‹ Inauguration du monument Champlain à Québec le 21 septembre 1898Chapitre 25 sur 51 · III — LES CÉRÉMONIES DU DÉVOILEMENT · texte numérisé non relu

III — LES CÉRÉMONIES DU DÉVOILEMENT

Aussdtôt après la messe, la foule se porta vers la Terrasse, et à une heure, pas moins de vingt mille personnes y étaient déjà rendues. D'une heure à deux heures, ce fut un envahissement en règle de la place, et à deux heures, il y avait au moins trente mille personnes massées autour du monument.

Les marins arrivèrent dans l'ordre qui leur était assigné, escortés de fanfares, et prirent place, les anglais à gauche, les américains à droite, formant de véritables avenues très bien gardées et oui contribuèrent beaucoup à maintenir l'ordre çt la libre circulation.

A deux heures précises, Leurs Excellences lord et lady Aberdeen arrivèrent, escortés de leur suite, puis ramiral sir John Fisher, le générai lord Seymour, le lieutenant-gouverneur Jette et madame Jette, sir Wilfrid et lady Laurier, etc.

L'honorable M. Chauveau, président du comité du monument, avait à sa droite lord Abeo-deen, gouverneur général, kdy Aberdeen, madame Chauveau, Famiral sir John Fisher, fiir W. Laurier, lady Laurier, MM. Coolidge, Dingley et Kasson, plénipotentiaires américains ; à gauche, M. Kleczkowski, consul général de France, lord Seymour, commandant des troupes impériales à Halifax, Mgr Maroîs, V. G., P. A., représentant Mgr Bégin, lord Herschell, le sénateur Faîrbanks, Son Honneuir le maire Parent, sir Kichard Cartwright, sir Louis Davies, l'honorable juge Eouthier, président général de la Société Saint-Jean-Baptiste, Thonarable M. Marchand, premier ministre de la province de Québec, et l'honorable M. DuBj.

Sur la seconde rangée, on remarouait le capitaine du vaisseau américain Marblehead, M. DuchiateJ, gérant du consulat français, lord et lady Majoribanks, lady Thompson, madame Fitzpatrick. Parmi les invités sur l'estrade, on remarquait tous les députés fédéraux et provinciaux du distri-ct, l'honorable M. Turgeon et madame Turgeon, If. E. Dupré, président de la Chambre de Commiercia dfe Québec, madame Ihipré, et une; foule d'autres.

En face du président et du gouverneur-général, les membres du comité du monument, Mgr Laflamme, Mgr Gagnon, l'honorable P. Garaearu, l'honorable M. Chapais, MM. S. Le- Sage, E. Gagnon, H. Price, G.-E. Tanguay, F.-X. Berlinguet, Evanturel, Bnmet, et MM. LeCardonnel «et Chevré, ces deux d'elrnieTs,aut(e.u!rs du monument, occupaient des siègfes d'honnefur.

L'arrivée du gouverneur-général et de sa suite fut saluée par le Ood save the Queen, et quelques minutes après, le président, l'honorable M. Chauveau, donna lecture de l'adresse suivante :

'* A Son ExoQÏÏence le Très Honorable Sir John-Oampbell-Hamaton Gordon, comte d'Aberdeen, chevalier grand-croix de l'Ordre de Saint-Michel et Saint-Gwrge, gouvemenr général du Canada, etc., etc.

" Excelience,

" n y a près de trois siècles, au pied de c» rocher historique, dont le front est aujourd'hui couronne du monument majestueux qui se dresse devant nous, un homme au cœur vaillant, escorté d'une poignée de marins et d'artisans, venait jeter ici les fondements d'une ville et d'un peuple.

'^ Cet homme, dont l'arrivée sur la plage de Québec, le trois juillet 1608, ne fut saluée que par «les regards» étonnés des aborigènes, et par le murmure de la brise à travers la foiPet de noyers séculaires qui couvrait ces lieux de son épaîs manteau, cet homme toute une nation l'acclame aujourd'hui, son nom est sur toutes les lèvres, et vous l'avez sans doute prononcé avant moi, Excellence, c'est Samuel de Champlain.

" Le nom de Champlain avait toujours été gravé en lettues ineffaçables dans le cœur du peuple canadien ; son souvenir immortel se perpétuait dans les pagCîj de nos histori'ens et dans les panégyriques de nos orateurs ; toutefois, il lui manquait encore cette consécration solennelle de la pierre et du bronze, que l'on ])rodîgue de nos jours à tant de gloires apocryphes, mai-g qui, dans notre ])ays du moins, est demeurée le privilège de lia vertu et de la grandeur incontestables. Cette consécration solennelle. Excellence, c'est notre joie et notn» orgueil patriotiques de la lui donner aujourd'hui avec votre bienveillant concours, et de déceTiner à (Champlain, sons? vos auspices, l'éclatant hommage que la postérité devait à s<'s héroïques labeurs et à sa vie glorieuse.

" Samuel de Champlain a été soldat, marin, jréographe, découvreur, mais il a été plus que tout cela : il a été fondateur. H a appartenu à cette élite augusite des hommes aux longs re-

gards et à la volonté forte qui ne ae limitent pas aux sollicitudes présentes, mais qui créent pour les siècles futurs. Il a orée ime ville, il a créé un. peuple, il a créé une civilfLsation chrétienne et française daas les solitudes de l'Amérique septentrionale, et il a communiqué à son œuvre un souffle de vie, puisque, après trois siècles, cette ville, ce peuple et cette civilisation manifestent leur étonnante expansion et démontrent leur vitalité prodigieuse dans une fête magnifique consacrôo à glorifier sa mémoire.

" Sans doute, l'œuvre de Cbamplain a subi bien des vicissitudes. C'était une nouvelle France qu'il avait fondée sur les rives du St-Laurent ; c'était le drapeau de la vieille monarchie ealique qu'il avait planté sur le promontoire de Québec. Et la Nouvelle-Fj^ance est disparue, il y a plus d'un siècle, comme entité politique ; et le drapeau aux fleurs de lys est tombé ici de nos bastions démantelés, avant d'être déchiré làSbas dans la tourmente où s'est effondrée l'antique royauté flrançaise. Aujourd'hui, l'étendard d'Angleterre flotte au-dessus de nos têtes. C'est un gouverneur anglais, représentant Sa Majesté la reine-impératrice de la Grande-Bretagne et des Indes, qui préside à cette inauguration d'un monument destiné à immortaliser le premier gouverneur français du Canada, choisi par le lieutenant de Sa Majesté très' chrétienne, Henri IV, par 1b. grâce de Dieu, roi de France et de Navarre. Mais en dépit des variations et des changements extérieurs, malgré les mutations historiques et les modifications inévitables des formes politiques et sociales, li'élément supérieur et saoré de la création de Champlain est demeuré immuable, et son œuvre essentielle n'a point péri. Il était venu arborer ici l'étendard de la civilisation chrétienne, à laquelle la vieille Europe devait sa girandeur et sa force. Et cette civilisation, suivant les voiee frayées par le génie de l'intrépide Saintongeais, a pénétré le» profondeurs immeinsee de ce demi continent, a conquis les

espaceB, franchi les mers intérieuTiefl, escaladé les pics en apparence inaccessibleg, et s'épanouit aujourd'hui, dans sa floraison merveilleuse, des flots de l'Atlantique à ceux du Pacifique. L'œuvre de Champlain n'est pas morte ; elle a traversé toutes les fluctuations des âges ; elle a échappé à tous les désastres ; éiie s'est adaptée à tous les régimes ; et aujourd'hui, elle apparaît à nos regards pleine de vie et débordante de sève.

" C'est donc avec une bieîa légitime fierté que la ville de Québec voit «"e réaliser un projet qu'elle caressait depuis longtemps, celui d'élever un monument à son illustre fondateur. La Providence a voulu qu'après deux cent quatre-vingt-dix annéeis d'existence, notre chère cité eut le spectacle solennel de notre dernier gouverneur anglais, dans l'ordre chronoloçique, venant dévoiler la statue de notre premier gouverneur français. Quoi de plus émouvant pour nousi quei cette union du passé et du présent ; que cet hommage généreux rendu par les grandeurs d'aujourd'hui aux gloires d'autrefois ; que cie double concours du représentant de la couronne anglaise et de l'envoyé officiel du chef de la noble nation française, venus ensemble porter l'hommage des deux grands peuples dont nous nous réclamons, au monument de celui à qui nos historiens ont décerné le beau titre de Père de la Patriei ! Ah ! Pombre de Champlain doit planer en ce moment sur cette viUe de Québec, qui est la fille de son courage et de sa foi, et qui est restée si française d'aspect et de traditions, tout en ptrofessant une loyauté inébranlable — elle l'a bien prouvée jadis — ^au sceptre et au drapeau de l'Angleterre; Et la grande âme du fondateur doit éprouver une joie profonde en contemplant la scène inoubliable de ce jour.

*' Merci à V^otre Excellence et aux hommes éminents qui représentant â bien, au milieu de nous, en ce moment, la vieille Europe, ainsi que la jeune et forte république américaisiie, d'avoir bien voulu assister à cette démonstration civique

et nationale pour en rehausser l'éclat. Dans un instant, votre main va faire tomber le voile qui recouvre la» belle œuvre due à la collaboration distinguée de deux artistes éminents. Et la statue majestueuse de Samuel de Champlain va apparaître sur son magnifique pîédesfeail^ aux iregards émus du peuple canadien.

" Excellence, le rôle de notre comité s'achève en ce moment. Nous présentons à tous nos concitoyens la statue du père de ce pays ; et, nous souvenant d'une inscription fameuse, nous sommes sûrs d'être les interprètes du sentiment universel en nous écriant : " A Samuel de Champlain, le Canada reconnaissant ! "

" Alexandre Ohauvbau,

^^ Président.

" Ludovic Brunet,

" Secrétaire.

"Québec, 21 septembre 1898.''

Aussitôt après la lecture de l'adresse, l'honorable M. Chauveau eai remit à Son Excelleînce une copie idchement enluminée aux fleurs de lys, avec encadrements variés. Ce travail est un chef-d'œuvre.

En descendant. Son Excellence se» rendit en face du monument et prenamt une corde qui était attachée au voile recouvrant le monument, il la tira et le statue de Champlain apparut dans toute sa splendeur à cette foule immense ému'e et ^enthousiasmée qui se mit à applaudir et à pousser de vigoureux hourras.

Au mêmie momient, à la citadielte, avertie par un fil électrique, commença une salve d'artillerie. Ce fut le signal

d'une dameor immende, de bravoB entlioiisiadteiB auxquels se mêlait, en les dominiant, la grande voix du canon, tonnant du haut du promontoiri© et montant du grand fleuve, car les naviiiee de guerre dans le port, anglais et américain, se mirent de la partie. Et pendant plus d'un quart d'heure^ on assista à une canonnade qui rappelait les grands jours de bataille d'autrefois.

A ce moment, le spectacle était grandiose et revêtu d'une imposante solennité.

Après avoir admiré le manumjemt. Son Excellence revint à la tribune et répondit comme suit à l'adresse du président :

BÉPONSK 1)(J OOITVEBNEUB GÉNÉBAL.

" Votre Honneur, M. le président, MM. les commissaires plénipotentiaires, M. l'Amiral, M. le général, M. le maire, MM. les juges, mesdames et messieurs.

" Je m'estime heureux de me trouver encore gouverneur général du Canada aujourd'hui.

" En m'éloignant du pays, où moi et ma famille avons joui de tant d'heureux jours, j'emporterai de bien précieux souvenirs. J'ai eu l'occasion depuis cinq ans, d'assister à bien des démonstrations touchantes, mais aucun événement ne dépaasera en intérêt la manifestation dont je suis le témoin, ce 21 septembre 1898, aux bords du St-Laurent, car ici, au centre de ces lieux historiques, nous voyons réumis' des hommes venus de pays différents et chargés de missions les plus diveaises, tous désirant faire honneur à un grand héros du passé, et en même temps représentant dans leur propre personne ujq avenir que même Champlain n'avait jamais pu soupçonner.

" M. le juge Chauveau et meissieura du comité, l'adresse si éloquente dont je viens d'entendre la lecture sera conservée par moi et par la comtesse d'Abeirdieen comme un. trésor, car

j'y trouve l'expression émouvante de ce qui est dans tous nos cœurs.

" La célébration de .la fête de ce jour marquiez le couronnement d'un travail qui s'est poursuivi à travers bien des années et nous nous réjouisons de le voir arriver à son terme», et nous félicitons sincèrement tous les hommes d'activité et de sentiments généreux qui ont contribué par leurs efforts à c^t heureux résidtat. Quoique Ja renommée de Champlain n'ait jamais cessée d'être chérie de génératioin en génération, un devoir restait à remplir, aussi longtemps que ni la ville, ni la Province de Québec, ni le Canada, dans son ensemble, n'avaient élevé un monument à sa gloire.

" Au jour où nous sommes, ce devoir œt rempli — une grande lacune a été comblée. Voyez donc cette noble et fièr*e figure qui demeurera désormais sur cet antique rocher.

'' Et pendant que je vous félicite sur ce fait essentiel, perinettez-moi aussi de vous féliciter de ce que cette fête puisse se célébrer dans des cir(*(jîi>'ta!nces si brillantes et si pleines de promessies. Le président et 1^ comité de ce mouvement qui, plus que i>er?onne, ont raison de se réjouir, ont aujourd'hui pour hôtes les hommes d'Etat distingués qui, comme représentants plénipotentiaires do leurs pays respectifs, se sont assemblés dans ceitte vieille capitale historique, avec l'intention féconde de déterminer comment les relations et les communications iutTe deux ii^rands ])ays pourront se régler dans les conditions des» plus favorables au bonheur et au bien-être de tous, (n niaiîîtenant en toutes choses une entente cordiale et harmonieaiso.

^^ Qu'ils soient les bienvenus à ce moment, quand ils recommencent leur grande tâche, et nous prions Diicu que letir visite à Québec soit une de ces époques historiques d'oii date le commenc'ement d'une ère nouvelle, non seulement pour nos pays à nous, mais pour le monde entier.

"Nous avons aussi avec nous Pamiral qui commande les foffoeB maritimes de Sa Majesté, dans ces eaux dei T Amérique du Nord, qui avec ses vaillants officiers et marins, sont toujours sûrs d'im bon accueil à Québec, mais jamais plus qu'aujourd'hui.

" Je saisis cette occasion pour remercier publiquement l'amiral pour la bonté avec laquelle il a accédé à une demande que j'ai eu à lui transmettre au nom du comité et des citoyens de Québec, et, grâce à son bom vouloir, la date du départ de ses navires a été avancée, de façon à leur permettre de prendre part aux célébrations de ce jour et d'ajouter à leur éclat.

" Nous saluons aussi très chaleureusement le capitaine ^et les officiers du Marblehead, qui nous font visite avec une convenance toute particulière à ce moment. C'est une coïncidence très agréable qu'il nous est également permis d'exprimer au général lord William Seymour, notre grand plaisir de le voir parmi nous et lui offrir nos meilleurs vœux pour son bonheur et pour son succès pendant les ainnées qu'il passera dans le Canada à la tête des troupes impériales.

" Son Honneur le «lieutenant-gouverneur a déjà montré avec quelle dignité et quelle grâce il peut remplir sa place importante et je sais qu'il -se réjouit d'être à la tête de cette grande province dans un pareil moment. En lui souhaitant un heureux règne, nous ne pouvons oublier son prédécesseur si éloquent et si distingué qui nous a été enlevé récemment et à qui les célébrations (raujonrd'lim auraient causé tant de joie.

"En ce joiu', nous ne poumons oublier l'honorable ]\I. le maire Parent, qui sera toujours associé tout particulièrement avec l'iembellissement et le développement de Québec.

" Entourant ceux que j'ai déjà nommés, je vois toute ime foule de pei'sonnes distinguées dans notre vie publique, qui se rassemblent pour faire honneur à un héros du passé.

" Et c'est avec des sentiments d'une sincère amitié que nous accueillons notre ami le consul général de France, lui qui est toujours le bienvenu, mais qui, aujourd'hui, va nous parler directement au nom du présidient de la Eépnblique française qui désire s'unir à nous pour acclamer la grandeur et Ice vertus du fondateur du Canada.

" Oui, il n'y a qu'une voix aujourd'hui. De tou^ côtés, nous venons, inspirés par le seul désir de» glorifier le nom du bien-aimé Champlain.

" Combien digne est ce grand homme de toutes les louanges que noua pouvons lui offrir. Ce n'est pas simplement le prince de ces pionniers courageux et déterminés qui otnt fondé le nouveau pays que nous célébrons, non seulement il fut un pionnier, mais il se montra homme d'Etat plein de sagesse, et de prévoyance, et die plus, il nous a légué l'héritage impérissable d'une belle vie et d'un exemple plein de vertus, de pureté et de zèle indomptable.

" Tel fut l'homme qui fonda notre cher vieux Québec, îfous ici aujourd'hui, avons paiaon de remercier le bon Dieu, et pour ce qu'a été et pour ce qu'a fait le grand homme que nous honorons. Et quand nous pensons à son dévouement, à son affection pour son pays adoptif, à la confiance qu'il avait dans l''avenir d'e ce pays, ne devrionsr-nous pas nous sentir stimulés à un attachement plus fort encore pour notre Canada, ne devrionsrnous! pas nous sentir portés à nous consacrer à son service avec des cœurs plue dévoués. Puissent de tels résultats sortir de ce jour mémorable et glorieux. "

Son Excellence, se tournant ensuite vers les élèves du Sfv minaîre, les remercia et les félicita pour la cantate qu'ils Amenaient de chanter.

Le calme ayant été rétabli, M. Kleczkowski, conmil général de France au Canada et représentant officiel spécialement délégué par Son Excellence le président de la Eépublîque française pour le représenter à cette fête, monta à son tour à la tribuDje, pendant que toutes l'es fanfares réunies faisaient résonner l'air dies acoents entraînants de La Marseillaise,

Le représentant de la France fut chaleureusement acclamé par la foule.

Nous reproduisons ici son discours :

" Messieurs,

" A cette cérémonie imposante, j'ai i'iionnieiur die irteprésieauter le Président die la République f rança^ke. Vous avez désiré qu'il fût associé à l'inauguration du monument élevé par la piété généreuse des Canadiens à Samuel Champlaiin, fondateur de Québec. M. le président de la République a été touché d'une telle pensée ; il en a saisi toute la délicatesse, et il a tenu à y correspondre. En son nom, et par son ordre, je vous i^emercie !

" Peut-être conviendrait-il d'en rester là, et de ne pas troubler par des paroles l'iautorité d'im fait, auquel suffit sa propre éloquence. Mais mon cœur ne serait pas satisfait, si, dans un jour comme celui-cd, aloirs que tant de chers souvenirs s'illuminent d'une clarté nouvelle, je n'essayais de donner une expression aux sentiments qui agitent nos âmes, et dont il semble quet l'âme même de la France nous renvoie le doux .ert/ lointain écho.

" N'/est-ce pas elle qui est là, transparemite, dans ce bronze et dans ce granit, la France qui a protégé votre berceau et guidé des premiers pas de votre jeune nationalité ? N'est-ce pas elle qui o-evit dans la fidélité de vos cœurs et qui se réjouit de reconnaître en vous des enfants de sa race et les héritière, pour un^ part, de son glorieux passé ?

^ Le passe de la France, comme vous l'aimez et comme nous l'aimons ! Dans un livi^ publié récemment, un de nos histo-

riens, membre de l'Académie Française, recommande aux jeunes gens "' de rcclierclier dans les mémoires et les docu- " ments anciens, les traits» réels de notre douce France, comme " on recherche, sur un pastel fané, la physionomie d'une aïeule '' toujours belle et toujours jeune. " (1)

" Cette physionomie d'aïeule, si bien décrite dans le texte qui vient d'être cité, n' est-il pas vrai qu'elle se rencontre à chaque page de vos annales ? Elle s'y fait voir* dans une si vive lumière, elle y est si bien entouréei de tous les attributs qui déterminent son caractère et sa nobleeseï, que votre histoire, à ses origines, c'est à proprement parler, la reproduction, eu miniature, de ce qu'a été l'action extérieure de la France., à tous les âges et sur tous les continents.

" Dans la vaste Amérique, comme sur bien d'autres points du monde, quand vint l'heure d'ouvrir à la civilisation des horizons nouveaux, la France n'a pas failli à sa mission d'être une force initiatrice, dans le mouvement général de l'humanité. Toujours, les fils de sa prédilection, qu'elle déléguait aux régions inexplorées, ont vu grand, et ils ont vu loin. Ha on préparé, ils ont deviné, par une sorte d'instinct prophétique, les l-arges voies de l'avenir. Tandis qu'il' s'établissait sur le rocher de Québec, Champlain songeait à la Floride, à la mer des Antilles, à l'isthme qu'il voulait voir percer entre les deux océans, comme plus tard LaSalle pensera au Miasfissipi, pouir compléter l'œuvre d'expansion militaire et de ferveur religieuse commencée sur les bords du St-Laurent.

^^ Tout le génie de la France est dans la double milice de nos

'' camps et de nos autels^', a dit Châteaubrinad. (2) Parole remarquable, et qui a trouvé, dans votre patrie, une application littériale ! Des camps, pour le service du Canada dans son adolescence, sont sortis des soldats intrépidieis dont les noms somt^ encore à présent, sur toutes les lèvres. Les autels ont donné, sans

(1) (Gabriel Hanotaux.— Ta&feaw de la France en ifii-^.— Avertissement.

(2) Mémoires cPovtre-tonde,

compter, des apôtres, des martyrs et des saints. Par im enchaînement admirable des choses, quand un jonr il arriva que» la mdliœ des camps dut dispar^tre, la nûlice des -autels est restée debout. Comme si la destinée avait voulu montrer qu'ayant apporté à la terre canadienne le culte du Christ-Jésus, la France, en se retirant, y laissait, pour marquer son passage, un pairfum d'idéalisme, dans une promesse d'éternité !

" Canadiens, vous êtes les témoins vivants et irrécusables de œs temps mémorables, de ogb temps évanouis !

" Au jour de la séparation, vos pères, dans leurs bras épuisés, avaient recueilli, comme un dépôt sacré, un chapitre émouvant de l'histoire de la France. Ils ont été, et vous êtes, à leur exemple, des dépositaires vigilants et incorruptibles. Sous leuff garde, non plus que dans vos mains, le dépôt reçu n'a point périclité^ et la vivacité de vos souvenirs s'ingénia pour ajouter, d'années en années, quelque chose à son prix.

" Dans cette vieille cité de Québec, notamment, dans cette ville d'une originalité exquise, autour de laquelle flotte un charme héroïque d'épopée et de rêve, chaque pierre raconte au voyageur qui passe les grandes choses d'autrefois. Ceux qui en ignorent le détail n'échappent pas à l'obligation d'apprendre à le connaîtrei, dès qu'il eaitrent en contact avec les plus instruits d'entre vous. Ainsi, tout un passé, qui ne fut pas sans beauté, et quie nous vénérons, n,e peut plus ê tire et ne sera jamais oublié.

" C'est un service inappréciable, et pour lequel la France ne vous remerciera jamais assez. Jamais ellie ne dira trop haut sa reconnaissance pour le soin jaloux avec lequel vous avez su défeoidre d'abord, conserver ensuite, en même temps que des traditions toujours chères à son cœur, la langue qui, depuis des siècles, est celle de tous ses enfants. Aimez-la, parlez-la toujours, ciette bonne langue française ! Faites en sorte de vous en approprier, de plus en plus, toute la savoureuse substance. Elle cet harmonieuse et forte, elle est claire, elle est tendre. Elle

66t par essence un instrument incomparable pour exprinner avec mesure, avec précision, avec élégance, toutes les formes et jusqu'aux moindres nuances de la pensée.

" Rappelez-vous aussi qu'en des temps moins heureux elle a été, la bonne Langue f rançadse, un des remparts les plus sûrs de votre individualité nationale. Qu'elle reste, aux jours bénis de la réconciliation dans la liberté, la joie de vos foyers domestiques, la parure et la grâce de votre vie sociale ! Que le Saint- Lauretnt majestueux, en poursuivant sa course indifférente, ne se lasse pas de laisser glisser sur ses eaux, comme autant de piessageis d«a Ifianciemne patrie, des mots de sonorité française ! Que, de même, la statue d'aiirain, où se fixe, pour la postérité, la figure austère de Champlain, ne cesse pas d'entendre chanter, autour de son piédestal, la cadence du " doux parler de France ", et qu'ainsi soient attestées, de génération en génération, la noble durée de son œuvre et l'immortalité de son nom ! . . .

" Tout à l'heure, quand, Ubre de s<es liens, le voile qui m-asquait le groupe monumental s'ei&t comme dissipé dans l'espace, mon jregard est allé tout droit au Génie ailé qui embouche la trompette da gloire. Dans un éclair d'imaginatiom, ma pensée s'est envolée vers la France ! Je me suis revu au centre d'un de nos régiments. La note allègre et fière des clairons de cuivre sonnant Au drapeau a frappé mon oreille. Au souffle ardent de leurs vibrations éclatantes, le long des plis de l'étendard bien-aimé, j'ai senti courir comme un frisson nouveau 1

" Quelque chose de ce frisson secoue mon être, au moment que j'achève ce discours. Avec une voix moins retentissante mais avec toute l'énergie d'un sentiment sincère et profond, au nom du ffouvememient. au nom du Président de la République dont les pensées, à cette minute, sont si proches des nôtres, j'adresse, dans un élan de foi^ de reconnaissance et d'amour, un salut cordial à la nation canadienne, fille die la France, et à son avenir ! "

Vint ensuite Son Honnextr le lieutenant-gouverneur.

M. Jette est déjà une des figures connues et sympathiques à Québec. La foule l'a salué avec une faveur marquée.

Son Honneur prononça le discours suivant :

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