‹ Inauguration du monument Champlain à Québec le 21 septembre 1898Chapitre 15 sur 51 · FÊTES CÉLÉBRÉES A HONFLEUE, LE 14 AOUT · texte numérisé non relu

FÊTES CÉLÉBRÉES A HONFLEUE, LE 14 AOUT

'^ La fête donnée le 14 août, à Honfleur, en l'honneur de

l'honorable M. Turgeon, (2) la réoeption j5aite par la ville au ministre de la colonisation, toutes I«es manifestations organisées par le " Vieux Honfleur, " ont été vraiment dignes du grand nom de Champlain, sous l'égide duquel elles étaient placées. Le spectacle qu'a offert, durant tout ce jour la vieille ville, chère à nos souvenirs, aux yeux des représentants canadiens, les a profondément émus ; ils ont vraiment senti battre te cœur de la vieille Normandie, ils ont vu se» rouvrir la source jamais tarie des grands souvenirs patriotiques»

" J'aurais voulu que tout Québec fut là avec nous, il se serait reconnu dans l'a ville-ancêtre. C'était Honfleur, c'était

(1) Paris-Canada, No. du 1er septembre 1898.

(2) Extrait des procès- verbaux du comité du monument Champlain. Séance du 21 mai 1898.

" Le président donne lecture d'une lettre de M. J. Soudan de Pierrefitte, en date du 24 avril 1898 demandant la permission de faire exécuter par M. Chèvre une réduction de la statue de Champlain qui serait déposée au musée des marins illustres, à Honfleur, en France, au cours des fêtes publiques qui auront lieu dans eette ville, de manière à coïncider avec l'inauguration du monument de Québec.

M. de Pierrefitte demande aussi l'envoi d'un délégué à ces fêtes pour représenter notre comité.

Le Président informe le comité que l'honorable M. Turgeon sera en France, à cette date, et suggère qu'il lui soit demandé de vouloir bien nous représenter à ces fêtes comme délégué du comité Champlain, ce qui est adopté unanimement sur proposition de Mgr Laflamme appuyé par l'honorable Pierre Gameau.

Le comité autorise M. le président à donner à M. Chevré, à Paris, la permission de faire cette réduction de la statue de Champlain tel que demandé par M. Soudan de Pierrefitte, de Honfleur, et M. le président est chargé de faire part à ce monsieur de la décision du comité."

C'est ici le lieu de dire que l'honorable M. Turgeon avait accepté la charge de délégué du comité et l'on voit avec quel éclat et quel succès il sut s'en acquitter.

n convient de dire aussi que la réduction demandée de la statue de Champlain a été faite et déposée dans le musée de Honfleur.

aufiBÔ. Québec, ttnîa pam l'histoire et ûuasi par un aspect extérieur qui semble s'être modelé sur ume €«itière ressemblance morale. Les deux villes se ressemblent sângulièremieint : cela nous a tous frappés et réjouis. Il y a des affinités qui se révèlent par une ressemblance qui constiute comme un air de famille.

" M. Hector Fabre, commissaire-général du Canada, était depuis la veille l'bôte de M. Soudan de Pierrefitte. A la descente du bateau du Havre, vers les onze beures, il présente au ministre les membres du comité du " Vieux Honfleur ".

"M. Turgeon est accompagné de M. Ph. Corriveau, avocat de la municipalité de Québec, M. Paul Fabre, secrétaire du commissariat du Canada, M. Paul Chevré, statuaire du monument Cbamplain.

" M. le colonel Lachèvre souhaite la bienvenue» à M. Turgeon en des paroles empreintes de la plus cordialei sympathie ; puis le cortège se met en marche vers l'Hôtel-de^ Ville par les rues pavoiséee de drapeaux. H faisait un soleil radieux et la ville entière avait piis un air de fête et de joie.

A l'hOTEL-DE- VILLE

" A Pentrée de l'Hôtel-de- Ville, la Société Philhlarmonique joue " Vive la Canadi'emnie."

" La Toception officielle a Keu dans lia salle des fêtes.

^^ M. Paul Dumont, premier adjoint, prononce les paroles suivantes :

"Monsieur le ministre,

" En l'absence de M. le maire, qui est souffrant et retenu à sa chambre, et au nom de la municipalité de Honfleur, j'ai l'honneur de vous souhaiter la bienvenue dans notre ville.

" Les sympathies de la France pour le Canada sont particulièrement vivaces parmi les habitants de notre vieilSe cité, dont les lancêtres ont contribué, avec Champlain, à la fondation de Québec.

'^ Anasi, yous pouvez être Ba&xaéj monsieur le ministre^ que vouB trouverez partout ici l'accueil le plus a£Eectueux et le plus cordial. "

"M. Dumont a présenté ensuite au ministre les divew corps et sociétés. Après les préeentations, M. Tuigeon a pris la paroAe en ces termes :

"Monsieur le maire-adjoint,

"Je vous remercie de vos cordiales paroles de bienvenue. Inutile ide vous dire, n'est-ce p^ le plaisir que nous ressentons, mes compiagnons de voyage et moi, à fouler le sol de la ville qui», de toute la côte normande, est le plus chère à nos cœuiB canadiens. Nous savons que Honfleur fut une grande vODe maritime et que ses marins ont ?>illonné toutes les mers du globe. Pour parler plus spécialement du Canada, c'est ici que Champlain s'est embarqué plus d'une fois pour le Xouveau Monde ; c'est ici qu'ont pris passage la plupart des familles qui ont fait souche au Canada. Bien avant Champlain, avant Jacques Cartier même, un Honfleuraie, Jeian Denis, remontait le golfe Saint-Laurent et découvrait Terre-Neuve. C'est ici que de iïonts, Roberval, ïe marquis de La Roche ont recruté leurs téméraires compagnons de voyage. Bref, c'est votre ville qui a le plus puissamment contribué à la fondation de la NouveJle-France, qui est devenue une grande nation que le sort de la guerre a fait passer sous le drapeau d'un autre pays, nmis qui est restée fnmçaise de cœur, de langue et de traditions. (Applaudissements.)

" Tout bon musulman vient, au moins une f oi^ dans sa vie, faire le pèlerinage de la Mecque. C'est la suprême ambition de tout Canadien de faire le voyage de France, et pc/ur moi qui rais Xormand, le voyage eût été incomplet et le but que je poursnis mal réalisé, gd je n'avais vu la Xormandie, î»i belle sous ses aspects variés, si riche par ses so-nvenir?. historiques. (Bravos,)

'* Je saîs qu'à deux pas d'ici je pourrai voir Beaumont. Ce nom ne vous dit peu^être rien ; mais, pour moi qui suis natif de Beaumont, une petite commune à 15 kilomètres de Québec, où ont constamment résidé et où reposent tous mes ancêtres depuis au-delà de deux siècles, vous ne sauriez croire le plaisir que j'éprouverai de voir l'endroit qui a donné son nom à ma paroisse natale. (Applaudiesements.)

*• M. le maire-adjoint, je vous remercie de votre bienvenue, je remercie les citoyens et les délégués des sociétés qui m'ont fait l'honneur de vcaiir ici-, et je puis vous aifeurer que mon passage parmi vous restera comme l'un des souvenirs les plus agréables de ma carrière. Pour en perpétuer la mémoire, pour créeir un nouveau lien d'affectioni entre la i>atrie norni:ande et le pays canadieai, je vais, par un télégramme daté de votre viBle, faire donner au dernier canton créé dains la province de Québec, le nom de la ville de Honfleur. (Applaudissements prolongés.) "

"' Tout ce petit discours dit sur un ton excellent, avec autant de dignité que de chaleur, produit sur l'auditoire un effet très grand. C'eist avec une véritable émotion qu'on écoute les dernières paroles du ministre annonçant qu'il donne le nom de Honfleur à un canton canadien. Cette émotion grandit et gagne la foule lorsqu'à la sortie M. Boudin lui fait connaître l'heureuse pensée du ministre.

" Avant de quitter la salle, on sert le Champagne. M. Turgeon lève son verre en l'honneur de la ville de Honfleur, et les assistants, de leur côté, vident leurs coupes en l'honneur de Québec et de Champlaim.

" Un détail charmant. Après te discours de M. Turgeon, un vieux brave, le père D<avid, dit père Bon Dieu, la poitrine constellée de médailles, s'avance vers lui, tenant d'une main son verre de Champagne et de l'autre le drapeau de la Société des Marims dfe Honfleur, dont il est l'un des doyens :

"A votre santé, monsieur le ministre, dit-il, et à la santé de ceux de là-bas." " Ceux de là-bas" est vraiment joli, nous disait M. Le Clerc, et cela veut dire les nôtres, nos gens de là-bas. »i

" Au dehors, la " Philharmonique " joue " Vive la Canadienne, " la " Marseillaise, " " J'irai revoir ma Normandie," qu'on écoute la tête découverte. H y a là um moment de grande émotion populaire : les oris de " Vive le Canada, " " Vivent «les Normands du Canada ! " sortent de toutes les poitrines. Selon lexprets&ion de notre confrère de UEcho Honfleurais : Massé sur les marches de l'Hôtel-de-Ville, le comité du Vieux Homfleur forme dans le soleil et les drapeaux un groupe imposant que domine la haute taille de M. Turgeon acclamé de toutes parts. "

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