‹ Inauguration du monument Champlain à Québec le 21 septembre 1898Chapitre 21 sur 51 · II — LA MESSE · texte numérisé non relu

II — LA MESSE

La partie i-eligieuse de la démonstration patriotique à laquelle nos lecteurs viennent d^assister a été grandiose et solennelle ; les décorations de l'église, le chant, la musique instrumentale, l'éloquence sacrée et la préeence des autorités rehgieujses et civiles, tout a contribué à rehausser l'éclat de la fête nationale des descendants de Champkin, de Montcalm et de Lévis.

La messe commença à dix heures et demie, et fut célébrée par Mgr Gagnon, chapelain de la Société SainWean-Baptîste, assisté des révérends MM. Delisle, curé de Stadacona, et Lortie, du Séminaire de Québec.

Le programme musical fut exécuté d'une manière admirable. Nous avions déjà entendu, à la Basilique, la m^sse du sacre de Charles X, let ce fut pour tous un plaisir nouveau. Les musiciens chargés de l'interpréter surent en faire ressortir toutes ks beautés. L'Union Musicale et le chœur de la Basilique, dirigée par M. Qugtave Gagnon, ont mérité les plus grands éloges.

Plus de cent membres du clergé assistaient au chœur ; nous ne mentionnerons que les plus hautsi dignitaires : Mgr Marois, vicaire-général et représentant de Sa Grandeur Mgr Bégin, Mgr Paquet et Mgr Têtu.

Le drapeau des zouaves de QuéBec flottait à droite du naaître-autel, et le drapeau de Carillon à gauche, et ils étaient portés tous deux par des zouaves.

Sur les sièges réservés placés dans le chœur et le bas-chœur, on remarquait sur la première rangée : le président général de la Société Saint-Jean-Baiptiste, l'honorable juge Eouthier, ayant à ses cotés lord et lady Aberdeen, lady Marjorie Gordon, lady Thompson, le représentant officiel de la France, M. Kleczkowski, consul général, le général William Seymour, le contre-amiral anglais sir J. Fisher et Son Honneur le lieutenant-gouverneur Jette ; sur la deuxième rangée : Sir Wilfrid Laurier, premier ministre du Canada ; sir C.-A.-P. Pelletier, président du Sénat, sir L.-N. Casault et lady Casault, sir L.- H. Davîes, l'honorable M. Sydney Fisher et l'honorable M. Fitzpatrick ; sur la troisième et quatrième rangée : l'honorable M. Marchand, l'honorable M. Flynn et madame Flynn, M. O. Fréchette, consul d'Esipagne, l'honorable M. J. Tessiear, Orateur de l'Assemblée législative, l'honorable M. Boucher de la Bruère, MM. N. Gameau, A. EobitaiUe, M. PP., K- E. Dionne, bibliothécaire d^ l'Assemblée législative, J.-A. Langlais, C. Tessîer, J.-A. Oannon, assistant-procureur général, tous les officiens de la Société Saint-Jean-Baptiste et les délégués des autres sociétés de la ville et de la campagne.

Les zouaves pontificaux de. Québec occupaient des sièges a l'autel du Sacré-Cœur. Us étaient au nombre de dix. Voici leurs noms : MM. C. Trudel, C.-E. Eouleau, L. Lefebvre, Elz. Gameau, F.-X. TonEsaint, F.-X. Boileau, F.-X. Dumontier, N. Cantin, N. Dorîon et A. Eoutliier.

Les décorations de l'église étaient splendides. D'abord, le maître-autel était orné de fleurs, et illuminé par des centaines de lampions aux couleurs variées ; ensuite le couronnement des stalles du chœur était ©urmonté aussi de fleurs et de lumières différentes, et entre chaque pilastre, il y avait un médaillon entouré d'un cadre doré et au milieu duquel on lisait les noms de " Laval ", " Taschereau ", " Pleesis ", " Eacine ".

La grande nef ne le cédait en rien au sanctuaire. Au piédestal de chacune des colonnes était fixée une érable, et sur les chapiteaux, on; voyait d'élégants vases de fleurs et des lampions de différentes couleurs. Sur les galeries, entre chaque entre-colonnement, les regarda tombaient sur des médaillons semblables à ceux du chœur, et portant les inscriptions suivantes, du côté gauche : Jacques Cartier, Champlain, Lévis, Lalemant, Brébeiuf, Chàtcauguay, Ferland, Chauveau. Du côté droit : Montcalm, Frontenac, Ste-Foye, Donnacona, Carillon, De Salaberry, Gameau et Bardy. Sur le jubé de l'orgue : Duvemay, fondateur de la première Société Saint- Jean-Baptiste, celle de Montréal.

Ces inscriptions formaient un véritable tableau synoptique de l'histoire de la Nouvelle-France. Quelles pages admirables de cette glorieusie épopée elles ont rappelées à notre esprit !

Après la kictuTe de l'évangile, M. l'abbé CorbeîJ', du collège de Sainte-Thérèse, est monté en chaire et a prononcé le magnifique discours que nous reproduisons ici en entier :

TEXTE DU SERMON PRONONCÉ EN l'ÉGLISE ST-JEAN- BAPTISTE, PAR M. l'aBBÉ CORBEIL, CURÉ DE SAINTE- THÉRÈSE.

Twic cecinit Moyses et JUii IsraM Carmen hoc Domino et dixerunt ; Caiitemu8 Domino : gloriose enim magnificatua est.

Alors Moïse et les entants d'Israël dirent un cantique au Seigneur ; ils chantèrent : Chantons des hymnes au Seigneur ; il a fait éclater en notre faveur sa puissance et sa gloire. — Exode XV.

'* Mes frères,

" Les jours étaient vemus où Dieu accomplissait sa promesse, faite à Abraham, en Chaldée : " Je ferai sortir de vous un grand peuple. " La postérité de Fimmortel patriarche avait infiniment multiplié sur les rivages du Nil, dans la terre de Gessen. Moïse, élu de Dieu pour être le libérateur d'Israël, avait brisé par des prodiges la volonté contraire du tout puissant Pharaon. Les enfants des Hébreux, guidés par une nuée miraculeuse, avaient franchi un long désert, passé la mer Kouge. Délivrées enfin des chaînes de l'esclavage, des terreurs serviles des potentats d'Egypte, en face de cette mer dont les flots, sur le signe de Dieu, avaient submergé Phar raon et sa formidable armée, les tribus d'Israël, devenues, par une soudaine révolution, peuple libre, opulent et armé, éprouvent pour la première fois le doux tressailkiment d'une existence nationale. Les enfants des Hébreux élèvent leurs mains, leur âme au ciel. Ils inaugurent le jour de leur naissance comme nation, pai^ un cantique au Dieu de leurs père» : " Chantons des hymnes- au Seigneur ; il a fait éclater en notre faveur sa puissance et sa gloire ... O Dieu, vous vous êtes fait, par votre miséricorde, le conducteur du peuple que vous avez retiré de la servitude d'Egypte, et vous le portez par votre nuissance jusque dans la terre que vous avez choisie pour y établir votre demeure sainte. "

" Ce cri à Dieu d'un peuple qui naît, mes frères, c'est celui que «l'Eglise vous fait entfendre et met sut vos lèvres en cette solennité nationale. Compatriotes, à l'appel de la Société Saint-Jean-Baptiste, qui comptera ce jour parmi les grands souvenirs de son existence, vous» êtes venus célébrer un grand jour de nos origines canadiennes-françaises. Le monument que vous érigez parmi des transports patriotiques et les pompes religieuses, consacre des jours mémorables : les premiers de notre existence nationale ; il évoque une figure révérée, la figure de Samuel de Champlain, le père de la îsTouvelle-France.

" Tout à l'heure, vous sienez réunis, compactes, autour du monument. Des fils de la patrie, que l'éloquence et les honneurs ont faits illustres, publieront la gloire civique de Samuel de Champlain ; moi, je dirai son mérite religieux, heureux de préconiser, en cette occasion, le héros qui donna une

chrétienté à l'Eglise comme à la France une cité et un© colonie.

" Anges de ma patrie, et vous aussi, patron de mon peuple, saint Jean-Baptiste, priez l'Esprit Saint de m'inspirer des paroles nobles et ardentes quand, en dépit de mon impuissance, je tente de célébrer le mérite religieux, la gloire chrétienne du très mémorable et très honoré fils de la France et enfant de l'Egalise catholique, Samuel de Champlain, fondateur de Québec et père de la Nouvelle-France.

"Dieu crée les grandes familles dont l'histoire forme la partie la meilleure des annales des peuples. Les Paralipomènes nous représentent en maints chapitres, Dieu lilevant et brisant les maisons des rois d'Israël. Juda est élu pour porter le sceptre ; Lévi est oint pour être au temple le prêtre du Très-Haut : Dieu le veut. Aussi bien que les dynasties royales, Dieu fonde, établit les peuples et les gouverne selon

— sodés vues providentielles. Le discouTs de Boaeuet sur k " suite des Empires ", démontre admirablement cette vérité.

" Sous la Loi nouvdle, comme aux siècles qui ont précédé Jf^us-Christ, Dieu a élu des peuples, pour coopérer à ses grands ouvrages dans la suite des siècles chrétiena Parmi les nations élues, la France, nous le proclamons avec complaisance^ occupe le premier rang sur le vieux continent. Sur te continent américain, quand l'émigration y allait faire édore d* s peuples nouveaux, il fallait, pour faire l'œuvre» de Dieu, Tin peuple apostolique. C'est notre foi nationale que, dams rAmérique du Nord, la race canadienne-française est l'élue de Dieu. Mais il fallait îa créer et l'établir, cette nation apostolique. Or, parmi ceux que l'on doit considérer les instruments de Dieu pour cette grande œuvre, Samuel de Champlain paraît le premier.

" C'était un; grand chrétien ! Une longue préparation l'avait rendu apte à ga haute destinée. Le foyer domestique et sesi études avaient allumé en son esprit le flambe-au de la foi, et ce flambeau fut inextinguible ; ils avaient ouvert en son cœur la source de vie surnaturelle et cette source fut intarissable. Samuel de Champlain grandit à Brouage, en Saintonge, sur le bord de la mer Atlantique. Dès son âge tendre, il contempla la mer, tantôt calme, douce, caressante, ou empourprée des feux du Levant, ou voilée d'une brume dorée, belle enfin comme le sourire de Dieu au Juste ; demain, sombre, tempetueusie, déchaînée, montant à l'assaut des falaises, sinistre enfin comme le regard courroucé du Très- Haut sur le pécheur. Enfant, adolescent, Champlain contemplait ces spectacles variés de l'océan, et l'Esprit de Dieu qui planait sur les grandes eaux, en étalant tour à tour les grâces et les horreurs de l'abîme, éveilla, développa au plus intime de ce cœur chrétien le sens de l'adoration. Les labeurs des camT>s, sous les maréchaux d'Aumont, de St>Luc, de Brissac, en Bretagne, portés pendant quelques année», trempèrent

Page 1