‹ IndeChapitre 4 sur 42 · TOTAL · texte numérisé non relu

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caisses; 18,99a caisses étaient livrables en

Il est assez remarquable que la France soit intéressée , quoique indirectement , au commerce de l'opium ; les stipulations des derniers traités interdisent toute culture du pavot dans les possessions françaises de l'Inde, moyennant une redevance annuelle d'un million de francs que la Compagnie paye au gouvernement français; indépendamment de ce tribut en espèces , l'administration de Chandcrnagor adroit à aoo caisses d'opium, à prendre au prix moyen dus ventes réalisées par la Compagnie.

(*) Le jugement que nous avions porté i cet égard l'année dernière a été confirmé par les événements. La diminution du commerce direct entre Bombay et la Chine a été énorme , mais le commerce avec Calcutta, Singapour, Manille, a augmente considérablement de i838-39 à 1840, et il en a été de même du commerce direct avec l'Angleterre , Bombay ayant presque doublé ses expéditions de coton pour les ports de la Grande-Bietagne, en 1839-40, comparativement à l'année précédente. L'importance des affaires avec le Sindh augmentait aussi rapidement à la date de* derniers avis,

Il résulte de ces chiffres que la consommation avait presque triplé en oeuf ans; (mais, il faut bien se garder d'en conclure qu'elle pourrait tripler ainsi tous les neuf ou dix ans! ) que l'importation de l'opium Malwa avait presque doublé depuis l'abolition des privilèges de la Compagnie en Chine (1833); que l'importance relative des exportations d'opium Malwa et d'opium Bengale (c'est-àdire, récolté sur les terres de la Compagnie) était dans la proportion de là à 11 , et que les sommes réalisées par les ventes d'opium en Chine ( indépendamment des importations d'opium de Turquie qui se font principalement par navires américains) s'évaluaient, en 1836, à plus de quatrevingt-douze millions de francs.

Nous sommes sans renseignements exacts ou complets pour les années 1837, 1838 et 1839. On a pu calculer cependant que la quantité d opium importée de Plnde en Chine en 1839 aurait été d'au moins quarante mille caisses , sans l'interruption des relations commerciales dont nous avons signalé plus haut les causes (*). Mais des renseignements authentiques ont prouvé et il ne faut pas perdre de vue que l'opium était à peu près invendable à l'époque de l'arrivée du fameux commissaire impérial Unny et que, sans son intervention , et la destruction des vingt

(*) Admettons cependant ce chiffre de 4o,ooo caisses, et prenons pour poids moyen d'une caisse d'opium (d'après nos calculs), 63 kiL 5 : évaluant de plus la quantité d'opium beat qui doit être réduit et préparé pour fournir à la consommation d'un fumeur ordinaire , à a maee ( prononcez méce) ou 7 £r. S par jour, on trouve que 40,000 caisse» représentent la consommation annuelle d'iio million de fumeurs tout au plus. Supposons ce nombre doublé, triplé même, il n'y aura pas encore , selon toute probabilité, en Chine, un individu sur cent qui tu me l'opium , ou au moins qui en use avec «ces, puisque 3 gr. trois quarts d'extrait d'opium à fumer ( smokabU extract ) sont romiderés comme une dose fort ordinaire (10 à xi pipes par jour; chaque pipe ne fournit que quelques bouffées.)

mille caisses confisquées, le trafic aurait rétrogradé au lieu d'avancer (*).

Nous ajouterons que sur les vingt mille deux cent quatre-vingt-onze caisses confisquées par les autorités chinoises en 1839, un tiers seulement provenait des ventes de la Compagnie; douze mille caisses environ venaient du Malwa (par Bombay), et mille caisses, de Turquie.

Nous nous bornerons à ces détails , fort incomplets sans doute, mais que nous croyons suffisants pour mettre nos lecteurs à même de juger du véritable caractère des relations entre la Chine et l'Angleterre, en ce qui touche au commerce de l'opium. Revenons à la rupture entre les deux gouvernements.

Quelque temps avant le combat naval dont nous avons fait connaître l'issue, le capitaine Elliot avait récapitulé dans un document , qu'il voulait faire parvenir à l'empereur (et qui lui parvint effectivement à ce qu'on assure) , les sujets de plaintes très-réels des Anglais commerçant en Chine, contre les délégués de l'autorité impériale à Canton.

Faisant allusion à la violation des promesses faites par le commissaire impérial Unn, avant, pendant et après la cession des vingt mille caisses d'opium appartenant au commerce anglais en Chine, le capitaine Elliot s'exprime ainsi :

« Peut-on opérer une grande réforme morale et politique en sacrifiant tous les principes de vérité, de modération et de justice? ou peut-on penser que ces mesures spoliatrices anéantiront le commercede l'opium ? De telles espérances sont futiles , et l'empereur a été trompé.

a Mais , s'est-on demandé de l'autre côté , les intentions sages et justes de

(*) • Et found the traffic stagnant; he m has mode it flowrish in a degree and to « an estent thatit had nevtrreached be/ore.» Lettre du surintendant à lotd Palmerston , en date du a8 novembre 18 3g. Additional papers re%ptctxng China. Tandon, april,

l'empereur ne peuvent-elles pas et ne doivent-elles pas être remplies ? Assurément, elles pourraient et devraient l'être.

« Il est certain, cependant, que les dernières mesures du commissaire ont retardé l'accomplissement delà volonté impériale, ont donné une immense impulsion au trafic de l'opium, qui était, plusieurs mois avant son arrivée, clans un état de stagnation, et ont ébranlé la prospérité de ces provinces florissantes.

« Il est probable que le résultat de ces mesures sera de semer l'agitation sur toutes les côtes de l'empire, de ruiner des milliers de familles étrangères et indigènes, et d'interrompre les relations de paix qui ont existé depuis près de deux siècles eutre la'Cour céleste et l'Angleterre.

« Les marchands et les navires de la nation anglaise ne se rendent pas à Canton et à AVhampoa, parce que toute protection leur est refusée, au mépris des gracieux commandements de l'empereur, parce que l'on a cacbé la vérité à Sa Majesté Impériale, parce qu'il n'y a plus de sûreté pour une poignée d'hommes sans détense, si ces hommes se mettaient à la merci du gouvernement de Canton , parce qu'il 6erait dérogatoire à la dignité de leur souveraine et de leur nation d'oublier toutes les insultes et outrâmes dont ils ont été l'objet, avant que justice entière ait été rendue , et jusqu'à ce que toutes les relations commerciales et autres aient été placées sur un pied honorable et sûr, tant pour cet empire que pour l'Angleterre. Le temps approche ; la gracieuse souveraine de la nation anglaise jera connaître la vérité au sage et auguste prince qui occupe le trône de cet empire, et toutes choses seront réglées selon les principes de la plus juste raison.

«Elliot et les nommes de sa nation en Chine soumettent les expressions de leur plus profonde vénération pour le grand empereur. »

Après cet engagement solennel de demander et d'obtenir réparation, une fois, surtout, que les discussions et

les actes des représentants des deux gouvernements eurent pris le caractère d'hostilité permanente dont ils furent marqués à la fin de l'année 1839 , il n'y avait plus possibilité de traiter sur les anciennes bases, et une déclaration de guerre de la part de l'Angleterre devenait inévitable. On voit cependant, dans la rédaction du document dont nous venons de citer les principaux passages, l'intention manifeste de rejeter sur les intermédiaires les torts qu'on pourrait reprocher directement au gouvernement impérial. L'empereur a été trompé ! Le gouvernement anglais se chargera de lui faire connaître la vérité , et ne doute pas d'avance que justice ne soit rendue, et que toutes choses ne soient réglées selon les principes de l 'équité et de la raison! C'est la un parti pris, habilement et sagement pris selon nous, et on peut être assuré que toutes les déterminations et tous les actes du gouvernement britannique, quel que soit le caractère apparent d'hostilité dont ils soient revêtus, seront désormais subordonnés à cette conviction officielle de l'ignorance où se trouvait l'empereur des infractions au droit des gens et aux principes les plus sacrés de l'humanité et de la justice, dont ses délégués à Canton se sont rendus coupables.

Un ancien employé de la Compagnie des Indes à Canton, M. Hamilton Lindsay, avait publié, sur la question de Chine, un petit écrit (*) où , de son point de vue, il résumait nettement les principales circonstances du démêlé entre les autorités chinoises et le surintendant. Les conclusions de M. Lindsay, tout exclusivement anglaises qu'elles pussent être, nous semblaient indiquer avec assez de probabilité la marche que le gouvernement de la reine suivrait pour arriver au but : l'événement, comme nous le verrons bientôt, a confirmé nos prévisions.

Selon M. Lindsay, les conditions à .imposer au céleste empire étaient les suivantes :

(*) Is the war with China a just ont ? ae édition. London , 1840.

1* Indemnité pour la valeur de Ko* pmn livré par le capitaine Elliot , et pour toutes les pertes éprouvées par J» sujets anglais, par suite de la cessation du commerce ;

Y Satisfaction de l'insulte faite à Sa Majesté Britannique dans la personne de son représentant.

Quant a l'avenir, le premier point tt la plus important à obtenir pour la srrunté des relations commerciales et lt maintien de la bonne intelligence entre les deux nations était, dans l'ol^tiionde M. Lindsay comme dans Ja aùtre, un libre accès à Ja cour impériale, ce qui ne peut se faire !qu en stipulant la résidence habituelle d'un ambassadeur â Péking. On devait s'atkodre à ce que le gouvernement chif>ott montrât beaucoup de répugnance à taire une semblable concession ; mais teBsstes ayant des agents en résida Péking, l'empereur pouvait cénos se compromettre et s'avilir aui jtu de la nation. Ce point une fois dtfetra, on arriverait naturellement à h conclusion d'un traité de commerce ouvrant aux Anglais un ou plusieurs pris du nord , et établissant un sysj«ne défini de règlements pour les restions futures. Bien des gens en An- ^eterre pensaient que la possession de faeique lie sur la côte de Chine, où Il sujets de Sa Majesté Britannique pourraient faire le commerce sous la protection du pavillon national, serait cne chose désirable. De grandes et séreuses objections , selon M. Lindsay, * présentaient à l'adoption de cette mesure. Rien ne semblait devoir dégrader le gouvernement impérial, aux *u du peuple chinois, autant qu'une Me concession, gui, même en ne conférant que les intérêts anglais, aur it une tendance funeste. Le but des Anglais en Chine devait être, en effet, con un agrandissement territorial , L'ais le maintien des relations commerciales, et il était à craindre qu'une fois le drapeau britannique planté sur lin territoire enlevé au céleste empire, te circonstances imprévues ne v ins- *fnt forcer les Anglais à reculer les 1 mites de ce territoire , et commencer

ainsi en Chine la répétition de ce qui s'est passé dans l'Inde anglaise. Au reste, rien ne serait plus aisé que de précipiter l'empire chinois dans la confusion et l'anarchie, car il v règne beaucoup de mécontentement, et la dynastie actuelle n'est rien moins que solidement assise sur le trône. Il était, sans doute, indispensable de donner au gouvernement chinois une leçon sévère : mais il fallait laisser la porte ouverte aux arrangements, et éluder certaines difficultés qu'il serait peutêtre imprudent de surmonter de vive force. Cependant, M. Lindsay opinait

Four qu'on fît sauter tous les forts à embouchure de la rivière de Canton, ce qui eût été l'ouvrage d'un jour pour une escadre de quelques vaisseaux.

Après avoir fait preuve de force, on se trouverait libre de montrer une modération et une réserve qui ne pourraient plus être attribuées à la crainte. Si le gouvernement impérial n'eut pas été suffisamment humilié pour souscrire aux demandes des Anglais, on devait, selon M. Lindsay, recourir à un blocus de la côte, blocus qui eût compris les ports de Canton , d'Amoy, de Ningpo et de Shanghae (*).

(*) L'opinion de M. Lindsay est loin d'être favorable au caractère du gouvernement chinois; en revanche, il pense beaucoup plus de bien des Chinois en générai qu'on n'aurait pu s'y attendre. M. Lindsay termine son exposé par les considérations et les détails suivants , qu'il nous a paru intéressant de reproduire :

« Mon but, en présentant cette brochure au public, a élé de prouver que, dans les hostilités pendantes, la justice était de notre côle. Je ne suis point mù par des molifs de vengeance ou d'animusité contre les Chinois; loin de là : je trouve que le gouvernement a toujours été injuste et oppressif à l'égard des étrangers , mais j'aime la nation , et je suis convaincu que , sous un système tel que celui que j'espère voir bientôt en vigueur , les relations les plus amicales pourraient exister entre eux et nous. J'ai connu intimement l>eaucoup de Chinois dans l'intégrilc et l'honneur desquels je placerais une confiance aussi euticre que dans ceux d'aucuu de mes compatriotes. La conduite

L'UNIVERS

L'Angleterre avait évidemment un intérêt immense à amener, par la com-

jalouse du gouvernement s'est opposée jusqu'à ce jour à l'extension des relations sociales ; mais si cet obstacle disparaissait , nous verrions alors les traits plus aimables du caractère chinois dans leur véritable jour.

- Je conclurai en racontant une anecdote relative à un Chinois de mes amis (anecdote qui se rapporte jusqu'à un certain point aux troubles récents), et oui lui fait tellement honneur, que j'ai grand plaisir à la rappeler. Cet homme était un très-honorable et très-intelligent marchand de soieries qui faisait fréquemment le commerce de l'opium. En 1837, il avait pris des engagements avec notre maison pour livrer, Tannée suivante, des soieries à un prix fixé, et avait reçu une somme considérable d'argent en avance. Quaud les troubles commencèrent, le nom de mon ami parut sur le livre noir du gouverneur, parmi ceux des principaux spéculateurs en opium, et une forte récompense fut promise pour son arrestation. La saison avançait , et nous n'entendions pas parler de lui ; en même temps , le prix des soieries avait haussé, de sorte qu'il n'eût pu remplir son engagement qu'eu subissant une perte de i5 pour 100. Je dois avouer que, dans ces circonstances, nous n'avions que peu d'espoir de revoir notre soie ou notre argent , lorsqu'une nuit , en décembre i838, au moment où la persécution de tous ceux qui étaient enveloppés dans l'affaire de l'opium était à son apogée, un Chinois vint me trouver et m'annonça que mon ami était à Canton et désirait me parler. Je l'accompagnai à une petite boutique chinoise où je trouvai mon ami. Il me dit : « Je suis venu à Canton au péril de ma vie, « pour remplir mes engagements envers vous « et envers messieurs. . . . Les soieries que « je vous ai promises sont entre les mains « d'un tel. Il faut que vous preniez des ar- « rangements pour les faire passer par l'en- « tremise d'un marchand hong saus m'ex- « poser, car, si elles sont saisies, ma mort

- est certaine. Si elles ne sont pas d'aussi « belle qualité que celles que j avais pro- « mises , mon ami en a davantage à votre « disposition ; vous pourrez choisir ce que • vous voudrez , et je payerai, s'il y a lieu,

- Ja différence en valeur. « J'avoue que je fus vivement touché de cette conduite si honorable , et je le pressai fortement de ne

binaison de mesures énergiques avec les ressources ordinaires de la diplomatie , le rétablissement du commerce légal entre la Chine et elle; mais, dans l'opinion de plusieurs personnes qui avaient été à même d'étudier d'assez près le caractère chinois et les ressources de la Chine, ou plutôt les éléments de résistance dont elle pouvait disposer, les Anglais devaient rencontrer des obstacles plus sérieux que ceux sur lesquels on avait compté. Notre consul général à Manille, M. Ad. Barrot, dans un article fort intéressant publié par la Revue des deux mondes (•) , avait examiné la question avec

pas perdre un instant pour retourner dans le lieu qui lui servait d'asile et qui se trouvait dans une province éloignée. Le lendemain , je vis le Chinois auquel il m'avait adressé, et je reçus de lui toute la soie qu'il devait me remettre et qui se trouva de U plus belle qualité. Je suis heureux de pouvoir dire que mon ami échappa aux griffes de l'inquisition chinoise , et qu'il était en sûreté d après les derniers avis que j'ai reçus.

« Un trait pareil fait également honneur à l'iudividu et à la nation , et je crois fermement que de tels hommes sont nombreui en Chine. Que nous obtenions seulement liberté et sûreté dans nos relations avec h Chine , et les deux peuples en retireront de grands avantages. *

(*) Livraison du x5 novembre 1839.

M. Barrot insistait surtout sur la résistance passive que la Chine n'hésiterait pas à opposer aux Anglais , et voici comme il comprenait cette résistance :

••Rien de plus aisé, sans doute, que de faire une descente sur un point quelconque du territoire chinois , et de s'y établir momentanément ; il suffirait pour cela de quelques milliers d'hommes et de quelques vaisseaux. Mais cet établissement une fois formé, il faudrait le soutenir ; là commenceraient des difficultés sans nombre , dont l'issue inévitable serait la honte de n'avoir pu réussir. Il faudrait d'abord conquérir une assez grande étendue de terrain pour avoir les mouvements libres et se procurer les vivres nécessaires. Mais le terrain suffirait-il? faudrait-il pas des bras pour le cultiver ? H est bien certain d'avance que toute la population se retirerait et laisserait le pays entièrement désert. Il a y quelques années ,

soin , et se croyait autorisé à prédire que les Anglais échoueraient dans toute tentative de représailles. Mais en ne te* nant compte que des difficultés de l'invasion et des dangers de l'occupation présumée d une partie du territoire, et en calculant avant tout sur l'obstination d'un gouvernement qui ne recule devant aucun sacrifice pour résister à une agression étrangère, on paraissait oublier ce que peuvent l'énergie, l'intelligence et la science militaire, l'artillerie et les navires à vapeur de l'Europe , opposés à la vanité indolente, à l'ignorance puérile, aux armes inutiles , aux jonques de Chinois. On ne réfléchissait pas que le gouvernement chinois avait intérêt à ce que l'interruption des relations commerciales ne se prolongeât pas sans nécessité; qu'enfin , dans un pays où la vénalité des fonctionnaires publics est un fait universellement reconnu, l'argent répandu à propos peut, au besoin, aplanir bien des obstacles ! D'ailleurs , on s'était mépris , jusques à un certain point, et sur les causes véritables de la rupture entre les deux gouvernements, et sur les moyens que l'Angleterre devait mettre en usage pour faire accepter à l'empereur les conditions qu'il était prudent de lui offrir avant ae pousser les choses aux dernières extrémités. Nous allons voir comment le gouvernement de la reine a manoeuvré dans ce moment de crise , et quels ont été, jusqu'à ce jour, les résultats du plan d'opérations qu'il a ndopté, plan fort analogue à celui dont nous avons donué plus haut une idée.

Dès le 4 novembre 1839, des instructions avaient été envoyées au gouvernement suprême des Indes anglaises pour préparer avec toute la célérité possible une expédition destinée à venger les insultes faites par les autorités

çouvernement chinois, pour se débarrasser de quelques pirates , fit brûler une étendue de cent lieues de côtes sur une profondeur de cinq lieues. Que ne ferait-il pas pour résister à une agression étrangère ? Il sacrinenit sans hésiter huit ou dix milltous de la population de ses provinces littorales.

9* livraison. (Inde.)

chinoises au représentant de la reine et aux sujets anglais On équipait en même temps en Angleterre une escadre et des bâtiments de transport destines à joindre l'expédition de l'Inde, avec un supplément de troupes de débarquement. Toutefois, la déclaration officielle des intentions du gouvernement de la reine ne fut promulguée que dans les premiers jours d'avril 1840.

Un ordre de la reine en conseil ,

f>ortant la date du 4 avril , autorisa la îaute cour de l'amirauté et les cours coloniales instituées à cet effet à prononcer sur toutes captures , prises et saisies qui pourraient être faites de tous vaisseaux, navires et cargaisons chinois par les bâtiments de guerre anglais , dans le cas où la saisie et la détention provisoire desdits vaisseaux, navires et cargaisons, ne détermineraient pas le gouvernement chinois à accorder la satisfaction et la réparation demandées. Ce cas échéant, les navires et cargaisons ainsi détenus provisoirement seraient confisqués et vendus, pour le montant en être appliqué ainsi qu'il serait statué ultérieurement. La reine en conseil justifiait dans les termes suivants la détermination ainsi prise d'user de représailles envers le gouvernement chinois :

« Attendu que nous avons pris en considération les torts et injures ( frtjurions proceedings ) faits dernièrement par certains officiers de tempe" reur de la Chine a certains de nos officiers et sujets; et attendu que nous avons donné des ordres pour qu'il fdt demandé au gouvernement chinois satisfaction et réparation de ces procèdes injurieux; attendu, en outre, qu'il est à propos, dans le but d'obtenir lesdites satisfaction et réparation, que les vaisseaux, navires et cargaisons appartenant à l'empereur de la Chine et à ses sujets soient saisis et détenus provisoirement, etc.... A ces causes, notre conseil privé entendu , il nous a plu ordonner, etc. »

(*) Beturn to an order of the honorable the house of commons, dated gth april «8/,o. Parfiamentarjr papers, n« a4».

L'UNIVERS

Du mois d'octobre 1839 au mois de mars 1840, les détenteurs des obligations souscrites par le surintendant Elliot au profit des négociants anglais qui avaient livré aux autorités chinoises, par l'intermédiaire de cet ofhM cier, l'opium détruit le 17 juin 1839, en présence du commissaire impérial Linn, s'efforcèrent d'obtenir du gouvernement de la reine , d'abord le payement des traites dont ils étaient porteurs, ensuite la promesse d'une!

compensation. Ces démarches n'eurent d'autre résultat officiel qu'une déclaration formelle de la part du ministère, qu'il n'avait à sa disposition aucuns tonds applicables au payement des traites du capitaine Elliot; qu'il ne pouvait s'engager à indemniser les parties lésées qu'avec l'autorisation du parlement, et qu'il n'avait nullement fin-, tention de soumettre aucune proposition au parlement à cet effet. On devait . s'y attendre; mais, d'un autre côté, le" principe, de la compensation était implicitement compris dans les résolutions adoptées à l'égard du gouver-, nement chinois, et il devenait évident que la Chine aurait à paver ( si les plans de l'Angleterre devaient réussir) non-seulement les frais de la cuerre, mais l'indemnité réclamée par le commerce anglais à Canton.

Le 7 avril , après une discussion très-animée sur la motion de sir James Graham, tendant à ce que la conduite du ministère dans la direction des affaires de Chine fût blâmée par la chambre des communes , les dispositions hostilesannoncéesparlegouvernement de la reine furent sanctionnées par un vote, qui ne justifiait cependant qu'à une bien faible majorité, celle de dix voix, les mesures adoptées par les ministres pour la protection des grands intérêts qui leur étaient confiés.

Le 27 juillet, la chambre des communes vota un crédit de 173,442 livres sterling pour les dépenses de l'expédition de Chine (environ 4 millions et demi de France). Dans la discussion qui s'établit sur ce vote, les ministres eurent à se défendre contre des attaques très-vives qui portaient

principalement sur le défaut de prévoyance du gouvernement qui avait négligé, disait-on , d'envoyer des instructions positives et complètes au surintendant Elliot. Toutefois , la détermination prise de demander satisfaction au gouvernement chinois des actes de violence et des outrages de ses délégués, parut avoir l'assentiment de la grande majorité de la chambre. Avant cette époque, l'expédition , dont le rendez-vous avait été indiqué à Singapour, était complètement organisée , et avait commencé ses opérations dans les mers de Chine.

Elle était placée sous le commandement supérieur du contre- amiral l'honorable George Elliot, arrivé à Singapour sur le Melville , 74, le 16 juin. L'amiral remit à la voile le 18, avec plusieurs autres bâtiments de guerre. Il avait été précédé de quelques jours par le commodore sir Gordon Bremer , commandant la première division de l'escadre. On estimait au mois de juillet les forces de l'expédition à 17 navires de guerre et 4 grands steamers , également armés en guerre : les troupes de débarquement fournies par l'Inde anglaise s'élevaient à 6,666 Enropéens et 2,175 Cypahis ou Lascars (plus 1080 non combattants). Il était venu d'An-

Sleterre environ 6,000 hommes , solats et matelots; en sorte que le personnel atteignait probablement le chiffre de 16,000 hommes de toutes armes et non combattants. Les plans du gouvernement avaient été tenus aussi secrets que possible. Cependant, on s'attendait généralement à un strict blocus de la rivière de Canton, peut-être à la destruction des forts a l'entrée de la rivière ; au blocus de quelques autres ports dans l'Est et à l'occupation d'une portion du territoire chinois : on supposait assez communément que ce serait un des principaux points de l'île Formose. On avait aussi parlé de la plus grande des lies du groupe de Chusan , comme du but préliminaire de l'expédition; l'événement justifia cette dernière conjecture.

Les premiers bâtiments de la flotte anglaise arrivaient à la bouche du Tigre au moment où les Chinois esta vaient vainement, pour la troisième fols, d'incendier à l'aide d'une flottille de brûlots les navires marchands en rode de Capsingmoun. Le blocus de la rivière de Canton fut officiellement proclamé par le commodore Bremer, le 22 juin, pour prendre effet à dater du 28. Le commodore laissa , pour former le blocus, cinq des bâtiments de sa division, et remit à la voile le 25. Le 28, l'amiral Elliot, arrivant à son tour, prit le surintendant Elliot à son bord, et fit voile vers le nord pour rallier sa division d'avant-garde. Elle était concentrée , le 2 juillet , près do Pile du Buffle (Duffalo Islande située au sud de l'archipel de Chusan , et où le général Oglanuer, commandant les troupes de l'expédition , mort de la dyssenterie dans les derniers jours de juin, fut enterré. Le brigadier Burrell le remplaça dans le commandement.

Enfin, la flotte se dirigea sur la grande île de Chusan et jeta 1 ancre, le 4 , dans la rade de Ting-Ilaé-HHn , sous les murs de la ville de ce nom , chef-lieu de l'Ile et de tout le groupe. Le gouverneur, sommé de se rendre , et tout tu avouant l'impossibilité d'opposer aucune résistance sérieuse aux forces anglaises, vint à bord du commodore nposer lui-même la nécessité où il se trouvait pour sauver l'honneur des armes chinoises et le sien, comme aussi pour sauver sa tête , de ne point livrer la place sans coup férir. On lui donna jusqu'au lendemain à la pointe du jour pour réfléchir, en le pressant de se rendre à discrétion , et de ne pas obliger les vaisseaux anglais à faire •en sur la ville; mais on n'entendit plus parler de lui, et le lendemain, S juillet, les troupes anglaises débarquèrent sous la protection du feu des vaisseaux. Les Chinois soutinrent à peine quelques instants ce feu terrible et abandonnèrent précipitamment les jonques de guerre mouillées près de terre et les positions qui dominaient la ville. Pendant la nuit, ils évacuèrent la ville elle-même , que des forti-

fications très - étendues défendaient cependant contre un coup de main, et quand le général anglais , ayant fait ses dispositions pour l'assaut, fit reconnaître la place le 6, à la pointe du jour, on acquit la certitude que, nonseulement les troupes chinoises , mais toute la population , avaient pris la fuite. Les dispositions arrêtées par le brigadier Burrell pour l'occupation de Ting-Haé ne paraissent pas avoir été dictées par un esprit de prévoyance même ordinaire , ou du moins il n'a pas su faire respecter ses ordres , s'il est vrai , comme le disent toutes les correspondances particulières, que cette ville, désertée à la hâte, et où le mobilier des maisons particulières et les magasins du gouvernement étaient restés intacts , ait été pillée et dévastée par les troupes de débarquement, les soldats européens ayant malheureusement trouve l'occasion de se livrer avec excès à leur penchant pour les liqueurs fortes. La ville de Ting- Haé et ses faubourgs contenaient plusieurs distilleries et un immense approvisionnement de cette boisson sniritueusequi paraît former une branche d'exportation considérable pour le commerce de Chusan , et qui est connue sous le nom de Sam-Shou.

Ces entrepôts furent découverts dès l'abord , et il s'ensuivit des désordres déplorables. Le brigadier Burrell, dans son rapport officiel, fait allusion au

Rillage, dont il affecte de rejeter tout ; tort sur la populace chinoise lors de l'évacuation de la ville par les habitants , mais il ne dit pas un mot des honteux excès auxquels se sont livrées ses propres troupes. D'après les derniers avis reçus , les tentatives faites pour rassurer les populations et déterminer les habitants de Ting-Haé à rentrer dans leurs foyers , avaient eu peu de succès. Les provisions étaient rares et la santé des troupes paraissait devoir souffrir de ce changement de climat. Chusan ne doit être considéré que comme un point d'occupation temporaire. Les Anglais l'avaient visité pour la première fois en 1700 , et y avaient été bien accueillis. Ils avaient

L'UNIVERS

commencé à y faire un trafic assez considérable, mais, en 1701, un ordre de l'empereur leur interdit toutes relations avec ce port-, cependant, un vaisseau anglais , le Northumberland , paraît avoir obtenu la permission du gouvernement chinois de jeter l'ancre devant Ting-Haé, en 1704, et lord Macartney y envoya chercher un pilote en 1793. La population de tout le groupe des îles Chusan s'élève , diton . à environ soixante mille âmes.

L'intérieur de la grande île est bien cultivé et produit beaucoup de grains : du thé et du coton pour la consommation locale. Les habitants sont adonnés à l'usage de l'opium ; ils font un commerce assez actif avec le continent chinois, principalement avec le port de Ningpo . d'où ils reçoivent, en échange de leur sam-shou, des étoffes de soie, de la poterie, etc. Pendant que les troupes anglaises débarquaient à Chusan, une frégate était envoyée à j4moy (lieu où les Anglais ont eu une factorerie q ut ne fut abandonnée

3u'à la fin du dix-septième siècle) , ans le but d'ouvrir , par cette voie, des communications avec Péking.

Mats , l'insolence et les provocations des Chinois , qui tirèrent sur un officier envoyé en parlementaire , amena une collision dont le résultat a été la destruction du fort d'Amoy par quelques bordées de la frégate. L'amiral Elliot, arrivé le 6 à Chusan , en était bientôt reparti pour tenter de faire parvenir de Ningpo (ville considérable située dans l'ouest, et à environ neuf lieues marines de Chusan) l'ultimatum de son gouvernement à l'empereur de la Chine, et établir avant tout le blocus des ports d'Amoy, Ningpo et Sanghaé. L'amiral devait ensuite se rendre dans le golfe de Peetcheeli , se rapprocher autant que possible de Peking, et ouvrir, de gré ou de force, des communications directes avec le gouvernement impérial. Nous persistons à penser que les démonstrations vigoureuses faites par les Anglais, et qui se résument jusqu'à présent dans ) occupation de l'île de Chusan , la destruction du fort d'Amoy , par la

frégate la Blonde , et le blocus des principaux ports chinois , suffiront pour déterminer la cour céleste à négocier avec les représentants de la reine d'Angleterre sur des bases fa-" vorabtes aux intérêts britanniques et aux intérêts du commerce et de la civilisation en général.

État intérieur. Avenir politique et commercial. — Résumons les principaux caractères des relations qui subsistent aujourd'hui entre le gouvernement suprême des Indes anglaises et les puissances voisines de son territoire, ou qui en sont des dépendances géographiques et politiques. De l'Afghanistan et au Sindh il ne nous reste rien à dire en ce momeut , si ce n'est que, dans notre conviction intime, ces deux pays sont pour longtemps placés sous In domination exclusive de l'Angleterre. Les États qui appellent , immédiatement après, notre attention, sont le Pandjâb, le Napâl et l'empire birman.

Le royaume du Pandjâb a été formé par l'habileté et l'énergie de Randjlt Singh , et il est probablement destiné à survivre bien peu d'années, comme État indépendant, à l'homme extraordinaire dont l'ambition , tolérée et même appuyée dans ces derniers temps par les Anglais, lui a donné naissance. C'est la seule partie de l'ancien empire moghol qui ne soit pas, par le fait, sous la domination immédiate de l'Angleterre. Il s'étend sur une très-grande étendue de pays prééminemment favorisé par la nature, tant sous le rapport de sa fertilité que sous celui de ses moyens de transport. Il tient dans Peshawar la clef de l'Afghanistan, commande la navigation de l'Indus, et sans l'intervention des Anglais, qui venaient de songer sérieusement à la restauration de Shâh Shoudjâ, Randjlt Singh se serait rendu maître de tout le cours de ce fleuve.

Ce prince, dont la sagacité suffisait pour retenir son ambition subtile dans les bornes de la discrétion , paraît avoir eu, de bonne heure, confiance dans sa fortune, en même temps qu'il comprit la nécessité d'entretenir les

relations les plus amicales avec le gou- Ternementde l'Inde anglaise (*). Ainsi, lorsque sir Charles Metcalfe, agissant d'après les instructions de lord Minto , contraignit Randjit à abandonner le dessein qu'il avait formé de s'approprier les petites principautés sikhs a Test du Sutledge , toutes les vues de Randjit se dirigèrent vers l'extension de ses possessions du côté opposé. Là , encore, les Anglais intervinrent pour protéger le Sindh , État mahométan que sa position sur le cours inférieur de l'Iodus rendait une acquisition des plus tentantes pour l'ambition du chef sikh ; il se résigna à cet échec , et ce qui prouve le mieux la supériorité de l'intelligence et du tact politique de Randjit, c'est que, tout fier qu'il était de l'organisation et de la force effective de son armée et de sa supériorité évidente sur les autres souverains indigènes, il a eu la conscience de sa faiblesse relative à l'égard de ses redoutables 2011$ de Calcutta , et a toujours fini par «e soumettre aux exigences de leur politique. Mais il est à présumer que son fils et son petit-tils (nous mentionnons surtout ce dernier , parce qu'il exerce par le fait l'autorité souveraine et qu'il annonce la prétention d'étendre la puissance sikh bien au delà de s« limites actuelles ) ne seront pas aussi prudents , et qu'ils se laisseront entraîner à la folle tentative d'essayer leurs forces contre les Anglais ! En ce ras, le résultat inévitable de la collision sera l'extension de l'empire anglo-indien jusqu'à sa limite naturelle,

0 M. Vigne, dans le volume qu'il a publié dernièrement à Londres [A pertonai narrative of a vuit to Ghuztù , Kabul , rte London, 1840, page 289), raconte «ine les officiers fraocau au service de haodjîi Singh ont contribué par leurs connus à le maintenir dans cette ligne politique. <>aad le chef de ftuurtpour le fit presser de faire cause commune avec lui contre les Anglais eu i8a6, le général Ventura dis- »uaoa, dtl-on, Randjit de prêter l'oreille à des propositions qui indubitablement eau- «raieni sa mine. Sur son refus d'entrer dans «lie alliance, on lui envoya de Bhurtpour «n habillement de femme (voyez p. 78.)

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l'Indus; et Shâh Shoudjâ, profitant de la chute du royaume sikh, reprendra, par la main de l'Angleterre, cette belle province de Peshawar, que Randjît avait enlevée aux Afghans. Les revenus, ainsi que le commerce de l'Inde anglaise, s'accroîtraient considérablement par cette accession du riche territoire du Pandjâb.

Le Napâl, quoique sa puissance ait été considérablement amoindrie par le traité que lui imposa , au mois de décembre 1815, lord Hastings, après deux campagnes assez meurtrières, est encore, pour la Compagnie, un voisin formidable. Les Gourkhas, race dominante du pavs , ont toute la fierté, le courage et la véhémence ardente et impétueuse de caractère qui distinguent généralement les montagnards.

Le pays, naturellement fort par sa configuration plastique, oppose sa redoutable inertie à la science militaire et à la haute discipline de l'armée anglaise. Toute la population libre dans le Napâl a une éducation essentiellement militaire et est soumise à un système de recrutement à la fois efficace el populaire. Ils ont des communications sûres et secrètes avec les Birmans, d'un côté, et les passes de leurs montagnes peuvent les conduire, inaperçus de l'autre, à l'entrée des grandes et fertiles provinces de Bénarès et de Patna. Les dispositions belliqueuses des Napâlais et la confiance tant soit peu orgueilleuse qu'ils ont dans les ressources stratégiques de leur pays, les entraîneront, peut-être , à essayer de laver dans le sang anglais l'outrage du traité de 1815. Mais l'état politique de ces contrées donne plutôt a penser que les Anglais auront à intervenir dans des dissensions intestines, et établiront, avant longtemps, d'une manière définitive, leur influence suzeraine sur ces populations désunies. Le prince régnant, jeune homme d'une intelligence bornée, se laisse gouverner, dit-on , par les femmes ; il a mis à mort un ministre habile et le général distingue aux talents duquel on devait attribuer principalement la résistance prolongée des Napâlais aux

L'UMVERS

armes britanniques dans les campagnes de 1814 et 1815. Tous les hommes de quelque distinction ont été disgraciés ou exilés. Le peuple , sous cette domination inhabile et oppressive, se démoralise rapidement, et l'intervention anglaise serait peut-être accueillie par la masse des habitants comme un bienfait.

A ce que nous avons déjà dit plus haut au sujet des Birmans, nous ajouterons quelques détails , qui feront mieux comprendre ce que nous avons déjà fait pressentir sur l'avenir probable des relations de l'Inde anglaise avec ce pays. L'ignorance et rarrogance de la 'cour oVAva sont au-dessus de tout ce que nous pouvons nous figurer en Europe. Quand Bandoula, le général favori du dernier roi , envahit le district deTchittagong au commencement de la dernière guerre , il apportait avec lui des chaînes en or destinées à lord Amherst , et il avait ordre, une fois Calcutta pris, de marcher sur Londres et de s en emparer!

Les défaites succédèrent aux défaites, sans dissiper cette ivresse d'aveugle orgueil qui caractérise si particulièrement les Ilindo-Chinois. Les officiers birmans, fuyant devant l'armée anglaise, qui s'avançait sur la capitale, tout persuadés qu'ils dussent être enfin de l'inutilité d'une lutte prolongée, ne s'en croyaient pas moins obligés ( ainsi que leurs lettres interceptées l'ont prouvé ) de pallier, par les rapports les plus absurdes, leur impuissance à arrêter l'ennemi : et le malheureux général qui commandait dans la dernière occasion où les Birmans essayèrent de tenir , à un endroit nommé Pagham-mioU) fut condamné à être foulé aux pieds des éléphants, quand il apporta la nouvelle de sa défaite! Les yeux du roi ne s'ouvrireut sur le danger de sa situation que lorsque les troupes anglaises n'étaient plus qu'à trois marches de la capitale; il fallut céder alors; mais il parait probable que la terrible leçon que les Birmans avaient reçue ne" suffît pas pour leur donner une idée exacte de l'immense supériorité de leurs adversai-

res. Quatorze ans ont passé sur ces événements, un nouveau souverain est monté sur le trône et ne réve que l'affranchissement des stipulations honteuses imposées par le canon des An-

Slais à son prédécesseur, La difficulté e négocier avec un peuple aussi orgueilleux que les Birmans et de résister aux provocations continuelles de leur stupide insolence et du brigandage auquel ils se livrent, en empiétant sur les limites que le traité leur a assignées; cette difficulté est extrême; mais le gouvernement de l'Inde a sagement évité jusqu'à ce jour, ainsi que nous l'avons dit, d'accepter les occasions de rupture, que l'imprévoyante ambition de Tharawadi lui a offertes. Le succès des armes anglaises dans l'Afghanistan a aidé lord Auckland à se maintenir dans cette ligne diflicile : cependant les Anglais se verront contraints, nous n'en doutons pas, de se rendre maîtres du cours de l'Irrawadi comme ils se sont rendus maîtres des cours du Barhampoutter et de l'indus, ou du moins de substituer un pouvoir ami à une domination hostile dans les pays situés au delà du Barhampoutter. Et quand nous disons que les Anglais seront contraints d'étendre leur domination dans ces contrées, nous sommes convaincu, en effet, qu'ils ne sauraient se soumettre sans répugnance à la nécessité d'une guerre comme celle dont les menace la folle résistance des Birmans. « Il n'y a ni profit, « ni honneur, » disait naguère un de leurs écrivains politiques, « à gagner « dans une semblable guerre. La nature « du pays, l'éloignement de ses parties « vitales, qu'il faudrait cependant oc- « cuper, rendront la campagne à la « fois longue et dispendieuse. Amah- « rapoura, siège actuel du gouverne- « ment, est situé à la haute extrémité « de la longue vallée de l'Irrawadt, à « six ou sept cents milles de la mer. « La partie inférieure de cette vallée « est un marais pestilentiel pendant « une portion considérable de l'année « et bien que la route la plus courte, « par les montagnes d'Arrakan, fût « indubitablement celle que choisirait

• notre armée , les frais de transc port d'un matériel aussi cons.'dera- « Die que celui que nécessiteraient des

• opérations de cette importance, de « munitions et provisions de toute es-

• pèce, pour avancer dans un pays « que les Birmans (comme ils Pont de- « ja prouvé) sauraient si bien dévaster, ■ la dépense, en un mot, qu'entraî- « nerait cette expédition gigantesque,

• serait nécessairement énorme. »

Quant au résultat d'une semblable expédition, il ne saurait être douteux»

si les Birmans combattent seuls ou s'ils n'ont pour auxiliaires que les autres populations bouddhistes de l'extrême Orient. La dernière guerre leur a enlevé de vastes contrées , que la conquête avait placées dans leur dépendance, mais cette accession de territoire n'a eu d'autre avantage réel pour l'Inde anglaise que celui d'empêcher le contact immédiat qui menacait chaque année les fertiles provinces du Bengale. Le gouvernement anglais avait été fatalement entraîné à cette dernière guerre par l'insolence et l'agression de la cour d'A va. Les plus ambitieux parmi les gouverneurs généraux de 1 Inde n'avaient pas songé à étendre l'empire de ce côté. Lord Hastings, a la lin de sou administration, avait soigneusement évité la lutte en affectant de rejeter sur l'imposture les tort* d'une provocation indirecte mais menaçante ( * ). Cependant , lord Amherst, le plus modéré, le plus pacifique de tous ces vice-rois, fut obligé, pru de temps après, d'ajouter à l'empire, deja si énorme, des Indes anglaises, de vastes provinces couvertes pour la plupart de forêts impénétrables , presque désertes , malsaines .

tn dehors des limites naturelles de cet empire! On ne pouvait douter qu'il ne s'écoulât bien des années avant qu'aucune de ces provinces pût payer les

(*) Lord Hastings renvoya au souverain hitutan le* pièces qui avaient élé saisies et '(•il prouvaient ses intentions hostiles, en l'assurant qu'il ne lui ferait pas l'injure do r< irdrr ces documents comme émané* de son autorité , etc.

dépenses auxquelles la possession entraînait le gouvernement : « mais il n'y avait pas à reculer (*). II était absolument nécessaire d'interposer cette barrière entre les paisibles sujets de la Compagnie et leurs barbares voisins, et de procurer en même temps un asile aux tributaires forcés ou sujets à moitié soumis des Birmans qui avaient franchement aidé les Anglais pendant la guerre. Il ne l'était pas moins d'infliger aux Birmans un châtiment dont ils pussent se souvenir. »

Ces diverses conditions auxquelles il a fallu satisfaire ont placé les Anglais comme souverains d Assam, Arrakfin et Tenasserim, parmi les États de l'Hindo-Chine. L'Angleterre, après avoir franchi l'indus, a donc aussi désormais de hautes destinées à accomplir au delà du Barhampoutter, et peut-être de grands dangers à courir; car la tête tourne quand il faut voir de si haut et si loin. L'œil de l'homme ne peut envisager sans crainte un pareil avenir!

Disons encore un mot des relations actuelles du gouvernement suprême avec les princes qui sont dans une dépendance plus ou moins absolue de ce gouvernement, et dont les États sont compris dans les limites générales de l'empire. Les principaux parmi eux sont : le roi d'Aoudh ou de Laknau et le ftizdm, dont la capitale est Hydrâbâd (qu'il ne faut pas confondre avec un autre Hyderabad, capitale du Sindh): ces princes sont mahométans; Scindiah et le radjah de Bérar, dont les capitales sont respectivement Gwalior et Nagpour : ces chefs sont Hindous, d'extraction mahratte; et enfin les princes radjpoutes , Hindous de haute caste, chez lesquels cette illustration séculaire s'unit à une réputation incontestée de franchise, d honneur et de courage militaire. .

Lesdynastiesmahométanes d'Aoudh et d'Hyderahad sont entièrement usées.

Les principales familles princières mahrattes ne valent guère mieux. Les radjahsdu Radjpoutana seuls semblent avoir assez de vitalité politique pour

O Edinburgh Rc9ie» , numéro déjà cite.

qu'on puisse espérer de les ressusciter, et le gouvernement anglais paraît n'avoir pas renoncé à l'espoir de faire revivre dans les principautés de Djeypour et Djodpour eu particulier, un esprit national et un sentiment d'indépendance qui ne seraient pas incompatibles avec la conGance et la déférence que réclamerait ce gouvernement comme ami et comme protecteur à la fois. Cependant, il nous semble bien difficile que les rapports du gouvernement suprême avec les chefs du Radjpoutana puissent reposer sur une base plus libérale <iue celle d'une intervention, pour ainsi dire toujours imminente, et ce qui s'est passé, il y a un an , précisément à Djodpour, est une indication très-significative de ce qu'on peut attendre de l'avenir. Quoi qu'il en puisse être, il ne saurait s'élever un doute raisonnable sur l'état de nullité dans lequel sont tombés les soidisant souverains mabométans de l'Inde; nullité dangereuse et déplorable dans ses effets, attendu que le gouvernement anglais est obligé par les traités, ou se croit obligé, le plus longtemps possible, de défendre chacun de ces petits tyrans contre tout ennemi intérieur ou extérieur.

Ces populations opprimées sont ainsi condamnées à souffrir tous les maux qu'entraîne à sa suite un gouvernement faible et corrompu , ét le joug sous lequel elles gémissent est maintenu par l'irrésistible force d'inertie du gouvernement anglais. «Le remède « ordinaire d'un mauvais gouverne- « ment dans l'Inde, » disait sir Thomas Munro ( gouverneur de Madras ) dans une lettre au marquis de Hastings, * est une révolution qui s'accomplit « tranquillement dans l'intérieur du « palais ou au dehors par la violence , « c'est-à-dire, par la révolte ou l'inva- « sion étrangère ; mais la présence des « forces anglaises détruit toute chance « de remédier ainsi au mal , en main- « tenant le prince sur le trôue contre « toute opposition intérieure ou exté- « rieure. Cet appui le rend indolent, en « lui apprenant à se reposer sur nous « du soin de sa sûreté; cruel et avare,

« en l'assurant qu'il n'a rien à craiodre « de la haine de ses sujets. » Cela peut donner une idée des misères que le système subsidiaire ( subsidiary System), système né de la nécessité de

Sri ver ces soi-disant princes des moyens e renverser la souveraineté réelle qu'exercent les Anglais, a infligées aux plus belles provinces de l'Hindoustaii.

Les hommes d'État en Angleterre et dans l'Inde, ont très-bien compris que tout l'odieux de ce despotisme retombait sur le gouvernement anglais ; que d'ailleurs , les dépenses inévitables auxquelles entraîne une pareille situation, augmentent considérablement les charges de l'État , obligé de maintenir une force armée oui puisse suffire à toutes les éventualités. Chacun de ces mannequins couronnés entretient un corps de troupes commandé par des officiers anglais , et il a en outre à sa solde un ramassis de troupes irrégulières qui , en temps de paix, ne sont redoutables qu'aux paisibles sujets de leur maître , mais qui , en cas de guerre sur la frontière, ou d'insurrection ou de mutinerie, et surtout si les troupes anglaises éprouvaient quelue échec partiel, peuvent devenir et eviendraient infailliblement la cause de désordres et de maux infinis. Tels sont les dangers de cette position anomale, où les hésitations d'une politique longtemps entravée par les étroites exigences du monopole ont placé le gouvernement Fupréme des Indes anglaises. Ce gouvernement n'a aujourd'hui que le choix entre deux maux.

Il faut que, dans son respect pour les traités , il consolide l'oppression , ou qu'il attende au moins en silence que les effets du despotisme , devenus désormais intolérables, nécessitent son intervention ; ou bien il faut qu'il manque à la foi jurée , et qu'il ait le courage de montrer plus de respect pour les droits imprescriptibles de l'humanité que pour des traités dont l'ambition et l'intérêt matériel pouvaient seuls , non pas justifier, mais expliquer l'origine. Ce serait là sa gloire , et , nous n'hésitons pas à le dire, ce serait également une des plus précieuses ga-

ttnties du bonheur et de la prospérité de ces vastes et populeuses contrées.

L'examen des ressources commerciales de l'empire hindo-britannique , commencé par la chambre des communes a l'occasion de la pétition présentée au parlement par la Compagnie, dans l'intérêt de l'Inde agricole et industrielle ( pétition sur laquelle nous reviendrons bientôt ), a mis cette vérité dans tout son jour.

L'opinion formelle des fonctionnaires qui ont été consultés par la chambre des communes sur les moyens politiques à employer pour donner au commerce de lin de l'extension dont il est susceptible, est que l'Inde entière, en deçà de l'Indus , devrait , le plus tôt possible, être considérée et traitée, &ous le rapport de la législation commerciale, comme un seul empire, ce qu'elle est en effet. L'Inde anglaise comprend aussi bien, en réalite, les États natifs indépendants (native States ) que les divers territoires placés sous I autorité immédiate du gouvernement anglais. Ces États sont unis et comme incorporés à l'empire par les liens étroits de l'alliance subsidiaire; ils fournissent des contributions régulières , soit en troupes , soit en ar- «nt, pour les dépenses générales de cet empire , et doivent se conformer aux instructions qu'ils reçoivent du gouvernement suprême dans toute affaire relative au bien de l'État, que le cas ait été prévu par la lettre des traités, ou non. Des devoirs inséparables de l'exercice du pouvoir suzerain dans Tlode prescrivent d'appuyer par la force l'exécution des mesures d utilité générale, et entraînent la coopération de tous les États dans lesquels l'Inde «t divisée, et qui, sous le rapport de leurs intérêts particuliers et de leurs rivalités , ont constamment besoin de la faveur et de la protection du gouvernement anglais. Nul doute que l'influence de ce gouvernement n'ait amélioré à un degré très- remarquable la situation générale , politique et commerciale de l'Inde. Ainsi, les Anglais, du moment que leur suprématie a été

mise hors de doute, sont intervenus constamment pour le maintien de la paix entre les princes natifs; ils ont mis un terme aux pillages et aux dévastations des Pindaries; ils ont poursuivi sans relâche et achèveront d'exterminer (l'humanité l'espère au moins) les abominables associations des Thuas (*); ils ont vigoureusement et noblement exercé leur influence pour abolir le satti et l'infanticide. Ils ont apaisé bien des révoltes intérieures, soulevées dans les États natifs par la turbulence de chefs puissants ; ils ont, par de vives remontrances, réprimé d'innombrables actes d'oppression de la part des gouvernements indigènes : ces gouvernements sachant bien que leur désobéissance aux instructions émanées du pouvoir suprême les priverait de ce redoutable mais indispensable appui, et que la désorganisation et la destruction de leur propre puissance en seraient la suite inévitable. Les efforts du gouvernement anglais ont, de temps en temps, été utilement dirigés vers la réduction de taxes exorbitantes et l'amélioration de certaines routes qui présentaientdegrandsobstaclesaucommerce; cependant, les mesures prises sous ce rapport n'ont été jusqu'à présent, de l'aveu même des principaux agents du gouvernement , ni très-judicieuses, ni très-suivies, et, jusqu'à une époque très- récente, le commerce dans l'Inde anglaise a été entravé par l'existence , sur les territoires mêmes de la Compagnie, d'un système de douane pire que celui d'aucun État in* digène, le Pandiâb excepté (**).

Lord Weilesley avait rédigé des traités de commerce, sur le principe européen de réciprocité, avec les États deLacknau (Aoudh), de Napâl , d'Hyderabad et de Nagpour; mais les clauses

(•) Prononcez Thengs, mieux, Thoeugt :

voyez p. a?.

(••) Les droits de transit perçus autrefois dans les territoires de la Compagnie ont êié abolis pour les présidences de Calcutta et de Bombay. Ils ne larderont pas à être supprimés également dans toute rétendue de la présidence de Madras.

de ces traités étaient ou trop compliquées dans leur rédaction pour s'adapter à l'intelligence des natifs, ou peutêtre (et cela nous parait plus probable) trop assujettissantes pour leur convenir; et l'attention du gouvernement ayant été , bientôt après , dirigée sur d\iutres points , les traités furent oubliés , et , depuis bien des années , ils sont devenus lettre morte. Dans le but d'établir la liberté de la navigation do la Djamna , au-dessous d'Agra, et là liberté du transit entre les possessions de la Compagnie et les territoires de Sa"or et (les États situés sur la rive delà Narbaddah , le gouvernement obtint des chefs du Bundelcund, qu'ils renonçassent, moyennant une compensation en argent , aux droits qu'ils étaient dans l'habitude de prélever sur toutes les marchandises qui passaient par leurs territoires. On en agit de même à l'égard de plusieurs petits États limitrophes du territoire de Delhi, mais on découvrit plus tard que la compensation demandée par ces États ctait exorbitante, et il fallut renoncer à cet arrangement , excepté avec la principauté de Ballabgurh, située sur la Djamna. Pour ouvrir la navigation de la Djamna depuis Delhi jusqu'aux montagnes, on acheta de la même manière , aux chefs sikhs dont les territoires sont placés sur la rive droite de cette rivière, le droit de lever un impôt sur le commerce de transit, et cet arrangement subsiste aujourd'hui. On employa les mêmes moyens pour faire de la ville de Djagaâri, située sur cette même frontière, un entrepôt libre. On voulait amener les nombreux chefs sikhs, par les territoires desquels passe l'importante route commerciale qui conduit de Djagadrt à Loudiânâ, à consentir à un arrangement pour la perception des droits dans le même lieu et d'après un tarif unique; mais ce plan ne fut pas exécuté. Après six années de négociations avec les États qui bordent le cours du Sutledge et celui de l'Indus , on parvint enfin à s'entendre sur les moyens de rouvrir la navigation de ces deux fleuves. Le principe adopté

fut celui de substituer aux exactions infinies et arbitraires du passé , un droit unique de transit, modéré, percevable à un seul endroit, et égal pour tous les bateaux, de quelque dimension

3u'ils fussent et quelle que fût la nature e leur chargement. Ainsi, les bateaux ne sont forcés de s'arrêter qu'à un seul endroit, Mitthuu Kole , situé au continent des rivières du Pandjâb avec rindus et entre les points extrêmes de la navigation utile (*). Au reste, tous les États natifs sont obligés par l'usage, et plusieurs d'entre eux par les traités en vigueur , h laisser passer, libres de tous droits , les approvisionnements de toute espèce, expédiés pour le service du gouvernement suprême, et il ne parait pas qu'en aucune circonstance ils aient essayé de contrevenir à cette règle.

En résumé et pour ce qui concerne le commerce intérieur, on peut conclure de ce qui précède que le gouvernement suprême des Indes anglaises a déjà beaucoup fait pour la sécurité et l'extension de ce commerce , mais qu'il lui reste plus encore à faire pour atteindre le but. Or, nous ne voyons qu'un moyen à la fois loyal et efficace d'y parvenir, c'est d'user largement, ouvertement et avec toute la promptitude que la prudence peut autoriser, de l'influence que les traités et (ce qui est plus fort encore que les traités) les besoins et les voeux des populations donnent au gouvernement pour intervenir, à l'égard des États dépendants de l'Hindoustan, dans les matières relatives au commerce. Les agents du gouvernement suprême reconnaissent eux-mêmes que les traités existants ont cette tendance: « Dans une confédération comme celle de l'Inde, di-

(*) Voye* pages 5o, 5i et 5a, note. L'espoir manifeste par le gouvernement suprême relativement à rétablissement d'une foire annuelle (ainsi que sir Alexandre B urnes l'avait suggéré), parait s'être réalisé. La foire a dû s'ouvrir à Sakkcer au mois de janvier dernier (1841), et devait durer uu mois. Ce syslème de foires annuelles a clé adopté par les Russes avec un très-gn.nd succès.

sentes, il doit exister une autorité qui ait le pouvoir de remédier au mal et de travailler au bien commun; tous les traités avec les États natifs reconnaissent , plus ou* moins, le gouvernement anglais comme investi de cette autorité qu'il a été plus d'une fois forcé d'exercer, non-seulement dans l<*s cas expressément reconnus par les traités , mais encore dans des cas nouveaux, tels au'il s'en est montré et doit nécessairement s'en montrer de temps à autre. »

La sécurité et le développement de la navigation de l'Indus et de ses affluents doivent être aujourd'hui le principal objet de la sollicitude du gouvernement , en ce qui touche aux grands intérêts du commerce intérieur.

L'exploration de ces rivières , celle du cours inférieur de l'Indus en particulier, étaient des mesures préliminaires dont l'importance avait éveillé de bonne heure l'attention. Il fallait s'occuper des moyens de soumettre au pouvoir de la vapeur ce delta d'une navigation si difficile à cause de la nature capricieuse des lits et de la mauvaise qualité du fond. Maintenant

Îue la domination anglaise est établie e fait dans toute l'étendue du Shind, et ne peut tarder à l'être dans le Pandjâb, ces explorations importantes seront promptement complétées , et il est hors de doute que la navigation de l'Indus et de ses atlluents recevra dans peu d'années un immense développement. L'expédition d'Afghanistan a rte, comme on pouvait le prévoir, l'occasion et l'instrumentde nombreuses recherches oui ont suggéré d'utiles mesures pour 1 encouragement et l'extension du commerce intérieur par cette voie. Les points les plus avantageux pour servir d'entrepôts ou de

Sïts de départ ont été signalés par ouvernement h l'attention des spétteurs. Les ressources du pays, les échanges les plus profitables, leur ont été indiques ; en un mot, une impulsion et une direction nouvelle ont déjà été données au commerce , en particulier à celui de Bombay. Le port riterain le plus important auquel la na-

vigation puisse s'étendre dans les circonstances actuelles, est celui de Firozepour, à neuf cent cinquante milles des bouches de l'Indus. Firoze-

E)ur était une ville considérable dans s anciens temps, de nombreuses ruines l'attestent. Elle a un fort d'une bonne assiette qui a été récemment mis en état de résister à un coup de main. On y a construit des marchés et de nombreuses boutiques; elle se repeuple rapidement. Plusieurs régiments sont cantonnés dans les environs. Le ghât (débarcadère) est à la distance d'une lieue environ de la ville et d'un accès commode. De Firozepour on peut se rendre par des routes faciles dans toutes les parties des États sikhs protégés {protectedsikhs States).

Patalla, Nabal, etc., sont des pays riches et qui peuvent offrir plusieurs articles de commerce. Toutes les pacotilles d'objets d'Europe pour Sabattou et Si m la ii sont maintenant envoyées h Barr, située dans la vallée de Pindjore,à quatorze marches (cent soixante milles) de Firozepour. Ces pacotilles sont amenées de Calcutta à Âllahabad par des bateaux à vapeur, et de là conduites cinq cent soixante milles

S lus loin, par la voie de terre, au ghât e Gharmakteser, sur le Gange, puis enfin par Mirut (deux cent six milles) au lieu de leur destination. Les prix des articles de luxe venant d'Europe, qui sont fort demandés et dont la consommation tend a s'augmenter de jour en jour, sont portés ainsi à cinquante pour cent au-dessus des prix courants de Calcutta. Les marchands de Bombav, remontant le Sutledje dans la saison favorable, pourront dès à présent, selon toute probabilité, soutenir une concurrence avantageuse avec les expéditionnaires de Calcutta, même dans l'approvisionnement des marchés de Simlah, Sabattou, etc.

Loudiana, position civile et militaire importante, située, comme nous l'avons vu, sur le Sutledje, à peu de distance de Firozepour, se fournira aussi de préférence à cet entrepôt. C'est une chose digne de remarque , pour le dire en passant, que le point de départ

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de l'armée qui a soumis l'Afghanistan qu'avec les marchés importants de à l'influence de la civilisation euro- Bhawani et de Palli dans ie Radjpoupéenne, soit destiné à devenir l'un des tana. On trouve encore, de Bohaw aicentres principaux du commerce qui pour à Bâkhccr, plusieurs point situés va refleurir sous la protection de la clans un pays fertile, bien cultivé, et domination anglaise. dont les productions offriront très- Sur la rive droite du Sutledje, vis-à- probablement d'utiles échanges ; mais vis de Firozepour, des routes directes BaJikœr ( cent quarante-quatre milles conduisent à Amritsir et à Lahore, de Bahawalpour) est, nous le répétas deux principales villes du Pand- tons, le point le plus important de jâb. La distance est courte et la route tous. C'est celui qui commande le coinfacile, et il est probable qu'on pour- merce de tout le fleuve; c'est le terme rait se rendre à Lahore plus commodé- de jonction des routes qui viennent ment par cette voie que parla rivière de l'Hindoustan , du Sindh, de PAf- Râvy (quoique celle-ci passe à Lahore ghanistan. Kheyrpour n'en est éloigné même ), parce que le cours du Sut- que de quinze milles, Shikarpour de ledje est infiniment moins tortueux que vingt -deux milles. C'est là que les steacelui du Râvy. A sept milles de la ri- mers devront remonter d'abord; c'est vière, sur là route de Lahore, se de là que l'ouest de l'Afghanistan et trouve une ville nommée Kassour, où la Perse elle-même tireront peut-être il se fait beaucoup d'affaires, et où des un jour tous les articles d'Europe néarticles de sellerie, de quincaillerie, cessaires à leur consommation. Hydesur les modèles sikhs, et des cuirs de rabad est à cent soixante-dix-huit hiilcouleur, rouges, verts et jaunes, trou- les de Bâkkœr. On compte trois cent veraient un débit avantageux. Kassour vingt-neuf milles de Bâkkœr à Pemétait autrefois une ville fort considé- bouchure Hadjamri de l'Indus. Dès le rable. Des articles de fantaisie, des mois de mai 1839, un avis officiel du soies, des satins, des himhhabs (bro- gouvernement suprême avait prévenu carts ) et de la bijouterie, en particu- le commerce que cinq bateaux, de trois lier les perles et lesémeraudes, vraies cents mands au moins chacun ( dix a ou fausses, seraient fort recherchés douze tonneaux), et préparés pour redans les villes sikhs , les chefs sikhs cevoir des passagers aussi bien que des et les gens aisés aimant à s'habiller marchandises , seraient expédies deux richement. Des outils de charpentier, fois par mois du ghât de Firozepour du fer en barres, se vendraient aussi pour Bâkkœr, à commencer du 1er juin, avec profit. Au mois d'avril 1840, deux steamers^ En descendant le Râvy, le marché le Snake ( le Serpent ) , de la force de de Moultâu appelle l'attention des spé- dix chevaux seulement , et Cornet ( la culateurs. Le gouverneur actuel de Comète) , de la force de soixante clie- Moultdn est un administrateur éclairé vaux , avaient accompli successivement qui protège le commerce. Moultân fa- le trajet du bas Indus à Firozepour, et brique de très-beaux et bons tapis, avaient effectué leur retour avec des Bahawalpour, près du Sutledje, à trois passagers et des marchandises; mais cent soixante-utx-sept milles de Firo- on n'a pas encore ne détails suffisants zepour et environ soixante-dix milles sur ces voyages. Plusieurs nouveaux de Moultàn, se présente ensuite. C'est steamers ont été construits pour la une ville peuplée de vingt mille habi- navigation de l'Indus et du Sutledje, tants, parmi lesquels on compte un et il est probable qu'au moment où assez grand nombre d'Hindous ; tout nous écrivons, les communications et le commerce de détail est entre leurs les moyens de transport sont eomplemains. De Bahawalpour, il s'établira tement organisés, ou sur le point de probablement des relations avantngeu- l'être dans tout le domaine fluvial de ses avec la province anglaise d'Har- l'Indus (*).

riana et les provinces voisines , ainsi (*) Le commerce français nous semble

INDIv

Arec des bateaux à vapeur d'un faible tirant d'eau, on arrivera certainement de l'embouchure de l'Indus à Moultan en dix jours, au lieu de quarante, que nécessite le halage, et déjà, de ce point comme centre, on pourra ouvrir des relations avantageuses avec 1rs provinces voisines. Nulle part la marche n'est obstruée par des barrages, des rapides, des cataractes, et la nature semble avoir tout fait pour favoriser cette navigation intermédiaire.

Le trajet de Lahore à la mer (une distance de 1000 milles environ) se fera probablement, avant longtemps, en moins de vingt jours; à Moultân, en si* ou huit jours; de là à Bâkkœr en quatre jours au plus ; puis à Hyderabad fn trois; et de là à l'embouchure en deux ou trois jours. Nous avons déjà fait observer (p. 65) que du temps d'Aureng-Zeb, il se faisait un commerce considérable par l'Indus et le Kâw jusqu'à Lahore.

Résumons en peu de mots les observations qui précèdent.

Les plus grands obstacles politiques s'opposaient depuis longues années au rétablissement de cette ligne commerciale si importante qui , de l'emboitrhure de l'Indus, atteint le pied de l'Himalaya. Les princes qui régnaient hier encore le long des rivages de ce fleuve, grevaient de droits énormes le passage des marchandises ou pillaient les marchands. Le commerce était réduit à se frayer, par terre, des voies détournées et coûteuses. Entre Lahore ,et la mer, on comptait tout au plus, dans ces derniers temps, sur tout le système de l'Indus, sept cents bateaux,

appelé à prendre sa part dans ce développement prochain des ressources commernales de l'Afghanistan et du Sindh , et nous aimons à croire qu'il profilera des nouveaux [it-bourhes qui lui sont offerts dans l'extrême i >rient. Non* pensons que les ports de Bombay et de Karatchi en particulier pourront devenir le but d'expéditions profitables, et nous appelons sur les relations nouvelles et m porta h 1rs qui doivent nécessairement s'établir pour fournir à de nouveaux besoins , TaUentroa des armateurs de nos ports prin-

qui suffisaient pour le service des passagers et le transport des bagages et des marchandises. Aujourd'hui que l'Indus est devenu de fait, comme il était destiné par la nature à le devenir, la frontière occidentale de l'empire hindo-britannique, cet état de décadence va faire place, comme par miracle, à une activité et une prospérité sans cesse croissantes. A l'intérieur, la suppression des droits de transit dans les territoires de la Compagnie, et l'adhésion graduelle des États protégés aux mesures adoptées par le gouvernement suprême, vont donner une impulsion salutaire et puissante à toutes les forces productives de l'Hindoustan. Les obstacles politiques qui s'opposaient au développement et à l'utilisation des ressources naturelles de ces vastes contrées, ont déjà disparu en partie. Ils ont disparu devant la volonté intelligente de la nation anglaise, représentée sur cette terre lointaine par un véritable homme d'État et un grand citoyen; car tel nous apparaît lord Auckland à la téte de cet immense empire de l'Inde, dont il vient de consolider la puissance.

Quelles que soient nos opinions et nos sympathies particulières , nos répugnances, peut-être, nous ne pouvons refuser notre admiration à de semblables actes. L'humanité tout entière doit applaudir à des mesures dont l'énergie prévoyante aura avancé d'un demi-siècle le triomphe de la civilisation européenne, dans des pays qui languissaient depuis si longtemps sous le joug du despotisme le plus ignorant et le plus immoral à la fois. L'agriculture encouragée, l'industrie protégée, le commerce ouvert à la concurrence des nations de l'Europe et de l'Asie, les rapports intérieurs améliorés et consolidés dans un but d'avenir, les rapports extérieurs étendus et rendus de jour en jour plus profitables, tels sont les bienfaits que la domination anglaise promet aux peuples de l'Inde gangétique et à ceux qui habitent les bords de l'Indus ; tels sont les devoirs qu'une saine politique lui impose.

Mais le gouvernement de l'Inde ne

L'UNIVERS

peut promettre au monde l'accomplissement de cette noble tâche, qu'autant

3ue l'Angleterre elle-même comprenra qu'il est de son honneur et de son intérêt de s'y associer. Si le gouvernement de Calcutta encourage la production d'un côté, il faut que le pouvoir législatif, à Londres, encourage à son tour l'exportation des produits de l'Inde. II est bien démontré aujourd'hui qu'obligée à des remises annuelles, qui s'élèvent en moyenne à 3,200,000 livres sterling (environ quatre-vingt-un millions de francs), l'Inde ne peut trouver les moyens de fournir, pendant longtemps , à ses dépenses intérieures et extérieures, que Jans le développement normal de son industrie agricole et manufacturière. Traiter l'Inde en pays conquis et lui imposer un tribut éternel sans com-

f>ensation, au moins probable, dans 'avenir, c'est à la fois de l'oppression et de la mauvaise administration, à la fois un crime et une faute politiques ! La Compagnie sur qui pèse la responsabilité immédiate de cet avenir de l'Inde britannique, a senti que le moment était venu d'appeler par un vigoureux effort l'attention du parlement sur l'état actuel de l'agriculture et du commerce de cette immense colonie. La pétition formulée à cet effet a été présentée à la chambre des communes, le II février 1840, le 14 à la chambre des lords. La commission nommée par la chambre des communes (le 25 tevrier) pour examiner celte importante affaire, et procéder à une enquête complète sur tous les points indiqués par la pétition, n'avait pu terminer son travail pendant la session de 1840, et a dû se borner à publier les premiers résultats de ses recherches (*). La commission nommée par la chambre haute conclut, le 2 avril, son enquête commencée le 2 mars, et fit son rapport, qui fut envoyé à la chambre des communes le 2 juin (**). Nous croyons ne pouvoir (*) Imprimé par ordre det communes , le si juillet 1840, 1 vol. in -fol. de iv, 636 et 70 pages.

(**) lin primé par ordre des communes,

mieux faire que de reproduire fidèlement les conclusions de ce rapport; conclusions qui donneront à la rois à nos lecteurs une idée nette des demandes soumises au parlement par la Compagnie, et des solutions qui seront probablement obtenues.

Le comité, avant de faire connaître son opinion à la chambre sur les diverses matières auxquelles la pétition se rapporte, croit devoir appeler l'attention de la chambre sur la situation particulière dans laquelle l'Inde se trouve placée parmi toutes les autres dépendances de la couronne britannique , et sur les droits particuliers qu'elle semble avoir, par suite de cette situation exceptionnelle, à la justice et à la générosité, aussi bien qu'à la protection politique du parlement.

Possédant une population quatre fois plus nombreuse que celle du Royaume- Uni et de tout le reste de l'empire britannique dans toutes les parties du monde; défrayant par ses propres ressources toutes les charges de son gouvernement civil et de son état militaire, administrés par des Anglais qui occupent exclusivement les emplois les plus élevés, les plus lucratifs et les plus honorables de l'État, l'Inde doit, en outre, transmettre annuellement en Angleterre, sans aucun autre retour

3ue des envois de matériel peu consiérables pour les armées, une somme de deux a trois millions sterling (*), dont la plus grande portion doit nécessairement être remise régulièrement chaque année, sans égard aux frais que cette remise doit entraîner , ou aux dérangements qu'elle peut occasionner dans les calculs ordinaires du commerce.

Le comité ne peut douter que le parlement ne voie dans ces circonstances d'impérieux motifs pour accorder aux pétitionnaires qui l'approchent au nom des peuples de l'Inde, l'attention la plus favorable et la plus indulgente; et

le 4 juin 1840, 1 vol. in-fol. de xxu et aoi pages.

(*) Pour lé payement des intérêt! aux actionnaires , et autres dépenses. Yoy. p. 16 et 17.

que ce ne fût un sujet de regret pour if parlement qu'une géne temporaire dans d'autres dépendances de la couronne, ou des considérations générales, applicables aux grands intérêts de l'empire , rendissent nécessaire le refus de satisfaire à des réclamations <|w se recommandent si fortement à son attention.

Le comité pense que le principe général sur lequel devraient reposer les reniements commerciaux affectant les relations entre le Royaume-Uni et ses lependances coloniales et les relations de ces dépendances entre elles, est celui de l'égalité la plus parfaite ; qu'on ne doit admettre d'exception a <*tt« égalité que là où les intérêts perrnts de l'empire , ou des cirtances momentanées dans une portion quelconque des possessions extérieures, paraissent rendre une semblable eiception nécessaire ou convenable; qu'aucune colonie ne doit être favorisée aux dépens d'une autre et jouir par exception de certains avantages, soit dans les ports coloniaux, ft>itdans ceux du Royaume-Uni; que le parlement doit encore moins assu- *r aux produits et aux manufactures du Royaume-Uni un avantage queltonque , dans aucun port colonial , sur les produits coloniaux qui peuvent soutenir la concurrence ; car ie comité est fermement convaincu que les possessions coloniales, dispersées kns quatre prties du globe et dans la dépendance législative d'un gouverne- »*Qt éloigné , ne peuvent être maintenues dans une obéissance paisible et volontaire qu'autant que le gouvernement prendra pour guides la stricte justice et l'impartialité dans l'adoption de toute mesure législative qui peut affecter leurs intérêts.

Conformément à ce principe d'éga- '.'té, le comité recommande d'abord fortement l'abolition immédiate detous ces droits exceptionnels qui , dans ' Australie et dans l'île de Ceylan, donnent à l'industrie du Royaume-Uni davantage marqué sur celles de l'Inde et des autres dépendances coloniales k la Grande-Bretagne.

Conformément au même principe, le comité recommnnderalt qu il ne fût accordé, dans les ports anglais, aucun avantage au tabac de l'Amérique anglaise sur celui de Plnde anglaise.

Jusqu'à un certain point , les spiritueux des Indes orientales et occidentales sont déjà placés sur un pied d'égalité parfaite. Aucune distinction n'est établie entre ces deux produits, ni quant aux conditions déportation , ni dans les contrats passés pour fournitures au gouvernement.

Le comité aurait été heureux de se croire autorisé à recommander, au moment actuel, que le droit prélevé sur le rhum des Indes orientales fût , immédiatement et dans tous les cas , assimilé à celui prélevé dans les ports anglais sur le rhum des colonies où l'esclavage a été récemment aboli ; mais le comité est à regret forcé d'admettre que les circonstances détaillées dans les dépositions qu'il a recueillies sur l'état de transition dans lequel lesdites colonies se trou vent aujourd'hui, constituent des motifs suffisants pour excepter ces mêmes colonies de I application rigoureuse du principe général d'égalité. Il a cependant été établi par un des témoins examinés , personne tout à fait en état d'apprécier le mode d'action du nouveau système, que les Indes occidentales ont passé le moment le plus critique quant aux difficultés de la main-d'œuvre, et, prenant en considération les forces productives de l'Inde, la richesse et l'étendue de son sol et ie taux peu élevé de la main-d'œuvre dans ce pays, ainsi que l'état actuel et probable des marchés anglais (en ce qui concerne les sucres ) , le comité ne peut qu'espérer qu'en maintenant pour quelque temps encore les droits actuels sur le rhum des IndeS orientales et occidentales, on procurera aux Indes occidentales un soulagement présent et des moyens de prospérité future, sans cependant que la culture de la canne à sucre dans l'Inde en éprouve une diminution sensible. Il faut bien reconnaître en même temps que le maintien du tarif actuel doit avoir pour résultat de priver les cultivateurs de

L'UNIVERS

la canne à sucre dans l'Inde d'une nouvelle source de profit à laquelle il est reconnu en principe général qu'ils ont droit de participer, et de différer le soulagement important que les consommateurs dans ce pays recueilleraient d'une diminution du prix du sucre.

Le comité se plaît a remarquer combien l'importation du sucre des Indes orientales a augmenté depuis l'égalisation des droits. L'état de cette branche du commerce , pendant les années antérieures et postérieures à l'égalisation de ces droits, est représenté dans la table suivante :

AXNKES.

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