‹ Inauguration du monument Champlain à Québec le 21 septembre 1898Chapitre 2 sur 51 · HISTORIQUE DE L'ÉRECTION DU MONUMENT CHAMPLAIN · texte numérisé non relu

HISTORIQUE DE L'ÉRECTION DU MONUMENT CHAMPLAIN

Les moniunents surgissent à leur heute, un peu comme nous mourons à la nôtre.

Tout le monde y pense, personne n'ose en parler, de peut qu'on ne lui dise : perge sequar,

TJn beiau matin, le projet, qui existait partout à l'état latent, se fait jour ; et on test tout étonné d'avoir pu vivre sans ce monument. Souvent c'est un pur hasard, une coïncidence quelconque, un jeu des circonstances, qui a suffi pour mûrir ee germe resté si longtemps inerte.

Quand cet hommage solennel d'une ville, d'un pays se fait attendre, cela ne veut pas toujours dire que la patrie oublie ses hommes illustres ; c'est quelquefois parce que, les voyant revivre dans tous les cœurs par le souvenir de leurs actions éclatantes, elle ne se presse pas de transmettre leur mémoire à la postérité.

De nos jours, on veut réagir contre cette sage et grave lenteur à élever diee monumente. Et de fait, les statues sont devenues des choses pariSaitement banales.

A Québec, nous avons une prédilection pooir le vieux genre, c'est-àrdire pour le genre discret, nuancé, qui nous vient de la mère-patrie, de cette France qui n'a élevé qu'en 1866 une statue à Vercingétorix, le dernier représentant de la nationalité gaulodâe.

Le nom de Champlain n'était pas au milieu de nous celui d'un inconnu. Dans la plus petite classe de nos écoles primaires, les enfants balbutient son nom avec respect, de même qu'aux fêtas nationales, la mémoire de Champlain reçoit toujours, dans les discours patriotiques de nos orateurs, un large tribut d'admiration et de reconnaissance.

C'est à Québec, et grâce à la vigueur et à la constance d'un prêtre du Séminaire de Québec, M. Laverdière, que les ^^ Œuvres de Champlain " furent rééditées d'après l'édition originale, avec un luxe typographique inouï chez nous. Par cette entreprise colossale, qui mettait entre les mains du public une source historique menaçant de se tarir, M. Laverdière avait élevé un premier monument au voyageur illustre que la ville de Québec est fière d'avoir pour fondateur. (1)

H y avait bien aussi à Québec un quartier Champlain, deux rues, dont l'une portait le nom de Champlain, l'iuitre celui de Petit Champlain, ainei qu'un marché Champlain, Mais il n'y avait pas de statue !

Il semble qu'en 1808, lors de la célébration du deuxième centenaire de la fondation de la ville de Québec, c'eût été Tnie belle occasion d'élever un monument à Champlain. Maia

(l) Œuvres cU CAamp/atn— 6 yolumes, publiés en 1869, Desbarats» impri- «eur, Québec.

à cette époque, on le sait, toutes les forces vives de la nationalîté canadienne-française étaient absorbées dans la revendication des libertés religieuses et civiles et dans la défense du bel héritage de Champlain.

UAbeUUy publiée au Petit Séminaire de Québec, dans son numéro du 2 janvier 1851, terminait une esquisse biographique de Champlain par ces paroles : " Le vieiteur, surpris de ne trouver (à Québec) auicun monument qui lui rappelle ce grand nom, ne isait trop s'il doit attribuer cela à l'oubli ou à l'ingratitude ; car, n'en doutons pas, cet homme mérita qu^on fît pour lui ce qu'on «a fait pour les Wolf e et les Montcaluj. " ,

Il paraît que vers 1850 (1), il fut assez sérieusement question d'élever un monument à Champlain ; mais on recula devant le chiffre des dépenses à faire.

M. l'abbé H.-E. Casgrain raconte dans la lettre suivante l'histoire d'un projet rendu public en 1867, qui semblait à première vue très sérieux, mais qui finit, comme dit le poète, en queue de poisson.

Québec, 21 septembre 1898.

M. L.-J. Demebs,

Propriétaire de L^ Evénement,

Québec.

Mon cher monsieur.

Vous me demandez si je puis vous dire à quelle date remonte le premier projet d'un monument en l'honneur de Champlain, à Québec. Je ne saurais vous répondre ; mais voici quelques renseignements positifs à ce sujet, qui pourront vous être utiles. Au cours de l'été 1867, je reçus une lettre d'un statuaire de Paris, nommé M . Louis Rochet, dans laquelle il offrait de faire une statue de Champlain pour Québec, à la seule condition qu'on lui payât la valeur du bronze. M. Rochet ajoutait qu'il espérait se dédommager par la réputation que lui attirerait l'érection de ce monument en Amérique. Cette proposition paraissait fort séduisante, et je m'empressai d'écrire à M. Gustave Bossange, alors agent du Canada à Paris, avec qui j'étais en relation, pour lui demander des renseignements sur M. Rochet, et sur le prix que coûterait le bronze. Voici la réponse que me fit M. Bossange :

(1) Voir le Québec M<yming Chronidt du 13 décembre 1890, et la Gcutette, de Montréal du 21 septembre 1898.

" Paris. 27 décembre 1867.

** Mon cher monsieur,

" Je me suis occupé de rechercher des renseignements sur M. Louis Rochet, statuaire, et ils ont été satisfaisants. C'est un homme de mérite, et son talent ui a valu plusieurs décorations.

'* Une fois ce premier point éclairci, je me suis abouché avec M. Rochet et, après plusieurs entrevues, je l'ai amené à m'écrire une lettre et à me remettre diverses photographies spécimens de ses derniers ouvrages. Lettre et photographies vous parviendront par l'entremise de M. P. -A. Murphy, négociant, à Montréal.

'* Je prendrai la liberté de porter les frais de port à votre compte.'*

Peu de temps après, je reçus les photographies qui me parurent témoigner d'un beau talent. M. Hochet réitérait ses ofifres, mais sans indiquer le prix que coûterait le bronze de sa statue. J'en écrivis de nouveau à M. Boesange, insistant sur l'impossibilité de ne rien proposer sans être ûxé sur le prix. Enfin, après bien des délais et des hésitations, M. Rochet répondit que cela reviendrait à la somme de '* trois cent mille francs ! ! ! " Vous devinez ma réponse. M. Rochet en fut de fort mauvaise humeur. La conclusion de tout cela fut que j'eus à remettre à M. Bossange le prix des photographies de M. Rochet, cinquante francs ($10).

Ce fut là ma première souscription pour le monument de Champlain.

D a été souvent question depuis de ce projet ; mais ce n'est que dans ces dernières années qu'il a été sérieusement discuté.

Bien sincèrement à vous.

H.-R. Casorain, Ptre.

Pourtant ce projet avait été soumis gravement aux délibérations die notre Conseil-de-ville, ainsi qu'il appert au procès-verbal de la séance tenue le 6 septembre 1867, d'où j'extraie l'entrée que voici :

"Présenté une lettre de M. Louis Kochet, de Paris, France, offrant d'exécuter une statue monumentale à Samuel de Champlain, fondateur et premier gouverneur de Québec."

"Kenvoyée au comité des finances."

La lettre s'en alla au comité des finamces^ et. . . . aa n'en entendit plus parler.

Peut-être que la lettre ci^eesus de monsieur Pabbé Cash girain est une explication satisfaisante du silence qui n'a jamads été rompu sur te projet de monsieur Eochet.

A une séance de la " Société Littéraire et Historique de Québec", tenue le 9 avril 1879, Monsieur J.-M. LeMoine soumit le projet d'élever une statue ou un monument à Samuel de Champlain. La proposition fut approuvée, mais on ne fit rien de plus, (a)

Vers 1889, pendant qu'on discutait la question du site du monimient Short- Wallick, quelqu'un suggéra l'extrémité nord de la Terrasse. Aussitôt, le joumai L'Electeur prit feu, et, dans un article inspiré par un homme de cœur, demanda en grâce de conserver cet endroit pour y élever un monument à Champlain. La protestation produisit son effet et fut écoutée.

Il était réservé à la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec de remettre sérieusement la question sur le tapis, en 1890, et de provoquer les démarches nécessaires pour assurer le succès.

Le 16 octobre 1890, M. J.-B. Caouette, président-adjoint de notre Société, proposait et faisait adopter au comité général de régie de cette Société une résolution dont il avait donné avis le 27 d'août précédent, et qui se lisait comme suit :

"Que la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, voulant continuer l'oeuvire qu'elle a entreprise en 1855, de rappeler par des monuments la mémoire des Canadiens-français qui

(a) Les notes dont les renvois sont indiqués en lettres petites capitales se trouvent à la fin du volume, sous le titre Appendice.

ee sont distingués par leurs talents, leurs vertue et leur par triotîsme, décide d'ériger un monument ou une statue sur une de nos pla>ces publiques, à Pillustre fondateur de cette ville, Samuel de Champlain. Mais comme les moyens de cette Société sont très restreints, elle prie Son Honneur le Maire et messieurs les miembres dn ConseiWe^\Tille de Québec, d© bien vouloir voter une partie de la somme, ou plutôt toute la somme nécessaire pour payer le coût de ce monument ou statue qui serait inauguré par la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, lors de la célébration de ses noces d'or, en 1892 ;

" Que copie des présentes soit transmise à Son Honneur le Maire, le priajnt irespectueusement de les soumettre sous le plus court délai à la bienveillante considération de nos édiles, à qui reviendrait toute la gloire de cette entreprise patriotique, dont la réalisation réjouirait tous les citoyens de Québec. ''

Cette proposition de M. Caouette n'était pas seulement l'explosion subite d'un sentiment noble et généreux, mais elle était le fruit d'une pensée mûrie de longue main avec tonte la réflexion d'un esprit sérieux, mû par le plus ardent patriotisme.

En effet, dès le 4 mars 1890, il avait écrit à »?honorable M. Mercier, premier ministre de la province de Québec, une lettre motivée, plus tard suivie d'une seconde en date du 21 d'août 1890, dans lesquelles il exposait son projet avec une ardeur et une éloquence qui lui valut deux réponses des plue encourageantes de l'honorable M. Mercier. (1)

Le mouvement patriotique inauguré en 1890 par la Société St-Jean-Baptiste de Québec, sur l'initiative de M. Caouette, devait avoir les pins brillants résultats.

(1) On trouvera ces lettres dans le 3e volume des Annales de la Société et- Jean-Baptiste de Québec, maintenant en voie de publication.

Tout rautamne de 1890 est rempli par les réumons de comités^ les afisemblées de citoyens et la formatioiii d'une organisation sérieuse et permanente en vue de réaliser la grande et noble pensée d'homorer enfin d'une manière digne de lui Pillustre fondateur de Québec.

La Société niationale des Canadiens-français comprit dès lors qu'il ne fallait pas circonscrire Fentreprise à une seule race, et qu'en y associant tous les citoyens, sans distinction de nationalité, le piédestal de Samuel de Champlain n'en serait que plus large et plus grand.

Il y eut d'abord, le 9 décembre 1890, une nombreuse assemblée du comité d'organisation, nommé par la Société Saint-Jean-Baptiste, pour élever un monument à Champlain. Dane cette assemblée, présidée par M. J.-B. Caouette, alors président-adjoint de la Société Saint-Jean-Baptiste, il fut ^/Eésolu :-7-De faire signer par les citoyens une requête à Son Honneur le maire de Québec, le priaflit de convoquer une assemblée publique, pour aviser aux moyens à prendre pour assurer l'érection d'un monument à Samuel de Champlain, fondateur de la ville de Québec. "

Cette requête fut signée avec empressement par un grand jiombre de citoyen©, nuis présentée au maire d'' alors, M. J. Frémont, qui convoqua aussitôt une assemblée publique pour le 13 décembre, à l'Hôtel-de-Ville.

Au jour fixé, l'assemblée des citoyene eut lieu, sous la présidience du maire. Les citoyens présents se constituèrent en comité générai, avec pouvoir de s'adjoindre d'autres personnes, et élurent leurs officiers comme suit :

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