PAR L'HON. WILFRID LAURIER
Le nom d’Antoine-Aimé Dorion sera toujours cher aux libéraux du Canada. Parmi ces hommes à l'intégrité sans tache, à l'honneur délicat, aux puissantes facultés intellectuelles, qui ont tenu haut le drapeau de la Réforme dans ce pays et qui avaient nom Baldwin, Lafontaine, Brown, Mackenzie, Blake, — l'individualité d'Antoine-Aimé Dorion brille d'un éclat égal à celui des plus éminents.
Nos institutions politiques, de ce côté de l'océan comme de l’autre, n'ont jamais produit que deux types d'hommes publics : celui dont le but est le pouvoir, et celui dont l'accom-
plissement du devoir est le seul mobile. C'est une cause de fierté pour les libéraux canadiens que l'histoire de leur parti ne présente qu'une suite de pages pures de toute flétrissure, que les hommes qui furent poussés en avant par les évènements et que je viens de nommer, furent tous hautement distingués par leur désintéressement et par d’autres qualités qui entrent dans la conception la plus élevée du patriotisme ; que le but qu'ils avaient toujours devant eux fut, même lorsqu'ils se trompèrent, une fidélité inflexible au droit, du moins à l'idée qu'ils s'étaient faite du droit. Entre tous ces hommes, Il n'y en a pas un seul chez qui ces nobles qualités aient brillé avec plus d'éclat que chez Sir Antoine-Aimé Dorion ; iln’y en a pas un seul dont l'âme fût plus élevée, les sentiments plus nobles et la carrière plus pure.
Sir Antoine Aimé Dorion appartient à une ancienne famille de libéraux. Son père, Pierre Antoine Dorion, marchand de la paroisse Sainte-Anne de la Pérade, fut membre de l'Assemblée Législative du Bas-Canada, de 1830 à 1838. Son grand-père maternel, Pierre Bureau, fit partie de la même Assemblée, de
1820 à 1834. Ces deux hommes furent pendant toute leur carrière des partisans sincères de la cause dont M. Papineau fut le champion.
En 1838, le futur juge en chef de la province de Québec, alors âgé de vingt ans, vint à Montréal pour y étudier le droit. Il fut admis aux bureaux de M. C. S. Cherrier, un des membres les plus éminents du barreau du Bas-Canada. Déjà, à cette date reculée, s'éleva entre l'avocat distingué et son jeune élève une amitié que le temps n'a fait que cimenter et qui devait nécessairement naître entre deux hommes de cette trempe.
M. Cherrier était lui-même un homme d'une nature exceptionnelle. C'est à peine s'il était de notre temps, de notre continent même. On l'aurait pris plutôt pour un anachronisme vivant, pour l'incarnation de ces figures remarquables puissantes et en même tenps aimabies, qui i.isaient l'ornement du Parlement de Paris, au dix-septième siècle. Homme aux principes inflexibles reco .vetts d'u: bonté d' œur inaltérable, aux instincts libéraux contenus par des coutumes conservatrices, à la piété austère tempérée
par le caractère le plus chevaleresque, il unissait l'esprit attique le plus raffiné à la simplicité de l'enfant.
C'est sous un tel maître que M. Dorion étudia le droit. Il devint ensuite son associé, dès qu’il fut admis au barreau, c’est-à-dire en 1842. Pendant plusieurs années, il se livra à l'exercice de sa profession, s’élevant graduellement dans l'opinion de ses compatriotes et atteignant enfin au premier rang.
Pendant que le jeune avocat était ainsi occupé à son étude et dans les cours, il prit l'intérêt le plus vif aux choses politiques. Il est vrai qu'il ne descendit pas dans l'arène elle-même ; mais il était spectateur passionné, suivant d'un cœur agité les péripéties émouvantes de la lutte qui ont marqué les premières années de l'Union, et se préparant en même temps, par l'étude et par la réflexion, à jouer avant peu de temps, son rôle dans le combat que les libéraux livraient pour la cause du progrès réformiste.
C'était une époque bien faite pour passionner. Les premières années de l'union furent employées à une lutte ardente et diffcile pour assurer l'éta blissement permanent du gouver-
nement responsable. C'est dans l’accomplissement de cette œuvre que les libéraux de toutes Îles nuances avaient uni toutes leurs énergies. La bataille ne fut gagnée définitivement qu'aux élections de 1851, grâce auxquelles le cabinet Lafontaine se maintint.
Une fois la lutte terminée, les jeunes gens du parti s’adressèrent aux chefs pour qu’on livrât immédiatement l'assaut à des abus qui, dans ces temps encore rapprochés des prérogatives et de l'oligarchie, s'étaient épanouis en toute sécurité, mais qui, sous le nouveau régime, ne pouvaient pas résister longtemps à l'action résolue de la volonté populaire.
Mais de vieux joûteurs qui sont sortis victorieux d’une lutte contre un abus tout puissant, sont rarement disposés à entreprendre de nouveaux conflits. Il est vrai que de nos jours nous pouvons voir M. Gladstone, toujours d’une activité dévorante, s'empresser sans relâche, dès qu'il a abattu quelque vieille forteresse des abus, de pousser en avant la cause de la réforme. Mais ce n'est pas ce que l'on voit d'ordinaire chez les hommes : ce n'était là le trait distinctif ni de M.
Baldwin, ni de M. Lafontaine. Tous les deux
avaient voué leur existence à la cause d’une réforme. Ils l'avaient emportée. Ils semblaient croire qu'il ne leur restait plus rien à faire qu’à recueillir les fruits de ce qu'ils avaient accompli.
Ils restèrent froid en présence de l’ardeur enthousiaste de jeunes recrues de leur parti qui demandaient avec impétuosité qu'on fit une attaque contre les réserves du clergé, contre la tenure seigneuriale, en un mot contre tout ce qui restait debout du pacte de famille et du régime oligarchique. Loin de se porter en avant, ces deux hommes sortirent du cabinet et se retirèrent de la vie publique, — peu de temps après le triomphe éclatant qu'ils venaient d'obtenir, — et ils confèrent les rênes du gouvernement à MM. Hincks et Morin.
C'étaient là deux libéraux bien connus et dont le zèle avait été éprouvé. Néanmoins, bien qu'ils allassent de l'avant, ils marchaient trop lentement pour rester au devant du flot toujours montant de l'opinion en faveur de la réforme. Dans la Chambre elle-même, telle qu'elle était constituée, leur :najorité diminuait peu à peu d’une manière irrémédiable,
— non que les tories devinssent plus forts, mais parce que les aspirations libérales et les principes libéraux devenaient de plus en plus agressifs, à mesure qu'ils se répandaient dans les rangs du peuple. En 1854, lorsque vint la fin de ce Parlement, les élections qui eurent lieu laissèrent cette administration plus faible encore.
Les élections de 1854 furent remarquables.
Elles envoyèrent à la représentation du Bas- Canada, pour remplir les rangs du parti libéral, toute une phalange d'hommes brillants et capables dont la Pr'ssance n'a jamais depuis possédé les pareils, sous le rapport des talents, du courage et de l'enthousiasme.
Au premier rang on comptait M. Dorion, élu par Montréal, la grande métropole. Il était alors dans la trente-septième année de son âge, dejà en possession de la confiance publique et respecté pour son vaste savoir, sa finesse d'avocat et le grand caractère qui avait distingué sa carrière au barreau.
Après lui venaient Jos. Papin, tribun d'une grande vigueur ; Charles-Joseph Laberge, orateur académique ; Charles Daoust, esprit large, clair et sûr ; Jean-Baptiste-Eric Dorion,
frère de M. Dorion, homme enthousiaste, éloquent, intrépide, sans peur, — un des cœurs les plus nobles qui aient jamais battu dans ce pays ou dans tout autre.
A l'exception de M. Dorion, tous ces hommes, — alors ardents, pleins de vie, de vigueur et d'espérance, — étaient destinés à mourir jeunes, sans qu'un seul eût le temps de donner la pleine mesure de sa puissance. Ils représentaient cette cohorte la plus avancée du parti libéral qui était désignée déjà sous le nom de Rouge. D'un consentement unanime ils choisirent M. Dorion pour chef.
Le ministère se trouvant dans une minorité et sans plus d’espoir, fut obligé de se retirer, et le gouverneur chargea sir Allan Mac-nab de former un nouveau cabinet. C'est alors qu'eut lieu cette fameuse coalition des Tories du Haut-Canada et des Libéraux du Bas- Canada. La partie bas-canadienne de la dernière administration, ayant M. Morin à sa tête, se rallia au nouveau ministère.
Il faut dire à la louange de ces libéraux qu'ils n’eurent alors à faire le sacrifice d'aucune de leurs opinions. Par contre, sir Allan Mac- Nab et ses collègues tories du Haut-Canada
se dépouillèrent, sans faire de façons, des principes qu’ils avaient affichés pendant plusieurs années, et se mirent à mettre en pratique ces réformes demandées depuis longtemps par les libéraux et que les Tories avaient tout aussi longtemps combattues ; —telles que l'abolit un de la tenure seigneuriale dans le Bas- Canada et l’abolition des réserves du clergé dans le Haut-Canada. Toute opposition ayant ainsi cessé, les réserves du clergé et la tenure seigneuriale furen aussitôt emportées par le tourbillon de l'opinion publique.
Il ne resta plus alors de question irritante qui demandât une prompte solution. Tous les anciens abus qui avaient poussé le peuple à la révolte, avaient été mis de côté par le jeu naturel des nouvelles institutions. Les vives passions que les nouvelles institutions avaient fait naître autrefois, s'étaient apaisées. Le traité de réciprocité, qui venait d’être mis en vigueur, arrivant à point dans le calme qui suivit la surexcitation de plusieurs années, ouvrit une ère nouvelle d’une prospérité sans précédent.
Ce nouvel état de chose enfanta alors un vice nouveau qui était, il faut l'avouer, inhé-
rent à la constitution, mais que des vices plus grands, des questions plus importantes, des besoins'plus pressants, monopolisant pendant longtemp: l'opinion publique et mettant à pleine contribution l'énergie de tous, avaient empêché de se faire sentir d’une manière fàcheuse.
La loi impériale de 1840, qui avait réuni les deux Canadas, séparés par William Pitt cinquante ans auparavant, était une mesure imparfaite et pleine de défauts irrémédiables. La nouvelle constitution établissant une union purement législative : — une seule législature pour deux Provinces qui différaient sur tous les points et qui n'avaient de commun que leur seule allégeance. Dans cette Législature, la loi organique voulait que les deux Provinces eussent le même nombre de représentants, sans tenir compte du chiffre de leurs populations respectives. Personne ne conteste à présent que le principe de la représentation basée sur la population ne soit équitable, juste et politique. C'était à la recommandation de Lord Durham, qui avait un but caché, que l'égalité de la représentation entre les deux Provinces avait été adopté. A l'époque de l'Union, le
Bas-Canada avait la supériorité numérique :
mais on se méfiait de la fidélité de l'élément français, et Lord Durham avait pensé que l'égalité de la représentation des deux Provinces donnerait aux Anglais, qui pris dans les deux Provinces constituaient une majorité, un moyen efficace de tenir les Français en bride. Telle était d’ailleurs l'idée qu'il avait émise dans son rapport :
“ Si l'on a raison de porter à 400,000 le chiffre de la population du Haut-Canada, à 150,000 les Angiais du Bas-Canada et à 450,- 000 les Français, non-seulement l'union des deux provinces donnerait une majorité marquée aux Anglais, mais cette majorité irait tous les ans en augmentant grâce à l'immigration des Anglais. Je ne doute nullement que les Français, se voyant en minorité par le cours légitime des évènements et la conséquence de causes naturelles, n'abandonnassent leurs vaines espérances de nationalité. Je ne veux pas dire qu'ils se défairaient immédiatement de leurs animosités présentes ni qu'ils renonceraient immédiatement à l'espoir d'arriver à leurs fins par des moyens violents. Mais l’expérience qu'on a faite par les deux unions qui
ont eu lieu dans les îles britanniques, nous enseigne avec quelle efficacité le bras puissant d’une législature populaire peut forcer à l’>béissance la population la moins bien disposée. ”
Ces vues de Lord Durham, exprimées en un langage froid et implacable, ne pouvaient avoir d'autre résultat que de faire naître chez les Français du Bas-Canada un sentiment de haine intense pour la nouvelle constitution.
Lorsque M. Papineau revint de l'exil, les premières paroles qu'il prononça furent pour condamner en termes éloquents toute la loi de l'Union. À sa rentrée au Parlement, il saisit la première occasion que lui fournirent les débats sur l'adresse, pendant la session de 1849, de renouveler des attaques dans l'enceinte de la Chambre. Il se montra surtout plein d’emportement et d’indignation en dénonçant l'article de la loi qui établissait l'égalité de la représentation de chaque province. Sur ce point il eut à tenir tête à M. Lafontaine, qui était alors Premier ministre et qui se sentait appuyé par une puissante majorité. Ce ministre lui démontra avec une grande puissance de raisonnement que, dans les circonstances de ces
temps-là et sous l'empire de la loi d'Union, telle qu’elle avait été faite, sans le moindre frein pour arrêter les écarts de la majorité, l'application du principe de la représentation basée sur la population aurait pour effet de placer virtuellement la Province la moins peuplée dans la dépendance de l'autre. C'était là un avantage qu'il ne voulait point prendre sur le Haut-Canada tant que’cette province serait la plus faible, ni lui accorder non plus, le jour où elle deviendrait la plus forte.
Nul n'avait plus de droit que L. Lafontaine de tenir ce langage. Il était entré dans les vues et dans le plan de lord Durham de livrer la province des deux Canadas-Unis à la règle rigoureuse d’une majorité anglaise en présence d'une minorité française ; mais que ce soit à la gloire éternelle de M. Lafontaine et de M.
Baldwin, ils appliquèrent et firent réussir une politique basée sur une conception plus large et plus généreuse des intérêts et des mobiles humains. A la place du sentiment de race, ils prirent les principes comme point de ralliement des partis. Ils évitèrent ainsi ces passions envenimées, ces conflits dangereux qui doivent surgir toutes les fois que les divisions
sont faites d'après les races ou les croyances religieuses. [ls enrôlèrent sous la même bannière les libéraux anglais et les libéraux français, leur donnant à tous ces aspirations communes et un but commun à atteindre.
Néanmoins, il n'y a pas de doute que le principe dont M. Papineau se faisait le défenseur et auquel M. Lafontaine s'opposait, ne fût le vrai. I] fallait que cette constitution fût bien imparfaite pour amener des hommes d'un caractère aussi droit à refuser d'admettre un principe vrai, de crainte de placer entre les mains de la majorité un pouvoir sans aucun frein constitutionnel pour protéger la minorité. Le vice était dans la constitution et devait être sans cesse une cause d'inquiétude. Quelle que fût la province qui eût la supériorité numérique de son côté, il était certain qu'elle réclamerait la prépondérance qui appartient lévitimement au nombre.
Toutefois, la lutte ne fut pas poussée bien loin à cette époque. Les anciens abus qui avaient jeté pendant longtemps les partis dans la lutte, continuèrent, tant qu'ils ne furent pas abattus, — à l'arrière-plan. Mais en 1856, a dernière de ces questions irritantes avait
enfin reçu sa solution, grâce à la disparition des réserves du clergé et de la tenure seigneuriale ; en même temps, les positions des deux provinces, vis-à-vis l’une de l'autre, étaient complétement changées sous un rapport très important. Sous l'empire des nouvelles institutions, le développement du Haut- Canada avait marché à pas de géant. Ainsi que Lord Durham l'avait prévu, sa population ‘avait grandi chaque année, grâce à l'immigration anglaise. ” Déjà elle dépassait en nombre celle du Bas-Canada et chaque jour sa supériorité devenait plus marquée.
Dans un pays nouveau, où tout est à faire et à développer, où les chemins, les canaux, les ponts sont des choses d'un intérêt capital. la question des dépenses publiques prend une importance proportionnelle. La prospérité grandissait et se faisait sentir sur tous les points du pays. Les revenus publics grossissaient à vue d'œil sans qu'on eût besoin d'avoir recours à des impôts additionnels. Cet état de choses même, cette prospérité elle-même contribuèrent, à un degré qui n'était pas à nécliger, à faire surgir la question de la représentation basée sur la population,
Les réformistes du Haut-Canada reprirent alors en mains, pour le compte de leur province, la cause défendue au commencement par M. Papineau en faveur du Bas-Canada. Ils dirent que puisque leur province avait une plus forte population et contribuait en une plus grande proportion aux revenus communs, ce n'était que justice que dans la distribution du revenu ils eussent un nombre de voix proportionnel. C'était là une question qu'il fallait regarder en face et résoudre.
Les deux années qui suivirent les élections de 1854 placèrent au premier rang quatre hommes qui devaient être les principaux acteurs dans le conflit qui allait éclater.
C'étaient, d'un côté M. John A. Macdonald et M. Cartier, qui se trouvaient alors à la tête du gouvernement, et de l’autre côté de la Chambre, M. Brown et M. Dorion.
La position que M. Macdonald et M.
Cartier prirent dès le début, pour ne plus en sortir, c'est qu'il.n'existait pas de vice auquel il fallüt remédier et que la constitution était aussi parfaite qu'on pût la désirer dans les circonstances du moment. En conséquence, ils s'opposèrent à toutes les demandes propo-
sées. D’après la politique de M. Brown, — politique poursuivie pendant des années avec la même vigueur, — le principe de la représentation basée sur la population était le seul juste et bon. En conséquence, il fallait le reconnaître et l'appliquer par le moyen de changements constitutionnels ou autrement.
Mais la représentation basée sur la population, sans aucune autre altération constitutionnelle et sans des modifications, aurait rendu une des deux provinces la sujette de l'autre, ainsi que M. Lafontaine l'avait clairement démontré quelques années auparavant.
On dira peut-être que l'application d'un principe qu'on reconnaît être bon et raisonnable, ne saurait jamais être nuisible à personne et qu'on aurait tort de la craindre. C’est du moins ce qui devrait avoir lieu, si tous les éléments qui entrent dans une communauté avaient exactement les mêmes passions et les même intérêts; mais tant que les hommes seront tirés en sens inverses par des passions et des intérêts opposés, principalement par ces passions et ces intérêts qui ont leur origine dans les associations historiques et les convictions religieuses, ce sera à jamais la tâche de
l'homme d'Etat, même lorsqu'il aura à appliquer les meilleurs des principes, d'éviter de placer dans les mains de la majorité le pouvoir absolu sans contrôle, d'appliquer jusqu'à leurs dernières limites les idées qu'elle s'est faite de ce qui est le droit et de porter une main brutale sur ce que la minorité considère comme sacré et légitime. Lorsque M. Papineau demanda la représentation basée sur la population, les habitants du Haut-Canada, dont la province était alors la moins peuplée des deux, s'opposèrent vivement à sa politique. Dela même manière, les Bas-Canadiens, lorsque les situations relatives se trouvèrent renversées,—-résistèrent de toutes leurs forces à la même politique, quand M. Brown s’en fit l'avocat.
M. Dorion énonça le vrai principe qui pouvait seul amener un remède suffisant au mal réel qul existait alors. Déjà, pendant la session de 1856, ilavait formulé ce principe dans l'avis de motion suivant :
“ Qu'il soit nommé une commission chargée de rechercher les moyens à prendre pour former une nouvelle organisation législative des
provinces jusqu'à présent nommées le Haut- Canada et le Bas-Canada, soit par la restauration de leurs anciennes divisions territoriales, soit par la division même de chaque province, afin de former une confédération qui aurait un gouvernement fédéral et dans laquelle chacune des nouvelles provinces aurait sa législature locale, et d'étudier la voie qui serait la meilleure pour régler les affaires communes au Canada-Uni, d'une manière qui serait équitable envers les différentes parties de la provin-