CHAPITRE XX
NOUVELLE ORGANISATION FINAN- CIÈRE et judiciaire; guerre
AVEC TIPPOU.
Les premiers soins de Cornwallis, aussitôt qu'il eut pris possession du pouvoir, turent appliques à la solution de l'éternelle question du revenu et de la justice. Il apportait dans les plans qu'il avait conçus à cet égard une vue nouvelle, mais tout européenne. Nous
L'UNIVERS
avons vu que la propriété était en principe, non moins que le droit de rendre justice , un attribut de la souveraineté dans l'empire mogol; nous avons vu aussi que , de délégation en délégation, l'exercice de ces prérogatives souveraines arrivait entre les mains d'une classe de fonctionnaires nommés zemindars. Ces fonctionnaires, d'abord révocables, avaient fini par se rendre inamovibles et héréditaires, si bien que, moyennant le tribut qu'ils payaient à l'empereur , ils pouvaient passer aux yeux d'un Européen pour les seigneurs véritables d'un territoire dont ils n'étaient d'abord que les administrateurs. Partant de cette idée, lord Cornwallis, dominé par son , éducation anglaise, crut trouver dans les zemindars les éléments d'un corps aristocratique, sur lequel s'appuierait la domination britannique. L'empire était démembré, l'empereur n'existait plus, au inoins comme puissance. Par ce seul fait, la propriété n'appartenait plus en droit à personne. Lord Cornwallis, revenant sur une idée autrefois émise dans le conseil de Calcutta par M. Francis, Ht décider que la propriété du sol serait dévolue en droit à ceux qui l'exerçaient en fait, aux zem in <kirs. Par une conséquence naturelle , on laissa à ceux-ci la faculté de prendre pour leurs terres tous les arrangements qui leur conviendraient avec les ryots ou cultivateurs. Seulement on stipula en faveur de ceux-ci que, une lois leurs arrangements fixés, ils recevraient du zemindar un pottacli ou contrat , qui en mentionnerait la teneur, et que ce pottach, auquel il ne
()ourrait être dérogé, formerait entre es mains du rvot un titre qui le mettrait à l'abri dé toute autre réquisition ou vexation de la part du zemindar.
La durée de ce système fut d'abord fixée a dix ans. Mais dans l'intérêt de l'agriculture et pour encourager les grands travaux dont elle avait besoin, lord Cornwallis avait hAte de le faire déclarer perpétuel, et malgré quelque opposition dans le conseil, ii y réussit , grâce à l'appui de la cour des directeurs qu'il avait su faire entrer dans
ses idées. Le sel, objet de tant de règlements contradictoires, avait fini par être mis en régie sous Warren Hastings. Lord Cornwallis conserva ce régime; seulement, au lieu d'établir chaque année un prix uniforme, ii if fit vendre, comme l'opium , aux enchères.
Quant à la justice , lord Cornwai/is l'enleva définitivement aux zemindars, qui , en dépit de tous les règlements antérieurs, en avaient toujours retenu.' une partie. Il établit au civil trois degrés de juridiction : les zillahs, ou tribunaux de district ; les cours provinciales, tribunaux d'appel , au nombre de sept; et enfin une cour supré/ne nommée , comme sous Warren Hastings , sudder-dewany-adaulut. Il y avait même une sorte de juridiction inférieure pour les affaires ddnt la valeur litigieuse ne s'élevait pas au delà de 200 roupies , et ne descendait pas au-dessous de 50. Le juge du zîllah les renvoyait à son creflier , pour les jugements duquel Te zillah devenait tribunal d'appel. Quant aux affaires dont le principal ne dépassait pas 60 roupies , elles étaient jugées par arbitres indigènes, et ressortissaient aussi en appel au zillah. Ce tribunal était composé d'un juge, employé de la Compagnie, de son greffier, et d'assesseurs aussi employés de la Compagnie. On leur adjoignait un indigène, pour les éclairer sur les us et coutumes de* Jocalftés. Leur compétence ne s'étendait qu'aux indigènes. Les sept cours provinciales étaient composées chacune de trois juges , de deux greffiers et d'assesseurs, tous pris parmi les employés civils de la Compagnie; trois interprètes, un cadi et un pundit (docteur) complétaient le tribunal. Le codi représentait la tradition musulmane, et le pundit la tradition brahmanique.
Enfin, le sudder-dewany-adaulut siégeait au siège du gouvernement, et était composé du gouverneur général assisté d'autant de conseillers qu'il en voulait appeler, du chef des cadis et de deux autres cadis, de dix pundits et d'un greffier. Cette cour était cour d'appel pour les jugements des cours
provinciales , mais seulement dans les proeèsdont l'importance dépassait 1000 roupies, suivant la première institution, et 50,000, suivant une modification qu'on jugea bientôt nécessaire.
Pour la justice criminelle, lord Cornwallis établit aussi trois degrés : les magistrats, les cours de circuit et le nizamut-adaulut. Les magistrats juraient les simples délits. Les cours de circuit se déplaçaient à certaines époques, et allaient juger comme cours d'assises les crimes commis dans l'étendue de leur ressort. Elles étaient au nombre de sept , comme les cours provinciales, et composées des mêmes jugrs. Les juges des zillahs remplissaient aussi les fonctions de maçistrats. Quant au nizamut-adaulut, il fut également pendant quelque temps composé comme le sudder-dewany-adaulut; mais, plus tard, on le composa de trois juges , de trois cadis , y compris le cher, et de deux pundits. La foh>e fut confiée, sous l'autorité des zillahs, à des fonctionnaires nommés daragahs. Il y en arait un par vingt milles carrés."
Tels furent les travaux auxquels lord Corn wal lis consacra l'intervalle de paix dont il jouit depuis son arrivée jusqu'en 1790. Mais la guerre sortit presque des mesures que le parlement avait prises pour la prévenir.
Par son dernier bill de l'Inde, il avait formellement interdit les alliances offensives et défensives entre les présidences et les chefs du pays. Lié par cette défense , lord Corn wal lis se refusa à diverses propositionsd'aliiance ?ui lui furent faites contre Tippou , wr le nizam ou par les Mahrattes.
Néanmoins sentant le besoin d'arrêter « projets que le sultan de Mysore pouvait nourrir contre ces puissances "nies des Anglais, il profita de la ettre d'un certain traite pour mettre i leur disposition des troupes que ce fané les autorisait à requérir, avec *tte réserve toutefois que lesdites roupes ne seraient point employées ontre des alliés de la Compagnie. Or 'otnme Tippou n'était point de ces iiliés , ces troupes étaient contre lui
une menace. Tippou, qui aimait ta guerre , qui avait choisi le tigre pour son emblème, et dont l'axiome favori était qu'il vaut mieux vivre deux jours comme un tigre que deux cents ans comme un mouton, Tippou savait profiter de la paix. Il avait organisé dans ses États un vaste et vigoureux système d'administration , rétabli les manufactures, encouragé l'agriculture et les arts, discipliné toute son armée à l'européenne ; il avait étudié la tactique et les fortifications. Ce barbare s'était admirablement civilisé dans tout ce que la civilisation a de savamment barbare, et même aussi un peu dans le reste. En 1787, cherchant à attirer la France dans une alliance contre Y Angleterre, il avait envoyé à Versailles une ambassade qui, après une longue traversée de dix mois, arriva en France juste à point pour disputer l'attention publiqueà l'assemblée des notables. C'était tout ce qu'une pareille ambassade pouvait obtenir dans un pareil moment. Aussi fut-elle de retour à Seringapatam au mois de mai 1789. Nous touchions déjà, nous, au serment du jeu de paume. Tippou qui se sentait fort, n'en suivit pas moins ses projets. Plutôt excité qu arrêté par les demi -mesures que les Anglais avaient prises pour l'intimider et le contenir, ce fut sur eux qu'il fit tomber directement ses premières provocations. Fidèle aux injonctions pacifiques qu'il avait reçues du parlement, du ministère et dé la cour des directeurs , lord Cornwallis endura patiemment les premières vexations que Tippou fit endurer aux
Possessions anglaises du Malabar, lais à la fin, le sultan ayant forcé à main armée une ligne de fortifications qui fermait au nord les États du rajah de Travancore , ami des Anglais, ce fut un cas de guerre, et le parlement lui-même autorisait en pareil cas les alliances. On vit alors les trois grandes puissances de l'Inde, le Nizam, les Mahrattes et les Anglais, liguées contre un empire qui ne taisait que de naître; et trois civilisations représentées par les Mahrattes ou
l'Inde antique, le Nizara ou l'Inde musulmane , les Anglais ou l'Inde chrétienne et européenne, conspirant la ruine de cet État d'un jour qui, plus barbare que Tune , moins barbare que les autres , et participant un peu de toutes, les offusquait également toutes trois. Au mois d'août 1790, le royaume de Mysore était cerné à l'est et au sud par les Anglais , dont les armées occupaient depuis les passes duCarnatique, jusqu'à Coîmbatour , où était le quartier général du commandant en chef Medows; au nord, par le ÎNizam posté sur la rive gauche de la Kistnah, et
f)ar son neveu qui occupait Adony sur a rive droite; au nord-ouest, par les Mahrattes et les Anglais de Bombay, qui avaient passé la Kistnah et gagnaient, le long de la côte, la province de Canara. Ce fut justement dans cette position menaçante en apparence que Tippou démêla de quoi changer en un cliu d'oeil la face des choses et prendre aussitôt lui-même l'offensive; il avait laissé prendre aux Anglais Coîmbatour, Dindigul, tout le pays au sud du Cavery et du Bowanny.
Tout à coup il passe cette rivière , franchit les passes du Gujeihatty et fond sur le colonel Floyd , dont la retraite est si précipitée , qu'il abandonne Sattimungul avec les approvisionnements qui y étaient amassés et trois pièces de canon. Tippou , qui le poursuit sans relâche, trouve bientôt une occasion favorable , et dans un engagement nouveau, tue à l'ennemi plus de 400 hommes et lui prend son bagage. Mais plus prudent qu'il n'eût fallu, et craignant l'arrivée du général Medows qui accourait au secours tde Floyd , il ne poussa pas plus loin un avantage qu'il eût pu facilement consommer, en achevant le colonel, dont les troupes n'avaient pas mangé depuis deux jours, et en marchant ensuite au-devant du général, qui se fût trouvé trop faible isolément pour résister.
Leur jonction se fit, et ils se retirèrent sur Coîmbatour, où ils se firent rallier par le reste de l'armée anglaise.
A la léte de toutes ses forces, le général eût bien voulu réduire le sultan à
accepter une bataille. Mais celui-ci, trop heureux d'avoir dès le début de la campagne transporté la guerre hors de ses États, ne voulut pas mettre au hasard cet avantage. Après une suite de mouvements , ou les Anglais perdirent complètement sa trace, et où il faillit leur enlever Coîmbatour, il revint prendre auprès de Sattiiimogul la première position où il les avait déjà battus , et qui assurait ses convois. Pendant ce temps , les Anglais qui n'avaient emporté , et à travers mille peines, que pour quarante jours de vivres , arrivaient à la fin de leurs provisions. Il fallut envoyer un détachement pour les renouveler. Concevant alors un projet hardi , Tippou passe le Cavery sous les yeux du général Medows, et va porter la guerre au ctcur même des possessions anglaises. Suivi par leur armée qui n'ose l'attaquer , il se présente successivement devant Tritchinopoly et Thiagar , s'empare de Trinomaly et de Permacoil , menace Madras , et vient enfin s'arrêter auprès de Pondiebéry , où il entre en conférence avec le gouverneur français (janvier 1791). Delà, il envoya expressément au roi , pour lui demander un renfort de 6000 hommes. Les 4mglais avaient reçu d'Europe de nombreux régiments ; mais le climat leur était mortel , el Tippou venait de leur apprendre à être battus. Moins heureux dans l'ouest, où il n'était plus en personne*, le su! tan y perdait toutes ses possessions du Malabar , qui lui étaient enlevées par l'armée de Bombay.
Cette invasion du Carnatique avait, une fois encore, mis à nu toute h misère du vieux nabab. Comme il ru put remplir les engagements qui lu, étaient imposés pour le cas de guerre on lui reprit ses revenus qu on lu avait rendus, et il redevint un simpl* pensionnairede la Compagnie. Malheu reusement, on ne donna pas cetii mesure comme définitive, mais commi subordonnée seulement à l'état ti guerre. Cette perspective engagea L
f)lupart des collecteurs à se ménage a faveur de Mohammed Ali plutôt qu
iiyDE.
celle de la présidence, et l'impôt tomba tout à coup à rien , de telle sorte que les Anglais se trouvèrent plus appauvris qu'enrichis de la dépouille du nabab.
Les circonstances parurent assez graves à lord Cornwallis, pour qu'il vkit lui-même prendre la direction de la guerre. Le peu de succès du plan de la campagne précédente le détermina à en adopter un autre, et à entrer dans le Mysore par les passes d'Ambour. L'inconvénient de ce plan était la nécessité de faire le siège de Bangalore , l'une des plus fortes places de Tippou. Cependant on vint à bout, avec assez de bonheur, de la ville et du fort. Aussitôt après , lord Cornwallis voulut s'emparer de Seringapatam, capitale des États du sultan.
Malgré 1* insuffisance des moyens de transport , il se mit en marche. Il avait reçu un renfort de cavalerie du Kizam , renfort dont il ne put tirer aucun bon service, et qui ne servit qu'à dévorer les ressources de l'armée.
Tippou avait dévasté les deux routes les plus directes et les plus faciles , il en fallut prendre une troisième, plus longue et plus pénible , où périrent une grande partie des bagages. Lord Cornwallis comptait passer la Cavery à Ariskera , où il avait donné rendezvous à Abercromby , commandant du corps de Bombay. Mais la rivière étant gonflée et le passage impraticable en cet endroit, le gouverneur général résolut de le tenter à Canianbaddy , à huit milles -au-dessus de Seringapatam. Là il trouva l'armée mysoréenne , prête à le lui disputer.
Malgré la marche pesante de l'armée anglaise, qui ne traînait plus ses canons qu'a bras d'hommes , et malgré les dispositions habiles qu'avait prises Tippou , l'avantage de cette rencontre resta à lord Cornwallis ; toutefois il devait rester inutile, et le passage du Cavery, délivré de tout obstacle, ne fut pas même effectué. La saison des pluies qui s'avançait, ne permettait pas de commencer un siège. Les moyens de transport manquaient absolument, les vivres de l'armée étaient épuisés,
le pays ravagé. Au terme de cette course, et presque aux portes de Seringapatam , il fallut détruire les équipages de siège qui avaient menacé cette capitale. Heureux encore si l'on parvenait à sauver l'armée. Contre-ordre fut envoyé à Abercromby, qui fut aussi obligé de détruire son artillerie de siège et une partie de ses bagages. Le 26 juin 1791 , l'armée anglaise commença sa retraite, emportant ses blessés sur des brancards, faute de charrettes, et traînant ses canons. C'en était fait d'elle probablement , sans l'arrivée imprévue d'un corps de Mahrattes qui amenaient des vivres , des boeufs de trait et une bonne cavalerie. Ce corps mahratte, commandé par Purseram-Bhao, venait de prendre , après un siège de six mois , la place de Darvar , clef des frontières du Mysore au nord-ouest.
A peine réunis à lord Cornwallis , ces alliés menacèrent de l'abandonner, s'il ne leur avançait un subside. Le gouverneur consentit à leur prêter 12 lacs 1/2 de roupies qu'il n'avait pas , mais qu'il se procura , en envoyant à Madras l'ordre de saisir l'argent des vaisseaux qui arrivaient de la Chine , et de le porter immédiatement à la monnaie.
L'armée combinée vint camper sous Bangalore. Là il s'agissait d'assurer régulièrement ses subsistances. Le secours qu'avaient apporté les Mahrattes, en grain et en bétail, tirait à sa fin. Quarante mille bœufs de trait avaient péri dans la dernière expédition ; il s'agissait de pourvoir à leur remplacement. Cette tâche n'était pas sans difficultés au milieu d'un pays ennemi. Un capitaine anglais, très au fait des mœurs et de la langue , suggéra au général en chef un expédient assez caractéristique pour mériter d'être rapporté. Parmi les nombreuses tribus ou castes errantes qui parcourent les vastes espaces de la péninsule et du continent indous , il en est une que l'on nomme Lampadys ou Brindjarrys. Ces Lampadys, demisauvages , nus , laids , malpropres et horribles à voir , mènent une vie ab-
I/UNIVFRS.
solument nomade , n'ont point de maisons, et ne possèdent que des bœufs ou des chameaux, à l'aide desquels ils font tout le commerce de grains dans l'Inde. Ils marchent par troupes nombreuses, souvent à la suite des armées, entre lesquelles ils gardent une stricte neutralité. Leurs femmes sont renommées par leur lubricité.
Elles se réunissent par bandes pour faire la chasse aux hommes, et malheur à qui ne saurait vaincre le déaoût qu'elles inspirent. A ces coutumes hideuses, ils enjoignent d'atroces dans la pratique des sacrifices humains. Ils prennent habituellement pour victime la première personne gu'ils rencontrent, lui creusent une fosse dans laquelle ils l'enterrent jusqu'au cou ; cela fait , ils lui placent sur la téte une lampe de pâte de farine, ils l'emplissent d'huile, y allument quatre mèches et se mettent à danser en rond, en chantant autour de la victime jusqu'à ce qu'elle ait expiré.
C'est avec ces honnêtes gens que le capitaine Read mit lord Cornwallis en relation pour l'approvisionnement de l'armée. L'abondance entra bientôt dans le camp. Pour rendre les subsistances plus faciles, les confédérés s'étaient d'ailleurs séparés. Nizam Ali avait rappelé ses 10,000 cavaliers ; Purseram Bhao , avec ses Mahrattes et un détachement anglais , avait remonté au nord vers Sérah. Quoique le fruit de la bataille de Canianbaddy fût resté en définitive à Tippou , puisque les Anglais avaient battu immédiatement en retraite , et que cette campagne les avait mis à deux doigts de leur perte, cependant son armée n'était pas en meilleur état que la leur, et, cerné sur toutes les frontières, il n'avait pas comme eux la facilité de se ravitailler. Déjà un magnifique convoi d'éléphants était parti de Madras avec toutes sortes d'approvisionnements pour l'armée expéditionnaire ; elle fut bientôt en mesure de reprendre l'offensive. Pour mieux s'assurer des communications qui lui étaient si utiles, lord Cornwallis vou-
lut s'emparer d'une passe qui offrait un trajet commode du Carnatique au Mysore. Plusieurs forteresses qui en gardaient les défilés, furent enlevées, grâce à des prodiges d'énergie. La conquête et la prise de possession de cette gorge furent inaugurées par le passage du convoi des 100 éléphants chargés d'argent et de 10,000 bœufs chargés de riz , au-devant desquels on envoya pour leur donner avis de prendre cette voie (10 août 1791). L'armée anglaise, ses derrières ainsi assurés, redescendit alors dans le Mvsore, ou elle commença une guerre 6e sièges.
Presque toutes les places fortes tombèrent entre ses mains. Dans le nombre , il en était qui passaient à bon droit pour imprenables, et qui ne furent prises, en effet, que parce que la témérité de l'attaque pétrifia en quelque sorte la défense. Le courage des troupes, un peu incertain au début de cette guerre, s'était vigoureusement remonté. Les ressources en tout genre abondaient. A la suite d'une attaque lancée par Fox dans le parlement, contre lord Cornwallis , au sujet de cette guerre nouvelle et de l'alliance avec les Mahrattes et le Nizam, la chambre avait au contraire voté l'approbation expresse de tous les actes du gouverneur général ; la cour des directeurs lui avait envoyé 500,000 livres sterling en espèces , de l'artillerie , des recrues , et voté un supplément de fonds pour l'augmentation des troupes royales au service de la Compagnie (décembre 1790). Avec ces ressources, le courage et la discipline des armées anglaises devaient accomplir et avaient accompli en effet des merveilles. De son coté , Purseram Bhao , à l'aide du capitaine Little, qui avec 700 hommes gagna une bataille contre 10,000 Mysoriens retranchés dans une position redoutable , complétait par les succès qu'il remportait dans le nord, cette belle série de hauts faits et de victoires. Un incident non moins caractéristique quecelui que nous venons de rapporter, faillit arrêter en si beau chemin le chef mahratte, ou du moins lui fit changer son plan de campagne.
Il avait coutume de recevoir chaque jour à sa table une cinquantaine de brahmes. L'un d'eux s'éprit d'une jeune femme de la caste des Chummars (savetiers), et parvint à la rendre sensible. Pendant plusieurs mois , ce commerce dura inaperçu. Mais enfin il fut découvert. Cette 'abomination plongea dans le désespoir Purseram et l'armée mahratte. Personne n'était sûr de n'avoir pas communiqué arec le coupable , ou avec quelqu un qui avait subi son contact depuis son impureté, et personne par conséquent n'était sûr de n'être pas souillé. Les brahmes erraient dans le camp, poussant des cris , déchirant leurs vêtements en désordre. Purseram Bhao, qui devait rejoindre un autre chef , Hurry-Punt, ne pouvait plus espérer de s'en approcher. Il y avait non loin de la une rivière sainte, la Toumbudra; il y marcha pour accomplir les purifications obligées. Mais dans l'esprit de bien des gens, il était douteux que la Toumbudra fût une rivière assez sainte pour laver une aussi horrible souillure que le mélange de castes. Purseram à tout événement s'approvisionna néanmoins de cette première purification, puis se dirigea sur Kourly, village on ne peut plus sacré, situé au confluent de la Toum et de la Budra. Là il accomplit de nouvelles purifications, et procéda à l'opération sacramentelle et éminemment efficace de la pesée. Il se mit dans le plateau d'une balance, dont l'autre plateau fut chargé d'or et d'argent, jusqu'à concurrence d'un poids égal à celui du Bhao , et cet argent fut distribué aux brahmes. Mais pour ne pas perdreabsoluinent le temps consacré aux purifications , il en profita pour assiéger la forteresse de Houly Honora, qui était dans son voisinage , et de là il alla attendre, devant Simaga qu'il prit aussi , le moment où il devait faire sa jonction avec l'armée de Bombay.
Pendant que son empire lui était ainsi enlevé pièce à pièce , Tippou n'osait se hasarder en pleine campatant ses forces étaient réduites, tentatives qu'il fit, l'une en per-
sonne , l'autre par un de ses lieutenants, sur Coïmbatour, furent, avec une expédition du côté de Purseram qu'il ne rencontra pas, les seules marques d'existence qu'il donna. La guerre qu'il avait su rendre si promptement offensive à son début, n'était même plus pour lui énergiquement défensive. Il finit par se concentrer à Seringapatam. Lord Cornwallis qui avait achevé tous ses préparatifs , s'v présenta le 5 février (1702). Il prit aussitôt position. Tippou, dans ce dernier rempart de su puissance croulante , avait fait d'immenses dispositions de défense. Seringapatam est bâtie sur une ilede la haute Cavery.
Le sultan l'avait entourée d'une ligue de redoutes, reliées entre elles par un fosse profond et protégées par une citadelle très-forte. En avant de cette ligne, et de l'autre côté de la rivière, il avait établi un autre système de redoutes, couvert sur son front par une haie-rempart de bambous, d'aloès et autres bois épineux , protégé en arrière par la rivière qui empêchait de tourner la position , et apuuvé à sa gauche par un marais profond. Chaque redoute (il y en avait six) avait ses fossés, son glacis et ses chemins couverts. La dernière à gauche , celle qui confinait au marais, avait reçu le nom de Lally , nom qui réveillait* les souvenirs d'une haine mortelle contre l'Angleterre. Cent pièces d'artillerie garnissaient la première ligne de démise , trois cents la seconde. Tippou avait encore avec lui ce qui restait de son armée, c'est-à-dire environ la moitié : 40 ou 50,000 hommes d'infanterie, et 15,000 de cavalerie. Il avait compte qu'un si formidable appareil de défense retiendrait l'ennemi assez longtemps pour que la saison des pluies vînt toujours à temps le forcer a la retraite. Les vents qui soufflent alors ont une telle violence et une telle malignité dans ces parages , que des écrivains anglais ont comparé leurs ravages à ceux de la peste. Mais cette surabondance de moyens était elle-même une cause de faiblesse , parce qu'elle divisait les forces et
LUMVERS
multipliait les points vulnérables. Lord Cornwallis le montra bien , car sans s'arrêter à former un siège régulier ui eût pu en effet justifier les calculs u sultan, dès le lendemain de son arrivée, après la parade du soir , il donna ordre aux troupes de se tenir sous les armes. Il avait résolu de tenter une attaque nocturne, et d'enlever simplement les redoutes par escalade et par surprise. Cet immense train d'artillerie de siège qu'il avait amené ne devait même pas, quant à présent, brûler une gargousse. Ainsi étaient déjouées par une idée que sa simplicité même rendait , à force d'audace , impossible à prévoir, toutes les savantes et laborieuses dispositions que le sultan avait entassées pour sa défense.
Le gouverneur général partagea son armée en trois corps, dont lui-même commandait le centre. L'aile droite,
3ui devait attaquer la fameuse redoute e Lally, marchait sous les ordres du général Medows; l'aile gauche était conduite par le colonel Maxwell. Derrière l'armée , venaient quelques centaines d'artilleurs européens et lascars sans canons , parce que l'artillerie eût entravé la rapidité de l'attaque , mais destinés à faire jouer contre l'ennemi sa propre artillerie à mesure qu'on s'en emparerait. Tout était prévu d'ailleurs pour le cas de réussite, comme pour celui d'échec sur un point ou sur un autre. Tippou ne supposait pas que lord Cornwallis voulût rien commencer avant l'arrivée du corps d'Abercromby. Aussi ne s'attendait-il à rien moins qu'a une attaque. Les Mahrattes eux-mêmes et les autres alliés prirent d'abord les préparatifs du général en chef pour des préparatifs de retraite, et ils témoignaient leur surprise de cette pusillanimité.
Ce fut bien pis lorsqu'ils ne purent plus douter qu'il s'agissait sérieusement d'une attaque. Alors , épouvantés , consternés , on les vit faire leurs adieux à leurs amis anglais, qu'ils croyaient marcher à une mort certaine. Leur stupéfaction n'eut plus de bornes , lorsqu'ils virent un aussi grand personnage que le gouverneur
général , se mettre lui-même à la tête des combattants , comme un simple soldat.
Entre dix et onze heures, chaque colonne avait atteint son point d'atta-
2 ne. La lune jetait une clarté magnique, qui disparut bientôt sous des nuages de fumée. Tippou achevaitalors Son repas du soir. A la première abrme, il se hâte de monter à cheval. Le> M ysoriens , d'abord étonnés , avaient cherché à se rallier ; mais la haie-rempart, après une résistance assez vive, était franchie, et les Anglais péuttraient pêle-mêle avec les fuyards dans les lignes ennemies. Sans perdre de temps , la colonne du centre passe h rivière, et son avant-garde se précipite aux portes de la citadelle , dans I espérance qu'on n'aurait pas eu le temps de les refermer. Mais il était dejj trop tard; Tippou, qui avait à peine eu le temps de la devancer, continuait à donner ses ordres. Bientôt la seconde division arrive à la suite de la première, mais plus lentement dans le ué encombré de fuyards. La troisième ivision de la colonne du centre suit la seconde ; mais son chef ne jugeant pas la position tenable, repasse la n* vière et rejoint lord Cornwallis. Ce dernier, resté dans le camp ennemi à la tête d'un corps de reserve, s'était affaibli considérablement en envoyant des renforts sur divers points. Tippou, qui avait rallié une parue de son armée, s'était hâté de saisir cette occasion d'accabler le général en chef. 0 fut alors que la troisième division arriva fort a point pour le délivrer. Les Mysoriens, attaqués à la baïonnette, tinrent bon jusûu'au point du jour; mais alors ils abandonnèrent le terrain. Avant ce moment, d'ailleurs, If bruit du combat avait amené sur ce point le général Medows et le colonel Maxwell, qui avaient enlevé chacun leur redoute aux deux extrémités delà ligne de défense. L'armée victorieuse prit une position très-forte dans je midi de l'Ile , et se prépara cette fois à un siège en forme contre la citadelle. Peu de jours après , Abercroruby arriva avec un renfort de 2000 Euro-
péens , 4000 indigènes et de l'artillerie. Lord Corn wal lis s était présenté le 5 février devant Seringnpatam ; dans la nuit du 6, il avait enfoncé la première ligne des fortifications de l'ennemi ; le 7 , il commença ses travaux contre la seconde. A partir de ce jour, Tippou, qui sentait son trône chanceler, ne remit plus le pied dans son palais. Une tente grossière et sans ornement abritait les soucis du sultan. Il songea alors à demander la paix. Dès le 1S, ses propositions, d'abord repoussées, commencèrent à être écoutées.
Des conférences eurent lieu tous les jours suivants, et le 24 on rédigea une minute de traité, dont les stipulations principales étaient que Tippou abandonnerait aux alliés la moitié de son territoire ; qu'il leur payerait pour frais de guerre 3 crores et 30 lacs de roupies ; que deux de ses fils seraient livrés en otage aux Anglais , pour la garantie de l'exécution du traité. Ce traité irrita fortement farinée, qui s'était promis un riche butin de la prise de Seringa patam, et qui d'ailleurs était animée d'une haine toute personnelle contre Tippou. On eut de la peine à arracher les soldats à la tranchée. Cependant, le 26, l'exécution du traité commença par l'envoi des deux plus jeunes fils du sultan au camp des Anglais. C'était bien de la hâte de la part de Tippou , car les préliminaires seulement étaient arrêtés, et d'autres points restaient en litige, qui faillirent tout brouiller. Le sultan avait à cœur de punir un rajah qu'il avait rendu son tributaire , et qui , impatient de secouer le joug, avait profité de l'invasion des Anglais pour s'allier avec eux. Otte même raison faisait que tord Cornwallis mettait du prix à le sauver des vengeances du sultan. Il voulait donc faire comprendre son territoire au nombre de ceux qui étaient abandonnés aux puissances alliées. [Mais le traité portait textuellement que la part de chacune des puissances serait formée des provinces adjacentes à leurs territoires respectifs. Or le district de Markuri appartenant au rajah ne confinait
aux États d'aucun des alliés. Fondé sur la lettre du traité, Tippou s'obstina à ne s'en point dessaisir. Lord Cornwallis ne s'obstinant pas moins, les choses en vinrent à ce point que les canons furent remis en batterie et les fils du sultan dirigés sur le Carnatique. Mais le lendemain ils furent rappelés. Tippou céda, et les signatures furent apposées sur le traite définitif. Par suite de cet arrangement , les Mahrattes eurent pour limite la rivière Toumbudra. Le Nizam gagna l'espace compris entre le Pennar et la Kistnah. Quant aux Anglais, ils s'arrondirent de trois côtés : à l'est du Mysore, par l'acquisition du territoire de Ha rah mal et des Lower-Ghauts, qui devinrent une barrière pour le Caroatique ouvert de ce côté; au sud, par un district voisin de Dindigul ; à l'ouest, par la principauté héréditaire du sultan sur la côte de Malabar.
Toutes ces affaires terminées, Cornwallis se rendit à Madras, où le retinrent encore quelque temps de nouveaux arrangements à prendre au sujet des éternels embarras financiers du nabab, puis il fit voile pour Calcutta II aurait eu à cœur d'y surveiller la mise à exécution du système administratif et judiciaire qu'il avait introduit; mais la guerre qui venait d'éclater entre la France et l'Angleterre lui fit juger sa présence nécessaire dans le Carnatiqtie. Lorsqu'il y arriva , Pondichéry qu'il venait prendre était pris, et, le temps de ses fonctions étant expiré , son successeur nommé, il n'aspira plus qu'à retourner en Angleterre.
Plus heureux qu'aucun de ses prédécesseurs , il lut loué, récompensé, honoré pour avoir fait exactement l'opposé de ce qu'il avait eu mission de taire. Il était venu pour établir le règne de la paix , et il avait presque toujours été en guerre ; il était venu pour abolir le système des alliances offensives et défensives, et il s'était fait des alliés à toute outrance; il était venu pour introduire un régime d'économie dans les finances, et il avait dépensé plus qu'aucune autre administration précédente. Au pre-
mier bruit de ses succès , rassemblée des propriétaires lui vota des remercîments unanimes ; plus tard , le 23 janvier 1793, la cour des directeurs décida qu'une statue lui serait élevée dans la maison de la Compagnie des Indes. Elle lui vota en outre, a lui ou à ses hoirs, pour une durée de vinçt années, à prendre du jour de son depart pour l'Inde, une pension de 5000 livres sterling. Cette sorte d'apothéose qui lui était décernée de son vivant, n'empêcha pas quelques voix de lui rappeler qu'il était un simple mortel.
Au milieu de ce concert de louanges, un parole s'éleva du sein de l'Inde même, qui opposait à la politique du triomphateur- une autre politique. On le blâmait surtout d'avoir traité avec Tippou qu'il tenait à sa merci. Mais Cornwallis, dominé en cela par ses idées européennes d'équilibre et de contre-poids, n'avait jamais songé à abattre le sultan du Mysore. Il le regardait comme nécessaire pour contre-balancer la puissance des Mabrattes ou du INizam. Il fondait le repos de l'Inde sur l'établissement de trois ou quatre grandes puissances assez fortes pour s'inspirer mutuellement du respect ou de la crainte, et pour ne plus laisser aux Anglais d'autre rôle que celui de suprêmes modérateurs.
A cela sir Thomas Munro répondait que le plus sûr moyen de maintenir la paix, était de rendre ses ennemis trèsiaibles et soi-même très-fort. Il préconisait l'esprit de conquêtes eu égard à certaines circonstances, et traçait sur la carte les frontières que lord Cornwallis eût dû donner aux possessions anglaises. Il montrait ce que l'Angleterre avait à redouter encore des forces de Tippou, qui avait, disait-il , perdu la moitié de ses revenus , mais non la moitié de son pouvoir. Et en effet il faisait voir par combien de points les frontières anglaises demeuraient vulnérables aux coups du sultan , grande tentation pour un homme qui ne demandait qu'à frapper, et comment H eût été aussi facile que prudent d'y remédier. Les vues de sir Thomas Munro s'étaient formées dans l'Inde,
et à la seule école de l'expérience. A une politique un peu théoricienne et d'un autre monde, il opposait une politique toute pratique. Les faits, il faut le dire, se chargèrent de lui donner raison.
L'événement ne fut pas non plus favorable aux vues administratives de lord Cornwallis. En voulant créer, par la propriété qu'il conférait aux zemindars , un grand corps aristocratique, riche, puissant, qui envelopperait l'Inde entière et servirait d'intermédiaire entre le gouvernement et la population, il ne réussit qu'à répandre sur la face du pays une nuée de mendiants , et cela par un mécanisme bien simple. Le zemindar, déclaré propriétaire du sol , était seul comptable de l'impôt. Or la rentrée de l'impôt ne pouvant souffrir de retard , on donna pour sanction aux droits du gouvernement , la vente des terres des contribuables retardataires, et l'on établit pour ce cas une procédure spéciale etexpéditive. D'unautrr côté, le zemindar n'avait aussi contre le ryot en retard que la voie de l'expropriation , mais cette fois sous le régime de la loi ordinaire et avec toutes les lenteurs habituelles de la procédure anglaise. Il résulta de là qu'en fort peu de temps ce grand corps de propriétaires que lord Cornwallis avait voulu fonder n'existait plus , et que tous les zemindars expropriés, ruinés, étaient littéralement réduits à la mendicité. En 1796 déjà un dixième de la totalité des terres des trois provinces, Bengale , Bahar, Orissa, avait été mis en vente. L'accumulation des
firocès de ce genre , combinée avec les enteurs de la procédure , produisit un autre résultat inattendu; les tribunaux en furent tellement encombrés, que la justice en fut arrêtée. Dans une seule cour, il y eut jusqu'à 30,000 procès en arrière. On calcula qu'au train dont allaient les choses , les plaideurs n'auraient désormais pas moins de cent ans à attendre pour obtenir satisfaction , et eucore à supposer que l'arriéré ne se grossit point. Mais, au contraire, il allait grossissant
<Tune manière incalculable , car on avait senti que , pour les ryots vexés par les zennndars , ou pour les zeinindars créanciers des ryots , une jusrice aussi lente était un déni de ustice, c'est-à-dire une quittance pour es débiteurs, et que c'était en outre un encouragement à la mauvaise foi, et par conséquent aux procès. On établit donc, tantôt en faveur des uns, tantôt en laveur des autres, des règlements qui , sans jamais atteindre le juste équilibre cherché , excitèrent tantôt les uns, tantôt les autres à multiplier les procès. La ruine des zemindars en fut hâtée beaucoup plus que l'expédition des affaires. Alors on exigea de tout plaideur qui introduisait une instance, la consignation d'une somme assez forte. C'était livrer le pauvre au riche, comme une proie à dévorer. Après de vains palliatifs , on en vint à reconnaître que le seul remède était d'augmenter le nombre des juges ; mais il eût fallu le faire dans une proportion telle, que l'imagination, et surtout l'économie de la Compagnie s'en effraya. On préféra rendre aux zemindars leur droit antique de se faire justice eux-mêmes, et de vendre sans autre forme de procès, les biens du ryot qui ne payait pas. Ainsi, après avoir enlevé à celuici la protection de la justice, on lui enleva celle de la loi , et un régime établi en vue de rendre à tous une justice égale, aboutit en définitive à rendre plus écrasante que jamais l'oppression du faible.