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rité. Le faible Shah rA11am, disputé comme une proie par des chefs ambitieux qui voulaient abriter leurs usurpations derrière le fantôme impérial , n'était plus dans leurs mains qu'un prisonnier. Son ministre Ghalam Khadur avait voulu le contraindre à la puerre contre Scindiah, qui alors s'était approché de Delhi. L'empereur s'était bissé faire, sa faiblesse ne lui permettant pas de résister ; mais une lettre de lui à Scindiah fut interceptée par le ministre. Elle contenait l'expression de ses regrets. Furieux à cette découverte, Ghalam Khadur s'empare de l'empereur, et lui fait crever les feux. Scindiah, ayant fait poursuivre B ministre, lui fit aussi crever les veut, couper les mains, les pieds, le nu et les oreilles. Cet incident le rendit à son tour maître de l'empereur, 3 Tui il donna le fort de Delhi pour résidence. Ce que le fils de ce malheu- JB prince venait demander aux Anglais n'était pas même un appui police pour le recouvrement de son 'dépendance , c'était de l'argent , c'é- M de quoi vivre. L'empereur n'avait touché l'année précédente qu'un lac et demi de roupies (375,000 fr.) pour son ^tretien et celui de sa maison. Le gouverneur voulut bien lui en assurer quatre pour l'avenir. D'ailleurs, pour fonjurer les projets ambitieux que pou- JW nourrir Scindiah , le chef puissant «pMahrattes, il conseilla à l'empereur de s'allier avec lui et de s'en faire un aPpui avant qu'il eût le temps de deveni[ un ennemi. Mais Scindiah dans le même temps envoya à Hastings un ^ent confidentiel qui eut avec lui des conférences tellement secrètes, que le J'trétajre même du gouverneur n'y jj| point admis. Le résultat de ces conférences fut que Hastings, qui avait P:,m d'abord favorable au maintien des derniers restes de puissance dont jouissait l'empereur, parut encourager ^'ndiah à s'emparer de sa personne.
I- empereur n'avait même plus besoin Jl> conseil que lui avait donné le gouverneur général , pour se livrer au Gratte, qui bientôt après prit pos- **«on d'Agra et de tous les torts
de la province. Les Seikhs profitèrent de ce dernier coup porte à une puissance miinée , pour se ruer sur le pays des R oh i I las, L'empire mogol était effacé, même de la carte. Toutefois, comme la personne de l'empereur existait encore, Scindiah s'en servit pour exercer en son nom tous ses droits, même contre les Anglais qui lui devaient un arriéré. D'autres manifestations peu amicales, comme, par exemple, l'accueil empressé qu'il affecta de faire à Cheyte Sineh, le rajah dépossédé de Bénarès , faillirent mettre du trouble dans ses relations avec le gouvernement de Calcutta. Un peu ravisé, celui-ci empêcha le fils de l'empereur de répondre aux propositions que lui faisait Scindiah pour l'attirer auprès de lui , et le déroba ainsi à la domination que subissait son père.
En quittant Lucknow, Hastings revint à Bénarès et de là à Calcutta. Les fruits de son voyage marquèrent un premier pas de retour sur le système suivi jusqu'alors dans la politique de l'Inde. A force d'affaiblir les chefs des États indigènes pour en faire des instruments dociles, les Anglais en avaient fait des instruments inertes , et qui , bien loin de leur être utiles , retombaient sur eux de tout le poids de la faiblesse qu'ils leur avaient donnée.
Les violences auxquelles Hastings avait été réduit pour tirer quelque argent du nabab d'Oude, démontraient assez uels impuissants alliés on s'était faits e ces souverains , dont on n'avait voulu faire d'abord que d'impuissants ennemis. Trop assuré qu'ils ne pouvaient plus nuire, si ce n'est par cette impuissance méme,Hastingssentitqu'il fallait leur rendre quelque liberté pour leur permettre de relever leur pouvoir et de rendre du nerf à leur administration. Les violences qu'il avait exercées ne tenaient point a son caractère, mais a la violence de la situation elle-même. Aussitôt qu'il le put, il s'appliqua à les réparer , et tout ce qu'il lit durant ce voyage porta l'empreinte de cette résolution. Ce voyage accompli , il ne songea plus qu'a son retour en Angleterre. Le l,r février 1785,
L'UNJVERS.
M. Macpberson fut reconnu comme son successeur; le conseil décida toutefois que l'installation du nouveau gouverneur n'aurait lieu que le jour ou le vaisseau qui emportait Hastings aurait mis à la voile; marque de considération qui était certainement due à ses grands services.
Peu de temps après, M. Macartney, président de Madras , fut aussi rappelé. Avant de retourner en Angleterre, il voulut voir Calcutta , et s'y trouva pris par une maladie qui dura assez pour qu'il eut le temps de recevoir à Calcutta même sa nomination de gouverneur général. L'enquête qui se poursuivait au parlement sur les affaires de llnde, avait fait passer sous les yeux des commissaires tous les papiers relatifs à l'administration de M. Macartney, et leur avait inspiré une si haute estime pour les qualités qu'il y avait déployées, que l'un d'eux en avait parlé à M. Pitt comme du seul homme qui convînt à ces hautes fonctions. Sur la recommandation du ministre, la cour des directeurs, qui l'avait sans doute trouvé insuffisant dans ses fonctions de président de Madras, le promut au gouvernement suprême de l'Inde.
M. Macartney ne refusa point; mais ce qui venait de. se passer lui fit sentir la nécessité de s'entendre avec les gens qui, à si peu d'intervalle, voulaient et ne voulaient pas de lui. Avant de prendre possession du pouvoir , il partit pour Londres. Là il exposa ses vues , ses plans . oui furent approuvés par M. Pitt; il demandait surtout une extension de pouvoirs et une prépondérance plus assurée pour le gouverneur général. On en tomba facilement d'accord avec lui. Mais comme il donnait à entendre au ministre que le lustre d'une haute dignité occupée dans la mère patrie concourrait à assurer cette prépondérance, M. Pitt estimant que la pairie devait être la récompense des services rendus, et non un stimulant pour les services à rendre , trouva cette demande prématurée, et, dégoûté par là de M. Macartney, flt nommer lord Cornwallis.
Le parlement cependant avait consa-
cré plus d'une session à la tâche dau laquelle il s'était engagé, tâche qui devait user plusieurs ministères et plusieurs générations parlementaires, et dont presque aucun de ceux qui l'avaient commencée ne devait sceller de son vote la conclusion. Déjà plusieurs bills avaient été proposés , discutes, acceptés , repoussés ; déjà ces formidables questions de llnde avaient hité la chute du ministère chancelant de lord North, renversé tout d'abord le ministère de Fox et acculé celui de Pitt qui lui succédait, à l'alternative d'une dissolution de la chambre des communes ou d'une démission. Quatre ans s'étaient perdus dans ces luttes qui n'avaient amené aucun résultat définitif. Enfin un nouveau parlement fut élu, et le 19 mai 1784 il entra eo séance. Après bien des théories mises en avant, on en était revenu à modifier seulement ce qui était. Pitt pre senta un nouveau bill, presque en tout point conforme au dernier bill en vigueur. Seulement il ouvrait une porte plus grande à l'action du pouvoir rov.l par la nomination de six commissaires des affaires de l'Inde, qui approuvaient ou improuvaient toutes les mesures de la cour des directeurs , et par le droit de rappeler le gouverneur général , el même de le nommer, si, dans un délai de deux mois , la cour des direc teurs n'avait pourvu au remplacement du gouverneur rappelé. Plus tard, Je pouvoir du gouverneur général fut aur si étendu à ce point, qu'on l'autorw à agir dans certains cas, et sous sa responsabilité, sans l'assistance du conseil. La même latitude était domee aux gouverneurs des deux présidentinférieures. La première partie du bill avait été votée en 178-1 , l'autre ne le fut qu'en 1786. Dans l'intervalle, War« ren Hastings était arrivé en Angeterre ( 20 juin 1785 ). Remercié à soa arrivée par la cour des directeurs, il fut, au contraire, salué dans le parlement par une motion hostile de Burk«?t qui fut, à la session suivante, conver 4 en un acte d'accusation. Ainsi conv mença ce çrand et à jamais célèbre pw ces; procès dont les fastes criniineii
d'aucune nation ne fourniraient probablement un autre exemple, et pendant lequel l'accusé occupa neuf ans la sellette, vit se renouveler deux législatures, mourir soixante de ses juges 'M chambre des lords), et fut, en quelque sorte , absous par les Gis de ceux devant qui on l'avait traduit comme coupable. L'arrêt fut rendu au mois d'avril 1795. Peu de jours après, le 9 mai, une assemblée générale des propriétaires décida qu'une indemnité serait offerte par la Compagnie à Hastings, pour les dépenses que ce procès lui avait occasionnées; qu'une indemnité de 5,000 livres lui serait allouée à lui et à ses héritiers, pendant toute la durée du monopole de la Compagnie, a raison des services qu'il avait rendus. Le ministère, tout en approuvant l'esprit qui avait dicté ces mesures , éleva quelques objections sur le droit çu'arait la Compagnie d'engaeer l'avenir. Après quelques pourparlers, on convint qu'une annuité de 4,000 livres serait allouée à Hastings pendant vingthuit ans et demi , à partir du 23 juin 1785; que la Compagnie lui ferait un prêt de 50,000 livres sans intérêt , et pour dix-huit ans, atin de l'aider à sortir des embarras où l'avaient jeté les dépenses de son procès. Ainsi linit cet épisode de l'histoire des possessions anglaises de l'Inde. Le procès avait duré neuf ans; mais à partir de la session où le débat avait commencé et où la discussion des faits avait amené- le rappel de Hastings, il s'en était écoulé quiuze. Ainsi , a proprement parler , cet homme dont la rare fermeté avait, au prix de quelques écarts , sauvé la puissance anglaise d'une dissolution imminente et fondé sa stabilité au milieu de l'anarchie, tint pendant quinze 'm les deux brandies du parlement anglais occupées autour de sa responsabilité politique ou judiciaire. Cela >eul indique combien avait été grande l'action de Uastings, et combien son ays avait eu besoin en effet d'un omme de cette force. C'est là ce qui peut, sinon l'absoudre, du moins l'excuser un peu sur les monstrueux abus qu'il en a faits. De cette longue et
terrible épreuve d'un procès qui menaçait son honneur, sa fortune, sa liberté et même sa vie, Hastings sortit pour entrer avec calme dans une vie simple et retirée ; Burke, son accusateur , qui pendant quinze ans avait monté chaque jour à l'assaut de cette grande renommée , Burke qui n'avait engagé dans cette épreuve que son orueil , ou si l'on veut son patriotisme e tribun , en sortit presque fou.
L'idée de Hastings absous, triomphant , et de ces quinze années d'un travail obstiné qui tournait à la confusion de son auteur, devint pour lui une obsession cruelle , insupportable.
Son cerveau échauffé lui forgeait à coté du triomphe réel un triomphe imaginaire ; il voyait Uastings élevé à la pairie, et cette image le poussait aux transports d'une rage inexprimable. La chambre des lords avait dès le commencement témoigné à l'accusé nonseulement une haute impartialité, mais on peut dire un peu de faveur. La chambre des communes , deux fois renouvelée depuis le bill d'accusation , finit elle-même, de guerre lasse, et pour en terminer, par abandonner quelquesuns des chefs dont le bill avait formulé la nomenclature. Au reste, dans le procès, tout le monde eut le temps de changer et de se démentir : M. Pitt , la chambre des communes et l'opinion publique elle-même. Burke seul et la chambre des lords se montrèrent immuables, l'un dans l'animosité d'une conviction passionnée, l'autre dans son froid et imperturbable respect pour les privilèges de la défense.