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les forces de ce prédestiné d'une énergie capable d'héroïsme et d'invincible persévérance. Enfin, un vertueux amour pour l'Eglise et la Patrie l'anime, quand l'heiure a sonné pour lui d'accomplir ses destinées. " Quant à moy, proteste-t-il dans la préface de son troisième livre publié en 1619, j'ay faict eslection du plus fascheux et pénible chemin qui est la périlleuse navigation des Mers à dessein toutesfois non d'y acquérir tant de biens que d'honneur et gloire de Dieu pour le service de mon Roy et de ma Patrie. " Il avait déjà témoigné à la reine régente de son fervent désir " de faire fleurir dana la Nouvelle-France, le Lys avec l'unique religion catholique, apostolique et romaine. " Ce gi'and chirétien fut donc l'homme élu de Dieu pour établir en cette terre du Canada le berceau du peuple canadien-français.
'^ II choisit le lieu de l'étaMissement et ce choix fut providentiel ; il sanctifia le sol de la Nouvelle-France ; il a.mbitionna d'y fonder une colonie catholique et son vœu fut rempli ; ces trois actions constituent substantiellement l'œuvre de Champlain et le mérite religieux de sa vie.
" Qu'U est beau, mes firères, le patrimoine de nos pères ! Elle est magnifique la vallée du St-Laurent que Dieu donna à notne race ein héritage ! O Canada ! chantait l'un d!e nos poètes,
** Canada, plus beau qu'un rayon de l'aurore."
" Et moi, que dirai- je, celèbrerai-je ma patrie, l'abondance et la majesté de ses eaux ; l'enceinte vaste, l'encadrement de ses montagnes azurées ; la décoration séculaire de ses forêts ; ses plaines plantureuses ; ses saisons variées et salubres ! Champlain, explorant ce grand fleuve qui baigne le sol national plus heureusement, peut-être, que le Nil, la féconde Egypte, Champlain s'émerveillait : " Le pays, écrivait-il, va de plus en plus en s'embellîssant. . . plus nous allons en avant, plus
le pays est beau ! " Quand les Cartier, les Maisonneuve, quand les fils du patriarche d'Assise et les disciples de Loyola eurent connu cette terre du Camada, tous aussi bien que Champlain, pressentirent que ce territoire, comme la terre de France, serait le .lieu d'un peuple choisi ; unanimement, ils lui donnèrent le plu? liau des n'oans, un nom de prédilection au ciel, un nom cher au monde catholique, un nom révéré des vieilles nations, celui de France ; ce fut la France Nouvelle de l'Amérique ! Champlain avait visité maintes régions et particulièrement la délicieuse Acadie ; inspiré de Dieu, il choisit pourtant pour berceau du peuple qui allait raître, k promiontoire de Québec, si bien nommé le cap Diamant, châsse splendide préparée par la nature à servir au noble berceau ! Ici, «l'historien louera le coup d'oeil siir, le jugement sagace de Samuel de Chami^lain dans le choix qu'il fit du rocher de Québec, pour asseoir la colonie Érançaise. A cette fin, il célébrera et " le havre magnifique qui peut contenir les flottes les pluâ nombreuses " et ^^ le grand fleuve qui fournit une large voie pour pénétrer au centre de l'Amérique septentrionale " et le rocher inexpugnable, qui doit être *^ la clef de la vallée ", '^ la sentinelle avancée d'un empire français. " Ne nions pa3 les lumières du génie, mes frères ; cependant. Dieu " qui envoie du ciel, comme parle Bossuet, les généreux sentiments, les sages conseils et toutes bonnes pensées ", éclairait ce génie, en étendait les vues. Oui, élevons plus haut nos yeux, mes frères, et disons que Dieu guidait dans ce choix, notre fondateur : Dieu avait regardé avec complaisance le rocher de Québec et décn-cté d'y établir l'Eglise mère de la chré^tienté canadienne-française ; Dieu avait choisi ce rocher de Québec, conmie jadis le Mont Sion, pour établir le culte de Bom nom et la gloire de son Eglise : Quant elegit Dominus ut poneret nomen tuum ibi (III Beg. XIV).
" Ce n'était pas tout de bien choisir le sol de la patrie nouvelle ; il fallait le sanctifier.
" L'histoire sainte nous apprend que le Tabernacle que Jéhovah avait honoré de sa présence au désert, avait été dépose au temps du saint roi David chez un homme ve«rtueux qui s'appelait Obédédom. Le précieux dépôt fut pour ce fils d'Iaraël une source de prospérité et de bénédictions. Saintement avide des multiples faveurs qui accompagnaient le Tabernacle, David fit une grande solennité. Les lévites et les douze* tribus font retentir des psalmodies inspirées ; les encens jetés sur le feu des encensoirs embaument la voie publique ; le» fumées des holocaustes montent au ciel et au milieu de ces pompes sacrées, le iroi-prophète conduit l'Arche de l'Alliance dans <?a ville capitale, Jérusalem, et ce fut un bonheur pour Juda ! Mais combien plus sanctificateurs et plus tutélaires, mes frères, sont les symboles du culte chrétien ! Cartier avait commencé la sanctification du sol national en érigeant sur ce coin de terre que vous possédez, mes frères, la ciroix du Christ rédempteur, la croix, unique mais impérissable monimient que le navigateur malouin nous laissa de son passage ! Champlain couronna l'ouvrage commencé.
"H bâtit Pautel au pied du rocher de Québec. H avait compris que l'autel où le Christ a ramassé les trésors de la Eédemption est la pierre angulaire, l'assise principale d'un peuple qui veut vivre et prospérer ; qu'on ne met point prudemment ailleurs le fondement de nos solides espoirs : Nec enim àliud nomen est sub ctIo datum hominihiis in quo oporteat nos saJvos fieri (Act. IV). Plein de cette foi, Champlain érige l'autel sacrosaint, jette au-dessus poux l'abriter la voûte de la chapelle de Notre-Dame de la Recouvrance» Une famille religieuse l'entoure, encore par les soins de Champlain. Les disciples de Loyola prêchant à nos ancêtres
toute la doctrine de Notre-Seigneur Jésu&-Clirist, comme elle est contenue dans la Tradition et les Saintes Ecritures^ ûrent de nos pères des hommes de foi, de foi pure et éclairée ; ajoutant le prestige do Texemple à l'autorité du discours, les diflr ciples de Loycda rendirent populaires, par les leçons vivantea de leur vie, Tabnégation, la patience héroïque, la chrétienne pénitence ; ils firent de nos pères des hommes de mœurs austères et fortes. Ministère précieux dont nos pères remerciaient le ciel en attendant qu'il vint celui que Dieu devait faire le père de la chrétienté canadienne-française, le trèei pieux et immofrtel évêque, Montmorency-Laval.
^^ Enfin, l'ambition de Samuel Champlain, ai-je dit, était de fonder, dans la Nouvelle-Forance, une colonie catholique. L'heure est venue de transporter dans la vallée du St-Laurent les gens de îformandie et de Bretagne, d'Anjou et de Saintonge, pour y faire souches vivaces, foyers de patriarches. Vous nommez l'année 1608 ! Mes frères, vous vous trompez. Sous les lois François 1er, Henri III et Henri IV, les entreprises coloniales ont mal succédé. On s'est écrié : Malheur ! Infortune ! on se trompait. De Koberval, de la Eoche, de Monts, Champlain lui-mênuo — car au commencement, n'étant qu'un subalterne, il ne faisait pas ce qu'il voulait — jettent sur nos plages des colonies, où se rencontrent d'abord trop de repris de justice, plus taffd, nombre de Huguenots. L'ange du (Canada qui veillait sur notre berceau pour y mettre l'honneur et la religion, ne protégea pas ces colons qui n'avaient pas ou la foi ou les mœurs que le Ciel exigeait, et ces colonies nai»santes périrent misérablement. Non, mes frères, ne faites pas ejrreur : ce n'est vraiment pas en 1608 que le soleil éclaira le jour de notre naissance nationale, à nous, peuple canadienfrançais. C'est de l'essai colonial de 1632, que i'histonen Laverdière écrit avec vérité : " L'on peut dire qu'en cette annéelà, la Nouvelle-France, si cruellement éprouvée, prit comme une nouvelle naissance et se trouva bientôt assez forte pour
vivre de sa propre vie, au milieu de ces grandes forêts du ^ouvi^au MJondc ''. Quoi ! mes frères, auriez-vous oublié la catastrophe de 1629 ? Le 22 juillet 1629, Louis Kertk plantait le drapeau anglais sur l'un des bastions du château Str Louis ; le canon tonnant dans la rade, annonçait que le Canada était devenu possession britannique. Alors, c'était un. malheur ! aujourd'hui, certes, il nous agrée de faire partie de l'empire anglais. Dans cette vallée du St-Laurent, français et anglais, amis et émules, nous unissons nos talents, nos volontés, nos bras pour la fortune et la gloire de notre commune patrie, et nous sommes contents de notre sort Le osr ractère du peuple anglais a grandi avec ses destins ; sa magnanimité et sa libéralité ont rendu son drapeau populaire. Aussi avec quelles sincères anaitié et gratitude accueiUez-vouB dans nos fêtes présentes le très noble représentant de notre gracieuse souveraine Victoria, dont l'empire et la majesté couvrent nos libertés religieuses et politiques. Mais alors le patriotisme inspirait d'autres vœux. Nous avions à naître, et la France, la fille aînée de l'Eglise, était élue de Dieu poux être notre mère.
" 1629 a donc vu péirir la colonie française de 1608 ; Chamr plain a pleuré sur ses labeurs anéantis, et queds labeurs ! Vingt ans et plus, il a sioutenu la tâche de son âpre destinée ; les mécomptes et les déboires se sont multipliés, comme ses espérances ; vingt fois, il a essuyé la mer et ses t-ompêtes et ses calmes pleins d'ennui ; les jaloux, les envieux se sont complus à traverser ses desseins ; les puissants lui ont fiait mendier leur protection. La patience de notre fondateur dans cette longue suite de tribulations et de traverses fut invincible, invincible comme le promontoire de Québec qu'assaillent en vaia les flots du St-Laurent, soulevés par un vent de tempête. Mais voici qu'en juillet 1629, les Kertk, combattant pour l'Angleterre, prévalent ; Champlain est contraint de capituler ; un vaisseau anglais doit rapatrier en France les officiers de la compagnie de de Caen, les religieux, les soldats
et les colons. Toutes les patriotiques fatigues de Cliaraplaia eont frappées de stérilité ; la noble entreprise du héros catholique et français échoue ; tout son grand effort s'évanouit.
^' Mais, Dieu soit béni ! quand tout semble perdu dans les tâches chrétiennes, c'est l'heure où votre puissance, o mon Dieu, se" déclare et tout est sauvé !
" C'est le; 23 mai 1633, que trois vaisseaux français mouillent dans le port de Québec. La Nouvelle-Franoe a 6té restituée, le 29 mars 1632, à la France par l'Angleterre. Une compagnie d'hommes — iee Cent associés — que» de catholiques pensées et djeia vues patriotiques inspirent, ont reçu du roi la direction de la colonie française en Canada ; un cardinal d'un génie créateur, accorde à notre pays ses sollicitudes. Champlain est rentré dans la rade de Québec ; ses trois vaisseaux, ie Don de Dieu, le St-Pierre, le St-Jean, portent deux cents colona honorables à qui Charlevoix a rendu ce gtorieux ter moignage : " J'ai vécu avec quelques-uns de ces premiers colons presque centenaires, de leurs enfants et d'un assez bon nombre de leurs petits-enfants, tous gens plus respectables encore par leur probité, leur candeur et la piété solide dont ils faisaieoit profession, que par leurs chevieux blancs et le souvenir des siervaces qu'ils avaient rendus à la colonie. " Tous, officiers supérieurs, religieux, colons vont débarquer. Le canon résonne comme une clameur triomphale ; partout éclatent l'allégreese et la sereine espérance. Mes frères, saluez, saluez la patrie canadiienne frsnçaiae qui naît. Elle est là, em gemue mais entière. Les 200 colons, c'est notre peuple avec son noble caractère, sa forte foi, ses rudes et féconds métiera ; Champlain, c'est l'autcrité régissant les sujets sous la dictée d'une raison droite et de principes chrétiens ; les III L PP. Ennemond Masse, Jean de Bréljeuf, représentent votre clergé ami, dévoué ; le vaisseau le St-Pierre porte un nom fatidique ; il symbolise la dynastie pontificale, pierre angujaire sur laquelle va s^asseoir la chrétienté du Canada. Vibrez, oa-
nons du fart ; mêlez-vous, voix des cieux et voix des eaux ; hymnes sacrées, élevez-vous de la plage de Québec et du pont des vaisseaux ! Aujourd'hui luit un grand jour, Pun des bona J0UIÏ9 de tout un peuple ; aujourd'hui naît la NouveUe-France, la France de l'Amérique.
ni
" Champlain a rempli sa mission ; il n'a plus qu'à mourir. "Après avoir donné à sa chère colonie de nombreux témoignages d'un dévouement sans borne et les exemples d'une piété aussi ardente qu'éclairée, " Champlain prit une nouvelle naissance au Ciel, le jour même de la naissance de Notre Sauveur en terre ; il mourut le jour de Noël, 25 décembre 1635/' (Laverdiêre). Plus heureux que Moïse, qui expire en présence seulement de la Terre de Pramission, Samuel de Champlain meurt dans la teirre promise de ses rêves. Je cherche son tombeau ; je clierch-e ses os, sa poussière dernière ; ces restes mêmes d'outre-torabe, qu'on entoure de respect, sont anéantis et voici qu'après deux siècles et plus Champlain, que le sépulcre a dévoré, se lève sons les yeux d'une génération qui le révère. Il nous apparaît sur un piédestal superbe, sous une forme incorruptible, victorieuse des temps, et son regard embiasse la ville qu'il a fondée, élargie, el5ibelilie, riche de souvenirs patriotiques et d'espoir» étemels. Le vaillant est tombé sur 1*3 champ de ses magnanimes labeurs. Comme Eolond, d'épique souvenir, Samuel de Champlain meurt hors du sol de doulce France ; mais plus fortuné que le héros des champs de bataille de l'époque Carloviur gîenn© qui ne laisse qu'un nom que les poètes couronnent de gloire, maifl d'une gloire toute de fiction, Samuel dei Champlain laisse pour postérité, un peuple qui publiera aveo amour son nom ; et quand le preux féodal n'est plus qu'une légende, Samuel de Champlain voit par delà deux siècles un peuple entier se ramastser autour de son monument, acclamer son souvenir et la grandeur de son œuvre.
^- Mes frères, je sais qu'en ce grand jour tous vos moment» sont comptés : je ne vous retiendrai pas plu» longtemps. J'espère voue avoir fait apprécier la grandeur chrétienne, le mérite religieux de Samuel de Champlain comme le souhaite FEglise. L'œuvre de Champlain. est un bienfait pour nous, c'est celui de notre existence nationale. Sa vie est pour nous une leçon : elle fut heureusement féconde pour avoir été foncièrement chrétienne. Champlain aima son pays et sa foi catholique ; il ambitionna d'agrandir et d'honorer l'un et l'autre. Oommo lui, ayons à coeur de rendre nos jours féconds poi^^- l'Eglise et notre patrie. Citoyens libres de par le gouvernement constitutionnel et responsable que nos pères ont conquis, nous «avons entre nos mains les destinées de notre pays et de notïre foi. Nous pouvons beaucoup pour la prosr périté «et l'honneur de l'un et de l'autre. Au jour où échéaient aux rois très-chrétiens d'aussi graves responsabilités, ils monr talent au sanctuaire national de Reims soUiciter l'assistance céleste. Si nous aspirons, comme Champlain, à faire fleurir en cette terre du Canada les saines traditions françaises, songeons qu'elles doivent être entées sur les traditions catholiques de nos pères ; si nous sommes passionnés pour la prospérité et d'honneur dé notre patrie, comme ChamplaÎQ, ayons le zèle de la foi catholique. Les enseignements de notre mère la sainte Eglise, gardés et pratiqués par nos pères " ont mi» le peuple canadien au niveau des plus policéa et des plus glorieux et ont fait de lui, quoique venu tardivement, leur émule ", comme l'att^tait récemment Léon XTTT : " Canadeiisiuvi nafio in confp.ni'iorwm urhanUatis et glcriœ cura êzultis gcntïbus sera non impar venit, " Prenons garde, mes frères, de perdre les dons célestes, la foi et la communion catholique ; nous avons le devoir de» défendre nos tradition!
retUgieuses aussi bien que les françaises eit de les transmettne
intactes à nos descendants. C'est l'honneur des générations passées de n'avoir point forligné. Suivons leur exemple afin que nos fils et nos arrière-neveux, dans leurs solennités nationales, mêlent nos noms à ceux de Champlain et ie& ancêtre» que nous préconisons, et que l'Eglise puisse ratifier au nom de Dieu et consacrer l'apothéose populaire pour notre gloire dans le temps et dans l'éternité. Amen. "
Au sortir de l'église, la foule immense des fidèles qui avait rempli le temple saint, se répandit sous le portique et dans les rues avoisinantes, et, au milieu d'un silence respectueux, prêta une oreille attentive à la présentation de l'adresse de la Société Saint-J-ean-Baptiste à Son Excellence lord' Aberdeen, qui la reçut entouré du groupe imposant des personnages officiels, dont la présence avait rehaussé l'éclat de la partie religieuse de la) fête.
Voici cette adresse et la réponse pleine de bienveillance et de sympathie qu'elle nous valut de la part, du populaiTe gouverneur général du Canada.