‹ Inauguration de la Salle de conférences de l'apostolat positiviste de Paris ... le dimanche 16 octobre 1892 [microform]; exposition publique et gratuite de l'ensemble de la religion de l'humanité d'après le catéchisme positiviste d'Auguste Comte et ses dernières conceptions fondamentalesChapitre 2 sur 5 · SIÈGE DE L'APOSTOLAT POSITIVISTE · texte numérisé non relu

SIÈGE DE L'APOSTOLAT POSITIVISTE

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de l'ensemble de la Religion de THumanité

« Nécessairement surgi chez le peuple chargé d'élaborer la solution universelle, le positivisme vient consolider son initiative, en lui permettant de remplir dignement la mission que l'ensemble du passé lui confère pour inaugurer l'avenir. C'est en systématisant sur de meilleures bases roccidentalité spontanée du moyen âge que la nationalité française, avant de se décomposer librement, convertira son centre politique en métropole religieuse de l'humanité régénérée. La seule capitale dont la plupart des habitants soient nés ailleurs méritera la présidence universelle en dirigeant la transition finale avec la générosité de sentiments et la générosité de pensées qu'exige une telle destination. Dégagée de Tanarchie parlementaire, elle saura graduellement transformer sa prépondérance temporelle en suprématie spirituelle, à mesure que s'y développera l'ascendant décisif de la religion positive. » (Système de Politique Positive, t. IV, p. 373.)

« Envers les sept pas décisifs (de la transition organique), le peuple central se trouve investi, d'après l'ensemble du passé, d'une initiative destinée à dispenser ses quatre voisins de reproduire l'élaboration transitoire, dont ils doivent seulement s'approprier les résultats. » [Id., p. 480.)

« Paris c'est la France, c'est l'Occident, c'est l'Eurcne, c'est la Terre. » *

Algustk Cojmte.

La profonde anarchie mentale, morale et matérielle qui tourmente depuis six siècles les sociétés occidentales est devenue tellement visible aujourd'hui qu'aucun esprit observateur ne saurait la nier. Tout le monde se sent vivre au milieu d'un régime en décomposition, sans principe, sans foi, sans moralité, et dans lequel Tégoïsme individuel a pris ouvertement un empire souverain. On y est surtout frappé du spectacle révoltant d'une minorité bourgeoise nageant dans l'opulence à côté d'un immense pralétariat qui, courbé sous le poids d'un travail accablant, se voit privé de tous les bienfaits intellectuels et moraux du progrès humain, dépourvu le plus souvent de foyer domestique, et exposé quelquefois à périr par défaut de travail et de pain.

Mais si la maladie sociale dont souffre notre époque est bien facile à apercevoir et à décrire, il n'en est pas ainsi du seul remède qui lui ^convient. Il a fallu tout le génie d'Auguste Comte, s'appuyant sur l'héritage mental et moral du passé, pour découvrir d'abord la source du mal, et pour en trouver ensuite le véritable remède.

Grâce à lui, nous connaissons déjà l'inanité des projets et des doctrines, si en vogue aujourd'hui, qui prétendent améliorer et régénérer notre état social par de simples combinaisons matérielles, par des mesures politiques, par des lois, en un mot par la force. Méconnaissant la nature du mal et toute loi sociologique, ces mesures ne tendent qu'à fortifier le déplorable régime dans lequel nous vivons, et à

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détourner les esprits de la vraie solution du problème social.

Celle-ci cependant nous est nettement indiquée, si nous remontons jusqu'à la source même de la grande crise que nous traversons en ce moment. Elle réside, suivant les lumineuses démonstrations d'Auguste Comte, dans l'affaiblissement croissant de la foi catholique à partir du quatorzième siècle. Dès lors, tous les éléments du monde nouveau qui surgissait à travers les décombres du régime du moyen âge, artistes, savants, chefs industriels, prolétaires, se sont trouvés dépourvus de tout principe, de toute doctrine morale indiquant nettement leurs devoirs, et livrés, par conséquent, de plus en plus aux impul sions de l'égoïsme individuel. De là l'immense corruption, le funeste dérèglement dans les mœurs que nous observons de nos jours et qui offre plus d'un point de ressemblance avec celui de la décadence romaine, lorsque le catholicisme n'avait pas encore régénéré le vaste empire.

L'absence de doctrine, de devoirs reconnus par tous, étant la source première de la maladie sociale actuelle, il s'ensuit que notre société a besoin avant tout d'une nouvelle croyance, d'une nouvelle foi qui vienne rétablir l'harmonie, l'équilibre, la santé qu'elle a perdues, en faisant ^concourir toutes les forces humaines au bonheur commun. Tant que nous n'appliquerons pas ce remède nous nous débattrons, impuissants, au milieu de l'anarchie que nous déplorons et qui menace déjà de dissoudre entièrement tous les liens humains. Il n'y a jamais eu et il

n'y aura jamais d'ordre social stable et heureux que sous la prépondérance d'une foi commune.

Mais entrons plus avant dans l'examen du seul remède qui convienne à notre malheureuse situation, et indiquons en quelques mots les deux caractères principaux indispensables à la doctrine capable de terminer la terrible crise qui agite de nos jours la société jusque dans ses derniers fondements.

Bien que limitée d'abord au domaine de l'intelligence, l'anarchie moderne n'a pas tardé à étendre ses funestes ravages sur les deux autres parties fondamentales de la nature humaine, le sentiment et l'activité. 11 ne pouvait pas en être autrement, vu l'étroite solidarité qui lie entre eux ces trois éléments de notre âme. Aussitôt que la croyance chancelle, l'affection qui s'y rattache s'affaiblit, et la conduite qui dépend de toutes deux s'en ressent fatalement.

Puisque la maladie a ainsi atteint la vie mentale, la vie affective et la vie active, dans l'individu et dans la société, il faut que le remède les embrasse aussi sous peine d'inefficacité. L'une d'entre elles lui échappant, elle ne tardera pas à jeter le trouble dans les deux autres. Tout se tient dans l'organisme social, comme dans l'organisme individuel. Voilà pourquoi le problème humain est nécessairement indivisible, et ne comporte pas de solution partielle, mais une solution totale.

Il faut donc que la foi nouvelle possède un caractère de pleine universalité, qu'elle comprenne dans sa synthèse la totalité de l'existence humaine, qu'elle soit en un mot, une véritable Religion^ réglant par

son culte tous nos sentiments, par son dogme toutes nos pensées, et par son régime toutes nos actions. C'est à cette seule condition que nous pourrons obtenir une entière harmonie dans l'individu et dans la société, car le nom môme de Religion suivant l'admirable définition d'Auguste Comte, n'indique autre chose que Vétat de complète unité qui distingue notre existence, à la fois personnelle et sociale^ quand toutes ses parties^ tant morales que physiques^ convergent habituellement vers une destination cornmune.

Cette condition de pleine universalité, que la nature même du problème social impose à la doctrine destinée à le résoudre, réduit à néant les prétentions de ces réformateurs incompétents, si nombreux aujourd'hui, qui veulent réorganiser notre existence matérielle, notre vie industrielle, sans avoir préalablement systématisé notre existence mentale et morale. Ils aspirent à ramener l'ordre et l'harmonie dans la vie pratique sans tarir la source permanente de ses perturbations, le manque de convictions et de sentiments sociaux. En s'efforçant de guérir le mal, ils négligent le seul remède efficace, l'action puissante d'une doctrine sociale représentée par de dignes organes, cette irrésistible force spirituelle qui, ralliant la force du nombre ou du prolétariat, peut seule régler et moraliser la force matérielle de la richesse nécessairement concentrée chez les directeurs de l'industrie.

Un second caractère non moins indispensable à la foi régénératrice, c'est d'ôlre essentiellement positive,

démontrable. Cela lui est imposé d'abord par la loi naturelle du développement de Tintelligence humaine, qui, une fois arrivée, comme elle Test aujourd'hui, à son état définitif, ne peut plus admettre dans ses conceptions aucune idée théologique ou métaphysique. D'autre part la réorganisation sociale ne saurait être effectuée que sous l'ascendant de notions positives et précises sur l'organisme social, indiquant les devoirs réciproques de tous ses membres. Ces conceptions sociologiques et morales, pour devenir positives, ont besoin de s'appuyer sur nos connaissances scientifiques des lois de la matérialité et de la vitalité, phénomènes inférieurs sur lesquels repose la sociabilité. Voilà pourquoi la régénération humaine exige de nos jours une synthèse positive, démontrable, comprenant dans ses explications le monde, la vie et la société.

Substituer une foi démontrable à la foi théologique et incorporer le prolétariat à la société moderne, tels sont les deux problèmes connexes que nous légua le moyen âge.

Le premier a été définitivement résolu par le génie d'Auguste Comte, assisté d'une incomparable inspiration féminine. Complétant et coordonnant tout le savoir positif, il fonda la foi démontrable, la synthèse totale qui embrasse dans une inaltérable harmonie les trois aspects de la nature humaine: le sentiment, l'intelligence et l'activité. Cette doctrine finale, c'est le Positivisme, c'est la Religion de l'Humanité. Autour du véritable Grand-Être qu'elle nous révèle « se rallieront spontanément nos affections pour

l'aimer, nos pensées pour le connaître et nos actions pour le servir ». Tous ses enfants se réuniront peu à peu autour de lui dans une même communauté d'amour, de foi et d'activité, réalisant ainsi l'unité finale du genre humain.

Nous sommes donc possesseurs du remède infaillible de notre grande maladie sociale, du puissant levier de la régénération définitive de notre espèce. Mais il ne suffit pas qu'il existe. Nous devons maintenant l'appliquer, résoudre avec lui toutes les difficultés du présent pour préparer l'avenir. Il faut, en d'autres termes, que la Religion de l'Humanité conquière un irrésistible ascendant moral et politique afin de réaliser graduellement l'incorporation sociale du prolétariat, second problème légué par nos ancêtres. Pour cela, elle a besoin d'interprètes fidèles, de prêtres et d'apôtres dévoués qui l'enseignent, la propagent et la fassent courageusement intervenir au cours des événements sociaux et politiques. C'est ce qu'elle n'a pas pu obtenir encore à Paris, où elle est née, il y a plus de quarante ans, et qui est la ville sacrée à laquelle l'ensemble du passé a conféré l'initiative de la régénération humaine.

Ce retard exceptionnel de notre doctrine dans le centre occidental s'explique aisément, car pour enfanter la Religion de l'Humanité, Paris devait nécessairement devenir le principal foyer de la crise révolutionnaire, ce qui l'a exposée aux ravages de près de deux siècles de scepticisme et d'irréligion. Les esprits sont donc ici, en général, plus opposés que partout ailleurs aux nouveaux principes d'ordre,

de subordination, de foi religieuse, seuls capables de réorganiser la société.

En outre, les nouveaux devoirs que notre Religion vient imposer, prédisposent contre elle l'ensemble d'une bourgeoisie dégénérée et puissante, habilement organisée. Au moyen de ses privilèges, de ses académies et universités, elle exerce un véritable despotisme intellectuel, et un pouvoir absolu sur l'éducation, pouvoir redoutable et funeste qui tue dans la jeunesse française les germes de la régénération religieuse.

A ces obstacles déjà trop puissants est venue s'ajouter la trahison de deux disciples directs d'Auguste Comte, longtemps considérés comme les vrais représentants du Positivisme en France, Emile Littré et Pierre Laffitte.

Nous avons parlé ailleurs de ces deux prétendus successeurs de notre Maître, qui n'ont fait que dénaturer le caractère social et religieux de notre doctrine. Nous n'y reviendrons pas *.

Si, comme nous venons de le dire, l'Apostolat positiviste n'a pas encore surgi à Paris, il existe heureusement depuis longtemps dans d'autres pays

1. Voir à ce sujet nos dernières brochures : Pour notre Maître et notre Foi^ de M. Lemos, et le Faux et le Vrai Positif vismey du signataire de cette circulaire, ainsi que les écrits cités. Pour éclaircir encore cette question, je reproduis ici en appendice une intéressante lettre adressée par M. Léon Kun à l'un de ses anciens confrères, dans laquelle il apprécie, à son point de vue et avec pleine connaissance du sujet, Tinfidélité, l'insuffisance et la dégénération morale de M. Laffitte et de son groupe.

de l'Occident, en Angleterre, au Chili et au BrésiL Et, dans ce dernier pays surtout, il a obtenu des succès décisifs qui montrent déjà l'efficacité sociale et politique de notre foi.

Mais tous les positivistes occidentaux, suivant les enseignements de notre Maître, reconnaissent l'extrême importance de l'ascendant de notre doctrine dans la capitale de la France. D'après l'ensemble de son passé, Paris exerce un véritable empire spirituel sur l'Occident tout entier. C'est pour cela que nous disions, il y a cinq ans : « Le besoin capital de notre époque, la condition essentielle de la régénération humaine, c'est la transformation de Paris en métropole religieuse de l'Occident, en y faisant prévaloir la Religion universelle. Ce triomphe du positivisme dans le centre occidental est l'œuvre commune qui doit rallier aujourd'hui tous les positivistes, quelle que soit leur nationalité. Les progrès futurs de notre doctrine, dans le reste de rOccident, dépendent étroitement de sa prépondérance dans la ville sacrée à laquelle appartient, depuis le moyen âge, toute initiative dans la marche des destinées humaines. Y faire surgir un véritable noyau apostolique, énergiquement décidé à propager et appliquer notre sublime doctrine dans toute son intégrité, voilà le grand but où doivent tendre aujourd'hui tous les efforts positivistes. »

Obéissant à ces convictions, mes confrères occidentaux, surtout brésiliens et anglais, ont constamment concouru à me soutenir dans la propagande écrite que je fais à Paris depuis six ans pour

rappeler cette grande ville à sa noble et glorieuse mission régénératrice.

Aujourd'hui, je suis heureux d'annoncer que, grâce au concours matériel que viennent de m'offrir M. Richard Congrève, chef des positivistes anglais et M. Miguel Lemos, chef de l'église brésilienne, TApostolal Positiviste de Paris possède déjà une salle permanente, dcslinéc à la propagande orale de la Religion de rihimanilé. Il est presque :>u perdu d1nsîster sur la haute importance de Tacquisilion d'une salle publique de confcreiic<^s, pour les pi-ogrès de notre action. Celle-ci deviendra pins nette, plus précise et plus amtiime. Des contacts plus fréquents et plus nombreux avec le public nous fourniront finalement Tocoasion de faire surgir le noyau positiviste qui inaugurera dans la capitale de la France notre véritable intervention sociale et politique.

Le moment ne peut pas ôtre plus favorable pour noire propagande. La France est déjà lasse du mouvement sceptique et antireligieux qui Ta dominée jusqu'ici; il se produit une vive réaction contre lui, sans qu*on veuille cependant revenir aux anciennes croyances; on sent le besoin de lutter contœ la profonde immoralité qui a tout envahi ; on aspire instinctivement à une nouvelle foi, à une nouvelle croyance capable de sauver la patrie française de l'abîme où la conduit une bourgeoisie éguïsle et corrompue. Il y a encore heureusement ici !>eaucoup d'âmes droites et honnêtes qui gémissent sous la tyi^nnie qu'exercent à notre époque les pires médiocrités, et qui n'attendent que la vaillante voix d*une

doctrine de vérité et de justice pour se rallier et ressaisir leur juste ascendant social et politique^

Que les vrais et dignes organes du Positivisme paraissent, et son triomphe est assuré dans la gnmde ville.

Je suis loin, pour ma part, de me croire h la hauteur de la difficile mission d'apùlre de la nouvelle foi, mais le publie trouvera du moins en moi les deux coiMlilions essentielles qu'il doit exiger de ses interprètes : une entière fidélité à ses dogmes, toujours visible dans mes écrits, et une situation matérielle me permettant de soutenir la vérité avec pleine indépendance, puisque ma subsistance est exclusivement fondée sur les libres subsides de mes confrères jiosilivistes.

L'ouverlui*e de notre salle de conférences et Tadhésion de quelques personnes en France, me font considérer comme définitivement fondé TAïKislolat Positiviste de Paris, et dès l'année prochaine, je publierai tous les ans une circulaire rendant compte de notre mouvement.

Nos conférences étant, en vertu de nos principes, entièrement publiques et gratuites, je fais un appel pour nous aidiîr dans nos dépenses, à toutes les personnes qui nous ont déjà manifesté leurs sympathies, ainsi qu'à toutes celles qui sentent l'importance du seul effort de notre siècle envers la reconstruction sociale et religieuse en dehors de toute théologie et de toule métaphysique. A mesure que leur concoui-s matériel auginenfera, nous pourror.j! fortifier el dèvelop(>er notre double propagande orale et écrite.

Je ferai cette année une exposition hebdomadaire de l'ensemble de la Religion de l'Humanité, d'après le Catéchisme Positiviste d'Auguste Comte, en y comprenant ses dernières conceptions, ainsi que sa théorie relative à la transition qui doit nous conduire à l'état normal.

Je publie ci-dessous le programme résumé de cette vaste exposition qui facilitera l'initiation de mes auditeurs à la doctrine de l'avenir.

La conférence d'ouverture aura lieu le dimanche 10 Descartes 104 (le 16 octobre 1892), à trois heures précises de l'après-midi, dans la salle de conférences de l'Apostolat Positiviste, 13 rue de Poissy (boulevard Saint-Germain, près la place Maubert etlaHalleaux-Vins). J'y traiterai du Positivisme en général, de sa nécessité et de ses caractères essentiels. Les conférences suivantes, qui, je le répète, sont entièrement publiques et gratuites, auront lieu tous les dimanches à la même heure.

Les dames et les prolétaires sont spécialement invités à ces conférences, car, suivant le Positivisme, ils sont les plus aptes, par le cœur et par l'esprit, à comprendre et à embrasser la nouvelle foi.

Jorge Lagarrigue,

(1, place de l'Estrapade).

Né à Valparaiso, le 21 septembre 1854.

Paris, le mercredi 13 Shakespeare 104 (le 21 septembre 1892).

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