‹ Inauguration du monument Champlain à Québec le 21 septembre 1898Chapitre 16 sur 51 · LA VISITE DE LA VILLE · texte numérisé non relu

LA VISITE DE LA VILLE

" M. Turgeon se rend ensuite avec ses amis, sous la conduite du président et du vice-président du " Vieux Honfleur, " et sur l'invitation du curé-doyen M. l'abbé Maurisset, à l'église Sainte-Catherine. A l'arrivée du ministre, les douches sonnent à tout^ volées et c'est au son de l'orgue qu'il pénètre dans le sanctuaire ; M. le curé-doyen lui fait visiter en détail cet intéressant monument de l'art des vieux huchiers honfleurais.

" De Sainte-Catherine, on se rend, hors de la ville, à l'hôtellerie champêtre de Saint-Siméon, fameuse par le séjour fréquent qu'y ont fait les maîtres paysagistes français.

" Le comité du " Vieux Honfleur " offnait à ses hôtes un déjeuner intime, pour se mieux connaître, causer en toute familiarité avant le banquet du soir. Nous passons là une heure d'une cordialité charmante. Le site est ravissant et rappelle d'une façon saisissante les hauteurs de Lévie en face de Québec.

" M. le colonel Lachèvre, président du " Vieux Honfleur, avait à sa droite M. Turgeon, et à sa gauche M. Hector Fabre ; les autres convives étaient : MM. Dumoat, maireadjoint de Honfleur, Paul et Charfes Breiard, Léon Le Clete, Alphonse Allais, Lemonnier, Paul Fabre, Jehan Soudan de» Piearefitte, Boudin, Paul Chevré, Ph. Corriveau, le vicomte de Ville d'Avray, docteur Eachet, Garcin, etc., etc.

"Au moment du dessert, une délicate surprise attendait le ministre ; une toute charmante fillette de sept <ans, Mlle Eva Soudan de Pierrefitte, toute rose en sa toilette blanche, lui présente un bouquet de reines-marguerites.

"Après le déjeuner, promenade en voiture à travers la campagne. Dans le premier landau sont montés : l'honorabla M. TurgeoŒi^ le colonel Lachèvre, M. Le Clerc et M. Paul Eabre, et dans le second, M. Hector Fabre, M. Charles Bréard, MM. Ph. Corriveau et Paul Chevré. Nous allons ^'émerveillement en émerveiHement. Par le Butin, nous gagnons Val-de-Grâce ; à Grâce, nous nous arrêtons à la vieille chapelle fondée par le père de Guillaum€»-le-Conquerant. Le chapelain, le vénérable abbé Carabin, nous y reçoit avec un pieux empressement, et sa BœuT offre au ministre une médalHie bénite, qui est en même temps un bijou artistique.

" Après avoir admiré le panorama splendide qu'on découvre du haut du Calvaire, vers la rade du Havre, et fait halte au Mont-Joli, nous rentrons en ville par la Croix-Eouge et la belle avenue de la Eépublique, visitant Saint-Léonard, pour arriver à Saint-Etienne transformé en musée du " Vieux Honfleur, " le futur Panthéon des gloires normandea C'est là que l'an prochain aura lieu l'exposition normande et canadienne. Le cadre est admirablement choisi. Nous terminons cette promenade si intéressante en gravissant la^rue Haute, où se trouvent tant d'anciennes et curieuses maisons historiqu€6 construites en bois.

LXBAHQUST

Cette journée â bien lem]^ s'eBt tenuinée par un banquet à VhùbA dn ThaspYdn^

''La aalle âiaît ornée de drapeaux françai3 et canadiens, d'édUBon anx armea de HcMifleur, de Québee et de l'Ancienne If onnandîe. Un menu des pins artistiques, de IL Lécm Le Clerc, rqproeentait la statue de Champlain par Paul Chevi^ dans un déocv allégorique, «ilaçant les armes de Honfleur et de Quâiee. Dans les T^dures, on remarquait un érable^ l'arbuste emblème du Canada.

'' En l'absence de IL le oolond Lacbèvre, retenu par un demi récent^ IL A« Bondin jM^éadait, ayant à sa droite M. Turjgecm, à sa gaodie IL Giangier de la. IfarinilNie, eouBjdé&t de Pont4'ETêque. En hkce^ IL Paul Dumont, regréagitant la xiDe, arait i stL droite IL Hecto* Fabre, et i sa gaudie, IL Corrireau.

"" IL Cbarias Biéaid, pfésadent de la Société d'ftfanogrtphie normande, était à la ^sucfae d@ 3L Tuzgeon. IL Paul Faîne était pfèe de 3L Le Oere, aaeiétaijie du ^ Vieux Honfleur."

" Pendant le cepa^ très bien jaervî, ^ L'Union dee Travailleure" sdianté k ^ Canadienae, ^ U ^Claif^ Fontaine,^ et d'antres aim eanadaena et aormaacb très applaudie

An denert^ IL A. Boudân a. pm la. pafole :

"An JQttBî du ^ Viewx Honfletuv ^ f^ FiwoxKewr de remercier IL Tujgeoa, joûxuatre de k <xd<»iMttiottL à Québee, je remerae «es ajxus pairsEoi ksque^ je> djBatingwi ÎL Fabf«e, le wegréseaiMSii, pucmt&a du Canada^ d'arotr aeeepté Tinritaition de notre eosxôté et d'avoir eu foi ^aax^ la eordirfité bonftau-

Xe lee xesoeme au no«a de tom eeux qui asaistaient ee à la réoeptioxi de THôtel-de- Voile ; ils oat vu les ixiaijQa

tendues, les cœurs plus rapprochés encona aux paroles vibnaittes de M. Turgeon.

" Merci, monsieur le ministre, au nom ide tous ceux qui vous entourent lem ce moment et dont les applaudissements vous disent assez combien ils sont touchés des liens que vous avez établis dès vos premières paroles entre les Normands et les Canadiens, entre Québec et Honfleur.

" Notre municipalité, notr© population vous sont pajticulièrement recoainaissantes d'avoir voulu consacrer votr^ visite parmi nous en donnant à un canton nouveau de la province de Québec le nom même de notre vieille cité, le nom de Honfleur.

" Je vous avoue que ce n'e&t pas sans fierté que je me sens chargé de vous transmiettre les pensées de tous ; j'en remercie notre président d'honneur, M. Charles Bréard, qui a. voulu m'en laisser tout le plaisir, mais aussi toute la peine et tous les regrets, car je voudrais entendre des voix plus autorisées, de plus hautes personnalités ; notre honorable président, le colonel Lachèvre, ou nos présidents d'honneur, MM. Andje Theuriet et Albert Sorel, académiciens, à la plume si délicate, à la parole si éloquente. Je voudrais qu'ils fussent ici pour recevoir M, Turgeon, délégué auprès du "-Vieux Honfleur" par le comité qui est chargé d'élever à Québec une statue à Champlain, notre vaillant soldat qui, parti de Honfleur, alla, il y a. près de deux cents ans, (Conquérir ce pays, qui, pendant un siècle, s'appela îia Nouvelle-France. Je voudrais que leurs voix pussent répondre aux sentiments si reconnaissants, si profonds des Canadiens qui savent unir à la fois le respect dû au drapeau qui abrite leurs libertés et l'amour qu'ils giardent à celui qui protégea leur berceau.

" A Québec, un monument a été élevé aux deux généraux, Montoalm combattant pour la France, et Wolfe luttant pour

l'Angleterre ; tous deux sont représentés unis dan? le même souvenir, au moment où tous deux eont frappes et meurent glorieusement pour leurs patries, dans cetta dernière bataille ^ui fit définitivement du Canada une colonie anglaise.

^^ Veut-on savoir jusqu'à quel; point la France est chère -aux habitants de Québec ? If on seulement ils ont voulu, eux aussi, dresser sur leur plus belle place unie statue à Champlain, leur fondateur, mais ils ont tenu à ce que cette statue fût fran(;ai&e pf«r Fart qui l'enfanta, par l'artiste qui la réalisa, {je salue en passant cet artiste, M. Chevré, qui veut bien «être des nôtres ce soir). Es ont demiandé qu'elle fût transportée sur un navire français, sous pavillon français, et ce sont des ouvriers français qui, en ce moment, l'élèvent à l'endroit oii eille sera inaugurée dans quelques semaines. Ce jour-là, pi es des flots où débarqua Champlain, si on dit que là-bas, en France, près des flots où Champlain s'embarqim, on s'apprête à lui élever une statue, les acclamations des nouveaux honflefurais de Québec retentiront jusqu'aux orediHes •des vieux honfleurais de Normandie. Voilà comment un gouvernement libéral pratique le libéralisme et s'attache leB populations dane ce Far- West, par-delà l'Atlantique. Nous envoyons à l'Oues^t toutes nos félicitations, et en même temps, jetant nos yeux vers l'Est, nous nous réjouissons des procédés employés pour ne laisser qu'un amour chez nos frèrets d'Alsace et de Lorraine» ; l'amour de la France, toujours seule au fomd des cœurs, toujours étendue, désirée, appelée. (Bravos).

" Monsieur le ministl^, il me faut dire ce que sont ces ^^ Vieux Honfleur" qui vous reçoivent aujourd'hui et auxquels vous vous étiez promis de faire visite pendant votre voyage en France.

"Nous sommes des fils, des petits-fils respectueux qui Touîons retrouver, conserver tout ce qui reste de nos ancê-

tpee : choses et souvenirs, hautes pensées, belles actioois, bon& exemples.

"Nous voulons retrouver l'âme du passé, les âmes du passé, pour en faire une nouvelle échele de Jacob, où le» nôtres puissent monter de plus en plus haut, s'aidant, s'appuyant sur celles de nos dervanciers, et s'élevant ve^ cet idéal. où teaident invinciblement les esprits «mis du progrès, amou-^ reux du bien.

"Dans ce retour en arrière, nous devions nous rencontrer : nous avons mêmes ancêtres. Ce sont nos marins qui ont découvert le Camada ; c'est Champlain qui le gagna à la France ; c'est au pied de sa statue que Normands et Canadiens se serreront la main, là-bas au nouveau Honfleur, ici dans l'ancien, quelle que soit la forme que nous donnetrons à la glorification du vaillant soldat.

"Pour ceB souvenirs du passé, nous avons déjà un écriny le musée Saint-Etienoie, le plus vieux monument de» notre vieille cité ; nous le Tcmplissons de ces reliques, déjà ellesabondent, et les vôtres y seront les bienvenues.

" Le " Vieux Honfleur " se compose d'amis du pa^sé, mais je me hâte d'ajouter que nous sommes plus encore des amisde l'avenir, de l'avenir qui sera ce que nous le ferons. Lesi grandes lois de l'histoire nous apprennent qu'une nation ne peut pas plus changer son lendemain, conséquence de la veille, que nous ne pouvons dire «au grain de blé mis en terre : tu seras autre chose que du froment.

" Hâtons-nous de prendre, dans le passé tout ce qu'il a. evt de meilleur afin de préparer à nos fils le meilleur des lende-^ mains.

" C\eist pour les jeunes que le " Vieux Honfleur " fouille le passé. Leur avenir se^ra fiait de tout ce quie nous ajouterons^

à Phéritage de nos ancêtres. A cet héritagei, nous élevons un Panthéon dont nouâ préparons déjà l'inauguration.

" Voici le programme de ces fêtes honfleuraises en axDÛt 1899 :

" Ouverture de notre musée et exposition d'antiquités nor^ nmndes ;

" Congrès de la Société d'Etlmographiei nationale ;

" Exposition Normande-Canadienne ;

"Nous vous donnons rendez-vous, monsieur le ministre, à ces f êtiCfe que nous n'avons remises que pour leur donner plus d'éclat, sur le désir même de notre grande Société d'Ethnographie qui fait pour la France ce que nous voulons faire pour notre région normande. Nous nous réjouirons alors de ce retard qui nous aura permis de nous revoir.

" Je bois à la santé et tau retour de M. Turgeon, l'éminent ministre, le type parfait du Canadien-français et du Erançaiscanadien. (Applaudissements.)

" Ces paroles éloquentes de l'honorable président du banquet sont couvertes d'applaudissements. On ne pouviait mieux rendre les sentiments des convives, de Honfleur tout entier. Cette briHante allocution ira au cœur de tous les Canadiens, venant d'un liomme qui a formé tant d'esprit distingués et dont le renom attire au lycée de Honfleur des élèves de toutes les parties du monde.

" M. Turgeon se lève, très maître de lui-même, cependant visiblement touché. Dès las premiers mots, l'auditoire est conquis et l'enthousiasme va grandisBant jusqu'à la fin. Parfois, l'émotion est générale et éclate en vives acclamations. L'orateur oui a commencé d'une voix douce et grave à la fois, nuance 'avec un art supérieur toutes les parties de son •discours. C'est un des grands succès oratoires dont nous ayons

été témoins. Le lendemain, nous avons recueilli dans tout Honfleur l'écho de cette impreission générale et profonde.

DISCOURS DE l'honorable ADÊLARD TURGEON A HONFLEUR

'^Monsieur le Président, " Messieurs,

" Il vous est facile de comprendire ce que doit resBeutix en ce moment un enfant du Canada, rejeton de famille normande, de recevoir au berceau de ses pères, deux ràècles après leur départ, un accueil laussi cordial, une hospitalité aussi généreuse. Aussi, je suis touché, profondément touché, plus que je ne saurais l'exprimer, de votre bonté, et je garderai de cette journée un souvenir ému et reconnaîssant.

^' Vous avez indiqué, M. le président, l'œuvre de votre société. Je savais déjà avec quel soin jaloux vous remuez la poussière de vos archives pour reconstituer, non seulement toutes les gloinee du passé, mais encore, dans le language de l'un des vôtres " pour relever toutes les fleurs de votre originalité nationale ; cette délicatesse, cette élégance, cette distinction, cette saveur de naïveté, cette séduction de courtoisie, cette vivacité spirituelle qui furent pendant des siècles les modèles enviés du monde civilisé. "

" Evocateurs des gloires du passé, lamants passionnés de tout ce qui peut faire connaître et aimer la France d'autrefois, vous n'avez pas voulu rester étrangers à l'apothéose que le Canada prépare au fondateur de Québec, à l'illustre CEamplain. Vous avez voulu vous associer à cette fête française, je dirai à cette fête de la famille française, de toute la famille française, de la branche aînée restée ici comme de la branche cadette qui, sur un autre continent et sous un autre drapeau, cherche à faire revivre le cajiactère et les traditions de sa patrie d'origir.e.

" La fête que Québec se prépare à célébrer dans quelques jours est véritablement franco-canadienne : elle est vôtre, puisque Chanaplain venait des rives de la France ; elle est nôtre, puisque le vaillant marin a été le fondateur du Canada et que ses cendres reposent près de notre grand fleuve. Oui, messieurs, nous lui élèverons dan® quelques jours sur le rocher de Québec, en face du majestueux Saint-Laurent, un monument digne de sia mémoire. H est du ciseau d'un artiste français et, pour bien en indiquer le caractère, le granit qui lui sert de base comme les matériaux qui ont servi à l'édifier, sont de provenance française. Comme je voudrais posséder cette maîtrise de votre langue pour exprimer ce que nous, vos frères d'Amérique, ressentirons en ce jour ; mais je sais que je puis compter sur votre indulgence et que vous vous rappelerez que pendant plus de deux siècles et demi nous avons vécu isolés, abandonnés à nos propres forces, perdus au milieu de l'émigtration étrangère, sans point de contact avec la France et du lumineux rayonnement de son foyer intellectuel.

" Et, messieurs, votre pairticipation à cette fête du souvenir, vous avez voulu nous la donner ici, près de la mer, sur la côte normande. Vous saviez combien Honfleur nous est cher. C'est ici que Champlain s^est embarqué plus d'une fois pour ses courses aventuireuses au Nouveau-Monde. C'est ici qu'ont prie passage la plupart des familles qui ont fait souche au Canada. Son aspect même, la disposition de ses rues, le nom de ses habitants, tout rappelle au Canadien l'identité de race, la communiante d'origine.

" Un autre souvenir s'y rattache. C'est à quelque pas d'ici, à l'embouchure de la Dive, que Guillaume-le-Conquérant, suivi dfe ses barons, partit pour flaire la conquête de l' Anglesterre. Cette page d'histoire nous remplît d'un légitime orgueil, nous, les Normands du Canada, car enfin, si nous avons été défaits par l'Angleterre en 1760, nous n'en sommes

jas moina le© descendants d'une race qui a vaincu ses vainqueurs. Me permettez-vous à ce sujet un souvenir très personnel ? Lors de mon départ du Canada, dan® un dîner qui m fut donné par mes collègues et amis, Thonorable monsieua- Jjufîy, un anglais protestant, ministre des Travaux Publics dans le gouvernement de la province de Québec, disait aux applaudissements de tous ces paroles que je vous demande la permission do citer : " Assurez vos compatriotes de nos ardentes sympathies. Nous ne pouvons oublier que FAngleterre est issue d'un double sang : c'est «Falliance du Saxon et du Normand qui a formé la puissante nation anglaise." Nous vous devons plus que l'existence physique : ce sont vos pèi^ee qui ont conquis sur la féodalité toute-puissante les premiers germcfl de Ja liberté politique. Personne n'ignore en effet — Augustin Thierry l'a consigné dans son histoire de la Conquête^ — que les barons qui ont forcé le roi Jean-sans-Terre à signeir la Grande Charte, ce palladium de toutes les libertés anglaises, portaient des noms nomDands. De sorte que, messieurs, lorsqu'en 1789, vous faisiez vos premieops essais de régime parlementaire, vous n'empruntiez rien à vos voisina, mais vous repreniez une partie de l'héritage paternel, vous continuiez sur le sol ftançais la tradition nomiande d'outre- Manche.

" Je vous remercie donc d'avoir pensé à honorer la mémoire du fondateur de Québec et d'avoir choisi comme théâtre de cette manifestation, un coin.de terre si français et si cher à nos cceuire canadiens.

" Quelle est l'idée qui a présidé à l'œuvre de Champlain ? Convertir à la foi le® tribus indiennes de l'Amérique du Nord et répandre l'influence civilisatrice de la France. D'autres peuples sont allés à la recîiierche de continents nouveaux, ont bravé les périls des mers inconnues, mais n'ont laissé aux cœurs des peuplades sauvages que le souvenir de leurs barbai es atrocités. Comparez les conquêtes» de l'Espagne et du

Portugal aux conquêtes de la France en Amérique et puis, voyez : les premières n'ont eu qu'un objet de lucre, de tirer des pays conquis tout l'or qu'ils recelaient en foulant aux pieds les indigènes ; celles-ci, n'étaient inspirées que» par l'humanité, par le sentiment des devoirs supérieurs de l'homme envers son eemblable. C'est ce sentiment que nous retrouvons dans le langage de Champlain, dans ses écrits, dans ses actes. Il a fait son succès et il consacre sa gloire. Pendant ce temps les pèlerins de Plymouth laissaient les rives tyranniques de l'Angleterre et venaient chercher sur les bords de THudsoin, dans les forêts vierges de l'Amérique, la liberté du culte et la tolérance religieuse. Us devançaient leur temps en proclamant les droits inaliénables de la conscienoe que notre siècle seul a pleinement (l'eoonnus. Civili- Éation chrétienne, liberté de conscience, voilà le- substratum des deux colonies que la France et l'Angkterre» fondxâent simultanément. Fâut-il s'étonner si l'Amérique dii Kord a n:iarché à pas de géant, si son présent est aussi serein et aussi nadieuse» ses promesses d'avenir.

'' La carrière de Champlain enseigne une autre leçon. Pendant longtemps, il a été de bon ton d'affirmer — et je ne puis dire qu'on n'y a pas complètement renoncé — que ila France était inhabile aux œuvres de colonisation. Les adversaires de Champlain à la Cour ne tenaient pas un autre langage. H leur réponKÏit par te seul argument que l'on ne réfute pas : le succès. Du coup, il gagnia sa cause devant Colbert et devant l'opinion. Il n'est pas inutile de rappeler cet enseignement à une époque où la France cherche à reconstituer son empire colonial que la politique malheureuse du siècle dernier lui a fait perdre. Allez en avant, messieurs. Continuez la tradition française. Laissez les autres peuples se précipiteor en trafiquants sur les plages lointaines ; vous avez une autre mission, celle de les instruire. Champlain n'y a pas failli ;

elle n'y faillira pas non ])his ^^ la grande et douce nation où il fait bon de vivre et qui, quoiqu'en dirent ses ennemis^ ressemblera toujours à ces grands arbîes où les oiseaux du ciel viennent s'abriter. " (1)

" Les colons de la Nouvelle-France furent des hommes d'élite. On a pu tent^er ailleurs des essais de colonisation «avec des repris de justice. Champlain, Oolbert, llichelieu, en jugèrent autrement. Nos ancêtres furent tous des honmiea au caractère élevé, d'ime moralité irréprochable, l'esprit ardent, aventureux, ayant dans l'âme cette étincelle lumineuse qui a été l'inspiratrice de tous les grands mouvements de l'humanité vers lie progrà«. Aujourd'hui, nous tTaversons l'océan en quelques jours sur des palais flottants. Avez-vous réfléchi à l'audace, à l'admirable folie de ceux qui, il y a. trois siècles, s'aventuraient sur des mers inconnues dansi de frêles coquilles de noix ? C'est à ces vaillante, à ces hardis navigateurs qu'il faut appliquer Vœs triplex du poète latin. Leur âme s'épirit des vastes solitudes, des régions inexplorées et, tout en guerroyant contre les Indiens et les colons de la nouvelle Angletei^re, ils parcoururent toute l'Amérique, d© l^orient à l'occident, du sud au septentrion, de Terre-Neuve aux Montagnes Rocheuses, de la baie d'Hudson au golfe du Mexique, laissant partout l'empreinte du nom français, jetant à tous les vents du ciel la s*mence féconde de la religion et de ^la civilisation. Ah ! qui peut dino H'action' de la ErancK' SUT le Nouveau Monde. Je ne parie pas du Canada français, mais des colonies anglaises elles-mêmes. L'épée de Lafayett© leur a conquis l'indépendance et elles en ont perpétué le souvenir en élevant à l'entrée de leur métropole la statue de la liberté. S'ils avaient 'regardé plus haut et plus loin, ce n'est pas la statue de la Liberté qu'ils auraient érigée dans le port de New- York, c'est la statue de la France elle-même !

(1) Imbart de la Tour.

" Nos pères furent des vaillants. Soldats et labonj:eurs, ils eurent tous les héroïsmes, liéroïsmies de tous ks jouns, les plus obeouTB comme les pilus méritoires, puisqu'ils n'avaient i>our théâtre que le coin d'une forêt ou les rives déserte© de nos rivières et de nos lacs et qu'ils ne se déployaient pas au grand soleil de la renommée. Leur fortune se poursuivit avec des vicissitudes diverses. Tour à tour envahisseurs ou envahis, retraitant devant un ennemi dix fois supérieur ou promenant, vainqueurs, Jteur glorieux drapeau, accablés par le nombre cette lutte gigantesque ne pouvait avoir qu'un épilogue tragique. Nous fûmes cédés à l'Angleterre ; le rideau tomba sur le premier acte de ce grand drame qui s'est déroulé sur la terre canadienne et, suivant la parole de notre poète national :

" Et notre vieux drapeau trempé de pleurs amers, *' Ferma son aile blanche et repassa les mers,''

" De ce moment, la vie du peuple canadien se transforme. Elle avait été guerrière, avantureuse, émiettant son activité sous mille et une formes ; elle se concentrera désormais sur un objet unique : la terre. Ils avaient été trappeurs, soldats, découvreurs, ils se font paysans et, confinés dans les campagnes, près de l'égliee paroissiale, ils dérobent à l'avidité et à la morgue du conquérant le patrimoine des aïeux. Pendant trois longues années ils espérèrent le rétablissement de la suprématie française. Qu'ils furent tristes pour nos pères ces jours de la fin du siècle dernier, écrasés sous la main de fer de cette bureaucratie qui s'était abattue sur la colonie comme une volière affamée et qui nous était venue des rives d'Albion, la haine au cœur et le vœ victis sur les lèvres ! Que de fois le vétéran canadien ne répéta-t-il pas avec le poète : *' Ne reviendront-ils jamais ! " La vague mugissante porta sur sa crête d'azur plus d'un pleur aux rives de la France, mais le traite de Paris fit tomber la dernière illusion et le sort du Canada fut irrévocablement fixé.

" Le paysan français s'attache au sol : cet amour devait Id sauver. Prive de tout appui, abandonné de la noblesse, de la bourgeoisie, de ®e& classes dirigeantes en un mot, il vécut en quelque sorte de la vie végétative, jusqu'au jour où, de ses rangs, s'élevèrent les défenseurs de ses droits opprimés. C'est dire que l'œuvre du irelèvement de la race française en Amérique a été toute démocratique ; ce sont des fils du peuple, issus de la sainte et forte race de noa campagnes qui ont opéré le prodige de faire reconnaître au vainqueur les diroits du vaincu. Mais quoi ! nous avons même vu lors de nos grandes luttes constitutionnelles les descendants de quelques rares famille nobles restées au Canada faire cause commune avec l'ennemi. Il était de bon ton de se ranger du côté de l' Anglais qui contrôlait les emplois et les honneurs, contre le brave petit peuple de plébéiens qui combattait pour sa foi, sa lamgue, ses institutions, pour le précieux héritage de ses pères. Ils eurent des places. Si vous venez chez nous, ei vous parcourez nos campagniCB et si vous entendez tomber de la bouche d'un vieux paysan le mot de bureaucrate, me vous étonnez pas de l'amertume de son accent, ni du mépris qui plisse sa lèvre». Ce mot leprésente un demi^iècle de rancunets-, il exprime la haine, le dégoût du patriote contre les misérables qui se sont faits les instrumenta d'oppresgian de leur race. Car nous avons été opprimés. Les conquérants commirent l'heureuse faute de chercher à ravir tout ce qui nous était cher. Au lieu de nous envelopper d'une hypocrite sollicitude, de nous endormir dan^ une quiétude trompeuse, ils attaquèrent^ au mépris des traités, la neligion nationale ; ils eurent l'orgueilleuse présomption de faire disparaître la langue française, la belle langue française, si noble, si éclatante, foimôe des sauvages beautée de la Gaule, de la grâce exquise de Virgile et de l'inunortelle poésie du chantre de l'Illiade ; cette langue française qui est la plus belle expression de la pensée philosophique, la langue de la dip^lomatie, des cours, des académies,

cette langue dont la civilisation voue a confié le dépôt, à qui voua donnez chaque jour un renouveau de vitalité et de splendeur, cette langue que nous possédons bien imparfaitement, mais que nous aimons autant que vous, mes frères de la vieille France.

" Le Père Charlevoix, le plus ancien hie/torien du Canada, dans ses commentaiies généraux sur le tempérament des premiers colons, remarque l'élévation de leur taille, leurs belles proportions physiques, maie il ajoute qu'ils font de mauvais valets, ayant le cœur trop haut. Messieurs, tout le caractère est là, et la toute puissante Ang'leterre en fit l'expérience quand elle voulut les réduire en vasselage. Par la constitution de 1793, la province de Québec avait été dotée du régime parlementaire. Oh ! nous sommes encore bien éloignés de Pindépendance que le pacte conf édératif nous a depuis as^ surée.

" Oe n^était qu'un timide essai, toujours contrarié par la mauvaise volonté des gouverneurs et par l'insolence de la bureaucratie. La lutte se poursuivit sur le terrain constitutionnel jusqu'au jour où, fatigués de cette longue suite d'injustices, révoltés de cette outrageante violation des traités, exaspérés d'être esclaves dans un pays que leurs pères avaient découvert et fécondé de kur sang, ils prirent les armes et denandèieait à la force ce que le droit avait été impuissant à leur donner. On a blâmé l'insurrection de 1837. On a dit que c'était un acte de folie. C'est être fou, en effet, que de troubler le repos des jouisseurs, que de combattre sans armes, sans munitions, sans alliance au dehors^ la toute puissance d'une grande nation ; c'est être fou que de mourir sans espoir pour la liberté, mais c'est la folie du sacrifice, c'est la folie de la gloire, c'est la folie qui a édifié tout ce qu'il y a de noble et de véritablement grand dans l'humanité. Ceux qui ont le plus violemment attaqué Papineau ont acclamé l'œuvre <de Washington. Pourtant les griefs de la Nouvelle-Angle-

terre se réduisaient à une question fiscale ; les nôtres se rattachaient à tout ce qu'il y a de- sacré pour une nation. Aussi personne chez nous ne s'y est trompé et, depuis les origines de notre histoire, aucun homme n'est descendu aussi profbndément dam© l'amourr du peuple, du vrai peuple, de l'ouvrier des villes comme du paysan des campagnes, et, dans nos fêtes nationales, dans oes grandes revues des gloires du passé, c'est pon nom, son souvenir, sa mémoire qui remue le plus vive^ ment les fibres patriotiques de la nation.

" D'ailleurs, mesisieurs, l'insurrection portait la question canadienne sur un théâtre agrandi. Les Communes anglaises s'émurent de cet acte du désespoir. Des hommes d'Etat vraiment libéraux entreprirent la défense des opprimés, dévoilèrent et dénoncèrent la tyrannie de© pro-consula et bientôt notre pays recevait une nouvelle constitution législative qui, dans la pensée de quelques-uns de ses aut<?uTs devait annihileir Finfluence française au Canada, mais qui, heureusement, portait en germe la reconnaissance de tous nos droits civils et politiques.

" Ce fut principalement sous la direction de deux hommes, que s'accomplit» cette révolution pacifique. Lafontaine, un Canadien-français, et Baldwin, un Canadien-anglais, coalisèrent les meilleurs éléments des deux raceei ict, de cette union, comme d'une source féconde, jaillit la prospérité matérielle et surtout la pacification des esprits. La période qui s'est écoulée de 1840 à 1867 est incontestablement l'une dea plus importantes de notre histoire. La reconnaissance officelle de la langue française dans les Chambres, devant les tribimaux, dans la littérature politique et administrative ; l'abolition des lois de navigation et l'ouverture de nos routes fluviales ; l'organisation de notre système municipal avec J'autonomie des communes ; l'abdition de la tenure seigneuriale, qui avait été un merveilleux outil de colonisation au début de la colonie, maie qui ne répondait plus au besoin et

aux aspirations de 'l'époque ; l'éclosîon d'un esprit public plus libéral, l'apaisement des querelles religieuses et des haines nationales préparèrent le Canada au pacte confédératif qui a véritablement créé la nation canadienne. La constitution de 1867 reconnaît à la province de Québec une autonomie absolue.

" Notre législature provinciale exerce un contrôle exclusif sur nos lois civiles françaises, sur notre organisation paroisr siale, sur notre législation scolaire, sur toutes les questions^ en un mot, qui touchent de près ou de loin à notre avenio:* conmie nation. Nous sommes effectivement indépendants et, si VOUS! songez que nous frappons d'un même droit d'importation les produits d'Angleterre et ceux des autres pays, vous admettrez que le lien qui nous unit à la Grande-Bretagne est im lien nominal. Ah ! messieuirs, vouts ne sauriez concevoir l'étendue de nos franchises. Si. vous assistiez à l'une de nos grandes cérémonies religieuses ou à l'une de nos fêtes nationales, vous vous croiriez transportés au cœur de la France. Le drapeau tricolore flotte au-dessus de nos têtes, des orateurs iirançais exaltent les gloires de la patrie française, sans que nos compatriotes d'une autre langue s'en scandalisent ou même s'en étonnent. Ils nous respectent d'autant plus que nous affirmons avec plus de force notre sang et notre origine. I

" Je vous ai parlé de l'insurrection de 1837.

"L'un des chefs de la révolte, je pourrais dire l'âme du mouvement militaine, fut l'héroïque Chénier qui mourut les armes à la main dans le cimetière de St-Eustache. La nation française lui devait un monument et ce monument au rebelle, nous l'avons élevé, par souscription nationale, sur l'un des grands boulevards de Montréal, la ville la i^lus anglaise de notre province. Messieurs, que pensez-vous de ce trait de Ubéralité ?

" Le 24 juin 1896, la foule se pressait aux abords de notre Palais Législatif à Québec, pour assister à l'inauguration de

la statue du chevalier de Lévis. Tout ce peuple était enthousiaste, délirant, cair il aime à acclamer ce nom populaire entité tous, ce nom qui sonne à ses oreille© comme une f anfaire guerrière, qui évoque les souvenirs de Fépoque héroïque de notre histoire, qui rappelle le geurrier qui espéra contre toute espérance, et qui, lorsque tout était perdu, jetait sur le champ de bataille de Sainte-Foye, un défi à la destinée mal^ heureuse, et de ea main puissante enchaînait une dernière fois la victoire -au drapeau de nos pères. Notre culte pour le chevaL'er de Lévis se comprend, car si d'autres combats ont été plus fructueux pour nos armes, aucun ne remue plus vivement la fibre nationale, parce que cette dernière victoire nous vengeait en quelque sorte de la défaite des plaines d'Abraham ; parce qu'elle ennoblissait en quelque sorte ceux qui allaient passer sous le joug de l'étranger ; parce qu'elle faisait voir que les fils de tant de gloires n'étaient pas dégénérés, que ceux qui alkient changer d'allégeance étaient une race malheureuse mais fière, vaincue mais indomptée. Eh ! bien, Messieurs, quels sont ces hommes que j'aperçois sur l'eistrade et qui dominent la foule ? C'est le consul-général de France, c^est Monsieur le marquis de Lévis et sa famille, descendant du grand guerrier et, à leur côté, Lord Aberdeen, le gouverneur-général du Canada, le représentant de Sa Majesté Britannique. Par une de ces délicates attentions, et qui nous rendent si chers nos liens politiques, il avait voulu s'associer à cet hommage au vaillant capitaine, au vainqueur des armes anglaises ! Comment, Messieurs, pourrions-nous ne pas chérir un régime politique qui, loin de comprimer, active les plus nobles aspirations du cœur humain.

" Oui, Messieurs^ depuis le jour où Champlain fit naîtrie la Nouvelle-France aux rives du St-Laurent, nous avons fait une longue route. Aujourd'hui nous donnons l'exemple d'un peuple florissant, pacifique, respecté au dehors sous le pavillon d'un.gp'and peuple, épanchant dans ses vastes solitudes

le flot tranquille de sa population, religieux, sans donner à aucun culte l'exclusion ou la prépondérance, présentant au monde le drame vivant de la liberté la plus absolue sous Tégide et le contrôle des lois. La semence est faite, la vaste machine de notre organisation eociate est complète ; notre pays est préparé pour ce voyage slvl long cours, où doivent se dévoiler, suivant la parole de Lacordaire, les îles fortunées de Pflvenir.

" L'avenir ! il serait plus que téméraire de chercber à soulever le voile qui le dérobe à nos regards. Mais le continent américain doit-il ee développer, franchir et remonter le fleuve de la civilisation dans l'homogénéité d'une seule et grande nation ? Des vpix autorisées ont depuis longtemps répondu à cette question. Un grand penseur a dit que la nature et l'hietoire se réunissent pour établir qu'une grande répu- Miqu© indivisible est une chose impossible. Dans tous les cas, il est permis de croire que, réalisant les appréhensionfi de son fondateur, l'illustre Washington, le colosse américain croulera et que trois ou quatre grands Etats e'élèveiront sur ces ruines.

'* En présence de cette éventualité, il est permis, à quiconque connaît les tendances de la race allemande et la position qu'elle occupe en Amérique, de prédire qu'un empire allemand surgira dans la vallée du Mississipi qu'elle contrôle déjà par sa l"angue, sa littérature et son influence sur les affaires publiques.

" Cet -empire naissant aux rives du Mississipi ne vous faitil pas rêver à un autre empire se déployant sur les bords du St-Laurent, jouant sur le continent américain le rôle de la France en Europe ; pays de civilisation et de liberté, pays généreux prêt à combattre pour un grand principe ou pour la défense d'une sainte cause ; faisant éclore les plus belles fleurs de l'art, les plus beaux fruits de la pensée, manifestant

dans le Nouveau-Monde les initiatives fécondes et les vertus brillantes de Tâmie françake ? C'est un rêve, je te sais, un rêvo ambitieux, mais l'un de vos grands écrivains l'a dit : " Tout ce qui a été fait de graoïd dans le monde a été fait au nom d'espérances exagérées." C'est un rêve, mais j'ai foi dans ce rêve parce que j'ai foi dans la vitalité de notre peuple, parce que je crois qu'il a conservé intacte la racine morale de sa puissance et ce potins 7ncri qiiam fœdari qui Ta sauvé au jour du danger et des défaillances nationales.

'' Pour le moment, nous poursuivons notre carrière, partagés entre deux sentiments : notre affection pour la France et notre reconnaissance pour l'Angleterre. La province de Québec a une fière et noble devise : ^' Je me souviens ". Elle se souvient de son origine, du grand et beau pays qui a protégé son berceau, des sacrifices qu'elle a inspirés, du sang qu'elle a fait vei^cr ; elle suit amoureusement du regard te marche glorieuse de la France à travers le monde, se réjouissant de ses triomphes, compatissant à ses défaites, car jamais, oh ! jamais nous n'avons senti comme nous vous aimions que lOiPsque l'ange de Ja douleur est venu s'asseoir à votre foyer. Avec vous nous avons pleuré sur des malheurs immérités : avec vous nous avons gémi lorsqu'un vainqueur impitoyable a violemment arraché des bras de la France les deux filles de sa pensée, l'Alsace et la Lorraine, toujours aimées, jamais oubliées.

"Mais ia province de Québec ise souvient aussi de ce qu'elle doit à l'Angleterre. Elle ne saurait oublier qu'après bien des luttes, il est vrai, après un siècle de revendications constitutionnelles, la raison supérieure de ses- hommes d'Etat lui a assuré la reconnaissance complète de ses droits civils et politiques. C'egt ce double sentiment, cette qualité d'affec-

tion que notre ]>r€niier ministre, M. Laurier, exprimait excellemment, l'an dernier, à Paris, par ce vers de Victor Hugo :

" Fidèle au double sang qu'avaient mis dans ma veine " Mon père vieux soldat, ma mère vendi^enne ! "

'' Comme je l'ai dit, il y a un instant, nous élèverons bientôt à ('hamplain un monument digne de sa mémoire. Une Djation doit pleurer sies morts et, quand une vie a été toute donnée à la i)atrif^, il faut en rappeler le souvenir. Le souvenir retient ce qui échappe, rend présent ce qui est passé, fait revivre ce qui n'est plus. J'entends le souvenir, non d'une heure, non d'un jour, mais le souvenir des siècles, le souvesnir de l'histoire, qui recueille les grands dévouements, les grave» sur le marbre ou le bronze pour les transmettre jusqu'aux générations les plus reculées. J'ai cru qu'en ce jour il serait éminemment convenable de rappele-r la; vie de Champlain et àe dire ce qu'est devenue son œuvre-, afin de lui rendre cet hommage suprême que Tacite réclamait pour les grands citoyiens : " Non des louanges, mais une fidèle imitation de leur conduite."

"Puis, M. Gaston de Eaime vient réciter une fort belle pièce de vers, couverte de bravos, oii il célèbre les gloires de aa ville natale

te

Cette patriotique fête s'est terminée par cette belle poésie.

" Pendant le banquet, comme pendant toute cette journée, n'a cessé de régner l'entrain le plus cordial. Normands et Canadiens étaient déjà, non seulement des compatriotes, mais encore des amis.

" Le " Vieux Honfleur " est désornuda cher aux (^anadienfl comme aux Normands.

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