In memoriam [microform]
La personnalité la plus grande, la plus sympathique du vieux parti libéral canadienfrançais, vient de disparaître au moment même où le grand chef du parti conservateur, sir John A. Macdonald, se débat encore dans les spasmes d'une lente agonie. Etonnante coïncidence dans ce double malheur national : deux chefs qui ont lutté l'un contre l'autre, pendant de longues années, dans l'arène parlementaire, qui disparaissent en même temps, presque à la même heure !
Sir Antoine-Aimé Dorion s’est éteint doucement, dans les bras de ses enfants, dimanche, le 31 mai, à 7.40 du matin, à l’âge de 73 ans, 4 mois et 12 jours. Mercredi dernier, il siégeait encore au tribunal d'appel qu'il présidait avec tant d'urbanité, de science et d'autorité depuis dix-sept ans, ayant été nommé à ce poste honorable le 30 mai 1874.
L'honorable juge, en quittant le palais, s'était même rendu à pied jusqu’à sa résidence de la rue Sherbrooke. Le même soir, après dîner, il fut atteint d'une congestion cérébrale causée par une légère attaque d’indigestion et, depuis lors, il a continué à baisser jusqu'au moment où la mort est venue l'enlever à l'amour de sa famille et à l’universel respect de tous ses concitoyens.
Nous ne saurions mieux faire que de reproduire aujourd'hui, en entier, la magistrale étude que l'honorable Wilfrid Laurier, son élève et son successeur, a consacrée à la carrière si honorable et si bien remplie de sir À.-AÀ. Dorion. Cette biographie, publiée en octobre dérnier, dans la PATRIF, est si complète à tous les points de vue que nous n'o :rions pas prétendre y ajouter autre chose
que les renseignements les plus récents sur le malheur qui vient de frapper la famille éplorée et les libéraux canadiens-français qui avaient pour leur ancien chef, un culte qu'on ne trouve que rarement dans les partis politiques. Nous reviendrons demain sur le sujet pour citer les appréciations d'autres écrivains qui n'étaient pas moins sympathiques à la personne du regretté magistrat.
Sir ANTOINE-AIME DORION