leur demande et faire droit à des exigences qui s'étaient accrues avec Tâge.
Dans la salle même, autrefois, tout le monde n'était point assis. Il y eut longtemps des places debout, presque dehors^ en des couloirs obscurs. C'étaient des places d'attente, ou d'espérance. Quelques-unes étaient privilégiées, comme celle qu'un vieil abonné refusait d'échanger pour une autre, a cause d'un clou planté dans la muraille,
OÙ du moins il pouvait se tenir et presque se reposer. Au Conservatoire, on écoutait partout, « même aux portes »*. Derrière le décor, derrière ces cloisons qu'on sentait légères, on devinait des oreilles attentives. Des jeunes gens aveugles étaient là. Chaque dimanche avant le concert, on les voyait arriver, gagner des loges mystérieuses, et parfois on les enviait d'entendre, plus finement sans doute, d'aussi parfaites harmonies.
Mais à ce modeste lieu le hasard avait fait d'étranges faveurs. Les choses mêmes y étaient propices. Non seulement la musique était interprétée là comme nulle part, mais comme nulle part elle y était sonore. Il semblait qu'elle y éveillât les vibrations d'un air plus subtil et plus pur. A raccord, et comme à la convenance universelle, l'assistance participait. Le public du Conservatoire n'était peut-être pas plus intelligent qu'un autre ; mais, parce qu'il était moins nombreux, il donnait l'impression, ou l'illusion, d'une élite. Chacun de nos concerts parisiens du dimanche a sa physionomie particulière. Celle des Concerts-Colonne est animée, populaire, avec je ne sais quoi de cordial et de gcnércui.