‹ Inauguration des nouvelles salles de l'Institut canadien de Québec [microforme]Chapitre 2 sur 2 · EX · texte numérisé non relu

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témoignages de sa vitalité et de la fécondité de ses résultats.

Qu'ils étaient beaux ces jours d'enfance de notre Institut, où tous rivalisaient de zèle pour ajouter quelque nouveau fleuron à la couronne de la société nouvelle ! ;

Les charges étaient remplies par des officiers actifs ; toujours prêts pour le travail et pour le sacrifice, ils consacraient tous leurs loisirs à recruter de nouveaux adhérents, à écrire des travaux littéraires pour nos conférences publiques, à préparer des discussions intéressantes.

Dans les rares intervalles que leur laissaient les soins d’une administration dont les exigences croissaient de jour en jour, après avoir épuisé en achats nouveaux toutes les ressources disponibles de l’Institut, —après avoir dépouillé leurs bibliothèques particulières, que leur rareté, à cette époque, leur rendait plus chères, ils se faisaient quêteurs de livres, et allaient de porte en porte chez nos concitoyens les plus riches et les plus instruits, pour en obtenir des ouvrages qui allaient enrichir la bibliothèque de l’Institut.

Et ne croyez pas qu’ils ont ainsi créé une bibliothèque sans ordre et sans discernement, et qu’ils ont entassé un amas confus de volumes. Non, messieurs : notre bibliothèque est là pour témoigner de la science biblio-

graphique, de la pureté de goût et de la reetitude de jugement de ceux qui ont présidé à sa fondation. Nous pouvons bien l’accroître et l'agrandir : sous ce rapport, comme sous bien d’autres, nous ne ferons que continuer à marcher sur les traces lumineuses de nos devanciers. C’est pour nous le plus doux des devoirs que de rendre hommage aujourd'hui au talent et au zèle de ceux qui ont assisté aux débuts de l’Institut Canadien de Québec. Nous ne pouvons tous les nommer.

Mais leurs noms sont inscrits en lettres d'or dans nos annales, avec ceux de leurs successeurs appelés, par les suffrages de tous, à gouverner l’Institut. A l'égard des vivants la louange est difficile ; mais il en est beaucoup hélas ! dont la carrière mortelle est finie. Qu'elle est déjà longue la liste de ceux qui, après avoir consacré leurs loisirs à notre œuvre bien-aimée, dorment aujourd’hui dans les champs du repos ! Caron, comblé d’honneurs bien mérités ; Garneau, l'historien national ; DeGaspé, le romancier populaire ; Meilleur, le plus ancien organisateur de notre Instruction publique ; Chartier, le modèle des secrétaires, Angers et Delagrave ; Crémazie, le chantre de nos immortelles batailles ; Leblanc, Fontaine, tous deux moissonnés dans la fleur de l’àge ; et pour terminer ce long défilé de nos morts illustres, Turcotte à qui entre tous la postérité reconnaissante décernera un

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jour le titre de restaurateur de notre Institut Canadien, de principal initiateur du mouvement de progrès que nous voyons aujourd'hui. Ceux-là nous les avons perdus.

Mais la Providence a voulu qu’il nous en reste des: survivants qui ont assisté aux premiers jours de notre histoire. Elle nous en a donné d’autres qui sont venus nous joindre depuis, et la génération présente nous promet un essaim de travailleurs jaloux d'atteindre à la haute réputation de leurs devanciers.

Notre Institut a eu la rare fortune d’enthousiasmer ses adhérents, d’électriser ceux qui lui ont une fois voué la meilleure part de leurs loisirs, et l’ardeur générale du zèle ne s’est que rarement ralentie. :

Toujours nous avons pu compter sur la bienveillance des autorités religieuses et civiles, sur l’aide de la presse, sur le concours assuré de nos concitoyens versés dans les sciences et dans les lettres, sur l’empressement d’un public éclairé toujours prêt à acclamer les succès des jeunes talents dont l’Institut cherchait à lui faire apprécier les premiers efforts, ou à sanctionner par ses applaudissements la renommée déjà faite des maîtres de la science ou de la littérature qui voulaient bien s’associer à nos travaux.

A ces précieuses sympathies sont venues s'ajouter d’autres marques plus tangibles, si je puis m’exprimer

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ainsi, de la haute estime et de la considération dont on environne notre Institut.

Cet édifice lui-même, restauré avec tant de goût par des mains habiles, véritable sanctuaire élevé à notre langue et à notre littérature, en est un vivant témoignage. Si les pierres qui composent ses assises pouvaient parler, elles vous rediraient les noms de généreux bienfaiteurs, que vous connaissez, et que vous répétez tout bas. À cette liste déjà longue, elles ne manqueraient pas d’en ajouter que la patrie canadienne revendiquera comme lui appartenant, tant ils se sont identifiés avec toutes les entreprises de nature à faire fleurir de plus en plus parmi nous, la science, la littérature et les beaux arts.

Le poëte romain, jouissant en paix des délices du repos, au bruit des cascades bouillonnantes de sa riante villa de Tibur, promettait à son bienfaiteur de faire passer son nom à la postérité, et son stylet élegant et délicat burinait dans les pages de l’histoire un | monument plus durable que l'airain. Qui se rappelle aujourd'hui les noms si retentissants des diplomates, des politiques, des chefs de factions, des acteurs célèbres du temps d’Auguste ? Leur renommée s’est évanouie comme une fumée, mais la mémoire du poëte a fait revivre dans la postérité la plus reculée le nom de Mécène, et le bienfaiteur partage aujourd'hui la

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glorieuse immortalité d’Horace. Osons espérer que de nouveaux Mécènes viendront s'ajouter dans la liste encore ouverte de nos bienfaiteurs et de nos amis.

A ceux qui connaissent notre Institut nous pouvons dire : « Voyez si nous avons accompli notre mission. Voyez si nous avons fondé une bibliothèque, commencé un musée, tenu une salle de lecture remplie de bons journaux, donné des conférences publiques, publié des travaux importants dans diverses branches des connaissances humaines, ouvert des concours de poésie et d’éloquence pour encourager et mettre en lumière de nouveaux talents ?»

Pour ceux qui nous connaissent moins, nous pouvons résumer en quelques mots ce que nous avons été, ce que nous voulons être.

Ce que nous avons été, vous le savez par la courte esquisse qui a occupé la première partie de ce discours ; ce que nous sommes, quelques mots suffiront pour vous le dire.

Nous sommes une société littéraire, vouée au culte de la langue française, consacrant tous ses efforts à populariser, à développer de plus en plus notre littérature franco-canadienne, faisant appel à tous les talents, à tous les dévouements, sans leur demander autre chose que du désintéressement dan le travail, du patriotisme dans la volonté, respectant les

su ee idées particulières de chacun, n’imposant à tous qu’une seule condition : celle de sauvegarder partout et toujours le pacte d'alliance indestructible scellé dès les premières pages de notre histoire entre nos croyances religieuses et nos aspirations nationales.

Nous voulons faire de notre Institut un centre de ralliement pour notre jeunesse, pour lui donner les moyens de continuer à s’instruire, pour lui permettre de conserver et d'accroître les précieux résultats d’une bonne éducation classique, afin que, nouveaux Alexandres, loin de s'endormir dans la joie des triomphes passés, ils soient plutôt enclins à pleurer en songeant aux immenses régions intellectuelles qu’il leur reste à conquérir.

Oh! que je voudrais pouvoir vous introduire de temps à autre dans nos salles, pour vous y faire juger de l'empire irrésistible que notre Institut exerce sur ceux qui lui ont voué un culte particulier! Vous y rencontreriez, tour à tour, des vétérans qui depuis trente-cinq ans fréquentent nos salles, et pour qui cette habitude est devenue une seconde nature; vous y coudoieriez des membres moins anciens qui promettent de continuer les traditions de leurs aînés,

Puis, des jeunes gens en grand nombre, la plupart venus à Québec pour chercher à se créer dans le monde une position que leurs talents leur permettent d'ambi-

tionner. Nos salles de lecture leur fournissent des distractions. Ils y rencontrent d'autres jeunes gens avec qui ils se lient d'amitié, et c’est ainsi qu'ils arrivent à se trouver moins isolés au milieu d'étrangers. Les soirées de conférences les ramènent au nombre des plus assidus.

Nos conférenciers sont ou bien des vétérans qui ont blanchi au service de l’Institut, ou bien des jeunes gens qui viennent là faire leurs débuts.

Combien d’entre nous se souviennent avec plaisir des douces émotions d’un premier triomphe remporté devant un auditoire de l’Institut, avec autant de plaisir qu’ils se souviennent des succès couronnés dans une distribution de récompenses au collège! Et le prix de la victoire est doublé quand on se rappelle que d'autres, qui ont commencé ainsi, sont arrivés aux plus grands honneurs ; quand on retrouve au milieu des splendeurs vice-royales, sur les trônes de l'épiscopat, sur les sommets les plus élevés de la magistrature, de la finance et de la politique, des hommes qui consacrèrent jadis les heures de loisir de leur jeunesse à l'Institut (1).

: (1) Voir la liste des anciens présidents et des directeurs actuels de l’Institut. Son honneur le lieut.-gouverneur Letellier, Mgr. E. A. Taschereau, Mgr. J. Langevin, Mgr. Cazeau, l'abbé Ferland,

pour ne citer que quelques noms, ont été pendant plusieurs années directeurs de l’Institut.

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Ainsi envisagée notre mission croit en importance et en dignité.

Mais là seulement ne se borne pas le rôle de l’Institut, A part l’action morale qu’il exerce sur ses membres, en les invitant à se réunir souvent, pour se fréquenter et se connaître, à part le but élevé qu’il leur propose, en les encourageant à acquérir de nouvelles connaissances, à part, enfin, l’encouragement donné à la production des œuvres littéraires, il est une autre mission dont notre Institut se glorifie d’être un des apôtres, et cette charge d'honneur lui est dévolue en collaboration avec les sociétés littéraires franco-canadiennes qui grandissent autour de nous. C’est que la nature mème de leurs travaux, le but qu’elles se proposent, les constituent, pour ainsi dire, les gardiennes de notre langue ; non pas que nous voulions les assimiler à ce tribunal respecté dont Richelieu dota la France et qui rend des arrêts littéraires justement appréciés ; mais en prenant ces deux mots dans une acception plus particulière à notre état de société, plus en harmonie avec les besoins du milieu où nous vivons.

Gardiens de notre langue !............... Avons- nous jamais bien sérieusement pensé à l’immense responsabilité que ces mots révèlent? Gardiens de notre langue! c’est-à-dire chargés de soutenir dans le nouveau monde la gloire littéraire de la France, l'honneur de ses

traditions de savoir, d'éloquence et de bon goût qui font de ses richesses intellectuelles et artistiques, le plus précieux apanage de la pensée humaine. Et à qui incombe. rait, en Amérique, cette tâche glorieuse, si ce n’est à nous les fils aînés de la France américaine? Après avoir soutenu pendant deux siècles l’honneur du drapeau de notre ancienne mère-patrie, après lui avoir donné nos sueurs et le sang de nos martyrs et de nos soldats, nous avons bien le droit d'ambitionner la gloire de la représenter ici dans ce qu’elle a de plus pur, dans ses plus nobles aspirations, dans son génie.

Oui messieurs, cet héritage de nos ancètres, nos mains inexpérimentées peut-être, mais pieuses, l'ont recueilli avec amour.

Les temps sont bien changés depuis le 2 juillet 1666, où Mgr de Laval et le marquis de Tracy présidaient, à quelques pas d'ici, dans l’ancienne chapelle des Jésuites, la première séance littéraire dont notre histoire fasse mention !

La Providence nous a donné, depuis, des destinées nouvelles. Mais quelles qu'aient été ces destinées nos affections, notre langue n’ont pas changé,

Elevé sur les genoux de mères restées françaises, notre peuple est resté fidèle à l'amour du sol natal qu’avaient foulé ses aïeux. Les plus illustres enfants de la patrie canadienne, bercés aux doux ‘refrains des

chansons normandes, se sont chargés de doter la Nouvelle-France d’une littérature nationale.

Et comment ces intelligences d'élite auraient-elles pu se soustraire à l'influence irrésistible qu'exerçaient naturellement sur leur génie naïssant la splendeur incomparable de nos paysages canadiens, l’imposante majesté de nos lacs, de nos fleuves géants, de nos immenses rivières, les beautés et les contrastes extrêmes de nos saisons si variées, le souffle inspirateur qui semble courir dans nos forêts vierges, et, par-dessus tout, le charme pénétrant de la légende indienne, si intime. ment mêlé aux récits héroïques de notre histoire !

En présence de la riche moisson d'œuvres littéraires qui fait déjà l'admiration de nos concitoyens et de l'étranger, devant le spectacle de la merveilleuse activité que déploient sous nos yeux notre puissante Univer sité-Laval, nos collèges classiques et nos couvents si nombreux et si justement respectés, nos florissantes sociétés littéraires, nos journaux, nos milliers d'écoles,que deviennent les prophéties menteuses de ces quelques esprits étroits qui rêvaient jadis l’anéantissement de notre race et l’effacement complet de la langue française sur le continent américain ?

Cette place d'honneur que notre langue occupe aujourd’hui, nous l'avons conquise : il ne tient qu’à nous de la conserver. C’est de vous, messieurs, que la

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patrie canadienne attend ce noble travail, C’est sur vous qu’elle compte pour perpétuer dans l'Eglise, dans la magistrature, dans la politique, dans les professions libérales, dans l’industrie, le commerce et la finance, au milieu de nos agriculteurs et de nos colons, et jusque dans les plus modestes ateliers de l'artisan, les acceuts si purs qui nous viennent en ligne directe du grand siècle littéraire de Louis XIV. Mais c'est sur vous, surtout, mesdames, que la patrie fonde ses espérances les plus chères, car c’est à vous qu’elle doit de voir notre belle langue régner en souveraine au foyer domestique et dansles salons, où vous exercez avec tant de grâce une royauté devant laquelle tous s’inclinent volontiers.

Les explorateurs qui parcourent en tous sens nos forèts canadiennes sont souvent étonnés d'entendre résonner au milieu d’une solitude profonde des chants dont l'harmonie douce et plaintive charme leurs oreilles : c’est la chanson du voyageur canadien.

Enrûlé au service de quelque roi de la finance, le voyageur canadien parcourt la forêt, cherchant partout les arbres géants que convoite le commerce, et nul ne pénètre plus loin que lui dans les contrées inexplorées. Il charme ses loisirs en répétant les naïves complaintes de sa paroisse natale. Souvent, pour relever son courage, au moment du danger, il songe aux nombreux

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compagnons forts et: vigoureux qui l'entourent et

chante en refrain :

“ Dans la forêt et sur la plage ” ‘« Nous sommes trente voyageurs ”.

La légende du coureur des bois n’est pas encore finie. Mais, dans ce jour de réjouissances solennelles, où nous passons, pour ainsi dire, en revue nos forces nationales et nos espérances patriotiques, la légende du coureur des bois ne vous rappelle-t-elle pas comme à nous une autre légende, non moins poétique, mais bien plus retentissante, la légende du peuple canadien tout entier? C'est-à-dire : la légende de ces milliers de héros qui, tour à tour découvreurs, apôtres et missionnaires, soldats et défricheurs, intrépides chercheurs d'aventures ou fondateurs inspirés de cités aujourd'hui florissantes, ont rempli le Nouveau-Monde du bruit de leur renommée et de leurs glorieux exploits, laissé partout des traces de ieur passage et mérité cet éloge magnifique tombé de la bouche d’un illustre missionnaire: ‘En quel endroit si lointain ou si désert de l'Amérique les Canadiens. n'ont-ils pas pénétré ? ” L’étonnante fécondité de notre race, l’incomparable force de résistance et d'expansion dont la Providence l’a si merveilleusement douée ne rappellent-elles pas naturellement sur nos lèvres le gai refrain de la chanson du voyageur ?

Ne vous semble-t-il pas, mesdames et messieurs, qu'une pensée analogue peut soutenir notre courage? Soit que nous poursuivions l'œuvre particulière de l’Institut, soit que nous agrandissions le champ de nos efforts, songeons que nous ne sommes pas isolés et abandonnés ; songeons à la grande armée des travailleurs qui nous entourent: nos labeurs ne peuvent être inutiles, une riche moisson nous attend :

‘“ Dans la forêt et sur la plage ” « Nous sommes trente voyageurs ”.

Il y a deux ans, du haut de ce fier rocher de Québec, qui a bravé tant de.fois la menace et la tempête, une voix se fit entendre. C'était notre Société Nationale qui faisait appel à tous les enfants de la grande famille canadienne pour les réunir dans une grande démonstration patriotique. Cet appel vola de ville en ville, de paroisse en paroisse, et traversant la frontière retentit jusque sur les plages les plus reculées du continent américain.

Cet appel fut entendu ; de toutes parts des acclamations joyeuses et émues répondirent au cri de ralliement,

Ce jour là qui donc eut osé douter de l'existence et de la vitalité de notre race ?

Etaujourd’hui, mesdames et messieurs, qui pourrait douter des destinées de notre langue, quand nous som-

mes un million et demi de Canadiens-français pour la parler, pour la faire respecter, pour la défendre au besoin.

Non, Messieurs, notre belle langue ne peut périr puisque nous vivons encore et que nous sommes toujours là, comme le disent si bien ces devises : (1) Heureux et fiers de vivre sous l'égide des libertés britanniques ; mais aussi: Conservant fidèlement la foi et la langue de la France de nos aïeux.

(1) Ces devises sont inscrites sur deux oriflammes appartenant au char allégorique de la Société St-Jern Baptiste de Québec et qui ornaient l’estrade de la Salle de l'Institut le soir de l’inauguration.

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