RÉPONSE A UNE ENQUÈTE DE LA PEER ANE SUR LE CLASSICISME
Je ne pense pas que les questions que vous me posez au sujet
du classicisme puissent être comprises ailleurs qu’en France, la patrie et le dernier refuge du classicisme. Et pourtant, en France même, y eut-il jamais plus grands représentants du classieisme que Raphaël, Goethe ou Mozart? :
Le vrai classicisme n’est pas le résultat d’une contrainte extérieure; celle-ci demeure artificielle et ne produit que des œuvres académiques. Il me semble que les qualités que nous noûs plaisons à appeler classiques sont surtout des qualités morales, et volontiers je considère le classicisme comme un harmonieux faisceau de vertus, dont la première est la modestie. Le romantisme est toujours accompagné d’orgueil, d’infatuation. La perfection classique implique, non point certes une suppression de l'individu (peu s’en faut que je ne dise : au contraire) mais la soumission de l'individu, sa subordination, et celle du mot dans la phrase, de la phrase dans la page, de la page dans l’œuvre. C’est la mise en évidence d’une hiérarchie.
Il importe de considérer que la lutte entre classicisme et romantisme existe aussi bien à l’intérieur de chaque esprit. Et c’est de cette lutte même que doit naître l’œuvre; l’œuvre d’art classique raconte le triomphe de l’ordre et de la mesure sur le romantisme intérieur. L’œuvre est d’autant plus belle que la chose soumise était d’abord plus révoltée. Si la matière est soumise par avance, l’œuvre est froide et sans intérêt! Le véritable classicisme ne comporte rien de restrictif ni de suppressif; il n’est point tant conservateur que créateur; il se détourne de l’archaïsme et se refuse à croire que tout a déjà été dit.
J'ajoute que ne devient pas classique qui veut; et que les vrais classiques sont ceux qui le sont malgré eux, ceux qui le sont sans le savoir.