MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
" Paris, le 11 août 1898.
" Monsieur,
" Le Président de la Eépublique a été mis ^n possession de la lettre piar laquelle vous l'avez prié de se faine représenter à Pinauguratîon du monument que la ville de Québec va élever, au mois de septen'bre proclmin, à son fondateur Samuel de
Charaplain.
" M. Félix Faure a été très sensible à la pensée du comité qui a désiré l'associer à une cérémonie destinée à perpétuer des souvenirs également chers à la France et au Canada. H a chargé M. Kleczkowski, notre consul-général de ce pays, de le représenter officiellement à la fête dont il s'agit.
" Il m'est ajfrréable, monsieur, de vous donner avis de cette décision que vous voudrez bien porter à la connaissance des membres de la commiseion.
" Le gouvernement de la Eépublique, j'ai à peine besoin de l'ajouter, apprécie hautement l'œuvre que poursuit te comité dont vous avez la prceidence, et il s'unit de cœuï aux sentiments qui l'ont inspirée.
" Agréez, monsieur, les assurances de ma considération la plus di^Jting-uée.
" Delcassé.
''' Monsieur le juge Chauveau,
" Président de la Commission du monument Chaw^plain.
; " Québec. ''
" A monsieiur Hanotaux,
" Ministre des Affaires étrangères^
" Paris.
** Excellence^
" La ville de Québec s'apprête à inaugurer solennellement le monument qu'elle vient d'élever à Champlain, son glorieux fondateur, qui est en même temps celui du Canada tout entier. Des différentes parties de notre pays, vont accourir vers la vieille cité de Champlain toutes les sommités, tant civiles que religieuaies. Ces fêtée seront aussi imposantes qu'elles peuvent l'êtnpi dans un pays jeune comme le nôtre.
^^ Pourrions-nous célébrer la mémoire du sieur de Champlain sans associer à notre joie cette France si féconde en grands hommes, et qui semble s'enrichiir de ce qu'elle donne ? Au moment où la France nous envoyait ce hardi navigateur, cet homme d'état accompli, qui a nom Champlain, elle voyait surgir de son sein et travailler à sa gloire le tout-puissant cardinal Richelieu. Et, de noe jours encore, c'est précisément quamd la France s'enorgueillit d'avoir doté l'Afrique de Tapôtre anti-esclavagiste, le cardinal Lavigerie, qu'elle acclame en vous un de ses meilleurs écrivains, dont la réputation grandit à mesure que se publie la belle histoire de Richelieu.
" C'est en votre double qualité d'historien de Richelieu et d'homme d'Etat, que nous avons l'honneur, monsieur le ministre, de vous inviter à venir assister à l'inauguration du monument Champlain, qui aura lieu le huit de septembre p(rochain, ou à vous faire représenter à cette cérémonie.
" La ville de Québec, le Canada tout «entier, vous accueillerait avec la plus graiide joie- et une vive émotion. Votre prâsence au milieu de noua évoquecpait à aos yeux ravis ,
** Tout ce monde de gloire où vivaient nos aïeux."
"^ Loyaux sujets de l'Angleterre, nousn'en conservons pas moins l'iamour de la noble nation qui nous a enfantés à la civilisation et à la foi chrétienne.
'^ Nous osons espérer, monsieur le ministre, que vous daignerez accepter cette invitation et rehaussier ainsi de votre présence ou de celle de votre représentant l'éclat des fêtes que nous préparons.
" Je suie, monsieuir le ministre, avec la plus grande considération,
" Votre très humible serviteur,
" Alexandre Chauvbau,
''Président de la Commission
" du monument Champlain.
'' Québec, 10 juin 1898. ''
" Paris, le 13 juillet 1898.
" Monsieur le Président,
" Permettez-moi de vous dire combien j'ai été sensible à la pensée que vous avez eue de m'inviter aux fêtes qui vont avoir lieu à Québec, en l'honneur de Chaanplain, et aux termes si particulièrement honorables dont vous vous êtes servi pour motiver cette invitation.
" Vous voulez bien rappeler que mes études ooit été conaacrées spécîalemeiit à Tépoque qui a eu des hommes tels que Richelieu et Champlain, et voue ajoutez qu'à ce titre, la gloi re de votre héros ne peut me laisser indifférent. Cela est vrai ; mais, surtout, je m'associe avec cordialité au sentiment de joie qu'éprouvent tous les Français en constatant la fidèle et vivaoe ardeur avec laquelle le Canada célèbre le souvenir des glo^ rieux événement® qui ee rattachent à votre passé.
^* Pour une nation, comme pour une mère, il n'y a pas de plus noble joie et de plus haute récompense que la grandeur et la prospérité de ses enfants.
" C'est }X)urquoi, tout acte ou toute parole venant du Canada et nous rappelant votre fidèle affection trouve ici un profond écho dans les cœurs.
" J'aurais voulu vous exprimer directement ces sentimentB, en me rendant en personne à votre si gracieuse invitation, mais des occupations et des devoirs nombreux devant me retenir en Europe, je ne puis, à mon bien grand regret, m'engager pour le mois de septembre prochain. Quoiqu'il en soit, je ferai en sorte de ne pas être entièrement abeient de vos fêtes, et ma pensée sera avec vous quand le comité que vous présidez et tous ceux qui vous ont aidé dans votre œuvre, honoreront la mémoire dtei l'homme brave, loyal et bon qui s'eBt montré en ces terres nouvelles un digne enfant de notre chère et doulce France.
" Veuillez agréez, monsieur le Piésident, et exprimer au comité Champlain, l'expression de mes sentiments de haute considération.
" G. Hanotaux,
'' Membre de V Académie française. *'