I.a Russie compte i soldat pour S7 habitants
Prusse — — 80
Autriche — — 118
France — — s ta
Hollande — — 14a
Angleterre — — 3ao
Inde anglaise ^. 555
Éuta-Ooia — — *»°77
embouchure et Calcutta. La présidence du Bengale entretient aussi quelques steamers. Madras n'a rien qui ressemble à une marine militaire. Le gouvernement suprême s'attachera , sans aucun doute, à multiplier les steamers , surtout en vue de l'exploitation complète de la navigation de l'Indus. •
Quelque préoccupé qu'il puisse être de la protection et du développement des intérêts matériels, ce gouvernement donne une attention toute particulière aux besoins de la population chrétienne et aux moyens de propager avec une sage lenteur les doctrines évangéliques parmi les indigènes. Nous devons nous borner à quelques indications. L'Inde anglaise compte aujourd'hui trois évêchés, dont l'un métropolitain, celui de Calcutta, et deux suffragants, ceux de Madras et de Bombay. L'évéque métropolitain de l'Inde relève de l'archevêque de Cantorbéry; son traitement annuel est d'environ cinquante mille roupies, ou cent vingt-cinq mille francs; il est logé dans un magnifique palais les frais de î>es tournées épiscopales sont supportés par l'État. Les évéques suffragants jouissent des mêmes avantages, mais leur traitement n'est que de vingt-quatre mille roupies, environ soixante mille francs.
L'ensemble des hauts traitements civils, judiciaires et ecclésiastiques, dans les trois présidences (les provinces de l'Ouest comprises) , s'élevait, en 1827-28, a plus de cinquante millions de francs, et cette somme était répartie sur mille trois cent six individus, donnant un traitement moyen d'environ quarante mille francs par tête. Le chiffre actuel de cette dépense n'est probablement pas tout a fait aussi élevé, mais la différence ne saurait être considérable, et s'il est une vérité établie en statistique gouvernementale, c'est que la Compagnie paye les fonctionnaires qu'elle emploie plus libéralement que ne l'a jamais fait aucune des puissances européennes. Si l'on considère les circonstances particulières et difficiles dans les-
St
quelles ce gouvernement a été placé, et son caractère mixte, commercial et politique, on jugera qu'il a sagement açi en payant mieux qu'aucun autre, ft c'est surtout à cause de cela qu'il a été mieux servi.
Pour compléter ces indications générales, nous dirons quelques mots des traitements alloués aux officiers généraux, supérieurs et autres de l'armée. Le général commandant en chef dans l'Inde reçoit, indépendamment de la solde de son grade et à titre de traitement extraordinaire , environ cent ouatre-vingt mille franos par an; les officiers généraux reçoivent de trente-six à quarante mille roupies, ou de quatre-vinçt-dix à cent mille francs par an; les brigadiers environ soixante mille francs, les colonels de trente-six a quarante-cinq mille francs (selon les armes et la différence entre la solde de garnison et la solde de marche ou sur pied de guerre, différence désignée soos le nom de batta); les lieutenantsivfoneb de vingt-deux à trente-quatre mille francs ; les majors de dix-sept à nngt-sept mille, les capitaines de dix a ferre mille, les lieutenants de six à dix mille, et les sous-lieutenants, enseignes ou cornettes, de quatre à neuf mille francs environ.
Les Hindous et les Musulmans forment les deux éléments principaux de Ja population de l'Hindoustan, et il semble au premier coupd'œil qu'il soit possible de grouper autour de l'une ou l'autre de ces deux grandes divisions toutes les races ou tribus secondaires; mais il n'en est pas ainsi :
plusieurs de ces races se rerusent à de semblables rapprochements, et vivent volées par leurs mœurs, leur langage et leurs caractères physiques. D'ailleurs, les Hindous et les Musulmans «* subdivisent eux-mêmes en un grand aombre de populations qui ne différent pas moins les unes des autres que bien des nations de l'Europe entre eHes. Il serait difficile de dire quelle est dans l'Hindoustan la proportion des Hindous aux Musulmans, les relevés étant fort incomplets jusqu'à ce jour ; mais nous pensons qu'on peut
évaluer à une vingtaine de millions la population musulmane répandue dans toute l'Inde anglaise , y compris le Pandjâb et l'Afghanistan. Les Hindous proprement dits, appartenant à diverses sectes de la religion brahmanique, peuvent s'élever à cinquante millions, dont trente millions au moins habitant la présidence du Bengale. Le bouddhisme compte peut-être dans toute l'Inde anglaise deux à trois millions de prosélytes, dont la population de Ceylan forme la moitié ; les autres croyances, dont quelques-unes participent à la fois de l'islamisme et du brahmanisme, et dont d'autres ne paraissent avoir aucun point de contact avec ces religions, se répartissent entre une quantité prodigieuse de tribus.
Pour donner une idée de l'immensité du champ que l'ethnographie aura à parcourir pour rassembler seulement les matériaux des importantes recherches qu'elle est appelée à faire dans l'Hindoustan, nous remarquerons, avec l'historien du Radjpoutana (*), qu'en suivant le cours de la rivière Tcharnboul, sur un développement d'environ cinq cents milles , on traverse des royaumes, principautés, petites répuphques, etc., peuplés des races suivantes : Soundies, Tchanderawats , Siesovdiasy Aaraay Gore, Djadoune, Sikerwal, Goudjeury Djât, Touar, Tchohàne^ Bhadoria, katchwaha, Sengar, Bondélay etc. Toutes ces races diffèrent plus ou moins par leurs caractères physiques, leurs mœurs, leurs coutumes, leurs occupations ordinaires et leurs langages (**). La taille,
(•) James Tod , Annals and antiquititi of Bajast'han. London, i83a, a vol. in 4°.
(**) Les deux langues mères de l'Inde paraissent être le sanscrit et le ttamoul, l'un» d'où semblent dériver tous les principaux dialectes de l'Inde septentrionale (principalement au nord de la rivière Krishna), tels que le bengali , le maliraHa , le hindi , le oandjabi , etc.; l'autre, qui aurait donné naissance au Mm/7, malaratam , leUnga , canarais , talnva , etc. Le bengali est parlé par trente militons d'hommes qui peuplent te système inferieur du Gange; 1 hindou*
L'UNIVERS
le teint et la physionomie des Hindous et même des Musulmans de l'Inde sont si variés, qu'aucune description ne peut suffire a faire connaître les diverses races qui composent la masse de la population. Parmi cette diversité infinie de types que présente cette population bigarrée de l'Hindoustan, il en est quelques-uns qui ont déjà été étudiés avec soin, et, avant de quitter ce sujet, nous essayerons de donner une idée de la race hindoue proprement dite, observée dans ses castes supérieures. En général, les habitants des plaines sont plus petits et plus sveltes, les montagnards, ou au moins les habitants des plateaux, d'une plus haute taille et d'un système musculaire plus développé ; mais les uns et les autres sont agiles , de formes élégantes, et capables de supporter de grandes fatigues; tous ou presque tous sont éminemment propres à la vie militaire. On voit peu de personnes contrefaites, mais par diflérentes causes la cécité est assez commune. Le teint du peuple varie, selon le climat et les circonstances, d'un olivâtre foncé tirant sur le noir, à une riche teinte brune légèrement olivâtre ressemblant assez à celle des Italiens du Nord ou des Provençaux; mais chez les Hindous, l'esprit est si bien discipliné, que le dehors trahit rarement les émotions du dedans. Le contour de la ligure est ovale, le front élevé, mais légèrement comprimé, les yeux et les cheveux noirs, les sourcils arqués, le nez et la bouche de forme européenne , le regard calme , tranquille et prévenant, également éloigné de l'aspect sombre et farouche du Malais et de l'expression passionnée du Persan ou de l'Arabe. Le buste est en général dans de belles proportions ; la poitrine est large et profonde, la taille fine, les bras parfaitement attachés, les mains petites, mais nerveuses; les extrémités
stani avec ses dialectes est parlé par environ vingt millions et compris par les hautes classes indigèues, depuis le Dekkan jusqu'au Kachemyr, et depuis Calcutta jusqu'à Bombay.
inférieures comparativement grêles, et le pied plat , les orteils courts, mais bien détachés et très-souples.
On trouve fréquemment parmi les Radjpouts et les montagnards du Nord des hommes d'une stature gigantesque, qui seraient remarqués dans tous les pays de l'Europe par leurs proportions et leur force herculéennes. « Gokul-Dass, dit le colonel ïod, le dernier chef de Déoghar, était, de figure et de taille, un des plus beaux hommes que j'aie jamais vus : il avait environ six pieds six pouces mesure anglaise (équivalant à un mètre quatre-vingt-dixhuit centimètres ou six pieds un pouce ancienne mesure française) ; il avait la corpulence d'un Hercule et se tenait parfaitement droit ; son père, à vingt ans, était beaucoup plus gros et devait avoir en près de sept pieds. » Les femmes , lorsqu'elles ne sont pas hâlées et flétries par le soleil et par un travail excessif sont presque toujours d'une beauté remarquable; elles ont les membres petits et arrondis, les articulations d'une grande souplesse, des traits pleins de douceur, des yeux noirs et languissants , les cheveux longs et soyeux, et la peau d'une finesse et d'un poli merveilleux. Les femmes hindoues de la caste brahmanique se font remarquer entre toutes. Le cou , les épaules et la poitrine sont ravissants , les membres en général d'une rare délicatesse et d'un moule exquis, les mouvements aisés, nobles et gracieux à la fois; le contour de la face du plus bel ovale grec, le nez long et droit, la lèvre supérieure admirablement modelée, la bouche uetite, le menton rond. Les yeux, ombragés de longs cils noirs et surmontés de sourcils élégamment arqués, sont grands, noirs, humides et étincelants d'expression. Il est difficile, en un mot, de rien voir de plus gracieux qu'une femme hindoue de haute caste , et il n'est pas jusqu'à la teinte dorée de cette peau si douce, si unie, si lustrée, dont le ton riche, chaleureux et diaphane, n'appelle le regard et n'excite Fadmiration.
L'opinion paraît hésiter, quant à la
IxNDE.
supériorité morale et intellectuelle, fntre la race hindoue et la race musulmane. Nous croyons que, sous le rapport de l'aptitude, de la pénétration et de l'intelligence, les Hindous sont au moins égaux aux Musulmans, et sous le rapport des qualités morales, des habitudes et surtout des penchants de Tune et l'autre nature, nous n'hésitons pas à donner la préférence aux sectateurs de Brahma. IVous considérons la population hindoue comme la plus propre à concourir au grand œuvre de la civilisation de l'Asie centrale. L'empire anglais dans l'Inde lui doit ses richesses agricoles, ses commerçants les plus actifs et les plus habiles. tes meilleurs soldats (fait remarquable, et nui suffit à lui seul pour prouver combien on s'était formé une idée fuisse du caractère hindou) ; elle lui deua ses meilleurs administrateurs, agents les plus dévoués , et peutùrr, aux jours d'épreuve, ses allies les plus fidèles et ses plus intrépides dé- Jfwsws. Mais il manque encore à
RESUME POLITIQUE. EXPE1UT10WS RKCEW-
TBS P'AFOBAimTAS ET DR CHINE. AVENIR
Dï L'tM^IRE HIXDO-BRITA1UUQUE.
Quand Nadcr-Shah, après avoir envahi l'ilindoustan, se retirait, il v a un siècle, avec un butin estimé à plusieurs milliards de notre monnaie, l'empire moghol croulait de toutes parts, et le champ qu'abandonnait la domination musulmane était ouvert à Tambition des chrétiens. La France et l'Angleterre s'y trouvèrent en présence. La suzeraineté de l'Inde devait tôt ou tard échoir à l'une de ces rivales. La plu/s riche, la plus persévérante et, il faut le dire, la plus habile* a triomphé. Certes, toute nation grande et généreuse doit apprécier l'influence qu'une position politique et commerciale à laquelle elle aurait pu prétendre, lui aurait permis d'exercer sur une vaste portion du globe; elle doit regretter que cette haute position, cette noble influence, lui aient été en-
Tel est, esquissé à grands traits, le tableau générai des divisions politiques, militaires, administratives, de la population , de l'organisation et des ressources de l'empire hindo-britannique. Jamais, à aucune époque de /'histoire et dans aucune partie du Piobe, si l'on en excepte l'empire chinois, une si vaste étendue de pays, line population aussi considérable, d« éléments aussi variés d'industne, de commerce, de civilisation, "out été soumis à un pouvoir unique «•t dirige immédiatement par une seule voiuuté. Jamais un aussi grand ensemble, un système aussi compliqué de Éwivernement , une domination aussi "wnense et offrant cependant quelle chances d'avenir, n'avaient été le résultat de la conquête. Les causes <îoi ont amené ce merveilleux résultat sont digues d'être étudiées et méditées à loisir. Nous devons essayer de les résumer.
V Livraison. (Inde.)
avait été appelée à jouer dans 1 Inde , et se trouver humiliée du rôle gu'elln y joue aujourd'hui (*). Mais , a dire vrai , la lutte dans laquelle uous avons succombé n'avait pas ce caractère élevé, ce but honorable oui justifient aux yeux de la postérité le vainqueur comme le vaincu, l'orgueil de la victoire et la douleur de la défaite. Les droits et les besoins de l'humanité n'étaient comptés pour rien dans le résultat au-
(*) Les traités de paix de 1814 et i8i5 ont restitué à la Frauce quelques établissements, dont les principaux sont situés sur la cote de Coroiuandel. La population totale de ces établissements s'élève à environ 168,000 ' âmes; la superficie des territoires réunis peut avoir de vin^t-eiuti à vingt-six lieue* carrées. Tels sont les débris de notre grandeur passée , débris recouvrés à des conditions humiliantes , débris précieux cependant à plus d'un titre, et dont In valeur s'accroîtrait , si des échanges projetés depuis plusieurs années pouvaient s'effectuer.
L'UMVERS.
tîcipé de tant d'efforts ; cependant, et temps les communications lentes et
c'est là notre consolation et notre en seignement à la fois , riiumanité a triomphé. Elle a recueilli les fruits de tant d'agitations et de misères. Les jeuples de l'Hindoustan jouissent auotird'hui de plus d'indépendance reative, de repos, d'aisance et de bonheur qu'ils n'en avaient eu en partage pendant dix siècles. Le gouvernement sur qui pèse la responsabilité de leur avenir n a cependant pas fait pour eux tout ce qu'il aurait pu, tout ce qu'il aurai dû faire; mats, entraîné par le mouvement irrésistible de la civilisation et par les exigences de sa position, il comprendra peut-être que le temps est venu de substituer à une exploitation égoïste une administration prévoyante et paternetfe. Il tfa su commander jusqu'à présent que ï'étonnemeut et la crainte ; il lui faut conquérir la confiance et l'affection de ses sujets, et c'est une carrière toute nouvelle où les premiers pas ont à
Eeine été faits depuis une dizaine d'anées.
La domination anglaise dans l'Inde
difficiles, et, par suite, placé les gouvernements délégués dans une position comparativement indépendante (*) ; l'autre est le nombre considérable d'hommes d'un mérite émineut qui se sont succédé dans l'administration des affaires civiles, politiques et militaires de la Compagnie, depuis près d'un siècle. Parmi ces hommes, il faut distinguer surtout lord Clive, Warren Hastiugs, lord Wellesley et lord Hastings. Par eux, les relations du gouvernement anglais avec les différents princes de l'Hindoustan ont acquis le caractère de suprématie et de dignité qui convenait à une grande nation :
(*) Aujourd'hui, cet état de choses subit des modifications importantes. L'échange des Courriel? a lieu en moitié moins de temps que par le passé ; le système de communications régulières établi entre l'Europe et l'Hindoustan par la Méditerranée et la mer Rouge an moyen de steamers, bien qu'il n'ait pas encore atteint le degré de perfection dont il est susceptible, a déjà exercé une grande iulluence sur les relations de la Grande-
s'est établie par des moyens COinpli- Bretague avec l'empire indien , et l'un des
qués, et développée par des causes avantages capitaux que le gouvernement an-
souvent imprévues. La Compagnie as- 6,ai$ *M a*e <Je pouvoir s'eoteu-
ptrait sans doute à étendre ses posses- drc »vccJord Auck and sur le plan et les
sions territoriales, d'abord pour la protection et l'affermissement de son monopole, ensuite pour l'accroissement de ses revenus et de son influence politique ; mais elle n'avait pas le pressentiment d'une aussi haute destinée que celle que lui réservait la tin du dixhuitième siècle, et elle a voulu souvent, mais en vain , s'arrêter dans la route où l'entraînaient sa propre ambition et la force irrésistible des événements. L'agrandissement de son pouvoir a été au delà de toutes ses prévisions ; il a dépassé tous les calculs humains.
Parmi les causes immédiates de cet agrandissement, il en est deux trèsremarquables : l'une est la distance qui séparait les établissements de la Compagnie de la métropole européenne , où résidait le gouvernement suprême , distance de plusieurs milliers de lieues , qui a rendu jusque dans ces derniers
moyens d'exécution des grandes mesures qui doivent assurer la prépoudérenc* de l'influence anglaise au delà de l'Iudusd'uii coté et dans les mers de Chine de l'autre. Il paraîtrait, au reste, que les idées du président du bureau de contrôle (sir John Hohhouse) et celles de lord Auckland sur la marche politique a suivre à l'égard de la Perse et de r Afghanistan, datu les conjonctures où Ton se trouvait en i83«-3p, s'étaient formulées presque en même temps , et qUe leurs dépêches respectives à ce sujet se sont croisées. La part du libre arbitre était néanmoins large encore à cette distance et avec deux à trois mois d'incertitude inévitable, malgré la vapeur. Lord Auckland a su en faire uu noble usage et conduire à ûn son aventureuse entreprise. Les nouvelles de Bombay arrivent maintenant en trente -six ou trente- huit jours à Londres. Nos dernières lettres de Calcutta et de Benarès oui mis un peu moins de ciuquaute-deux jours à franchir ta dislauce qui sépare la capitale de la France des métropoles politique et religieuse de l'ilindouslau.
ses
*m teur administration , et péus par- l'État qu'aux dépens de l'affection ficulièrernent sous l'administration de des contribuables et souvent au raé- Jerd Hastings , le système de politique pris de leurs droits. Les réclamants, antérieure a pris la forme et la cousis- dit-on, ont été livrés à la merci des tance qu'on hii reconnaît aujourd'hui , secrétaires, et ont vainement sollicité et dont nous avons essayé de donner la permission de faire un appel direct une idée. à la commisération et à l'équité du
ivpois quelques années, des amé- gouverneur général. Des propriétaires forai ions importantes ont été intro- ruinés, des princes dépossédés, audwU s dans i administration des provinces anglaises de t'Hindoustan. Ges améliorations datent principalement d- favénement de lord W. Bentinck an pouvoir, et se distinguent par un caractère dtiumatne sollicitude, de iib^ralUé et 4e justice envers les pénales 4e 1*1 n de, qo'H eat de notre devoir # signaler. Sons ce rapport, lord ttenunck a bien mérité, non -seulement 4? son pays , mail de l'Inde britannique et de l'humanité tout entière. (Je a'wt 84$ fcé le heu d'examiner dans eprt bat spécial d'économie et de réunie cet liomme d'État avait été investi du gouvernement suprême , et ffué§ moyens il a employés pour atteindre ce but. Nous n'avons non plus
raient suivi sa seigneurie dans dernières tournées sans pouvoir obtenir d'audience. Jbeux fois lord Auckland aurait visité la ville impériale de Debli , et deux fois il l'aurait quittée sans l'échange ordinaire de compliments officiels avec le chef de la plus noble race et de la plus ancienne peutêtre du monde asiatique. Entouré de ses gardes, enivré des victoires que la vigueur et la prévoyance de sa politique avaient préparées, lord Auckland aurait ignoré toutes les misères infligées à la population par les mesures (mancières auxquelles nous avons fait allusion, et qui fournissent aux collecteurs des revenus de dangereux prétextes pour contester la validité des ai le temps ni l'intention d'apprécier titres et ébranler des droits de prom ce moment les principaux actes de priété longtemps respectés ; en un tan administration, nous nous borne- mot, lord Autbland aurait été, sans toits a dire que sa politique en gé- Je savoir, l'instrument d'une accai*ral nous a paru manquer de dignité, blante ojipression, et le gouvernement di&tiileté et de force; mais le nom de s'apercevra trop tard que l'estime et lord W. Bentinck a mérité de vivre et la continuée des peuples ont fait place
ritra dans la postérité par le souvenir «"un acte qui suffisait a lui seul pour honorer tout un gouvernement : 1 abolitioa du satU (*).
L'o ifiiinistration de lord Auckland parait s'être moins adressée aux sympathies de la masse des populations tndieCncs mje celle de lord bentinck.
On î*acctjse surtout d'avoir adopte des mesures financières dont le principe et le mode d'exécution blessent la justice, et ne remplissent les coffres de
(*) SmUi, vouve hiudoue qui se brûle sur >f t>6dit*r avec Je corps de «on mari. Qn donne le même nom k W cérémonie rejipeuA*- duui cet acte fanatique e»l le cpiofiJmiriii miiupensable. JLe saiti a été aboli 4aa> Ici territoires d«l« Compagnie pai* lord \, en iSaç.
à une haine implacable qui saisira avidement toutes les occasions de vengeance.
Il y a , nous n'en doutons pas , une grande partialité dans ce jugement porté sur l'administration intérieure de lord Auckland ; mais il nous paraît extrêmement probable que les préoccupations continuelles de haute politique n'ont pas permis à ce gouverneur général de donner son attention à des détails dont les parties intéressées se sont aisément exacéré l'importance, et on ne saurait mer que Paspect général des affaires n'ait présente dans ces dernières années des symptômes assez alarmants pour appeler toute la sollicitude, toute l'activité et toutes les ressources du gouvernement suprême. Les intrigues îe la Perse et
L'UNIVERS
de la Russie d'un côté, l'attitude hostile du Napâl et de l'empire Birman de l'autre , les dispositions douteuses de certains États tributaires dans le nordouest et dans le Dekkan ; enOn , les complications que pouvaient amener d'un instant à l'autre la mort de Randjit-Singh et l'incapacité reconnue de l'héritier présomptif du trône du Pandjab; toutes ces causes réunies faisaient une loi à lord Auckland de s'occuper, avant tout , du renversement de toute opposition intérieure à l'influence de son gouvernement, et de faire avorter toute tentative extérieure contre le maintien de cette influence.
Plusieurs démonstrations importantes, plusieurs expéditions décisives devaient avoir lieu dans ce but, et la chaîne de. ces entreprises hardies, après avoir flxé 'son premier anneau sur le plateau de l'Afghanistan, vient de traverser les mers pour aller trouver en Chine un nouveau point d'appui. Les opinions de quelques publicistes ont été partagées sur la question de savoir si la puissance anglaise doit perdre ou gagner, en dernier résultat, à l'expédition d'Afghanistan, et l'on a été jusqu'à soutenir que c'était une grande imprudence ou même une faute immense à lord Auckland que d'avoir passé l'Indus, et d'avoir ainsi attiré l'attention et les forces de la Russie de ce côté (comme si l'attention de la Russie avait cessé, depuis Pierre le Grand, d'être dirigée vers la Perse et l'Asie centrale!) Selon nous , la véritable question , au moimf la question préalable, est de savoir si l'Angleterre pouvait éviter de passer /' Indus, et nous ne craignons pas d'affirmer qu'elle se trouvait, depuis plusieurs années, dans la nécessité fatale de franchir cette barrière , pour en fortifier les approches, et la rendre inexpugnable, autant au moins qu'il était au pouvoir de la politique et de la stratégie de le faire. Nous pensons que l'Angleterre a fait preuve de sagesse et d'habileté à la fois en rétablissant Shah - Shoudiah sur le trône de ses pères, et qu'il était d'une bonne et saine politique de songer à
reconstruire avec les débris épars de la monarchie douranie un État qui * etU intérêt à défendre cet empire contre les tentatives, envahissantes de l'Occident. Nous crovons même qu'il eût été sage de faire, il y a six ans, ce qu'on a fait l'année dernière, et que lord W. Bentinck aurait pu recueillir, à moins de frais, pour la nation et pour lui-même, la moisson de gloire
3ue son successeur a été conquérir ans l'Afghanistan.
Cette expédition que le ministère anglais, dans p!a séance du parlement du" 6 février dernier, a qualifiée à juste titre de miracle moral, cette expédition qui a employé vingt-deux mille hommes, un matériel immense, vingt-sept mille chameaux, qui a parcouru une distance de mille trois cent cinquante milles jusqu'à Caboul, se liait à un vaste système d'opérations dont l'accomplissement a exigé un surcroît de quarante mille hommes de toutes armes dans les forces anglo-indiennes. Ces précautions étaient nécessaires, et le ministère l'a déclaré dans cette même séance; on avait su de la manière la plus positive que quelques-uns des chefs mal i rat tes, le radjah de Népal , le souverain de Djodpour, le nawûbdc Ivarnoul, etc., méditaient des projets hostiles (*).
(•) Le 18 octobre i83tj, le nawàh de Karnoul fut fait prisonnier après une résistance courte , mais furieuse. Les troupes du nawâb, composées principalement d'Arabes, d'Afghans et de quelques Beloutchis, paraissent avoir fait preuve d'uu courage désespéré , d'un dévouement chevaleresque , « dignes d'une meilleure cause , - disent It-s relalious anglaises. La variété infinie et la profusion d'armes et de munitions découvertes dans les raves du Zénana témoignent de la mouomauie v raimeut étrange du nawâb, qui n'avait pas dû dépenser moins de six lacs de roupies (r,5oo,ooo fr.) à l'achat seul du métal qu'on a trouvé en nature ou sous forme d'instruments de guerre de toute espèce. Le secret et l'intelligence avec lesquels ces opérations avaient été conduites ont donné lieu de penser que cette affaire de Karnoul n'était peut-être qu'une ramification d'un complot plus étendu pour le renversement
L'issue de la campagne d'Afghanistan doit avoir une influence salutaire sur la stabilité du pouvoir anglais dans l'Inde. L'effet moral de la prisede Ghizni et de Kelât a été immense; il ne fallait rien moins que ces éclatants triomphes pour couper court aux intrigues ourdies par les chefs du Sindh, du Radjpoutana et du Dekkan, et arrêter les combinaisons hostiles du souverain d'A va et des Népalais. Aussi, dans les remercîments votés par le parlement à lord Auckland (séance du 6 février 1840), est-il rendu hommage au jugement et à l'habileté avec lesquels tes ressources de l'empire anglais dans l'Inde ont été appli- (ptèesj sous sa direction, aux opérations militaires à l* ouest de V Indus.
Comme ces événements joueront nécessairement un grand rôle dans les destinées de l'Orient, et que ce qui («t passé, depuis un an environ, près mes de l' Indus, commence, selon toute probabilité , une ère nouvelle pwfempirc hindo-britannique, nous erorons utile de résumer ici et d'examiner sommairement ce que Ton sait de positif, tant sur les causes prochaines rt éloignées de l'expédition d'Afghanistan que sur les circonstances me% «*s de cette expédition et sur ses ré- «itats.
L'Afghanistan proprement dit s'étfnd du soixante-et-unième au soixante-dixième degré de longitude est. et du trentième au trente-cinquième de- *ré de latitude nord environ. II est borné à l'est par la Perse, à l'ouest par Hndus, au nord par l'Hindou- Koh ' prolongement de l'Himalaya), au sud
du pouvoir anglais dans l'Inde. I,c naw Al» Mit été conduit an fort de Tritchinopoli , «m il a été assassiné le 1 1 juillet dernier j>ar une des personnes de sa suite. Le nawâb "ait, à ce qu'il parait, témoigne l'intenton d'abjurer le mabomélisme et d'entrer «ian« le seiu de l'église chrétienne; mais le «le fanatique des vrais croyants n'a pas touln pmneltre l'accomplissement de ce vandale, et le nawab a élé frappé du coup avorte! dans l'église même du fort où il venait dauîiter au service célébré par le missionnaire anglais.
du Béjoutchistan. Les deux principaux États de l'Afghanistan sont les royaumes de Kaboul et de Kandahar .Les capitales qui donnent leurs noms à ces royaumes sont les points de communication de l'Inde avec la Perse et la haute Asie. - Depuis l'antiquité la plus reculée, disait l'historien du règne d'Akbar, Aboulfazel (en 1602), Kaboul et Kandahar sont regardées comme les portes de l'Hindoustan; l'une y donne entrée du Tourân, l'autre de'lTrfln, et, si ces places sont bien gardées, le vaste empire de VHindoustan est à l'abri des invasions étrangères (*). »
Dans ce peu de mots révélés à I Europe pour la première fois en 1783, sous l'administration de Warren Hastings (**),aété l'enseignement de l'Angleterre ; elle vient de prouver, quoique un peu tard , qu'il n'avait pas été perdu pour elle.
L'Afghanistan fit partie de l'empire moghol jusqu'à l'invasion de Nndcr Shah (1738-39). « Kandahar, qui tire son nom de Ta ville capitale ou qui lui donne le sien, dit un vieux voyageur, est la province la plus occidentale des Indes et a pour voisin le roi de Perse, qui en a souvent été le maître : aussi est- ce pour cette province que les rois de Perse sont presque toujours en guerre arec le Grand-Magot, comme ils le sont du coté de la Turquie pour Kagdad et Erivan. » Ainsi, il y a deux cents ans, des rivalités semblables a celles qui nous occupent aujourd'hui étaient déjà depuis longtemps en présence.
ÎNadcr Shah exigea la cession des provinces à l'ouest de l'Indus , avant de rendre à l'empereur Mohammed Shah le sceptre qu'il avait arraché a sa main débile. Privé de cette base et miné intérieurement par une organisation vicieuse, l'empire moghol croula
(•) Àin-Akbery^ vol. IT, pag. i65.
(*•) Warren Haslings était gouverneur général des Indes anglaises quand F. Ol.nlvtin entreprit la traduction de l'Aïn-Akhery. Ce fut sous le patronage de ce grand homme que l'ouvrage fut publié, et il lui fut dédie à Calcutta, le x" septembre 1 7» J.
L'UNIVERS
de toutes paris. La Perse , cependant, ne jouit pas longtemps des avantages qu'elle devait moins a sa force réelle et à ses propres ressources qu/au génie et a ta fortune d'un homme.
A la mort du conquérant persan, en 1747, Mmed h/uin, l'un de ses généraux , et chef de la tribu des Abdalis (connus depuis sous le nom de Mourante), devint maître de l'Afghanistan, et se lit couronner roi a kandahar sous le titre de Ahmet Shah Dour-é-Douràn (la perle du siècle).
Actif et habile autant que brave, Ahmeh Shah porta la terreur de ses armes de Delhi a Asterabad ; et , à sa mort, en 1773, il laissa à son fils Timour un empire dont les limites extrêmes avaient été naguère l'Oxus au nord, la mer et les embouchures de l'Indus au midi, le kashmir et les monts Himalaya a Test , la Perse au delà de Meshêd à l'ouest. Timour Shah , loin de continuer la vie belliqueuse de son père, ne lit aucun effort pour rétablir l'autorité royale , compromise dans le Pandjab et les provinces voisines, et se cou* tenta de régner à peu près paisiblement, pendant vingt ans, sur les provinces a l'ouest dB l'Indus. Il mourut en 17U3. Les intrigues du Zénana. appuyées de l'influence de la tribu des Jtarekzais , placèrent d'abord sur le. trône l'un des plus jeunes fils de Timour, Zêman Shah, qui , pendant un règne agité de quelques années, essaya de reconquérir le Pandjab, et annonça même la folle intention d'envahir l'Hindoustan. Si ce projet eût pu avoir un commencement d'exécution , les intérêts anglais dans l'Inde auraient été sérieusement , quoique momentanément, compromis. Le gouverneur général des Indes anglaises à cette époque ( homme si justement célèbre, et auquel la postérité rendra encore un plus éclatant hommage que celui qu'il obtient de ses contemporains ) , le marquis de Wellesley ("), ne crut
(*) Frère aîné du duc de Wellington. Le marquis de Wellesley était capitaine général en même temps que gouverneur général. Le duc de Wellington, alors seuleuieul Yhono-
pas inutile de se prémunir contre le dangerqui semblait menacer rUifluenee anglaise dans le nord de PHindoustan.
La mission du capitaine J. IVIakolm (depuis sir John M.ilcolm) à la cour de Perse, én X 799-1 800, eut pour objet principal de déterminer b Perse à donner tant d'occupations à Zêman Shah chez lui , qu'il ne pût songer sérieusement, de Irais ans au moins, à troubler la tranquillité die l'Hindoustan. Le gouverneur général assignait ce terme de trois ans aux arrangements politiques et financiers qu'il avait en vue pour mettre les possessions de la Compagnie et de ses alliés en ct.it de délier toute agression étraugere. Comme encouragement à l'adoption de ces mesures, Malcolm était autorisé à offrir à la Perse un subside anuuel de trois à quatre lacs de roupies ( environ un million de francs), garanti pour trois ans. H lui était recommande en outre de tirer parti, autant que faire se pourrait, de l'inimitié qui depuis la mort de Timour régnait entre ses fils, et qui avait deja amené des luttes sanglantes à ta suite desquelles deux de ces princes sï'taicnt réfugiés à ta cour de Perse (*)• Admettant que le shah de Perse s'engageât à suivre le plan d'opérations traee par le gouvernement anglais, celui-ci déclarai/- ne prétendre a aucune part des conquêtes ou du butin gui pourraient être acquis par la Perse, en cas de guerre arec Zêman Shah, A cette époque, l' Angleterre trouvait convenable de jouer précisément le rôle qu'elle accuse la Russie d'avoir joué dernièrement devant Hérat. Ix)rd Wellesley armait la Perse contre l'Afghanistan ; aujourd'hui , au contraire , lord Auckland arme f Afghanistan contre ta Perse. Les laits curieux que nous venons de rapporter sont constatés par la correspondance de lord Wellesley, récemment publiée en Angleterre, et qui
rable Arthur Wellesley, servait dans l'Inde à celle époque en qualité de major général.
(') Shah Mahmoud et le prince Kamràn son lils.
un recueil du plus haut intérêt (*). Shah Zéman eut bientôt en effet trop d'occupations chez lui pour tonner a inquiéter l'Inde anglaise(**).
Les prêtent. ou* rivages de ses frères ( Mahmoud et ghoudja ) trouvèrent ue nouveau* et de plus actifs soutiens.
Leurs intrigues et l'im prudence du shah armèrent contre lui la tribu des Barskiai*, dont l'influence l'avait part* au troue. Une. conspiration fut découverte : le shah fit mettre à mort six des principaux seigneurs qui s'y trouvaient compromis, et paru» eux, le chef de cette puissante t/ibu, Sarferuze Khan. Le fils de ce dernier, te célèbre Fatteh Khan, avec tous les Barvk- V2wt , épousa immédiatement Les intérêts de S h ah- Mahmoud , cet autre lils de Timour, que la Perse, de concert avec l'Angleterre, avait pris sous sa protection.
Le royaume , après quelques mois de tranquillité, fut livré de nouveau a«x horreurs de la guerre acharnée <pie se livraient depuis six ans ces ireux frères. Dans le cours de
(*} H'eUestrj Despatches , vol. V, p. 82 •t wiv.
(") Il nVst pas sans intérêt dé voir comment sir John Mal col m lui-même rend compte dis résultats généraux de cette première mission , dans son Histoire politique de F Inde : - Celte mission , dit- il, eu. le le plus complet. l'envoyé anglais icnt rendit à décider, le roi de ï à attaquer dit nouveau le Khorassaii, ce qui eut pour effet d'obliger Zémun SI10I1 à abandonner ses dessein sur l'indc, mais encore il détermina ce prince à conclure avec le gouvernement anglais des traités d alliance et de commerce excluant complètement les Français de la Perse, et assurant aux Anglais tous les avantages qui pouvaient résulter de ces nouvelles relations. H n'v a aucun doute, ajoute Malcolht, que si fou eât cultivé cette aINance avec le même esprit de pré voyance et la même pénétration qui l'avaient 'commencée, l'influence du gon-
roiient, aurait été à l'abri de ^plupart des dangers auxquels elle a été subséquentmenl exposée. • ( Political H'utory of India, i8»6, vol. I, pafr a7a).
cette campagne , Shah Zêman , trahi par un des s,îens, fut livré à Mahmoud, qui lui fit arracher les yeux. Nus tard (en 1803), Mahmoud était à son tour détrôné par Èhàh Shoudjâ , et Shah Zêman délivré par le nouveau roi (son frère par la même mère) , dont il devait suivre désormais fa fortune et partager les humiliations et l'exil. Ainsi le gouvernement de la Compagnie fut délivré d'un ennemi qu'il avait un instant redouté, mais dont il avait si activement contribué à amener la ruine.
Réfugié d'abord daus le Patuljab (où Randjit-Singh, le sachant sans ressources , hii avait accordé à regret un asile ) , et quand il eut expie par quinze années d'infortunes les alarmes Que son ambition avait causées, le monarque aveugle et mendiant , depuis longtemps à charge à son hôte , trouva enlin un exil paisible. et du pain à Loudinna (•), où Shâh Shottdjd luimême l'avait précédé.
De 1803 à 1809, Shàh Shoudjâ avait occupé un trône mal affermi. Il conclut à Peshdver% en 1809, un traité d'alliance avec le gouvernement suprême des Indes anglaises. Les alarmes que l'ara bassade française envoyée en Perse par l'empereur Napoléon, venait de créer, déterminèrent le gouverneur général, alors lord Minto, à fortifier par de nouvelles alliances l'attitude politique de l'Angleterre dans 1 Inde. Sous ce rapport, L'année 1809 eut des résultats reitaaraueble6 , surtout eu ce qu'elle établit des relations, d'une importance plus réelle et plus durable qu'on n'avait, du. le prévoir, entre le chef sikb, IVandjit-Singb, et le gouvernement anglais , et en ce qu'elle initia ce gouvernement , par
Fintermcdi ai re de l' honorable Mountsluart Klphinstone ( homme d'une si haute distinction sous tous les rapports), au véritable caractère des peuples de l'Afghanistan, aux -formes singulières de la monarchie dbtirrînî , à la nature et aux ressources du pays.—
(*) Ville et station importantes sur le territoire anglais et sur la rive gauche du Sutledge.
. Le traité conclu avec Shâh Shoudjâoul-Moulk, en 1809, a porté ses fruits trente ans après, en désignant le royal pensionnaire au choix du gouvernement suprême pour opérer, sous les inspirations soudaines de la politique anglaise, la régénération de l'Afghanistan.— Il est curieux et instructif de comparer les deux époques, et, pour atteindre sûrement ce but , nous allons d'abord faire connaître les traités signés, en 1809, avec le roi de Perse , le roi de Kaboul , le radjah de Lahore et lesamîrsde Sindh.
Traité préliminaire avec la Perse , conclu par sir Harford Jones , le \2 mars 1809 (*).
Au nom de celui gui est toujours nécessaire, qui suffit a tout et à tous, qui est éternel, et qui est le seul protecteur véritable , etc. , etc. , etc.
Art. rr. Comme il faut quelque temps pour discuter et rédiger un traité définitif d'alliance et d'amitié entre les deux grands États , et attendu que, dans les circonstances actuelles, il est urgent que quelque chose soit fait sans retard , il est convenu que ers articles, qui doivent être regardés comme préliminaires , deviendront la base d'un traité définitif d'étroite et sincère amitié et d'éternelle union ; et il est également convenu que ledit traité définitif, déclarant d'une manière précise les désirs et les obligations de chaque partie , sera signé et scellé par les mêmes plénipotentiaires, et deviendra obligatoire pour les hautes parties contractantes.
Art. 2. Il est convenu que les arti-
(*) Ce Imité fue conclu sans le concours du gouverneur général, qui protesta énergiqueinent contre une mesure qui tendait évidemment a rabaisser le gouvernement suprême de l'Inde dans l'opinion des Persans. II fit repartir Malcolm pour la cour de Téhràn en qualité d'envoyé extraordinaire. C'était la troisième mission dont cet officier était chargé à cette cour depuis 1 8oo. (Voyez quatrième partie, Inde moderne, et pour de plus amples détails, Malcolm's poliiical History oj India% vol. I, p;ig. 41 \ et suiv.)
cles préliminaires, formés par la main de la vérité et de la sincérité, ne seront ni changés, ni altérés; mais qu'il doit en résulter une augmentation} journalière d'amitié, qui durera éternellement entre les deux Majestés sérénissimes , leurs héritiers , successeurs , leurs sujets, états, provinces et pays.
Art. 3. S. M. le roi de Perse juge nécessaire de déclarer qu'à dater du jour de la signature de ces articles préliminaires, tout traité ou arrangement qu'il peut avoir conclu avec aucune autre puissance européenne, est considéré comme nul et non avenu, et qu'il ne permettra à aucune force européenne de traverser la Perse pour se diriger, soit vers l'Inde , soit vers les ports de ce pavs.
Art. 4. En cas qu'aucune force européenne ait envahi ou doive envahir le territoire de Sa Majesté le roi de Perse , S. M. Britannique devra fournir à S. M. le roi de Perse un corps de troupes , ou , en son lieu , un subside avec des munitions de guerre, telles que canons, fusils, etc. , et des officiers en nombre qui sera , de part et d'autre , reconnu suffisant pour expulser l'ennemi ; le nombre des troupes qui devront former le corps auxiliaire, ou le montant du subside, aussi bien que la quantité de munitions, etc., seront , plus tard , réglés par le traite définitif. Dans le cas où S. M. le roi d'Angleterre ferait la paix avec la puissance européenne en question , S. M. Britannique fera tout ce qui dépendra d'elle pour négocier et conclure la paix entre S- M. Persane et cette puissance. Mais si ( ce qu'à Dieu ne plaise) les efforts de S. M.
Britannnique ne réussissaient pas à atteindre ce but, alors le corps d'armée auxiliaire ou le subside, selon ce qui sera mentionné dans le traité définitif, idevra rester à la disposition du roi de Perse, tant que durera la présence desdites forces européennes dans les territoires de S. M. Persane , ou jusqu'à ce que la paix soit conclue entre S. M. Persane et la puissance européenne en question ; et il est de
plus convenu qu'en cas que les possessions de S. M. Britannique dans flnde soient attaquées ou envahies par 1rs Afghan^ ou toute autre puissance, S. M. le roi de Perse fournira un corps d'armée pour la protection desdites possessions, selon les stipulations contenues dans le traité définitif.
Art. 5. Si un détachement de troupes anglaises arrive de l'Inde dans le golfe Persique , et , par le consentement de S. M. Persane, débarque dans llle de Rarrak, ou dans aucun des ports persans, il ne devra, en aucune façon, prendre possession de ces lies ou ports , et , à compter de la date de r« articles préliminaires, ledit détachement, dont la force sera fixée dans le traité définitif, sera à la disposition de S. M. le roi de Perse.
Art. 6. Mais si lesdites troupes restent, par le désir de S. M. le roi de Perse, soit à Karrak, soit dans un autre port du golfe Persique , elles seront traitées par le gouverneur de /'endroit de la manière la plus amicale, rt des ordres seront donnés à tous les gouverneurs du Farsistan pour que les provisions nécessaires, en telles quantités que ce puisse être , soient fournies a ces troupes au comptant et au prix du jour.
Art. 7. En cas de çuerre entre S. M. Persane et les Afghans, S. M.
le roi de la Grande-Bretagne ne devra y prendre aucune part , à moins que ce ne soit d'après le désir exprès des deux parties, et comme médiateur pour négocier la paix entre elles.
Art. 8. Il est reconnu que ces articles préliminaires sont conclus dans un but purement défensif , et doivent être compris comme tels. Il est aussi convenu que, tant que ces articles préliminaires resteront en force , S. M.
le roi de Perse ne devra entrer dans aucun engagement hostile à S. M.
Britannique, on qui puisse avoir des résultats préjudiciables ou désavantageux pour les territoires anglais dans Plnde.
Ce traité est conclu par les deux parties dans l'espoir qu'il sera éternel ,
et qu'il engendrera les plus beaux fruits d'amitié entre les deux rois sérénissimes (*;.
(*) Le traite définitif conclu le i5 novembre 1814 a été regardé depuis celte époque comme la base des relations politiques des deux États; mais il n'a pas amené les résultats que l'Angleterre s'en était promis. En voici les dispositions principales :
Par l'article i , dans le cas où Tune quelconque des puissances européennes voudrait envahir l'Inde par la route de Kharism, Tartai islân , Rokharâ , Samarcand ou autres routes , S. M. Persane s'engage à déterminer, autant que cela sera en son pouvoir, soil par la terreur de ses armes, soit par des négociations, les rois ou gouverneurs de ces ^ pays à s'opposer à une telle invasion.
L'art, a porte que. ... S. M. Britannique s'engage à n'intervenir dans aucune dispute qui pourrait s'élever par la suite entre les princes, seigneurs et chefs principaux de la Perse, et s'il arrivait jamais que l'un d'eux proposât de livrer une province de Perse au gouvernement anglais , dans le but d'obtenir l'assistance de ce gouvernement , celui ri ne consentira pas à une sctultlahle proposition, ni ne se mettra en possession , par ce moyen, d'une jwrtic du territoire de la Pei>e.
l.'art. 3 stipule nue les limites des États de la Russie et de la Perse seront déterminées sur les hases admises |>ar la Grande- Bretagne, la Perse et la Russie.
L'art. Oxe à deux ceut mille tomâns le montant du subside annuel dont mention a été faite dans le traité préliminaire, et spécifie les conditions du payement. (Ot article et l'article 3 ont été annulés par une convention particulière en 1S28.)
Par l'art. 8 la Perse s'engage, en cas de guerre entre les Afghans et les Anglais, à envoyer une armée contre les Afghans; l'AngleteiTe se chargeant de pourvoir à l'entretien de ces troupes.
L'art. 9 est la reproduction à peu près littérale de l'art. 7 du traité préliminaire nui interdit toute intervention de la part de l'Angleterre entre les Persans et les Afghans, en cas de guerre, à moins que sa médiation ne soit sollicitée.
L'art. 1 1 et dernier prévoit le cas où ta Perse pourrait demander à l'Angleterre de lui envoyer des vaisseaux et des troupes (la Perse payant les frais de l'expédition), et, dans ce cas, le secours demandé serait, si les circonstances le permettaient , mis à la
L'UNIVERS
Traité avec les .4min de Sinde (*) , daté 22 août 186».
Art. ttr. Il y aura amitié éternelle entre le gouvernement anglais et celui de Sinde , c'est-à-dfre (ou représenté par) Mîr-Gholam-Aly, &Wr-Kurrftn- Aly et Wîr-Mourad-ÂIy.
Art. 2. L'inimitié ne paraîtra jamais entre les deux États.
Art. 3. L'envoi mutuel des vakils continuera toujours entre les deux gouvernements, savoir : le gouvernement anglais et le gouvernement sindien.
Art. 4. Le gouvernement de Sinde ne permettra pas l'établissement de la tribu des Français dans le SwinV.
Écrit le 10 du mois de rudiûb-oulmourudjûb, dans l'an f224 de rhégire, correspondant au 22 août 1809.
Traité avec Randjît-Singh , le radjah de Lahore, daté 25 avril 1809.
Atlcndu que certains différends qui s'ét.-iient élevés entre le gouvernement anglais et le radjah de Lahore ont été heureusement et amicalement réglés , et que les deux parties ont le vif désir de maintenir les relations de bonne amitié et de concorde, les articles de traité suivants , qui lieront également les béritiers et successeurs des deux parties , ont été conckis entre le rad>- [ah Randjft-Singh, d'une part, et le gouvernement anglais, par l'entremise de M. Charies-The*>phi4us Metcalfe , d'autre part.
Art. rr. n v aura amitié perpétuelle entre le gouvernement anglais et l'État de Lahore. Celui-ci sera traité par le
disposition de S. M. Persane, mai» les vaisseaux anglais ne pourraient, sans permission expresse ou à moins de nécessité absolue , jeter l'ancre que dans certains ports désignés par le gouvernement persan.
Il est curieux de mettre en regard lea dispositions de ces traites avec les événements de i838-3g*
(*) Nous écrivons ici le nom de cette principauté comme nous le trouvons dans le document offiriel soumis au parlement , mais l'orthographe véritable du mot (sanscrit d'origine) est Sindh , et les Peraaus l'écrivent
premier sur le même |>ied que les puissances les plus favorisées , et le gouvernement anglais tfaora à s'occuper en rien des territoires et sujets du radjah au nord de la rivière Sutledse.
Art. 2. Le radjah n'entretiendra jamais sur le territoire occupé par lui ou ses détendants sur h» rive gauche de la rivière Suthedge que le nombre de troupes nécessaire pour la police intérieure de ce territoire; il n'empiétera, ni ne souffrira aucun empiétement sur les possessions ou droits des chefs du voisinage.
Art. 3. En cas d'infraction d'aucun des articles précédents, ou oYime déviation des règles de l'amitié de la part de l'un quelconque des deux Etats, ce traité sera considéré comme nol et non avenu.
Art. 4. Ce traité consistant en quatre articles , avant été arrêté et conclu à Umritsir, lé 25e jour d'avril t809, M. C. T. Metcalfe a remis au radjah de Lahore une copie du traité, en anglais et en persan , après y avoir apposé son cachet et sa signature; et ledit radjah a remis , de son coté , une copie dudit traité, revêtue de son cachet et de sa signature ; M. C. T. Metcalfe s'engage a fournir au radjah , dans le délai de deux mois , une copie du même document, ratifiée par le très-honorable gouverneur général, en conseil , et , à la réception par le radjah de ladite copie ratifiée , le présent traité sera considéré comme définitif et obligatoire des deux côtés, et ra copie qui vient d'être remise au radjah sera rendue.
Traité avec le roi de Caboul , daté 17 juin 1809.
*' Attendu qu'en conséquence de la confédération projetée entre les Français et le gouvernement persan , dans le but d'envahir les possessions de S; M. le roi des Douranîs, et ultérieurement celles du gouvernement anglais dans l'Inde, l'honorable Mountstuart Elphinstone a été expédié à la cour de S. M., en qualité d'envoyé plénipotentiaire, de la part du très-bonorable lord Mmto, gouverneur géné-
ni, exerçant une autorité suprême mr toutes tes affaires civiles, pontifies ef militaires dans les possessions Jfiîhwes dons l'Inde , (tans le but de cortce rrer, avec les ministres de S. M. , hrs niovens <ie défense mutuelle contre ITnvasion probable des Français et des Persans ; e6 attendu que ledU amfeaSsadeor avant eu l'honneur d'être présenté à S. Ht. , et de lui expliquer le but amical et avantageux de sa mission , S. JH. , sensible aux avantages d'une alliance et d'une coopération antre les deux États , dons te but- exprimé ci-dessus , a ordonne à ses ministres de conterer avec FhonoraWe >fountîtaart Elphinstone, et, consultent le bien-être des deutf États , de conclure une alliance amicale; et certains articles o> traité ayant été, en conséquence, convenus entre les ministres de 9. M.
et F ambassadeur anglais , et confirmés par l apposition du sceau royal , une copie traité ainsi conçu a été transmise par l'ambassadeur pour la ratiflcationthi gouverneur général^ qui, consentant aux stipulationscontenOesduns cet acte , sans aucune modification , a renvoyé, pour être remise à* Si i\k , une copie "de ces articles, ainn» qu'ils sont ri-dessous trancnts, dûment) ratifiée par le cachet et la signataro du gouverneur général1 , et les signatures des membres du gouvernement anglais dans Plnde. Et les obligations des deux gouvernements , maintenant et pour toujours, seront réglées exclusivement et «terminées par la teneur de ces articles , qui sont comme suit :
Art. i'r. Comme les Français et les Peisans se sont Hgués contre l'État de Caboul, s'ils voulaient passer à travers les possessions du roi , les serviteurs du trône céleste s'y opposeront , et feront tout ce qui dépendra d'eux, en les combattant et les repoussant pour ne pas leur permettre de pénétrer dans l'Inde anglaise.
Art. 2. Si les Français et les Persans, par suite de la ligue formée entre eux , s'avançaient vers le pays du roi de Caboul avec des intentions hostiles, te gouvernement anglais, voulant sincèremfTOt contribuer à les re-
pousser, se regarderait comme engagé a> subvenir aux dépenses nécessitées par ce qui est mentionné dans Kartteie précédent, autant que cela sera eu son pouvoir. Tant que la ligue entra les Français et les Persans subsistera, ces articles seront considérés comme étant en vigueur, el les deux parties seront tenues de s'y conformer.
Art. a. L'amitié et l'union sont établies à jamais entre les deux- Étals. Le rideau de la séparation sera levé entre eux: niais aucun des deux» pays» ne se mêlera en rien des affaires de l'autre: et le roi< de Caboul ne permettra à- aucun individu français- l'entrée de ses territoires.
Les fidèles serviteurs des deu» fttats étant d'accord- sur ce traité , les conditions de confirmation et do tarification ayant été remplies, ce document a été scellé et signé par le très- honorable gouverneur général et les honorables membres du gouvernement suprême de l'Inde, ce 17e jour de juin 1-809 , correspondant à l'année de l'hégire.
Cette même année , Shoudjâ-oul- Moulk , qui n'avait pu réossir à- rallier les Knrekaaïs a sa cause, rut obligé de ftiir devant In vinir FaHeii Khan, qui, déjà une fois, avait placé la couronne sur ta» tète de Shâh WaAmoudi et qui de nouveau exerça le pouvoir suprême au> nom de ce prince, de I8«>à 18*8* Sùâh Shondjâ> avait trouve dans le Pancfyat) Hn asilft qui devait, trois ans plus tard, lui codter si oher. H fit do courageux mais voins efforts pour rétablir son autorité , d'abord dans» ta province de Pesh&rer, puis dans le Moultùn , et enfin dans lo Nctshmir. H* fut forcé de repasser Pendu» én 18*0-, et une seconde tentative, en I*8tls eut pour résultat de le ftnro tomber entre les mains du gouverneur ÛAttoeh, sur l lndus. Celukri le livra bientôt à son frère, gouverneur de Kashmir, d'où , après des dangers et des souffanocs inouïs, il parvint à s'échapper eu 1812, et vint de nouveau- demander l'hospitalité à Randjit-Singh. S?îl ne restait plus au roi fugitif m armée, ni rcs-
I/UNIVERS
sources politiques, il lui restait encore , et Randjît-Singh le savait , des pierres précieuses d'une immense valeur, et une, entre autres, le koh-é~ nour (montaene de lumière) , ce diamant merveilleux qu'aucun souverain n'était assez riche pour acheter, et que la conquête ou le pillage pouvaient seuls faire changer de maître. Du trésor de Golconde , il était passé au palais des empereurs moghols, du palais de Delhi à la tente de Nader Shâh , où , quand ce conquérant fut assassiné, en 1747, Ahmed saisit le hoh-énour d'une main, et la couronne de l'Afghanistan de l'autre. Randjît-Singh aspirait depuis longtemps à la possession du koh-é-nour; après avoir offert sans succès un ajaghir (fief) avec place forte pour la cession du trésor qu'il convoitait, il eut recours aux menaces, puis aux traitements les plus insultants et aux persécutions les plus incessantes. Les tourments de la captivité, de la faim , de la soif, tout fut mis en usage, et le shâh, vaincu par . la persévérance de son bourreau , craignant , non-seulement pour sa vie , mais encore pour l'honneur et la vie des bégoms (*), consentit enlin à remettre aux mains cupides du maharaja le joyau si ardemment désiré.
Mais Randjît-Singh n'était pas encore satisfait : il fit, peu de temps après, saisir par des femmes, dans I intérieur des appartements des bégoms, tous les objets précieux sur lesquels on put mettre la main , et examinant les* paquets qui en furent faits et qui lui lurent apportés, il s'appropria un grand nombre de bijoux, d'armes de prix, de tapis , etc. Shâh Shoudjà et sa famille furent ensuite relégués par ses ordres dans un obscur réduit, où il leur fit éprouver toute sorte d'indignités , les accusant de menées hostiles à ses intérêts. En novembre 1814 , les bégoms, sous le costume de femmes hindoues, parvinrent à s'échapper et se réfugièrent à Loudiana, sur le ter-
(•) Bégom ou bégam% princesse ou femme d'un haut rang chez les musulmans. Femme de Bég, chef ou 'seigneur, en moghol.
ritoire anglais. Sliàh Shoudjà réussit à son tour à se soustraire, comme par miracle, à la surveillance de Randjît- Singh, et après avoir tenté, mais en vain, de pénétrer dans le Kashmir, à la tête d'un corps de troupes qu'il était parvenu à lever dans les montagnes , vint rejoindre sa famille à Loudiana , en septembre 1816, et reçut une pension annuelle de quarante -huit mille roupies du gouvernement anglais.
Shâh Ztman tut admis, plus tard , à partager la retraite de son frère, et il lui fut alloué vingt-quatre mille roupies par an.
Cependant le gouvernement de l'Afghanistan reprenait quelque unité et quelque force sous l'administration vigoureuse de Fatteh Khan; mais ce ministre, dont les hautes qualités et l'influence portaient ombrage à Shah Kamràn, fils de MaJimoud, ne jouit pas longtemps de sa fortune. Il fut égorgé, en 1818, en présence des deux princes et par leurs ordres, de la manière la plus barbare. Shah Kamràn lui avait fait arracher les yeux peu de temps auparavant. La mort de ce chef fut le signal d'une insurrection générale des Harekzaïs, et bientôt les frères de Fatteh Khan se disputèrent les dépouilles des fils de Timour. Azim Kkan, l'aîné des frères, et gouverneur de Kashmir, s'était hâté de se rendre à Kaboul , et de se mettre à la téte de ce mouvement, son frère Dost- Mohammed, déjà en possession de Kaboul, lui ayant déféré le commandement dans ce moment de crise.
Jzim Khan, blessé par quelques paroles offensantes ou quelque ac»e impolitique de Shâh Shoudjâ, qu'il voulait d abord replacer sur le trône, accepta les propositions du jeune prince Àyoub (un autre fils de Timour) , qui se contentait du titre de roi, et s'engageait ù lui en laisser la puissance.
Pilais dans ces temps difficiles, où des . ambitions rivales éclataient de toutes parts, ce sceptre de parade était encore trop lourd pour la main A\4youb%
3 ni, efirayé des scènes de violence ont il était témoin chaque jour, prit la fuite et alla demander à son tour
un refuge à la cour de Lahore. Les zaï, régnait à Kaboul. Trois autres
diftrentes provinces de la monarchie frères deFatteh Khan étaient conjoin-
f«>«rent sous la domination des chefs tement souverains de Kandahar,et en
barekzais, qui finirent, de guerre mauvaise intelligence avec Dost Mo-
lasse, par s'entendre sur le partage, hammed. Un quatrième frère était
La seule province d'Hérât, où Shâh gouverneur de Peshaver, mais tribu-
Vtkmoud s'était réfugié avec son fils taire de Kandjit-Singli. D'autres chefs
dtux jours après le meurtre de Fat- de cette famille avaient établi leur au-
kh Khan% pour échapper aux ressen- torité à Ghizni et à DjeUalâbâd, dans
towntsdes Barekzais, resta en pos- une dépendance plus ou moins con-
**iond'un prince de la dynastie des testée de Dost Mohammed. Les Àmirs
bturanls. Mahmoud, qui s'était re- de Sindh, anciens vassaux de la cou-
[Ixt sous la protection de la Perse , ronne de Kaboul , avaient secoué le
mourut en 1829. Shâh Kamrân lui joug, sans rompre entièrement toute-
succéda comme souverain d'Hérât , fois leurs relations aver Shâh Shoud-
ia Perse continua à se considérer jd, dont ils avaient même secondé les
«Mme suzeraine de ce petit État tentatives malheureuses pour remon-
><p». par sa position géographique et ter sur le trône de ses pères. Les
antécédents historiques, appartient Amîrs avaient conclu, à diverses épo-
w kkoreusân), et à en exiger le tri- ques, à dater de 1809, des traités
tot. Le détail des luttes sanglantes d'alliance ou de commerce avec le
font l'Afghanistan et le haut Indus gouvernement anglais. Le traité de
onttte Je théâtre, à dater de cette 1832 stipulait qu'il serait ouvert un
<tym jusqu'en 1828, serait ici su- libre passage aux marchands et aux
Mu; deux faits importants domi- marchandises de l'Hindoustan par les
les autres : raffermissement du territoiresde Sindh, moyennant certai-
{wmoir de Dost Moluimmed Khan a nés conditions politiques et la fixa-
AafoW, l'affermissement et l'agran- tion d'un tarif pour la perception des
d&ement du pouvoir de Handjît- droits de transit. Le traité de 1834
dans îe Pandjab. Randjit-Singh avait pour but de régler ce dernier
avait $u de bonne heure profiter des point (nous y reviendrons eu traitant
îroubles de l'Afghanistan pour s'ein- du commerce de l'Inde), et, en atten-
pnt successivement des diverses pro- dant que ces conventions solennelles si
t'flossurla rive gauche de l'indus ; plausibles en théorie fissent place à
Payant soumis, de 1819 à 1823,1a des mesures praticables, parce qu'elles
principauté de Peshaver sur la rive seraient appuyées par une force intel-
«oife, et le Kashmir, il s'ouvrait ligente et prévoyante, ces traités , hc-
,!wi la route de Kaboul. Dès 1809, risses de conditions et de réserves,
Pûflune nous l'avons vu, il avait eu stipulaient, de la part de chacune
*«tt de fortifier sa puissance de fraî- des parties contractantes, le respect
date par un traité d'alliance avec le plus inviolable pour les posses-
£ gouvernement anglais, intéressé à sions de l'autre, de génération en gé-
» consolidation et à la durée de cette nération (article 2 des traites) ! — Jialk
Passante. Mais à mesure que les em- était tombé dans la dépendance de
déments progressifs deRandjît-Singh Bokhara. — Le Moultân et le Kashmir
Approchaient des territoires de Ka- étaient, ainsi que Peshaver, au pou-.
J^l. la haine politique et religieuse voir de Randjît-Singh. — lierai, enfin,
**deux chefs ne pouvait qu'enfanter était, comme nous l'avons vu, le seul
fcwuveaux troubles et compromettre débris de la grande monarchie dourà-
^ **s$e l'avenir. nie que possédât encore un prince de
tuininons maintenant quelle était la famille royale des Suddozais, S lui h
■situation politique de l'Afghanistan Kamrân.
k «» à 1838. De tous les chefs de ia tribu des
Mohammed Khan, Barek JfarckzaU, depuis la mort des deux
L'UNIVERS
aînés de cette famille {Faiteh Khcm et Jzim Khan ) , Dont Mohammed Khan paraît avoir été te seul Homme de téte, au moins le seui propre aux affaires du gouvernement ; le seul surtout oui fût en état de résister aux envahissements de Ranrijît-Singh. Il est probable qu'il aurait fini par ranger la plus grande partie de l'Afghanistan sous sa loi et fondé peut-être une monarchie durable, si les Anglais, par une inspiration de leur politique, n'eussent songé à faire prévaloir les droits si longtemps oubliés ou méconnus de leur hôte ShAtt Shoudjâ1 au trône de Kaboul. Les frères de Dost Mohammed n'avaient, au contraire, réussi à se faire remarquer, dans leur
f;ouvemertient de Kandahar, que par a persistance infatigable de leur cupidité et de leur tyrannie. Ils avaient ruiné le commerce et l'industrie, et réduit Us populations à désirer le retour de leurs anciens maîtres , les Saddozals, originaires , comme tous les Douranis, de cette portion du pays où leur antique race est en grande vénération. Hérdt n'était guère plus heureux sous la domination de Shâh Kamrân: mais ce prince était le seul rejeton de la race royale autour duquel on pot se rallier sans intervention étrangère. Il manifestait, d'année en année, l'intention de marcher contre les Barekzaïs, et l'espoir de rentrer en possession de Kandahar, siège primitif du pouvoir de ses ancêtres. Hérât appelait de ses vœux le
J'our où l'ancienne capitale lui succélerait dans l'onéreuse distinction de servir de résidence habituelle au souverain. Les chets de Kandahar, de leur côté, menaçaient sans cesse Itérât cf une invasion prochaine.
Il est nécessaire d'ajouter un dernier trait à ce tableau. L'infortuné Shâh Shoudjâ , avec plus de persévérance que de jugement, au travers de mille dangers, d'humiliations, de fatigues et tfe misères de toute espèce, s'était efforcé , à diverses reprises, de ressaisir, aux mains des usurpateurs, les tronçons d'un sceptre brisé. Le gouvernement suprême des Indes an-
glaises avait assisté, avec son humanité impassible , au triste spectacle 4e cette longue agonie. La dernière tentative du royal exilé eut lieu, avec l'assentiment du gouverneur générai , en (8*3-34; elle faisait le sujet de toutes les conversations dans le haut Hindoustan, où nous nous trouvions à cette époque. Comme précédemment , le gouvernement anglais resta spectateur de la lutte, qui fut, cette fois, assez sérieuse et d'assez longue durée, mais qui se termina d'une manière aussi désastreuse que les expéditions antérieures. 11 en eût été autrement sans doute, si les Anglais eussent pensé des lors avoir un intérêt réel ou immédiat au rétablissement de Shah Shoudjà sur le trône de l' Afghanistan.
Un secours modéré en hommes (surtout en officiers) et en argent eût suffi, selon toute apparence, pour assurer Son triomphe. Il est permis de penser, en voyant ee qui ee passe aujourd'hui, qu'il eut été a la fois plus honorable pour le gouvernement anglais, et plus conforme à ses véritables intérêts, <Je soutenir franchement et activement , en 1834, la cause qu'il a épousée avec une sympathie si inattendue en 1888.
Il en eut coûté peut-être bien dea millions de moins a l'Angleterre , et son attitude politique eût été, selon nous, plus forte encore et surtout plus digne qu'elle ne l'est aujourd'hui. Cette occasion fut manquée. Shâh Shoudjâ rentra à Loudiana, au mois de mars 1885, avec une centaine d'hommes, débris de l'armée qu'il avait conduite jusque sous les murs de Kandahar.
Les A nih s de Sindh, après bien des hésitations et des négociations, avaient essayé de s'opposer de vive force au passage du shah: complètement battus dans la rencontre qui avait eu lieu entre leurs troupes et celles de leur ancien suzerain, ils s'étaient résignés à l'aider dans son expédition aventureuse; ils le traitèrent avec respect quand il traversa de nouveau leur territoire dans sa retraite précipitée , et lui facilitèrent les moyens de regagner le territoire de la Compagnie , où il fut accueilli par le reproche que
iii 6t la presse anglaise d'avoir survécu à sa défaite (*).
Tel était donc l'état des choses , quand le roi de Perse résolut de abâuer un vassal insolent qui , depuis plumeurs années, pillait et ravageait les territoires du Khorassân et du Seistan avec impunité, marcha en personne contre Shah Kamrân , et mit le siège devant Hérât. Les motife ne manquaient pas sans doute pour entreprendre cette expédition ; les deux ministres anglais qui se sont succédé a la cour de Perse, M. Ellis et M. Mac-ISeill (depuis sir John Mac- Neill; , avaient ete forcis d'admettre la Intimité de ces motife. M. Ellis, dans son rapport du 17 avril 1836 , s'expriaatt ainsi : « J 'ai eu une audience du shah aujourd'hui ; Sa Majesté m'a fait uUerver que, comme roi et musulman, les plus fortes raisons lui faisaient un devoir de marcher sur le Khorassân; que Kamrân Mirza (c'est atou que les autorités persanes affectaient àt le désigner) et les Afghans sous ses ordres avaient enlevé douze mille sujets persans qu'ils avaient vendus comme esclaves, et avaient forcé le chet de Khaïn . également sujet de Sa Majesté, de paver tribut a Kamrân, ete. - M. Eflis avait déjà reconnu auparavant que le prince Kamrln avait manqué aux engagements pris envers la Perse, et dont les principales stipulations étaient de raser le fort de Ghonan , de renvoyer certaines familles en Perse , et de payer dix mille tomans au roi. « Le shâh, disait M. Elus, est conséquemment en droit d'exiler satisfaction par la force des armes, et , dans ces circonstances, quand «•en même le gouvernement anglais ne serai t pas lié par l'article 9 du traité existante*), qui lui interdit toute intention entre les Persans et les Afghans, il paraîtrait difficile de s'opposer a une attaque contre Hérât, ou de deliuir la limite exacte où devrait s'arrêter cette opposition. » M. Mac-
P Gntette de DeVii, i" avril i815.
(•*) L'article 9 du traité du a 5 novembre *8'4 > cité plus haut, p. 41 note.
Neiii , qui succède à M. Ellis , reconnaît pi us clairement encore , dans sa dépêche à lord Palmerston du 24 février 1337, les justes motifs qu'a la Perse de déclarer la guerre au prince Kamrân :
» Mettant de coté les prétentions de la Perse à la souveraineté d' Hérât, et considérant la question comme élevée entre deux souverains indépendants, je suis porté à croire quon trouverait que c'est le gouvernement d liérat qui a été f agresseur. A la mort d'Ahbas Mirza , quand le shah actuel revint de son expédition infructueuse contre Hérât, des négociations s'ouvrirent, et le résultat fut la conclusion d'une conveutiou qui fit cesser les hostilités et marqua les limites des territoires respectifs. De cette époque jusqu'au moment actuel, la Perse u'a commis aucun acte d'hostilité contre les Afghans; mais, à la mort du dernier shâh , le gouvernement d'Herât nt des incursions sur le territoire persan de concert avec les Turkomans et les Uazarehs, pilla et captura les sujets de la Perse pour les vendre en esclavage. Les Afghans d'Herât ont continue ce .système de guerre et de rapine sans inlermission depuis cette époque, et la Perse n'a répondu à ces actes d'agression par aucune mesure hostile, à moins qu'on ne considère comme telle la déclaration publique de son intention d'attaquer Hérât. Dans ces circonstances , U ne saurait, je pense , exister de doute quant a la justice de la guerre que le shâh veut entreprendre; et, bien que la prise d'Hérât par la Perse fdt certainement w/f grand mal, nous ne devrons pas nous étonner que le shâh , sans égards pour nos remontrances , maintienne le droit qu'il a sans doute de faire la guerre a un ennemi qui l'a poussé à bout, et qu'il peut se regarder comme obligé, par sou devoir envers ses sujets , de punir ou même de déposséder entièrement. »
Rien ne saurait être plus concluant, ce nous semble, que les aveux de Al.
Mac-Neill. Mais nous ne sommes pas au bout. A tous les sujets de plaintes
énumérés par la cour de Perse, vin- Kaboul (*), était connue, et que ta rent s'ajouter les réponses hautaines mission russe à la cour de Perse avait de Kamrân aux propositions qui lui rejoint le camp royal devant Her;it, furent faites à la fin de 1836, d'après et donné ses conseils pour la direction le désir et par l'intermédiaire de Pam- des opérations du siège , il fallait , à bassadeur anglais. Enfin, et comme tout prix, empêcher que la ruine de dernière iosuïte, Kamrân, se déga- Kamrân ne se consommât. Aussi M. geantouvertement de toute dépendance , Mac-Neill assiegeait-il régulièrement envers la Perse (dont la suzeraineté à son tour de ses demandes, de ses
plaintes, de ses menaces , le monarque persan et son conseil , et il n'eut <!e repos ni de cesse qu'il ne les edt poussés à bout et forcés, pour ainsi dire , à se jeter entièrement dans les bras de la Russie. M. Mac-Neill avait pénétré lui-même dans Hérât, le VJ avril, pendant un armistice, avec le consentement du shâh: et après une longue conférence avec le vizir *lu prince Kamrân, Yar Mohammed Khan, qu'il appelle « l'un des hommes les plus remarquables de son temps et de son pays, » ieavait rapporté le projet d'un traité qui contenait toutes les concessions demandées par la Perse , sauf le point de la suzeraineté. Le shah n'a pas voulu, cette fois plus que les autres, céder sur un point qu'il considérait comme la base de tous ses droits. De là nouvelles persécutions de la part de M. Mac-Neill , nouvelles résistances, pleines d'égards et de mesure, du cabinet persan. Nous croyons inutile de nous arrêter sur les détails de ces négociations, et de suivre les négociateurs anglais ou russes sous leurs tentes. La correspondance publiée îles cabinets de Londres et de Saint-Pétersbourg a fait connaître le résultat de la lutte diplomatique qui s'était engagée eutre les représentants des deux grandes puissances dans l'extrême Orient. Des explications données, il semblerait résulter que la Russie n'a songe qu'à établir des relations avantageuses pour
sur cette partie de l'Afghanistan était établie et reconnue depuis longtemps par les chefs eux-mêmes (*)), prit le titre de shâh (**) et la haute désignation de kéblé alem (père du monde ).
Des négociations furent renouvelées l'année suivante sans succès , et, en juillet 1837, le shâh se mit a la tête d'une nouvelle expédition contre Itérât. Le siège traîna en longueur. Un officier d'artillerie anglais , le lieutenant Pottinger, « voyageant dans l'Afghanistan par ordre du gouverneur général de l'Inde (*•*) , » et arrivé à Hérât en octobre, dirigeait la défense de la place. M. Mac-Neill offrit de nouveau sa médiation pour la conclusion d'un traité, et, pour donner plus de poids à ses démarches, il se rendit au camp en mars 1838. L'ambassadeur russe Py suivit. Les dépêches du gouverneur général de PInde et les instructions du cabinet de Saint -James faisaient un devoir à M. Mac-Neill de s'opposer par tous les moyens possibles à ce que la Perse donnât suite à ses projets de vengeance contre le souverain d'Hérât. La question d'Hérât devenait, aux veux du gouvernement anglais , la question d Afghanistan; et depuis que la réception favorable , faite a un envoyé russe par le chef de
(*) Les chefs de Kandahar el celui de Kaboul. Hien plus , le ministre persan , dans ha léponse à l'une des lettres de M. Mac- Neill , affirme que le prince Kamrân avait reçu l'investiture de lu principauté d'Uéràt à Tehran même, on il était venu faire sa soumissiou au feu roi , el que le fuit est de notoriété publique , ce qui n'est en aucune manière démenti par M. Mac-Neill.
(**) C'est-à-dire qu'il se fit appeler Kamrân Shâh au lieu de Shah-Kamran.
(-•) Correspondance de M. Mac-Neill.
(*) Il s'agit ici du capitaine Vickovîtch , chargé d'une mission du gouvernement russe auprès des serdars de Kandaliar et de l'amèr de Kaboul. Cet agent avait passé par Kandaliar au mois de novembre 1837 , et était arrivé le 8 décembre à Kaboul. Nous verrons plus tard quel a été le soi t du capitaine Vickovitch.
ko commerce. L* Angleterre , de son côté, ne demandait qu'à placer des sentinelles de son choix sur la rive droite de l'Indus , afin que les intérêts de son commerce et la sûreté de ses frontières fussent respectes. Nous n'examinerons pas, en ce moment, qofl a été le caractère des moyens employés; nous admettons que" tel était , en effet , le but qu'on se proposait d'atteindre de part et d'autre. Nous acceptons en conséquence les déclarations de l'Angleterre et de la Russie comme l'expression provisoire de leurs intentions, mais (surtout en ce qui concerne la Russie) comme réservant fatenir. Nous aurons d'ailleurs occasion de traiter plus tard des intérêts reefe et des vues de la Russie dans la haute Asie. Nous nous bornerons, pour terminer cette partie de notre exposé historique, à résumer en peu de mots les faits de quelaue importance relatifs au siège d'Hérât depuis le mois d'avril 1838
Au mois de mai , M. Mac-Neill spécifie, par ordre de son gouvernement, les motifs de plainte que le cabinet anglais croit avoir contre le gouvernement persan; et, au commencement du mois de juin , les concessions faites par ce dernier gouvernement ne paraissant pas suffisantes, M. Mac-Neill annonce sa détermination de quitter la Perse, et se met presque immédiatement en marche vers les frontières de la Turquie. De Tebran, il envoie, le 30 juillet, sur de nouvelles instructions , son dernier ultimatum au shah de Perse, par le colonel Stoddart. Dans l'intervalle (20 juin), une expédition anglaise débarque à l'île de Karrak, dans le golfe Persique, et s'en empare. Le shali donne l'assaut à la ville d'Hérât le 23 juin , et est repoussé avec une perte immense. Il n'en est pas moins résolu de continuer le siège; mais la nouvelle de la prise de Karrak a la réception de la lettre menaçante de sir J. Mac-Neill le déterminent enfin, le 9 septembre, à abandonner ses projets et à lever le siège. Dans une proclamation à son peuple, le shah n'fcésite pas à assigner pour cause de
4* JLtrralsm. (Inde.)
cette détermination soudaine la conduite de l'Angleterre, qui, méconnaissant les traités encore en vigueur, te menace d'une guerre immédiate , et, comme manifestation de ces sentiments hostiles , a déjà envoyé une ex* pédition armée dans le golfe Persique (*)! Cette expédition n'était, en effet , que le prélude d'opérations plus importantes et plus décisives. J^e gouverneur général de l'Inde avait résolu d'assurer par la voie des armes le triomphe ae l'influence anglaise dans l'Afghanistan (**).
Comme la déclaration du gouverneur général , au moment où l'armée se préparait à entrer en campagne, contient
(*) L'idée d'occuper militairement un point de quelque importance dans le golfe Persique , pour appuyer les négociations de M. Mac-Neill, appartient à lord Auckland (voyez pièces soumises au Parlement, le 27 mars 18 39). Le gouvernement de Bombay, chargé par le gouverneur général des préparatifs et du détail de l'expédition , se décida pour l'occupation de l'ile de Karrak.
(*•) Lord Auckland , après avoir rendu compte au comité secret de la cour des directeurs, dans ses dépêches des mai et i3 août (S38, des motifs généraux qui l'avaient déterminé atout préparer (sans attendre les ordres et instructions du comité) pour replacer SliÀh Shoudjà-oul-Moulk sur le trône de Kaboul, s'exprime ainsi (*) : « Je n'ai pas besoin d'insister sur les nou- « velles preuves que nous avons acquises, « depuis la date de mes dernières dépêches, « que l'intention manifeste des agents russes « était d'étendre l'intervention et l'autorité « de la Russie jusqu'aux frontières de l'Inde. « La manière dont l'ambassadeur russe dc-
vanl Hérat s'est opposé aux efforts de
• M. Mac-Neill pour armer à la conclusion « d'une paix durable entre le Shah et les « assiégés, et a neutralisé ces efforts au mo- •« meut où on devait se flatter du succès; « les avances d'argent faites aux assiégeants « par ce même ambassadeur; et plus que
• tout le reste, le fait d'un officier attaché « à la légation russe dirigeant les travaux « du siège , sont des circonstances qui ne « sautaient manquer d'attirer toute l'atten- « lion de votre comité. -
(*) Mères rrT.-i tires mu «flaires rîr l'tnlr 'mlmn Paper*), j«vib.uv> j.ar ordre 'In Pjrlt-utcnt. Jj* 4, p. S.
L'UNIVERS
une exposition, faite de main de maître, de l'état des relations de son gouvernement avec les princes du nord-ouest del'Inde, etcomme, d'ailleurs, elle récapitule a vec beaucoup de force et de clarté les motifs politiques oui ont, selon lord Auckland, nécessitéX expédition de l'Afghanistan, nous ne pouvons mieux faire ue de donner une traduction complète e ce manifeste et de la déclaration non moins remarquable dont il fut suivi, lorsque le gouverneur général apprit la retraite des troupes persanes crevant Hérât. Nous ferons connaître également les traités conclus, dans le cours de Tannée 1838, avec le shâh de Kaboul, le maharadjah Raudjît Singh , les amirs de Sindh, et le navàb de Bahawalpour. Le premier de ces documents ( la déclaration du gouverneur général) porte la date du 1er octobre
BRCLARATlOf» DV GOlTVBRNtU* oiffÉ&AL.
« Le très-honorable gouverneur général de l'Inde ayant, avec le concours du conseil suprême , ordonné le rassemblement d'un corps de troupes destiné à servir au delà de i'Indus, Sa Seigneurie juge à propos de publier l'exposé suivant des motifs qui ont conduit à l'adoption de cette mesure importante.
« Il est de notoriété publique que les traités conclus par le gouvernement britannique en l'année 1832 avec les Amîrs de Sindh, le navâb de Bahawalpour et le maharadjah Randjit Singh, avaient pour objet, en ouvrant la navigation de V indus , de Jacititer C extension du commerce, et d'assurer a la nation anglaise, dans Vdsie centrale, cette influence légitime qu'un échange d'avantages devait naturellement produire {*).
(*) Le gouverneur général (ait ici allusion aux traités avec le* Amirs de Sindh , dont nous avons parié plus haut, et aux traités conclus avec Randjit-Singh , le a6 décembre i83a , et avec le navàb de Bahawalpour le aa février i833. Ces derniers traités avaient pour objet la libre navtgatiou de l'Indu* et
« Dans l'intention d'inviter les gouvernements de fait de l'Afghanistan à adopter les mesures nécessaires pour donner un entier effet à ces traites, le capitaine fiurnes fut député, vers la tin de l'année 1836, en mission près de Dost- Mohammed -Khan, chef de Kaboul (*). L'objet de la mission de
du Sutledge dans toute l'étendue des territoires respectifs de ces chefs. Nous passerons ces traités en revue quand nous nous occuperons spécialement du commerce dans le domaine fluvial de I'Indus.
(*) L'importance de cette mission nous engage à faire connaître les instructions données par le gouvernement suprême au capitaine (depuis sir Alcxander) Rurnes.
"Voici ce que le secrétaire du gouvernement de l'Inde écrivait à cet agent sous la date du 5 septembre 18 36 :
- J'ai reçu l'ordre de vous informer que le très- honorable gouverueur général de l'Inde en conseil a jugé convenable de vous choisir pour remplir une mission commerciale dans les contrées voisiues de I'Indus, dans le but d'assurer la réouverture de la navigation de cette rivière, sur les bases des traités conclus dans ces derniers temps avec les puissances possédant des territoires sur ses rives.
« Vous vous rendrez d'abord à la cour des Amîrs de Sindh, pour le chef desquels vous trouverez vos lettres de créance ci-incluses , avec une copie desdites lettres pour votre gouverne. Pendant votre séjour dans les limites de Sindh, vous vous tiendrez en communication avec le colonel Pottinger, et vous considérerez comme sou subordonné.
Cet officier vous accompagnera à Hyderabad, s'il pense, en le faisant, pouvoir hâter la réussite des projets que le gouvernement suprême a en vue.
« Les mesures qui exigent votre attention immédiate sont : la continuation de l'exploration hydrographique des embouchures de la rivière, rétablissement des bouées, et l'érectiou de marques provisoires qui serviront de guides pour la navigation dans l'embouchure qui sera choisie comme offrant le plus de facilités au commerce dans l'état actuel de la rivière. Il peut être nécessaire d'avoir des explorations fréquentes et même annuelles , des diverse* entrées de la rivière, et de donner avis officiel aux principaux port* de la présidence de Bombay, du passage
l.NDfc.
cil officier était, dans l'origine, d'una fois, tandis que le capitaine Bu mes nature purement commerciale; toute!? était en route pour Caboul , le gouver-
qu peut , dans chaque saison , être le plus convenablement adopté. Votre premier soin ( après votre arrivée à Hyderabad , sera donc aobteair l'autorisation d'adopter ces mesures; et lorsque ce but sera atteint , le gouvernement de Bombay devra en être uunédiatement informé par le colonel Pottioger, afin qu'on ne perde pas de temps peur prendre les arrangements nécessaires.
• Le point le plus important, ensuite, sera d'assurer l'exécution actuelle du traité relativement à la communication entre le fleuve et la mer. Le traité stipule qu'un droit fixe sera perçu une fois pour toutes, i l'embouchure de la rivière, sans qu'il fuisse être élevé aucune autre prétention au&*i longtemps que la marchandise ne yune pas la ligne fluviale, et qu'un agent non Européen (native agent) sera stationné, de U part du gouvernement anglais, à un tudrotf convenable pour veiller à ce qu'aucune exaction n'ait heu. Les droits excessifs trtktes jusqu'à ce jour excluent tout espoir que k commerce puisse renaître si ces arrangements ne sont pas mis à exécution.
• U parait désirable à Sa Seigneurie en conseil, qu'avant de quitter Bhoudj, vous déniiez, de concert avec le colouel Poltinger, sur quel point l'agent que le gouvernement anflais doit entretenir peut, pour le moncot , être le plus convenablement établi; vous pourrez ensuite conduire cet agent avec vous à Hvderabad, le présenter aux Amirs, et enfin l'envoyer à son poste à l'embouchure du fleuve, après avoir fait donner les ordres nécessaires aux autorités icrales. leur défendant de lever aucun autre dioit, soit sur les navires venant du fleuve, tott sur ceux qui viennent du large, que les droit» stipulé» par le traité, et leur prescrivant de s'entendre avec l'agent sur tout point qai pourrait donner lieu à contestation. La conclusion de cet arrangement devra être immédiatement communiquée au eouvernebrat de Bombay, afin qu'avis public en soit donné a Bombay et autres ports de la présidence de Bombay. On pourra dans la suite cKanger le lieu de résidence de l'agent selon ks indications que fournira l'expérience.
• Vous n'ignorez pas que la navigation entre la mer et Tatta a, dans tous les siècles, présenté de grandes difficultés, et qu'à de certaines époques, les obstacles ont été tels qu'il» ont conduit à l'abandon partiel ou
complet de cette portion de la route par eau. Il sera conséquemment nécessaire d'être préparé pour le cas possible où la route par terre, dans l'étendue ci-dessus mentionnée, deviendrait seule praticable pour le transport des marchandises; l'occasion actuelle semble favorable pour obtenir qu'on en écarte tout obstacle inutile. Vous représenterez donc aux Amirs combien sont excessifs les droits de transit actuels entre la mer et Tatta, et ceux qui, contre l'esprit du traité, sont extorques sur le transport par eau de Vikhur (f/Her) en remontant le Buggaur, et vous tâcherez d'obtenir la réduction de ces droits à des taux assez modérés pour ne pas entraver le commerce. Le plan le plus équitable et le plus convenable serait peut-être de prélever le même droit et au même endroit, que les marchandises parcourussent cette portion de leur trajet
Far terre ou par eau ; on n'a cependant pas intention que cet arrangement change rien à ce qui est établi pour la perception des droits sur l'opium que l'on sait etré trèsproductifs. Sa Seigneurie en conseil croit que les Amirs ne seront pas insensibles, dans les circonstances actuelles, aux avantages d'une parfaite intelligence avec le gouvernement anglais, et ils doivent savoir que, bien que tout ce qu'on leur demande soil do se conformer strictement aux traités existants, cependant un accord complet et sincère entre les deux gouvernements ne peut résulter que d'un concours cordial pour atteindre le but unique d«ins lequel ces traités ont été conclus, et qui est l'encouragement réel et solide des entreprises commerciales. Pour donner le développement convenable au plan tendant à rouvrir la navigation de l lndns, il serait nécessaire de choisir quelques lieux d'entrepôt et de rendez-vous général, à l'abri de toute oppression et exaction, à l'établissement des* quels on donnerait toute la piiblicité possible et où les marchands pussent se rendre en toijic sécurité. On pourrait peut-être indiquer comme les points les plus convenables
£our cet objet, Tatta vers l'embouchure du euve.et Mitlhun-Kote vers la jonction de ses brandies supérieures; mais on pouna mieux juger sur les lieux mêmes du parti à prendre à cet égard. Vous avez aussi suggéré , comme un moyen de succès qui pourrait n'être pas sans importance daus ces
L'UNIVERS
neur général reçut avis que les troupes de Dost - Mohammed - Khan avaient
contrées , de proclamer l'établissement d'une foire où se rassembleraient des marchands de tous pays depuis Bombay jusqu'à Bokhara, et depuis Tabriz jusqu'à Calcutta. Sa Seigneurie en conseil croit devoir s'en rapporter plus au temps, à la continuation de la paix et à l'accroissement graduel de la confiance, qu'à des mesures de celte nature; nuis, comme moyeu secondaire de réussite, elles ne don eut pas être négligées.
» Ce serait un grand point de gagné que d'obtenir des Amirs le rétablissement de 1 alla sur son ancien pied d'entrepôt commercial; et on ne manquera pas d'arguments pour leur prouver tout ce que leurs intérêts et leur réputation auraient à gagnera l'adoption d'une telle mesure. La proclamation d'une foire annuelle à cet endroit, dans la saison convenable, avec des droits peu élevés, et la présence d'un officier anglais pour régler les différends, pourrait aussi contribuer à attirer des marchands de Hombajr d'un côté, et des divers pays de l'intérieur de l'autre; toutefois, quant à la suggestion de cette mesure ou d'autres analogues, vous serez guidé par vos propres connaissances locales et par les avis du colonel Pottiuger, avec lequel il est bien entendu que vous conférerez amplement, avant de quitter IWioodj , sur les différents points que vous aurez a négocier.
- L'attention du gouvernement a clé dernièrement appelée par un rapport de Mohuu Lal (ïfohan Lai/) sur la tribu des Mazarîs, qui occupe, comme vous le savez, une contrée d'environ soixante milles d'étendue au-dessus de Shikarpaur, et dont les liabiludes de brigandage causeront un tort considérable au commerce sur celte portion de la route, si elles ne sont efficacement réprimées. Le pays des Mazarîs (ou Moitzaris) dépend nominalement du Sindc, et avait été compris pour sa part dans le calcul des droits à percevoir. Mais on dit que cette tribu met au défi l'autorité des Amirs. <i*est aux Amirs cependant que nous devons nous adresser d'abord pour réprimer toute violence de ce côté, et on doit espérer que lorsqu'il sera conuu que le gouvernement du Siude agit par notre désir et pour l'accomplissement d'an objet auquel nous attachons une grande importance, les efforts de ce gouvernement réussiront à assurer au comiiKTre, sur tout 'e cours du fjeuve. Ir ros-
soudainement, et sans provocation, attaqué celles de notre ancien allié, le
pect et la protection qui lui sont dus. Un des buts de votre visite à Hyderabad sera donc d'amener les Amirs à adopter des mesures efficaces pour empêcher les Mazaris de molester en aucune façon les bateaux remontant ou descendant le fleuve. Le* Amirs détermineront eux-mêmes quelles doivent être ces mesures, mais vous serras libre de leur soumettre tel avis que vous jugerez convenable.
« Après avoir quitté Hyderabad , vous vous rendrez par la rivière à Khayrponr; mais dans l'état actuel des relations politiques entre le chef de Khayrponr et les Amirs de Hyderabad, il ne parait pas qu'il y ait de motif de négocier séparément avec lui. Cependant vous renouerez vos rapports d'amitié avec ce chef: vous lui expliquerez le but de votre mission, et vous demanderez sa coopération pour tous les points sur lesquels éilr pourra être nécessaire.
« De Khayrpour. vous vous rendrez par la même voie à Mitthun-Kote, où vous rencontrerez le capitaine Wadc et le lieutenant Mackeson ; le maharadjah Randjit Singlt sera aussi invite à y avoir un agent présent. Vous discuterez alors, avec les officiers anglais plus haut mentionnés, la question de savoir quel est l'endroit le plus convenable pour l'établissement d'une foire ou entrepôt pour toutes les branches de commerce descendant ou traversant l'Indus, et quels sont les moyens le mieux adaptés à l'établissement d'une foire annuelle; vous aurez à soumettre un rapport collectif sur ces points au gouvernement suprême. Vous remarquerez particulièrement, cependant, que toute» négociations avec le maharadjah Randjit Singh, qui pourront être nécessaires à l'accomplissement du plan projeté, pour ta sécurité des marchands, pour la fixation de droits modérés, peut-être pour la résidence d'un officier anglais dans la ville choisie pour entrepôt , seront conduites d'après les instructions qui pourront être fournies an capitaine Wade. Vous devez vous considérer comme n'étant investi d'aucune autorité comme agent politique, hors des limites de Sindh.
« Il sera nécessaire que tous teniez le capitaine Wade et le lieutenant Maekeson exactement informes de vos mouvements, afin qu'ils puissent se trouver avec vous k Pêpnqtie cnnvcnamV à M't'hnn-Kote.
maharadjah Randjît Singh. I! était naturel d'appréhender que Son Altesse le
« Vous savez que les arrangements qui ont été établis par le traité, pour rouvrir la navigation de l'indus, ne s'étendent pas plus haut que Mitthun-Kote, quant au cours principal de ce fleuve. 11 sera donc nécessaire de demander la permission du maharadjah Randjît Singh pour remonter rindus jusqu'à Attock, doù vous vous rendre* à Peshavrar et Kaboul.
- Eu vous rendant à Peshawar et Kaboul, *ou* tous informerez de l'état actuel du commerce dans cespavs; vous préviendrez les marchands que telles mesures ont été concertées, et tels officiers employés dans le but d'assurer b libre navigation de l'Indas; vous 1rs encouragerez par tous les «Hoveus en voire pouvoir à conduire leur commerce par la nouvelle route, et vous les ut itérez, quand ce plan sera suffisamment «•ûri, à se rendre à l'entrepôt et à la foire «lu'oa a l'intention d'établir. Vous serez »uni, en temps utile, d'une letti* pour Dcfet-Mobarnxned-Khan, établissant d'une manière générale les objets pour lesquels vous êtes envoyé , et sollicitant pour vous « protection amicale.
- De Kaboul vous vous rendrez à tondo Lir, où vous prendrez les mêmes iuformations, et où vous solliciterez la même coopération pour les plans en progrés |>our k restauration du commerce. On peu se qu'il existait autrefois un commerce florissant entre II u du s et Kaudahar, et qui s'opérail par plusieurs routes dans les montapie* , qui sont maintenant fermées; vous prendrez des informations sur ces routes et sur la possibilité de les rouvrir, pendant totre voyage sur l'indus et sur votre chemin de Kaboul à Kaudahar. La route directe de Kandahar à la mer, par Kcîat et Soumianie, occupera aussi votre attention.
• Vous retournerez de Kandahar a Hydcrabad par la passe du Rolan et Sbikarpour*
• Voire traitement est fixé à quinze cents roupies par mois; vous êtes autorisé à porter «outre au compte du gouvernement toutes lo dépenses qu'il pourra être nécessaire dencourir au sujet de la mission. U sera peut-être à désirer que vous vous procuriez unmediatement à Bombay les objets qui pourront être offerts en présents aux différent* chefs sur votre route. Ils ne devront pu être d'une nature conteuse, mais doivent être choisis particulièrement dans le
maharadjah ne tarderait pas à se venger de cette agression, et on devait craindre que, la guerre une fois allumée dans les pays où nous cherchions à étendre notre commerce, les inten~ fions pacifiques et bienfaisantes du gouvernement anglais ne fussent entièrement paralysées. Dans le but de détourner une telle calamité, le
f gouverneur général résolut d'autoriser e capitaine Bu me s à intimer à Dost- Mohammed-Khan que, dans le cas où il se montrerait disposé à un arrangement juste et raisonnable avec le maharadjah, Sa Seigneurie emploierait ses bons offices auprès de Son Altesse pour le rétablissement de la bonne harmonie entre les deux États. Le maharadjah, avec cette confiance caractéristique qu'il n'a cessé de placer dans la bonne foi et l'amitié de la nation anglaise, consentit immédiatement aux propositions du gouverneur général, et a suspendre provisoirement toute hostilité de son côté.
« Il vint suhséquemment a la connaissance du gouverneur général qu'une armée persane assiégeait Hérât , que d'activés intrigues se poursuivaient dans F Afghanistan, dans le but d'étendre l influence et F autorité de la Perse jusquy aux bords de C Indus et même au delà, et que la cour de Perse avait non-seulement commencé une série d'injures et d'insultes envers les officiers de la mission de Sa Majesté Britannique à la cour de Perse , mais encore donné des preuves de ses desseins, entièrement opposés aux principes et à l'objet de son alliance avec la Grande-Bretagne.
but de montrer la supériorité des manufactures anglaises.
« Vous aurez strictement égard à l'économie dans tous vos arrangements, ce que vous pourrez faire aisément, le faste ne convenant pas au caractère d'une mission commerciale.
u En conclusion, je suis chargé de vous assurer que Sa Seigneurie , le très-honorable gouverneur géuérat en conseil, se repose avec confiance sur votre babilelû et voira intelligence bien connues. «
« Après un long temps passé par le capitaine Burnes en vaines négociations a Kaboul , il devint évident que Dost-Mohammed-Khan, comptant surtout sur les encouragements et l'assistance de la Perse, persistait à avancer les prétentions les plus déraisonnables par rapport à ses différends avec les Sikhs , prétentions telles que le gouverneur général ne pouvait, sans déroger à la justice et a ce qu'il devait à l'amitié de Randjît Singh , consentir à les soumettre à la considération de Son Altesse (*). Il fallait reconnaître également que Dost-Mohammed-Khan affichait des plans d'agrandissement et d'ambition nuisibles a la sécurité et à la paix de nos frontières, et qu'il menaçait ouvertement de faire concourir à l'exécution de ces plans toute assistance étrangère dont il pourrait disposer. Enfin, il donnait hautement son appui aux desseins de la Perse sur l'Afghanistan , quoique parfaitement instruit du caractère hostile de ces desseins en ce qui touchait à la puissance anglaise dans llnde; et, par son mépris absolu pour les vues et les intérêts du gouvernement anglais, il obligea le capitaine Burnes à quitter Caboul sans avoir rempli aucun des objets de sa mission ("*).
(•) L'Amîr de Kaboul demandait avant tout que Randjit Singh consentît à lui abandonner la province de Peshawar, province que le maharadjah avait conquise et que de. plus il avait eu la précaution de se faire céder par un traité conclu avec le souverain légitime , Sfaili Shoudjàh , dès le mois de mars 1 833.
(") Voici un extrait de la lettre écrite par le capitaine Rurnesau secrétaire du gouvernement suprême, immédiatement après avoir quitté Kaboul :
« Dans la nuit du a5 avril, j'ai eu l'hon- « neur de rendre compte, par votre intermé- «diaire, au très-houorable gouverneur gé- ■ néral que j'avais eu mon audience de congé de l'A mi r de Kaboul; je quittai la ville le « jour suivant (îfi) , accompagné jusqu'à deux
• milles environ des portes par trois des fils
• de l'Amir, et jusqu'à la première halte,
• Boûtkhak, par Mirza Sami-Khan. Je me «propose maintenant de soumettre à Sa
« Il devenait évident dès lors que le gouvernement anglais ne pouvait exercer aucune influence ultérieure pour rétablir la bonne intelligence entre le souverain sikh et Dost-Mohammed- Khan , et la politique hostile de ce dernier chef montrait trop clairement qu'aussi longtemps que Caboul resterait sous sa loi, nous ne pourrions espérer de maintenir aucune tranquillité dans notre voisinage, ou que les intérêts de notre empire dans l'Inde pussent se conserver intacts.
« Le gouverneur général juge nécessaire de revenir ici sur le siège d'Hérât et la conduite de la nation persane. Le siégede cette ville par l'armée persane continuait depuis plusieurs mois. Cette attaque sur Hérât avait un caractère de cruauté que rien ne pouvait justifier; elle avait été commeucée
«Seigneurie quelques détails additionnels «qui me semblent propres à jeter du jour « sur les motifs et les projets de Dost-Mo- « hammed Khan , qu'il me parait être de «< notre intérêt de contre-carrer, maintenant « que nous ne pouvons plus agir de concert « avec lui. »
Après être entré dans les détails qu'il avait annoncés, le capitaine Burnes termine ainsi sa lettre :
«Au moment d'expédier cette dépêche «de Djellalabad, à mi-chemin de Peshawar, «j'anpreads de bonne source que l'Amir a «été constamment avec le capitaine Yicko- « vitch depuis mon départ ; que cet officier «a positivement insisté pour qu'il lui fût «permis de se rendre sans délai à Hérât «par l'Hazarchdjàt, s'engageant solennelle- « ment à satisfaire l'Amir sur tous les points « avant un mois. Il s'est aussi engagé à de- « mander au maharadjah Randjit Singh de « renoncer à Peshawar, et sur ce que Dost- « Mohammed s'enquérait s'il y était auto-
* risé, il a répondu qu'il était porteur d'une «lettre de l'empereur à ce potentat, cjui « mettrait promptement ordre à cette affaire. «Que lout ceci ait été promis et que la « conversation que je rapporte maintenant «ait eu Heu, je n'en doute pas; il reste à voir «quelle sera l'exécution de ces belles pro-
* messes; mais je puis compler sur mon «correspondant, et les nouvelles qu'il me « donne ne font que confirmer des rapports
* précédents. »
à continuée nonobstant les remontrances solennelles et réitérées de l'en* rové anglais à la cour de Perse , et après que toutes les offres d'arrangement justes et raisonnables eurent été Dites et rejetées. Les assiégés s'étaient conduits avec une bravoure et une énergie dignes de la justice de leur cause, et le gouverneur général se plaît à espérer encore que leur héroïsme maintiendra la lutte jusqu'à l'arrivée des secours que Vlnde anfaite leur envoie. Cependant les destfins ultérieurs de la Perse, en tant fluils pouvaient affecter les intérêts du gouvernement anglais, se sont manifestés de plus en plus ouvertement par la succession des événements. Le gouverneur général a récemment acquis la certitude, par une dépêche officielle de M. Muc-Neill, envoyé de Sa Majesté, que Son Excellence a* été oblis«, par le refus d'obtempérer à ses justes demandes et par un manque systématique d'égards et de respect enrenlui, de quitter la cour du shâh ei de déclarer publiquement que toute communication avait cessé entre les deux gouvernements. La nécessité où if trouve plaoée la Grande-Bretagne Af regarder ta marche des armées persanes dans t Afghanistan comme m acte d'hostilité envers elle, a é'e également communiquée au shâh (f une manière officielle , d'après les ordres exprès au gouvernement de Sa Majesté.
« Les chefs du Kandahar (frères de Dost • Mohammed - Khan de Caboul) ont avoué leur adhésion à la politique *ie la Perse, ainsi que la pleine et entière connaissance que cette politique était en opposition avec les droits et les interéts de la nation anglaise dans l'Inde, et ils ont donné ouvertement leur concours aux opérations dirigées contre Hérat.
« Dans rétat critique des. affaires 9 depuis le départ de notre envoyé de Caboul, le gouverneur général a senti de quelle importance il était de prendre des mesures immédiates pour arrêter les progrès rapides de l'influence étrangère et de ^agression
gui menaçait notre propre terrU
« L'attention du gouverneur général a été naturellement appelée, datis cette conjoncture, sur la position et les droits de shâh Shoudjâ - Oui- Moulk, qui, tant qu'il avait eu le pouvoir entre les mains , avait cordialement accédé aux mesures de résistance combinée que le gouvernement anglais avait jugé nécessaire d'adopter à cette époque contre les ennemis du dehors, et qui, lors de l'usurpation de son empire par* les chefs actuels, avait trouvé dans nos domaines un honorable asile.
« Il avait été clairement établi, d'après les renseignements fournis par divers officiers qui avaient visité l'Afghanistan, que les chefs barekzaïs, par suite de leur désunion et de leur impopularité, ne pouvaient devenir, dans aucune circonstance, d'utiles alliés à notre gouvernement, ou nous aider dans les mesures justes et nécessaires qu'exige la défense de nos intérêts nationaux. Néanmoins, aussi longtemps que ces chefs s'abstinrent d'actes nuisibles à nos intérêts et à notre sécurité , le gouvernement anglais reconnut et respeeta leur autorité. Mais une politique différente paraissait plus
3ue justifiée aujourd'hui par la conuite de ces chefs, et indispensable pour notre salut. Le bien-être de nos possessions dans l'Orient exige que nous ayons sur notre frontière de l'ouest un allié intéressé à s'opposer à i'açression et à maintenir la tranquillité, au lieu de chefs toujours disposés à servir les vues d'un pouvoir hostile et à favoriser ses plans de conquête et d'agrandissement.
« Apres de sérieuses et mûres délibérations, le gouverneur général s'était convaincu qu'une nécessité pressante, aussi bien oue les principes de la politique et de la justice , nous autorisait à épouser la cause de Shâh Shoudjâ- Oui -Moulk, dont la popularité, dans toute l'étendue de l'Afghanistan, avait été établie aux yeux de Sa Seigneurie par le témoignage aussi fort qu'unanime des meilleures autorités. Une fois arrivé à
L'UNIVERS
. cette détermination, le gouverneur général était également d'avis qu'il était juste et convenable, non moins a cause de la position du maharadjah Randjît Singh qu'en conséquence de «on inébranlable amitié envers le gouvernement anglais, d'offrir à Son Altesse de prendre part aux opérations projetées. M. Macnaghten fut, en conséquence, député, en juin dernier, à la cour de Son Altesse, et le résultat de sa mission a été la conclusion d'un triple traité entre le gouvernement anglais, le maharadjah et Shâh Shoudjâ- Oul-Moulk, traité qui garantit à Son Altesse ses possessions actuelles , et par lequel elle s'engage à coopérer au rétablissement du shah sur le trône de ses ancêtres. Les amis et ennemis de l'une quelconque des parties contractantes seront considérés comme amis ou ennemis des trois. Plusieurs points discutés entre le gouvernement anglais et Son Altesse le maharadjah ont été réglés de manière à montrer aux États environnants l'identité de ses intérêts avec ceux de l'honorable Compagnie.
On offrira aux Am\r* de Sindh une indépendance garantie à des conditions favorables, et la possession d'Héràt par son souverain actuel sera respectée dans toute son mtègrité, en même temps que des mesures déjà prises ou en cours d'exécution auront pour résultat, on peut raisonnablement l'espérer, d'encourager la liberté générale et la sécurité du commerce.
Le nom et la juste influence du gouvernement anglais se feront connaître d'une manière convenable parmi les nations de l'Asie centrale; la tranquillité sera rétablie sur la frontière la plus importante de l'Inde , et nous élèverons une barrière durable contre les intrigues et les empiétements de nos ennemis.
«Sa Majesté Shâh Shoudjâ- Oul- Moulk entrera dans l'Afghanistan , entouré de ses propres troupes , et soutenu, par une armée anglaise, contre toute intervention étrangère et toute opposition factieuse. \je gouverneur général espère avec confiance que le 6hûh sera promptement replacé
sur son trône par ses propres sujets et ses amis , et, une fois son pouvoir affermi et l'intégrité et l'indépendance de l'Afghanistan bien établies, l'armée anglaise sera rappelée. I* gotwefneur général a été conduit à l'adoption de ces mesures par le sentiment du devoir qui lui est imposé de veiller à la sûreté de la couronne d'Angleterre ; mais il est lieureux de penser quen remplissant ce devoir 3 il aura pu contribuer à rétablir Cunion et la prospérité des peuples de l'Afghanistan. Dans le cours des opérations qui se préparent, l'influence anglaise sera soigneusement dirigée vers l'exécution des mesures d'un intérêt général ; elle s'attachera à apaiser les différends, assurer l'oubli des injures, et mettre un terme aux dissensions dont le bienêtre et la prospérité du peuple afghan ont souffert depuis tant d'années. Elle s'emploiera à assurer un traitement honorable et libéral , même à ces chefs dont les actes hostiles ont justement offensé le gouvernement anglais, s'ils savent se soumettre à temps et cesser toute opposition aux mesures qui peuvent être jugées les plus convenables pour l'avantage général de leur pays.
« Pur ordre du très-honorable gouverneur général de l'Inde
« W. H. Macnaghten,
• Soc ré» aire du gouvernement de l'Inde pr« du gouverneur gênerai. »
A la suite de cette déclaration remarquable, on trouve la nomination de M. Macnaghten comme envové et ministre du gouvernement suprême à la cour de Shàh-Shoudjâ-Oul- Moulk , et celles de divers officiers, destinés a servir, comme agents politiques , sous ses ordres. En apprenant la retraite des troupes persanes employées au siège d'Herât, le gouverneur général publia la déclaration suivante (*) :
« Le très-honorable gouverneur gé néral de l'Inde juge à propos de publier l'extrait ci-joint d'une lettre du lieutenant - colonel Stoddart , datée d'Uérât, le 10 septembre 1838 , et
(*) Daté»' du camp de Baddi , le 8 novembre i S38.
adressée au secrétaire du gouvernent de l'Inde:
« Par ordre de l'envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de Sa Majesté Britannique , et envoyé de I honorable Compagnie des Indes orientales à la cour de Perse , j'ai l'honneur de vous informer , pour que cela soit porté à la connaissance du très-hononble gouverneur général de l'Inde en conseil, que Sa Majesté le sbâh de Perse a levé hier le siège de cette ville et commencé son mouvement rétrograde vers ses propres États. Toutes tes troupes ont campé à Sangbust , à environ quatre lieues. Sa Majesté se rend «ans délai à Tehran par fourbat, Shekhi-Djaum et Meshed.
« Ce mouvement a eu lieu par suite de l'acquiescement de Sa Majesté aux demandes du gouvernement anglais, que j'avais eu l'honneur de lui remettre le 12 août, et auxquelles Sa Majesté a offéde en entier le 14.
• Sa Majesté Shâh'Karnran , son fizir Yar-Mahommed-Khan et la ville entière reconnaissent pleinement la sincérité de l'amitié du gouvernement anglais, et M. Pottingeret moi-même, nous partageons leur gratitude envers b Providence pour I heureux événement que j'ai l'honneur de vous annoncer. *
• En publiant ces importantes nou- THles , le gouverneur général croit convenable de déclarer aussi que, tout en pensant que le gouvernement de flode et ses alliés doivent se féliciter à bon droit de l'abandon par le shâb de Perse de ses desseins hostiles contre Herât , il n'en continuera pas moins à poursuivre avec vigueur l'exécution des mesures qui ont été annoncées , dans le but de substituer une domination amie à un pouvoir hostile fans les provinces orientales de l'Af* Mnistan, et d'établir une barrière permanente contre tout plan d'agression qui pourrait menacer notre frontière au nord -ouest.
» I,e très-honorable gouverneur générai juçe à propos de nommer le lieutenant Kldred Pottinger (du corps de l'artillerie de Bombay) , agent poli-
tique â Itérât, sous les ordres de lenvové et ministre à la cour de Shâb- Shoudjâ-Oul-Moulk. Cette nomination doit dater du 9 septembre dernier, jour où le shâh de Perse a levé le siège d'Hérât.
« En nommant le lieutenant Pottinger au poste désigné ci-dessus , le gouverneur général se félicite de l'occasion qui lui est offerte d'applaudir hautement, comme il le doit, aux services signalés de cet officier, oui , pendant le long siège d'Hérât, et dans des circonstances particulièrement dangereuses et difficiles, a, par son courage, son habileté et son jugement, soutenu honorablement la renommée et les intérêts de son pays.
« Par ordre du très-honorable gouverneur général de l'Inde ,
« W. H. Macnaghten,
• Secrétaire da gouvernement Je l'Iode pré* du gouverneur graér*l. »
« Le plus important des traités auxquels la déclaration du gouverneur général fait allusion est le triple traité dont voici la teneur :
Traité entre le gouvernement anglais, le maharadjah Randjit Singh et Shâh Shoudjâ-oul-Moulk , conclu
: à Lahoret le 26 juin 1838.
« Attendu qu'un traité, composé de quatorze articles ( sans compter le préambule et la conclusion), avait été conclu antérieurement entre le maharadjah Randjît Singh et Shâh Shoudjâoul-Moulk; et attendu que l'exécution des clauses dudit traité a été suspendue pour certaines causes (*), et attendu également que M. W. H. Macnaughten vient d'être envoyé par le très-honorable George lord Auckland, G. C. B. (**), gouverneur général de l'Inde, en la présence (*•*) du maharadjah
(*) Allusion à la tentative infructueux de Shâh Shoudjâ, eu 1833-34, pour remonter sut son trône.
(•*) Grand-croix de l'ordre du Bain.
(**") /.« Présence , désignation honorifique ou emphatique, \J^jj+cz± hazratt; houzour; expressions à peu pris
L'UNIVERS
Bandjît Singh , et investi de pleins pouvoirs pour rédiger un traité d'une manière conforme aux relations amicales subsistant entre les deux États, le traité ci dessus mentionné est reçu et conclu avec certaines modifications, et quatre nouveaux articles y ont été ajoutés avec l'approbation et le concours du gouvernement britannique; et les clauses dudit traite, ainsi au Viles sont contenues dans les dix-huit articles suivants , seront dûment et fidèlement observées.
« Art. 1er. Shâh Sboudjâ-oul-Moulk renonce à tout droit de sa part, de la part de ses héritiers , successeurs, et de tous les saddozaïs , sur les territoires situés sur les deux rives de la rivière Indus, que peut posséder en ce moment le maharadjah, savoir : Kashmir, y compris les limites est, ouest, nord . sud , avec le fort d'Attock , Tchetch, Hezara,Khebel, Aub(pronon.
iibi) avec ses dépendances, sur la rive gauche de la susdite rivière; et, sur la rive droite, Ptshawar, avec le territoire Eusefzye ( Youssoufzaï ) , Kheteks , Hesht , Nagor , Meehnee (M/iini), Cohaut (Cohât), Hangou, et toutes les plnees dépendantes de Pesbawar, jusqu'à la passe Khyber(/( fiaibcr) ; Bennou , le territoire Vezeree (/ azirï), Dour {Daôr), Tonk, Goràk, Kalabagh et Kushal Ghur (Koushal 6or/0> avec leurs dépendances; Dera Ismael Khan et ses dépendances, :iinsi que Dera Ghâzi Khan , Kote Mitthun , Omar Kote et leurs territoires et dépendances; Singhur, Heren, Dadjel , Hadjipour, Radjenpour et les trois Ketchs , ainsi que Mankera avec son district, et la province de Moultân, située sur la rive gauche.— Ces pays et ces places sont considérés comme étant la propriété et formant l'apanage du maharadjah; it le shrih n'a , ni n'aura à s'en occuper en aucune façon; ils appartiennent au maharadjah et à sa postérité, de génération en génération.
équivalentes entre elles, et exprimant une idée mixte que représenterait assez bien la combinaison des mots majesté et sainteté.
« 2. On ne souffrira pas que les habitants du pays de l'autre côté de la passe de Knayber commettent aucuns vols , agressions ou désordres de ce côté.— Si un officier de l'un des deux États, coupable de détournement des deniers publics, se réfugie sur le territoire de l'autre , celui-ci s'engage à livrer le délinquant; et il ne sera permis à personne d'obstruer le cours d'eau qui sort du défilé Khaiber, et qui, de tout temps, a fourni de l'eau au fort de Fattehgurh.
« 3. Attendu qu'aux termes du traité conclu entre le gouvernement anglais et le maharadjah, personne ne peut traverser de la rive gauche à la rive droite du Sutledge sans un passe-port du maharadjah, la même règle sera observée relativement au passage de l'Indus, dont les eaux joignent le Sutledge , et personne ne pourra traverser ('Indus sans la permission du maharadjah.
« 4. Touchant Shikarpour et le territoire du Sindh , sur la rive droite de l'Indus, le shâh consentira à s'en rapporter à tout ce qui pourra être déterminé comme juste et raisonnable, conformément aux heureuses relations d'amitié subsistant entre le gouvernement anglais et le maharadjah, par l'intermédiaire du capitaine \\ ade.
« 5. Quand le shah aura établi son autorité dans Kaboul et Kandahar, il enverra annuellement au maharadjah (par la rivière de Kaboul à Peshawar) les objets ci-après mentionnés, savoir : cinquante-cinq chevaux de race, de couleurs approuvées et d'allures agréables; onze cimeterres persans, sept poignards persans, vingt-cinq bonnes mules ; des fruits secs et frais de diverses espèces, serdas ou melons musqués, d'une saveur douce et délicate ( des envois de ce dernier fruit seront faits pendant toute l'année); des raisins, des grenades, des pommes, des coings, des amandes, des raisins secs, des pi s taches,une abondante provision <le chaque espèce de ces fruits, ainsi quedes pièces de satin de toutes les couleurs; des chocus {tchogas, pelisses) de fourrure; des kimkhâbs ( brocarts) d'or et d'argent, et des tapis persans ; le tout au nombre
de cent et une pièces (*) : lesquels articles le shàh s'engage à envoyer tous les ans au maharadjah.
« 6. Chacune des parties contractantes correspondra avec l'autre sur le pied de l'égal i té.
« 7. Les marchands de l'Afghanistan qui Toudrorit trafiquer à Lahore , Uniritsir, ou toutes autres parties des possessions du maharadjah, ne seront pas arrêtés ou molestés sur leur route; au contraire, les ordres les plus stricts feront donnés pour faciliter les rapports commerciaux , et le maharadjah l'engage , de son côté , à observer la même ligne de conduite à l'égard des
;*) Ces clauses doivent paraître trèstiaçutières dans un traité de cette importance, et on peut s'étonner que le gouvernement anglais en ait autorisé l'insertion et rar^oti solennellement l'exécutiou. I) ne faut «pendant pas perdre de vue, d'un côté, les habitudes orientales, de l'autre, les prétentions et le caractère étrange de Randjit Smrlj, qui, se voyant appuyé par le gonvernt*n>rot anglais, et désirant tirer tout le paru possible de la circonstance pour satisfaire sa vanité et sa cupidité à la fois , s'est attribue dans cette occasion décisive le rôle de protecteur et de suzerain. L'arlicle suivant montre que le shah ne s'était pas mépn* sur cette intention de l'humilier, ut a insisté pour que le maharadjah fût remis à sa place. Mais la teneur générale du traiié est trop manifestement au profit de ces prétentions orgueilleuses du souverain sikh, et quand ce dernier consent ( voy. art. 8 ) à «noyer quel<|ues présents au roi de Kaboul, c'est uniquement par amititi pour lui (by way of friendship). Les Anglais attatbatent évidemment une extrême importance a l'alliance de Randjit Singh,et c'est là ce qut 1rs a déterminés à passer par-dessus ces prétentions un r» u exagérées sans doute , mais qui ne touchaient pas au fond de la question. Il nous semble, toutefois, qu'il vàt été plus convenable et plus digue ifétiter l'insertion, dans le traité solennel, de cet tains détails qui auraient pu faire le sujet (Tune convention séparée, d'autant plus qu'il n'était pas absolument nécessaire que lê .parlement anglais fût instruit de la prédilection marquée de Randjit Singh
marchands qui désireraient se rendre dans l'Afghanistan.
« 8. Le maharadjah enverra annuellement au shàh les articles suivants en témoignage d'amitié : cinquante-cinq pièces de châles , vingt-cinq pièces de mousseline, onze daupattans, cinq pièces de kimkhâbs, cinq écharpes, cinq turbans , cinquante-cinq mesures de riz Barèh ( propre au territoire de Peshawar. )
« 9. Tous les officiers du maharadjah qui pourront être envoyés en Afghanistan' pour acheter des chevaux ou pour toute autre affaire, ainsi que ceux
r melon» musqués et tes fruits frais ou secs
de 1 Afghanistan
.jusqu'
concurrence de onze mille roupies, seront traités des deux côtés avec les égards convenables, et trou\ eront toute facilité pour l'exécution des commissions dont ils auront été chargés.
« 10. Toutes les fois qu'il arrivera que les armées des deux Etats se trouveront rassemblées en un même lieu , on ne pourra tuer de bœufs ou de vaches ( mot à mot, le massacre des bétes bovines ne pourra avoir lieu) sous aucun prétexte.
«11. Dans le cas où le shâh emploierait un corps auxiliaire de troupes du maharadjah , tout le butin en bijoux , chevaux, armes petites ou grandes, qu'on pourra prendre aux Barekzaïs, sera également partagé entre les deux parties contractantes. Si le shâh parvient à obtenir possession de ces effets et propriétés personnelles (des Barekzaïs ) sans le secours des troupes du maharadjah, le shâh consent, néanmoins, à envoyer une partie du butin, par son propre agent, au maharadjah, en témoignage d'amitié (*).
» 12. Un échange de missions, chargées de lettres et de présents, aura
(•) Cet article 1 1 aurait dû, en conscience, être réserve pour la convention particulière dont nous indiquions plus haut la contenance. C'est réellement un fait peu honorable pour le gouvernement anglais que l'approbation donnée sans réserve à ce pillage anticipé des Barekzaïs.
L'UNIVERS
constamment lieu entre les deux parties.
« 13. Dans le cas où le maharadjah réclamerait l'aide des troupes du shâh pour l'accomplissement des objets qu'on a en vue dans ce traité , le shah s'engage a envoyer un corps d'armée commandé par i'un de ses principaux officiers. De même, le maharadjah fournira au shah, sur sa demande, un corps de troupes auxiliaires, composé de mahométans et commandé par un de ses principaux officiers (jusqu'à Kaboul, s'il est nécessaire), pour l'accomplissement des objets ou on a en vue dans ce traité. Quand Je maharadjah aura occasion d'aller à Peshawar, le shâh enverra un shâhzadah (#) pour le visiter, auquel cas le maharadjah le recevra et le congédiera avec les honneurs et la considération dus à son rang et à sa dignité.
« 14. Les amis et les ennemis des trois hautes puissances, nommément des gouvernements anglais et sikh et de Shah Shoudjâ-oul-Moulk , seront les amis et les ennemis des trois.
« 15. Shâh Shoudjâ-oul-Moulk s'engage , après avoir atteint le but qu'il se propose, à payer sans faute au maharadjah la somme de deux lacs de roupies, Aànak shahi ou kaldar (à compter du jour où les troupes sikhs pourront être envoyées dans le but de rétablir Sa Majesté sur le trône de Kaboul ) , en considération de ce que le maharadjah entretiendra un corps de cinq mille hommes au moins, cavalerie et infanterie, de la foi mahométane, dans les limites du territoire de Peshawar, pour appuyer les opérations du shâh, et qui devront être envovés au secours de Sa Majesté, toutes les fois que le gouvernement anglais, de concert et avec les avis du maharadjah, jugera ce serours nécessaire; et au cas <|u'il se passât quelque chose de grande importance dans l'Ouest, on adoptera à cet égard telles mesures que les gouvernements anglais et sikh pourront juger, à cette époque, propres et convenables. Dans le cas où le maharadjah
(•) Un de ses (ils.
aurait besoin de l'aide d'aucune des troupes du shâh , il sera fait au subside une déduction proportionnée au temps pendant lequel ce secours aura été donné ; et le gouvernement anglais se rend responsable du payement ponctuel et annuel de la somme mentionnée au maharadjah, aussi longtemps que les clauses de ce traité seront dûment observées.
« 16. Shâh Shoudjâ-oul-Moulk consent à abandonner, pour lui-même, ses héritiers et ses successeurs, tous droits de suzeraineté et arriérés de tribut qu'il pourrait prétendre sur le pays nui est maintenant en la possession des Amîrs du Sindh (et qui continuera à appartenir aux Amirs et à leurs successeurs à perpétuité), à la condition par eux de payer au shâh telle somme qui pourra être fixée sous la médiation du gouvernement anglais , de laquelle somme un million cinq cent mille roupies seront par lui remises au maharadjah RandjîtSingh.Lorsqueces payements seront complétés, l'article 4 du traité du 12 mars 1833 sera considéré comme annulé f \ et l'échange accoutumé de lettres et de présents convenables entre le maharadjah et les A m 1rs du Sindh sera maintenu comme par le passé.
« 17. Lorsque Shâh Shoudjâ-ouf- Moulk aura réussi à établir son autorité dans l'Afghanistan , il n'attaquera ni ne molestera son neveu le souverain d'Hérât, et le laissera en possession paisible des territoires maintenantsoumisàson gouvernement.
« 18. Shâh Shoudjâ-oul-Moulk s'oblige personnellement et oblige ses héritiers et successeurs à s'abstenir d'entrer en négociations avec aucun État étranger, sans la connaissance et le consentement des gouvernements anglais et sikh , et s'oblige également à s'opposer de tout son pouvoir, par la force des armes, à toute puissance qui aurait le dessein d'envahir les territoires anglais et sikh.
« Les trois puissances, parties inté- (•) Cet article 4 est reproduit mot pour
mot dans le présent traité et sous le m^roe
numéro.
à ce traité, savoir : le gouverwflvnt anglais, Randjît Singh et Shâh Shcudj4-oul-Mouik, donnent leur consument cordial aux articles ci-desm. Il n'en sera dévié en aucune manière; et, dans ce cas, le présent traité sera considéré comme liant à jamais les hantes parties contractantes ; et ce traité sera mis à exécution , à dater du jour auquel les trois parties contractantes y auront apposé leurs sceaux et signatures.
« Fait à Ignore, ce vingt-sixième jour de juin dans Tan de N. S. 1838, correspondant au 15 du mois d'Assarh 1895, ère de Bikermadgît. »
A la lecture de ces importants documents, les réflexions se présentent en foule. Les principesde libéralité, d'humanité, de justice, invoqués pour motiver les actes du gouvernement anglais, paraissent, il faut en convenir, en contradictioD avec ces actes eux-mêmes.
Lipplvation insolemment capricieuse Je ces principes est ici par trop manifeste, surtout en ce qui touche les de Shâh Shoudjà, et la conduite si croetfe, selon le gouverneur général, «le ia Perse envers le prince d'iiérit. La presse libérale dans l'Inde et « Angleterre n'a pas épargné lord Auckland à cet égard. Le blâme , le «rrasrae, sinon l'injure, lui ont été prodigués. On a rondamné la résoluton prise de replacer Shâh-Shoudjâ w le trône; on a critiqué ensuite les "wrens d'exécution de cette grande mesure; on ne manquera pas de se plaindre des résultats. Chez nos voisins, rien de tout cela ne doit étonner, « il se passe bien , de temps à autre , <Nque chose d'analogue chez nous; rob, à examiner de près cette grande affaire d'Orient, il nous semble que la itore et les intérêts de l'Angleterre «ont pas eu à souffrir de la détermiution prise par lord Auckland , et si ^langage du gouverneur général, dans k manifeste que nous venons de lire , manque un peu de franchise dans les ^-toils, il ne manque certainement, w total, ni de dignité, ni de force. Nous Mas plus loin et nous ne craindrous
pas de dire que jamais homme, dont les résolutions devaient influer sur les destinées d'un grand empire, n'a pris son parti plus à propos et avec plus de vigueur, n'a avoué plus hautement et
{)lus distinctement ses amitiés ou ses îaines politiques , et proclamé enfin avec plus d'indépendance ses motifs et son but.
Au moment où lord Auckland annonçait ainsi la chute des princes barekzais et la restauration du shàh de Kaboul, les immenses préparatifs de l'expédition s'achevaient entre la Djamna et le Sutiedje. Tous les corps destinés à former Vannée de C Indus avaient été portés au grand complet.
Le premier rendez-vous indiqué pour les troupes du Bengale était la station de Karnaul, au nord de Delhi, et de là elles devaient marcher sur Firozepour, aux bords du Sutiedje, et s'y concentrer. Le corps d'armée du Bengale se composait dans l'origine de cinq brigades d'infanterie, de trois régiments chacune, partagées en deux divisions; d'une brigade de cavalerie et d'une d'artillerie; eu tout treize mille hommes environ, dont trois mille Euro-
Kéens. Des arrangements subséquents ! réduisirent à huit mille hommes.
Le corps d'année levé pour le service particulier de Shâh Shoudjà, dans le nord , s'était formé à Loudiana et se composait de deux mille hommes de cavalerie, quatre mille hommes d'infanterie et une compagnie d'artillerie à cheval : en tout environ six mille hommes commandés par des officiers anglais. En même temps, à Bombay, s'organisait le corps d'armée auxiliaire destiné à occuper le Sindh et à marcher ensuite sur Kandahar, après avoir opéré sa jonction avec les troupes du Bengale. Bombay fournissait pour son contingent deux brigades d'infanterie, une de cavalerie, une d'artillerie, offrant un effectif d'à peu près huit mille hommes, dont deux mille cinq cents à trois mille Européens. Le gouverneur énéral , de Simla où il s'était établi epuis longtemps, surveillait tous les mouvements de troupes et dirigeait les opérations des nombreux agents
L'UNIVERS
politiques qu'il avait expédiés de toutes
f>nrts. Une entrevue se préparait entre e représentant du gouvernement anglais et le lion du Pandjàb. Le capitaine Wade (aujourd'hui le colonel sir Claud Wade) , agent politique à Loudiana, présidait à tous les arrangements préliminaires. Un ordre du gouverneur général , sous la date du 1 ! octobre , avait désigné cet officier pour rejoindre, en temps utile, l'armée du maharadjah Randjît Singh à Peshawar, et l'avait chargé , d'après les instructions qui lui seraient données , de la surintendance des affaires du gouvernement anglais, en tout ce qui aurait rapport aux États et aux troupes de Son Altesse. Il devait être assisté à Peshawar de plusieurs officiers, parmi lesquels se trouvait le lieutenant Mackeson , agent pour la navigation de l'Indus. Le célèbre voyageur sir Alexander Burnes (*), que son activité, son intelligence, sa persévérance infatigable et sa connaissance des intérêts politiques et commerciaux à l'ouest de l'Indus avaient désigné depuis longtemps comme le guide et l'avant-garde intellectuelle, en quelque sorte, de l'expédition, s'occu-
{>ait sans relâche des moyens d'aplanir es difficultés que l'armée pouvait s'attendre à rencontrer sur sa route. La plus grande activité, le zèle le plus anime, l'accord le plus parfait, se montraient dans toutes les branches du service. Des approvisionnements considérables avaient été faits sur plu-
(*) Alexander Burnes avait été nommé chevalier par la reine et lieutenant-colonel honoraire le 7 août i838. Le Jieiilenantcolonel Wade a été fait chevalier le 11 décembre i83q. Ces deux officiers nous paraissent avoir amplement mérité les houorablcs distinctions dont ils ont été l'objet; le colonel Wade a montré beaucoup de jugement et de prévoyance dans les négociations et la correspondance qui ont précédé ta grande expédition au delà de l'Indus, et il nous semble que son avis a du avoir une très-grande influence sur la détermi* nation prise par lord Auckland de replacer Sh.iU Shoud:a-Oul-Moulk sur le trône de Kaboul
sieurs points, des marchés conclus pour les besoins à venir, des convois organisés; l'armée allait se concentrer à Firozepour, pour y passer la revue du gouverneur général et du souverain du Pandjâb, le seul chef redoutable que le gouvernement de l'Inde comptât parmi ses alliés, et auquel (ainsi qu'à tous les serdars sikhs) il importait de donner à la fois l'idée la plus imposante des forces militaires dont ce gouvernement pouvait disposer, et un témoignage éclatant d'estime politique et de confiance.
Le général commandant en chef, qui était venu rejoindre le gouverneur général à Simla, publia, le 22 octobre, un ordre du jour qui semblait indiquer qu'il n'avait pas encore une parfaite confiance dans ses troupes , sous le rapport de la discipline , et qui causa d'abord quelque mécontentement dans l'armée. Cependant les officiers, jeunes et vieux, n'en burent pas moins à la santé de sir Henry Fane, et en géné ral l'ardeur et l'enthousiasme des troupes , soit européennes, soit indiennes, se manifestèrent partout et en toute occasion de la manière la plus flatteuse pour leurs chefs, par des acclamations, par des chants, pendant la marche au rendez-vous général à Firozepour, en un mot par les explosions de la joie la plus bruyante.
Le gouverneur général et lecommandanten chef étaient à Firozepour des le 27 novembre. A cette époque le gouverneur général avait déjà reçu avis de la levée du siège d'Hérât par l'armée persane. D'un autre côté, la santé de Randjît Singh, depuis longtemps affaiblie par des excès de tout genre, donnait lieu de penser que dans quelques mois, dans quelques semaines peut-être, le maharadjah aurait cessé de vivre; et bien que déjà, dans plus d'une circonstance , il eût trompé les prévisions des médecins, des renseignements positifs ne permettaient guère de douter, cette fois, que le terme fatal de cette longue carrière d'ambition et d'iniquités n'approchât en effet (*). Aux précautions prises dt
(*) Randjit Singh est mort, le 27 juin 1839,
longue main pour que la tranquillité Ai pjndjab ne fût pas troublée à la mort de son chef, il paraissait prudent d'en ajouter de nouvelles. Cest à ces divers motifs qu'il nous semble naturel d'attribuer les dispositions suivantes de l'ordre du jour du 27 novembre :
• Les circonstances ont tellement changé dans les pays à Poue3t de l'Indus depuis le rassemblement de l'armée destinée à entrer en campagne, que le très-honorable gouverneur général ne juge pas nécessaire de faire marcher toutes les troupes, dont une tartie suffira pour remplir le but de expédition. En conséquence, d'après «s instructions de Sa Seigneurie, toute b cavalerie, une compagnie d'artillerie à cheval, une batterie de siège, les sapeurs et mineurs et trois brigades d'infanterie, se mettront en marche.
].e reste des troupes attendra des ordres à Firozepour. La tête de la colonne commencera son mouvement aussitôt que l'armée aura été passée en mue par le gouverneur général et le maharadjah Randjît Singh. »
La première entrevue de lord Auckland et de Randjît Singh eut lieu le 29, et, à dater de ce jour, pendant plus d'un mois, ce ne fut qu'échange de politesses, de cadeaux, de protestations affectueuses , entre les deux grands personnages, soit à Firozepour, soit à Lahore , où le gouverneur cenéral accompagna son royal ami peu de temps après la grande revue qui avait eu lieu le 3 décembre. Ainsi Randiît Singh s'était trouvé deux fois, dans l'espace de sept ans, assis sur un même éléphant ou à la même table avec le vice-roi des Indes anglaises, passant en revue les troupes de ses allies et faisant défiler devant eux les siennes, organisées et disciplinées par des officiers français. Toutefois, cette dernière entrevue avait un caractère iitique et militaire plus marqué que rencontre de lord William Bentinck
sept mois environ après la visite du gouverneur général , léguant le Koh-é~nour au temple hindou de Djaggarndt. Il avait soixante ans.
avec le souverain sikh , au mois d'octobre 1881 (*).
Enfin tous ces préparatifs et ces préliminaires, indispensables à l'exécution du traité passé entre les hautes
(>arties contractantes, étant terminés, 'armée commença sa marche le 10 décembre. Le shah, avec les nouvelles levées , avait sur les troupes de la Compagnie une avance de quelques jours. Le 22 décembre, le corps d'armée de Bombay débarquait aux bouches de l'Indus, et marchait sur Hyderabâd , en même temps qu'une expédition destinée à occuper Aden faisait voile de Bombay. Cette expédition , dont nous donnerons l'historique ailleurs , eut le résultat immédiat qu'on en attendait; les Anglais sont en possession d'Aden depuis le mois de janvier, mais ils y sont exposés à des attaques continuelles de la part des tribus arabes de l'intérieur, et paraissent loin encore du but qu'ils se propo-
(*) Cette entrevue de lord William avec Randjît Singh avait eu lieu à Rouper, petit bourg situé sur les bords du Soliedje , à une distance, sur la droite, à peu près moitié de celle à laquelle Firozepour se trouve de Loudiana sur la gauche.
Dans cette circonstance , Randjît Singh , malgré le voisinage du roi exilé et alors oublié , Shàh Shoudjâ , n'avait pas hésile à faire parade du Koh-t noiir , que lord et lady William et les personnes de leur suite avaient pu se passer de main en main et admirer a leur aise. Cette fois encore, les hôtes du maharadjah le trouveront disposé à éblouir leurs yeux de l'éclat du Koh-é-nottr et d'autres magnifiques joyaux. L'entrevue des deux grands personnages eut un véritable caractère de splendeur et de pompe asiatique, qui témoignait de l'importance que le gouvernement suprême mettait à resserrer de plus en plus son aHiance avec le souverain du Pandjâb, et dont tout I Hindoustan fut ému. Les scrurs de lord Auckland et plusieurs autres dames prirent part aux fêtes brillantes qui s'échangeaient entre les Anglais et les Sikhs. Environ dix mille hommes d'élite de l'armée de Randjît Singh furent passés en revue par le gouverneur général et le général en chef, sir H. Fane, le
L'UNIVERS
saient de rendre Aden l'entrepôt principal du commerce de l'Arabie avec l'Europe et l'Inde anglaise.
Un vaisseau de soixante-quatorze, le Wellesley^ démolit, le 2 lévrier, le
{>etit fort de Manhara , situé vers 'embouchure la plus occidentale dé l'Indus , et débarqua des troupes (deux mille deux cents hommes environ, dont six à sept cents Européens) qui occupèrent ce fort et la ville voisine de Karatchi le jour suivant. La nouvelle de la prise de Karatchi accéléra la soumission des Amîrs.
Avant de tracer l'esquisse historique de l'expédition qui a placé les contrées arrosées par 1 Indus ou ses tributaires, et plus particulièrement le Delta de l'Indus, sous le protectorat immédiat de l'Angleterre, nous allons essayer de donner en peu de mots une idée des pays traverses, en 1839, par le corps d'â«née de Bombay, et que les troupes de cet te résidence doivent occuper d 'une manière permanente.
Les pays situés sur la rive occidentale de l'Indus, dans son cours moyen et à partir de Sanngar, sont désignés par le nom de Sindh ; mais le Sindh proprement dit commence au confluent de l'Indus et du Pandjnud, et a pour limites au nord le PandjAb et le Katch- Gandava , au sud la province de Katch et l'océan , à Test le Radjpoutaua et le pays des Daoudpoutras (le Bahawalpour) , à l'ouest enfin , le Beloutchistan. Sa forme est irrégulière , elle approche cependant de celle d'un triangle dont ies embouchures de l'Indus (occupant une ligne décent trente milles environ de longueur) formeraient en partie le plus petit enté , et dont l'angle opposé aurait son sommet près de Mitthun- Kote. L'aire de ce triangle peut être évaluée à environ deux mille six cents myria mètres carrés. Les quatre cinnuièmes au moins de cette surface , si 1 on en croit les témoignages les plus dignes de foi , sont propres a la culture ; on n'en cultive aujourd'hui qu'un peu plus des deux cinquièmes. Ce que produit cette exploitation impartaite du sol suflit cependant et au delà aux besoins de la population actuelle, qui pa-
rait ne pas excéder un million d'âmes, si même elle atteint ce chiffre. Dans le Delta comme au Bengale , le riz forme la nourriture principale des habitants; plus haut, le blé, comme dans le cours moyen du Gange, Templace fréquemment le riz. L'aspect de ce pavs est dénué d'intérêt. A l'est de l'Indus , à l'exception des coilines de Bâkker et d'Hyderabad . on ne rencontre pas un seul accident de terrain , pas une pierre depuis le fleuve jusqu'aux monticules de sable du vaste désert qui sépare la province du Sindh de l'Hindoustan; tout est plat et couvert de buissons.
A l'ouest du fleuve, du parallèle de Mitthun-Kote à celui de Séhwun (26* 30' L. N. environ), on retrouve cette plaine monotone et infertile jusqu'au pied des monts Hala , qui bordent le Beloutchistan. De Séhwun à la mer, le pays est nu et hérissé de rochers.
Le sol du Delta est riche , mais mal cultivé; la surface en est saus cesse modifiée par les inondations périodiques du fleuve. Les points, en petit nombre, qui ne sont pas atteints par le débordement, y participent par des canaux artificiels" de quatre pieds de large sur trois pieds de profondeur, qui suffisent aux besoins de l'irrigation.
La crue des eaux commence en avril , atteint sa limite en juillet, décroît sous l'influence des vents du nord, et disparaît en septembre; les pluies sont très-rares (*). Un huitième environ du sol du Delta est couvert par les lits du fleuve ou ses ramifications; une grande partie des sept huitièmes restants est envahie par une végétation naine, mais vigoureuse , qui forme des fourrés impénétrables. Dansla proximité des villes seulement, comme près d'Hyderabad et de Tatta , on cultive la vigne , le figuier, le pommier, le grenadier, la canne à sucre ; on récolte aussi quelque peu d'indigo , du tabac et du chanvre : ces deux dernières plantes sont employées comme narcotiques. Partout lés grands arbres sont rares. De
(•) A Karnlchi , d'après les renseignements récemment recueillis , il n'aurait pas plu depuis troU ans.
CS
vastes portions te la surface du Delta sont occupées par des plaines entière»
meut nues , d'une argile durcie. Sans flndus et ses inondations bienfaisantes, tout le Sindh deviendrait un désert semblable à celui qui s'étend entre ce pays et l'Hindoustan. Malgré ces désavantages naturels et l'incurie de ses habitants, le Sindh a rapporté, dans en derniers temps, au gouvernement des Amîrs, environ quarante lacs de roupies (â peu près dix millions de francs) ; sous la dynastie précédente, les revenus s'élevaient, dit- on, au double de cette somme.
La province de Sindh ne vit donc , pour ainsi dire , que par l'Indus ; elle lai doit son importance politique et commerciale , et ses éléments de prospérité ont subi jusqu'à ce jour l'influence des causes physiques qui se résument dans les accidents de ce cours pçanlesque , qu'une civilisation , toujours imparfaite, souvent rétrograde, o'a pu maîtriser encore.
Alexandre , cet homme d'une si grande prévoyance, d'une volonté si prompte et si ferme, d'une puissance d'exécution si merveilleuse, avait compris d'un coup d œil le parti qu'on pouvait tirer d'une occupation permanente du Delta : il s'était rendu maître du cours navigable du fleuve en fondant des villes et en élevant des forts sur deux points qui sont précisément, on a tout lieu de le croire, ceux sur lesquels s élèvent les villes modernes de Bakker et de Tatta. L'œuvre ébauchée par cet homme , si grand qu'il fût , ne pouvait être achevée que par une nation et avec toutes les ressources de la civilisation européenne. Ce que tout legénieet la persévérance d'Alexandre n'auraient pu accomplir, même relativement, pendant la durée d'un long re^oe, se fera de nos jours, sinon sans tfiorts, au moins sans lutte , et se fera ttrtout par l'introduction de la navigation à la vapeur, cette puissance miraculeuse qui seule pouvait , en assujettissant complètement le cours de l'Indus à la domination d'un grand peuple, doter le Sindh et le Pandjâb d'uue vie nouvelle et d'un riche aveuir.
6« Livraison. (L\j>b.)
Du temps d'Aureng-Zeb , il se faisait un commerce considérable par l'Indus et le Râvy jusqu'à Lahore. Ce commerce, ruiné par les commotions politiques du pays, et surtout par les exactions des nombreux chefs qui s'étaient rendus successivement indépendants , sur les lignes parcourues par les marchands, va renaître et probablement acquérir, sous la protection du gouvernement anglais , un développement bien supérieur à celui qu'il avait atteint à l'époque dont nous parlons.
L'histoire du Sindh est assez bien connue. Alexandre avait trouvé ce pays habité par les Hindous et gouverné par les brahmanes. Après avoir fait quelque temps partie de la monarchie bactrienne, le Sindh regagna son indépendance qu'il conserva jusqu'à l'établissement de l'islamisme, et passa bientôt après sous le joug mahométan.
Les califes renversèrent la dynastie brahmane, et de Baghdad gouvernèrent cette province par députés. Le Sindh passa successivement sous la domination des Ghaznavides et des G bondes, jusqu'au quatorzième siècle ; à cette époque, les princes du pays reprirent le dessus, et plusieurs tribus se disputèrent l'honneur de donner des souverains au Sindh, qui fut soumis de nouveau par les conquérants tartares.
Enfin, Nàder Shâh le réunit à son empire; et quand, après sa mort, Ahmed Shâh fonda le royaume de Kaboul, cette province en tit partie et a été considérée depuis lors comme une de ses dépendances. Du temps de Nader, elle était gouvernée pur la famille des Caloras, originaire du Beloutchistan. Sous le règne de Timour Shah (fils d'Ahmed Shâh), vers l'année 1786, le pouvoir passa dans la famille des Talpouris, qui l'a conservé jusqu'à ce jour, et qui est également Beloutchi d'origine. On peut donner une idée exacte du caractère et des résultats de leur administration , en assurant qu'elle avait pour but exclusif de remplir les coffres des Amîrs, sans égards pour le commerce, pour l'agriculture , pour le bien-être présent
ou futur des populations. l£ gouvernement anglais chercha plusieurs fois à former avec ces princes une alliance qui pût profiter d'une manière efficace et durable aux intérêts commerciaux; mais il n'y avait aucun résultat utile à attendre de traités conclus dans ce but avec des chefs qui n'avaient qu'un respect médiocre pour la foi jurée, et dont les engagements ne liaient pas d'ailleurs d'une manière absolue les chefs secondaires. Nous avons vu que la plus importante de ces tentatives stériles datait de 1832. Le caractère des négociations entamées à cette époueparordre et d'après les .instructions e lord William Bentinck, se ressentit de la circonspection souvent imprévoyante et de la politique timide et flottante de ce gouverneur général. La dignité du gouvernement suprême en souffrit sans que les intérêts matériels en retirassent aucun bénéfice. Si jamais l'inopportunité et le danger des demi-mesures ont été démontrés, c'est en ce qui touche aux relations de l'Inde anglaise avec le Sindh. Lord Bentinck a voulu temporiser, se borner à un traité de commerce avec des gens qui ne comprennent , ou du moins qui ne respectent que la force. Ce traité ne servit à rien, et le traité de 1834, dont on voulut l'étayer, ne remplit pas le but qu'on se proposait , parce que "attitude du gouvernement anglais , tout en témoignant de son désir sincère de voir exécuter les dispositions de ces traités, ne montrait pas la ferme volonté d'en assurer l'exécution, et que les spéculateurs ne pouvaient compter sur aucune protection dans le Sindh, par suite de la désorganisation politique du pays. Il fallait imposer un traité dont les stipulations pussent protéger efficacement les intérêts politiques et commerciaux. C'était le seul moyen d'en finir avec les Amîrs, et c'est celui qu'a adopté lord Auckland. Parmi les princes ae la famille royale régnante, le plus intelligent et le plus puissant de beaucoup est Mîr Mourad - Aly - Khan -Talpour, d'Hyderabad. Les Amîrs de Khayrpour et de Mîrpour, ses neveux , sont
plus où moins souS sa dépendance.
Mîr-Mourad-Alv a usurpé les droits de Mîr-Sobdar-"Khan , un autre neveu , fils de son frère aîné ; il a de plus désigné comme son successeur le second de ses propres fils, au détriment de l'aîné; et, comme Mîr-Sobdar-Khan est encore en vie, à ce qu'on nous assure, il ne saurait y avoir moins de trois prétendants au trône à la mort de Mîr-Mourad-Aly. Toutefois, ces prétentions rivales ont trouvé, par suite des derniers traités , un arbitre dont les décisions seront sans appel; et conséquemment l'avenir politique du Sindh est , sous ce rapport, à l'abri de toute commotion violente.
Nous croyons inutile d'entrer dans de longs détails sur la forme de gouvernement du Sindh et son action dans ces dernières années. La domination anglaise commence pour ce pays , et nous ne pourrions former que des conjectures sur le système d'administration oui vient d'v être introduit. Nous nous bornerons donc à résumer en peu de mots ce qu'on sait sur l'état actuel, la population et les ressources du Sindh et le caractère de ses habitants.
Les trois districts principaux du Sindh se subdivisent en un nombre presque infini de cantons pressurés outre mesure par de petits chefs absolus qui payent une certaine redevance aux Amîrs* Ces despotes, grands et petits, ont sans cesse les versets du Koran à la bouche, mais ne reconnaissent, par le fait, d'autres lois que leurs caprices. Ils pouvaient mettre à mort, et cela s'est vu maintes fois, leurs femmes ou leurs concubines et leurs propres enfants , sans que personne y trouvât à reprendre. Fumerj mâcher le bétel ou l'areck , s'enivrer par tous les moyens connus dans l'Inde, chasser ou au moins tuer à loisir le gibier entassé dans les innombrables réserves ménagées à cet effet sur les bords du fleuve, teHes sont leurs occupations habituelles. Ces enclos réservés, connus sous le nom de Shikar-Gahs, occupent à eux seuls une portion considérable du pays. On n'en
compte pas moins d'une trentaine sur une seule rive, entre Hvderabad et îatta. Ce sont autant d'obstacles à la culture et même à la navigation, car les clôtures descendent jusque dans le voisinage du chenal et interceptent le halage.
La masse de la population du Sindh est mahométane; un quart environ de cette population suit fa religion brahmanique. Sous le rapport ethnographique, comme sous fe point de vue du climat et des productions, le Sindh est une terre de transition. Bien des races , autrefois distinctes , s'v sont croisées et confondues. Les Sindnis ou Sindhiens proprement dits sont la partie nomade de la population; on les regarde comme les premiers habitants du pays. Convertis à l'islamisme, ils se sont mêlés par le mariage avec la race des conquérants. Il y a des mahométans dans le Sindh et des Hindous dans la province de Katch qui reconnaissent les mêmes ancêtres. Les mjhométans sont grands et bien proportionnés, très-bruns; As portent les cheveux longs, ce qui les distingue des autres mahométans de l'Inde; ils portent tous le bonnet, au lieu du turban. Les Hindous du Sindh ne diffèrent pas extrêmement de ceux de l'Hindoustan ; ils ont le teint plus clair que les mahométans. On voit aussi dans le Pandiâb quelques Sikhs ; ceux-ci et les Hindous se livrent exclusivement au commerce.
Le fanatisme religieux est porté par les musulmans au plus haut degré.
En tout ce qui touche aux pratiques extérieures de la dévotion , les Sindhiens sortent de leur apathie habituelle; aussi dit-on d'ordinaire qu'ils s'ont de zèle que pour célébrer la fête de rrrfe(*), de libéralité que pour nourrir la paresse des sayeds (**), de foût que pour orner les tombeaux de Ir-urs saints. Les sayëds et les fakirs, mendiants religieux à pied et a cheval , abobdeot dans toutes les parties do Sindh ; ils demandent l'aumône avec
(*) La principal* de leurs fêtes religi *') Descendants du prophète.
arrogance et souvent la menace à la bouche. Mendier est un métier si profitable dans ce pays, que beaucoup de gens du peuple suivent cette vocation, et s'attirent les respects et les offrandes de la multitude, sans y avoir d'autres titres qu'une apparence étudiée d'austérité et de pieux recueillement.
Rester assis toute une nuit, par exemple, sur le toit en terrasse d'une maison, et répéter des milliers de fois, sans interruption , le nom ftAllàhy suffit pour donner à l'un de ces personnages une réputation de sainteté.
Au reste, tout se réduit à ces démonstrations extérieures et à ces vaines pratiques. Pour un homme vraiment religieux et de quelque instruction, on en rencontre cent parmi ces classes privilégiées, qui savent à peine lire et qui ne savent pas écrire. Dans toutes les classes , le goût des plaisirs sensuels , des jouissances ma* terielles les moins relevées , l'emporte sur le sentiment du devoir et les affections de famille. Les personnes des deux sexes s'abandonnent à l'usage immodéré des liqueurs spiritueuses et des drogues enivrantes. Les exercices mâles propres à entretenir et à développer la vigueur de la constitution sont inconnus au bas peuple, qui, ainsi que les grands du pays, regarde l'oisiveté , il doke far mente , comme le bien suprême. Dans ce pays ainsi peuplé et ainsi gouverné, on conçoit que l'agriculture se repose sur l'Indus du soin de fertiliser le sol , et que le commerce languisse ou soit comprimé dans son essor par l'aveugle rapacité du despotisme. Cependant les Sindhiens ont un penchant marqué à l'imitation et beaucoup d'aptitude pour les arts mécaniques. Ils fabriquent des armes d'assez bonne qualité, ils préparent les cuirs mieux qu'on ne le tait dans l'Hindoustan. Ils réussissent particulièrement dans la fabrication de certains tissus ; mais ces différentes branches d'industrie, que le gouvernement musulman a constamment rançonnées au lieu de leur donner quelque encouragement, n'ont produit, surtout dans ces derniers temps , que oe
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qui pouvait suffire à la consommation locale.
La plupart des chefs sont Beloutchis.
11 y a quelque analogie de position entre eux et les mamelouks au milieu des populations égyptiennes , et ce n'est qu'une des nombreuses analogies qui, sous le point de vue physique et sous le point de vue politique, ont été déjà signalées entre le Sindh et TÉgypte.
Il y a peu de villes de quelque im-
{)or tance dans toute l'étendue du pays; a plus considérable est Shikarpoûr, dont la population est au moins de vingt-six mille iîmes , et qui , se trouvant située sur les bords d'un canal, à peu de distance de l'Indus, sur la grande route suivie par les caravanes, est devenue le centre de relations très -actives (*). Hyderabad , moins peuplée, quoiqu'elle soit la capitale actuelle du Sindh , ne compte , selon Burnes, que vingt mille habitants (Klphinstone lui en donne quatre-vingt mille ! ). Tatta, l'ancienne métropole, la Pattala d'Alexandre, a environ quinze mille âmes. Viennent ensuite Larkhana, Khayrpour, Mitthun-Kote, Séhwun, Karatchi , et quatre ou cinq autres de moindre importance. Au reste, les principales autorités que Ton puisse consulter ne s'accordent guère (jue sur le chiffre général de la population du Sindh , population qui ne semhle pas, comme nous l'avons déjà dit, dépasser un million (**).
(*) Voyez , pour des détails intéressants sur le Sindh et sur Sliikarpour en particulier, les voyages et les mémoires de Burnes et les voyages de Conolly.
(**) L'importance de Karatchi, dans le présent et dans l'avenir, nous détermine à faire connaître plus particulièrement, dès à présent, ce point intéressant dont les Anglais out pris définitivement possession depuis plus d'un an.
Ayaul des communications sûres et promptes par la voie de la terre avec Tatta, avec la mer et les cotes de l'Hindoustan par sa baie d'un accès facile, Karatchi, le seul port véritable sur toute la côte du Sindh, était destiné à devenir de bonne heure le centre d'un commerce de transit soit entre
Les productions du règne végétal et du règne animal dans le Sindh diffè-
le golfe Pcrsique et celui de Kuteh, soit entre l'Hindoustan et l'Afghanistan. Karatchi est situé presque sous le a 5* degré de latitude nord et par 65° environ de longitude est, et ronséquemment à l'ouest des principales embouchures de l'Indus, entre le cap Monze et l'embouchure Phitti du Baggaur (branche occidentale du petit Delta), à cinq heures de marche de cette embouchure^*). Le petit fort de Manhara ou Manora, qui garde l'entrée du port, est bâti sur une émiuence pittoresque. Les Amirs le regardaient comme imprenable.
Quand sir V. Maillaud (l'ancien commandant du lieUcroplum) arriva devant Karatchi, Manhara n'était défendu que par vingt hommes et sept pièces de canon. La garnison s'attendait à être renforcée dans la soirée du a février, et avait repoussé les offres de capitulation honorable qui avaient été faites par l'amiral dans la matinée, lîne cinquantaine de coups de canon avaient, avant une heure de I après-midi, démoli le iort en partie et mis en fuite la garnison, qui espérait pouvoir se réfugier à Karatchi , mais que les troupes déjà débarquées tircut prisonnière, et la ville, sommée le soir même, était occupée par U*s Anglais des le lendemain.
Karatchi est une ville considérable , bien que de chétive apparence. Les rues en sont étroites et tortueuses à l'excès; toutes les maisons sont construites en terre détrempée mêlée avec de la paille hachée, à toits plats, avec un ou plusieurs ventilateurs faits d'une espèce d'osier et servant à la fois de manche a vent et d'alwU-jotir; aucun édifice de quelque importance n'attire les regards. Les maisons, dont les plus élevées sont toutes au centre de la ville, diminuent gradueHe-
(*) Alesandre avait reconnu toi-même cette portion du Delta avant d'arrêter le départ de sa flotte pour le golfe Persique. Suivant le récit d'Amen, Néarqoe, à »» sortie de l'Indus par cette même embouchure peut-être, très-certainement par faite de» embouchures du Roppaur, longea ta côte des Arabite*. ajant à sa droite le mont Irut, et jeta l'ancre près d'une ile sablonneuse appelée Crocala. Les environs de l'embouchure Philti sotu encore aujourd'hui appelés par les natifs Krokala. On voit encore le long de la r.rtie des ites sablonneuses seinblobles a celle «font parle Arriea, et l'entrée de la baie de Karatchi est fr rince a l'est par trois de ces îlots (les iles Audry), drbris probables de cette même ile où l'amiral macédonien s'arrêta ua jour, •a mois de septembre, il y a nêi 4M.
mît peu de celles de l'Hindoustan. Le chameau et le buffle sont les deux
ment de dimensions du centre à la circonférence , dont un mur épais en terre défendait autrefois les approches. Il ne reste que des portions de cette enceinte. Quoique Karatchi fût depuis longtemps l'entrepôt commercial du Sindh, ni le gouvernement des Amirs, ni l'administration locale n'avaient pris aucune mesure pour faciliter l'arrivage et le débarquement des marchandises par rétablissement d'un quai , le creusement, l'élargissement du canal naturel qui conduit du port à la ville, c'e«t-à-dire, à plusieurs milles dans l'intérieur, en sorte que le transport s'effectue moitié en bateaux plats qu'on nale avec peine à travers d'une eau vaseuse, moitié à l'aide d'hommes qui portent leur charge sur la tète. Le bazar est paaJ ; quelques-unes de ses rues sont complf trment abritées <du soleil par des nattes rtendties d'un toit au toit opposé. Là se prrs* une population bigarrée, qui pré- Knte peu de traits intéressants pour le voyafww. On y remarque toutefois quelques Hiodous du Moullân, qui sont les seuls commerçants et les seuls hommes d'affaires du pa\s, et qui se distinguent par la propreté de leur mise et leur air de prospérité. On rencontre aussi des soldats beloutchis, >i de pareils brigands peuvent mériter le aoin de soldats , dont le costume pittoresque fl U physionomie sauvage attirent les regards. Les Beloutchis sont des hommis d'rne assrz forte Mature, et dont l'apparence indique la vigueur et les habitudes martiales. Ils sont armés jusqu'aux dents. Ils laissent souvent croître leurs cheveux par derrière, contrairement à la coutume ordinaire des mahométans. Leur barbe touffue, le bonnet de forme étrange et de couleurs variées dont ils se coiffent, leur nez aquilin, leurs yeux petits, mais vifs, l'expression sournoise et même farouche de Itur regard, tout concourt à les faire reconnaître comme une race à part , et comme les dominateur* du pays. Les Beloutchis formaient, disait-on, la principale force des Ai*ùn. On supposait que ces princes entretenaient sur pied un corps d'environ vingt nulle hommes de cette milice indisciplinée, infanterie et cavalerie. Par les stipulations do dernier traité, cette armée a dû être entièrement licenciée, et remplacée par un earns de troupes anglaises de cinq mille bommes, répartis suivant le bon plaisir du
grandes ressources du pays ; l'un et Pautre s'y sont prodigieusement mul-
gouvernement suprême. Les dispositions les plus récentes désignent Sakker et Karatchi comme chefs-lieux respectifs de deux brigades permanentes d'occupation. Un régiment européen (le 40*) , et d'autres troupes appartenant à la présidence de Bombay, occupent Karatchi, qui nous semble devoir être regardé maintenant comme une des clefs de l'empire hindo-britannique à l'occident, se trouvant au sommet de l'angle formé par la ligne des bouches de l'Indus et la branche la plus occidentale de ce fleuve.
En général, la population mâle de Karatchi a des formes athlétiques et l'apparence de la santé. La téte et la face sont petites, mais d'un beau contour; l'habillement des hommes est d'un tissu grossier, mais il leur sied à merveille, et tous, à l'exception des Hindous, que l'on rencontre en petit nombre , portent le bonnet beloutchi. Les femmes ont, comme les hommes, les traits marqués et le nez aquilin. Leurs cheveux sont simplement partagés sur le Iront; mais cependant la coiffure des coquettes du pays doit, pour être parfaite, satisfaire à une condition étrange. Une mèche de cheveux bien lisse, ramenée avec soin du sommet du front sur le nez , s'attache à l'anneau qui traverse l'une des narines. Les domestiques sont esclaves pour la plupart. Le commerce d'esclaves a été jusqu'à présent en grand honneur à Karatchi. Un bon esclave mâle se payait, eu général, de deux à quatre cents roupies (de cinq cents à mille francs environ). Les femmes ne contaient guère plus (le soixante roupies, les enfants de sept à huit ans, cinquante. Cet odieux trafic a dû cesser depuis que les Anglais sont entrés en possession de ce district. — Le chameau , qui est ici d'une petite espèce, n'en est pas moins le plus précieux de tous les animaux domestiques. On l'emploie à tout. Les chameaux qui servent de monture font aisément un trajet de soixante et dix milles dans un jour.
Nous avons déjà dit que la portion la plus industrieuse de la population, quoique de l>eaucoup la moins nombreuse, est hindoue. Le commerce est tout entier entre les mains des Hindous Moultanis. Ils occupaient aussi, sous le gouvernement des Amirs, quelques emplois subalternes, mais à la condition de laisser croître leur barbe comme les musulmans et de porter le même habillement ciu'eux; humiliation que Ta-
L'UNIVERS
ti plies : le chameau est petit, mais trèsvigoureux; le buffle, d'une grande
roour du gain leur faisait supporter sans
hésitation. Le gouvernement anglais n'a pas tardé à utiliser l'intelligence et l'expérience locale de cette classe d'hommes, et nous voyons, par une lettre d'un des officiers appartenant à la garnison de Karatchi que l'amiral sir Frédérik Maitland (*) n'avait pas dédaigné de s'asseoir à un banquet qui lui avait été offert par un de ces Hiudous Moultanis, le principal négociant de la place. •< C'était chose étrange, dit notre jeune officier, que de voir à la table de Sclh Pratom Dass le vétéran qui commandait le Bclférophon quand le grand Napoléon vint s'y placer sous la protection du pavillon britannique. * Après le repas, et au moment où l'amiral prenait congé du riche Hindou, celui-ci présenta à Son Excellence un su-
λerbe bonnet beloutchi et une pièce de ounghie , comme échantillons des manufactures du Sindh. Le lounelite est un tissu soie et coton nuancé des plus riches couleurs; la longueur ordinaire d'une pièce de lounglde est de dix à douze pieds, et sa largeur de deux pieds. Roulé autour de la taille, un lounglùe forme une ceinture d'une richesse et d'une élégance parfaites. Il parait qu'il se fabrique à Karatchi une grande variété de ces tissus de soie et de coton , ainsi que des toile» d'une grande finesse et d'un fil très-fort, avec de jolies bordures de soie. On cite parmi les produits les plus remarquables de cette industrie des pièces de toile destinées à servir de vêtement aux femmes. Ces pièces sont d'abord teintes du plus beau cramoisi; on y imprime ensuite les plus riches dessins , à l'aide d'une composition de gomme et d'étain dont l'effet est précisément celui d'un magnifique tissu d'argeut. Des tissus de laine grossiers, et
Jtarticulièrement une sorte de couverture aile en poil de chèvre et presque imperméable, méritent aussi d'être mentionnés.
Au total, il paraît certain que non-seulement les habitants de Karatchi, mais les Sindlùs ou Sindhiens, en général, sont adroits et imitateurs par nature, et que différentes branches d'industrie auraient déjà atteint un haut degré de développement parmi eux , si la main de fer du gouvernement musulman n'en eût arrêté l'essor. Les revenus des douanes de Karatchi se sont élevés en i83a à environ cinq cent mille (*) Mort à Bombay, le Jo décembre 1839.
espèce au contraire, et donnant en abondance un lait très-riche. Le mou-
francs. Ils ont beaucoup diminué depuis cette époque, ce qu'il faut attribuer surtout à la mauvaise administration des Amirs, qui, au lieu de protéger et d'encourager Je commerce, l'écartaient pour ainsi dire par des exactions et des violences dont on ne
Souvait prévoir le terme. Indépendamment es articles que nous avons indiqués plus haut, le commerce de Karatchi, qui est surtout un commerce de transit, consiste en noix d'areck, cardamone, cochenille, girofle, draps, cuivre, fers en barre, plomb, quincaillerie, sucres, bois de charpente et autres (qui sont importés surtout de Bombay) , etc. Les caravanes de Kaboul et de Kandahar apportent des amandes , des graines de cumin, des dattes, du ghî, du grain, des cuirs, de l'huile, des cotonnades, etc. Karatchi est loin de répondre, par son aspect , à l'idée qu'on doit se former, d'après ce qui précède, de son importance politique et commerciale. Son territoire est borné au nord et à l'est par une chaîne de hautes montagnes, appelée clans le pays le Poè, à l'ouest par la chaîne des monts Lakki, prolongement du Hala , au sud par la mer. L'espace intermédiaire est une plaine aride presque entièrement dépourvue de végétation, et parsemée çà et là de noirs rochers, dont les blocs confus semblent témoigner de quelque convulsion intestine de ce sol désolé. A la distance de huit milles environ de Karatchi, et dans les seuls lieux peut-être dont l'aspect repose un peu le regard qu'attriste sans cesse l'infertilité poudreuse et monotone de ce pays, au milieu de bosquets de dattiers et des tombes de saints musulmans, on a trouvé des sources d'eau chaude dont les propriétés médicinales u'out point encore été constatées par les Européens. Dans le voisinage immédiat de ces sources, et daus les mares qu'elles alimentent , se voient un grand nombre de crocodiles qui sont non-seulement respectés, mais protégés et nourris par les fakirs. Un jour viendra sans doute où le territoire de Karatchi, utilisant enfin le voisinage des cours d'eau dont il paraît être entouré, et changeant par degrés de nature sous la main intelligente de ses possesseurs actuels, se revêtira de verdure, et produira en abondance des légumes et des fruits. En attendant, on trouve quelques légumes dans les rares jardins, ou terrains cultivés décorea
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ton à large queue ( doumba) est aussi très-commun. Les produits de la pèche iont assez considérables , non-seulement pour fournir amplement à la consommation, mais encore pour former une branche d'exportation qui ne manque pas d'importance. Le commerce intérieur est insignifiant , la consommation des articles d'Europe est restreinte à la classe élevée ; mais à mesure que la population s'accroîtra arec la liberté et l'aisance des classes inférieures, de nouveaux besoins se développeront parmi ces classes , et nos toiles , nos indiennes , nos soies, nos velours trouveront des acheteurs, soit pour être employés sur les lieux, soit pour être exportés dans l'Asie centrale. Dans ces derniers temps, les principales importations consistaient en bois de construction, en indiennes , mousselines , calicots et autres tissus, de Bombay : velours, soies, satins, fils de soie, noix de cocos, épiceries, métaux, ivoires, etc., des ports de l'Arabie et autres ports du sud.
Goodjerât, Marwar et Djeyssulmire envoient du sucre et de l'opium Malwa.
Les exportations consistaient en riz , sel, poisson tf'espèce appelée poullah , qui est très-délicate), ailerons de requins , ghî, quelque peu d'indigo, etc.
Suivons maintenant la marche de l'expédition.
de ce nom, aux environs de la ville. Le poisson et le gibier ton! à très-bon compte, ai mi que la volaille. L'eau est remarquablement «aine et abondante, quoique ee soit de Peau de puits. Enfin, comme si la nature eût tenu à dédommager les habitants de ce district des bois toufTus, des gras pâturages, de» riches moissons >)ui leur sont refuses, le dimat de Karaichi est un des plus beaux de la terre; l'air est vif et pur, les chaleurs sont très-modérées, les maladies y sont rares et les convalescences promptes; en un mot, tout semble indiquer que, comme station militaire et comme entrepôt commercial, les Anglais ne pouvaient choisir dans ces parages un poste qui fût plus a leur convenance. La population actuelle de FLaratchi peut être estimée à huit ou dix miile âmes, et augmentera rapidement, selon toute apparence.
Le corps d'armée du Bengale passa l'Indus à Bàkker pendant les journées des 14, 15, 16 et 17 février, sur un pont de bateaux jeté par les soins du capitaine Thompson, commandant l'arme du génie , aux sons de la musique de trois régiments. C'était la première fois qu'un corps de troupes régulières et disciplinées a l'européenne passait ce fleuve fameux , que les préjugés des Hindous leur font considérer comme une barrière qu'il est imprudent de franchir (*).
(*) L'empereur Baber , qui savait aussi bien qu'Alexandre distinguer d'un coup d'eril les points stratégiques et les utiliser, indi-
3ue , dans ses mémoires , quatre passages ifférents de l'Hindoiutan dans le Kaboul , mais qui tous présentent des difficultés pour la traversée au fleuve. Il remarque qu'en hiver on arrive au Siudh (l'Indus) au-dessus de l'embouchure de la rivière de Kaboul , et que daus la plupart de ses invasions il avait pris ce chemin; dans la dernière, seulement, il franchit le fleuve en bateaux à Nilàb; Nilàb est encore aujourd'hui situé à environ quinze milles anglais au-dessous d'Attock. Le lit du fleuve y est très-rétréci , l'eau très-profonde et le courant très-rapide (*). L'empereur Akbar fit construire le fort d'Attock pour protéger efficacement ce point important des frontières de l'empire. Mais les faibles princes qui succédèrent à Aureng- Zeb négligèrent la défense de l'Indus, et Nader-Shah, en 1738, s'empara facilement d'Attock, qui , en 1H09, lorsque Rlphinstone visita ce lieu mémorable, tombait en ruine. Raudjit Singh a reconstruit ou réparé la toiteresse , et la garnison en est considérable. Comme position militaire et sous le point de vue politique, Attock a donc une grande importance. Des préjugés religieux , qui ne sont pas indignes d'attention, se rattachent également à ce nom qui a été imposé nonseulement au lieu, mais au fleuve. Attock signifie empêchement, obstacle, arrêt Or, d'après les idées traditionnelles , il y a ew-
(•) Le cours moyen de l'Indu», à partir d'Attock, et même le fleuve entier paraissent avoir été désignés souvent par re nom de Nilàb , principalement par les Arabes. — On a donné aotsi ce nom a la rivière de Kaboul , et parfois le nom A' Àttock , parce que les peuple» à l'ouest do grand fleuve regardaient cet affluent comme le véritable Indu* ; mai» Rennell fait observer que les habitant» de rilindouAtan ont toujours considéré la branche nord-est comme le ml Sionh
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Toutefois, les sipahies ne montrèrent pas moins d'empressement que les Européens à s'élancer sur la rive opposée. Les négociations conduites par sir Alex. Burnes avaient amené un traité entre Pamir de Khayrpour et le gouvernement suprême,en vertu duquel la forteresse.de Bâkker, située sur une Ile au milieu du cours du fleuve, était cédée en toute propriété aux Anglais ; résultat d'une véritable importance en lui-même, et sur lequel nous aurons
pê chôment à ce qu'un Hindou orthodoxe traverse la rivière d'Attock ou même le Siud/i ou Indus en général. Cependant nous ne pouvons affirmer que la formule prohibitive qui spécifie cet empêchement existe dans l'un des livres sacrés. Quoi qu'il en soit , il est admis parmi ces mêmes Hindous orthodoxes que Yempéchement cesse immédiatement au-dessus du confluent des rivières d'Attock et de Kaboul. Les brahmanes du Radjpoutâna et ceux qui habitent l'Afghanistan traversent d'ailleurs le fleuve .sans beaucoup de scrupule; et on a vu que les soldats hindous, qui formaient la plus grande partie de l'expédition anglaise dans l'Afghanistan, ont franchi, avec la même ardeur et le même empressement que les troupes européennes , le double obstacle que leur présentait l'Indus. Il faut remarquer, à ce sujet, que l'Iudus, malgré son antique célébrité, son importance, et bien qu'il figure parmi les fleuves sacrés , n'a jamais eu, dans l'opinion des Hindous, le caractère de sainteté qu'ils reconnaissent à d'autres rivières, même d'un cours très-borné. Les causes de cette espèce d'interdiction dont le passage de l'Iudus est frappé, nous paraissent d'ailleurs se rattacher au grand système d'isolement qui fait la base des institutions brahmaniques, et dont le but était surtout de garautir les quatre castes pures du contact des Mletcbas ( barbare* ou incivilités) qui ne reconnaissent pas la forme de gouvernement prescrite par les /ivres sacrés. Nous ajouterons eu terminant que diverses espèces d'interdiction atteignent les eaux de quatre rivières dans l'Hindoustan. II est dérendu de toucher les eaux de la Caramnassa , qui sépare la province de Bahar de celle de Banares ; de se baigner dans la Caratoya , petite rivière du Bengale; de nager dans leGondah, l'un des affluents orientaux du Gange, et enfin de traverser l'Attock.
occasion de revenir par la suite. Le 31 janvier, les troupes anglaises, après quelques hésitations de PAmîr, qui ne semblait pas vouloir s'exécuter de bonne grâce, avaient pris possession du fort. Le 20 février, tout le corps d'armée du Bengale et les troupes du Shâh Shoudjâ étaient réunis à Shikarpour. Le commandant en chef, sir Henry Fane (*) , avait pris congé de l'armée le 16 février pour se rendre à Bombay; l'état des affaires dans le Deccan et les vues ultérieures de gouvernement (par suite des circonstances extraordinaires dans lesquelles les Indes anglaises étaient placées) nécessitaient sa présence dans l'Hindoustan. Le lieutenant général Keane (**), destiné à lui succéder dans le commandement immédiat de l'expédition , s'avançait pour opérer sa jonction avec les troupes du Bengale, après avoir rangé le Sindh sous l'autorité anglaise et imposé aux amîrs d'Hyderabad un nouveau traité qui assurait la libre navigation de l'Indus, la possession du port de Karatchi aux Anglais, et d'autres avantages matériels ou politiques qui rendent par le fait tout le Delta de l'Indus province anglaise.
Au mois de mars, le gouverneur général écrivait au comité secret (***) :
« . . . . Le mouvement des forces « combinées vers l'Indus a ete conduit «- avec une régularité et s'est exécuté « avec une facilité remarquable. L'ar- « mec du Shâh est arrivée sur les bords « du fleuve le 16 javier; la division de « sir Willonghby Colton une semaine « après. La discipline et le moral des « troupes pendant toute la marche ont « été admirables sous tous les rapports. « L'état sanitaire s'est positivement
(*) Sir Henry Fane est mort le a| mars dernier, dans la traversée de Bombay en Angleterre.
(") Élevé à la pairie le 1 1 décembre itf3of sous le titre de baron Keane de (lUizni en Afghanistan et de Cappoouin dans le comté de Waterford.
(***) Voyez Indian Papers, imprimés par ordre de la chambre des communes, le ai janvier 1840, p. 4 et suiv.
amélioré depuis que les troupes ont quitté le camp de Firozpour, la division du Bengale ayant cent quarante hommes de moins à l'hôpital, à la date de son arrivée sur l'Indus, qu'au momeut où elle avait levé son camp sur les bords du Sutledge. . . .
Une autre branche des opérations combinées a été confiée au Shâhzada Timour, fils aîné de SMh Shoudjàoul-Moulk, accompagné parle lieutenant-colonel >Vade (cet officier ayant reçu de moi le rang de lieutenantcoîonel honoraire pour servir au delà de rindus).
• Le but de cette expédition
partielle est d'attirer l'attention de Dost-Mohammed-Kan de ce côté, et de fournir un point de ralliement aux partisans du ShaMi dans la vallée de Khayber. Cette diversion peut faire beaucoup de bien, mais c'est une opération délicate et qui exige « une prudence extrême. Il faut l'en- 1 visager comme une mesure auxiliaire ■ destinée à faciliter le grand mouvement du Shâh et de l'armée anglaise.
On aurait pu être tenté d'essayer de soulever tout d'un coup les populations contre Dost-Mohammed-Khan, re qui aurait été grandement facilité par les circonstances , une partie considérable de son armée ayant été retenue par les neiges dans le Tourkistan, au nord de Bamian, où ces troupes ont été envoyées contre Mir Mourad, bev de kôundouz (je ne connais pas bien encore les circonstances et le résultat de la lutte).
Mais il est de la dernière importance d'éviter, dans cette entreprise, les mesures dont le succès puisse être douteux ou même temporaire. D'ailleurs , nous n'avons encore aucune raison de douter de l'impopularité de Dost-Mohammed-Khan, son alliance avec la Perse ayant dû* lui aliéner la masse de la population.
Nous ne devons pas penser non plus u'il soit en son pouvoir d'organiser es moyens de défense formidables à Kaboul. Il a, ainsi qu'on pouvait s'y attendre, envové les supplications les plus urgentes aux autorités
« persanes et russes pour qu'elles vins- « sent à son aide : reste à savoir quel « en sera le résultat , et c'est ce au'on « verra bientôt. Le lieutenant-colonel « Wade, avec le Shâbzada et les trou- « pes sous ses ordres, était attendu à « Peshawar le 11 de ce mois. Une « somme de six lacs de roupies » (environ 1,500,000 fr.) «a été mise à sa « disposition pour les dépenses du « prince et l'organisation des levées « qui peuvent joindre son étendard. Il « y a lieu d'espérer que cette somme « couvrira tous les frais de cette bran- « che de nos opérations. »
Dans les premiers jours d'avril , la jonction des deux armées s'était opérée à Quetta , capitale de la province de Shâl (*). Dès le 19 mars, sir Alex. Bornes, à la tête d'un détachement d'avant-garde, avait franchi les passes du Bolan et s'était occupé, avec son activité ordinaire, des moyens de diminuer, autant que possible , les privations et les souffrances qui attendaient l'armée dans sa marche à travers ces défilés , formidables par les obstacles naturels qu'ils opposent au passage, et la difficulté, ou même l'impossibilité de s'y procurer de l'eau.
Cependant, ses efforts n'eurent pour résultat que de rassembler vers le milieu de la passe principale (qui n'a pas moins de quatorze à quinze lieues de long) quelques chameaux chargés d'outrés remplies de ce précieux liquide dont chaque goutte valait, pour les malheureux soldats, son pesant d'or.
Toute l'armée cependant était arrivée saine et sauve de l'autre côté des passes, dans la délicieuse vallée de Shâl 9 sans avoir encore rencontré aucun ennemi sérieux , mais inquiétée sur ses flancs et sur ses derrières par des nuées de Beloutchis, et ayant à lutter dans ses longues marches contre la fatigue, la poussière, souvent la faim et toujours la soif (**). Comment il s'est
(•) Le* premières communications entre les troupes du Bengale et celles de Itombay avaient eu lieu à Sêhwun, où sir H. Fane et sir J. Keane s'étaient rencontrés et cordialement embrasses.
(••) Nos journaux ont reproduit (f après
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fait aue les ehefs de Kandahar n'ont pas défendu les passes du Bolan, c'est ce qu'il est impossible d'expliquer, car on ne possède encore que des renseignements incomplets sur cette partie de l'histoire de l'expédition. Peut-être l'argent a-t-il, avec sa toute-puissance ordinaire, aplani aussi cet obstacle.
« Jamais armée dans l'Inde (nous écrivait-on peu de temps après l'entrée des troupes anglaises à Kandahar) n'a été si largement pourvue de fonds pour toutes les branches du service. I^a patience, le courage, l'admirablediscipline de nos troupes , ont surmonté bien des difficultés pendant cette marche aventureuse de trois cents lieues : l'argent a fait le reste! » Néanmoins, au delà du Bolan et sur le plateau de Kandahar, une résistance formidable pouvait avoir été organisée par les chefs bareckzaïs : on s'y attendait en quittant Quetta, d'où le shâh, M. Macnaghten, sir John Keane et le quartier général avec toute la cavalerie, l'artillerie et la première brigade d'infanterie, avaient marché le 6 avril sur Kandahar : quelques-uns prétendaient cependant que les Serdars enverraient leur soumission
les feuilles anglaises , parmi beaucoup de données inexactes, plusieurs détails aussi vrais qu'intéressants sur la marche de l'armée et sur le passage du Tiolan ; mais ils ont accueilli trop légèrement des récils évidemment entachés d'exagération , tant sur la force des troupes expéditionnaires au dé|>art de l'Himloustan que sur les pertes qu'elles Ont éprouvées pendant cette marche mémorable de quatre cents lieues. Comparer les accidents et les catastrophes partielles du passage du liolan aux désastres de Moscou, c'était , en vérité, passer toute mesure. Une armée qui eût éprouvé une désorganisation pareille, se serait trouvée hors d'état de continuer la campagne. Tout montre, au contraire , que l'armée anglo-indienne n'a rencontré aucun obstacle stratégique sérieux jusqu'à Ghiztii , et n'a éprouvé , vu les immenses obstacles naturels qu'elle avait à surmonter, que des pertes tout à fait insignifiantes en hommes, et plus fortes à la vérité, mais prévues d'avance, en bagages et en bétes de somme. Les dépêches officielles et les correspondances sérieuses ne sauraient laisser aucun doute à cet égard.
à l'approche du gros de l'armée.
Toutes ces prévisions furent déçues.
M. Macnaghten , dans son rapport au gouverneur général sous la date du 54 avril , rend un compte si intéressant des événements qui avaient précédé l'arrivée du shâh dans son ancienne capitale, que nous croyons ne pouvoir mieux faire que d'en reproduire les principaux passages.
« Dans ma dépêche du 12 de ce mois, dit M. Macnaghten , j'avais cm pouvoir annoncer qu'un laps de quelques jours suffirait pour montrer la haute considération dont Sa Majesté Shâh Shoudjâ Oul-Moulk jouit parmi ses compatriotes, aussi bien que la sagesse des mesures adoptées par le gouvernement anglais, et dont l'exécution nous est conOee. Hier le shâh , avec ses troupes régulières, fit une marche de vingt-deux milles , qui le conduisit à Deh-Hadji, où il eut la satisfaction d'apprendre que les Serdars étaient sur le point de décamper. Nous avons acquis la certitude qu en effet ils ont pris la fuite hier au soir, suivis de deux ou trois cents cavaliers au plus.
Leur conduite, jusqu'au dernier moment , a été marquée par la bassesse et la rapacité. Tandis que d'une main ils vendaient aux marchands de la ville les grains qu'ils avaient accaparés, de l'autre ils épuisaient les ressources des pauvres habitants par tous les moyens possibles d'exaction et de violence. Ils sont partis au milieu des malédictions et de l'exécration de toutes les classes. Ce matin nous avons marché sur Kandahar, distant d'environ dix-huit milles , et nous sommes en ce moment campés à moins de deux milles (environ trois quarts de lieue) de la ville. Le spectacle qui s'est offert à nos yeux est, sans aucun doute , le plus intéressant dont il m'ait jamais été donné d'être témoin. Sir John Keane , avec l'armée de l'Indus , était
à une marche en arrière de nous ;
les troupes régulières du shâh étaient également en retard, et Sa Majesté avança , accompagnée seulement des officiers de la mission et des gens de sa maison. A chaque centaine de toises,
dous rencontrions des troupes d'hommes bien armés et bien montés venant faire leur soumission au roi , tandis que Jes paisibles habitants des campapies accouraient en foule, et , se pressant autour du shâh , exprimaient en termes non équivoques la joie que leur causait son retour. La tranquillité est rétablie... Sa Majesté se proposait d'envoyer un détachement à la poursuite des Serdars en fuite , et il est certain qu'ils méritent peu d'égards iprçs ta perversité et la folie de leur conduite , en dépit des avertissements tolennels et répétés qu'ils avaient reçus. Il serait sans aucun doute dangereux de les laisser libres de fomenter ét nouveaux troubles, mais j'ai dû appréhender que, dans l'état d'excitation des esprits, ils ne fussent exposés ii des cruautés inutiles s'ils tombaient entre les mains des troupes du shâh ; f ai donc persuadé à Sa Majesté de me permettre de faire aux Serdars une offre qui, s'ils l'acceptent, les mettra à méwt de se retirer en sûreté sur narre territoire. La pension que Sa Seigneurie le gouverneur général pourrait juger convenable de leur assigner *era nécessairement beaucoup moindre que celle qu'ils auraient reçue, fils eussent accepté nos propositions ' dés l'origine, et je pense qu'une allocation de cinq cents roupies par mois, pour chacun d'eux, serait amplement suffisante... Je leur ai fait écrire dans ce sens, et je ne suis pas sans espoir de les amener à souscrire à ces conditions, m
M. Macnaghten rend compte ensuite de ce qui s'est passé du 12 au 23 avril. Les Serdars avaient eu quelques inskots l'idée d'arrêter l'armée à la passe b Kadjak , mais la rapidité des mouvements de Pavant-garde les avait surpris avant qu'ils fussent en mesure, et ■a détachement envoyé par eux dans la passe avait fait une retraite précipite* après avoir échangé quelques coups <k fusil avec la téte de la colonne de marche. Leurs efforts pour soulever la population des provinces contre l'invasion des infidèles avaient complètement échoué. Deux des frères, Raham
dil-Khan et Mehr-dil-Khan , s'étaient enfin décidés à sortir de Kandahar, avec deux ou trois mille cavaliers, dans l'intention de harceler l'armée anglaise et avec l'espoir d'intercepter les convois, de surprendre les traînards ou des détachements isolés, etc. « laissant au troisième frère, Kohan-dii-Khan , la garde de la ville. Mais ces efforts tardifs de résistance n'aboutirent, qu'à s'emparer de deux éléphants de M. Maenaghten » qui s'étaient trop écartés du camp en allant au fourrage , à tuer quelques misérables non combattants qui s'étaient imprudemment avancés dans le pays , et a priver le camp anglais d'eau , pendant quelques heures , en détournant un ruisseau. Dans la journée du 20, quelquesuns des principaux chefs à la suite des Serdars barekzaïs les abandonnèrent et vinrent faire leur soumission.
Consternés de ces défections soudaines et de l'approche des troupes anglaises, les Serdars s'étaient repliés en toute hâte sur Kandahar, d'où ils se déterminèrent à fuir, comme on l'a vu, dans la soirée du 23. Quand nous portâmes pour la première fois ces détails à la connaissance du public, au mois de janvier dernier (*) , nous n'hésitâmes pas à dire qu'il nous paraissait difficile que les chefs barekzaïs acceptassent les conditions humiliantes que M. Macnaghten leur avait fait notifier. Descendre d'une royale indépendance à l'humble condition de pensionnaires à cinq cents roupies par mois, devait leur sembler, selon nous , une détermination déshonorante pour des Barekzaïs. Nous n'avons rien appris de positif sur l'accueil fait par les chefs fugitifs aux propositions du ministre anglais; mais il paraît probable que ces propositions ont été en effet rejetées , et que les Serdars ont trouvé un asile en Perse. D'après les derniers avis, Kohan-dil-Khan serait mort à Téhéran , vers le mois de mai de cette année. Quoi qu'il en soit, le soleil des Barekzaïs ue reparaîtra plus sur l'horizon politique de I* Afghanistan ; mais
f) Revue des deux
L'UNIVERS
il ne faut pas prendre, selon nous , dans un sens absolu tout le mal que les Anglais ont pu dire ou penser de ces chefs. La tribu des Barekzaïs est une des plus puissantes et des plus honorées de rAfghanistan. Elle a produit plus d'un homme de cœur et de tête , plus d'un ministre, plus d'un guerrier.
Les chefs de Kandahar et celui de Ka- . boui avaient, sans aucun doute, tous les vices de leur race , et probablement à un haut degré ; mais ils en avaient aussi les vertus. Dost Mohammed , et la plupart de ses frères , sont représentés par les autorités les moins suspectes et les plus compétentes , sans aucun doute, comme braves, intelligents dans les affaires, généreux envers leurs alliés , leurs clients , leurs serviteurs , hospitaliers euvers les étrangers. Plus d'un voyageur anglais a été reçu en ami par eux, comblé d'égards , d'attentions, de soins ; protégé dans sa personne et ses bagages en traversant leur territoire. Sous en avons les preuves sous les yeux, et, tout en reconnaissant que la civilisation européenne fera , seion toute probabilité, du bien à l'Afghanistan, même en s'y introduisant hrusquemeut et les armes à la main , nous pensons qu'elle a plus à gémir qu'à s'indigner, et qu'elle ne doit pas s'étonner si elle n'est pas comprise tout d'un coup par des hommes comme Rahem-dil-Khan et ses dignes frères, ou même par la génération qui les suivra. Nous croyons , au reste, avec M. Macnaghten, gue ShAh ShoudiâOul-Moulk est mille lois plus digne de régner sur l'Afghanistan que les Serdars barekzaïs de Kandahar ou de Kaboul ; mais nous soutenons aussi , à part les considérations politiques qui ont déterminé les Anglais à prendre si chaudement le parti de Sliâli Kamràn contre la Perse et les princes barekzaïs, que ces derniers, aux yeux de tout homme civilisé et de tout juge impartial , mériteraient plus de considération et d'égards que ce petit roi d'Hérât, dont les dangers avaient excité si inopinément les sympathies britanniques. Ce Kamrân , que nos journaux ont représenté comme un
souverain jeune, brave, entreprenant y est un vieillard usé par les débauches les plus honteuses et l'usage continuel de l'opium, le tyran le plus cruel et le plus abject en même temps que Dieu pût imposer à un peuple. Les témoignages sont unanimes à eet égard. Les ofliciers anglais « voyageant en Afghanistan par ordre du gouverneur général » représentent eux-mêmes, sans . exception, le souverain d'Hérât comme un prince d'un caractère cruel , tyrannique , avare, débauché , écrasant son peuple d'impôts, et arrachant à ses sujets par la torture et tous les genres de supplices les contributions extraordinaires dont il ne cesse de grossir son trésor. Et voilà cependant le protégé de l'Angleterre , tandis que les Barekzaïs sont signalés par son gouvernement au mépris et à la haine des nations. Nous croyons Shâh Shoudjâ meilleur qu'eux tous, sans aueun doute, mais par un accident de sa nature , et nous nous en réjouissons pour les peuples qu'il est appelé à gouverner de nouveau , après uu exil si long et si instructif à la fois. Toutefois nous craignons, pour eux et pour lui, le retour des anciennes habitudes de despotisme, les mauvais conseils et les flatteurs. Ce cjui nous rassure cependant, c'est la présence, ce sont les conseils du ministre anglais; et d'ailleurs l< s Afghans, il faut en convenir, n'ont pas le droit d'être difficiles en fait de gouvernement. Ceci nous rappelle un trait d'humanité et de justice de Shah Shoudjâ lui-même, que nous avons entendu raconter dans l'I-nde, et que les gens du pays admiraient fort. Un des serviteurs intimes du sIuIIl, disaiton, ayant commis un crime qui méritait la mort, le shàh, fort attaché à cet homme, et résolu cependant de ne
f)as laisser le crime impuni , fit couper es oreilles du coupable qui, dévoué plus que jamais au maître dont la clémence avait épargné sa vie, ne voulut
f>as se séparer un instant de lui au miieu de ses plus cruelles infortunes.
Un souverain absolu qui , pouvant faire abattre la tête, se contentait des oreilles, méritait, dans les idées de ses
compatriotes, la palme de la modération et de l'indulgence. Rentrons à Kândahar avec Shâh Shoudjâ et l'envoyé du gouvernement britannique, dont la prudence, aidée des baïonnettes anglaises , a amené ce triomphe et eu prépare de nouveaux.
L'entrée du roi dans l'ancienne capitale de l'empire afghan présenta le spectacle le plus imposant et le plus touchant à la fois. L enthousiasme de la population était à son comble : les femmes se pressaient sur les balcons ; les hommes , en masse compacte , bordaient les rues de chaque côté; les arlamations de cette foule heureuse enfin du présent, parce qu'elle était r on fiante dans l'avenir, retentissaient de toutes parts. « Sovez le bien-venu , Cls de Timour! vous êtes notre refuge!
Knndahar a été ruiné par les Barekzaïs j Que votre pouvoir nous protège a jamais ! Périssent vos ennemis ! »
Tels étaient les vœux et les félicitations qui accueillaient le souverain sur son passage. On jetait des fleurs sur lui et des corbeilles pleines de pain sous les pas de son cheval. Shah Shoudjâ , après avoir traversé la ville, se rendit avec tout son cortège à la mosquée où est suspendue, dit-on, la tunique du prophète , et offrit ses actions de grâces au Dieu des croyants. De la le îiiili se rendit au tombeau de son srand-père, Ahmed Shâh, pour v prier encore. Son émotion était visible ; le souvenir de ses maux passés , le sentiment de sa prospérité actuelle , proscrite si inattendue , ce témoignage muet , devant ses yeux , de la vanité de ta conquête et du néant des grandeurs humaines , tout se réunissait pour remuer fortement son cœur et lui inspirer des sentiments à la hauteur de sa situation. Aussi, se tournant vers l'une des (personnes de sa suite , donna-t-il l'ordre de faire courir après les chefs barekzaïs, non plus cette fois avec des idées de vengeance, mais pour leur dire de sa part de ne pas errer à l'aventure comme des mendiants et des gens sans aveu , de venir à lui , et qu'il prendrait soin de leur avenir. « Je ne tais plus faire de différence , ajouta-
t-il , entre les Barekzaïs et les Saddozaïs ! » Ce sont là des mots heureux , des inspirations de bon augure. Le shâh ne se borna cependant pas à des paroles , et le premier acte de son gouvernement a été , à ce qu'on assure , la remise d'un lac et demi d'impôts.
Le rô*i prit possession solennelle de son trône le 8 mai avec tout l'appareil et l'éclat que pouvaient donner à cette imposante cérémonie la préserice des troupes anglaises, la foule des chefs rallies autour du souverain légitime, et l'empressement des populations accourues de toutes parts pour jouir de ce spectacle. Le général en chef avait donné ses ordres pour qu'on ne laissât au camp que le nombre de troupes strictement nécessaire à la garde des malades , du trésor et des bagages.
Huit mille hommes de toutes armes furent commandés pour la parade; une plate-forme avait été élevée pour le roi sur le front de la ligne occupée par les troupes.
A l'approche du roi , un salut fut tiré par une des batteries, et lorsqu'il eut atteint le centre de la ligne et pris place sur son trône, les drapeaux saluèrent, les tambours battirent aux champs, et une salve de cent un coups de canon annonça que la main de l'Angleterre venait de replacer sur le front de Shâh Shoudjâ-Oul-Moulk la couronne de l'Afghanistan. L'envoyé et ministre anglais, M. Macnaghten, le général en chef et leurs suites, avec les principaux chefs afghans, étaient à la droite du roi , les savèdes et les moullas à sa gauche. Le ministre et le général en chef présentèrent leurs nazzers (offrandes), circonstance digne de remarque, et qui avait pour but sans doute de grandir Shâh Shoudjâ aux yeux de ses sujets , en témoignant ainsi publiquement du respect du gouvernement anglais pour lui. Les officiers anglais des troupes du shâh furent ensuite admis à présenter leurs nazzers,et enfin ceux de ses propres sujets qui avaient droit à cette distinction. Le défilé des troupes en grande tenue termina la cérémonie.
Le rot présenta à sir John Keane un
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sabre magnifique, et exprima l'intention d'offrir un gage de sa reconnaissance à chaque officier présent, et le soir même un ordre du jour, d'après le commandement exprès de Sa gracieuse Majesté, exprimait aux généraux, officiers, sous-officiers et soldats
Présents dans cette occasion rwémorale, la profonde reconnaissance de Sa Majesté pour les grandes obligations qu'elle leur avait , ainsi qu'à la nation anglaise en général.
L'armée anglaise, après s'être reposée à Kandahar de ses immenses fatigues, se remit en marche du 27 au 30 juin; mais, bien que la distance de Kandahar à Ghizni ne soit que de cent soixante milles, bien que la route soit presque droite et en générai assez belle, l'insuffisance des moyens de transport , d'autres causes matérielles de retard, et les précautions indispensables à la sûreté de l'armée en avançant dans le pays, ne permirent pas d'atteindre les environs de cette place avant le 21 juillet. Dans la matinée de ce jour, l'armée marcha en trois colonnes, cavalerie, artillerie et infanterie, sur Ghiznr, dont l'ennemi défendit les approches d'abord par une vive fusillade, et bientôt par une canonnade qui annonçait enfin une lutte sérieuse.
L'artillerie de siège était restée à Kandahar; l'armée n'était point pourvue de moyens d'escalade ; la place était plus forte d'assiette et d'ouvrages qu'on ne se l'était figuré. Il n'y avait pas de temps à perdre ; le général en chef prit ses mesures, et, après s'être concerté avec l'habile directeur du génie , capitaine Thomson , il fut décidé qu'on ferait sauter la porte de Kaboul (le point le plus faible de l'enceinte) d'après un plan indiqué par le colonel Pasley en 1835. (Des copies lithographiées de ce plan avaient été adressées par la cour des directeurs au gouvernement de l'Inde, et distribuées aux officiers d'artillerie et du génie.) Tous les préparatifs s'achevèrent dans la journée du 22. Le 23 , à deux heures du matin , sir John Keane et son état -major prirent position sur les hauteurs de Balloul, à portée de canon
de la place. Les batteries étaient en avant avec quatre régiments d'Européens, suivis des sipanies, prêts à se porter à l'assaut. A trois heures , la canonnade commença, et bientôt après, avant que le jour eût paru , une explosion terrible annonça que le plan arrêté la veille avait été mis à exécution. Il avait eu le succès le plus complet. Les troupes s'étaient précipitées sur les décombres , avaient pénétré dans la place après une lutte courte .
mais acharnée, et à cinq heures , aux premiers rayons du jour, les couleurs anglaises flottaient sur la citadelle de. Ghizni. Protection fut immédiatement accordée aux femmes , dit le rapport du général en chef, et ce mot honore la conquête plus encore que ne l'a fait la résistance des vaincus.
La garnison et la colonne d'assaut étaient à peu près d'égale force, au moins numériquement parlant, environ trois mille cinq cents hommes de part et d'autre. La perte totale du côté des Anglais en tues et en blessés, dans cette brillante atfaire, n'a été que décent quatre-vingt-deux hommes, tant oflhciers que sous-officiers et soldats.
A l'assaut de Bhurtpour, le 18 janvier 1826, l'armée anglaise avait perdu cinq cent quatre-vingts hommes, après une lutte corps à corps avec les Djats. Nous mettons ces deux faits en présence pour prouver que les Afghans, maigre la bravoure qu'ils ont montrée à Ghizni, n'ont pas été les adversaires les plus redoutables que les Anglais aient eus à combattre dans l'Inde. Plus de cinq cents Afghans paraissent avoir trouvé la mort dans cette rencontre sanglante. La garnison était sous les ordres de Mohammed -Hyder, un des fils de Dost-Mohammed , qui fut fait prisonnier dans un des bastions où il s'était réfugié, quelques heures après la prise de la place, et confié, d'après sa demande, à la surveillance bienveillante de sir Alex. Bornes, qui l'avait connu à la cour de son père. Celui-ci avait compté que le siège de Ghizni arrêterait un an ou deux l'armée anglaise ; la prise de cette place produisit une grande impression sur les
INDE. 7t
Afghans et sur le chef de Kaboul lui- établît provisoirement près de lui. » même. Toutefois, en apprenant le dé- Au moment où le roi de Kaboul arsastre de son fils , il se mit à la téte rivait sous les murs de sa capitale , d'un corps de douze à treize mille le corps d'armée auxiliaire, fourni par hommes , avec vingt-huit pièces de le souverain du Pandjâb pour coopécanon , et prit position à Àrghan- rer avec les troupes anglaises, et fort die, à trente milles de Kaboul; mais de cinq mille hommes, infanterie et ici , comme à Kandahar, les derniers cavalerie, tous musulmans, conformé-
litions du traité , se passes de Khay- )hammed-Akbar (autre
deux colonnes les 30 et 31 juillet,
les troupes de Dost-Mohammed-Khan se débandèrent; il ne resta autour de lui que les hommes de sa propre tribu, les Barekzaïs. Enfin ce malheureux chef, après quelque hésitation , convaincu de l'impossibilité de défendre les approches oc son ancienne capitale, se détermina au dernier moment à prendre la fuite dans la direction de Balkh, laissant en position a Ar^handie toute son artillerie, qui, presque immédiatement après, tomba entre les mains de deux cents lanciers formant l'avant-eardede l'armée.
Enfin, le ternie de tant d'efforts approchait. Le but de cette expédition lointaine allait être atteint. Le 6 août, Shâh Shoudjâ-Oul-Moulk, avec l'armée anglaise, campa en vue de Kaboul ; le 7, dans la soirée, le roi fit son entrée dans sa capitale, accompagné de M. Macnaghten , du général en chef, de Tetat-inajor général, et escorté, d après son désir exprès, par un escadron du quatrième régiment de dragons légers de la reine. La réception du vieux monarque par ses sujets de Kaboul parut aussi cordiale que celle qui lui avait été faite à Kandahar, quoique l'enthousiasme ne se manifestât pas d'une manière aussi bru\ante.
La dernière dépêche officielle du ministre anglais , relative à l'expédition, conclut ainsi : « De Kandahar à Kaboul , Shâh Shoudjâ-Oul-Moulk a été rejoint par toutes les personnes d'un rang un peu élevé et de quelque influence dans le pays , et il a tait son entrée triomphale en cette ville dans la soirée du 7 courant. Sa Majesté a établi sa résidence dans le Bala-Hissar,
(*) Le 7 août — Le 26 juillet le petit fort d'Ali-Masdjed , qui commande les passes, avait été occupé. Pour bien faire comprendre l'importance de cette position, nous entrerons dans quelques détails. Les moutagnes opposées à l'Hindou - Koush, au sud de la rivière de Kaboul, se nomment monts Tira ou Khaybtrs. Il faut les traverser pour se rendre dé Feshawar à Kal>oul. La passe de Khayber, longue de vingt-cinq milles, est pour les provinces du haut Indus ce que la passe du Rolau est pour les provinces du Sindh. L'une et l'autre peuvent être défendues par une poignée d'hommes résolus contre les efforts de toute uuc armée, Nader- Shih fut arrêté plus d'un mois et demi devant la passe du Khay lier, et craignant de ne pouvoir la forcer sans y perdre une grande partie de son armée, les K luthériens lui a^ant déjà tué et blessé beaucoup de monde, il négocia avec eux et obtint le pacage moyennant une somme convenue, se mettant ainsi aux lieu et place des empereurs moghols qui allouaient à ces dévaliseurs de caravanes une certaine redevance annuelle. Cette redevance , dépuisée sous le nom de pension que la munificence impériale daignait accorder à des sujets dévoués, n'avait pas (au temps de l'invasion de Nader-Shâh) été payée depuis cinq ans. Shâh Shoudjâh, lors de son avènement au trône , avait passé une sorte de traité avec les Khaybértens , en vertu duquel , moyennant 60,000 roupies qui leur étaient allouées par an, ils répondaient du libre passage des hommes et des marchandises. I)e nouveaux arrangements ont été conclus avec ces montagnards depuis la restauration du Shâh, mais, sous divers prétextes, ils ont essayé plusieurs fois de secouer ce joug incommode et manifesté par des attaques dirigées contre des détachements , convois ou caravanes (et dont quelques militaires anglais ont été victimes) et a voulu que la mission anglaise s'y leur penchant ordinaire â la rapine «l au
fils de Dost-Mohammed), chargé de défendre ces défilés, avait été rappelé en toute hâte par son père pour le rejoindre avec ses troupes sur la route de Kaboul à Ghizni. Ce corps auxiliaire, auquel on avait joint quatre ou cinq cents hommes de troupes du Bengale, avec deux obusiers, avait été placé sous la direction du colonel AVade qu'accompagnait le prince Timour, iils de Shah Shoudjâ (*). Après avoir pourvu à l'occupation des points de quelque importance sur la ligne de communication de Peshawar à Kaboul , le prince et le colonel Wade se rendirent avec une partie de leurs troupes dans la capitale, où, toutefois, le colonel Wade ne fit pas un Joug séjour, les ordres du gouvernement suprême le rappelant sur le Sutledge ('*).
Le but des expéditions combinées paraissait être complètement atteint.
Les chefs barekzaïs étaient en fuite :
un des fils de Dost-Mohammed , prisonnier : le pays depuis Kandahar jusqu'à Kaboul, et depuis Kaboul jusqu'aux défilés des monts Khavber et au delà , reconnaissait l'autorité du shfih. Le major Todd, expédié en toute hâte à Hérât avec de l'artillerie et des munitions, avait été bien accueilli par Shah Kamrûn oui s'était résigné à reconnaître le shah Shoudjâ , son oncle, comme souverain légitime de l'Afghanistan. Les Anglais s'engageaient à réparer les fortifications d'Heràt et garantissaient à Kamran la souveraineté du petit royaume dont cette ville
pillage. Ces tentatives ont été réprimées, ces excès punis; cependant, cette partie du pays exige une surveillance continuelle, et les derniers avis reçus semblent indiquer clairement que le gouvernement sikh n'est pas étranger aux trou b 1rs qui ont éclaté non-seulement dans les districts limitrophes de la province de Peshawar, mais sur d'autres points.
(*) Voyez p. 7a et 73.
(**) Le prince Timour et le colonel Wade arrivèrent à Kaboul, le 5 septembre. Le colonel en repartit pour retourner dans le Paodjàb , vers le 5 octobre.
est la capitale. — Shoudjû-oul-Moulk reprenait le sceptre sous les plus heureux auspices ; il y avait , sans doute , beaucoup à faire encore pour arriver à la reconstruction de l'unité gouvernementale dans l'Afghanistan , et on devait prévoir que là consolidation du pouvoir royal serait avant tout l'œuvre de l'influence anglaise. Mais cette influence s'exerçait par l'intermédiaire d'un homme ferme, éclairé , ayant une longue habitude des affaires de l'Inde, une grande connaissance des hommes et des choses. On pensait que M. Macnaghten , aidé de la présence de quelues troupes d'élite , commandées par e bons officiers , réussirait, en moins d'un an , à asseoir le nouveau gouvernement sur des bases durables , et que le commerce , ruiné par les troubles continuels dont ces malheureux pays avaient été le théâtre pendant tant d'années, allait renaître et s'accroître rapidement à la faveur des mesures actives et intelligentes que le ministre anglais ne manquerait pas de recommander à l'adoption du shâh. Dans ces circonstances, le ministre et le général en chef, avec une confiance dans l'avenir que ce qui se passait autour d'eux semblait autoriser en partie Jugèrent que l'occupation prolongée du Kaboul par des forces considérables devenait inutile.Un'ordredu jourdesirJ. Keane, sous la date du 27 août, détermina la composition des brigades qui resteraient cantonnées à Kaboul , Kandahar et dans la province de Shâl. Le chiffre effectif de ces corps (six régiments d'infanterie, un de cavalerie régulière , un détachement de cavalerie irrégulière et trois bataillons d'artillerie légère, indépendamment des troupes régulières du shâh, commandées par des officiers anglais) pouvait s'élever à cinq ou six mille hommes. Le reste de l'armée d'occupation devait rentrer dans les présidences , savoir : les troupes du Bengale, commençant leur mouvement en octobre, par le Pandjâi), et celles de Bombay par la passe du Bolan et Quetta, commençant leur mouvement en septembre.
Les passes par lesquelles on corn-
munigue du haut pays avec la vallée de Tlndus sont assez nombreuses; les principales, sous le point de vue commercial , sont celles qui se trouvent sur la route conduisant du Moultan au bassin de la rivière Gomul (prononcez Gomeult),tl de là a Ghizni, et celles qui mènent plus haut, par les pays de Bannouet Bungush(/?an<70j/O, directement a Kaboul. La première route, qui passe par Dérabuna , n'est suivie que par les Lohanies, tribu guerrière, pastorale et commerçante à la fois , qui , depuis longtemps /est en possession presaue exclusive du commerce de THindoustan avec Kaboul et le nord de l'Afghanistan par le Moultân. La seconde route, beaucoup plus courte et bien plus praticable, et qui était autrefois la grande route entre Kaboul et Moultân, avait été abandonnée par suite des troubles du pays; mais il est probable qu'elle va être rétablie. Au sud de ces deux routes que nous ne faisons qu'indiquer, les plus importantes sont celles dont Mitthun -Kôte, au confluent de Tlndus et du Pandjab(*), et
(*) De Niléb à KarabAgh (improprement appelé Calahbàgli) , vers 33° de latitude nord , Tlndus serpente au travers des montagnes (voyez la note, p. 71). Au-dessous de Karabàgh , ce fleuve qui, depuis son entrée dans l'Hindoustan, prend le nom d'Attock, ou rivière d'Attock, se partage tout d'aijord en quatre bras, qui courent en ïerpentant pour se réunir à peu de distance, se diviser ensuite en de nouveaux rameaux, se réunir et se diviser encore, de manière que Je lit principal du fleuve, sous l'influence des crues inégales et des accidents du terrain , se déplace sans cesse. Près de Mittbun-Kôte, sous le a8« 55' latitude nord, il reçoit du côté gauche, c'est-à-dire du Pandjàb (*) , les eaux de cinq fleuve* réunis en un seul sous le nom de Tchènab (d'après celui des cinq qui est le plus voisin «le l'Indus) , et désigné , à l'est de Tlndus "Vilement, sous le nom de Pandjnnd, Panajnud , oit Pandjnoud. Ce puissant affluent coule presque parallèlement à Tlndus l'espace de soixante-dix milles, et à peu de distance, en sorte que pendant la saison des inondations en juillet et en août, presque tous le pays intermédiaire est sous
(*; Pemdj, cinq ; éb, eau; Cinq-E«ux.
6* Livraison. (Inde.)
Shikarpour, près de Bakker, sont les points de départ à Touest de Tlndus.
La seconde de ces routes mène à Bâgh, Dâder, et de là à Quetta , par la passe Bolan, et, enfin, de Quetta à Kandabar; c'est la route suivie par l'expédition anglaise, mais elle est peu fréquentée, surtout pendant Tête; on lui préfère une autre route qui , de Shikarpour, mène, par la passe de Gandava , à travers le Beloutchistan , à Kélat et Moustoung, et rejoint ensuite la route royale de Kandahar.
Lié par le plateau de Kélat à l'Afghanistan, le Béloutchistan est une vaste contrée soumise à divers chefs,
Teau. Les cinq rivières qui arrosent le pays des Sikhs , et dont la réunion forme le Pandjnud, sont le Sntledje (Hesudrus des anciens), le Béyas ou Beyah (Hrphnsis), le Râvy (Hydraotes), leTcfiénab {Aceùnes) et le Djélôm (Hydaspes.). Le plus considérable de ces fleuves tributaires est le Sutledjc, qui prend sa source au lac Mansarowar dans l'Himalaya thibetain , à cinq mille deux cents mètres environ au-dessus du niveau de la mer, et probablement dans le voisinage des sources principales de Tlndus. C'est à une distance de neuf cents milles de son origine , et sous-tendant pour ainsi dire Tare immense décrit par le roi des fleuves de llnde , que le Sntledje rejoint ce dernier à Mitthun-Kôte. Ainsi , comme deux bras gigantesques, Tlndus et le Sutledje embrassent le Pandjâb , le Kashmir et une partie du Thibet , et l'avenir politique et commercial de ces contrées est soumis désormais à l'influence de l'Angleterre, dont ces deux vastes cours d'eau navigables • reconnaissent aujourd'hui la domination.
Le Sntledje est navigable pour de grands bateaux dans la majeure partie de son développement fluvial Apres sa jonction avec le Beyah', dont le volume d'eau est au moins égal au sien, il prend le nom de Gltarra jusqu'au Pandjnud. Après le Sutledje , le Tchénab est le plus important des affluents de Tlndus. Il n'a pas moins de cinq cent quarante milles de cours sur une profondeur moyenne de dix à douze pieds. Le Djélôm , le Ràvy et le Beyah sont aussi des rivières assez considérables et comparables à plusieurs des principales rivières d'Europe par le volume de leurs eaux et l'étendue de leur cours.
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ei dont les limites politiques ont varié comme celles de. l'Afghanistan. Le principal serdar, le khan de Kélat, reconnaissait la suzeraineté du roi de Kaboul , auquel il payait tribut et fournissait un contingent de huit mille hommes, sous la condition toutefois que ces' troupes ne fussent pas employées dans les guerres civiles. Du temps d* Ahmed -Shâh, le prince béloutchi Nasser-Khan était maître de tout le pays, et le shâh lui avait abandonné en outre la province de Sluïl , et deux autres districts près de Déra- Ghazi-Klian, en récompense de ses services. La ville de Kélat porte encore, d'après ce chef, le nom de Kélaté-Nasser. Dans ces derniers temps, les possessions du khan de Kélat ont été réduites par la rébellion ; cependant, lorsque l'expédition anglaise traversait le Bolan, l'autorité du khan s'étendait jusqua Dâder et sur les districts voisins. Le gouvernement anglais s'était cru assuré de la coopération active de Mîr Mehrab-Khan (c'est le nom du serdar), ou au moins de sa neutralité; mais loin de tenir les engagements qu'il avait contractés à cet égard, Mehrab-Khan avait cherché tous les moyens de nuire à la marche de l'armée êt au succès de l'expédition. Cette conduite ne pouvait rester longtemps impunie. Aussitôt que le shâh eut repris les rênes du gouvernement à Kaboul, il fut résolu de déposer Mehrab-Khan. Le major général sir Thomas Willshire reçut, le 17 septembre, l'ordre de se porter avec une forte brigade sur Kélat. Cette brigade se composait de quinze cents hommes, dont un millier d'Européens, avec six pièces d'artillerie. Le 13 novembre, après quelques pourparlers inutiles, Mehrab-Khan ayant déclaré qu'il s'opposerait à l'entrée des Anglais dans Kélat, une marche rapide conduisit les troupes sous les murs de la place , et après une vive escarmouche aux abords de la porte principale, l'assaut fut donné, la place et la citadelle enlevées en une heure, à dater du moment où les colonnes d'attaque eurent commencé leur mouvement. Dans cette
circonstance, comme à Ghizni, la lutte a été acharnée, corps à corps, mais de courte durée, et par une cause qu'il est intéressant de signaler. Le sabre n'a pu lutter longtemps contre la baïonnette. La supériorité de cette arme terrible , dans deux combats où la force physique et le courage paraissaient si bien balancés, a été établie d'une manière incontestable. Mehrab- Khan mourut, comme il l'avait dit, le sabre à la main , à la porte de son zénana. Ce chef avait été remplacé dans le gouvernement immédiat du district dé Kélat par un serdar béloutchi qui semblait dévoué aux Anglais; mais plusieurs des districts voisins avaient été replacés sous l'autorité directe du shâh.
Les dernières nouvelles reçues par la voie de Bombay représentent tout le Béloutchistan comme étant dans un état de fermentation menaçant, nonseulement pour les intérêts du shâh , mais pour le maintien de la domination anglaise dans le Sindh , et surtout pour la sûreté des communications de l'Inde anglaise avec l'Afghanistan.
Les Anglais n'avaient laissé à Kelat qu'un résident avec une très-faible escorte : un fils de Mehrab-Khan , conduit par sa mère, qui avait rassemblé des forces considérables pour attaquer le protégé des Anglais et venger la mort de Mehrab-Khan, paraît avoir trompé la vigilance du résident (le lieutenant Loveday), investi subitement Kélat, négocié secrètement avec le nouveau chef, déterminé ce dernier à lui abandonner le masnad (trône) comme au successeur légitime de M«hrab, et fait prisonniers le résident et son escorte. D'un autre côté, une attaque dirigée par une troupe nombreuse de Béioutchis (principalement de la tribu des Marries, l'une des plus sauvages du Béloutchistan) , contre le fort de Kahan, occupé par les Anglais, avait échoué (*) ; mais un détachement
(*) D'après les avis les plus récents, ce fort a ête évacué depuis, à la suite d'une convention qui a permis à l'officier anglais commandant de rejoindre le corps d'armée
considérable envoyé de Sâkker, sous k commandement du major Clibborne, ao secours des assiégés, avec mille chameaux (dit-on) et d autres bêtes de somme chargées de munitions et de provisions de toute espèce, avait été attaqué dans les montagnes par des forces supérieures, et , après les avoir repoassées avec une rare intrépidité et leur avoir causé une perte énorme, avait été obligé, par je manque absolu d'eau, les pertes qu'il avait essuyées lui-même et l'état de faiblesse et dê découragement des troupes , de battre en retraite, abandonnant à l'en* nemi ses deux canons et la presque totalité du convoi. Ce sérieux échec paraîtrait avoir tellement enflé l'audace des Béloutchis, qu'un soulèvement général en aurait été le résultat.
Nous ne croyons pas , cependant , la position aussi grave que la dépeignent les journaux de Bombay, trop disposés à accuser le gouvernement suprême d'imprévoyance et à exagérer la portée des événements qui semblent justifier leurs attaques. Ce qui parait certain , c'est que les Béloutchis ont tenté un dernier effort pour secouer le joug que les Anglais leur imposent , et qu'ils ne renonceront pas à leur sauvage indépendance avant d'avoir reçu une leçon plus sévère encore que celle que leur a donnée il y a un an le général Willshire. Au mois de septembre dernier, toutes les mesures étaient prises à cet effet , et il est probable qu'en ce moment les serdars inîurgés sont tués, dispersés ou captifs.
Parmi les actes qui ont signalé le rétablissement de Shàh-Shoudjà-oul- Moulk dans l'exercice du pouvoir souverain, l'un des plus spontanés, romme l'un des plus remarquables par 1rs tendances nouvelles qu'il contribue â indiquer chez les princes asiatiques, et qui décèlent l'influence progressive ries idées européennes, a été l'institution d'un ordre de chevalerie. — Nous avons eu occasion d'en dire quelques mots plus haut (p. 28, note), et nous
qni $e formait dans le haut SintDi, avec
pensons qu'il ne sera pas sans intérêt de reproduire la lettre par laquelle Sbih-Shoudjâ exprime, à sa royale sœur d'Angleterre , sa reconnaissance pour le puissant secours qu'il a reçu des armes britanniques et la résolution qu'il a prise pour en éterniser le souvenir. — Voici la traduction à peu près littérale de ce curieux document, qui avait été expédié de Kaboul le 19 août , et immédiatement transmis en Angleterre parle gouverneur général :
« Sa Majesté Shâh-Shoudjâ-oul- Moulk , roi d'Afghanistan, à Sa Très- Gracieuse Majesté Victoria , reine de Grande-Bretagne et d'Irlande.
(Ajprès les compliments d'usage.)
« Qu'il soit connu de Votre Majesté que m' étant mis en marche de Shi* Karpour (*}, accompagné des troupes anglaises victorieuses , je suis maintenant , par la grâce de Dieu et l'extrême bienveillance du gouvernement anglais , monté sur le trône de mes ancêtres; Kandahar, Ghizni (**) et Kaboul étant tombés successivement en mon pouvoir.
« Les expressions me manquent pour peindre ma reconnaissance d'un ai grand bienfait.
« Je prie le Tout-Puissant pour la préservation et l'accroissement de la prospérité et de la gloire de Votre Majesté.
« J'ai réfléchi depuis quelque temps aux moyens de récompenser les officiers européens et les troupes qui m'ont accompagné, et qui se sont exposés, pour défendre ma cause, à tant de dangers et de fatigues.
(*) Voyez pages 68 et 7a.
(**) Los Anglais écrivent assez généralement Ghuznce ; Mohan- Làll (*) ccril G/iaZ' n(n d'après l'orthographe persane ^J^'^
(*) Mobjn Lâll, dont le non» M trouYe mentionné dati» les instructions données a Bim« (»oy. Pliotr), au snj«t d'un rapport sar la tribu de* Maxarir», ett an jeune Hindou qui ■ beaucoup royagè au* frai* du gouvernement suprême des Iodes anglaise*. Il accompagnait Burnes et frerard dans la première mission h Kaboul, et • publie une relation intéressante, mais peu connue, de cette mission , ou plutôt le journal de ses observations pendant cette mi«»)oo. (Journal of a luur througk th* Panjai, Af;ft*mu*n, Tmitstan, A'AensjenoW pmrt oj Ptnt*, «*. Calcutta, iS3*. Loodon, itià.)
L'UNIVERS
« Je suis maintenant pleinement résolu à instituer un ordre, qui portera la désignation d'Ordre de l'Empire Douranie {Nés/tân-é-Dour -é~ Dourân) , et qui sera divisé en trois classes.
« Je désire conférer la première classe de mon ordre au très-honorable George lord Auckland , gouverneur général de l'Inde; au général en chef de l'armée , sir John Keane ; à l'envoyé et ministre de ma cour, W. H.
Mâcnaghten esq. ; au major général sir Willoughby Cotton ; au lieutenantcolonel sir Alexander Burnes; et au Jieutenant-colonel CM. Wade. Je destine la seconde et la troisième classe de l'ordre aux officiers nommés dans les listes qui accompagnent ma lettre.
« Comme je désire également conférer, à l'armée tout entière aussi bien qu'aux officiers , quelque marque de distinction en mémoire de la bataille de Ghizni, j'ai l'intention de faire frapper une médaille qui sera donnée à chaque officier et soldat présent dans cette glorieuse occasion. •
« C'est avec la plus entière confiance que j'appelle, sur ce que je désire, la bienveillante attention de ma royale sœur; et je suis assuré qu'elle me fera la grâce de permettre que les officiers et soldats , que j'ai mentionnés, portent la décoration que je leur destine; j'aurai laissé ainsi un souvenir durable, et le récit de tant de glorieux exploits dans cette partie du monde retentira dans tout l'univers. »
Les intentions du shâh ont été remplies. L'ordre de l'empire Douranie brille maintenant sur la poitrine d'un nombre assez considérable d'officiers anglais.
Dans l'esquisse historique que nous avons tracée des événements qui ont amené l'expédition d'Afghanistan , nous nous sommes arrêté plus particulièrement sur les circonstances qui témoignaient de l'importance politique d'une des provinces anciennes dépendances du royaume de Kaboul, la principauté d Hérât. Nous rappellerons à nos lecteurs qu'aux termes de la déclaration de lord Auckland, Hé-
rât devrait demeurer indépendante , à l'avenir, sous la garantie de l'Angleterre; cependant, les derniers avis de l'Inde font pressentir comme but ultérieur de l'expédition destinée à soumettre le Béloulchistan , l'occupation d'Hérât par les troupes anglaises.
Il parait certain que les dépenses auxquelles les Anglais ont été entraînés par l'engagement pris de relever les fortifications d'Hérât et la nécessité de protéçer les malheureux habitants de la ville et des villages environnants contre les exactions du roi et de ses ministres, s'élèvent déjà à plus de six millions. D'ailleurs, la conduite vacillante et indécise du shâh Kamran , les intrigues perpétuelles de son ministre Yar Mohammed , les intentions toujours hostiles du roi de Perse, le défaut presque absolu d'administration et de police régulière, et conséquemment l'absence de toute protection efficace pour le commerce , semblent devoir déterminer les Anglais à se charger de diriger plus immédiatement les' destinées de ce malheureux pays, soit en le replaçant sous la suzeraineté de Shâh-Shôudjâ , soit en lui donnant un souverain nominal, dirigé, comme l'est le roi de Kaboul , par un envoyé et ministre anglais.
Bnlkh et Bokhârâ étaient aussi autrefois des dépendances de la monarchie Douranie. De l'attitude que prendraient les chefs de ces contrées dans lesquelles Dost-Mohammed-Khân avait été chercher un asile, et de la nature des relations qui s'établiraient entre ces chefs et le prince d'Hérât, dépendait, en grande partie, la consolidation plus ou moins prompte du pouvoir de Shâh-Shoudjâ. La présence de Pamir dans la vallée de TOxus et dans le voisinage du Kaboulistan , où il entretenait des intelligences, le bruit de plus en plus accrédité de l'approche d'une expédition russe, destinée à châtier le khan de Khiva , et qui appuierait les tentatives de l'amîr pour ressaisir le sceptre de l'Afghanistan, les intrigues auxquelles ces diverses circonstances ne
pouvaient manquer de donner lieu , et dont Hérât, Bokhirâ, et par suite, Kandabar et Kaboul, seraient les principaux foyers : telles étaient les conséquences prévues et inévitables de la restauration du sbâh, et évidemment sir William Macnaehten (*) et Shâb-Shoudjâ devaient déjouer ces intrigues et se prémunir contre les tentatives probables de Dost-Mohammed, avant de pouvoir accomplir la tâche que leur impose la réorganisation politique de l'Afghanistan. Le premier soin du gouvernement avait été en effet d'occuper les passes principales qui conduisent du Kaboulistan dans les pays que dominent également les crêtes neigeuses de rHindou-Kôh et au'arrose VOxus. Ce sont les clefs de Plrân d'un côté , du Tourân de l'autre (vovez p. 37). Pour mieux faire comprendre la position relative de ces passes, nous essayerons de donner en quelques lignes une idée nette de la partie septentrionale de l'Afghanistan.
IVous avons déjà établi que la limite de l'Afçhanistan au nord était la continuation occidentale de la grande chaîne de l'Himalaya, le Caucase indien des Macédoniens , désigné par les çeosraphes orientaux sous les noms rie Hindou-Kôh, Hindou-Khou, Hindou-Koush. Les vallées de l'Abou-Sîn, du Londye ( l'une des principales branches àe la rivière de Kaboul ) , du Kaméh , appartiennent à sa pente méridionale; l'intérieur et la pente septentrionale de cette chaîne sont inexplorés.
(•) M. Maenaghten a été élevé à la dignité de baroooel du rojaume-uni de Grandebretagne et d'Irlande, le n décembre 1839. Le coiooei Henry Poltinger a été honoré de lt même distinction par lettres patentes de 'a même date. Cet officier avait acquis, comme résident politique dans le Sindh , des droits nombreux à la confiance du gouvernement suprême et à la reconnaissance de sou pays , dont le commerce trouvera, dans la libre navigation de l'Indu* , des a%anta?es immenses dont la prudence et lactnité de ce haut fonctionnaire ont su
La pente sud nfa été étudiée que vers son extrémité ouest, dans ces dernières années, par Burnes, qui en a mesuré et franchi les passes principales. Le fleuve ou rivière de Kaboul coule au pied de l'Hindou-Kôh et reçoit ses affluents en partie des montagnes avancées au sud et à l'ouest, en partie de la terrasse du Kaboul, en partie, enfin, de l'Hindou-Koush même. La petite rivière qui passe par la ville de Kaboul est le plus insignifiant de ces affluents, mais donne cependant son nom au cours principal. A quatre journées de marche , à l'ouest de Kaboul , on trouve le village de Sir-Tchaschma (sir, téte; tchaschma, source); c'est la que la rivière prend sa source, et non loin de là s'élève la première rangée de montagnes que l'on passe à la hauteur de trois mille trois cent cinquante mètres environ. C'est le commencement d'une chaîne dépendante de l'Hindou-Koush, connue sous le nom de Koh-e- Jiaba, et qui s'étend vers le sud-ouest . entre Kaboul et Bâmiâu (Akxanaria ad Caucasum).
V Hindou-Khou ou Hindou-Kôh, strictement pariant, est la contrée montagneuse qui Lorne le bassin de la rivière de Kaboul au nord , comme le font les monts Khaybers au sud, et dont le point le plus élevé paraît atteindre six mille mètres (le Kound d'Elphinstone, le pic Kouner de Burnes). C'est cette même contrée montagneuse vers le haut Kound, dans laquelle Alexandre pénétra par la vallée de Kouner le long du fleuve Kamé (le Koas de Ptolomée). Le nom de Hindou-Koush ou Hindou-Kôsh , qui a de l'analogie avec le premier et qui , souvent , est confondu avec lui , ne se rapporte qu'aux passages plus occidentaux entre Bâmiân et le pays de Balkh. D'après Ibn-Batouta , qui franchit ces passes vers le milieu du quatorzième siècle, Pétvmologie de Hindou-Koush se déduit de la destruction causée par le froid parmi les Indiens qu'on traînait en esclavage dans la Bactriane, et qui trouvaient la mort dans ces montagnes. Hindou- Koush signifie , en effet , mot à mot .
L'UNIVERS
destructeur ou tueur des Hindous (*).
Tout le pays au nord du fleuve Kaboul fut le théâtre des combats livrés par l'une des divisions de l'armée d'Alexandre. Il est connu aujourd'hui sous le nom de Kohéstan de Kaboul ({Cohésion y c'est-à-dire, pays de montagnes), et ses hauteurs avancées du côté du fleuve, sous le nom de A'cAdamon. Les Anglais ont eu aussià livrer plusieurs petits combats, tout dernièrement, dans ces mêmes districts où l'autorité du shah Shoudjâ n'est pas encore fermement établie^*) ; mais le véritable danger qui menaçait la restauration avait sa source dans le nord-ouest du Kohéstan , au delà de Bàmiân, à Khouloum, où le Dôst (comme les Anglais dans l'Afghanistan désignent familièrement Dost-Mohammed-Khan) avait trouvé un appui dans le wâli ou chef ouzbek de cet endroit, et rassemblé quelques milliers d'hommes , à la téte desquels il espérait pénétrer dans le Kaboul , soit par Bàmiân, soit par le Kohéstan. Les négociations entamées depuis long-
(*) Ceci se rapporte particulièrement aux six passages reconnus par Bûmes, et qui serpentent dans ces montagnes à des hauteurs de trois mille trois cent cinquante à quatre mille mètres. Les observations de Burnes prouvent que Bàmiân se trouve déjà au nord de la ligne de partage des eaux entre l'Indus et l'Oxus (*). Ibn-Batouta, savant slieik et voyageur célèbre, florissait à la cour de l'empereur de Dehli , Mahmoud-Togluk , veis i34o. Les voyages d'Ibn-Batouta ont été traduits de l'arabe par le révérend Samuel Lee. Londres , 1829, in-40. Mohan-Ldll donne la même étymologie du mot Hindou- Roush qu7£ii- Batouta, mais, selon lui, la tradition rapporte qu'une armée hindoue aurait péri tout entière dans ces montagnes.
(*•) Le capitaine Edward Conolly, frère du voyageur Arthur Conolly, a été tué dans une de ces rencontres. C'est une perte, assitre-t-on, non -seulement pour l'année anglaise, mais pour la science. Le capitaine E. Conolly était un orientaliste distingué.
(*) La haul* Y.nll.:p dr Bâmiâii s'étfnd dans une direction e*t cl ouot , à peu pre», entre les patte* A a/ou et Ak rvbàt.
temps avec ce redoutable vaincu n'avaient eu pour résultat que de déterminer son frère, le nawab Djabbar- Khan, et quelques autres personnes de sa famille , à se placer sous la protection du gouvernement anglais. Il ne cherchait pour lui-môme dans ces négociations qu'un avantage, celui de gagner du temps et d'étendre son influence parmi ses compatriotes, plus disposés à ressaisir les habitudes d'une vie aventureuse qu'à se rallier autour d une légitimité qui leur était imposée par la civilisation ambitieuse d'un peuple européen. Dost-Mohammed-khan, chef brave, habile et longtemps heureux, était regretté par d'anciens compagnons d'armes, qui n'attendaient qu'uqe occasion favorable pour se ranger de nouveau sous son étendard ; plusieurs avaient déjà déserté la cause de Shàh-Shoudjâ ; et quand il fut avéré que le vieux serdar Bsrekzaï approchait de Bàmiân par la passe AK-Robat, que les avantpostes des troupes anglo - afghanes venaient d'abandonner pour se replier sur le quartier général , une compagnie tout entière d'un régiment afghan (régiment commandé par un officier anglais)décampa pendant la nuit et passa à l'ennemi. Cependant, les mouvements de Dost- Mohammed ne pouvaient échapper à la vigilante surveillance de sir William Macnaghten ; et quand il ne fut plus permis de douter qu'il approchait des passes, des troupes furent envoyées de Kaboul pour renforcer la brigade de Bàmiân, sous le commandement du brigadier Dennie. Cet oflicier général ayant poussé une forte reconnaissance dans la direction où il s'attendait à rencontrer seulement l'avant- garde du corps ennemi, se trouva inopinément, le 18 septembre dernier, en présence de la petite armée que l'ex - amîr de Kaboul dirigeait en personne contre Bàmiân. Sans hésiter un instant et malgré l'infériorité numérique de ses troupes (puisqu'il n'avait que cinq cents hommes d'infanterie régulière, moitié IJindoustans, moitié Gourkhas, trois à quatre cents hommes de cava-
lerie et deux pièces de canon à opposer à cinq ou six mille Ouzbeks et déserteurs afghans), le brigadier marche droit à l'ennemi , le déloge en un instant de ses positions, le met dans une déroute complète, le fait poursuivre par sa cavalerie qui en fait un grand carnage. Dost-Mohammed-Khan, blessé dans P action, s'échappe à grand'peine avec un de ses (ils et quelques centaines de cavaliers (on le dit mort depuis ) : les tentes et tous les équipages de l'amtr tombent au pouvoir des vainqueurs. Tel a été le résultat d'une tentative audacieuse sans doute, mais qui prouve combien Dost-Mohammed se faisait une idée peu exacte encore de l'immense supériorité de la tactique et des armes européennes, et s'exagérait les espérances qu'il pouvait fonder sur les ressources dont il disposait et sur les sympathies d'une portion des populations auxquelles il avait imposé sa domination pendant plusieurs années. Il est prohauie que cette brillante affaire de BJmrân découragera complètement les chefs ouzbeks que Dost-Mohammed était parvenu à intéresser à sa cause; et si celui-ci , survivant à ses blessures, ne fait pas sa soumission (que le gouvernement du shâh aurait sans doute encore la prudente générosité d'accepter), il court grand risque d'être livré a Shoudjâ-oul-Moulk par ses anciens alliés, ou peut-être égorgé par eux, dans l'espoir de se concilier plus sûrement, par une démonstration aussi décisive, l'indulgence et la protection du gouvernement anglais.
Tel est donc l'état des choses en Afghanistan. Shâh-Shoudjâ aura longtemps encore, aux yeux des Afghans, le tort d'être remonté sur son trône à l'aide d'une invasion étrangère.
Sa position, sous ce rapport, est délicate et dangereuse, et il nous est impossible de ne pas trouver une analogie frappante entre Louis XVIII, écrivant au prince régent qu'après Dieu il doit la couronne de France à l'intervention de l'Angleterre, et Shâh-Shoud|â déclarant à la reine Victoria, dans le solennel et
pompeux langage de l'Orient, qu'il est, par la faveur divine et l'extrême bienveiUance du gouvernement anglais , remonté sur fe trône de ses pères , et qu'il veut, par l'institution d'un ordre de chevalerie, éterniser le souvenir de ce rçrand événement. Ce n'est pas ici le lieu d'établir un parallèle détaillé entre les deux restaurations , mais nos lecteurs trouveront au moins dans ce que nous avons dit et dans ce qui nous reste à dire (dans cette partie de notre travail), au sujet de l'Afghanistan, les principaux éléments d'une comparaison qui , sous le point de vue historique et politique, nous semble d'un véritable intérêt.
Ce set a , nous le répétons , une œuvre difficile que celle de raffermissement du pouvoir royal dans l'Afghanistan et de In réorganisation du pays.
Créer une armée régulière, établir des communications sûres et permanentes entre les principaux points, soumettre les chefs turbulents, protéger et étendre le commerce , surveiller les mouvements des peuples voisins au nord et à l'ouest , tels sont les premiers devoirs à accomplir ou les plus importants besoins à satisfaire. Le shâh s'applique principalement à organiser son armée et à discipliner, avant tout , son infanterie à l'européenne. Les Afghans sont en général plus propres au service de la cavalerie, et c'est comme cavalerie qu'ils se sont rendus redoutables à leurs voisins; cependant, le Kohéstan de Kaboul fournit d'excellentes recrues pour l'infanterie. Si le shâh réussit à se concilier l'affection et la confiance des principaux khans douranîs et ghilzies (nous ferons bientôt comprendre l'importance politique de ces chefs), il ne tardera pas à exercer sur la nation, par leur intermédiaire, l'influence «nécessaire à la consolidation de son autorité. II pourra s'occuper alors de l'introduction de réformes, qui doivent porter bien plus sur les vices de détail de l'administration ultérieure, que sur l'esprit même des institutions f institutions admirablement adaptées à l'é-
L'UNIVERS
tablissement d'une monarchie tempérée par une représentation nationale, dont tous les éléments sont, pour ainsi dire, sous la main. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter un coup d'oeil sur l'organisation primitive du peuple afghan, telle qu'elle s'est maintenue jusqu'à nos jours, et qu'elle nous a été révélée plus particulièrement par le bel ouvrage d'EIphinstone (*). Quelques notions exactes sur ce sujet et une indication sommaire des mœurs et des habitudes de ce peuple singulier nous semblent indispensables, dès à présent, pour que nos lecteurs puissent comprendre quelle est l'attitude de Shâh-Shoudjâ et de ses protecteurs vis-à-vis des Afghans, et quels sont les éléments politiques de l'avenir de leur pays.
Il n'y a qu'un siècle et demi que les Afghans sont désignés dans l'histoire sous ce nom d'afghans comme peuple dominateur. Il est fait mention d'eux par Tavernier et par Chardin sous les noms d\Jghuans, tfAquanes et Augans , et Tavernier les désigne de la manière la plus significative par ces mots : « peuples appelés Augans, qui habitent depuis Candahar jusqu'à Kaboul , vers les montagnes de Balkh, et qui sont gens forts et voleurs de nuit. » Elphinstone, qui les a étudiés
(*) An account of tUe Kingdom of Cau»
lui, ctr. Dernière édition, a vol. in-8. Londres, î33g.
L'ouvrage d'Elphin&tone abonde en observations judicieuses et en détails précieux, surtout eu ce qui concerne l'ethnographie de l'Afghanistan. Burnes , qui a visité ces contrées vingt-trois ans après Elphinslone, a confirmé par son témoignage toutes les observations de ce dernier. Il les nomme , à juste titre, classiques. La carie joiutc à la dernière édition de la description du royaume de Kaboul semble laisser encore beaucoup à désirer. Nous regardons la carte d'Anowsmitli, publiée à Londres en 1 834 {Central Asia, compristng Bokhara , Cabool , Persia, etc.), d'après les observations d'Alexandre Burnes, comme la meilleure carte générale qu'on puisse consulter pour l'intelligence des questions qui nous occupent.
dans le pays , en parle comme d'un peuple auquel la nature a donné un caractère très-marqué au physique comme au moral. Il nous représente les Afghans comme des hommes forts, osseux, bien faits, ayant les yeux vifs, le visage long, le nezaquihn et une chevelure noire ou brune, rarement rousse : leurs manières sont simples et prévenantes ; leur caractère franc, valeureux, sans dureté bien que sans culture ; ils portent des barbes longues , ce qui leur donne un air grave, bien que naturellement ils soient vifs, agiles, adroits, presque coquets dans leurs mouvements et enfants dans leurs jeux (*); leur parole est facile et coulante, leur mémoire active et fidèle (surtout en ce qui concerne la généalogie et l'histoire de leurs tribus) ; leur ignorance esfcnioins grande que ne Test leur modestie et leur désir de s'instruire. Ils sont regardés comme des barbares par les Persans , mais c'est parce qu'ils sont plus véridiques que ces derniers et qu'ils ont des inclinations moins vicieuses.
On remarque d'assez grandes différences entre les Afghans orientaux et les Afghans occidentaux : les premiers sont bruns comme les Hindous , les seconds plus olivâtres; chez les uns et chez les autres , on rencontre des ligures noires comme celles des habitants du Dekkan, au milieu de visages au teint clair et animé comme ceux des peuples du Caucase; mais cette complexion européenne se montre bien plus souvent chez les Afghans orientaux. Les Afghans occidentaux sont plus grossièrement organisés que ceux du côté de Kaboul ; ils sont plus lourds, plus mous que ces derniers. Les uns tenant à la Perse , les autres à l'Inde, ils forment par leur ensemble une sorte de peuple hindopersan. Bien qu'également indépendants à l'égard de l'un et de l'autre
(•) Il n'est pas rare, dit Elphinstone, de voir des hommes d'un âge mûr jouer aux billes, ou à une sorte de lutte à clochepieds.
pays , ils préfèrent les vêtements , le langage et les habitudes persanes , à tout ce qui pourrait leur venir de l'Inde. Cependant c'est un peuple différant essentiellement des Hindous, des Persans et des Ta rt ares, et qui, converti l'un des premiers à l'islamisme , a su néanmoins résister courageusement à tous les conquérants de l 'Irân. Mohammed , Tchingiskhan, Timour, Abbâs, Kader-Shâh, ont tous trouvé les Afghans indomptables ou prêts à se révolter.
La race afghane forme trois groupes principaux: les Béloutchis, les Ghildjies et les Douranies; ces trois groupes se distinguent par la bravoure militaire et les habitudes de pillage.
Celui des Douranies a des dispositions tres-démocratiques , et cependant les hommes faisant partie de ce groupe sont presque tous établis dans les villes, tandis que ceux des deux autres mènent la vie de pasteurs. L'organisation des tribus de ce singulier peuple est pour ainsi dire toute généalogique et peut se résumer dans la formule qui suit :
Chaque famille est sous le gouvernement absolu de son chef.
Dix ou douze familles sont présidées par un ancien, spiri'Zhêra (mot à mot, barbe blanche) , ancêtre commun de ces familles ou son représentant.
Dix ou douze spin-zhêras reconnaissent l'autorité d'un canndidâr, représentant l'aîné de toutes ces familles.
Un certain nombre de ceux-ci composent une subdivision à laquelle préside un mallik ou moushir, qui à son tour doit représenter l'ancêtre commun.
Plusieurs subdivisions forment une division régie d'après le même principe ancestorial.
Enfin plusieurs divisions composent le khail, et plusieurs khails forment les grandes familles ou tribus , telles que 'es Barekzaïs, les Saddozals, lsrnaêlzaîs , etc. C).
(*) Le za'n , qui termine si fréquemment le* noms de tribus en Afghanistan , a la
Chaque groupe de khails ou chaque khail indépendant, ou même chaque division qui a pour chef un khan, est désigné par le mot oulouss.
Ce qui distingue particulièrement les Afghans, c'est l'amour extrême de la liberté et de l'indépendance. Ce sentiment a donné à leur caractère un fonds immense d'originalité. Leur système militaire, leur cavalerie, leur législation et leur gouvernement, tout est frappé, dit Elpninstone, d'un sceau qui leur est particulier. Ils obéissent aveuglément à leur chef, mais c'est que , dans ces chefs , ils voient la personnification de la force et de l'éclat de leurs tribus; c'est que, dans leur grandeur et leur influence, chaque Afghan voit la splendeur de sa propre famille. Ils les accompagnent à la guerre avec la soumission aveugle et le tendre dévouement d'un enfant pour son père. En général, ce gouvernement est aussi étranger à l'egoïsme qu'il se complaît dans une discipline militaire dure et inexorable. Les Af-
{;hans parient avec enthousiasme 'de a liberté de leurs institutions : ils sont toujours prêts à maintenir que tous les Ajghans sont égaux , ce qui, bien que l'histoire du passé et celle du présent donnent un démenti formel à cette prétention , montre au moins leurs dispositions naturelles et la tendance constante de leurs idées. Elphinstone s'efforçait un jour de convaincre un vieillard de leurs tribus , homme très-intelligent, de la supériorité et des avantages de la vie civilisée dans nos grandes monarchies, comparée aux tumultes , aux alarmes et aux discordes sanglantes , résultat inévitable de leur système de gouvernement. Le vieillard, répondant avec une chaleureuse indignation à ces arguments , conclut en ces mots :
« Nous aimons la discorde , nous
signification de Jtls, comme le vilcft à la fin des noms russes et le mac au commencement des noms écossais. Les termes mallik et mous 'm -, d'origine arabe, désignent, le premier un roi ou chef suprême , le second un conseiller.
PO
aimons les alarmes, nous aimons le sang, mais nous n'aimerons jamais un maître! » Avec de pareils senti* ments, le gouvernement monarchique est en effet difficile, et il est aisé de prévoir que pendant un longtemps encore la présence d'une armée nn3lai.se pourra seule contenir l'esprit turbulent et inquiet et les vagues désirs d'indépendance de ces populations, qui n'ont jamais montré d'unité nationale que pour envahir eux-mêmes ou repousser l'invasion.
Les Afghans, tout en aimant la guerre, la rapine et le pillage, prétendent qu'il n'y a de force que dans la justice; mais' ils sont justes à leur manière : l'hospitalité est encore une de leurs vertus ; seulement cette hospitalité ne dépasse pas les limites du village ou du territoire; au delà de ces limites , le droit de pillage reparaît dans toute sa force , et ne respecte personne; les amis comme les ennemis subissent la loi commune.
Telles sont principalement les mœurs des habitants des monts Soliman et du Béloutchistan.
Les Afghans primitifs résidaient, selon toute apparence, dans le Paropamise, entre l'Inde, la Perse et la iiactriane. Les données que nous fournit l'histoire, et qui remontent au temps d'Alexandre, prouvent que, déjà a cette époque , il y avait une différence profonde entré les habitants de l'Afghanistan actuel et les populations de l'Hin loustan. Les premiers sont actifs, agiles, entreprenants et énergiques; les seconds, doux , indolents, plonges dans une extase et une contemplation habituelle. Cette différence de caractère et de mœurs frappa les Anglais. Ils aimaient à retrouver dans l'habitant de l'Afghanistan un homme de la trempe européenne.
C'est de ce point de vue que les Afghans furent étudiés et représentés par Kiphinstone. D'autres écrivains sont allés plus loin , cherchant à donner un tableau exact de l'état actuel de ce peuple remarquable, en même temps qu'à pénétrer jusqu'à son origine , pour en faire ressortir tous les
points d'affinité avec la nique, la race iranienne, et celle des peuples occupant l'Asie centrale. Parmi ces écrivains, nous citerons surtout Fr. Wilken, dont la dissertation sur l'Origine et le gouvernement des afghans , très-estimée en Allemagne, n'est pas encore , que nous sachions , connue en France.
Le point de départ de Wilken est diamétralement opposé à celui de ses prédécesseurs. A commencer par les écrivains persans et arabes , tels que Neamct'OuUa, Ebn-Bahtta , tous les autres, et particulièrement Ferishta, J. Potocki, A. Burnes, etc. , etc. , mêlant plus ou moins de fables à leurs récits, se sont plu à déduire l'origine des Afghans de la race juive habitant primitivement les monts Caucase.
Wilken protesta contre cette hypothèse ou cette assertion , au nom de données historiques et ethnographiques aussi curieuses qu'incontestables, que nous résumerons ici.
De tous les peuples conquis par les musulmans, les Afghans ont été les
filus fidèles gardiens de leur nationaité. Leur organisation sociale a résisté à toutes les tentatives faites par leurs rois pour y établir un gouvernement despotique.* Elle ressemble sous plus d'un rapport à celle des anciens Persans et à celle des anciens Germains.
Les Afghans se divisent, comme autrefois les Persans, en deux grandes classes : 1° colons établis , 2° pasteurs. Ces derniers changent de place périodiquement, à de certaines saisons de l'année. D'après leurs mœurs , ils se divisent encore en Afghans orientaux et en Afghans occidentaux. Les tribus les plus renommées et exerçant une espèce d'autorité sur les autres tribus sontcelle des Ghildjies (Gildschi)(*) et celle des Douranies. Ces divisions n'en font pas des peuples aussi différents les uns des autres que l'avaient été jadis, dans la race germanique, les Francs et les Saxons. Les Afghans déduisent leur origine de Kais-ib-
(*) Molian-I-all «Vrit Qafjàt's (que nous prouonecrions Qtwldjais.)
èàaichid et de ses quatre fils. Ce kjif fut. suivant la légende, le prêter de son peuple qui , du temps de itoled, accepta l'islamisme. Ce mythe n'a probablement d'autre but que d'indiquer l'origine de la noblesse afdiane.
.Le roi des Afghans est le chef de it.tatiil a un pouvoir suprême dans toutes les affaires concernant le peurentier, mais il n'administrait anfinement que le domaine de sa propre tribu, et ne se mêlait des choses bûchant les autres tribus que lorsqu'elles le lui demandaient ellesmêmes. Cependant elles étaient toutes i>tieées à lui fournir des troupes et à foyer un impôt. Nous avons vu quelle est l'organisation intérieure de la tribu; la moins importante de ses subdivisions compte rarement moins de du à douze familles.
l> même que les tribus se forment de5 familles , de même le peuple n'est qu'un assemblage de tribus. Les liens qui uûiisent entre elles toutes ces parties sont les mêmes que ceux qui unissaient jadis les demen et les phytfi dfs Grecs , ou les pagi et les vici ta Germains , et dont les traces se ml conversées jusqu'à présent parmi piques peuplades des Slaves méri-
>a L'union du droit de succession aux imités vacantes , au droit d'élection ^ chefs de famille, repose sur les ûtfws bases que chez les anciens fanes. Dès qu un khan ou un supér'(vr quelconque meurt , l'élection a tai. Ordinairement c'est le puîné de h famille qui est choisi. Cependant f «t une rè^le qui n'est pas obligatoire. Le roi n'a que le droit d'apprototion. Quelques tribus lui accordent <^ui de nomination, dont il n'est ft*e de se servir au'en faveur des ftnibres de la famille possédant telle telle dignité par droit d'hérédité.
Ce système de succession politique ftpse les Afghans, comme c'était pdischez les Germains, à des guerres 'destines. Ils prennent, suivant l'us ^e adopté par ces derniers y leurs ex nobilitote et leurs duces ex
virtutê. Leur khan est , comme autrefois le roi des Germains , le chef de la tribu pendant la paix. Il résigne son pouvoir pendant la guerre entre les mains d'un commandant général ou dictateur. Après la guerre, les khans redeviennent ce qu'ils avaient été auparavant. L'administration intérieure de chaque tribu afghane se trouve encore tracée par Tacite: De minoribus rébus principes consultant 9 de jnajoribus omnes (*). Les khans, les malliks et les moushirs ne peuvent donc rien décider dans les circonstances graves sans prendre l'avis préalable des chefs de famille et de la masse de leurs subordonnés. Les assemblées des chefs de famille, ou les djirgas. sont convoquées par un spin-zhéra (barbe blanche), et ne contiennent que les chefs de famille. Les djirgas (assemblées) d'o*lousses se composent de tous les snîn - zhéras. Les djirgas des malliks n admettent que leurs subordonnés , les mouhsirs; et les djirgas des khans ne sont composées que de malliks.
Dans toute affaire concernant la tribu entière , et devant être réglée par la décision de tous les chefs de famille, on prend les voix de la manière suivante : les spfn - zhéras interrogent les chefs de /amille qui leur sont subordonnés. Ils se rendent ensuite à l'assemblée des moushirs. Les moushirs forment le conseil privé des malliks, qui sont le dernier et le seul organe par lequel le khan apprenne la volonté de sa tribu. Les atiaires courantes ne passent pas à travers cette filiation des assemblées populaires, et sont décidées ou réglées par le khan lui-même ou par ses subordonnés. En examinant cette organisation de près, il est impossible de ne pas se croire transporté au milieu de ces anciennes tribus germaines réglant toutes leurs affaires par leurs villages (gauen), leurs bourgs {marken) et leurs centines (zehenteri).
Les djirgas exercent aussi un pouvoir judiciaire, et leur intervention, en général conciliatrice , substitue par
(*) Tacite , Gtrm. II.
L'UNIVERS
degrés , aux habitudes sanglantes de Les Afghans ne cultivent pas toutes vengeance, l'idée d'une proportion les terres qui leur échoient en partage, équitable et régulière entre la peine et le délit. Les Afghans seuls jouissent de tous les droits consacrés par les djirgas; ils sont, à peu d'exceptions près, les seuls propriétaires et citoyens
dans le pays. Les peuples qui leur sont soumis n'ont, au contraire, aucun
mœurs et les usages, surtout d'après cet observateur musulman), mais en général toutes les tribus qui habitent au nord de l'Hindou-Koh et sur la rive droite de l'Indu* jusque dans le petit Tibet, prétendent descendre des Macédoniens de l'armée d'Alexandre. On peut espérer que M. Vigne, droit de propriété sur les terres qu us VOyageur anglais qui a tout récemment exhabitent. Le pays entier est divise ^oré av(;c ^ pays au ,lord de minentre les différentes tribus, dénia- doustan, et dont on imprime en ce moment nière que chacune d'elles possède un |a relation à Londres, aura recueilli des district à elle seule. renseignements curieux sur celte intéres-
Parmi quelques tribus des Afghans santé question, orientaux , l'occupation territoriale Au-dessous et à l'est du Kaferistàn , le suit, comme chez les anciens Ger- pays montagneux entre la rivière Coudre mains, un tour de rôle; c'est le sort et l'iodus (au nord d'Attock) est habile
par la tribu des Youssouf-Zaïs, dont l'iniportauce historique mérite une meution particulière. D'après les traditions et tes histoires écrites que possède cette tribu , les Youssouf-Zaïs sont originaires du pays situé entre Hérat et le Béloutchistau , sur les confins du Dushté-Lout , ou grand désert salé; et lorsqu'ils en furent expulsés vers la fin du treizième , ou au commencement du quatorzième siècle , ils peuplèrent en partie la haute terrasse de Kaboul , et , de proche en proche , s'établirent , de gré ou de force, dans les districts voisins du l>assin de l'Iudus , et plus particulièrement dans celui que nous avons désigné , et d'où ils ont envoyé des colonies dans tout l'Hindouslan. Les Youssouf-Zaïs n'ont ni agriculture, ni industrie, ni commerce. Propriétaires par droit de conquête, ils vivent du travail des tribus qu'ils ont soumises ; et si l'accroissement de la population rend les moyens de suhsistance précaires , l'émigration est une ressource que leur audace aventureuse a su exploiter avec avantage depuis des siècles. Comparable en quelques points aux Lacédémoniens par son organisation intérieure, aux Normands par le caractère et le but de ses expéditions , ce peuple turbulent , connu à l'est de l'Indus sous le nom général de Patâncs , a exercé , à diverses époques, une grande influence sur les aiTaires de l'Hindoustau. Les armées mogholes se sont toujours recrutées de ces émigrés.Une dyuastie de leur souche a occupé le trône de Delhi pendant trois siècles, et sur les ruines de l'empire du Grand - Moghol , ils avaient élevé la république des Robillas
qui en décide. Le tirage des lots se fait à des époques périodiques et de manière à ce que les terres les plus fertiles puissent changer de mains. Cette opération s'appelle waish. Dans la tribu des Youssouf-Zaïs, elle a lieu tous les dix ans (").
(*) L'ensemble des contrées comprises entre le Kashmir et le Kohistan de Kaboul peut se diviser en trois régions : dans les liasses plaines les plus chaudes se sont établis les Afghans proprement dits; dans les vallées moyennes , les Youssouf-Zaïs ; les hautes vallées presque inaccessibles de la chaîne géante sont habitées par un peuple tout à fait distinct, les Kafers. Le Kaferistàn, ou pays des Kafers (kafers, mécréants, infidèles, qui ne sont ni inahométaus ni Hiudous), est d'une étendue indéterminée, mais qui comprend au moins tout le pays au nord du fleuve de Kaboul , depuis Tclùtràl jusqu'à liadakslian , Aiderai et lialkh. Le Kaferistàn offre un vaste champ aux explorations des voyageurs futurs; c'est une vraie terra iucognita dans sa partie orientale. Elnhinstone , dans son excellent ouvrage sur le Kaboul et les pays voisins, a donne une notice très-interessante sur les Kafers ou Siapôsfiï* (*). C'est un fait très-remarquable que non-seulement ces peuplades (visitées en 1810 par Moulla- Nadjib, et dont Elphinstone décrit les
(*) Sia, noir, pàih, twbitlet de noir. Ou donne ce nutn à quelques-unes «1* leur» tribu» , parce qu'elles portent un« espèce de surtout d«- poil de chèvre.
(Jsiatie
. Vove* aussi : Nouveau journal asiatique ' . r » "
,c JtunUt. ne* vol. a8, i839, P. i33. dans 1 ancienne province de Katlair (au sud-
ni ne les font cultiver par leurs colons, mais ils en abandonnent une grande partie aux peuples vaincus.
Ces derniers sont partagés en plusieurs catégories pareilles à celles qui existaient parmi les esclaves des anciens Germains.
Les relations des Afghans avec les habitants reçus par octroi ne sont pas moins dignes d'attention. A cette classe appartiennent non - seulement les colons, niais aussi les fermiers et les Bvagurs , connus sous le nom générique de Humsayehs (voisins). Ils n oot ni le droit de propriété ni celui d'assister aux djirgas. Cependant ils peuvent s'y faire représenter par des personnes He leur choix. Chaque Hura- Myeh est tenu de se choisir un patron parmi les Afghans. Le nombre de ces patrons , qui rappelle l'usage adopté à cetéçard par les Romains, est, dans certaines tribus , très - considérable.
Le sort des Humsayehs est généralement assez heureux. Leurs patrons sont obligés de les défendre et de les protéger de tout leur pouvoir et dans toutes les circonstances possibles. La plupart d'entre eux sont Tadjiks (*) ou
est de Hardwar), aujourd'hui le Rohilkond, d*où ils s'étaient rendus souvent redoutable* aux Anglais eux-mêmes. Ce pays est Aujourd'hui soumis entièrement à la domination anglaise , ainsi que les autres colonies afghanes de moindre importance qu'on trouve dans toute 1 étendue de l'Hiudoustan, Mie» que Ferruckahad , Bopâl , Karnoul , kadappa, etc.; mais les Patènes sont toujours rangé* , sinon parmi les meilleurs , au moins parmi les plus braves soldats de l'Hindoustan.
O Sous le nom de Thàt, Tadjik , Tadschik, Tadschek , il faut comprendre toute cette réunion de peuplades agricoles qui occupe le pays supérieur de l'Irân , n'appartenant à aucune des races nouvellement dominantes, et n'ayant d'autre unité que celle if. la même dégradation et du même avilisseoenl. L'origine du mot Tadjik (*) est persane; les Ta r tares donnent ce nom à la Perse entière , et dans la langue moghole il signifie le paysan. Quand a-t-il été imposé
.*) Mmltolm't Hitt. of Ptrtta, tom. II, p*g. 606. — Mobao-Lall écrit Tajah («lue nout prononcerions
étrangers. Cependant on y voit aussi des Afghans venant d'une autre tribu.
à cette partie de la population de l'Afghanistan ? c'est ce qui n'est pas facile à préciser. Ritter a prouvé, en s'appuyant sur les annales chinoises , que, par ce mot de Tadjik, on désigne dans toute l'Asie centrale un \10mme parlant le persan. Du temps de Timour, on appelait ainsi tous les habitants de l'Irân qui n'étaient ni Arabes ni Moghols. Ce nom était déjà alors un signe de mépris et correspondait au fellah des Turcs dans l'Égypte. Malcolm les regarde avec vraisemblance comme un restant de l'ancienne population autochthone, qui survécut à toutes les guerres , révolutions et secousses désastreuses de l'Irân. Les Tadjiks s'étendent par toute la Perse , tout le Béloutchistan , tout l'Afghanistan , jusqu'à la Roukharie. Ils parlent dans tous ces pays un des dialectes du vieux persan , mélangé de néo-persau, de poushtou et de tourkoman , et forment une classe de serviteurs , des %lcbœ adscripti, des colons vivant sous la domination lyrannique de leurs maîtres.
En jetant un coup d'œil sur toute l'Asie supérieure de l'ouest, depuis les monts Hindou-Koush jusqu'au Tau rus, on aperçoit un contraste très-constant et très-prononcé entre les peuples nomades et les peuples agricoles. Les rapports de l'une de ces deux classes à l'autre ressemblent à ceux qui existent ordinairement entre les seigneurs et les serfs, entre la noblesse et le peuple. L'origine de cette division remonte, si l'on peut croire les témoignages de quelques officiers d'Alexandre le Grand, jusqu'au temps de l'expédition de ce conquérant en Asie. Les Afghans et les Tadjiks sont l'expression la plus frappante qui existe encore de cette divisiou.
Les Tadjiks se trouvent aussi dans le Tourkestan chinois; ils y sont établis comme dans le Tourkestan tartarc, dans le pays des Ouzbeks et dans toute la Perse. Leur sort diffère cependant dans chacun de ces pays. Dans le plateau d'Iran , où ils furent conquis par les khalifes avec le premtr débordement de l'islamisme, ils restèrent serfs tant que dura la domination arabe; mais dès que celle-ci s'écroula, ils se mêlèrent avec leurs dominateurs, et en prirent, jusqu'à un certain point, les mœurs, la langue et la civilisation. Tel fut le sort de la population primitive de la Boukharie. L'Afghanistan, au contraire, conserva son indépen-
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Les Humsavehs d'origine afghane sont Telle est l'organisation intérieure plus estimés que les autres. des Afghans : toutes les tribus de ce
dancc plus longtemps. Il résista aux Arabes pendant près de trois siècles, et ne fut influencé par le contact de cette race qu'en passant sous la domination de la Perse. C'est alors que naquit dans ce pays, du mélange de la population arabe et persane avec la population indigène, la classe des Tadjiks, classe des travailleurs aux yeux de toutes les bordes nomades qui traversèrent ce pays, niais classe profondément différente de celle des anciens cultivateurs de l'Afghanistan, qui, à l'approche de l'ennemi, se sont retirés dans les montagnes, emportant avec eux leur vieille liberté.
La noblesse de l'Afghanistan n'est pas prétentieuse; elle admet dans son sein les hommes les plus incultes, pourvu qu'ils soient d'origine libre. Aussi cette classe y devint facilement très-nombreuse, par l'incorporation de différentes hordes nomades tout entières. Mais à mesure qu'elle croissait, la classe des Tadjiks devenait de plus en plus asservie. La majeure partie des hommes de cette classe se recommande par des mœurs douces, paisibles et industrieuses. Ils sont généralement plus policés, plus entreprenants et plus intelligents que leurs maîtres, pour lesquels ils sont obligés de travailler, et auxquels ils livrent souvent la moitié de leurs revenus. Dans les villes, ils sont attachés à différentes branches d'industrie mauuelle, et se louent tant par an. Leur religion est celle des Sounis ou Sunnites. Dans le Sistan (Sedjeslan) et le héloutchistan , ils forment la majeure partie de la population. Ailleurs, ils sont semés ça et la par groupes, et présentent ainsi le triste spectacle d'un peuple dispersé par tous les vents des révolutions.
Parmi les races d'origine étrangère qui ont colonisé l'Afghanistan, et dont la plus ancienne, celle des Tadjiks, n'est encore qu'un jeune peuple métis, il faut distinguer les Kazzelbashis (appelés Qizailash par Mohan-Lall; Kuzzdbaushcs par Elphinstoue), tribu lourkomane, qui du temps de la domination des dynasties tourkomanes parvint en Perse à un haut degré de puissance, et qui, à la suite de Nader-Shàh et d'Ahmed-Shàh, s'est établie, au nombre de plusieurs milliers de familles, principalement à Kaboul et dans les autres grandes villes de l'Afghanistan. Les Kazzelbashis, race intelligente et vaniteuse, à la fois insolente et
servile, passionnée pour la gloire et les plaisirs, aimables compagnons, mais dangereux amis, sout à Kaboul en possession de presque tous les postes de confiance dans les grandes familles et même à la cour, et exercent par leur nombre, leur union, les qualités redoutables de leur esprit et leur audace, une assez grande influence sur le gouvernement et le peuple, dont ils sont cependant haïs à cause de la différence des religions, les Kazzelbashis étant de zélés Shiahs, tandis que la masse des populations appartient à la secte des Sounis. Les Kazzelbashis ont vu , avec une extrême jalousie, que les Anglais eussent pris une part si active et si glorieuse au rétablissement de l'autorité de Shàh-Shondjâ. Depuis l'arrivée de l'armée anglaise à Kaboul, ils n'ont cessé de témoigner, par l'insolence provoquante de leur langage et de leur conduite, de la haine que leur inspiraient ces étrangers et du mépris qu'ils affectent pour les troupes indiennes, ces cypahis dont la froide bravoure, la persévérance intrépide et la discipline forment cependant uu contraste si frappant avec la folle jactance, les habitudes corrompue* et l'insubordination orgueilleuse de ces fils dégénérés des compagnons d'armes de Nader-Shàh. A entendre les Kazzelbashis, l'armée anglo-indienne n'a dù son salut qu'à leur modération. «Si ce n'était pour ces hommes blancs, disent-ils, nous aurions bon marché de ce ramas d'Hindoustanis. » Une affaire uu peu sérieuse aux portes de Kaboul aurait rabaissé la morgue de ces * bonnets rouges (*) , » et leur aurait appris que le rypahi leur est aussi supérieur eu vrai courage et en mérite militaire qu'en conduite et en valeur morale. Les Kazzelbashis sont de beaux hommes, bien montés, bien armés, prompts à s'offenser comme à offenser les étrangers, surtout les Européens u'ils ont en aversion : avec de semblables impositions, il paraît bien difficile que le séjour des troupes anglaises à Kaboul puisse se prolonger beaucoup sans amener quelque collision sanglante entre eux et les Kazzelbashis.
Outre ces étrangers, il y a encore dans les plaines du haut pays afghan plusieurs débris des innombrables hordes de conquérants qui les ont traversées. Dans cette catégorie, les Hazarehs tiennent, par leur
(*; C'est la signification du noU katul-hmsk.
peuple jouissent de droits égaux et sont soumises à des obligations égaies. La tribu des Douranies est la seule qui fasse exception à cette règle, comme étant attachée par des liens de consanguinité à la maison royale.
Les Douranies sont exempts des impôts fonciers. Les rois des Afghans font partie de VOulouss PopulzaU et particulièrement de la famille Saddozaï. Cette famille a des privilèges considérables : aucun de ses membres ne peut être condamné et puni qu'en vertu d'un décret prononcé dans le sein de la famille. Le khan de VOuUmss des Douranies lui-même n'a aucun pouvoir sur aucun individu appartenant à la famille Saddozaï. Leurs personnes sont sacrées et placées, du consentement de la nation , à l'abri de toute attaque particulière, fût-elle la plus juste au fond.
Wilken a montré qu'il existait de très-çrandes analogies entre cette organisation à la fois démocratique et mtpnarchique (avec des privilèges en favfvr d'une tribu particulière), et l'organisation politique de la Perse ancienne, au temps de Cyrus. Il a donné , par ses savantes recherches , un très-erand degré de probabilité à l'hypothèse de Klaproth sur l'origine
nombre, la première place ; viennent ensuite le* descendants des Moghol» , des Tari ares, dev Haisaouks, des Kourds, des Lesguis et d'antres peuples du Caucase. On rencontre aussi plusieurs Abyssiniens; le roi de Kaboul en avajl autrefois a son service comme «arde* du corps. Quelques hommes sortis de celte caste out joué dans Uràu uu rôle remarquable. Le nombre des juif* établis Jaas l'Afghanistan n'est pas considérable; U plupart d'entre eux se tienneut dans le Kaboul, et s'occupent du commerce delà haute Asie jusqu'à la Chine.
Ainsi une multitude de peuplades d'ortpnes différente* vivent maintenant côte à «*e dans l'Afghanistan, et y ont conservé < vju'à un certain point leurs habitudes et leurs mœurs; mais rarement admises dans le w» des populations indigènes de manière à »')' fondre, et ne pouvant pas conserver J*w individualité comme peuple, elles out, ™ général, passé comme serfs sous le joug à*% plus forts.
de la langue/?ottsMot*(*), lien commun de toutes ces peuplades. La constitution primitive des Afghans , constitution marquée énergiquement au coin de l'individualité persane, vient à l'appui de cette hypothèse d'une manière aussi tranchante que la langue même. Selon Klaproth, "Wilken et Ritter, le poushtou serait d'origine perso-mède. Des recherches toutes récentes semblent confirmer les analogies déjà soupçonnées entre le poushtou et le sanskrit (**) ; mais c'est un pointqui a grand besoin d'être éclairci. Quoi qu'il en soit, la langue des Afghans parait n'être rien moins qu'harmonieuse (***). Cependant cette langue, selon Elphinstone, ne manque ni d'expression ni surtout d'énergie , et elle se prête aux sentiments les plus passionnés; elle a sa poésie, et les poètes poushtous sont assez nombreux , surtout depuis deux siècles.
Ahmed-Shâh a composé un recueil d'odes en poushtou; son fils Timour en a publié un en persan. Le shâh actuel, Shah-Shoudja, est lui-même trèsversé dans la littérature arabe, persane et poushtou. Dans un pays où la poésie est en honneur, l'amour se révèle tôt ou tard à l'homme en dépit des institutions qui assignent à la femme Je rôle d'esclave et la condamnent à ne pas franchir les limites de la vie
(*) Un Afghan se désigne lui-même par le nom de pousiitàne ou poiuhtouiic (au pluriel poushtaach), d'où est venu par con uptiou pat âne.
('*) Voyez Aiiaùc journal, décembre i83q , page aàâ.
(***) La tradition s'est même égayée à ce sujet. Selon elle, un certain roi ayant envoyé son vizir pour étudier les différentes langues de la terre et lui en rapporter des vocabulaires , le vizir , à son retour, essaya de donner à son mai re une idée de chaque langue par des citations. Quand il en vint à Va/ghani, il s'arrêta, et, prenant un vase en étain dans lequel il avait mis un gros caillou, il commença à secouer le vase. Le roi surpris lui demanda ce que signifiait ce charivari; le vizir déclara que , n'ayant pu réussir i apprendre la langue des Afghans, il n'avait vu que ce moyen d'en donner une idée à Sa Majesté.
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intérieure. L'amour est un sentiment qu'éprouvent fréquemment ces populations nomades ou guerrières de l'Afghanistan, et qui chez elles paraît même présenter des caractères tout à fait analogues à ceux qui distinguent le véritable amour d'après nos idées européennes. La condition des femmes , malgré les restrictions qu'imposent les habitudes musulmanes , est au total heureuse dans ces contrées, et l'influence du beau sexe se manifeste souvent dans les événements qui changent la destinée des familles, et même celle de l'État. L'appel d'une femme à la protection d'un Afghan n'est jamais fait en vain, et la forme même de cet appel a quelque chose de simple, de noble et de touchant , comme la confiance dont elle est le signe. Ainsi , à la mort de Timour-Shâh , la reine favorite , mère de Shâh-Zeman , envoya son voile à Sarfraz-Khan , chef de la tribu des Barekzaïs, et se plaçant ainsi avec son (ils sous la protection de ce puissant serdar, le mit dans l'obligation d'appuyer les prétentions de Shâh-Zeman au trône.
Elphinstone évaluait la population totale de l'Afghanistan et de ses dépendances à plus de quatorze millions.
Ce qui reste de l'ancien empire douranie , sous la domination de Shâh- Shoudjâ, compte probablement encore de huit à dix millions. Cette population est trop mélangée et trop remuante pour qu'il soit possible de lui imprimer promptement la direction salutaire qui doit la mener à un heureux avenir. Cependant , il y a au fond de l'esprit afghan , et dans la constitution des peuples qui habitent à l'ouest de l'Indus, des tendances européennes que l'influence de la civilisation anglaise parviendra à développer tôt ou tard.
Nous nous proposons de consacrer l'une des sections de la quatrième partie de cet ouvrage à une description succincte mais complète des pays afghans , considérés sous le point de vue historique et ethnographique , et plus particulièrement dans leurs rapports avec l'Inde anglaise; mais nous avons cru devoir , dès à présent , faire con-
naître à nos lecteurs les traits les plus saillants du caractère des peuples qui habitent la droite du bassin de l'Indus, et les faits récents qui témoignent de la résolution prise par l'Angleterre de disposer à son gré de l'avenir de ces peuples. Nous commençons à comprendre en France que nous avons
Suelque intérêt à savoir ce qui se passe ans ces contrées lointaines. Les nouvelles de l'Inde occupent chaque mois plusieurs colonnes de nos journaux, et exercent déjà, par intervalles, une influence légitime sur nos débats parlementaires. Il importe donc de nous familiariser promptement avec les notions qui sont, pour ainsi dire, les éléments de toute appréciation convenable des événements qui tendent à changer la face du monde asiatique.
C'est dans cette conviction que nous nous sommes hâté d'esquisser le récit de l'expédition anglaise au delà de l'Indus, et de soumettre à nos lecteurs un résumé rapide des causes et des résultats de cette expédition. L'attitude définitive que prendront les populations de l'Afghanistan , tant à l'égard du souverain que l'Angleterre aide à régner sur elles, qu'à l'égard des chefs de l'Asie centrale, de la Perse, et indirectement de la Russie , exercera une extrême influence sur l'avenir politique et commercial du vaste empire hindobritannique. L'organisation intérieure des Afghans est très-remarquable. II y a , dans ce peuple , un sentiment profond de nationalité , une vie d'ensemble dont les éléments épars pourront être un jour réunis et mis en jeu par une main habile. A dater de ce jour, la puissance anglaise dans l'Inde sera consolidée ou menacée du coup mortel. Les avantages qu'offre la possession de l'Afghanistan comme barrière , et, en cas de besoin, comme théâtre d'opérations militaires, sont immenses.
Le capitaine A. Conolly, dans un ouvrage (*) qui renferme une foule de
(*) Journey to the north of India , ovtr~ latuf front Entrland throuch Russia, Persia and Afghanhtaun. By lieut. Arthur Conolly, a vol., aJ ed. Revised. London, 1 83 8. Bentley.
renseignements précieux sur l'état des pars au nord et a l'ouest de l'Inde britannique , a consacré un chapitre fort intéressant à l'examen de l'importante question de V Invasion de tlnde par terre. Il y démontre clairement que si les Afghans , comme nation , étaient déterminés à résister aux agresseurs, les difficultés qu'éprouverait dans sa marche l'armée envahissante seraient a peu près insurmontables ; que les Afghans pourraient détruire ou mettre facilement hors de la portée des assaillants le peu de provisions ou de ressources qu'offre le pays; qu'ils n'ont rien à gagner, et ont, au contraire, beaucoup a craindre de l'invasion des Russes ; qu'ils sont les ennemis naturels des peuples dont les Russes doivent rechercher l'alliance ou se faire aider en premier lieu, soit Ouzbeks, soit Persans ; et qu'ils nourrissent, en outre, une antipathie fanatique contre ce dernier peuple (*). Les Afghans seuls, maîtres des passes, pourraient opposer une résistance formidable à toute tentative d'envahissement ; et il est à présumer que les Russes ne pourraient jamais pénétrer de force dans l'Afghanistan, soit par le nord, soit par l'ouest (c'est-à-dire , par Balkh ou Meshed), sans éprouver des pertes énormes. Il nous paratt évident, en outre, qu'avec l'aide de la science militaire et de la discipline européenne, dans un pays aussi difficile, une armée combinée anglo-afghane pourrait défier toutes «les forces que la Russie amènerait du nord ou de l'ouest pour tenter la conquête de l'Inde. Avant de jeter un coup d'oeil sur les causes qui peuvent entraîner la Russie à des tentatives d'invasion dont l'état présent du monde asiatique éloigne indéfiniment la possibilité, résumons en peu de mots la question d'Afghanistan.
La seule conclusion certaine pour nous de tout ce qui précède (en ce qui recarde plus spécialement l'Afghanistan et le Siodb), c'est que les peuples
(•") Les Persans sont, pour les Afghans, des hérétique* : shidhs; les Afghans sont sounù ou oiaîioméuns orthodoxes.
7e Livraison. (Inde.)
de ces contrées transindiques , depuis longtemps dans un état de bouleversement et de désorganisation politique, devaient abandonner tôt ou tard à l'Angleterre ou à la Perse (cette dernière sous l'influence et avec le concours de la Russie) la direction de leurs affaires. L'Angleterre a saisi le moment favorable et établi sa suprématie. Non -seulement cela était dans la nature des choses, mais, particulièrement, dans la nécessité des conditions d'existence de l'empire hindobritannique.
Ce qui nous semble ensuite le plus évident, c'est qu'ayant à choisir entre les chefs barekzaïs et les Saddozaïs, successeurs légitimes de Timour Shah , les Anglais ne pouvaient ni ne devaient hésiter à soutenir la cause de Shâh Shoudjâ, comme la plus populaire, en présence des faits qui témoignaient en faveur de ce prince et contre les Barekzaïs, longtemps avant que l'expédition au delà de l'Indus fût résolue. Le résultat de l'expédition, ou, pour mieux dire, la manière dont cette expédition s'est accomplie, a été la confirmation la plus éclatante de la sagesse de la détermination prise à l'égard de ces grands intérêts. Nous avons vu les serdars de Kandahar, frères de Dost Mohammed, fuir sans combat et presque seuls; le peuple de cette ancienne capitale de l'empire douranie accueillir avec enthousiasme et saluer de ses acclamations le retour du souverain légitime. Dost Mohammed a été obligé de fuir à son tour, et ses troupes l'ont abandonné. Il a fallu qu'il trouvât, un an plus tard , l'appui de quelques bandes étrangères pour tenter de rentrer dans l'Afghanistan et d'y exciter un soulèvement en sa faveur. Nous savons quel a été le résultat de cette tentative désespérée.
Au total , à l'exception du brillant combat de Ghizui , la souveraineté de l'Afghanistan a été tranférée à Shâh Shoudjâ sans aucune lutte sérieuse.
Un pouvoir qui aurait eu une base réelle soit dans l'affection du peuple, soit dans l'habileté et les ressources des dépositaires de ce pouvoir, n'aurait
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pas été écrasé en quelques instants, pour ainsi dire, par sa propre chute.
Le fait que.le pays a été et est encore, sur plusieurs points, parcouru ou occupe par des bandes Je Voleurs armés qui pillent indistinctement Anglais, Hinaoustanis, Afghans qui s'écartent des camps ou des villes où l'autorité du shah est fermement établie, ne prouve rien contre la popularité générale de sa cause (et à cet égard , notre opinion est partagée nar les publieistes anglais qui ont étuuié ces questions avec le plus d'impartialité (*)). I) ne faut pas perdre de vue que l'Afghanistan est un pays où des tribus entières ont été voleurs de profession, de temps immémorial (voyez p. 88), et que ce pays a été dans un état de désorganisation à peu près complète depuis plus d'un demi-siècle. La vie et les biens n'étaient pas plus en sûreté qu'aujourd'hui, quand Elphinstone visita I Afghanistan, il y a trente ans environ. Son récit abonde en anecdotes de rapine et de violence, et il s'en fallut de bien peu que le grand seigneur douranie, envoyé à sa rencontre pour le conduire à la cour, ne fût pillé luimême en chemin. Il n'y a donc rien de surprenant que dans un tel état de so-> cieté, l'esprit de sauvage indépendance et l'amour du butin soient souvent plus forts que rattachement à une dynastie. Cependant, nous le répétons, Shah Shoudjà* est aimé de la généralité de ses sujets et respecte de tous comme l'aîné des Saddozaïs, et s'il a le bon sens d'encourager le commerce et l'agriculture, et de familiariser par de*très les seigneurs du pays avec les formes du gouvernement représentatif, dont ils connaissent déjà les éléments, et avec les avantages de la centralisation, il se fera pardonner en peu d'années l'appui intéressé des baïonnettes anglaises(**).
(•) Voyez Edinburgh Rtvitw, n° cxliy.
(**) Shàh Shoudjà , dans l'opinion des hommes qui ont été le mieux à même de le connaître ou de le juger, est loin d'être un homme ordinaire. U semble, au contraire,
En jetant un regard en arrière et comparant l'attitude politique de l'An-
qu'il réunisse à un assez haut degré les qualités qui , dans un prince , commandent le plus sûrement le respect et l'affection. Pendant son long ex il à Loudhiana, Shàh Shoudjà avait toujours été traité et s'était toujours comporté eu roi. Il nous a semblé curieux de rapprocher des témoignages unanimes des voyageur* anglais à » rt égard (*), le témoignage du sceptique et spirituelJacqnemont, et nous empruntons à son graud ouvrage sur l'Inde, dont l'impression se continue en ce moment chez MM. Didot (••), le récit suivant de son entrevue avec Shiii Zéman et Sbih Shoudjà en i83x.
(*) La Revue d'Edinbnreb. nnm^ro de juillet dernier, citée plua haut, résume ainsi las opinions énoncées par plusieurs «cri vains distingués à cet égard.
« .... On a supposé trfa- gratuitement nue Shsh «• Shourlj* était un prince faible et timide dont lord « Auckland a eu tort d'épouwr la cao»e. L' h i Moire m de sa vie est srtnee de traiU de courage rt d'ener- « gir, comme au»<<i (trop fréquemment pour ses « intérêts ) «le modération , de bonté et d'md'il- « gence envers d'ambitieux ingrats. S'il dit été « moins scrupuleux d ois l'exercice du pouvoir su- « prèine, il l'eut probablement conservé toujours. m M. hlpbiuttone , auquel personne ne disputera
■ le droit de bien juger en pareille matière . parle « de lui fu toute occasion dans des termes qui in*
• diqucnl qu'il avait une liante opinion de ce prince.
• La seule réserve qu'il ait cru «devoir faire i cet « égard a été ds dire qn'il ne lui dorai t pas le v génie et l'énergie m -cessa ire» pqnr réorganiser « un gouvernement déjà plonçé dans l'anarchie et « tombant en ruine. Shàh Shoudjà a reçu depuis « celte époque plus d'une utile leçon à l'école de l'ad- « vrrsilé! Le témoignage de sir Alexandcr Burnes «• prouve qu'an uiuins, sous un certain point de vue, — l'expérience que le royal esiléovait acquise l'avait u élevé au-dessus do niveau ordinaire des hommes u de son raug dans c« pays Parlant de l'aulo-bm- « graphie de Sbàh Shoudjà fdont celui-ci venait de lui «faire cadeau), sir Alexundcr s'exprime ainsi : « Ce
• livre contient le détail de sa vie et de ses avene tures , dans un style simple et naturel. On n'y « trouve point ces extraits du Koran, ces metaphom res perpétuelles et toutes ce» extravagances dont m les auteurs orientaux abondent. La narration se
■ passe aussi de ces miracles que les historiens inu- « sulmans ne manquent jamais de faire intervenir e en faveur de leurs héros. L'ouvrage , en un mot, « est ce que nous appellerions en Europe un récit d'é- « veueruents intéressants. » Dn prince mahométan «capable d'écrire un semblable récit et d'agir avee « autant d'intelligence et de résolution que Sbàh « Shoudjà en a montré, snit peur s'échapper avee « sa famille des main» d'un prolecteur aussi dan- « gereux et aussi vigilant que Randgît-Singh, soit m en d'antres occasions difficiles , ne saurait être « considéré comme un lâche ou un imbécile. »
(**) Voyage dans l'Inde, par Victor Jacqueiuoot.
4 vol. gr. in-4°.
déterre dans llnde, il y a trente ans, ws rues alors, ses actes , son langage
■ Le capitaine Wade 6t dire aux deux pinees qu'il désirait me mener à leur audience, et les pria de désigner le moment m il leur plairait de me recevoir. Leur contentement était une chose qui allait de soimême, et le désir de les \isiter, une politessequeje leur offrais, plutôt qu'une faveur qu'il leur demandait pour moi (*). Ils fixèrent tous deux le jour le plus prochain.
« Nous allâmes d'abord chez Shah Zemân, a»ec aussi peu de pompe que nous dt \ions tn trouver chez lui pour nous rerevoir , à rbetal sur nos poneys. Un des officiers de u maison vint au-devant de nous, sur un misérable tattou. Nous entrâmes dans une frtite cour bien modeste , où nous descendîmes de cheval. Il y avait plusieurs Afghans de la maison du vieux roi :
l'on d'eux, mieux vêtu que les autres, et qui «erce nominalement quelque emploi Ary plus élevés, nous conduisit dans un très-petit jardin rempli de fleurs, autour doqsri sont bâties plusieurs petites maisons du style le plus modeste; nous montâmes qœi<l')eî marches ei entrâmes dans une d'elles, qui est celle du roi. Le vieillard nous attendait : nous le trouvâmes accroupi au fond de la salle et entouré de coussins. A a droite, mais à plusieurs pas de lui, un de ses Gis était assis par terre-, personnage ■tort H immobile pendant la durée de notre Tcite. Nous nous tînmes debout à la main gauche du shàh , et près de lui : comme il m parle pas hindous ta ni, Wade lui parla pow moi en persan.
• An reste, le prince était de bonne humeur, autant qu'un roi détrôné, vieux et aveugle peut être. Nous lui fîmes faire les frais de la conversation. Quand il apprit qw j'allais à Cachemir, dans les montagnes, il envia mon sort, et nous parla des joies de Kaboul. Depuis sa chute et sa cécité , •la fait un voyage à la Mecque, par terre eaiièrement. 11 parait avoir été traité partout sur la route avec égard : cependant il Qe fut pas exempt du droit de passage que kvenl les Arabes sur les pèlerins. Il tra-
(*) JactjuetnoQt M trompe, selon nous, dan» l'»j>preci«lioii de ce» petite» circonstance», et la •nit» de ton récit te prouve peut-être a»»rx. Non» *» t»non% la remarque parce qae non» désirons no» lecteurs ne tr favirnl pas une id<*e fjus»» •a caractère natif que Jacquetoont ne noua semble pas avoir trés-kicn coinpri» , et do caractère des priara» do ara nie» , en particulier.
à l'égard de ces mêmes princes de l'Afghanistan et du Pandjâb; en les
versa la Perse sur un éléphant, et le désert dans une litière portée par deux chameaux, voiture bien incommode. Bagdad est le lieu de sa roule dont il a conservé le souvenir le plus agréable. Il y reçut un message du Grand Seigneur, qui lui offrait une pension mensuelle île six mille roupies (tS.ooo fr.) dans une ville de l'Asie Mineure, proposition qu'il a souvent depuis regreite de n'avoir pas acceptée. Malgré ses malheurs, il étail encore attaché à sa terre natale. Mais il n'oea point nous dire l'absurde espoir qu'il nourrissait encore à cette époque d'y ressaisir, quoique aveugle , la couronne. Il y a peu de temps qu'il a abandonné tout à fait cette pensée, pour se donner exclusivement à la dévolion. Il dit qu'il n'a plus rien à faire maintenant en ce monde qu'à se préparer à en sortir. 11 passe une grande partie des journées à entendre des lectures du Koran, et compte continuellement les grains de sou cha|M let. $»n pèlerinage a la Mecque est sou souvenir favori. A recommencer une vie* nouvelle, il ne voudrait pas être roi : il serait fakir ou pèlerin. « Quoi de plus heureux, dit-il, que la condition d'un homme sans souci sur la terre , voyageur par vocation , et qui doil porter constamment avec lui l'idée qu'une vie si sainte, ici-bas lui prépare la félicité éternelle dans le ciel ? m Depuis sa retruite à Loudhiana , il a souvent demandé au gouvernement anglais la permission de faire des pèlerinages; mais il eu choisissait toujours les lieux si indiscrètement , que le gouvernement dut lui croire d'autres intentions et refuser sa demande. Le gouvernement d'ailleurs consent à ce que le très-petit nombre de personnes qui oni occasion de le voir, lui et son frère Shâh Schoudjâ , le traitent avec les honneurs royaux ; mais il ne lui conviendrait pas que tous les princes détrônés parcourussent llnde sous le caractère royal qu'on leur laisse à huis clos. Shàh Zeinàn voulait dernièrement faire un pèlerinage du rôle de Guzerat , lorsqu'un des princes musulmans de l'ouest avait pris , contre les radjahs hindous ses voisins, une altitude menaçante , et semblait prêt à passer le bas Indus pour envahir le Sind. On eut la preuve que Shâh Zemân correspondait avec lui, et qu'ils se proposaient de taire une teulalive sur l'Afghanistan.
«Wade, pour lui indiquer qu'il désirait être congédié, lui fit mes complimenta
L'UNIVKRS.
comparant à ce que cette même Angleterre vient d'accomplir sur les rives
d'adieu, auxquels le vieux prince répondit par quelques mots de politesse, et nous nous retirâmes.
«Shàh Zemân a près de 60 ans, mais il ne parait pas si vieux. Son teint est d'un brun jaune clair; ses traits , assez beaux. Sa barbe peinte , par la régularité extrême avec laquelle elle se dessine sur son visage et par son épaisseur, ressemble à une barbe postiche et dissimule peut-être son âge. Il était vèlu d'une graude simplicité ; je ne remarquai que l'extrême beauté du chàlc roulé en turban autour de sa léte.
«Malgré son âge et sa grande dévotion , il n'a pas renoncé aux femmes. Il a un petit sérail , mais où il passe plusieurs heures chaque jour; et j'ai oublié de dire que dans la conversation , il se plaignit de l'épuisement de ses forces, et sachant que j'étais médecin , me demanda quelques remèdes pour les ranimer. Je le renvoyai au docteur Murray, qui, depuis plusieurs années, le visite assez souvent.
«Certains jours de fêle, les enfants des marchands de joailleries et d'étoffes de la ville sont admis avec les marchandises de leurs parents dans le petit jardin que nous traversâmes pour entrer chez le vieux roi. Les femmes de son sérail s'y promènent alors en liberté , et font quelques petites emplettes à cette foire enfantine. C'est le seul plaisir qui vienne quelquefois rompre la monotonie de leur cloître.
Cette coutume est imitée de la cour de Perse , dont Ahmed Shàh avait copié toute l éliquelle. Elle existait aussi à la cour des Grands Mogols.
« Shah Shoudjâ, chez qui nous allâmes ensuite , demeure assez près de son frère. Nous fûmes reçus par un de ses officiers dans un assez grand et joli jardin, où il a coutume de recevoir deux fois par semaine, à 9 heures du matin , tous ceux qui se présentent. Mais l'heure était passée : on nous dit qu'il nous avait attendus assez longtemps , et s'était à la fin retiré dans son harem , mais en disant qu'il reviendrait. Nous nous promenâmes une bonne demi-heure sans le voir venir. L'homme qui nous faisait compagnie était un vieillard d'une belle et douce figure , vêtu avec beaucoup de goût. — Je remarquai la beauté des grandes tresses de cheveux blancs qui lui tombaient sur les épaules, et je m'en étonnais, car tous les
du Sutledge et de l'Indus , il est impossible de ne pas être frappé d'éton-
Afghans ont la tète rasée. Wade m'expliqua la cause de cette magnifique chevelure : elle cache des oreilles coupées. C'est peut-être Shàh Shoudjâ lui-même qui l'a fait ainsi mutiler.
«On vint nous dire que le prince nous attendait dans ses appartements. Nous passâmes à travers plusieurs petites cours fort tristes, à la porte desquelles des soldats eu guenilles rouges montaient la garde d'un air nonchalant , et nous entrâmes à la fit/ daus une grande salle entourée d'une galerie , gardée semblablement. Shâh Shoudjâ était assis sur une chaise, sans autre cour que quatre misérables eunuques , qui se tenaient debout à dislance derrière lui. Nous le saluâmes à la manière indienne, *et il ne nous rendit notre salut que par un très-léger mouvement de tète , sans porter la main au front. Nous nous arrêtâmes à quelques pas; mais il nous fit avancer tout près de lui â sa gauche , et nous nous tînmes debout pendant toute notre visite. Son extérieur me frappa vivement, et ses manières ne me plurent pas moins. C'est un homme de grande taille, fort sans avoir de l'embonpoint; des traits nobles et réguliers; un maintien plein de dignité et de grâce. Je n'avais encore vu aucun Oriental qui eût un air si distingué. Il comprenait assez l'hindoustani pour que j'essayasse souvent de lui parler saus le secours d'un interprète; mais ses réponses , toujours faites eu persan, devaient presque toujours m'étre traduites par Wade. Il me questionna beaucoup sur mes voyages, et parut comprendre aisément leur objet. Je lui dis que j'attendais chaque jour des passe-ports de Reudjil Sing pour aller à Cachemir ; et il en prit occasion pour parler de Rendjit sans beaucoup de considération, et de Cachemir avec enthousiasme. C'était jadis le plus riche joyau de sa couronne; mais il ne le garda pas longtemps. Il ne le vit que dans les expéditions militaires qu'il y fit pour le ressaisir, et que pour apprendre à le regretter. Au temps de sa prospérité , sous les empereurs mogols , Cachemir rendait annuellement un croure de roupies (a 5, 000, 000 fr.); mais il n*en tira jamais plus de 28 lacks (7,000,000 fr.).
«Le prince nous raconta , en ma faveur, car c'est une histoire que Wade sait par cœur, tant il l'a entendue de fois , quelques détails de sa dernière et malheureuse expé-
nemeni. — Plus d'hésitation dans sa politique, plus (f incertitude dans ses
Cachemir : une chule dante et inattendue de neige lut en ferma l'entrée , lorsqu'il y touchait , et qu'uue partie nombreuse de la population l'attendût comme un libérateur. Sa petite armée se composait presque en entier d'Indiens de plaines , que la rigueur subite du climat des hautes montagnes déconcerta et engourdit tellement, qu'il ne put les faire avancer, et il dut faire retraite ou plutôt s'enfuir, sans autre escorte bientôt qu'un petit nombre (ie serviteurs fidèles. C'est alors qu'il traversa les montagnes de Koullou et voyagea pendant trois jours sur la neige , avant que d'arriver aux bords du Setludje , en face de kotgurh.
- Cachemir serait, dit-il, une conquête bien (scile à un très-petit corps de troupes diseiplinées à l'européenne, et il n'en faudrait guère davantage pour faire celle de l'Afghanistan. L'escorte de M. Elphinstone eût suffi pour décider du sort de la guerre, dont J 'issue fut si fatale à Shâh Shoudjâ. Les petites années afghanes sont non-seulement les plus indisciplinées , mais les plus perfides du monde. Le chef le plus populaire peut se trouver tout à coup déserté de ses troupes en un jour de bataille. La trahison chez ce peuple parait être un caprice, plutôt qu'une noirceur préméditée.
- Ce n'est pas seulement la couronne que Shah Shoudjâ parait regretter de l'Afghanistan , c'est le pays, la terre natale. Il parle avec entraînement des montagnes de Kaboul ; de leurs forêts et de leurs pâturage* ; des eaux limpides et glacées de leurs torrents ; des plaisirs variés qu'y ramène chaque année la diversité des saisons; des neiges et des chasses de l'hiver; des fleurs et de l érlat du printemps ; des fruits de l'été et de l'automne.
« L'objet de mon voyage lui disait assez que j étais médecin ; et il me fit à peu près là même confession que sou frère, quoiqu'elle termes plus détournés : c'est son estomac qu'il accusa d'inertie. Je lui fis quelques questions sur sa sauté , et ses réponses me confirmèrent son apparence florissante. Je lui dis que le défaut d'anpélit dont il se pla;gnait , provenait sans doute du défaut d'exercice , et l'engageai à en prendre davantage ou à manger peu; ajoutant que la modération en toutes choses était un remède â bien des maux , et le meilleur moyen de
vues, de ménagements dans ses actes, de circonspection étudiée dans son
rétablir l'équilibre des fonctions dérangé par des excès; au surplus, que c'était du docteur Murray qu'il devait attendre les meilleurs conseils sur sa santé.
« Il parut fort surpris de me voir des lunettes , et plus encore de la cause pour laquelle j'en portais ; il n'avait aucune idée du myopisme. « gomment , dit-il , les médecins européens n'ont-ils pas trouvé de remède au raccourcissement ou à l'allongement de la vue? — Les lunettes n'en sont -elles pas un admirable remède ? lui répondis-je ; et il parut frappé de la justesse de mon observation.
« Il ne fit point l'éloge de Loudhiana. La monotonie des plaines, les chaleurs insupportables de l'été affectent davantage un montagnard et lui font plus regretter son pays. Wade lui observa qu'il lui avait souvent conseillé de passer l'été à Simla, et parla avec assurance du consentement du gouvernement à une telle demande de sa part; mais le prince laissa tomber ce propos. Notre visite avait été longue : j'y mis une fin en exprimant au prince mes vœux pour son rétablissement sur le trône du Kaboul, persuadé qu'alors je pourrais visiter avec sûreté ce pays encore presque inconnu aux Européens. Shah Shoudjâ dit à ce sujet quelques phrases obligeantes de bon goût , et nous congédia.
• Il est impossible de paraître plus roi que ce prince détrôné , d'avoir plus de dignité sans morgue ni roideur, plus de noblesse et d'élégance sans affectation.
« Son costume était recherché sans être magnifique. Autour de sa tête était roulé en turban un cachemir du tissu et du dessin le plus délicat, d'un vert pile. Il avait le corps enveloppé dans une large rol>e de chambre à grandes manches , de même étoffe que son turban, mais à fond blanc tout couvert d'élégantes pal mettes , grandes comme la moitié deria main; cette robe se croisait sur la poilriue par une grande agrafe de pierreries en forme de palme : il portait un poignard très-simple à la ceinture; une longue canne de jonc, à main de cristal de roche ; des pantalons de soie rouge et des bas de Cachemir bariolés; des pantoufles tes , semblables à celles des gens de sou.
«La chambre où il nous reçut s'ouvrait au ciel dans le milieu , et au centre un '
L'UNIVERS
langage. En 1800, les stipulations des traités éloignaient t nous l'avons vu ,
jet d'eau jouait dans un petit bassin. Cette salle n'était presque qu'une très-large galerie autour d'une petite cour carrée. File était dépourvue d'ornements, et les murs nemblaient même n'avoir jamais été bien blanchis. L'offirier aux oreilles coupées qui nous introduisit, resta debout à quelques pas, droit en face du prince, pendant toute notre visite : chez Sbâh Zemân, notre introducteur avait observé le même cérémonial. Tous deux avaient des chaussettes de drap éearlate. C'est d'étiquette ert Perse, de ne paraître devant le shah qu'en bas rouges. Tous les gens de la maison des deux anciens rois de Caboul, que leur service appelle souvent près de leur maître, portent constamment ces bas de cérémonie.
- Le grand nombre de leurs anciens serviteurs qui les a suivis ou rejoints à Loudhiana, ruine ces deux princes; mais ifs ont la consolation de vivre ainsi parmi les témoins de leur grandeur passée, et, comme ils leur donnent encore du pain , de n'en être pas ^ moins respectés qu'autrefois. C'est d'ailleurs un noyau de partisans, qu'ils ont toujours sous la main pour les accompagner et les seconder dans l'entreprise qu'ils rêvent constamment contre Caboul. Malgré l'extrême modicité des pensions qu'ils leur font sur la leur propre, et la parcimonie de leurs dépenses personnelles, Shâh Zemân est toujours endetté, et Shâh Shoudjà, qui a un établissement bien plus considérable, quoique aussi misérable en apparence, n'en supporte les frais qu'en vendant de temps à outre des pierreries. Il paraît qu'il en a consené quelques-unes de très-grande valeur ; et c'est leur haut prix même qui en rend la vente difficile. Il n'y a plus guère dans Huile de gens as>cz riches pour mettre une très-grande valeur à des diamants.
« Dans les premières années de sou séjour à I.oudhiana , Sbâh Shoudja prenait un grand plaisir à assister aux exercices des troupes. On le voyait sans cesse dehors, à cheval presque toujours , quelquefois sur un éléphant ; il montrait une activité rare chez les Asiatiques. Lorsque les chaleurs de l'été le confinaient dans sa maison , il se plaignait de cette inaction forcée. Wade alors lui conseilla d'écrire les mémoires de sa vie , et ce fut l'occupation d'un de ses étés. Wade, qui a lu ces mémoires , les dit écrits avec une pureté et une élégance remarquables.
toute intervention de la part de l'Angleterre , à moins que cette interven-
Shâh Shoudjà est un prince fort lettré.
«Depuis une couple d'années, il a perdu ses habitudes actives; Wade observe une dépression générale dans ses esprits; et quoiqu'il continue à parler de ses espérances de redevenir roi de Caboul, il est probable qu'il a perdu l'énergie nécessaire pour risquer une dernière tentative. Il sait cependant combien cette conquête serait facile à tout chef entreprenant, et combien surtout elle lui serait aisée , à lui qui a laissé dans le pays le souvenir d'un premier règne trèspopulaire. Mais il a perdu la confiance et dans ses forces et dans sa fortune.
«Wade a fait traduire pour son usage de nombreux passages du livre de M. Elphinstone, dont il aime A parler, quoique certainement il lui reproche de lui avoir laissé perdre sa couronne , par le refus que M. FJphiustone dut lui faire de prendre avec son escorte une part dans les opérations militaires qui amenèrent <a chute. L'ambassade anglaise eut beaucoup à se louer de ses égards et de sa courtoisie, et c'est sans doute pourquoi le gouvernement le traite plus généreusement que son frère , qui n'avait aucun titre à son hospitalité.
• Quaud ces deux frères se voient , c'est sur un pied d'égalité parfaite. Mais Sbâh Shoudja s'efforce de prendre extérieurement en toutes choses la préséance Sur sbâh Zemân. Il voulait en faire son pensionnaire, et recevoir du gouvernement les 6,000 roupies (i5,ooofr.) qu'il leur donne ensemble chaque mois , afin que Sbâh Zemân reçût de ses mains ce qui lui revient (2,000 roupies ou 5,ooo fr.) ; cette demande lui fut refusée avec humeur.
« Il a souvent exprimé le désir d'avoir une entrevue avec le comerneur général: mais la difficulté d'en régler l'étiquette fît décliner celte demande à lord Amlierst. Lord William Rentinek la voudrait éviter pareillement. Elle ne peut avoir d'objet que le gouvernement puisse accueillir. Ce que Shâh Shoudjà lui demande constamment depuis plusieurs années, c'est s'il lui rendrait l'asile qu'il lui donne, et la pension qu'il lui accorde, dans le cas où il quitterait Loudhiana et l'Inde anglaise, pour faire une dernière tentative sur Kaboul, et dans le cas où il reviendrait encore fugitif et sans ressource. A cela le gouvernement lui a toujours répondu qu'il était libre de quitter ses terri-
tion ne fût réclamée; en 1889, cette intervention est officiellement stipulée
foires et d'entreprendre au dehors telle expédition qu'il lui plairait ; mais il a toujours erné de luî dire comment il le traiterait, s'il revenait après cela. Il n'y a pas de gouvernement en Furope aussi équitable que celuici dans sa politique.
• Le* Afghans qui ont suivi les deux anciens rois, demeurent assez isolés du reste de la population de Loudhiana : je veux parler de ceux de haut rang. Ils savent le garder dans la misère, ils ne s'allient qu'entre eux. Ces seigneurs dorants qui vivent maintenant sur des pensions de i5 à 20 roupies (37 fr. 5o c. à. 5o fr.) nar mois, trouveraient peu de musulmans dans l'Inde assez nobles pour épouser leurs filles ou leur donner les leurs en mariage. Quant aux dem princes, ils ne contracteraient d'alliance qu'avec la maison impériale de Dehli, a laquelle ils ne sont pas étrangers par le sanç, Ahmed-Shah ayant épousé une des princesses de la maison de Timotir, lorsqu'il prit Dehli après la bataille de Paniput. Leurs aéraib «ont encombrés d'enfants. Le docteur JMnrray y a été appelé diverses fois, potir visiter des princesses malades à la dernière extrémité; elles sont traitées comme des evLves par les eunuques qui les gardenL Murray eut à guérir un cas de fistule anale, chez uue des femmes de Sliab ZemAii : il ne vil que la jiartie malade au travers d'un trou fait dans une tenture de soie ; mai* des femmes plus jeunes rompirent la règle et bravèrent les menaces et les coups des eunuques, pour voir le docteur européen , qu'elles regardèrent avec uno> excessive curiosité.
• I ons les Afghans sont tounts. C'est aussi la secte de la famille de Timour. Le roi dOude descend d'une famille persane cltya.
• Quand le commandant en chef, lord Comhenuere , vint à Loudhiaua , Wade eut à résoudre une difficulté d'étiquette considérable. Le général désirait voir Shah Shoudjà. Celui-ci était curieux de voir celui qu'on appelait le héros de Bliurtpour. Mais soit qu'il fût douteux si l'ancien roi accorderait su péuéral anglais un siège aussi élevé que le «jen , ou si le général consentirait à faire la première visite, ou insisterait pour qu'elle lui fût rendue, Wade les fit se rencontrer a cheval à une revue , en sorte qu'il* se virent •* ae parlèrent , sans indiquer les pré-
de leur orgueil. Shah Shoudjà
ou établie de fait, et la suzeraineté de l'Angleterre, proclamée à la face de l'Asie et de l'Europe, est reconnue des confins de la Perse au delà du Brahmapouttra, des monts Himalaya au cap Camorin.
Quels ont été, au reste, les résultats moraux et politiques de l'expédition d'Afghanistan? Ces résultats , nous n'hésitons pas a le proclamer, ont tourné, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, au profit et à la gloire de l'Angleterre. Pour juger de l'effet produit à l'intérieur, il suffît de lire l'adresse votée à lord Auckland, à son retour à Calcutta, par les principaux habitants hindous et musulmans de cette métropole des Indes anglaises. Il nous est impossible de ne pas trouver dans les passages suivants, non-seulement l'expression d'une confiance toujours croissante dans la force et l'habileté du gouvernement qui régit les destinées de l'empire indien, mais encore la manifestation la plus remarquable du progrès immense fait par les Hmdottstanîs dans l'intelligence de leurs droits, le sentiment de leur dignité et l'émulation rationnelle qui les rapproche par degrés de la race européenne.
« Nous offrons à Votre Sei-
«gneurie nos sincères félicitations sur
« son retour parmi nous Indé-
« pendamment de la conviction où « nous sommes que la présence d'une « personne aussi haut nlacée et aussi « éclairée sur les intérêts généraux et
* commerciaux de l'empire que l'est « Votre Seigneurie , ne peut qu'être «extrêmement avantageuse à cette « gnnde métropole, nous nous appro- « chons, dans la circonstance actuelle, « avec des sentiments de gratitude peu « ordinaires, di. chef d'un gouverne* « mentqui, par une manifestation ferme « et vigoureuse de sa force militaire , a « assuré à notre pays l'inestimable « bienfait de la J>aix Monsei-
• gneur ! il nous était réservé de voir « les soldats de l'Uindoustan porter
aimait mieux d'ailleurs se montrer sur une selle que sur son trône d'oripeau. Il est superbe à cheval.»
L'UNIVERS
« leurs armes victorieuses dans des « régions vers lesquelles nos regards « ne s'étaient jamais tournés qu'avec " appréhension. Il nous était réservé « de voir ces mêmes régions devenir « le théâtre d'événements qui ont mis « dans tout leur lustre le pouvoir et « la grandeur de l'empire indien et « vengé son honneur et ses droits à « la face de l'Asie et du monde entier. « Il nous était réservé de voir enfin le « flot de la conquête oui , pendant « tant de siècles, a roulé vers Test, « refoulé dans l'occident par des bandes « héroïques dans les rangs desquelles « nous sommes fiers de reconnaître le « sipahi marchant côte à cote dans « une fraternité guerrière avec le sol- « dat anglais, son compagnon de triom- « phe et de gloire. »
Et qu'on ne croie pas que ces sentiments n'aient trouve d'écho que dans la présidence du Bengale ; les populations plus voisines du théâtre de la guerre ont senti ce que l'affermissement de la puissance anglaise, et l'extension de son influence civilisatrice, avaient d'importance pour la sécurité et le bonheur des peuples; et tout dernièrement encore (au mois de septembre 1840), les principaux habitants de Mliow, ville de garnison à une distance peu considérable de Bombay, prenanteongédu major général Brooks, nommé au commandement des forces destinées à châtier lesBéioutchis, s'exprimaient ainsi :
« Nous regrettons sincèrement
« votre départ, mais, en même temps, - nous desirons vivement vous voir « accomplir l'honorable tâche d'élen- « dre au loin le bienfait de la domina- « tion anglaise, domination que nous « savons apprécier, et que la justice et « rhmnanite accompagnent partout où « s'étend son influence; et s'il est per- « mis à des natifs {natives) d'exprimer « leur opinion sur le compte de leurs « supérieurs , nous n'hésiterons pas à « dire que la connaissance que nous « avons de votre habileté et de votre «jugement nous fait entrevoir pour « vous une riche moisson de succès et « de gloire dans les opérations de l'ar-
« mée qui vient d'être placée sous vo- « tre commandement , dans le but de « punir les tribus barbares et cruelles « de Sindhts et d'Afghans , qui , igno- « rant encore les bienfaits de la domi- « nation anglaise , s'opposent par tous « les moyens possibles à l'extension « du commerce , et rejetteraient dans « leur aveuglement, s'ils le pouvaient, % « l'heureux avenir que leur promet la « Providence. »
Quelque large part qu'on puisse vouloir faire, dans ces démonstrations, aux habitudes de flatterie et à l'intérêt personnel, il est évident, pour nous au moins, qu'un pareil langage indique une révolution salutaire dans les convictions, les espérances, dans les idées, en un mot , et que les natifs appartenant aux classes les plus actives, les plus industrieuses , les plus influentes de l'Hitidoustan, comprennent, au profit de la civilisation et de l'humanité en général , la politique récente de l'Angleterre et l'avenir de leur pays.
L'effet produit à l'extérieur par la décision énergique du gouvernement anglais n'a pas été moins remarquable. Les faibles chefs de Kandahar et de Kaboul avaient sollicité l'assistance des Persans dans le but de repousser les attaques des Sikhs, alliés des Anglais.
Ils avaient, sans aucun doute, le droit de demander, comme les Persans le droit d'accorder ce secours ; mais la Russie, alliée de la Perse, encourageait, comme nous l'avons vu, cette combinaison menaçante pour les intérêts de l'Inde anglaise. Aucun acte d'hostilité directe ne pouvait, il est vrai, autoriser le gou* vernement anglais à user de représailles en Europe; mais la conduite du gouvernement russe justifiait le mécontentement et les remontrantes du cabinet de Saint-James, d'un coté, l'adoption des mesures qui ont signalé la politique ferme et prévoyante de lord Auckland, de l'autre. L'échange de notes très-vives entre les deux cabinets sur cette question délicate de l'intervention de la Russie dans les affaires d'Afghanistan, a amené, comme nous l'avons dit plus haut (p. 48), une protestation de désintéressement politique
delà part de cette dernière puissance, et le désaveu de fait des agents qu'elle avait employés en Perse et du côté de Tlndus. Le comte Simonicb a été remplacé à la cour de Perse par le général Duhamel, et le malheureux Vickovitch (voyez page 48, note), rappelé à Saint-Pétersbourg, s'est fait sauter la cervelle, après avoir brillé ses papiers, à la suite aune entrevue avec ie comte de Neselsrode. La Russie a donc senti que le temps n'était pas encore venu d'étendre son influence ostensible au delà de la Perse.
D'un autre côté, l'expédition qu'elle avait entreprise, il y a un an environ, pour venger les insultes faites à son commerce par le khan de Khiva, et délivrer Jes sujets russes réduits par lui en esclavage : cette expédition, dont la marche aventureuse et la pénible retraite ne paraissent pas moins dignes d'attention que le spectacle nuont présenté les troupes anglaises franchissant, au milieu d'épreuves d'un autre genre, les passes du Bolan, venait de manquer par suite de la rigueur excessive de l'hiver. La Russie , tout en préparant une expédition nouvelle, dont des précautions infinies eussent rendu le succès infaillible , a prête l'oreille aux humbles protestations du khan de Khiva , et accepté la proposition faite par ce chef (à l'instigation opportune du gouvernement anglais) de renvoyer tous les prisonniers russes à ses irais dans leur patrie. Le khan s'engage, en outre, par les promesses les pïus solennelles, à donner à l'avenir toute sûreté, toute protection et tout encouragement possibles au commerce. Le changement inattendu apporté à la balance politique de l'Europe par le traité du 15 juillet IS40, conclu sans la participation de h France, pour régler, par I influence combinée de 1 Angleterre, de l'Autriche, de la Prusse et de la Russie , les rapports du sultan avec le pacha d'É- ^ypte, est venu concourir, avec ces événements dans l'extrême Orient, et a dû contribuer à modilier les vues et les déterminations de la Russie par rapport à l'Asie centrale.
Ainsi, en Europe et en Asie, de grandes questions sont en suspens. En Europe,, la France a permis que le sort de l'Egypte et de la Syrie fût réglé provisoirement sans son intervention.
En Asie , la Russie paraît s'être résignée à abandonner les destinées de "Afghanistan , de la Tartarie , de la Chine , peut-être, à l'influence suzeraine de l'Angleterre ! Il y a dans ces événements quelque chose d'étrange et d'imprévu qui semble révéler l'action de causes encore imparfaitement étudiées ou tout à fait incomprises. Nous n'avons cependant pas à rétracter ce que nous avancions il y a un an (*) sur les véritables intérêts et sur les tendances de la Russie dans l'Asie centrale. Le fond des grandes questions n'a pas changé ; les solutions sont ajournées ou modifiées par des circonstances imprévues :
voilà tout. Nous reproduirons ici quelques - unes des remarques que nous avions cru utile de faire à l'époque que nous venons d'indiquer, et nous leur donnerons le développement relatif que la marche des événements nous semble exiger.
Les probabilités d'une invasion des Indes anglaises par la Russie, à une époque plus ou moins rapprochée, ont longtemps occupé et occupent encore les esprits. Les uns ont regardé cette expédition gigantesque comme impraticable ; les autres comme inévitable et devant s'accomplir par des moyens analogues à ceux qui ont conduit Alexandre aux rives de Sutledge et les conquérants musulmans au cœur de niindoustan. Napoléon , aux trois grandes phases de sa vie politique, général, premier consul (**), empereur, avait rêvé la conquête de PHindoustan. Jusqu'en 1813, et pendant
(*) Étal actuel des Indes anglaises. Revue des deux mondes, numéro du i5 mai 1840.
(**) Il n'esl pas douteux que l'empereur Paul Irr et le premier consul eussent forme le projet de rassembler une armée combinée à Astrabad pour marcher de là sur Tlndus et envahir l'Inde anglaise. Napoléon a plusieurs fois, à Sainte-Hélène, parlé de ce grand projet que la mort de Paul Ier fit
L'UNIVERS
les conférences de Prague , il s'occupait de la possibilité d'attaquer les An-
avorter. Voici quel était le plan de l'expédition :
raOJBT DCHI KXPfcDlTIOH PAR TERRE.
DAHS L IWD»
But de l'expédition.
Chasser, sans retour, les Anglais de Plnd oust an ; délivrer ces belles et riches contrées du joug britannique ; ouvrir de nouvelles routes à l'industrie et au commerce des nations civilisées de l'Europe , et à la France en particulier : tel est le bul d'une expédition digne d'immortaliser la première année du dix-neuvième siècle, et les chtTs des gouvernements qui ont conçu cette utile et glorieuse entreprise.
Puissances qui doivent y concourir.
La république française et l'empereur de Russie, pour envoyer sur les bords de rindus une armée combinée de soixantedix mille hommes ;
L'empereur d'Allemagne, pour donner passage aux troupes françaises , et leur faciliter les moyens de descendre le Danube jusqu'à sou embouchure dans la mer Noire.
Rassemblement à Astrakan d'une armée russe de trente-cinq mille hommes, et son transport jusqu'à Astrabad.
Du moment où le projet de l'expédition aura été définitivement arrêté, Paul Ier donnera des ordres pour qu'il soit rassemblé , à Astrakan , une armée de trente-cinq mille hommes, dont vingt -cinq mille de troupes réglées de toutes armes, et dix mille Cosaques.
(le corps d'armée s'embarquera de suite, sur la mer Caspienne, et seia conduit à Astrabad , pour y attendre que l'armée française arrive.
Astrabad sera le quartier général des armées combinées : on y élablira tous les magasins de guerre et de vivres ; il deviendra le centre des communications enire l'Indoustan , la France et la Russie.
Boute que tiendra l'armée française pour se rendre des bords du Danube aux bords de l' Indus.
Il sera détaché de l'armée du Rhin un corps de trente-cinq mille hommes de toutes armes.
Ces troupes seront embarquées, dans des
glais dans leur empire d'Asie, et le
duc de Bassano, alors son ministre
bateaux, sur le Danube, et descendront ce fleuve jusqu'à son embouchure dans la mer Noire.
Arrivées au Pont»Euxin, les troupes passeront sur des bâtiments de transport, fournis par la Russie , traverseront la mer Noire et la mer d'Azoff , et iront débarquer sou» Taganrok.
Ce corps d'armée doit ensuite côtoyer le Don , en remontant la rive droite du fleuve, jusqu'à une ville des Cosaques Piati-Izbianka.
Parvenue à ce point
l'armée traversera
le Don, et vovagera par terre jusqu aux environs de la ville de TzariUin , bâtie sur la rive droite du "Volga.
Elle s'embarquera sur ce fleuve et le descendra jusqu'à Astrakan.
Là, les troupes s'embarqueront sur des navires marchands, traverseront, dans toute sa longueur, la mer Caspienne, et arriveront à Astrabad , ville maritime de la Perse.
Aloi-s les Français ayant joint les Russes, l'armée combinée se mettra en marche, passera par les villes d'Hérat , de Férah, et de Candahar, et atteindra bientôt la rive droite de l'iudus.
Durée du voyage de T armée française.
Pour descendre le Danube jusqu'à son embouchure dans la mer Noire... ao jours.
De l'embouchure du Dauube à
Taganrok 16 »
De Taganrok à Piaii-lzbianka.. . ao »
De Piati-I/bianka à Tzarilzin.. . 4 »
De Tzarilzin à Astrakan 5 »
D'Astrakan à Astrabad 10 -
D'Astrabad aux bords de l'indus. 45 »
lao jours.
Ainsi, l'armée française emploierait quatre mois pour se rendre des bords du Danube aux rives de l'Indus; mais, pour ne rien forcer, on suppose que le voyage durera cinq mois entiers : si donc l'armée part au commencement de mai 1S01 (v.s.), elle doit être rendue à sa destination ver» la fin de septembre.
On observe que la moitié du trajet sera faite par eau , et l'autre moitié par terre.
Moyens a* exécution.
En Rembarquant sur le Danube , l'armée
des affaires étrangères, recueillait, pour les lui soumettre, les renseignements
française doit conduire avec elle ses pièces de carn pagne et leurs caissons.
Elle n'aura besoin d'aucun objet de cainj* ment.
La cavalerie , les troupes légères et l'ar- UUerie ne doivent point emmener leurs chevaux ; on embarquera seulement les selles , les harnais , les bâts, les traits, les brides, elc. , etc. , etc.
Ce corps d'armée doit être approvisionné de biscuit pour un mois.
Des commissaires précéderont l'armée, pour faira préparer et distribuer l'étape partout oà il sera jugé nécessaire.
Parvenue à l'embouchure du Danube , Isrmve montera sur les bâtiments de transport fournis par la Russie, et approvisionnés de vivres pour quinze à vingt jours.
Pendant que rembarquement se fera , des commissaires et des officiers d'état-major se rendront par terre et en poste, les uns à Taganrok et à Tzaritzin , les autres à Astrakan.
Les commissaires envoyés à Taganrok se concerteront avec des commissaires russes, pour régler la marche , par terre , de l'armée, depuis Taganrok jusqu'à Piati-Izbianka, pour préparer l'étape et faire les logements, enfin pour rassembler tous les chevaux et k-s voitures nécessaires au transport de l'artillerie et des bagages de l'année.
Ces mêmes commissaires s'entendront avec ceux détachés à Tzaritzin , pour réunir le nombre de bateaux qu'exigera le passage do Don , lequel , sur ce point , est un peu plus large que la Seine à Paris.
Les commissaires placés à Tzaritzin auront eu soin , et à l'avance :
i* De réunir sur trou ou quatre points, entre le Don et le Volga , tous les objets de campement et les vivres nécessaires à Tannée pendant sa marche;
*• De rassembler, sous Tzaritzin, le nom- ' bre suffisant de bateaux pour embarquer Tannée française sur le Volga et la faire descendre jusqu'à Astrakan.
Les commissaires envoyés à Astrakan tiendront des navires prêts pour recevoir l'armée , et il sera embarqué des vivres pour quinze jours.
Lorsque l'armée française débarquera à.
Astrabad , elle v trouvera les objets ci-après, qui auront été rassemblés et préparés îwr les commissaires des deux gouvernements :
les plus précis que les voyageurs pussent fournir sur cette grande question.
i° Des munitions de çiierre de toute espèce , et de la grosse artillerie.
Ces munitions peuvent être tirées des arsenaux d'Astrakan, de Casan et deSaratof, qui en sont abondamment pourvus
a* Des chevaux de trait pour le transport de l'artillerie et des munitions de l'armée combinée.
3° Des voitures et des chevaux pour le transport des bagages , des pontons , ete.
4° Des chevaux de selle, pour monter la cavalerie française et les troupes légères.
Ces chevaux pourront être achetés entre le Don et le Volga, chez les Cosaques et les Calmouks : ils s'y trouvent en quantités innombrables , sont les plus propres au service dans les pays qui seront le théâtre des opérations militaires , et le prix en sera plus modique que partout ailleurs.
5° Tous les objets de campement nécessaires à l'armée française , pendant sa marche jusqu'aux bords de lindus et au del£.
6° Des magasins de draps, de toiles , d'habits, de chapeaux , de casques, de gauts , de bas, de bottes, de souliers, etc., etc., etc.
Tous ces objets se trouvent en grande abondance en Russie, et à meilleur marché que dans les autres États de l'Europe. Le gouvernement français peut traiter pour ces fournitures avec les directeurs de la colonie de Sarepta , i six lieues de Tzaritzin , sur la rive droite du Volga; cette colonie d'évangclistes , qui passe pour la plus riche , la plus industrieuse et la plus exacte à remplir ses engagements, a son chef-lieu en Saxe; c'est là qu'il faut obtenir des ordres pour que la colonie de Sarepta se charge des fournitures.
7° Une pharmacie approvisionnée de toutes espèces de médicaments.
Elle peut être fournie par la colonie de Sarepta , où il existe , depuis longtemps , une pharmacie qui rivalise, par la variété, la bonté des drogues, avec la pharmacie impériale de Moscou.
8° Des magasins de riz, de pois, de farines, de gruaux, de salaisons, de beurre, de vins, d eaux-de-vie , etc., elc.
9° Des troupeaux de bœufs et de montons.
Les pois , les farines , les gruaux , les salaisons et le beurre seront tirés de Russie ; tous les autres objets se trouvent abondamment en Perse.
L'UNIVERS
Napoléon n'est plus, et le monde a etdedéfensesesontéga1isès;lesnations changé de face. Les moyens d'attaque cherchent dans des luttes d'intelligence
io*Des magasins de fourrages, d'orge et d'avoine.
L'avoine sera tirée d'Astrakan : le pays donnera les fourrages et l'orge.
Marche de t armée combinée depuis Astrabad jusqu'aux bords de t Indus ; mesures pour assurer le succès de l'expédition.
Avant le débarquement des Russes à Astrabad , des commissaires des deux gouvernements seront envoyés à l'effet de notifier à tous les khans et autres petits despotes des pays que l'année combinée devra tra-
- Qu'une armée des deux nations les plus •< puissantes de l'univers doit passer sur « leurs domaines pour se rendre aux Indes; « que le seul but de cette expédition est de « chasser de l'Indoustan les Anglais, qui ont «asservi ces belles contrées, jadis si célè- «bres, si puissantes, si riches en productions et en industrie, qu'elles attiraient « tous les peuples du monde pour prendre « part aux dons et aux faveurs de tout genre « dont il avait plu au ciel de les combler;
• que l'état horrible d'oppression , de mal- « heur et de servitude sous lequel gémis- «< sent aujourd hui les peuples de ces con- « trées, a inspiré le plus vif intérêt à la
- France et à la Russie ; qu'en conséquence,
- ces deux gouvernements ont résolu d'unir « leurs forces pour affranchir les ludes du
• joug lyrannique et barbare des Anglais ; « que les princes et les peuples de tous les m Etats que doit traverser l'année combinée,
- n'ont rien à craindre d'elle; qu'au con- « traire, ils sont invités à coopérer de tous « leurs moyens au succès de celte utile et
- glorieuse eutreprise; que cette expédition « est aussi juste dans sa cause qu'était in- « juste celle d'Alexandre qui voulait con-
- quérir le monde entier; que l'armée corn-
- binée ne lèvera point de contributions , .
- achètera de gré a gré, et payera argent
- comptant, tous les objets nécessaires « sa « subsistance; que la discipline la plus sé- « vère la maintiendra dans le devoir; que
- le culte , les lois , les usages , les mœurs , « les propriétés, les femmes, seront partout «« respectés , etc. , etc. »
D'après une semblable proclamation , et en agissant avec douceur, franchise, loyauté , il n'est pas douteux que les khans et les autres petits princes accorderont un
libre passage dans leurs États respectifs; d'ailleurs, divisés comme ils le sont tous entre eux , ils se trouvent trop faibles pour opposer une sérieuse résistance.
Les commissaires français et russes seront accompagnés par d'habiles ingénieurs qui lèveront la carte topographique des pays que l'armée combinée devra traverser : sur leur* cartes ils marqueront les lieux des campements, les rivières qu'il faudra franchir, les villes auprès desquelles l'armée devra passer, les points où le transport des baçages, de l'artillerie et des munitions, pourrait éprouver quelques difficultés, en indiquant les moyens de surmonter les obstacles.
Ces commissaires traiteront avec les khans, les princes et les particuliers , pour les fournitures de vivres, des chariots , etc. , etc., signeront les traités, demanderont et obtiendront des otages.
Lorsque la première division française arrivera à Astrabad, la première division russe devra se mettre en marche; les autres divisions de l'armée combinée suivront successivement , à la distance de cinq à six lieues l'une de l'autre; ces divisions communiqueront entre elles par de petits détachements de Cosaques.
Un corps de quatre à cinq mille Cosaques , mêlé avec de la cavalerie légère des troupes réglées , formera l'avant-garde : les pontons doivent toujours la suivre immédiatement : celte avaut -garde jettera des ponts sur les rivières, eu défendra les approches , et veillera à la sûreté de l'armée , en cas de trahison ou de quelque autre accident.
Le gouvernement français fera remettre au général en chef de l'expédition des armes de la manufacture de Versailles, telles que fusils, carabines .pistolets , sabres, eic„ etc. ; des vases et autres objets de porcelaine de la manufacture de Sevrés; des montres et des pendules des plus habiles artistes de Paris; de belles glaces; de superbes draps de France.de différentes couleurs , comme écarlate, cramoisi, vert et bleu, qui sont les couleurs favoritt s des Asiatiques, et en particulier des Persans ; des v elours ; des draps d'or cl d'argent ; des galons et des soieries de Lyon; des tapisseries des Gobelius, etc., etc. , etc.
Tous ces objets, distribués à propos aux princes de ces contrées, et offerts avec la
ft d'industrie des résultats plus complets et plus durables que ceux qu'elles
grâce et l'amabilité qui sont si naturelles soi Français , serviront à donner à ces peupla la plus haute idée de la munificence, dr l'industrie et de la puissance de la nation française, et à ouvrir, par la suite, une branche importante de commerce.
Un corps choisi de savants et d'artistes en tout genre doit prendre part à cette glorieuse expédition. Le gouvernement leur ratifiera les cartes et les plans qui peuvent Mister sur les pays que devra parcourir Tannée combinée, ainsi que les mémoires ri les ouvrages les plus estimés qui traitent de ces contrées.
Des aèrostiers et des artificiers seraient tres-utiles.
Pour inspirer à ces peuples la plus haute idée de la France et de la Russie, il contiendra, avant que l'armée et le quartier p*néral partent d'Astrabad , de donner dans ce'te ville quelques fêtes brillantes, accompagnées d'évolutions militaires, comme dans les fêtes par lesquelles on célèbre à Paris de grands événements et de mémorables tpoqnes.
Toutes choses étant ainsi disposées, il n'y a point de doute sur la réussite de l'entreprise; mais son succès dépendra de l'intelligence , du zele . de la bravoure et de la fidélité des chef» auxquels les deux gouvernements confieront l'exécution du projet.
Aussitôt qi»e l'armée combinée sera parvenue aux bords de l'Indus, les opérations militaires devront commencer.
On fera observer que les monnaies d'Europe, qui ont le plus de cours et qui sont les plus recherchées en Perse et dans les Indes , sont 1rs sequins de Venise, les ducats de Hollande, les ducats de Hongrie, les impenses et les roubles de Russie. ^
(Les objections qui pouvaient être faites à ce plan avaient été résumées, à ce qu'il parait, par le premier consul, de la manière «ûvaute.)
OBJECTIOlfS.
>• T a-t-il assez de bateaux pour transporter une armée de trente» cinq mille hommc* sur le Danube, jusqu'à son embouchure?
». Le Grand Seigneur ne consentira pas à laisser descendre une armée française par le Danube, et il s'opposera à ce qu'elle
devaient autrefois au hasard des batailles. Il y a donc ici encore une question
s'embarque dans des ports qui sont de la dépendance de l'empire ottoman.
3. T a-t-il dans la mer Noire assez de navires et de bâtiments pour le transport de l'armée, et Paul Ier en a-l-il assez à sa disposition?
4. Le convoi sorti du Danube ne courrat-il point le risque d'être inquiété ou dispersé par la flotte anglaise de l'amiral Keith . qui, au bruit de cette expédition, franchissant les Dardanelles, entrera dans la mer Noire, pour empêcher la sortie de l'armée française, et la détruire?
5. L'armée combinée étant réunie à Astrabad, comment pourra-t-elle aller jusqu'aux Indes par des pays presque sauvages et dénués de ressources, ayant à parcourir une distance de trois cents lieues, depuis Asti abad jusqu'aux frontières del'Indoustan?
( L'empereur réj>ond aux objections avec une assurance que le sucres aurait peut-être justifiée, à une époque où l'Angleterre était incomparablement moins forte dans l'Inde qu'elle ne l'est aujourd'hui.)
retorses.
i. Je crois qu'il sera facile de rassembler une quantité suffisante de bateaux : dans le cas contraire, l'armée descendrait par terre jusqu'à Ibrahilof , port sur le Danube dans la principauté de Valachie, et jusqu'à Gala tz, autre port sur le même fleuve, dans la principauté de Moldavie; alors, l'armée française s'embarquerait sur les navires préposés et envoyés par la Russie, et elle continuerait sa route.
a. Paul Ier obligera la Porte à faire tout ce qu'il voudra ; ses forces imposantes feront respecter sa volonté par le divan.
3. L'empereur de Russie peut aisément rassembler dans ses ports de la mer Noire plus de trois cents navires et bâtiments de toutes grandeurs ; tout le monde sait les accroissements que la marine marchande russe a pris dans la mer Noire.
4. Si M. Keith veut franchir le détroit, et que les Turcs ne s'y opposent pas , Paul I*r s'y opposera; pour le faire, il a des moyens plus efficaces qu'on ne pense.
5. Ces pays ne sont point sauvages et arides; la route est ouverte et pratiquée depuis longtemps; les caravanes arrivent ordinairement en trente-cinq ou quarante jours,
110 L'UNIVERS
préalable, c'est celle de l'opportunité, ritable à menacer les possessions an-
la Kussîe a t-elle en ce moment, aura- glaises dans 1 Inde ? r*ous ne le croyons
t-elle d'ici à longtemps un intérêt vé- p;>s ; mais, en supposant même qu elle
... i tuer, au inoins en partie, sa domination
des borfs de l'Indu, à As.ra »d AmM n est ™ ^ g ,a dommatioil et a
point rouvert , comme Arthtrtta. Uhye V'mÇ\mnce britanniques, nous sommes
X^J:TZ9^7^^^ invaincu que le. moyensd'eiëcutio,.
^T«W^rL H,v abonde, et fur?„e d'un semblable projet ne sauraient
y,!rin! i,»ale nourriture" des habitants les être réunis avant plusieurs aimer», et
bœufs \i% moutons ei le pihier y sont com- au nombre de ces moyens d exécution
muns. les fruiis variés et délicieux. nous n'hésiterions pus a placer, comme
La seule objection raisonnable que l'on condition indispensable de sucr.cs, une puisse faire, c'est la longueur de la marche, alliance qui, dans l'état actuel (le l'Humais cela ne doit pas faire rejeter le projet. T()[)e ^ est impossible, OU dll moins 011 Les armées française et russe sont avide* de ne peut p|us improbable. Mais, en degloire; elles sont braves, patientes, infati- j)0rs de ces éventualités conjecturales, gables; leur courage, leur persévérance et jj y a (jeS droits évidents, des intérêts la sagesse des chef, vaincront ions les obsta- actue|s< qui peuvent et doivent trouver des, quels qu'ils puissent être. leur satisfaction. La Russie, par sa
Un fait historique vient al appui de cette posjtion géographique, est, de tous les
assertion États du continent, celui qui semble
RV7 rï?.n 7tarth de D elv^Tèc u e destine plus particulièrement à servir S;bre: ^ Crépit au commerce de l/Europe j et su? les bords de la mer avec l'Asie centrale. Le principal obs- Casnienne : il passa par Candaliar. Férah , tarie qui s oppose au développement Hérat Mécbched, et il arriva à Asitaliad; de ce commerce est 1 msociabilite des toutes'ces villes étaient considérables; quoi- peuplades asiatiques voisines de la qu'elles soient bien déchues de leur an- Russie. Cette puissance a un intérêt tienne splendeur, elles en ont conservé une immédiat à changer le plus promptegrande partie. ment possible un état de choses dont
Ce qu'une armée vraiment asiatique (et ej|e souffre dans le présent, et qui en-
c'ot tout dire ) lit en 1739 et 1740. certes trave évidemment son avenir. De là ses
on ne doutera point qu'une année de Fran- tentatives pour arriver à étendre et à as-
çais et de Ruises puissent l'exécuter au- gurer ses communications avec les con-
jourd'hui! trées situées à l'est de la mer Caspienne.
Les villes qu'on vient de nommer for- ^ importaiile de ses expéditions
meront les points principaux de ^ ^ ^ ^ ^ pierre |e u
près a ce genre de service. ^ lne partie de soa corps d'ar.
' . , mée, qui avait été cantonnée sur les
Nous empruntons les détails curieux qu on jje |a mer Caspienne, pour y forcent de lire à une brochure très-intéressante m(T (|es établissements fortifies, fut portant ce titre : Mémoire de L^bmtz a 0D|j„ée (je se rembarquer et de s'en Louis XIV, sur la conquête de f 'Egypte. x^um?x à Astrakhan. En 1813, près
d^i* ÏVZ UM prefa- *!r nnZiZ dC* d'«n siècle avait passé sur ces événe- Af.de ^f^^:^^J^ejJc^ ments , et la Russie confia à un marron dam l Inde, Pr'™'™%r£ chand arménien de Derbend une mis-
entre le premier consul et l empereur Faull r, i; u ' , „ . ,,„; ..i,,,,» .„«,.
en mil luit cent, et dont nous devons la sion en Tourkomanie, qui n eut aucun
, u.«ûunicaUon opportune à l'obligeance de résultat important. En 1819, le çapil'auteur. taine Mouraviev fut envoyé à Kbi?a :
il a publié une relation intéressante de son voyage. L'importance de la possession de Khiva avait fortement iirappé Mouraviev, qui ne semblait pas regarder comme douteux le succès d'une expédition dirigée contre ce petit État. « Si nous possédions Khiva, dont la conquête ne serait pas difficile, dit M. Mouraviev, les nomades du centre de l'Asie auraient redouté notre puissance, et il se serait établi une route de commerce par le Sind et l'Amou-Déria jusqu'en Russie; alors toutes les richesses de l'Asie auraient afflue dans notre patrie, et nous eussions vu se réaliser le nri liant projet de Pierre le Grand. Maîtres de Khiva, beaucoup d'autres États se seraient trouvés sous notre dépendance. En un mot, Khiva est en ce moment un poste avancé qui s'oppose au commerce de la Russie avec la Boukharie et l'Inde septentrionale ; sous notre dépendance, la Khivie serait devenue une sauvegarde qui aurait défendu ce commerce contre les attaques des peuplades dis* pcrsees dans les steppes de l'Asie méridionale. Cette oasis , située au milieu d'un océan de sable, serait devenue le point de réunion de tout le commerce de l'Asie, et aurait ébranlé jusqu'au centre de l'Inde l'énorme supériorité commerciale des dominateurs Je la mer. La route de Khiva à Astrakhan pourrait être de beaucoup abrégée, puisqu'il n'y a que dix-sept jours de marche d'Ourghendj à la baie de Rrasnovodsk , d'où , par un vent fav orable, on peut aller en peu de jours à Astrakhan. »
En 1820, des envoyés de Bôkhara avant exprimé le désir de voir une ambassade russe se rendre dans leur pays, ce vœu fut accueilli par l'empereur Alexandre, qui nomma M. de Négri, conseiller d fctat , son chargé d'affaires auprès du khan de Bôkhara.
Parmi les personnes attachées à cette mission se trouvait le colonel de Mevendorff. La relation rédigée par cet officier aété publiée à Paris en 1826 (*).
O Vot*Ç" d'Orenbourg à Boukhara, etc., rtru par M. Amédée Jaubert.
M. de Meyendorff insiste, de son côté, sur les avantages immenses qui résulteraient de l'établissement de cette influence légitime que la Russie a le droit d'exercer dans l'Asie centrale.
« La marche progressive des lumières en Russie appelle ce vaste empire à réaliser une idée aussi généreuse. C'est à la Russie qu'il appartient de donner aux khanats de l'Asie centrale une impulsion salutaire, et de répandre sur ces contrées tous les bienfaits de la civilisation européenne. » La Russie a constamment entretenu, depuis cette époque, des relations actives avec Bôkhara, et il est probable que ce point sera le centre de la lutte commerciale qui s'engage aujourd'hui entre elle et l'Angleterre, lutte appuyée, du côté des Anglais, par l'expédition de l'Afghanistan, et du côté de la Russie par celle de Khiva.
Cette dernière expédition, préparée à Orenbourg sous les ordres du général Perowski, avait été précédée d'un manifeste que nos journaux ont reproduit, et qui enumérait les griefs très-réels de la Russie contre le khan de Khiva.
Le gouvernement russe avait recueilli, dans le cours des années 182ô et 182ti, des renseignements d'une grande exactitude sur toute la liime de marche des caravanes entre les frontières de l'empire et la Tourkomanie, et, en particulier, sur la ligne que le général Perowski devait parcourir. Cette route traverse le plateau connu sous le nom kirghiz d'Oust-Ourt, espèce d'istbme entre la mer Caspienne et la mer d'Aral. Sur ce plateau et dans toutes les régions qui l'avoisinent, les extrêmes du froid et du chaud sont plus remarquables que dans aucun autre climat connu. La chaleur s'y élève souvent, en été, à 40* et S0# de Réaumur; le froid , au cœur de l'hiver, excède fréquemment 30°. Les neiges y sont abondantes , et les redoutables tourbillons appelés bnuranes, qui les accompagnent parfois, enlèvent, emportent, détruisent les hommes et les bestiaux. UOust-Ourt et les côtes de la mer d'Aral et de la mer Caspienne, qui lui servent de limites à l'est et a
L'UNIVERS
l'ouest, ont été examinés, relevés et décrits avec un soin minutieux par l'expédition scientifique qui avait été placée sous les ordres du général major Berg (alors colonel), dans les années que nous venons de désigner (#). L'expédition militaire entreprise cette fois, autant dans le but de contre-balancer, dans l'Asie centrale, l'effet moral de l'échec éprouvé par la politique russe en Afghanistan, que pour délivrer les sujets russes prisonn»ers du khan de Khiva , et procurer aux relations commerciales la sécurité et l'extension qu'elles réclamaient, avait été résolue, à ce qu'il paraît, en mars 1839. De ce mois au mois de novembre, d'immenses moyens de transport furent rassemblés a Orenbourg. Les détails ne sont point officiellement connus; mais de la comparaison des divers documents que nous avons pu consulter, résultent, avec probabilité, les faits suivants. L'expédition , divisée en quatre colonnes, et forte d'environ trois mille hommes d'infanterie et quinze cents hommes de cavalerie, artillerie, etc., se mit en marche d'Orenbourg, du 14 au 17 novembre : elle atteignait les rives de PEmba le 19 décembre, et avait déjà souffert, surtout dans ses moyens de transport, du froid excessif des steppes et de cette saison , 1839-40, en particulier. De petits détachements occupaient drux points fortifiés sur la route; l'un de ces points se trouvait sur l'Emba , à trois cent quinze milles de la frontière russe; l'autre, nommé Ak Boulâk, à quatre cent vingt-huit milles. D'Ak Boulâk au plateau Oust- Ourt, on compte, à ce qu'il parait, deux cent vingt-cinq milles. Or, le
(*) C'est d'après les observations et les calculs des ingénieurs attachés à cette expédition que la différence de niveau entre les deux mers a été déterminée : la mer d'Aral se trouve être plus élevée que la mer Caspienne de no pieds environ, 35m,86. Il s'est glissé, à cet égard , dans la traduction de l'histoire des Kirghiz-Kaxaks, d'Alexis Lerchine, revue et publiée par Charrière, (imprimée à l'imprimerie royale, 1840), partie i1*, chap. 5 , p. 55, une erreur énorme qu'il importe de signaler.
corps expéditionnaire avait déjà perdu plus d'un millier de chameaux avant de dépasser l'Emba, et quand il arriva le 2 février à Ak Boulâk, on en avait perdu cinq mille, et on était à peine à moitié chemin de Khiva! Le général Perowski, craignant avec raison que tous les moyens de transport ne vinssent à lui manquer, par suite de la rigueur inaccoutumée de la saison, se détermina , le 5 février, à rétrograder sur l'Emba. Ce mouvement rétrograde était complété au 14 février, et des rives de l'Emba, le corps d'année exéditionnaire se replia sur Orenourg (*). Cette fois encore, l'hiver avait triomphé de la science militaire et du courage !
Mais la Russie , décidée à pousser à bout cette entreprise, ne pouvait pas reculer, et une nouvelle expédition fut résolue. Des préparatifs sur une plus grande échelle, et protégés par des précautions plus minutieuses encore que celles qui avaient été employées naguère, étaient en pleine activité, quand le gouvernement suprême des Indes anglaises, saisissant l'occasion qui se présentait d'appuyer efficacement la politique récemment adoptée par le cabinet de Saint-James, en ôtant a la Russie tout prétexte immédiat de pénétrer à main armée dans l'Asie centrale, envoya successivement deux officiers intelligents au khan de Khiva, pour le déterminer à donner satisfaction entière à l'empereur. Cette mission, qui n'a pas été sans danger et sans accidents (au moins pour le lieutenant Abbott, le premier des officiers envoyés à Khiva), paraît avoir eu un
(*) Quelques milliers de cavaliers avaient été envoyés par le khan de Khiva pour s'emparer des petits forts russes d'Ak Boulâk et de l'Emba. Ils se présentèrent devant Ak Boulâk dans le rouranl du mois de décembre. On leur tira quelques coups de canon qui les dispersèrent : ils firent ensuite une tentative contre un détachement de deux ou trois cents hommes qui se rendait de l'Emba à Ak Boulak , mais ils Turent repoussés avec une perte énorme et ne reparurent plus.
US
(Jeta succès. La proclamation suivante niers sur son territoire, leur fournit
de l'argent et les envoya en Russie, accompagnés de son ambassadeur.
Les prisonniers et l'ambassadeur khivien, Ataniaz Hodja Reiss, arrivèrent à Gourieff le 25 septembre. En apprenant que les Khiviens avaient ainsi purement et simplement accédé à nos principales demandes, Sa Majesté Impériale daigna ordonner que l'ambassadeur khivien serait reçu à Saint- Pétersbourg ; que les marchands khiviens arrêtés en Russie seraient mis en liberté; que leurs marchandises qui avaient été séquestrées leur seraient rendues ; qu'on accorderait des secours à ceux d'entre eux qui en auraient besoin pour retourner dans leur pays ; et enfin, que les relations commerciales qui avaient été interrompues avec Khiva, seraient rétablies. Les mesures qui pourront être nécessaires pour placer le commerce futur entre les deux pavs sur des bases stlres, deviendront l'objet de négociations entre le gouvernement impérial et le khan de Khiva.
«J'ai pensé qu'il était de mon devoir de faire connaître la volonté suprême de Sa Majesté Impériale aux habitants de la province confiée à ma charge.
« Le gouverneur militaire d'Orenbourg, aide de camp général,
« Perowski (*) »
Le cabinet russe ne pouvait se laisser démoraliser par un échec. Les tribus Kirghis et Kaissacks, qui ont aide les Russes dans leur dernière tentative, seraient encore leurs auxiliaires dans une nouvelle expédition, si le khan de Khiva hésitait à remplir ses engagements. Trois cents lieues de pays ne sont pas un obstacle infranchissable pour des nomades qui peuvent aller partout où leurs chevaux
8u général Perowski (publiée à Péters bourg le 24 octobre dernier) fait connaître le résultatdes négociations, sans toutefois mentionner l'intervention anglaise, et on devait s'y attendre.
Le général Perowski a fait publier à Orenbourg la notification suivante, du rétablissement des relations entre la Russie et Khiva :
« La déclaration publiée le 14 novembre 1839 exposait les motifs qui décidaient l'empereur à entreprendre une expédition militaire contre Khiva.
Cette expédition avait pour but de contraindre les Khiviens, par la force des armes, à se rendre aux justes demandes du gouvernement impérial, dedélivrer les prisonniers russes qu'ils tenaient dans l'esclavage, de faire cesser les déprédations et autres excès commis sur les frontières de l'empire, et de mettre , désormais , les droits et tes intérêts des sujets russes à l'abri de toute attaque. Cette mesure de répression a suffi , même avant son entier accomplissement, pour convaincre les Khiviens qu'en s'obstinant plus longtemps à se montrer hostiles a la Russie, ils attireraient nécessairement sur leur pays les plus désastreuses conséquences. Le chef de Khiva , envisageant sous leur véritable jour les intérêts de son khanat, s'est empressé de faire un appel à la magnanimité de Sa Majesté Impériale, après avoir toutefois satisfait, sans condition, aux principales demandes de la Russie. Au mois de juillet dernier, il a rendu un firman par lequel il interdit à toutes les tribus placées sous son autorité, sous peine d'un châtiment sévère, de commettre aucun acte de violence ou de pillage sur les frontières de l'empire, ainsi que de détenir aucun sujet rnsse dans l'esclavage. Le khan, en même temps, envoyait en Russie un de nos officiers qui avait été arrêté à Khiva, pour déclarer formellement que lui, le khan, était prêt à accorder toutes les réparations exigées par l'empereur. En témoignage de sa sincérité, il assembla immédiatement et fit mettre en liberté tous les Russes prison-
8f Livraison. (Inde.)
(*) Les journaux anglais ont annoncé que le capitaine Shakespear qui avait été envoyé à Khiva (après le capitaine Abbott) et de là à Pétcrsboorg, à l'effet de réconcilier la Russie avec le khan de Khiva, a été présenté à l'impératrice le 39 novembre dernier.
L'UNIVERS
trouveront de l'eau et des pâturages, et qui n'exigent pour leur propre, subsistance que ce que la nature ne refuse nulle part. Toutefois, nous le répétons, il est dans l'intérêt de ia Russie de se borner en ce moment à prendre position dans l'Asie centrale pour la protection et l'agrandissement de son commerce; c'est un droit qu'elle peut exercer sans que l'Angleterre puisse s'en offenser, et si la rencontre de ces deux puissances prenait avant longtemps , contre toute apparence , un caractère hostile, la laute n'en sera pas à la Russie. Il n'est pas au pouvoir de l'Angleterre d'arrêter fa marche de la civilisation dans l'Inde. Ce qu'elle pouvait faire, c'était de s'associer au mouvement et de le diriger, et c'est ce qu'elle a fait; mais, tout en s'efforçant de féconder les éléments divers de ses richesses territoriales, et de développer les ressources industrielles et commerciales de son empire, elle a voulu, avant tout, et pour son seul intérêt, exclure de cette œuvre d'avenir le concours des autres nations européennes, et mémo jusqu'à leur influence politique. C'est là, selon nous, qu'est le vice radical de son système, et nous ne pouvons croire qu'elle persiste dans cette voie d'exclusion. Malheureusement les nations, comme les individus, s'abusent parfois sur leur valeur réelle, se laissent ajler au courant des habitudes et de la routine, caressant certains préjugés vaniteux, s'accoutumant à regarder comme un droit ce qui n'a été que le résultat de la tolérance ou de l'insouciance des autres nations. Les Anglais, en particulier, regardant la mer comme leur domaine, et les spéculations basées sur une exportation illimitée de leurs produits comme un privilège, s'étonnent, s'alarment et s'offensent même au besoin, avec un naïf egoïsme, de toute tentative de concurrence. C'est là Pécucil contre lequel viendra peutêtre se briser l'avenir de l'Inde britannique. Il est toujours plus aisé de détruire que d'édifier, et, par une conséquence inévitable de ce principe, il sera toujours comparativement facile
de s'entendre pour renverser une domination qui n'aura pas su se ménager d'alliances solides au dehors, et au dedans l'affection et la reconnaissance des peuples. L'existence de l'empire russe a été toute militaire jusqu'à ce iour, elle le sera longtemps encore. La Russie a besoin de la guerre; si l'Angleterre lui fournit un prétexte, elle ébranlera bientôt l'Asie : Da mihi punctum^ et terram movebo. Pierre le Grand avait dit : « Il faut maintenir l'empire dans un état de guerre perpétuelle... se pénétrer de cette vérité, que le commerce des Indes est le commerce du monde, et que celui qui en peut disposer exclusivement est le maître de l'Europe. »
Il est de l'intérêt de l'Europe continentale, de celui de la France en particulier, que la Russie tienne l'Angleterre en échec dans l'extrême Orient.
Les forées matérielles de la Russie ne sauraient rester inactives; si elle est repoussee du côté de l'Asie centrale, elle retombera de tout son poids sur l'Occident, et une politiaue traditionnelle lui fait une loi de se mêler à toutes les querelles de l'Europe. Il ne faudrait pas cependant non plus laisser le champ trop libre à la Russie du côté de l'Inde; car, si une lutte sérieuse s'engageait entre elle seule et l'Angleterre, en supposant cette lutte terminée en sa faveur et l'Angleterre ruinée, où serait la digue qui arrêterait le torrent? Quant a présent, l'attitude de la France doit être celle de l'observation, mais de l'observation active. Tout en désirant le maintien de la paix, la France ne doit pas permettre qu'on dispose de l'avenir politique de l'Orient, et surtout de son avenir commercial, sans sa participation. Le temps a emporté bien des questions; mais, la question d'Orient est restée et grandit tous les jours.
Autour de cette question désormais s'agiteront les ambitions les plus hautes et se grouperont les plus vastes ressources, les combinaisons les plus hardies (*). L'organisation politique
(*) Parlant de l'intérêt que nous avons à
IN
de la Russie est très-favorable à l'accomplissement de ces grands desseins.
mitre la marche des événements dans l'Orient , M. Berryer s'exprimait ainsi devant la chambre des députés , le a5 mars 1840 : • Cet intérêt, on ne saurait le nier.
• Voyez ce magniGque parallélisme politique
• et guerrier qui s'étend depuis les fron- -tieres de la Tariarie jusqu'aux rives de la
- Méditerranée, entre deux nations qui doi-
■ vent lutter un jour Tune contre l'autre.
«Ou fond du monde jusqu'à nos rivages, « fAngleterre établit sa parai le h- guerroyante
• contre la Russie, qui la menace sur les
• unités de ses magnifiques colonies de
• l'iode.
* Considérez ces grandes expéditions ù
• cinq cents lieues de leurs frontières; d'un
• cote, l'expédition de Caboul; de l'autre,
• la tentative de Khiva. Voyez ces deux ■grandes nations marchant à travers le
• monde pour établir leur ligne de précau-
• tions l'une contre l'autre.
• Oui, l'Angleterre, en écoutant les pro-
- positions de la Russie, voulait sa compen-
• saiion; elle voulait la mer Rouge; elle
• voulait la sécurité du passage; et si cela
• arme an profit de la puissance qui a Gi- -braltar, qui a Malte, qui a Corfou, que -devient pour nous la Méditerranée? Som- 'mes-nous dépossédés, oui ou non? N'en
• douiez pas, Messieurs, la question d'K- ■rvpte est une question de mort comme
• une question d'honneur et de dignité pour »U France.
«Là, vous n'avez pas d'alliés; là, vous 'devez vous attendre à vous en séparer. Il > est donc nécessaire que vous soyez dans
■ cette situation forte, énergique, appelant
- Us esprits à la confiance, les volontés à la
■ résolution, pour déterminer le pays, s'il n'a pas d'alliés, à se retirer, suivant votre belle expression, dans sa force, et à ne douter de rien dans le monde, parce que ob est permis à la France.
■ Qu'y aurait-il contre cette grande résolution? La résignation. Oui, on l'a dit, au milieu de cet individualisme que nous ne pouvons combattre que par le ralliement de beaucoup d'esprits généreux sous un principe indépendant, au milieu de ces esprits préoccupés de l'intérêt du moment
■ et mal intelligents sur cette matérialité des i>M-iu dont ils sont si soucieux ; on a dit qu'après tout la France est une puissance continentale, et qu'elle devait se borner là
La force du gouvernement ne s'use pas comme chez nous, dans ces derniers temps, en luttes électorales, en débats de tribune, en vaines agitations de politique intérieure; efforts stériles où il s'est dépensé journellement plus
«et renoncer aux possessions lointaines.
• V a-t-on bien pense? Quoi ! Messieurs , la
■ France ne sera qu'une puissance conlinen- « taie, en dépit de ces vastes mers qui vien- « nent rouler leurs flots sur nos rivages et « solliciter en quelque sorte le génie de notre «intelligence!
«11 n'en saurait être ainsi; et d'ailleurs, «sur cette question des alliances, qu'avez-
■ vous fait, vous gouvernement, vousadmi- « nislraleurs? Depuis dix aus, depuis trente «ans, vous avez fait des efforts inouïs pour «mettre en activité l'admirable intelligence «de ce peuple; le génie créateur a été «éveillé; sur tous les points du royaume, « l'industrie a été appelée à enfanter des « merveilles.
« La puissance de la nature était insuffi- « santé; l'art est venu en aide à la nature. «Les productions s'accroissent, tout le «monde travaille, tout le monde produit
• en France, et vous nous renfermez dans « nos deux frontières de terre et dans nos « deux rivages.
« Et que deviendront tontes ces productions « que vous excitez ainsi dans la Fraucc? Et « celle immense machine à vapeur ainsi « mise en mouvement , ainsi chauffée par « le génie, par l'activité, par l'intérêt de « tous , ne fera-t-clle pas une effroyable
• explosion , si les débouchés ne sont pas « conquis ?
• Là, est une rivalité; là , l'alliance est
• impossible. Vous avez voulu un gouverne- « ment de même nature; vous avez voulu « porter l'activité des esprits sur les mêmes
« objets vous avez les mêmes besoins, des - «» besoins rivaux; vous ne pouvez, à moins « d cire condamnés à souffrir, vous ne pou- « vez compter sur cette alliance. Ce peuple « se présente comme dominateur , comme « maître , comme créateur de toutes les in-
• Tentions, de tous les progrès qui honorent « l'esprit, l'intelligence humaine. Il dispu- « tera son ascendant, et la France voudra « rivaliser, parce qu'elle en a le droit ; l'ai- « liance est donc impossible.
♦« Telle est la situation des affaires; telle « est , Messieurs, la situation une vous avez m à servir, que vous devez défendre.»
L'UNIVERS
de capital intellectuel, plus d'activité physique et de temps qu'il n'eu eût fallu pour doter la France d'une bonne moitié des avantages qui lui manquent encore! Ce qui manque à la Russie c'est le développement normal de ses ressources productives, de ses relations commerciales, et, par suite, un accroissement de revenus en rapport avec son importance militaire et politique. La question financière, c'est-à-dire, commerciale, est donc celle qui préoccupe le plus vivement le gouvernement impérial. Celle de la domination russe en Orient s'y rattache par des conséquences nécessaires, et c'est cette nécessité d'étendre son influence en Asie qui inspire aux Anglais une jalousie et une inquiétude, dont la correspondance entre les cabinets de Londres et de Saint-Pétersbourg a fait foi.
Quelle sera l'issue de cette rivalité inévitable? C'est un problème dont la solution n'appartient peut-être pas au dix-neuvième siècle!
AFFAIRES OU FANDJAB , DH KAFAL , ETC.— DIFFERENDS AVEC LES BIRMANS. AF- FAIRES DE CHINE.
En même temps que le gouvernement de lord Auckland employait les ressources de la politique et la force des armes pour mettre les frontières occidentales du vaste empire indien à l'abri de l'invasion dont la Perse et la Russie les menaçaient dans un avenir éloigné, il avait a surveiller les dispositions souvent douteuses et les mouvements des puissances du second et du troisième ordre qui entourent le territoire propre de la Compagnie ou se mêlent pour ainsi dire à ce territoire. Au moment où se préparait l'expédition d'Afghanistan, des symptômes d'hostilité latente semblaient ainsi se révéler sur divers points , et se rattacher, d'un côté, à l'influence perso-russe, de l'autre, à celle de l'Hindo-Chine. Lord Auckland sut pourvoir à tout avec un sang-froid, une prudence et une présence d'esprit peu ordinaires. La nécessité de se mettre en mesure de repousser au besoin des voisins
menaçants, ne nuisit en rien aux préparatifs de l'expédition d'Afghanistan. Tandis que cette expédition s'organisait sur une vaste échelle et, dans ses diverses parties, avec un ensemble et une énergie si remarquables , les forces anglaises dans les provinces d'Arracân et de Te nasse ri m (conquises sur les Birmans dans la guerre de 1825-26) sont augmentées; la cour d'Ava est prévenue que la moindre démonstration hostile de sa part entraînera l'occupation immédiate de ses ports de mer; en même temps l'envoyé du roi de Napâl auprès de Randjit Sineh est arrêté; on fait savoir à son maître que toutes ses menées, tant avec les princes de la Péninsule qu'avec les sujets de la Compagnie, ont été découvertes : on lui enjoint péremptoirement de faire retirer les détachements qu'il avait poussés sur plusieurs points de la frontière, et qui avaient commencé à se retrancher dans les passes principales du bas pavs; et afin de le contraindre à satisfaire à cette demande, un corps d'observation considérable s'assemble au pied des montagnes. Dans les deux cas , cette attitude ferme et décidée amena les résul tats prévus par le gouverneur général. 1a roi d'Ava, tout en continuant à se montrer peu bienveillant, manifesta cependant bien plus de crainte d'être attaqué que de disposition à prendre lui-même l'offensive. La soumission des Napâlais fut instantanée et entière; ainsi les deux puissances se trouvèrent efficacement tenues en échec, tandis au'une partie considérable de l'armée était engagée en Afghanistan et qu'une forte division , cantonnée sur les bords du Sutledge, se tenait prête à appuyer au besoin, dans le Pandjab, les mesures politiques du gouvernement suprême.
L'Angleterre doit beaucoup à lord Auckland pour la fermeté avec laquelle, dans ses discussions avec le souverain, birman en 1837, il a su maintenir une politique pacifique. Le résident anglais a la cour d'Ava , le commissaire chargé de l'administration des provinces méridionales (cédées par les Birmans) , et
plusieurs des autorités civiles et militaires qui connaissaient ou prétendirent commît re le caractère et les vues ifu nouveau souverain (*) et les intérêts k gouvernement britannique, dans w relations politiques avec l'empire birman, proclamaient hautement et wec instance la nécessité absolue de renger l'honneur anglais par un appel mmédiat aux armes. L'armée, naturellement avide des chances d'un sernce actif, de promotions et de buta;**), prétait sa puissante voix à ces manifestations entraînantes. La presse fit son possible pour appuyer les efforts le la passion et de l'égoïsme : elle n'a- ' pas d'expressions assez poignantes stigmatiser la soumission lionne du gouvernement ou l'imprudence de sa politique, en permettant n roi d'Ava d'insulter les Anglais avec impunité , en lui donnant le temps de consolider son pouvoir, de rassembler «de discipliner ses troupes, et de se préparer à sa convenance a une guerre oorerte, etc. Lord Auckland , sans s'émouvoir de ces clameurs, continua tnnqmïlement ses préparatifs, et fit swiiôer aux Birmans qu'il était en attire non-seulement de repousser toute agression , mais de châtier les agresseurs. Depuis cette époque, Tharawadj a jugé a propos de rester dans "•action : les relations du gouvernent suprême avec la cour d'Ava ne pas amicales; mais il n'est pas que les triomphes obtenus par Tannée anglaise dans l'Afghanistan ■ aient fait réfléchir le souverain bir- ■m» et considérablement refroidi son »deur guerrière et ses projets de venpjoce; cependant il nous paraît pro- «Me que fa lutte n'est que retardée.
0 TWawadi, le roi actuel des Birmans, frère du dernier roi. Une révolution «aeaée par l'état de faiblesse et d'imbécil- ««oà était tombé ce prince dès 18*4, a Tharawadi sur le trône. Ils descen- «*nt tous deux du grand Alompra, qui rp?na utT » Taste empire avec gloire, il y » d'un siècle.
) Voyw U Revue d'Édimbourg, citée
Il était dans les limites du possible (et selon l'opinion de plusieurs on devait considérer comme probable) que le différend de l'Angleterre avec la Chine, différend dont nous allons nous occuper bientôt, contribuât à précipiter l'époque de la collision. Les Chinois ont dû, en effet, profiter des relations que l'on sait exister entre la cour de Pékin et les souverains d'Ava et de Napâl , pour exciter ceux-ci à attaquer les Anglais dans un moment qui devait sembler favorable à l'invasion du Bahar ou de l'Assam; mais nous avons pu nous convaincre que le gouverneur général était prêt a tout événement, et la manière dont il a dirigé cette grande affaire d'Afghanistan est la preuve la plus complète qu'aucune crise n'eût trouvé sa vigueur en défaut. « En supposant que le but de la «Chine eût été atteint, les Anglais « eussent pu avoir (disait derniere- « ment ta Revue d'Edimbourg) à li- « vrer bataille à une armée de Tar- « tares dans les plaines de Bchar, au « milieu de ces cnainps de pavots qui « ont donné une si mauvaise réputation à la Compagnie, ou parmi les « plantations rivales du haut Assam.
« qui doivent bannir le thé de Chine « des marchés européens. » Lord Auckland avait la conscience de sa force, et rien ne prouve mieux , selon nous , qu'il était a la hauteur de la mission que lui avait confiée l'Angleterre, que la modération de son langage et son attention constante, dans ses rapports officiels avec les princes du pays, à faire ressortir les avantages de la civilisation et du commerce, et à placer la gloire du législateur et de l'administ ratctir celai re bien au-dessus de celle du conquérant. Nous choisissons comme exemple de cette dignité et de cette convenance de langage les instructions que lord Auckland donnait à M. Macnaghten pendant la mission de ce fonctionnaire à Lahore, pour la conclusion du traité que nous avons reproduit plut haut (p. 57 et suiv.). Ces instructions, sous la date du 15 mai 1838 , portent ce qui suit :
....... Dans les discussions qui
L'UNIVERS
pourront avoir lieu au sujet de la politique actuelle du gouvernement, vous ferez remarquer au maharadjah que le gouverneur général n'a jamais montré qu'il eût soif "de guerres ou de conquêtes, que les limites de l'empire hindo - britannique lui ont toujours paru suffisamment étendues, et qu'il aimerait mieux conquérir le désert par la charrue, élever des villages là où les tigres ont établi leur demeure, et étendre le commerce et la navigation sur des eaux restées jusqu'à ce jour improductives, que oe prendre un pouce de territoire à ses voisins, ou de faire marcher des armées pour conquérir des royaumes; cependant il se sent fort de ses ressources militaires, et sait qu'avec une armée de cent mille hommes , sous des ofliciers européens dans le Bengale, et cent mille hommes de plus qu'il peut appeler à son aide de Madras et de Bombay, il peut aisément repousser toute agression et punir tout ennemi; mais il ne considère cette armée que comme une garantie de paix , et comme un moyen de conserver dans toute leur intégrité la puissance territoriale et la dignité de la Compagnie des Indes orientales. En discutant les dangers auxquels le gouvernement anglais peut être exposé, vous pouvez remarquer ue, pour ce qui regarde les ennemis u côté de l'ouest, les Sikhs et les An-
f;lais sont comme une nation , et que eurs armées , agissant de concert sur le champ de bataille, seraient invincibles. Au nord se trouve le Napâl, et vous pouvez dire que le gouverneur 'général est parfaitement informé des troubles qui ont éclaté dans ce royaume et du désaccord qui y règne en ce moment. II sait aussi que tout pays qui est divisé est dangereux pour ses voisins, et que des intrigants mettent tout en œuvre pour exciter des troubles au dehors, afin de se donner de l'importance au dedans. Toutes les manœuvres de ces hommes pervers lui sont connues, et il les surveille; mais le gouverneur général espère que cette fièvre d'excitation s'apaisera dans le Napâl, comme elle promet de s'apaiser
à A va. Les montagnes de Napâl peuvent être difficiles a gravir, mais elles ont été déjà gravies par des troupes anglaises; une rencontre dans les plaines serait fatale aux Gaurkhas , et le Napâl n'est guère en état de perdre les laks que lui rapportent ses possessions dans le terrai (*). Ava est dans une position analogue à celle où se trouve le Napâl ; des commotions intérieures ont influé sur les relations extérieures; le gouvernement anglais, avec ses steamers et ses vaisseaux de
Suerre et quelques régiments de Maras, pourrait envahir en un instant et conquérir de vastes portions d'un pays malsain ; mais il a été lent à s'ofienser, et il espère encore que tout pourra s'arranger. Quant à des troubles sérieux qui pourraient éclater à l'intérieur, Sa Seigneurie ne peut rien appréhender, car en même temps que tous les chefs indigènes savent apprécier la bonne foi et la modération du gouvernement anglais envers ceux qui sont fidèles à leurs engagements, ils ont la conscience de leur faiblesse, et savent que la trahison amènerait leur ropre ruine, et ne ferait qu'ajouter la puissance et aux ressources du gouvernement suprême.
« Pour ce qui concerne les affaires commerciales , vous pouvez exprimer
(rarticulièrement la satisfaction avec aquelle le gouvernement anglais a reçu la nouvelle de la protection pleine de sollicitude que le maharadjah a accordée au commerce des deux K.tats en sanctionnant le passage des bateaux et le transport des marchandises par l'Iiidus à Bombay. On connaît assez l'importance que le gouvernement anglais attache à la prospérité des intérêts commerciaux; on sait qu'il regarde le commerce comme la source légitime des richesses et du pouvoir, et son extension comme le plus sûr lien qui
(*) Tarai, terrai, tt'riana ; vaste» plaines au pied des montagnes , très-fertiles et abondantes en riches pâturages. Les droits de pacage sont pour les Napàlai* une source importante de revenus. Les forêts qui bordent le Terrai fournissent de bons bots de construction.
puisse unir les nations. Il se plaît à voir, dans l'adoption de ces mesures, le moyen, d'augmenter les richesses et le pouvoir du maharadjah , et se réjouit de l'agrandissement mutuel des deux nations (*). »
Avant de résumer ce que Ton sait aujourd'hui en Europe sur l'état intérieur des Indes anglaises et sur l'avenir politique et commercial de ce vaste empire, nous allons essayer de donner en quelques pages, à nos lecteurs, une idée des causes qui ont amené la rupture entre la Chine et l'Angleterre, et des principaux événements qui ont marqué le cours des hostilités. Cette grande affaire de Chine, gui mérite à tant d'égards d'être étudiée et suivie avec soin, a donné lieu à mille conjectures, et amené la publication d'un nombre infini de pièces officielles , de renseignements particuliers; elle avait fait éclore plusieurs plans de campagne, et les appréciations les plus diverses des causes qui ont provoqué Ja rupture, comme aussi des conséquences probables de ce grand événement.
La conduite du capitaine Elliot , surintendant du commerce anglais en Chine, et celle des hauts fonctionnaires chinois ont été surtout l'objet d'une polémique active. Il serait difficile de faire, même à présent , la part des hommes et des choses dans cette lutte imprévue ; mais nous croyons que la question du commerce de l'opium qui a été la cause immédiate du différend, n'en est pas la cause unique : elle n'est pour nous qu'un des points qui se rattachent à la question générale des relations de l'Europe avec la Chine, relations vieillies, et qu'une secousse, devenue inévitable, pouvait seule rajeunir et faire tournera l'avantage réel de la civilisation et de l'industrie.
Depuis un grand nombre d'années, l'opium est importé en Chine , nonseulement des possessions anglaises dans l'Inde , mais encore de plusieurs aulres parties du globe, tani par les Européens que par les Américains. Les autorités chinoises avaient ostensible-
(•) Indian papert, n* 4» March., 1840.
ment prohibé l'importation et l'usage de cet article; mais, jusqu'en 1839, la Cour céleste n'avait pi is aucune mesure décisive pour mettre fin à ce trafic. Le commerce de l'opium était, par le fait, une contrebande, non pas seulement tolérée, mais soutenue et protégée, pour ainsi dire, en plein jour, par des officiers chinois de tous les rangs, dont la connivence se payait par une commission de. soixante à cent vingt
f)iastres par caisse d'opium (selon que 'opium était livrable à Macao ou à Canton), commission réglée et perçue aussi ouvertement que s'il se fût agi de tout autre article d'importation étrangère.
Cette contradiction monstrueuse entre la solennité des décrets prohibitifs et les faits devait avoir pour résultat inévitable l'accroissement rapide du mal que signalaient ces décrets journellement éludés. Cependant , après l'abolition du privilège de la Compagnie , le gouvernement anglais voyant le danger qui pourrait résulter de Vextension illimitée de ce trafic prohibé, prit des mesures pour en obtenir la légalisa* tion ou pour le supprimer entièrement.
Le gouvernement chinois examina sérieusement la guestion de son côté.
Plusieurs conseils furent tenus à la cour impériale de Péking, afin de décider si 1 opium serait admis en payant un certain droit; l'avis contraire prévalut définitivement à la petite majorité , dit-on , de deux ou trois voix.
Selon quelques versions, un grand nombre d'officiers de l'État, consultés à ce sujet, donnèrent leur opinion formelle en faveur de l'importation , movennant le payement d'un droit; mais les ministres de l'empereur rejetèrent cet avis. Lord Palmerston,aussitôt qu'il eut connaissance de ce résultat, donna l'ordre au surintendant anglais à Canton d'informer tous les négociants anglais et tous les capitaines de vaisseaux marchands • que le commerce était illégal; que le gouvernement anglais ne pouvait intervenir dans le but de mettre les sujets anglais à même de violer les lois du pays dans lequel ils commerçaient, et que, s'ils persistaient, ils devaient
L'UNIVERS
en subir les conséquences. » Conformément à ces instructions, ie capitaine Elliot (*) prit toutes les mesures dont la gravité des circonstances indiquait l'adoption, se montrant disposé a donner toute satisfaction raisonnable aux autorités chinoises, et, comme représentant du gouvernement anglais, évitant de la manière la plus marquée toute relation avec les contrebandiers. Une proclamation à cet effet fut publiée en décembre 1838.
La contrebande néanmoins se faisait aussi exactement que par le passé, les autorités chinoises se prêtant au trafic, tandis que le gouvernement impérial et le surintendant anglais continuaient à l'interdire par leurs décrets.
En février 1839 cependant, les injonctions les plus sévères envoyées de Péking prescrivirent de faire exécuter les ordres de l'empereur, et, conformément à ces ordres, un Chinois, convaincu d'avoir participé au trafic de l'opium, fut pendu le 26 de ce mois, devant les factoreries étrangères. Cet acte violent d'une justice tardive, acte complètement inattendu au milieu des habitudes d'impunité qui avaient réglé jusque-là tous les rapports des parties intéressées, fut regardé par les Européens comme une insulte, et les pavillons des diverses factoreries furent amenés.
Le 10 mars, le commissaire impérial Lin (pron. Linn) arriva à Canton avec la mission spéciale d'abolir sans délai et de déraciner complètement ce commerce illicite. Le 18, il rendit deux décrets, l'un adressé aux marchands hongs, l'autre aux étrangers ; ce dernier exigeait, sous peine de mort , que tout l'opium chargé , tant sur les navires-entrepôts (storeskips) que sur les vaisseaux mouillés au
(*) Le surintendant Charles Elliot est capitaine de vaisseau. Les autorités chinoises l'ont traité longtempsavec beaucoup d'égard s, et paraissent même avoir admis dans leurs rapports officiels avec lui (faveur toute spéciale chez un peuple aussi orgueilleux) l'assimilation de son rang politique a celui de mandarin de troisième classe.
dehors, fût livré au gouvernement.
Le surintendant Elliot et autres résidents à Canton, qui n'avaient jamais pris la moindre part au commerce de l'opium, furent saisis, privés de nourriture, et menacés d'une mort certaine si le décret n'était pas exécuté sous trois jours. Le représentant de la reine d'Angleterre n'avait donc devant les yeux que l'alternative du supplice ou d'une soumission entière et immédiate; il clioisit ce dernier parti. Le 27 mars, le capitaine Elliot requit tous les sujets anglais résidant en Chine de livrer l'opium qu'ils pouvaient avoir eu leur possession, se rendant responsable des valeurs ainsi livrées pour le compte du gouvernement. De cette manière, vingt mille deux ceut quatre-vingt-onze caisses d'opium furent remises aux autorités chinoises.
Le 21 mai , à deux heures du matin , la remise était complétée; mais les conditions consenties par les Chinois, ou n'avaient point été exécutées , ou ne l'avaient été que partiellement.Ces conditions étaient : l°quc les serviteurs des prisonniers seraient relâchés quand le quart de l'opium aurait été livré ; 2° que les embarcations pourraient aller et venir pour le service des Anglais après livraison du second quart,, 3° que les relations commerciales interrompues seraient rétablies après livraison des trois quarts; et enfin 4° que les choses reprendraient en tout leur cours ordinaire quand la livraison de l'opium serait complétée.
Les vingt mille deux cent quatre-vingtonze caisses d'opium furent solennellement ouvertes, et leur contenu, réduit en pâte et délavé dans des cuves construites à cet effet sur la plage, fut jeté à la mer en présence d'un immense concours de peuple, le 17 juin.
A dater de cette époque , bien que le surintendant se fût flatté pendant quelques jours de l'espérance de rétablir les relations commerciales sur un pied amical , et de les mettre à l'abri de nouvelles secousses par l'adoption de certains règlements concertés avec les autorités chinoises , les choses ne firent qu'empirer. Sans entrer dans le
détail des événements, nous dirons seulement que te premier acte de ce drame étrange se terminait, le 3 novembre 1839, par un combat entre deui corvettes anglaises {Volage et Hyacinth) et vingt-neuf jonques chinoises, près de l'embouchure de la rivière de Canton. Dans ce combat, l'aetivité et la précision fatales de l'artillerie européenne remportèrent une victoire sanglante et décisive. Une des jonques sauta; trois furent coulées bas; le reste prit la fuite dans le plus crand désarroi, et tout espoir d'accommodement s'évanouit. On se trompait cependant en pensant que la rupture violente des relations régulières entre les deux peuples avait fait un tort considérable et immédiat au commerce anglais dans l'Inde. Le trafic de l'opium , depuis la saisie opérée par le commissaire Linn. reprit une *tmté prodigieuse , et le gouvernement suprême de l'Inde se crut tellement sûr des débouchés que ménageaient aux spéculateurs l'audace et l'intelligence des contrebandiers, qu'il fit ses avances aux cultivateurs indigènes sur la même échelle de production que par le passé. C'est ici le liea de donner quelques éclaircissements sur la part que prend le gouvernement de la Compagnie à la production de ■ opium , et sur la véritable extension de la culture du pavot dans les possessions anglaises de l'Inde.
L* monopole de l'opium , considéré comme mesure administrative, avait rte le sujet d'une enquête rigoureuse de la part de la commission nommée parle parlement pour examiner l'état des affaires de la Compagnie, antérieurement à la nouvelle charte, et la correspondance officielle entre les autorités de Londres et celles de l'Inde, au sujet de cette franche de revenus, depuis 1816 jusqu'en août 1830, a été publiée dans un appendice à l'un des Apports de la commission. Ces documents montrent distinctement les vues 4 les principes adoptés par le gouvernement au sujet du monopole.
En 1816 (sous le gouvernement de tort Moira), la vente de l'opium était
sous la surintendance du bureau de commerce {board of tracte), auquel il avait été notifié que le gouvernement, en se mêlant d'un trafic si contraire aux intérêts généraux de l'humanité, avait bien moins en vue l'augmentation de ses revenus que la régularisation, et, par suite, la réduction de ce même trafic dans des limites de plus en plus resserrées. Il était permis d'espérer, disait le gouvernement dans ses instructions, queles mesures prescrites à cet égard auraient pour résultat, non -seulement d'empêcher le commerce illicite de cette drogue , mais d'en réduire graduellement la consommation aux besoins de la médecine.
La cour des directeurs, l'année suivante, expliqua de la manière la plus claire ses sentiments à l'égard de la vente de l'opium, tantà l'intérieur qu'au dehors. Eu sanctionnant les mesures adoptées par le gouvernement du Bengale pour l'approvisionnement intérieur de cette drogue, elle s'exprimait ainsi :
« Nous désirons, en même temps, « qu'il soit clairement compris que no- « tre sanction est donnée a ces mesu- « res, non en vue des revenus qu'elles « peuvent produire, mais dans I espoir « qu'elles restreindront l'usage de cette « drogue pernicieuse, et que les dis- « positions qui en régleront la vente, « a l'intérieur, seront combinées de « telle sorte qu'elles empêcheront l'in- « troduction de l'opium dans les dis- « tricts où l'on n'en fait pas usage , « et limiteront la consommation dans « les autres lieux au strict nécessaire, « autant que possible.
« A l'égard des moyens à employer « pour s assurer à l'avenir d'un ap- « provisionnement permanent pour la <v consommation intérieure, nous som- « mes d'avis qu'on devrait adhérer in- « variablement à la résolution de ne a pas introduire la culture du pavot « dans les districts où elle n'est pas « connue aujourd'hui; mais que l'ap- « provisionnement doit être augmenté, « soit par les améliorations apportées « à la culture dans les parties au pays • où des agents du gouvernement sont
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« déjà établis, soit par l'établissement « d'une agence du gouvernement dans « les districts où on sait que la plante « est cultivée dans le but d'un corn- « merce clandestin. En conformité « avec ce principe , nous approuvons « entièrement le rejet de la proposi- « t ion qui vous a été faite par l'agent « de Bahar, d'établir une factorerie à « Monghèr, district dans lequel il paa raîtrait que le pavot n'est pas ctil- « tivé. D'un autre côté, en autorisant « la formation d'un approvisionnement « à Rangpour, où il parait que tous les « efforts pour empêcher la culture il- « licite du pavot ont été vains, notre « seul but (et certainement c'en est un « honorable) est de substituer une cul- « turc autorisée à une qui est illégale; « de restreindre un mal qui ne peut « pas être entièrement réprimé; de ré- « gulariser une habitude entraînante « de laquelle on ne peut sevrer tout à « fait le peuple, et d'employer le mo- « nopole, moins comme un instrument « de gain , que comme un préservatif « de la santé et des principes de la « communauté.
« En résumé, nous devons faire ob- « server que notre désir est, nona seulement de ne pas encourager la « consommation de l'opium, mais en- « core de diminuer l'usage, ou, pour « mieux dire, l'abus de cette drogue ; « et dans ce but , comme aussi dans « celui de l'augmentation de nos rea venus ( prenant en considération « les effets d'un commerce illicite « dans nos propres possessions, et la « concurrence que peut nous faire à « l'étranger l'opium produit dans d'au- « très pays), nous pensons qu'il est « convenable que le prix, tant au dehors « qu'à l'intérieur, soit aussi élevé que « possible. S'il dépendait de nous d'em- « pécher entièrement l'usage de cette « drogue, autrement que comme mé- « dicament , nous le ferions de bon « cœur par compassion pour l'espèce « humaine; mais cela étant absolu- « ment impraticable, nous ne pouvons « que faire tous nos efforts pour régu- « lariser et pallier un mal qui ne peut « pas être déraciné. »
La commission parlementaire à laquelle l'examen de cette importante question était dévolu quinze ans après (en 1832), arrivait aux conclusions suivantes :
« Dans l'état actuel des finances de a l'Inde, il ne serait pas prudent « de renoncer à une source aussi un- « portante de revenus; un droit sur « l'opium étant un impôt qui tombe « principalement sur l'étranger, et qui « paraît , au total , moins sujet à ob- « jection que tout autre qu'on pour- « rait lui substituer. Il ne faut pas « perdre de vue, dit ailleurs le rapport, « qu'une sainenolitique exige que cette « dépendance éloignée de l'empire soit « soumise à un système d'impôt aussi a modéré que les besoins de son gou- « vernement puissent l'admettre. »
Ces mêmes considérations ont été reproduites avec une grande force pendant la dernière session du parlement , dans le cours de la discussion relative aux affaires de Chine.
La Compagnie a donc pu croire
3u'en se rendant maîtresse de la prouction, elle agissait d'après des principes de saine administration, et même, en ce qui concernait ses propres sujets , avec une sollicitude toute paternelle. Une fois la nécessité du monopole admise, il faut reconnaître que la Compagnie se trouve dans l'obligation de fournir aux besoins de la consommation. Elle n'a pu, il est vrai, s'aveugler sur l'existence de ce fait , savoir : que la plus grande partie de l'opium acheté à ses ventes publiques était importée en contrebande en Chine, en opposition aux lois du pavs, et contribuait nécessairement à l'abrutissement des populations ; mais la connaissance de ce fait, quelque déplorable qu'il pût être, n imposait aucune obligation au gouvernement de l'Inde anglaise de suspendre ses ventes, ou de prohiber une culture profitable à ses sujet». Si la culture eût été parfaitement libre, et que l'opium exporté eût payé un droit à 1 exportation, comme d'autres marchandises, la Chine eût été inondée plus promptement, à meilleur marché, et d'une dro-
gue de qualité inférieure. Voila ce qui [trait certain. Ce que la Compagnie pourait et devait éviter (une lois la nécessité du monopole admise, nous îe répétons), c'était de se rendre complice d'un trafic illégal; et c'est une règlequ'elle a observée de la manière la jlus scrupuleuse. Empêcher l'introduction clandestine et illégale de l'opium en Chine et en d'autres pays était évidemment l'affaire et ledroit exclusif des gouvernements de ces pays. Il serait, il faut en convenir, plus raisonnable de mettre sur le compte de nos gouvernements tous les excès causés par l'ivrognerie et la démoralisation dégradante qui résulte de l'abus des liqueurs fortes , dont la consommation >ource importante de revenus) est légalisée dans nos climats, que de déclamer, comme on le fait , contre la Compagnie des Indes anglaises au sujet du monopole de l'opium. Nous pensons même que si la Compagnie eût rejousséavec une vertueuse liorreur ce retenu net de trente à quarante millions que lui procure l'opium , aux dépens des étrangers , et eut cherché a Replacer cette source de revenu par un impôt levé sur ses propres sujets, une pareille conduite eût été stigmatisée , comme le comble de la folie et de l'hypocrisie à la fois. On s'est bemeoup apitoyé sur les maux qu'imposerait à la population indienne une production forcée de cette drogue pernicieuse, et on a imprimé plusieurs fois que déjà, les misères qui résultent four les Indiens employés à la culture du pavot, de la contrainte qu'on «eree à leur égard, et de l'insuffisance du prix des journées, sont comparables à ce que les esclaves end uf ut dans les lieux les moins civilisés de la terre. Ces assertions sont contredites par des documents officiels et pv le témoignage des personnes les «lieux instruites de ce qui se passe, fl m'est pas moins inexact de prc- ^ndre que la culture du pavot ait pris une extension tellement prodigieuse dans l'Inde qu'elle menace d'envahir l.i presque totalité du sol arable. ' quelques-uns des publicistes an-
glais et français, « le revenu de l'Inde « presque tout entier est engagé dans « le commerce de l'opium, et pour suf- « fire à une immense production, il a « fallu que presque toute l'Inde fût « transformée en un champ de pavots.»
Pour la première partie Je cette assertion , nous renvoyons nos lecteurs aux chiffres que nous avons donnés plus haut sur (es diverses sources des revenus des Indes anglaises ; quant à l'extension réelle de la culture du pavot , voici quels sont nos calculs et lés conclusions auxquelles nous croyons légitime de s'arrêter, jusqu'à plus ample information.
La culture du pavot se fait principalement dans quelques districts du Malwa et des provinces de Bénarès et de Patna. Dans le Malwa , l'opium n'est point récolté pour le gouvernement, mais il ne s'exporte que de Bombay sur l'acquittement d'un droit de cent vingt -cinq roupies par caisse.
Dans le Bengale le pavot est cultivé exclusivement pour la Compagnie, et l'opium vendu publiquement à Calcutta. Des recherches faites avec beaucoup de soin par ordre du gouvernement, en 1820, avaient établi que, dans le Malwa , quatre-vingt-sept mille bigahs de terre (environ vingtdeux mille hectares ) étaient consacrés à cette culture, et fournissaient à l'exportation environ huit m\\\emands, ou quatre mille caisses d'opium. En 1838, il a été expédié de Bombay vingt-cinq mille caisses, ce qui suppose que la production a sextuplé depuis 1820, ou, en d'autres termes, que la culture du pavot occupait en 1838 de cent trente à cent quarante mille hectares. Or, le Malwa produit à lui seul plus de la moitié de la quantité totale, et à la même époque, 1838, le Bengale a produit dix-neuf mille cinq cents caisses , ce qui donne à peu près cent mille hectares de culture. En somme , on peut estimer à deux cent cinquante mille hectares environ la superficie occupée par la culture du pavot (*). 11 y a loin de là aux conclu-
(*) La quantité d'opium recollée au Bengale, et livrable en 1839, a atteint aa,ooo
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fions que nous avons cru utile de combattre , et les conséquences de la cessation partielle du commerce de l'opium ne pouvaient être aussi graves qu on se l'était imaginé (*). La consommation avait cependant augmenté dans ces dernières années, de manière à causer les inquiétudes les plus légi- . times au gouvernement chinois, moins * touché sans doute des effets pernicieux de la drogue sur la santé et le moral des sujets du céleste empire , qu'effrayé de ia quantité de numéraire que l'habitude, comparativement récente, de payer l'opium en argent enlevait rapidement a la circulation. La
question, envisagée sous ce point de vue, avait été mise dans tout son iour par les hauts fonctionnaires que l'empereur avait consultés. Les ressources financières de son vaste empire semblaient menacées en effet par le progrès de cette consommation dont on peut se faire une idée à l'inspection du tableau suivant tiré des documents publiés à Canton même , et dont nous avons pu vérifier approximativement l'exactitude par la comparaison que nous en avons faite avec les renseignements que nous avions puisés à d'autres sources.