Inauguration des nouvelles salles de l'Institut canadien de Québec [microforme]
Les premiers mots qui doivent tomber, ce soir, de la bouche du président de l’Institut Canadien, parlant au nom de ses collègues les officiers, les directeurs et les membres de l’Institut. sont des paroles de bienvenue, des paroles de reconnaissance. Soyez donc les bienvenus vous tous qui nous faites l'honneur d'accepter notre hospitalité en cette circonstance solennelle. Soyez les bienvenus dans ce nouvel édifice, dans
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ces salles agrandies et restaurées, où nous serons plus à l'aise pour vous recevoir. Merci de ce nouveau témoignage de sympathie, et permettez nous de nous faire vos interprètes et de vous associer aux sentiments de vive gratitude que nous ressentons pour tous ceux dont le précieux concours va donner à cette soirée tout son éclat.
Cette heureuse alliance de l’éloquence et de la musique nous promet une séance dont le souvenir restera profondément gravé dans notre mémoire.
Nous n’éprouvons qu’un seul regret : c’est que nos salles ne soient pas aussi vastes que nos cœurs.
Le ? décembre 1847, un retit groupe de jeunes gens se réunissaient à Québec, dans une salle de l'hôtel Blanchard et jetaient les bases d’une institution littéraire, l’Institut Canadien de Québec. Les fondateurs de la société nouvelle étaient tous dans la fleur de la jeunesse ; la plupart n'avaient pour patrimoine que leur talent et leur amour du travail. Ils envisageaient pourtant l'avenir avec confiance, car ils sentaient que l’œuvre qu'ils venaient de créer répondait à un besoin pressant. Ils comprenaient, en songeant à l’exubérance de vie qui bouillonnait en eux, qu'il leur fallait ouvrir ‘pour eux-mêmes et pour la génération qui leur était contemporaine, des hori-
AU
zons nouveaux à embrasser, des champs plus vastes
Re ve
que leur travail pourrait féconder. En vrais jeunes gens, sans souci des obstacles à vaincre, des longues routes à parcourir, ils s’élançaient gaiement dans la carrière, où les appelaient déjà les succès remportés par quelques-uns de leurs amis, les uns dans la politique, les autres dans l’éloquence et la poésie, les autres dans les arts plus recherchés de la peinture et de la musique,
Mais que pouvaient-ils prétendre faire ?
Les douloureux événements de 1837 éiaient depuis longtemps accomplis. Les conditions de la lutte étaient changées. La reconnaissance de nos droits politiques par l'Angleterre avait été le prix de ces joutes terribles où le sang canadien avait coulé pour la conquête de nos libertés parlementaires.
Notre grande et belle association nationale, la Société Saint-Jean-Baptiste était née au sein de ces orages, et elle avait puissamment aidé à notre triomphe, grâce à l’enthousiasme populaire qu’elle avait partout soulevé !
Mais une pensée de deuil s'était mêlée à la joie de voir l’avénement au pouvoir des hommes éminents que notre nationalité reconnaissait alors pour ses chefs. L'acte d'Union du Haut et du Bas-Canada proscrivait la langue française comme langue officielle, et l'usage n’en devait être rétabli qu'en 1848,
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À voir le mouvement intellectuel et littéraire de cette époque, on dirait que notre peuple ait voulu, après les luttes acharnées de la politique, retremper ses forces et se préparer à de nouveaux combats sur un autre théâtre. On dirait surtout qu'il s'éprit d’un amour plus vif et plus ardent pour cette belle langue française, seul lien qui nous fut resté pour nous unir avec la patrie de nos aïeux.
Une jeunesse brillante, nombreuse, tourmentée du désir d'apprendre, se pressait dans nos villes, et demandait à grands cris du travail, de l’activité intellectuelle, tout ce qui peut satisfaire les nobles ambitions, les passions élevées et anoblies. Tous ces esprits d’élite, dont un grand nombre avaient servi la cause nationale sur les champs de bataille de l'insurrection, ou avaient pour le moins ouvertement sympathisé avec elle, aspiraient maintenaient à la défendre dans. des luttes non sanglantes mais non moins difficiles, dans les parlements, dans la presse, et dans le champ encore plus vaste des sciences et des lettres.
On voit surgir à cette époque une foule de sociétés littéraires, de clubs de tout genre, où l’on retrouve toujours des traces de cette dévorante activité dont brûlait la jeunesse d’alors. La plupart, créations éphémères, sont aujourd'hui oubliées; mais l’histoire enregistrera leurs noms parceque, nées toutes d’une pensée
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généreuse, ellesne purentsoutenir leur vie à cause mème de leur multiplicité et des germes de faiblesse qu’elles renfermaient dans leur sein. Car, il faut bien le dire, la politique avait jusqu'alors tellement absorbé tous les esprits, qu’il semblait impossible de tenter aucune entreprise littéraire sans qu'elle vint à s'y mêler. Ce fut là le grand écueil que nos premières sociétés canadiennes françaises eurent à rencontrer.
Les fondateurs de l’Institut Canadien de Québec
formulaient ainsi leur programme :
‘Le but de l’Institut Canadien de Québec est,
lo. D’entretenir une salle de lecture qui devra contenir les meilleures publications politiques, littéraires et scientifiques de la Province et de l'étranger.
20. De former une bibliothèque, d’en procurer l'usage à ses membres, et de recueillir tous les documents qui ont rapport à l'histoire du pays, ainsi que tous objets d'histoire naturelle qu'il lui sera possible de.se procurer.
30. D'offrir à ses membres l'avantage d’une discussion hebdcmadaire, et au public une suite de lectures.
4o. D'opérer la réunion des jeunes Canadiens, de les porter à l'amour et à la culture de la science et de l’histoire, et de les préparer aux luttes plus sérieuses de l’âge mûr.
50. De promouvoir, par toutes les voies honorables et légitimes les intérêts du pays en général et de cette ville en purticul'er.
‘60. Enfin, de pratiquer ce que la confraternité et l'honneur national prescrivent aux enfants d’une même patrie.
Le 2 décembre prochain, il y aura trente-cinq années d’ écoulées depuis le jour où cette œuvre a été entreprise, et si nous voulons constater aujourd’hui ce qu'elle est devenue, ce qu’elle a accompli, nous n'avons
qu’à regarder autour de nous pour trouver partout des