LA FÊTE PE CHAMPLAIN
" Cette fête a dépassé toutes les espérances de see promoteurs, et elle a été à la hauteur des glorieux souvenirs qu'eJle évoquait. Champlain a été acclamé sur les hauteurs de la ville qu'il a fondée, avec un enthousiasme, une ferveur extraordinaires.
" Sur les estrades, érigées près du monument, étaient groupés le ipeiprésentant de l'Angleiterre, lord Aberdeen, le représentant die , la France, M. Kleczkowski, les représentants de l'Angleterre et des Etats-Unis, miembres de la Conférence Intenmtionale, le représentant du Canada tout entier, sir Wilfrid Laurier, le représentant de la province de Québec, M. Jette, ayant à ses côtés le premier ministre, M. Marchand ; puis, M. le juge Eouthier, préaident de la Société Saint-Jean-Baptiste, l'honorable M. Parent, maire de la ville, M. le juge Chauveau, président, M. Ludovic Brune t, secrétaire, et les autres membres du comité Champlain.
" Dans la rade, cette rade qui pourrait contenir lea flattée de toutes les nations, des vaisseaux de guerre anglaâ3 et américains.
" AutodBT âcL nDonument, tueinte mille speiotateura ; toute la vîUie pavoisée aux couleuiB anglaises et françaises ; sur les hauteurs de Lévis, sur la côte de Beaupré, à File d'Orléans, partout, jdes feux de joie, des drapeaux, des acclamations grossissant de proche en proche, comme une rumeur immense, et venant expirer auprès de Champlain.
" Lorsque les voiles sont tombés, et que la statue de Champlain est apparue à tous les regards, saluée par des salves d'artillerie, parties de la citadelle et des vaisseaux de guerre, un fiilemce comme religieux s'est fait dans la foule, aussitôt suivi d'une acclamation à faire tressaillir, non seulement Champlain, mais tous les autres, Jacques Cartier, Frontenac, Montcalm, Lévis, Vaudreuil.
" Alors, le défilé des discours a oommemcé, tous dignes de la circonstance, émus, sincères, éloquents. Point un son dîsr coirdant, l'accord de tous les esprits et de tous les cœurs.
" Le président du comité Champlain, l'honorable M. Chauveau, dans l'allocution qu'il a adressée au gouverneur-général Lord Aberdeen, a marqué en termes admirables la signification de cette grande démonstration :
" L'œuvre de Champlain m'est pas morte ; elle a traveipse toutes les fluctu'ations des âges ; elle a échappé à tous les désastres ; elle s'est adaptée à tous les régimes ; et aujourd'hui, elle apparaît à nos regards pleine de vie et débordante de sève. "
Au cours de sa noble réponse, Lord Aberdeen a dit :
" Oui, îl n'y a qu'une voix aujourd'hui. De tous côtés, nous venons, inspirés par le seul désir de glorifier le nom dur bien-aimé Champlain.
" Oambîen dignseï est oe grand hoanmes de toutes les louanges que nous pouvons lui ofFiir. Ce n'est pas simplement le prince de ces pionniers courageux let déterminés qui ont fondé de nouveaux pays, que nous célébrons ; non seulement il fut un pionnier, mads il se montrei homme d'Etat plein de sagesse et de prévoyance, et de plus, il nous a légué l'héritage impérissable d'une belle vie et d'un exemple plein de vertu, de pureté et de zèle indomptable.
" Tel fut l^homme qui fonda notre cher vieux Québec. "
Et joignant l'action à la parole, Lord Aberdeen descendit de l'estrade et donna le signal du dévoilement de la statue.
M. Kleczkowski;, consul-général de France, chargé par M. le Président de la EépubHque de le représenter, prit la parole après le gouvemeur-génér»l. Son discours d'une belle envolée a vivement imprefasionné l'auditoire.
D'autres discours encore ont suivi : oëhn de M. le juge Eouthier, d'une rare élévation, digne de sa haute réputation, cfalui de l'honorable M. Marchand, plein de mesure et de sens politique ; enfin, l'éloquente harangue /de l'honorable M. Duffy, parlant au nom des populations de langue anglaise.
La cérémonie civique avait été précédée d'une cérémonie i^digieuse à la cathédrale, d'un caractènei grandiose et touchant.
Le soir, illumination générale de la ville et du monument, des frégates dans le port, des édifices publics et des églises.
Et parmi tant d'inscriptions diverses, qu'un de nos coai-
frères appelle de circonstance, l'une qui rappelait peut-être le mieux, dans sa brièveté, l'union intime de l'histoire de France et de l'Mstoine du Canada : celle-ci : Henri IV, 1608.
Henri IV, le plus français des rois de France, évoqué dans cette grande fête canadienne, tout comme si la terre colonisée par Champlain était encore française, et Québec toujours capitale de la NouveUe-FTance.
Une inscription en) l'honneur de 'Senii TV à Québec en 1898 : c'est plus curieux, oertainjement plus émouvant, que n'importe quelle inscription romaine retrouvée dans le sol, Bi souvent remué, de la vieille Europe.
FÊTE EN l'honneur DE OHAMPLAIN.
HONFLEUB, 14 AOUT 1898.
" L'inauguration du monument Champlaîn ramène la pensée vers l'histoire et rouvre le passé à son époque la plus mémorable. Au-dessus de tous ces événetmients contemporains, elle évoquei l'imagie étemieJlement préeent© de la France. C'est ime heure donnée à l'émotion et au souvenir ; une heune d'inspiration aussi qui rappellera par combien de liens notre avenir se rattache à notre passé, et einseignera aux générations actuelles de ne jamais abandonner la voie qu'il y a trois siècles ouvrit devant nous Champlain.
'^ Lorsque l'œuvre si forte et vraiment grandiose de CHevré apparaîtra dévoilée aux yeux de la foule recueillie, dominant de sa haute taille et de sa grande aUuiie la aradjei de Québteio, on aura le sentiment dans cette foule, dans tout le pays, que ce qu'il a fondé nei périra jamais.
" Hector Fabbb."