RÉPONSE DE SON EXCELLENCE
'' Monsieur le Président,
" C'est avec un vrai plaisir que je réponds à votre aimable adreosie si pleine de bienveillance et de grâce.
" Votre vieille Société nationale ne m'est pas étrangère, et je vous sais gré de reconnaître les sentiments de sympathie qui nous unissent, et de les avoir exprimés dans cette mémorable occasion.
" Oui, messieurs, les Canadiens-français ont droit à notre affection et à notre bienveillance ^t votre vieux Québec aura toujours une place toute particulière dans nos cœurs.
" Le lien qui nousi unit à vous est d'autant plus fort que nous avons eu tant de preuvesi pendant notre séjour ici de votre loyauté et de votre bonne volonté.
" Ces sentiments sont, j'en suis sûr, cordialement partagés par Son Honneur le lieutenant-gouverneur, notre ami, que nous sommes si heureux d'avoir à nos côtéai en ce jour.
" Pennefctez-moi d'ajouter, M. 1© juge, que ces sentiments etxprimés par la Société St-Jean-Baptiste sont d'autant plus agréables qu'ils sont tombés de votre bouche.
" Lady Aherdeen est très sensible aux bonnes paroles que vous lui adressez, et elle vous demande avec moi d'agréer nos remerciements et nos vœux.
*^ Le souvenir des cérémonies de ce matin ne s'effacera pas do nos cœurs, et nous nous comptons heureux d'avoir eu le bonheur d'assister à ces saints offices célébrés avec tant de solennité. "
" Jamais, dit Le Soleil^ du 22 septembre 1898, depuis le jour mémorable oii l'on élevait, sur lea plaiaes (l'xibraham, le monument qui 'dfevait consacrer la mémoire des braves tombés sous les mura de Québec, lors dje la conquête du Canada, jamais la viedU© ville n'a été témoin, d'un spectacle plus grandiose, par ses contrastes, que celui auquel il nous a été donné d'assister hier. "
C'est la France, dans la personne de l'un de ses héros du 17ème siècle, que célébrait une nation britannique. C'est la (race française et la race anglo-saxonne, qui, oubliant leurs luttes séculaires, sur cette terre longtemps disputée au prix de leur sang généreux, s'unissaient dans une même ovation, acclamaient le même nom, glorifiaient la même renommée, le nom et la renommée de Samuel de Champlain, fondateur de la ville de Québec.
Comme le disait un des orateurs du jour : " S'il y a dans ciette fin de siècle des spectacles aflligieants pour les âmes d'élite, il en est d'autres qui consolent", et celui que notre TJile donnait, hier, au monde entier, au lendemain d'une guerre pénible entre vieille race et race nouvelle, (1) était bien propre à faire admirer ces institutions, ces coutumes américaines qui se prêtent à de tels rapprochements et à de teb enseignements.
(1) La guerre des Etats-Unis d'Amérique contre l'Espagne.
L'inauguration du monument Champlaîn promettait d'être une grande fête nationale^ et elle l'a été. La Société Saint- Jean-Baptiete^ cette âme du peuple oanadienHfraagais^ s'eet trouvée, pour ainsi dire débordée, cette f ods, dans la manif eetation de eon patriotisme, par TcKpression des hautes sympathies qui nous sont venues des représentants officiels de troue grandes nations, l'Angleterre, la France et les Etats-Unis.
Autour du monument Champlain, la foule qui se preiasait a pu dire, avec justesse, que c'était plus qu'une fête nationale, et bien une fête d^ l'humanité.
Tous te orateurs qui y ont pris ilà parole ont été frappés de ce concours de races diverses, et l'on applaudissait spontanément à la présence simultanée du représentant de la nedne Victoria, du représentant de la République française, des représentants de la République américaine, trois peuples qui sont venus, tour à tour, se combattre ici même à Québec.
La vieille capitale française du Canada a vu l'un de ses plus beaux jours.
Une température délicieuse, ses rues pompeusement décorées ; la foule immense affluant de toutes parts ; la présence du parti vice-royal, de la flotte britannique de l'Amérique du Nord, d'un vaisseau de la flotte américaine, des membres de la Conférence inteimationale : tout a concouru pour faire de
cct'e journée une journée unique à mentionner dans ses annales.
De bonne heure, le nuatin, la haute-ville s'év-eillait au roulement du tambour ; elle voyait défiler le corps des zouav>c« pontificaux, cette relique au Canada du pouvoir temporel des papes, s'en allant chercher, aux musées de l'Univearsité Laval, cette autre^ relique de la domination française en Amérique, le drapeau fleurdelisé de Carillon.
Et puis, oe furent les faubourgs de St-Eoch et de St-Sauveur, s'animant au souffle d'un patriotisme toujours vivace, aux rues bordées de verduire, disparaissant sous les drapeaux
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et les oriflamniies, acclamant sur son passage Timmense procession des patriotes, formée de plus de cinquante sections.
A l'Hôtel-de- Ville, au palais de l'archevêque, à l'hôtel du farlement, ch-ez le li-eutenant-gouvemeur, et chez le gouverneur général, partout, l'hommage sincère d'un peuple également soumis à l^Eglise et â l'Etat.
A l'église Saint-Jean-Baptiâte, la fête religieuse, la mesaet soknnelle, la pompe du culte catholique et de l'éloquence sacrée, cetle partie obligée de toute démonstration essentiellement canadienne-française.
Dans l'après-midi, la scène si impatiemment attendue du dévoilem^ent du monument Champlain^ où des voix éloquentes ei autorisées ont su faine admirer, à des milliers et des milliers d'auditeurs, la belle et grande leçon qui se dégage de ce spectacle, pour les races diverses appelées à vivre ensemble ici, et à édifier, à l'aide d'institutions nouvelles, daaia l'harmonie et l'entente, un grand peuple de l'avenir.
Le aoir, illumination des édifices publics, de la flotte d^ guerre ; véritable féerie couronnant dignement ce grand jour de démonstration populaire.
Tels furent, en résumé, les principaux événements de la journée.
Ce sont de ces spectacles qui révèlent une nation à elle- >nême, qui lui apprennent ses destinées futures^ par la juste glorification de son passé, et l'encouragent à ne pas en déserter les vo!ee.
Eet-<?e im rêve ? Est-il bien possible que ce soit une ville qui compte à peine une population de soixante et quinze mille âmes, qui a offert un pareil spectacle ?
C'est ce que tout le monde se demandait, en voyant se mouvoir cette mer humaine qui couvrait la TieinasBe et s'étendait à perte de vue, sur la Place d'Armies, ruie St-Louis, me SterAnne^ des Carrières et du Fort
Le ^ectacle i
N'est-ce pas^ en ces circonstances, la foule ?
VoiM auriez réuni les plus beawx orateurs, les plus hauts personnages, les plus brillantes fanfares, que le spectacle ne serait rien si, dans une fête populaire à la ville, vous ne pouviez contempler plus d'une dizaine de mille citoyiens.
Hier, il y avait au moins cinquante mille personnes, hommeis, femmes et enfants, massées sur la Terrasse, en face de la Terraâse et dans toutes les rue» adjacentes.
Un témoin de la fête a raconté qu'ayant voulu remonter la ruiQ St-Louis,'.efn partant du Château Frontenac,il dut y renoncer, tant la foule y était compacte. Le même obstacle se présenta quand il voulut &iire le détour et passer rue des Carrières, Stcr Geneviève et Ste-TJrsule, pour reprendre la rue St-Louis. La foule encombrait non seulement les trottoirs, mais même le chemin des voitures.
n est bien sûr qixe Québec, même en temps d'expositions, n'a jamais vu une foule aussi considéTable.
Et partout l'ordre le plus parfait n'a cessé de régner et nous n'avons aucun accident à enregistrer.
Il faut dire aussi que l'organisation était parfaite.
Les organisateurs avaient prévu jusqu'aux moindres détails.