Inde histoire et description de tous les peuples, de leurs religions, moeurs, coutumes, industries, etc par m. Dubois de Jancigny et par m. Xavier Raymond
L’Inde ! Il y a dans ce mot quelque chose de grand et de vénérable, de vaue et de mystérieux , même après tant e siècles! L’Inde, la plus ancienne portion civilisée de l’ancien monde , le berceau des croyances religieuses , qui, dans leur unité", leur simplicité et leur grandeur primitives, semblent avoir embrassé, comme une vaste formule, tous les cultes, qui depuis se sont partagé les peuples : ITnae , le théâtre des événements historiques les plus inattendus, les plus grands, les plus merveilleux : l’Inde, qu’ont visitée tour à tour les dieux, les héros, les philosophes, les hommes avides de science et les spéculateurs les plus hardis dans tous les siècles : l’Inde, dont Sésostris, Darius, Alexandre, Tchinguiz Khan, Timour, Baber, Nader-Shâh, Napoléon , ont tenté ou achevé en partie la conquête : l’Inde , enfin , dont la Providence , un instant indécise en notre faveur, semble avoir confié désormais les destinées à l'Angleterre! Voilà le pays dont nous devons essayer de tra-
lr* livraison. (Inde.)
cer l’histoire, et de faire connaître surtout l'état actuel ; mais dont le passé et l’avenir intéressent au plus haut degré l’humanité tout entière , car ie passé de l’Inde recèle dans ses profondeurs quelques-uns des principaux traits de l’histoire du monde, et son avenir se lie d’une manière de plus en plus intime au sort des grandes nation^ européennes. D’ailleurs , sous le point de vue scientifique, et sous celui du perfectionnement intellectuel de l’espèce humaine, l’étude des temps anciens de l’Inde, ou du monde brahmanique , fait essentiellement partie du progrès général de l’humanité, et ainsi, comme révélation encore attendue, nous pouvons dire que ce passé des premiers âges de l’Inde appartient à l’avenir !
On peut conclure de ce peu de mots, et nous n’hésitons pas à déclarer qu’en effet nos connaissances sur l 'Inde ancienne sont encore très-bornées; que nous n’avons que des données imparfaites sur l’origine, l’organisation primitive et l’histoire des peuples qui l’habitent ; que tout est a faire pour la construction de ce vaste édifice historique, et qu’on s’occupe d’hier seulement a en rassembler les matériaux; mais nous n’hésitons pas davantage à affirmer que l’étude de la
L’UNIVERS
littérature et des antiquités indiennes est l’une des plus importantes et des
Elus utiles qu’il soit donné à l’esprit umain d’aborder désormais. Dès les premiers pas de cette étude nouvelle , des découvertes d’une grande valeur historique ont justifié le zèle et la persévérante intelligence des explorateurs, et permettent de prévoir des résultats d’un immense intérêt. On devait, en effet , s’y attendre , et ce n’est pas en vain que l’éducation des sociétés progresse, que les moyens d’investigation se multiplient, que les instruments de recherche se perfectionnent. Les monuments sont interrogés par toutes les sciences à la fois. Tout est examiné, mesuré, analysé, reproduit au besoin, tout au moins peut l’être et le sera un jour, car nous sommes désormais en possession de méthodes ou de procédés qui assurent la conservation de tous les éléments de nos recherches , sans exception. Le zèle aveugle et destructeur des premiers chrétiens qui ont visité l’Inde , des musulmans , qui , non moins fanatiques, ont détruit plus- encore, parce qu’ils avaient imposé au pays une domination plus durable ; ce zèle à jamais déplorable a fait place au véritable esprit de civilisation et de progrès, esprit éminemment conservateur et prévoyant, qui se garde bien de séparer l’avenir du passé, et qui , convaincu que l’Ètre suprême n’a rien fait en vain, interroge sa volonté daus l’histoire des peuples, et cherche un enseignement dans les monuments que ces peuples ont laissés de leur passage. L’Inde est riche encore en monuments de cette mystérieuse antiquité , dont le fanatisme a en vain'chercfaé à effacer les traces. L’étude du sanscrit et des langues qui se rapportent à cette langue mère est un poissant moyen de découvertes dont l’importance grandit de jour en jour. C’est le flambeau qui éclairera d’une vive et durable lumière les ruines de ce monde brahmanique , où les voyageurs de la science vont moissonner pour elle de si riches collections. Le soin religieux de recueillir et d’éterniser pour fetude ces vénérables débris des temps antéhis-
toriques occupera peut-être bien des générations! Puis viendra une main puissante qui , à l’aide , pour ainsi dire, de ces ossements épars , reconstruira le peuple perdu, et, sur la forme de ce magnifique squelette , indiquera le caractère , les habitudes , la mission et la vie de l’un des grands ancêtres de l’humanité !
Nos lecteurs peuvent entrevoir, dès à présent, ce que l’Inde appelle de recherches et de veilles! La tâche de l’avenir est immense : celle que le présent nous impose est assez vaste encore pour ébranler plus d’un courage ; et si nous ne reculons pas devant l’accomplissement de nos promesses, si nous nous résignons à soumettre au public le résultat très-imparfait de nos observations et de nos humbles études, c’est que notre travail , tout incomplet qu’il est, témoigne au moins d’un désir, qui sera compris, de populariser parmi nous des notions utiles; c’est qu’il nous a fallu céder h la conviction qu’il était honorable de contribuer, sans retard, à donner une impulsion vigoureuse aux études dont l’Inde est l’objet. Nous avons parcouru nous -même quelques recoins de ce champ immense ouvert aux recherches du philosophe, du naturaliste , de l'homme d’Etat.
Nous sommes encore sur la route, mais c’est pour l’indiquer aux plus entreprenants et aux plus dignes; semblable aux sentinelles placées sur ces voies merveilleuses où la science triomphe des distances à l’aide du feu qu’elle a soumis , et qui montrent du doigt le but vers lequel le char peut glisser sans crainte, nous restons en arrière, mais le char avance , et le but sera atteint !
Envisageant l’Inde comme un tout que la pensée peut isoler et soumettre à un examen attentif, on conçoit que, pour apprécier convenablement sou état actuel , il soit indispensable de se faire au moins une idée approximative de son état antérieur, et nous devrons en conséquence nous efforcer de présenter un résumé complet des recherches faites par la science européenne sur l’Inde ancienne et l'Inde
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au moyen âge; mais i! importe avant tout de reconnaître et de définir le champ de nos observations, et de tracer tes principaux caractères physiques et ethnographiques de cette vaste portion de l’Asie, que le mot Inde paraît représenter.
Depuis que la science géographique a pris le caractère et l’extension que réclamait pour elle l’esprit philosophique, elle a étudié le globe d’un point de vue plus élevé, et soumis la classiiication des grandes divisions de la surface terrestre à des considérations d’ensemble qui s’appuient sur les données les plus intéressantes de la géologie, de la climatologie, et de l’histoire naturelle. Certaines de ces divisions , cependant , et les dénominations qui leur sont appliquées, maintiennent leur individualité, pour ainsi dire, et leur indépendance primitives, parce qu’elles ont leur base à la fois dans la configuration plastique des pays et dans rhistoire des peuples. Ainsi , ce n’a pas été le hasard ou le caprice qui, dans cette immense moitié de l’écorce terrestre, qui s’étend du Kamschatka aux Iles Britanniques, a reconnu de tout temps deux parties distinctes, l'Europe et l’Asie.
L’individualité de chacune d’elles est garantie par une nature intime, des harmonies spéciales, un ordre distinct de productions et de besoins, toutes circonstances d’une valeur immense , et qui mènent à des séparations plus réelles et plus durables que l'interposition des mers (*). Ce qui est
(*) On peut envisager l’Europe et l’Asie comme deux parties , l'une orientale, l’autre occidentale, d'un même continent; mais il existe des traces d'une séparation profonde entre ces deux parties, dans un état antérieur du globe. Aujourd’hui , la limite (voy. Hitler, Asie, vol. I, p. 100) parait être clairement indiquée par la ligne du cours inférieur des fleuves le Don, le Wolga, l’Oural et la chaîne des monts Oural.
D’exhaussement général des terrains vers l'ouest , leur nature plus fertile , plus propice à la grande végétation et en même temps i l'exploitation agricole , les destine à être une terre de céréales, de campagnes,
vrai de ces grands corps ne l’est pas moins de leurs membres principaux, et c’est ainsi que l’Irân, le Tourân, l’Inde, la Chine, réclament aussi leur individualité géographique et ethnographique.— L’Inde, en particulier, paraît avoir attiré, dès les temps les plus anciens, l'attention des peuples occidentaux. Nous chercherons bientôt à apprécier la valeur des renseignements que l’antiquité grecque et "romaine nous a transmis à cet égard , et nous serons forcé de reconnaître que les mots Inde, Indiens , n’ont longtemps exprimé pour les historiens, ou meme les géographes de la Grèce et de Rome, que des idées vagues et incomplètes. Quelles limites assignaient- ils à ces vastes et merveilleuses contrées, même après l’expédition d’Alexandre et l’exteusiondes relations commerciales? C’est ce qu’il est difficile de déterminer. Cependant, il faut remarquer que les principaux caractères physiques du pays, ses productions, ses habitants, les traits distinctifs de sa civilisation avaient été étudiés et compris jusqu'à un certain point, et la moyenne , pour ainsi dire, des déterminations dues aux autorités que nous venons d’indiquer, concourt d’une manièreassez remarquable, sous le point de vue géographique, avec les autorités sanscrites, etavec les résultats des observations modernes. Au reste, les géographes modernes eux-mémes commencent à peine à s’accorder sur la délimitation précise de l’Inde, elles philosophes sont encore loin de s’entendre sur le rang qu’il convient d’assigner à ses peuples dans l’histoire de l’humanité. La poésie aimerait peutêtre à laisser cette grande idée au milieu de cette confusion d’océans, de montagnes, de plaines, de frais ombrages et de déserts brûlants, avec son cortège de traditions et de légendes, dans son antique et mystérieuse splendeur. Mais il y a assez de grandeur et
de villes, tendis que la partie adjacente de l’Asie n’est qu’une continuité de steppes, de lacs salés et de terrains propres à la vie nomade.
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d’intérét dans la réalité, le champ des vérités indiennes est assez vaste et assez fertile pour qu’on puisse abandonner sans regret le luxe vague et stérile des conjectures ; et si le pain de la science, comme celui qui soutient la vie matérielle , doit être arrosé des sueurs de l’humanité, au moins l’avenir promet à l’observation persévérante et impartiale d’abondantes moissons.
Ce n’est pas sans dessein que nous appelons dès à présent l’attention de nos lecteurs sur l’importance des résultats qu’on est en droit d’attendre d’une observation impartiale. Rien n’a retardé davantage les progrès des sciences morales, rien n’a plus nui au développement de la philosophie de l’histoire, et à la vraie connaissance de l’Inde, en particulier, que les idées préconçues, les systèmes arrêtés, les explications prématurées, les admirations ou les espérances exagérées , et surtout les convictions défavorables et les préjugés dédaigneux. Nous citerons, sans plus tarder, un exemple remarquable de l’influence de ces derniers. Deux hommes fort honorables et fort habiles ont , dans ces derniers temps , écrit sur l’Inde : leurs noms appartiennent aux nations les plus civilisées de l’Europe. L’un de ces écrivains, l’historien de l’Inde anglaise , l’illustre Mill, a eu accès aux documents les plus authentiques et les plus multipliés, et les a discutés avec une érudition et une sagacité peu ordinaires ; l’autre , courageux et intrépide observateur, notre spirituel et infortuné Jacquemont, a vu de ses yeux, beaucoup et bien vu à de certains égards. Tous deux ont dû penser que l’influence qu’ils exerceraient sur l’opinion serait proportionnée à l’autorité de leur parole : ils ont, chacun de son point de vue , examiné le pays et les habitants, et porté un jugement définitif sur des questions au ils croyaient avoir suffisamment étudiées.
Mais l’un était décidé à ne rien trouver de recommandable ou de respectable chez les Hindous.età faire bon marché de leur antique civilisation, comme
à méconnaître les traits les plus aimables de leur caractère; l’autre, non moins fermement résolu à ne rien admirer d’indien (pas même le sublime aspect de l’Himalaya et la vallée de Kashmir), s’est exclusivement préoccupé du présent, et de la contemplation du vaste empire que l’Angleterre a construit dans l’Inde avec les ruines du passé; il a à peine jeté un coup d’oeil sur ces ruines vénérables , et n’a pas hésité à déclarer que l’étude du sanscrit et de l’Inde ancienne ne mènerait à aucun résultat. Selon eux, les Hindous n’ont jamais eu ni géographie ni annales, et il faut renoncer à l'espoir de combler au moins les lacunes que l’histoire a constatées entre l’expédition d’Alexandre et les premières invasions des mahométans. Nous aurons plus d’une occasion de nous convaincre que ces conclusions sont erronées, et que ces préjugés sur des questions d’ensemble ont conduit à de nombreuses erreurs de détail.
Loin de désespérer ainsi de la cause de l’avenir, on a tout droit d’espérer, au contraire (et c’est ce que nous nous engageons à établir), que les monuments, les chroniques, les livres sacrés, l’immense littérature de l’Inde, fourniront à l’histoire d’amples matériaux. Plusieurs publications récentes ont déjà révélé ['importance des autorités sanscrites , et dès le début de nos recherches, nous éprouvons le besoin de consulter ces autorités, et de nous appuyer sur les traditions enregistrées par la science brahmanique.
ASPECT GÉOGRAPHIQUE , LIMITES. — POINT DE VUE BRAHMANIQUE î POINT DE VUE EU- ROPÉEN. ESQUISSE DES PRINCIPAUX CA-
RACTERES PHYSIQUES ET ETHNOGRAPHI- QUES.
Les peuples désignés par les Grecs sous le nom d’ivSot, par les Latins sous celui d'Indi, étaient bien certainement ceux qui professent encore la religion brahmanique ou ses dérivées , et que l’Europe actuelle connaît sous le nom d'Hindous. Le pays que les Hindous sont supposés avoir occupé ,
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comme corps de nation, de temps immémorial , a été nommé , par les Persans , Hindou s’thân ( pays des Hindous). Le mot Hindoustan a passé dans notre langue (*). Inde et Hindoustan ont donc à peu près la même signification : cependant , l’idée exprimée par le mot Inde n’est pa* précisément la même que celle que représente le mot Hindoustan. Ce dernier mot a une signification plus restreinte que le premier. Quelques géographes modernes, confondant toutefois ces idées , ont voulu considérer les limites de l’Hindoustan comme déterminées ar les points extrêmes où la religion indoue a pénétré; et Hamilton, dans sa description de l’Hindoustan, observe que ce mode de démarcation a l’avantage de coïncider admirablement de trois côtés avec les barrières naturelles que présentent l’immense chaîne de PHimalaya, l’indus et l’Océan; mais cette observation semble peu exacte, puisque au delà de ces barrières la religion hindoue a laissé des traces évidentes, comme au nord-ouest des monts Soliman (où se trouve peut-être le berceau de la race hindoue), à l’est du Brahmapouttra , dans les îles de la Sonde , etc. D’un autre côté , on peut observer que le cours de ('Indus et celui du Gange n’ont , à aucune époque, circonscrit de fait la religion ou l’influence politique de l’Inde, ou ne l’ont mise a l’abri de l’invasion. Les rivières peuvent servir de lignes de démarcation entre des subdivisions territoriales ou de petites principautés , mais elles sont peu propres à constituer les barrières permanentes d’un grand empire. Le Gange en particulier n’a jamais constitué une barrière de celte espèce , et c’est pourquoi la dénomination d’Inde ultra -gangétique ou trans - gangétique ( ou Inde au delà du Gange, par opposition à l’Inde en deçà du Gange) présente une idée plus incomplète et plus (*) On a souvent écrit Indostan , et on trouve encore ce mot dans plusieurs publications récentes, .mais nous pensons qu’ Hindoustan doit prévaloir. Les Arabes et les Persans désignent parle mot .îiW (prononcé
vague encore que délie d’Inde cis-gangétique. Sous la dénomination d’Inde ultra-gangétique , quelques écrivains ont rangé tous les pays compris entre la baie du Bengale et la mer de Chine. C’est ce qu’on paraît disposé assez généralement aujourd’hui à appeleT Indo- Chine. C’est la petite Inde de Marco-Polo, qu’il distingue de la grande Inde, qui s’étend du cap Comorin au , Sinde. Outre ces deux Indes, il en mentionne une troisième, qu’il appelle Inde moyenne et seconde Inde, et qui comprend l’Abyssinie et la côte Arabique jusqu’au golfe Persique. Selon une autre version qui divise aussi les Indes en trois parties, la première s’étendait de la Perse à l’Indus , la seconde de l'Indus au Gange, tandis que la troisième comprenait les contrées ultragangétiques. Sous la dénomination familière d'Indes orientales, empruntée aux Portugais, on comprend généralement les îles de l’archipel Indien , et il est singulier que le nom d'Indes occidentales, qui a conduit à cette distinction , ne désigne maintenant qu’un groupe d’îles, colonisées par des blancs et peuplées d’Africains. L’erreur de Colomb, qui croyait dans l’origine être arrivé à l’Inde par la route trans-atlantique, a été perpétuée assez singulièrement lorsqu'on a nommé Indiens, c’est-à-dire Éthiopiens ou noirs, la population aborigène , cuivrée , des Amériques. Il serait inutile, néanmoins , d’essayer de corriger une nomenclature établie depuis si longtemps.
Le mot Inde a fort heureusement retenu un sens spécifique, nonobstant la difficulté de déterminer sa signification géographique d’une manière précise. Hindoustan pourrait être, sous quelques rapports, une dénomination préférable, comme correspondant à Hindou et à Hindoustani, les termes par lesquels nous désignons 1rs indigènes et la langue vulgaire du pays. Le nom plus commode et plus classique ,
Sinnd)\es contrées voisines de l'Indus. Ils appellent Hind l’Inde gangétique. Nous reviendrons sur ces désignations, leur signification et leur origine.
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Inde , semble devoir l'emporter, et avec d’autant plus de raison, que l’expression Inde anglaise (ou Indes anglaises), qui désigne l’immense territoire possédé par les Anglais dans ces contrées lointaines, territoire qui s’accroît chaque jour, est passée dans le domaine de îa politique et de l’histoire. Nous adopterons donc le mot le plus populaire , le regardant comme à peu près svnonyme d 'Hindoustan, mais, cependant, avec une acception plus étendue. En résumé, il ne faut chercher, nous le pensons , ni chez les Grecs , ni chez tes Romains, ni chez les Persans, les limites de l'Inde ancienne. Il nous semble plus naturel de consulter à cet égard les Hindous eux-mêmes, qui paraissent avoir étudié les grandes formes de la nature dans l'Asie centrale, bien plus sérieusement qu’on ne l'avait imaginé.
D’après les enseignements de la cosmographie brahmanique, le continent est représenté symboliquement sous la la forme d’une fleur ae lotus ( Pad ma, en sanscrit) (*) qui surnage à la surface de l'Océan. Du centre de cette fleur s'élève le pisti I, type de la plus grande élévation de l'écorce terrestre; le Mérou ou Soumérou , le mont Sacré. Autour de lui se pressent les organes de la fécondation, les filaments, les anthères, les nectaires , comme les crêtes des montagnes et les pics principaux des chaînes d’où découlent les grands fleuves de la terre. Les divisions de la corolle désignent les principaux pays. Les quatre divisions du calice indiquent quatre péninsules primitives ou divipas (pays baignés à moitié ou en grande partie par la mer (**) ), dirigées vers lesquatre points cardinaux. Le segment du sud ou l’Inde antérieure, l’Inde proprement dite, est le Djambou Dwipa {***). Ainsi donc, fous le point de vue de sa déduction
(*) Nymphaa nelumbo , L.; nelumbium tpeciosum, Wild. xôapoç aifvmTioncdç.
(**) Divi/m, prononcé Dvip , Dip.Dil», presqu'île (le Djczira des Arabes) et par extension ile.
(***) Nous nous occuperons plus tard de la signification de ces mots.
cosmographique , l’Inde est désignée par les brahmanes sous le nom de Djambou Dwipa ( prononcé Djambou JDlp ). Sous le point de vue historique et politique, c’est le Bhârat-Khand, ou Bhârat-tarsha (prononcé B karaté-Par she ), contrée ou pays de Bhârat, du nom d’un prince issu de la race lunaire (*), fils de Danshmanta et de Sacontala. Suivant les brahmanes , leBhârat-Varsha est borné au nord par X Himalaya, au sud par la mer, à l’est en partie par la mer et en partie par les chaînes de montagnes qui le séparent des pays connus aujourd’hui sous les noms A' Assam, Cassay, Arracân; à l’ouest, enfin, par l’Océan et par les chaînes de montagnes qui séparent ces contrées de l’ancienne Perse et s’étendent jusqu’aux bouches de l’Indus; montagnes que les géographes modernes désignent par le nom de monts Soliman , et que les plus anciens auteurs hindous considéraient comme une continuation de l’flimalaya, mais qui sont, par le fait, dépendantes de l’Iran , dont elles constituent le bord oriental. D'après ces données, traduites en géographie mathématique , l’Inde continentale des anciens, envisagée sous le point de vue de ses limites extrêmes, s’étendait du huitième au trente-cinquième degré de latitude nord , et du soixante-cinquième au quatrevingt-onzième degré de longitude orientale ( méridien de Paris ) (**).
Essayons maintenant de vérifier si la détermination de ces limites, indiquée par les grandes formes de la nature , coïncide avec des différences générales et suffisamment tranchées, observées dans ses productions en deçà et au delà de ces mêmes limites.
Remarquons que le bord oriental du plateau de l’Iran qui termine le bassin de l'Indus, est désigné comme la limite de l’Inde à l’occident. C’est la chaîne
(*) Les deux dynasties principales des anciens souverains de l’Inde gangétique sont désignées sous les noms à' Enfants du soleil et Enfants de la lune.
(**) Voyez planche i , carte de l’Inde ancienne.
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frontière hindo-persique. Toute la contrée à l’ouest de cette chaîne forme, depuis Kaboul jusqu’à la côte de Mékrân (l’ancienne Gedrosia ), un haut pays non interrompu de plateaux et de montagnes; c’est l’Afghanistan proprement dit, qui a pour rempart au nord V Hindou- K oush, ou Hindou-Kôh, continuation occidentale de l’Himalaya, la triple chaîne Soliman pour boulevard frontière vers l’Indus , et le plateau de Beloutehistan pour limite au sud. Au nord-ouest , sur le prolongement de l’Hindou - Koush , s’élève le Paropamise , pays des Hazarchs, semblable par son isolement à une forteresse de montagnes inaccessibles entre le Kaboul , le Kandahar, Balkh et le Khorassan. A l’ouest, enfin, s’étend jusque vers le lac Zarah et le Seistôn un pays montueux , de forme quadrangulaire, dont les déserts sablonneux et salins de la Perse centrale forment la limite. Telles sont les frontières naturelles du plateau de l'Afghanistan; quant aux frontières politiques, elles n’ont jamais été nettement déterminées à aucune époque, dans un pays où aucune domination n’a réussi à former d’unité monarchique de longue durée. Plaçons-nous par la pensée sur la haute terrassedu Kaboul qui fait partie de ce vaste plateau , et observons.
Sous le point de vue physique comme sous le point de vue politique, la position de Kaboul dans le monde asiatique attire sur cette ville l’attention de tout l’Orient (*). Kaboul est. le carrefour où se croisent les grandes routes de communication de la Perse et de l’Inde, de l’Irân.et du Tourân , ou, en d’autres termes , du nord et du sud, de l’est et de l’ouest de l’Asie centrale. Sous le rapport du climat , Kaboul est aussi un point de transition d’une importance caractéristique, offrant une réunion singulière des influences diverses du ciel et de ses dons
(*) La ville de Kaboul est située, d’après les observations les plus récentes , par 34° a4’ S" de latitude nord , et 69° 7' r 5" de longitude est (méridien de Greenwich), sur une plaine élevée de plus de deux mille nié très au-dessus du niveau deia mer.
variés , en un mot le climat accidenté qui , dans les pays de terrasses , rapproche toujours les contrastes dans le moindre espace et le temps le plus court, mais aussi dans le style le plus grandiose. A Kaboul règne déjà en partie le climat sec de la Perse; mais les derniers nuages de la mousson, suivant l’éternel rempart de ('Himalaya et de 1'Hindou-Kuh, arrivent encore jusqu’ici , et y déposent les pluies fertilisantes dont ils sont gonflés. La neige, inconnue aux plaines de l’Hindoustan , se montre dans le haut pays de Kaboul ; mais, en hiver, elle ne fait que couronner les hauteurs qui environnent de toutes parts sa délicieuse vallée. Au mois de mai , de nouvelles pluies viennent féconder le sol, et le printemps se montre, comme en Europe, avec son nouveau feuillage et ses boutons de fleurs. Il n’y a point ici de chaleurs étouffantes comme sur les bords du Gange ; mais l’air est pur et vif, les rayons du soleil pénètrent aisément l’atmosphère. L’été, comme l’hiver, arrive subitement et s’en va de même. Le changement des saisons est brusque, mais régulier. A une journée de marche de Kaboul , vous trouverez des endroits où il ne tombe jamais de neige, et en deux heures vous pouvez vous transporter dans des lieux où elle couvre le sol pendant presque toute l’année.
Tous les observateurs constatent que c’est ici que finit, pour ainsi dire, l'Asie orientale, et que commence l’Asie occidentale avec ses tendances européennes. De ce point critique , regardez à l’est , et vous y voyez une race d’hommes recueillis en eux-mêmes , séparés par leur civilisation et leurs mœurs du reste du continent asiatique et du monde entier. A l’ouest, aux yeux de ce s peuples spectateurs immobiles et impassibles du mouvement des autres peuples, commence V Europe, même en Asie, tant est frappant le contraste que présentent ces deux moitiés d’une même masse terrestre (*).
(*) Les mots P’ilaèt et Eilaèti, daosl’Hin-
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Sous le point de vue historique , l’une de ces moitiés semble exercer une force attractive, l’autre une force répulsive , sur les races humaines , phénomène qu’aucune autre partie du inonde ne présente avec le même caractère de grandeur. D’un côté, habitudes calmes et contemplatives, indifférence de ce qui se passe à l’extérieur, obstacles physiques , répugnance naturelle et empêchements religieux à l’émigration ; de l’autre , agitation perpétuelle des hommes et des intérêts, besoin de changement, recher, che d’un équilibre inconnu : natures différentes, en un mot, et non moins dans le sens physique que dans le sens moral.
Kaboul étant le point principal parmi tous les points de cette double ligne de séparation que la nature physique et la nature morale ont tracée* entre les deux mondes asiatiques , et en même temps le point d’intersection le plus remarquable des routes qui viennent de l’Asie centrale ou qui se dirigent vers elle, les différences ou les contrastes-que nous avons signalés s’y résument, pour ainsi dire, aux yeux .de l’observateur attentif ; mais ils se manifestent dans leur plus grande généralité , aussitôt que l’on a franchi l’Indus.
Les peuples à l’ouest de ce grand fleuve se distinguent par un sentiment profond de liberté et d’indépendance , sentiment complètement étranger à la plupart des nations de l’extrême orient. Ils possèdent , en outre , un grand fonds de courage, relevé et soutenu par la barbarie relative de leurs mœurs. Leur pays est généralement peu cultivé; on n’y voit point, comme dans l’Hindoustan , de grandes routes ni de grandes plantations. La colonisation n’y est qu’un fait sporadique ; les points qui lui sont acquis se trouvent séparés les uns des autres par de vastes
doustan et les contrées voisines , désignent également noire Europe et l’Europe asiatique, c’est-à-dire, les pays au delà de l'Iudus, et les habitants ou les productions de l'une ou de l'autre.
pâturages, où se heurtent et se croisent en tous sens les pâtres avec leurs bestiaux. Leurs physionomies sont dures , leur peau velue et brunie au soleil ; ils vivent sous l’influence des traditions patriarcales. Gouvernement, tribunaux, magistrature, lois, police et civilisation , tels que l’Hindou les a conçus , créés ou acceptés , sont autant (ridées ou de faits qui leur sont entièrement inconnus, et cependant il y a une certaine organisation et un ordre relatif dans cette étrange agglomération d’homrnes à demi barbares.
Le ciel de ces pavs est , comparativement à celui de l'Hindoustan, plus frais et plus pur; la nature s’y montre sous des formes plus pittoresques. La coupe des figures humaines et leur carnation se rapprochent autant des nôtres qu’elles diffèrent de celles des Hindous ; la forme et surtout la nature des vêtements s’éloignent de celles qui sont généralement adoptées dans l’Hindoustan. Les tissus blancs et légers cèdent ici la place aux cotonnades de couleurs foncées et aux habillements en cuir ou en peau de mouton. L’activité du corps et de l’esprit est, chez ces peuples, poussée aussi loin que l’indolence et l'apathie chez les Hindous qui habitent le bassin du Gange. Ceux-ci trahissent à chaque instant, et dans toute leur maniéré d’être, les habitudes de soumission servile à la domination d’un maître ; ceux-là sont libres et ne reconnaissent d’autre frein à ce sentiment de liberté ui les anime, que la force et la volonté e la masse.
, La physionomie des pays n’est pas moins différente que celle de leurs habitants. A l’est de l’Indus, le terrain est égal et fertile, tandis que du côté opposé , il est plein de contrastes les plus frappants; les changements subits de température, l’impétuosité des vents d’hiver et de printemps, sont autant de phénomènes très-communs du côté de l’Afghanistan , et complètement inconnus dans l’Hindoustan. Les terrasses qui constituent la surface de l’Afghanistan sont remplies de sinuosités , de plaines et de
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radins qu’on ne trouve point dans les omaines de l’Indus et du Gange.
Cette différence se fait remarquer jusque dans les plantes des deux régions ; celles de l’Afghanistan se rapprochent beaucoup plus des plantes européennes que des plantes de l’Hindoustan ; le dattier, si commun dans l’Hindoustan, ne se rencontre que par bouquets clair-semés entre les monts Soliman et PIndus , et a disparu au delà. Le dernier dattier observé par les voyageurs qui se dirigent du Sindh sur Kandahar, s’élève solitaire à l’entrée de la célèbre passe du Bolan.
Vers le haut Indus, quand on s’avance dans l’Afghanistan, le dattier ne dépasse pas Peshaver ; cet arbre est entièrement inconnu dans l’Irân; mais, en revanche, on y rencontre une foule d’arbres européens. Les jardins de Kaboul , de Kandahar, d’Hérat, en sont remplis; les forêts de la Perse ne diffèrent en rien de celles de l’Europe.
Le platane, qui orne les environs de Kasnmir et tout l’Afghanistan , disparaît complètement près d’Attock sur PIndus : c’est surtout à partir de ce point que la physionomie de l'Inde se dessine d'une manière plus prononcée ; c’est à partir de là qu’on ne rencontre , à mesure qu’on s’avance vers l’est , que des plaines ensemencées avec du riz et du froment. Le panorama prend, au delà du Djélôm , un aspect plus monotone ; il embrasse un pays sillonné par une multitude de rivières, et s’inclinant par une pente douce, mais continue, du côté du Bengale et de la mer. Les 'Afghans égarés dans ce pays ne ressemblent point à ceux de leurs compatriotes d’en deçà de PIndus.
Ritter fait observer que dans l’Hindoustan même, et plus particulière-, meut dans le Dekkan , les peuples qui habitent la partie orientale ne ressemblent en rien à ceux qui occupent la partie occidentale. Dans le Malabar, Pair, les saisons, les vents , rien n’est comme dans le Coromandel. Les habitants du premier pays sont pleins d’énergie et d’activité; ceux du second vivent , au contraire ,
dans la mollesse et la nullité la plus complète.
Les animaux semblent suivre aussi cette ligne de démarcation que nous avons indiquée entre l’est et l’ouest dans les rapports tant ethnographiques qu’orographiques. L’éléphant ne se trouve nulle part dans l’Asie antérieure, tandis que dans l'Inde il abonde. Du temps d’Alexandre, il paraissait parfois sur les bords de PIndus, où on ne le trouve plus du tout. A l’est, au contraire, il pénètre jusqu’à la Chine. Le chameau est rare et s’acclimate difficilement dans l’Inde; il fait l'une des richesses et des principales ressources du pays à l’ouest de PIndus.
Ces rapprochements sont d’un haut intérêt , parce que leur étude , quand elle repose sur des données exactes, peut conduire à des déductions importantes pour le progrès de l’agriculture, du commerce, de la civilisation en général ; mais nous devons nous borner à' ces indications sommaires , qui suffisent pour apprécier le caractère spécial des pays qui forment la transition de l’Asie antérieure à l’Inde gangétique , et dont le contact immédiat intéresse à un si haut degré l’avenir de l’empire hindo-britannique.
Au nord et à l’est , au nord surtout , les séparations physiques ne correspondent point à des différences ethnographiques moins remarquables que celles que nous venons de signaler; mais les différences sont d’un autre ordre , et la transition de l’Inde à la Chine, par l’Indo-Chine et le Thibet, nous semble moins brusque et moins tranchée sous le point de vue de la civilisation, des croyances , des habitudes , que celle que nous avons esuissée entre l’Asie antérieure et l’Hinoustan. C’est un point à examiner, et sur lequel l’étude des littératures chinoise, thibétaine et birmane est destinée à jeter un grand jour. Toutefois, il est certain que les populations à l’est des premières chaînes de l’Himalaya et du cours inférieur du Brahmapouttra présentent plus d’affinités avec la race mongole qu’avec la race hindoue, et nous pouvons considérer les limites
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désignées par les autorités sanscrites comme les plus rationnelles qu'il soit possible d'assigner à l'Inde ancienne.
Les pays compris entre ces limites ont-ils, à" aucune époque, été soumis a une domination unique, à une même forme de gouvernement, au moins aux mêmes institutions religieuses?
Ces questions ne sont pas encore susceptibles de solution complète. On a tout lieu de croire cependant que la plupart des peuples de l’Inde ont, pendant plusieurs siècles, professé les mêmes principes religieux, et observé les rites et cérémonies prescrits par les Védas. Quant à l’organisation politique de l’Inde ancienne , et aux changements que la conquête a introduits à diverses époques , voici en quelques mots le résultat des recherches, et le résumé des grands événements historiques dont nous présenterons plus tard l’ensemble à nos lecteurs.
Selon les Brahmanes, l’Inde se divisait originairement en dix grands royaumes, et l’existence de ces divisions générales paraît être confirmée par celle de dix dialectes principaux, correspondant à chacune de ces divisions. Environ deux mille ans avant l’ère chrétienne, selon les Pouranas, le Bharat-Khand aurait compris quatre riches et puissants royaumes. Tous les autres États secondaires de l’Inde auraient été tributaires de l’un ou l’autre de ces grands empires, et ceuxci auraient, à leur tour, formé, à de certaines époques, une confédération soumise à un seul chef ou empereur.
Cette organisation politique et l’indépendance des races hindoues furent détruites par les invasions successives des mahométans, de l’an 1001 à l’an 1 193 de Père chrétienne. A daterdu onzième siècle, la domination plus ou moi ns absolue d’une grande partie de l’Hindoustan(*)
(*) L’étendue précise et le véritable caractère de celte domination , à diverses époques , ne sauraient être appréciés qu’en suivant, pour ainsi dire , pas à pas l’histoire des prinripaux princes musulmans qui ont formé des établissements durables dans
passa d’une dynastie de conquérants à l’autre, jusqii’à Baber, descendant de Timour, qui, envahissant ce malheureux pays pour la cinquième fois, en 1625, détrôna l’empereur patân, Soultân Ibrahim, et commença la dynastie moghole, qui a régné sans compétiteur sur ce vaste empire (si l’on en excepte l’usurpateur Sheer-Khan et les princes de sa famille) pendant près de deux siècles (*). Sous le règne d’Akbar, petit-fils de Baber, l’empire fut divise en Soubahs ou gouvernements , ceux-ci en Sircars ou provinces, et les provinces en Pargannahs ou districts.
Le nombre des soubahs a varié sons le règne d’Akbar et Jes règnes suivants ; mais on peut en " compter vingt sous Aurengzeb, savoir : Kaboul, Kandahar, Lahore, Kashmir, Adjmir, Moultân, Dehli, Agra, Aoudh, Allahabad, Béliar, Bengale, Orissa, Malwa, Goudjrôt, Khaudeish, Bérar, Aurangabad , Golconde et Bidjapour.
C’est la l'époque la plus brillante de la domination moghole, et celle où l’administration musulmane a eu le plus d’unité et de vigueur. La période de décadence a commencé avec le dix-huitième siècle, sous le règne de Shah- Allum, fils d’Aurengzeb, et la désorganisation qui suivit l’invasion de Nader-Sbah laissa vacant par le fait le trône de i’Hindoustan , où l’Angleterre est venue s’asseoir. Elle a ra-
l’Inde, et nous devons renvoyer cet examen important à la troisième partie où nous étudierons plus spécialement l’Inde au moyen ige.
(*) Shcer-Khan , son fils , son petit-fils et les autres prétendants de cette famille ont occupé le trône de Delhi de i54i à i555. Pendant cette période de i4à i5 ans, l'empereur lloumayoun , fils de baber, attendait de l’autre côté de ('Indus où son autorité était encore reconnue, une occasion favorable pour rentrer dans l'Hindoustan , dont il n’avait cesse d’être considéré comme le légitime souverain , et profitant des dissensions qui s’étaient élevées entre les princes patàps à la mort de Sélim , fils de Sheer-Khan , réussit enfin i remonter en r555 sur ce trône, où deux ans après devait s’asseoir son fils, le graud Alt. bar.
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massé les débris et reconstruit l’édifice impérial sur des bases plus durables.
L’empire moghol, sous Aurengzeb, avait dépassé en longitude les limites que nous avons spécifiées plus haut; mais plusieurs États du sud n’étaient pas soumis au joug musulman.
L’empire hindo-britannigue, au contraire, embrasse tous ces Etats, ainsi que l'Inde centrale (dont quelques districts ne reconnaissent qu’imparfaitement la domination des empereurs moghols) ; mais il ne s’étend au nord que vers le trente et unième, et à l’ouest que vers le soixante-huitième degré; a l’est, il atteint le quatrevingt-onzième degré de longitude; et plusieurs provinces réunies dans ces dernières années aux territoires de la Compagnie, comme Assam, Arracân, Tavoy, Tannasserim, Singapour, Malacca, etc., sont situées bien au delà de ce méridien. Avant de nous occuper de la description politique de cet empire nouveau, résumons en peu de mots ce que l’on sait aujourd’hui sur l’aspect géologique et hydrographique de l’Hindoustan.
La grande presqu’îlehindoustanique, par su position intermédiaire à l’égard des peuples de l’Asie postérieure d’un côté, et des Arabes de l’autre, se trouve dans des conditions analogues à celles où se trouve l’Italie entre, la Grèce dans l’est, et la péninsule ibérique dans l’ouest. On ne l’approche que par de vastes surfaces de mer, ou en traversant des chaînes de montagnes d’un passage difficile (*). Envisagée dans son ensemble, cette vaste contrée offre la figure d’un quadrilatère qui se divise en deux immenses triangles, dont la base commune est la ligne de jonction des bouches de l’Indus à celles du Gange et du Brahmapouttra.
Cette ligne, comprenant toute la largeur de l’Hindoustan de l’est à l’ouest, n’a pas moins de seize cent cinquante
(*) Voyez, pour le développement des formes de transition de la haute Asie aux basses terres de l'Inde antérieure , Rilter , t. V, p. 434 et *uiv.
milles anglais d’étendue (environ six cent quatre-vingts lieues de poste) ; c’est la distance qui , en Europe, sépare Bayonne de Constantinople. Le triangle septentrional a son sommet à Léh, sur l’indus supérieur; le triangle méridional a le sien au cap Comorin. La ligne qui joint les deux sommets n’a pas moins de dix-neuf cent soixante - quinze milles (ou environ huit cent quinze lieues de poste, c’està-dire, que la distance entre ces deux points est à peu près la même que celle qui sépare Bordeaux de Moscou, ou Naples d’Arkhangel). La surface totale des deux triangles esta peu près égale à la moitié de la superficie de l’Europe continentale, moins la péninsule Scandinave. Le triangle du nord contient trois fois la superficie de l’empire d’Autriche, celui du sud trois fois celle de la France. Les côtés du triangle du nord sont formés par de hautes chaînes de montagnes ; le centre est occupé par de basses vallées ou des plaines immenses. Dans le triangle du sud, au contraire, les côtés sont des terres basses, étroites, tandis que le milieu est rempli de montagnes ou de hauts plateaux. Le contraste est complet sous le point de vue astronomique, comme sous celui de la configuration plastique des surfaces. La base commune à ces triangles est formée en grande partie par la vallée de la Narbaddah, au pied des monts Vindhya; aussi ces montagnes et la rivière" de Narbaddah ont-elles une grande importance absolue et traditionnelle, comme partageant l’Hindoustan en deux parties qui se distinguent l’une de l’autre non moins par leur aspect physique que par le caractère, le langage et les mœurs des peuplesqui les habitent, et par les souvenirs religieux ou historiques qui se rattachent à chacune d’elles. La partie septentrionale, ou Hindoustan propre , portait chez les anciens brahmes le nom de terre civilisée et sacrée , parce que la tradition voulait qu’elle eût été fréquentée par les dieux. La partie méridionale, ou le Dekknn (Dakkann), était seulement appelée terre civils -
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sée (*). Le Dekkan a aussi ses contrastes qu’il faut désigner à l’étude, et dont l’influence ne saurait être méconnue. Ses côtes de l’est et de l'ouest étant tournées vers des mers animées par des courants et des systèmes de vent très-différents, les courants d’air, les eaux, les productions, les peuples eux -mêmes, diffèrent sur l’une et l’autre plage, et à ces différences correspondent des besoins et des échanges, en un mot, des relations commerciales d’un caractère distinct.
Un pays dont l’étendue égale celle de la moitié de l’Europe doit nécessairement présenter une grande diversité de surfaces ; aussi depuis des siècles les voyageurs qui ont visité différentes parties de ce pays ont décrit ou indiqué, chacun de son pointde vue exclusif, ce labyrinthe de montagnes etde vallées, de plaines fertiles, de déserts, de provinces peuplées, de forêts, de bassins fluviaux et de côtes.
Il était à peu près impossible de se former, d’après ces données éparses, toujours incomplètes, souvent inexactes, une idée de l’ensemble des caractères physiques de ces contrées. C’est aux déterminations rigoureuses fournies, dans ces derniers temps, par la géodésie, la géognosie , la botanique , la climatologie, que nous devons la connaissance du vrai relief du pays, et c’est par le judicieux emploi des éléments qu’elles ont rassembles qu’on a pu arriver enfin à la construction d'une carte tant soit peu exacte de l’Hindoustan. Le gouvernement anglais a fait exécuter dans ce but une série de travaux que l’on peut sans hésiter ranger au nombre des entre-
(*) Nous reviendrons, en traitant de l’Inde ancienne, sur ces poiuts remarquables de la géographie sacrée des Hindous , et sur les phéuomènes ethnographiques auxquels ils se lient. I.'ouvrage de Rainmohun-Rov, intitulé : Exposition of the practical operation of the judicial and revenue Systems of India, etc. (London, :83a, in-8°), contient un sommaire très-intéressant des notions fondamentales qui se rapportent à ce sujet. Nous aurons occasion d'en parler avec quelque détail.
prises qui honorent le plus le monde civilisé (*). Les énormes chaînes de l’Himalava au nord et à l’est, avec leurs pics élevés de sept à huit mille mètres au-dessus du niveau de la mer; les monts Soliman qui terminent le bassin de l’Indus à l’occident; le grand désert de sable qui sépare leSinah du Rajpoutana ; les chaînes qui traversent le Rajpoutana; le plateau central de Malwa, les monts Vindhya qui se lient à ce plateau et à ses dépendances; puis, au sud de cette chaîne, les groupes connus sous le nom de Gâtfis orientaux et occidentaux, et enfin les Gâths méridionaux , ou la chaîne qui se termine au cap Contorin : tels sont les traits géologiques les plus saillants de cette vaste contrée. Les terrains élevés y sont à l’ensemble des terres basses, d’après nos calculs, dans le rapport approximatif de dix -neuf à uatorze. Toutes ces grandes formes e la nature sont traversées d’une multitude innombrable de courants d’eaux , depuis les cimes les plus hautes jusqu’aux plages de l’Océan. Dans l’Inde du nord, toutes les sources et leurs ramifications infinies se partagent en deux systèmes gigantesques, celui de l’Indus et le système combiné du Gange et du Brahmapouttra. Le Dekkan ou l’Inde du sud , au contraire, est arrosé par une multitude de rivières bien plus petites , mais se jetant isolément dans la mer. La lonueur de ces rivières et leur profoneur vont en s’amoindrissant au nord au sud, à mesure que la presqu’île se rétrécit. Les deux rivières situées le plus au nord, la Aarbaddah et le Tapti, ont cela de particulier que, contrairement à la pente générale, elles courent de l’est à l’ouest, en ligne presque directe, se jeter dans la mer a la côte de Malabar, tandis que le Godai: ery, le Kistnah, le Pânar, le Cavery, qui ont leurs sources près de
(*) Le grand Atlas de l’Inde, résultat principal de ces immenses travaux, et qui se publie par ordre de la cour des directeurs, est arrivé à sa trentième feuille. L'échelle eu est d'un pouce par quatre milles anglais.
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la côte de Malabar, dans les monta-
fnes marginales du plateau du Dekan , c’est-à-dire, dans la pente orientale des Gdths, vont traverser les plaines du plateau de l’ouest à l’est, et se jeter dans la mer du Bengale à la côte de Coromandel. En résumé, trois des plus grands fleuves du monde, plusieurs autres fleuves ou rivières considérables, égaux par le volume de leurs eaux et la longueur de leur cours aux principaux fleuves de l’Europe, et un grand nombre de rivières secondaires, arrosent et fertilisent plusieurs parties de l’Hindoustan; mais l’Hindoustan n’est pas aussi favorisé, sous ce rapport, que l’Inde transgangétique , surtout cette portion de l’Inde qui appartient au cours du Gange et du Brahmapouttra.
La fertilité de l’Hindoustan, la beauté de son climat, sont presque proverbiales; c’est là une de ces notions va-
§ues, incomplètes, inexactes, dues à es observations superficielles , qu’on s’est hâté de généraliser. On a appliqué au pays entier ce qui n’est vrai ue de quelques-unes de ses parties ; à année, ce qui n’est vrai que d’une saison. Nous chercherons à caractériser d’une manière plus précise et plus complète (selon les diverses régions de l’Inde) les qualités du sol et la nature du climat. Nous signalerons, dès à présent , un fait curieux, qui prouve combien, sous le point de vue historique , la guestion avait été mal jugée par l’opinion générale. Il est certain que les conquérants musulmans n’avaient pas une très-haute opinion des avantages que pouvait offrir un établissement durable dans ces contrées, et ce n’est qu’une longue habitude qui a vaincu leurs répugnances. Ce n’est pas la richesse du sol, mais les richesses minérales et les produits précieux de l’Inde ; ce n’est pas la beauté du climat , mais la soif et l’espoir du butin qui paraissent avoir tenté ces hordes envahissantes. Le fanatisme religieux , agissant comme prétexte et comme excitant à la fois , a tait le reste, et livré l’Hindoustan à toutes les horreurs de la dévastation et du pillage.
CODP d’oKIL SC* t-’ÉTAT ACTUEL DIS INDES ANGLAISES.
Divisions principales. — Formes du gouvernement. — Administration.
L’Inde britannique est divisée aujourd’hui en quatre grands gouvernements, savoir : la présidence du Bengale ou fort William, celle de Madras ou fort Saint-George, celle de Bombay, et le gouvernement d’Agra ou des provinces de l’ouest ( IVestern-Provinces ). Ces quatre gouvernements forment l’Inde continentale anglaise, régie par la Compagnie des Indes orientales , en vertu a’une charte particulière dont nous parlerons bientôt; mais il faut leur ajouter, comme partie intégrante de l’empire hindo-britannique , le gouvernement de Ceylan, quoique cette grande île soit administrée directement par la couronne.
Avant d’entrer dans l’examen de l’organisation politique , civile , militaire, et des ressources de cet empire, il convient de donner une idée de la forme du gouvernement gui le régit.
L’origine première de ce gouvernement est remarquable par le règne auquel elle se rattache, celui d’Élisabeth ; par la date de la charte d’incorporation de la première Compagnie des Indes, le 31 décembre 1600, et surtout par le contraste entre le point de départ, le commerce, et le point d’arrivée , l’empire !
Montesquieu a dit : « Le monde se met de temps en temps dans des situations qui changent le commerce. »
Quand on pense à quel degré et à quelle nature de pouvoir la Compagnie anglaise des Indes orientales est arrivée de nos jours, et qu’elle tient en ses mains la destinée de la moitié des peuples de l’Asie, il semble qu’on puisse dire à juste titre : « Le commerce se met de temps en temps dans des situations qui changent le monde. » La constitution actuelle et la nature du gouvernement de la Compagnie nous montreront jusqu’à quel point, à cet égard , cette conclusion est fondée.
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Ce n’est pas ici le lieu de suivre dans toutes ses phases le développement de ce pouvoir colossal; cependant, il importe de bien constater un fait important que nous venons d’indiquer, fait déguisé, il est vrai, sous l’appareil des formes commerciales, mais qui perce au travers des chiffres, et se révèle par les hésitations et les précautions affectées d'une ambition ue les honneurs vulgaires et les prots du négoce ne pouvaient satisfaire.
Depuis un siècle et demi , le commerce a cessé d’être exclusif ou même le but principal de la Compagnie. Le pouvoir, les possessions territoriales, l’empire, voilà ce qu’elle a convoité sans presque oser le vouloir, voilà le résultat vers lequel elle a été fatalement entraînée, et qu’elle n’a complètement atteint que depuis quelques années.
Nous envisageons ici la question sous le point de vue le plus général ; nous admettons que, dans l’origine, les diverses associations qui se sont formées en Angleterre pour envoyer des flottes marchandes aux Indes orientales, ne songeaient qu’aux profits que pourraient réaliser les cargaisons de retour; mais, à dater de 1689, et surtout depuis la fusion des deux grandes compagnies rivales en une seule , et la constitution définitive de la compagnie actuelle, en 1702-1708, la tendance à l’agrandissement, l’esprit de conquête, la volonté de devenir puissance dans l’Inde , se sont montrés en toute occasion , et ont dominé toute question commerciale. Les archives de la Compagnie fournissent à cet égard un document d’autant plus curieux, qu’il révèle, à une époque si reculée, la pensée tout entière de ce gouvernement, pensée ambitieuse et cupide à la fois. Les directeurs, dans les instructions envoyées à leurs principaux agents dans l’Inde, en 1689, s’exprimaient ainsi :
« L’augmentation de nos revenus est un sujet qui nous intéresse autant que la prospérité de notre commerce :
c’est cela qui nous rendra forts , tandis que vingt accidents peuvent interrompre notre commerce; c’est avec
cela que nous deviendrons une nation dans l’Inde ; sans cela, nous ne sommes qu’une réunion d'aventuriers sous la protection de la charte royale, faisant le commerce là seulement où il n’est pas de l’intérêt de quelqu’un de puissant de s’y opposer; et c’est pour cela que les sages Hollandais, dans toutes leurs instructions générales, instructions que nous avons lues, écrivent dix paragraphes concernant leur gouvernement, l’administration civile et militaire , la guerre et l'augmentation de leurs revenus, pour un paragraphe concernant leur commerce. »
L’historien des Indes anglaises, l’illustre Mill, avait signalé cette tendance précoce à la souveraineté; toutefois, il s’était borné à en conclure qu’un commerce dédaigné est un commerce négligé, et conséquemment un commerce sans profit; vérité que la discussion publique des ressources et de la situation financière de la Compagnie, dans ces derniers temps, a pleinement établie , comme résultat de sa longue existence commerciale.
Ce n’était pas là toute la vérité, ce n’était pas le résultat le plus important d’un siecle de combats , de monopole et d’intrigues. Un acte du parlement a formulé d’une manière officielle, il y a sept ans, ce résultat définitif, résultat politique et non commercial , conséquence forcée d’un développement monstrueux et d’une complication d’intérêts dont le ministère anglais n’avait ni la volonté ni le loisir d’accepter la responsabilité. Par cet acte, qui reçut l’assentiment du roi, le 28 août 1833, la Compagnie a renoncé au monopole de Chine, suspendu indéfiniment tout négoce, et a été investie du gouvernement immédiat de l’empire hindo-britannique jusqu’au 30 avril 1834. La couronne a délégué à la Compagnie lè gouvernement suprême des Indes, à la condition acceptée par elle de soumettre ses actes au contrôle d’un conseil spécial. La désignation ordinaire de ce conseil est celle de conseil ou bureau de contrôle (board of control)% et ses membres ont le titre de « coin-
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missairesde sa majesté pour les affaires de l’Inde. » I.e président de ce conseil siège parmi les ministres. La première formation du bureau de contrôle remonte à l’année 1784. Avant d’en définir les attributions, il convient de se rendre compte de l'organisation actuelle de la Compagnie des Indes orientales et des fonctions de la cour des directeurs.
Le capital de la Compagnie est de six millions sterling, ou plus de cent cinquante millions de France. L’intérêt de ce capital , au taux de douze et demi pour cent, est réparti , d’après les renseignements les plus récents, entre trois mille cinq cent soixante-dix-neuf propriétaires. Les affaires générales de la Compagnie sont réglées par la cour des propriétaires. Ceux des propriétaires qui possèdent pour cinq cents livres sterling d’actions de la Compagnie, depuis au moins un an, ont droit de siéger et de prendre part aux débats, mais ils ne peuvent pas voter; mille livres sterling donnent droit à un vote , trois mille livres sterling à deux votes, six mille livres à trois votes, et enfin dix mille livres et au-dessus à uatre votes, nombre de votes le plus levé auquel un seul propriétaire puisse prétendre. Les femmes peuvent posséder des actions de la Compagnie. Les étrangers, à quelque nation , a quelque religion qu’ils appartiennent, peuvent également devenir propriétaires. Les uns et les autres ont droit de prendre part aux débats et de voter aux conditions que nous venons de mentionner.
Le nombre total des votants est estimé à deux mille. En 1832, deux mille deux cent onze votes appartenaient à des hommes, trois cent soixante-douze à des femmes. La cour des propriétaires s'assemble régulièrement tous les trois mois. Elle nomme des directeurs tirés de son sein pour administrer les affaires politiques, financières, etc. , de la Compagnie. La cour des directeurs , émanée de la cour des propriétaires, se compose de trente membres, qui doivent satisfaire aux conditions suivantes : être né sujet anglais ou avoir été naturalisé, posséder
des actions de la Compagnie pour au moins deux mille livres sterling, n’être ni directeur de la Banque d’Angleterre ni directeur de la Compagnie de la mer du Sud. De ces trente membres, vingtquatre seulement siègent à la direction, six sortant à tour de rôle, tous les ans, de la direction active, et n’étant rééligibles qu’à l'expiration de l’année. La cour des directeurs se choisit chaque année un président et un vice-president. Cette cour s’assemble une fois par semaine. Il faut que treize membres au moins soient présents pour constituer la cour. Toutes les questions sont décidées au scrutin secret.
La cour des directeurs se partage , pour l’expédition des affaires ordinaires, en trois comités : 1“ de l’intérieur et de la comptabilité, composé de huit directeurs; 2° des affaires politiques et militaires, composé de sept directeurs ; 3° comité législatif, des revenus et de la justice, sept directeurs. Les affaires secrètes sont confiées exclusivement à un comité qui se compose du président, du vice-président et du plus ancien directeur. Les membres de ce conseil des trois prêtent entre les mains l’un de l’autre, avant d’entrer en fonction, le serment dont voici la teneur : « Je jure d’exécuter fidèlement le mandat qui m’est confié comme membre du comité secret nommé par la cour des directeurs de la Compagnie des Indes, et de me servir des pouvoirs qui me sont attribués en cette qualité avec toute l’habileté et tout le jugement dont je suis capable. Je ne confierai ou ne ferai connaître à qui que ce soit les ordres secrets , instructions, dépêches, lettres officielles ou communications qui pourront m'être donnés ou envoyés par les commissaires pour les affaires de l’Inde, si ce n’est aux autres membres dudit comité secret , ou à la personne ou aux personnes dûment nommées et désignées pour transcrire ou préparer Ces documents, à moins que je n’y sois autorisé par lesdits commissaires. Qu’ainsi Dieu me soit en aide (*). »
(*) Charte de i833, art 35.
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Le gouvernement suprême des Indes reçoit directement ses instructions dé la cour des directeurs. Une importante prérogative de ce corps est la nomination a peu près exclusive aux grades ou emplois par lesquels se recrutent les differentes branches du service dans l’Inde : patronage immense, et qui suffirait pour donner une influence considérable à la cour des directeurs, en Angleterre même, où les plus grandes familles sont souvent désireuses de voir leurs plus jeunes membres entrer dans la carrière à la fois honorable et lucrative que peut leur ouvrir la protection d'un directeur. Ce patronage est réglé sur les bases suivantes. Le nombre des commis (*) , cadets et chirurgiens aides-majors à nommer dans le cours de l’année étant connu, ce nombre est divisé en trente parts. Le président de la cour des directeurs a deux nominations , le vice-président deux, le président du conseil de l’Inde deux egalement , et chacun des directeurs une.
Une partie du patronage est entre les mains des ministres par l’intermédiaire du conseil de l’Inde, la nomination des juges, des évéques et des officiers de l'armée de la reine qui sont appelés à servir dans l’Inde leur étant dévolue.
La couronne s’est aussi réservé le droit d’accorder ou de refuser sa sanction à la nomination du gouverneur général , des gouverneurs et des généraux
(*) Les jeunes gens admis à concourir pour les emplois civils (le service civil, aux Indes anglaises , embrasse l'administration, la justice et les finances) portent le titre de wrilers , écrivains. Celte dénomination fait partie de l'ancienne classification des employés civils de la Compagnie en writers, écrivains; factors , facteurs, après cinq ans de grade d’écrivain; junior merchants (mot à mot : cadet s négociants), après trois ans d'emploi comme facteurs ; senior merchants enfin (mot à mot : négociants vétérans), après trois ans d’emploi comme junior, ' c'est-à-dire après onze ans de service.
Cette singulière classification n’est plus en rapport avec les formes et le bat de l'administration actuelle.
commandant en chef les armées de l’Inde (*).
Dans l’état actuel des relations que la nouvellechurte a établies entre le conseil ou bureau de l’Inde ( board oj control) et la cour des directeurs, les grandes mesures administratives et surtout politiques émanent du bureau, qui, en outre, exerce un droit de contrôle absolu sur toute la correspondance de la cour des directeurs. Quant à la correspondance générale, ce droit est mitigé par le droit de remontrance , que la charte reconnaît à la cour des directeurs ; et en ce qui concerne la correspondance secrète, les ordres du bureau, étant alors sans appel, doivent être transmis par l’intermédiaire du comité secret, et revêtus des signatures des membres de ce comité, en sorte que les agents de la Compagnie au dehors ne reconnaissent que l’autorité de la cour des directeurs , et ne correspondent qu'avec elle, quoique l’autorité souveraine et l’initiative des grandes mesures appartiennent, comme nous l’avons dit, au conseil suprême des affaires de l’Inde, ou bureau de contrôle. Cette organisation manque, jusqu’à un certain point, d’unité , et conséquemment de force ; mais elle était peut-être la seule pos-
(*) Le patronage qui s’attache au titre de directeur de la Compagnie est le plus important avantage de cette position. Le traitement d’un directeur n’est que de 3oo liv. slerl. (environ 7,600 francs). Le president du bureau de contrôle reçoit 3,5oo liv. sterl. par an (à peu près 90,000 francs). Le département des affaires de l’Inde est compris au budget de la Compagnie pour environ 800,000 francs par an. La somme exacte telle que nous la trouvons mentionnée dans les comptes soumis au parlement au mois de juin dernier, est de ag,58o iiv. ii sh. ou à peu près 754,590 francs. Les traitements des directeurs y sont portés pour 7,58lt liv. 1 s. 10 d. environ ig3,3i5 francs. Enfin l’ensemble des traitements payés , eu outre de ceux que nous venons de mentionner, à l’hôtel ae la Compagnie des Indes, s’élevait, au icr mai 1840, à 109,410 liv. sterl. ou 5,789,955 francs répartis entre 404 employés.
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sible au milieu des circonstances tout à fait anomales où se trouvaient en 1833, d’un côté la Compagnie, de l’autre le gouvernement royal. C’est une forme de transition par laquelle il était sage de passer, et qui ne nous semble pas devoir compromettre l’avenir de la domination anglaise dans l’Hindoustan. Sur quelques^ points de détail seulement, il y a eu et il y aura désaccord entre ces deux pouvoirs; mais les bases de la transaction sont larges, rationnelles, simples et durables, et suffiront à maintenir le système actuel de gouvernement jusqu’au 30 avril 1854 (terme auquel expire la charte accordée à la Compagnie), et au delà, s’il le faut. La Compagnie a fait au total une belle affaire en acceptant les conditions que le gouvernement lui avait offertes; elle a abandonné, il est vrai, ses privilèges commerciaux, mais son commerce l’avait appauvrie, loin de l’enrichir. Toutes les propriétés mobilières et immobilières qui lui appartenaient au 22 avril 1834, ont été transférées à la couronne , mais elle en conserve l’administration. L’exploitation des immenses ressources de l’Hindoustan lui est concédée pour vingt ans au moins; le dividende de ses actionnaires est payé sur les revenus de l’Inde, et garanti , en outre, sur un fonds de deux millions sterling mis à part sur le montant de la réalisation de ses valeurs commerciales (estimées à vingt et un millions sterling). Enfin, si le gouvernement juge à propos d’user de la faculté qu’il s’est réservée de racheter les actions qui donnent droit à ce dividende, ce remboursement ne pourra se faire que dans quarante ans, à dater du renouvellement de la charte (c’est-à-dire, au plus tôt en 1874), au taux de deux cents pour cent, à moins que la Compagnie cesse, en 1854, d’étre chargée du gouvernement immédiat de l’Inde, auquel cas elle pourra exiger le remboursement, sous trois ans, à ce même taux de deux cents pour cent.
Les détails dans lesquels nous sommes entré , quoique très-succincts, suffisent, nous l’espérons du moins, pour
2' Livraison. (Inde.)
donner, dès à présent, une idée exacte des formes et de l’action du gouvernement suprême des affaires de l’Inde, en Angleterre. Il nous reste à examiner uels sont la forme et le mode d’action u gouvernement local chargé de l’administration immédiate des Indes anglaises.
En 1831, d’après les documents officiels imprimés par ordre du parlement, les territoires anglais dans l’Inde occupaient une superficie de cinq cent quatorze mille cent quatre-vingt-dix milles carrés (*), peuplée d’environ cent millions d’âmes. La totalité des territoires soit possédés directement par l’Angleterre, soit protégés par elle, était évaluée à un million cent vingt-huit mille huit cents milles carrés, habités par environ deux cents millions d’âmes. C’est à cette prodigieuse multitude, répandue sur un espace immense, que l’Angleterre envoie tous les cinq à six ans, par l’intermédiaire decetteCompagnie de prétendus négociants retirés mi commerce, un roi sous le titre de gouverneur général.
Les présidences que nous avons déjà indiquées, savoir : la présidence du Bengale, celle de Madras, celle de Bombay, le gouvernement d’Agra ou des provinces de l’Ouest, et le petit gouvernement de Penang, Malacca et Singapour, sont soumises à l’autorité suprême d’un gouverneur général en conseil, désigné parle titre de gouverneur général de l’Inde (**). Le conseil de l’Inde se compose de quatre membres ordinaires , et du général commandant en chef les armées des trois présidences (le gouvernement d’Agra étant plus particulièrement, sous le point de vue militaire, une dépendance de la présidence du Bengale) qui y siège comme membre extraordinaire. L’un des membres du conseil ne siège et ne vote que lors de la proposition et de la discussion des lois ou ordonnances nouvelles que le gouvernement peut juger convenable d’in-
(*) C'est-à-dire dix fois la superficie de l’Angleterre.
(**) Art. 39 de 1a charte.
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troduire dans la législation de l’empire, en vertu des pouvoirs qui lui ont été conférés par l’article 43 de la nouvelle charte. Le conseil suprême peut s’assembler en quelque lieu des trois présidences qu’il plaise au gouverneur général de désigner.
Le gouverneur général est en même temps gouverneur particulier de la présidence du Bengale, et peut être aussi gouverneur particulier ( lord Auckland l’était tout dernièrement encore) des provinces de l’Ouest. Il peut réunir à ces dignités le grade de général en chef des armées dans l’Inde (quelquefois avec le titre de capitaine général , comme l’a été lord Wellesley pendant son administration); mais qu’il soit ou non général en chef, ou même quand il ne serait revêtu d’aucun grade militaire, il commande en chef la garnison du fort William ou de Calcutta.
Le gouverneur général est investi de pouvoirs souverains plus étendus à de certains égards que ceux dont jouissent plusieurs rois en Europe (*).
Non-seulement il est le chef suprême de l’État, il commande les forces de terre et de mer, déclare la guerre, fait les traités de paix , d’alliance et de commerce, nomme aux emplois, etc., mais il peut faire des lois ou règlements nouveaux, abolir ou modifier les règlements antérieurs, et ses décisions législatives , quoique soumises au contrôle du gouvernement suprême en Angleterre, sont exécutoires dans l’Inde jusqu’à ce que la cour des directeurs ait fait connaître ses intentions (**).
Chaque présidence est administrée par un gouverneur en conseil, et chaque conseil se compose du gouverneur et de trois conseillers; l’un de ces conseillers est nécessairement le général commahdant en chef l’armée de la présidence. L’article 38 de la nouvelle charte avait élevé le gouvernement d’Agra au rang de présidence, et cette quatrième présidence devait avoir son
(*) Voyez l’art. 1 3 de noire Charte constitutionnelle.
(**) Art. 43 , 44 et 45 de la charte.
ouverneur et son conseil ; mais ces ispositions ont été modifiées depuis.
Les provinces de l’Ouest ont provisoirement un gouverneur sans conseil : des secrétaires d’État, revêtus de pouvoirs convenables, suffisent aux besoins du service.
Examinons quelle est l’action du gouvernement suprême de l’Inde , tel que nous venons de le représenter, et commençons par nous rendre compte de son action politique.
Le gouvernement anglais a adopte dès l’origine, comme principe fondamental de sa politique dans l’Hindoustan, de n’interveuir, au moins ostensiblement, dans les relations des États voisins de son territoire, qn’autant qu’il y est forcé par des actes d’hostilité "directe , ou par des agressions dont ses alliés seraient l’objet.
Les principaux États avec lesquels la Compagnie a conclu des traités d’alliance ou de commerce , sont ; l’empire Birman, qui borde la frontière anglaise au sud-est, le Napûl au nord-est, le Pandjâb ou royaume de. Lahore, au nord, le royaume de Kaboul ou l’Afghanistan à l’ouest. La Compagnie a des ministres résidents à la cour d’A va (empire Birman), à celle de Katmandou (Napàl) , et un agent accrédité auprès de la cour de Lahore, mais qui a résidé jusque dans ces derniers temps sur le territoire anglais, à peu de distance de la capitale du maharadjah. Les relations du gouvernement suprême avec le souverain de Lahore se modifient probablement en ce moment par suite des événements qui paraissent avoir placé Karak-Singh (fils de Randjit-Singh et son successeur) dans la dépendance de Nao-Néhal-Singh, propre fils de ce
firince. Nous reviendrons bientôt sur es événements politiques et militaires qui ont placé le Pandjâb et l’Afghanistan sous la protection de l’Angleterre.
Une foule d’États secondaires dans l’Hindoustan central et dans le Dekkan sont également liés par des traités avec le gouvernement suprême de l’Inde anglaise , affectant ainsi le caractère d’une fédération dont ce gouvernement est le chef.
T, es mesures politiques et les relations extérieures des États protégés sont soumises à la sanction ou au contrôle de ce régulateur suprême, arbitre des différends qui peuvent survenir entre eux. Protection effective d’un côté, déférence et soumission formelle de l’autre, telle a été la base de ce système.
Les Etats de quelque importance , en retour des garanties que leur offrent l’alliance et la protection du gouvernement, ont assigné une certaine portion de leur territoire au maintien d’un corps de troupes placé sous les ordres directs de l’agent du gouvernement suprême, et commandé par des officiers européens. Ils doivent , en outre , entretenir des forces suffisantes pour la police intérieure et pour agir au besoin comme contingent.
Parmi les petites principautés , les unes sont simplement tenues de payer un tribut; les autres, trop pauvres pour offrir une redevance annuelle en échange de la protection qui leur est accordée , s’engagent au moins à fournir leur contingent militaire à la première réquisition.
Les princes qui vivent aujourd’hui sous la dépendance ou sous la protection immédiate de la Compagnie, peuvent se diviser en quatre grandes classes :
1° Princes dépossédés et pensionnés, qui se subdivisent à leur tour comme il suit : princes pensionnés à l’aide d’une certaine étendue de territoire, dont les revenus leur sont assignés , et dont l’administration leur est conservée , dans certains cas , en tout ou en partie; princes recevant directement du trésor de la Compagnie une pension annuelle.
2° Princes indépendants dans l’administration intérieure de leurs États, mais non dans le sens politique.
3* Princes dont les Etats sont gouvernés par un ministre choisi par le gouvernement anglais, et place sous la protection immédiate du représentant ou agent de ce gouvernement , qui réside a la cour du souverain nomiual.
4° Princes dont les Etats sont gouvernés en leur nom par le résident anglais lui-même et les agents de son choix.
L’expérience a déjà prouvé que , de ces quatre modes de gouvernement, les deux derniers, malgré leurs imperfections, sont ceux qui, dans les circonstances actuelles, présentent le plus de garanties pour le maintien de l’ordre public, et qui doivent amener à la longue, sans efforts et sans secousses, des modifications favorables au développement de la civilisation, et conséquemment au bonheur des peuples. Il paraît donc extrêmement probable que tôt ou tard les divers États soumis à l'influence immédiate du gouvernement de la Compagnie se rangeront dans l’une ou l’autre de ces catégories. Toutefois le pouvoir protecteur ne marche vers ce but qu’avec sa lenteur et sa prudence accoutumées. Avec la prétention de ne rien négliger de ce qui doit amener au fond cette rénovation générale, les formes sont soigneusement respectées. La religion, les habitudes locales, les prérogatives de la caste et du rang, sont entourées de respects et d’égaras. Les principaux chefs, les familles souveraines , sont inviolables dans leurs personnes et affranchis de la juridiction des cours, excepté dans les cas de quelque importance politique. Les chefs d’un ordre inférieur sont traités avec la considération et les ménagements indiqués par les usages du pays, et on ne peut les forcer à comparaître en personne dans aucune action civile ; mais le gouvernement suprême se réserve le droit 'de les priver de leur liberté ou de saisir leurs domaines, quand des raisons d’État ou l’infraction violente des obligations contractées réclament l’adoption de ces mesures de rigueur.
On peut énumérer aujourd’hui environ deux cent vingt royaumes, principautés et fiefs principaux, dépendants ou tributaires de la Compagnie, sans compter une infinité de petits princes ou chefs secondaires qui ont des relations plus ou moins di-
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rectes avec le gouvernement suprême.
Considérés sous le rapport des sectes religieuses auxquelles ils a ppartiennent, ou sous celui de leur origine, les princes ou chefs dépendants ae quelque importance, se rangent sous les dénominations suivantes :
Princes musulmans, d’origine mogho/e. — L’empereur de Delhi , auquel le gouvernement anglais n’accorde cependant que le titre de roi; le roi d’Aoudh ; le nizam , ou ancien soubehdar du Dekkan , etc.
Princes musulmans , afghans d’origine. — Nawah de Bhopal ; nawab de ïonk , Serondje, etc. ; nawab de Karnoul , etc.
Princes musulmans , d’origine abyssinienne. Le nawab de Sutchîn ; le sidie de Djindjiera, etc.
Princes hindous, brahmanes. Le peshwa, ancien chef de la confédération mahratte, aujourd’hui pensionné, sans territoire; le soubehdardeDjansi, le rânâ de Djalone, etc. Radjpouts.
Le radjah d’Ôudeipour, le radjah de Djeypour et autres chefs puissants du Radjpoutana , du Bondèikund , de Malwâ , de Goudjrât, etc. Mahrattes.
Le souverain de Baroda ou le gaékwrar, le radjah de Satara , le maharadjahscindhia , etc. Hindous de diverses castes. Le radjah de Mysore , le radjah de Cochin , le radjah de Bhartpour, etc.
Princes ou chefs sikhs indépendants du maharadjah de Lahore, et sous la protection de la Compagnie. Le radjah de Djeend , le radjah de Patiala , le radjah de Sirmour, etc. (*).
A la tête de ce troupeau de rois dé-
(*) Pour donner une idée de la complication des relations politiques du gouvernement suprême avec celte multitude de chefs d’origine hindoue ou musulmane, il suffira de dire que le nombre des serdars et petits chefs ajaut des agents accrédites auprès du résident anglais à Amhalah (ville principale des États sikhs protégés , sur la rive gauche du Sutledje), est d’environ cent cinquante; que les radjàhs ou serdars principaux du Bondèikund sont au nombre de trente-sept, ceux du Radjpoutana de vingt-deux , etc.
chus, marche, courbé sous le poids des souvenirs de sa race , le descendant de Timour, l’héritier des titres pompeux que justifiaient la conquête de PHindoustan et la splendeur des règnes d’Akbar et d’Aurengzeb , le shàh-hun-shâh (roi des rois) , qui aurait pu commander, comme ses ancêtres , à tous ces tributaires , et qui , tombé plus bas qu’aucun d’eux , tend aujourd’hui à l’aumône de la Compagnie sa main impériale. Par respect pour le souverain nominal, dont la Compagnie tient ses droits aux yeux des peuples de l’ilindoustan, par une sollicitude étudiée pour les privilèges du rang et les exigences de l’etiquette , le résident à la cour de Dehli est encore astreint, dans ses relations avec le darbar, aux formes humblement cérémonieuses que l'usage prescrit à un inférieur. Toutes les prières de l’empereur sont des ordres en apparence , tous les ordres du résident sont des prières ; mais à mesure que le pouvoir du gouvernement nuglais se consolide, ce vain étalage de soumission respectueuse se resserre dans de plus étroites limites , et le nom du souverain anglais a succédé à celui de l’empereur sur les monnaies frappées par ordre du gouvernement suprême.
Un domaine considérable avait été affecté à la subsistance et à l’entretien de la famille impériale; ce domaine est aujourd’hui administré par les officiers de la Compagnie, et une portion des revenus réalisés constitue la dotation garantie à l’empereur.
Cette pension , par suite de la mission en Angleterre du célèbre Ram-Mohun- Roy, chargé, en 1830, des réclamations des illustres mendiants, a été portée à quinze lacks de roupies ou envi ron trois millions sept cent mille francs.
Il est quelques autres princes, autrefois sujets des empereurs moghols ou grands vassaux de leur couronne , mais plus tard souverains indépendants, et qui conservent encore aujourd’hui , sous la protection de la Compagnie, quelques attributs du pouvoir suprême. L’étendue et la population de leurs États , l’importance de
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leurs revenus, méritent d’arrêter un instant nos regards.
Le roi d’Aoudh , dont les États occupent une superficie d’environ vingtsix mille milles carrés , avec une population d’à peu près six millions d’habitants; un revenu de cinquante millions, et une armée de vingt à trente mille hommes, dont une partie commandée par des officiers de la Compagnie. Le roi d’Aoudh passait, il y a quelques années , pour le souverain le plus riche de l’Hindoustan; le père du roi actuel avait laissé un trésor évalué à plus de trois cent cinquante millions.
Le nizâm, dont le territoire n’occupe pas une superficie moindre de cent mille milles carrés; ses revenus sont au moins égaux aux revenus actuels du roi d’Aoudh. La population est probablement au-dessus de dix millions d’âmes. L’armée régulière, commandée par des officiers anglais, s’élève à environ douze mille hommes. Les forces locales proprement dites ne vont pas au delà de vingt mille hommes de troupes irrégulières.
Le maharadjah-scindiah, roi de Gwalior ; on évalue l’étendue de ses États à quarante-deux mille milles carrés, la population à cinq millions d'âmes , les revenus nets de vingt-cinq à trente millions. L’armée s’élevait, il y a quelques années, à plus de vingt-cinq mille hommes. Le contingent , commandé par des officiers anglais, atteint à peine le chiffre de deux mille hommes.
Le gaékwar ou roi de Baroda, dont l’importance politique est inférieure à celle des princes déjà cités , et qui entretient un corps d’armée d’environ dix mille hommes.
Les radjâhs ou ranâs d’Oudeipour, Djeypour et Djodpour, qui sont les trois souverains principaux du Radjpoutana, et qui peuvent mettre sur pied plus de soixante mille hommes, infanterie et cavalerie, dont la valeur intrépide est proverbiale dans tout l’Hindoustan.
Les relations du gouvernement suprême avec le souverain actuel de Djodpour, Radjah Mân-Singh , parais-
sent devoir prendre le caractère d'une intervention permanente qui enlèverait à ce prince l’administration directe de ses Etats (*).
Il est très-probable qu’avant longtemps les États hindous ou musulmans qui ont conservé quelque indépendance subiront cette intervention souveraine, et nous n’hésitons pas à penser que les populations aujourd’hui soumises à l’administration immédiate de ces princes, gagneront en général à passer sous la domination directe du gouvernement anglais , qui prendra soin, toutefois , de donner par degrés une part active dans l’exercice du pouvoir a des agents subalternes choisis parmi les indigènes. Si quelque cause extérieure ou quelque haute imprudence politique ne vient pas troubler les habitudes de soumission auxquelles l’Inde est façonnée envers sa superbe protectrice,’ces grands changements s’opéreront sans secousse, et donneront, dans un quart de siècle , un demi-siècle peut-être, à l’empire hindo-britannique le caractère d’unité ou de force politique qui lui manque encore. Mais en meme temps le flambeau de la civilisation européenne aura éclairé jusu’aux plus humbles vallons, jusqu’aux erniers hameaux de l’Hindoustan; la race née du mélange des conquérants européens avec les races indigènes aura crû en nombre, en intelligence de ses besoins et de ses droits, en influence politique , en force en un mot ; les Indiens eux-mêmes, soit musulmans, soit hindous , se seront familiarisés avec les armes puissantes qui les ont vaincus et réduits à l’obéissance; ils auront compris ce qu’il y a de merveilleux dans l’organisation , la subor-
(*) Nous ferons observer en passant que la race radjpout présente un caractère d’indépendance, de dignité chevaleresque et de force qu’on chercherait vainement parmi les autres nations ou tribus qui peuplent la vaste étendue de l’empire hindo-britannique. Malgré le contact des Européens, les mœurs des Radjpouts oui conservé leur âpre originalité et leur poésie primitive. — Nous aurons soin d’cu offrir à nos lecteurs le tableau complet et fidèle.
L’UNIVERS
dination, le concours, ce que l’homme peut faire avec l’intelligence, la connaissance, la volonté. Alors, si l’amour du changement si naturel au cœur humain, comprimé pendant tant de siècles par des institutions fortes et sages à plusieurs égards, se fait jour au travers des castes et s'e communique des hautes classes à la masse de la population; si la vie civile et politique leur apparaît tout à coup avec ses grandeurs européennes et son avenir illimité, si l'ambition et l’habileté de quelques hommes donnent à ces émotions nouvelles le caractère d’un sentiment national; alors, disons-nous, les Hindoustanis oublieront peut-être qu’ils sont redevables à l’Angleterre des bienfaits de la civilisation; alors se trouveront en présence quelques étrangers dominateurs et des millions d’hommes exaltés par le désir d’une vague indépendance , et qui n’ont qu’à se lever nonseulement pour dominer à leur tour, mais pour anéantir en un instant toute résistance! Voilà ce qui peut arriver; voilà très-certainement quelles sont les tendances que le gouvernement anglais aura à combattre , et dont les germes déposés par la civilisation dans le sol politiquede l’Inde percentdéjà de toutes parts. D’autres puissances européennes , dans le but de faire prévaloir des prétentions plus ou moins fondées à la participation des avantages dont l’ Angleterre jouit exclusivement aujourd’hui, pourront exciter à dessein l’esprit de certains peuples de l’Inde occidentale et du Defckan, encourageant en même temps les projets d’envahissement des nations à demi sauvages de l’est, qui déjà plus d’une fois ont obligé les Anglais a des expéditions coûteuses our les refouler au delà des grands euves ou des montagnes qui les séparent du territoire de la Compagnie.
Cependant ce sont là des éventualités qui ne nous paraissent pas devoir se présenter avant un assez long temps ; et comme la conduite du gouvernement angiais n’a manqué, à aucune époque décisive , ni de fermeté ni de prévoyance, il est naturel de penser quelle continuera à s’adapter à la
marche des événements, et à lutter avec son habileté ordinaire contre les causes de destruction qui ne cesseront de menacer la domination anglaise dans l’Hindoustan. Nous persistons donc à regarder le système de politique intérieure que nous venons de développer comme le plus applicable aux circonstances dans lesquelles le gouvernement de l’Inde anglaise s’est trouvé placé jusqu'à ces derniers temps à l’egard des princes du pays. L’administration civile, judiciaire et financière du territoire anglais proprement dit ne nous semble pas en somme avoir été dirigée d’après des principes aussi sages et des vues aussi saines et aussi libérales.
Néanmoins, cette administration a eu de tout temps le mérite d’une organisation simple et concentrée, en harmonie avec la forme meme du gouvernement et les habitudes du pays. Le reproche le plus grave qu’on puisse lui adresser, c’est précisément l’excès de cette concentration, ui place fréquemment encore aujour- ’hui dans la même main, des pouvoirs qui devraient, en bonne justice, être totalement distincts, et qui fait passer sous les yeux d’un seul juge ou d’un seul collecteur (*) les innombrables affaires créées par les conflits d’intérêts d’une population trop considérable pour que I activité et le dévouement d’un seul homme (fût-il aussi éclairé qu'actif et dévoué) puissent satisfaire même imparfaitement aux prétentions légitimes de chacun à un examen attentif de ses droits. Voici en peu de mots quelle est l’organisation administrative et judiciaire du pays :
La correspondance relative aux différentes branches du service est dirigée par un petit nombre de secrétaires au gouvernement, assistés chacun d’un ou deux secrétaires-adjoints. Le pouvoir exécutif est, dans tout ce qui concerne les mesures générales , réglé par des commissions spéciales ou plutôt des conseils ou buieaux permanents ( boards ) , dont on compte six dans la présidence du Bengale, savoir : 1° le
(*) Collecter, receveur général.
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bureau des finances ( board of reve- cutta , au nombre de quatre, reçoivent nue), 2° le bureau des douanes, du sel un traitement moyen de cent trente et de l’opium ( board of cust oms, sait mille francs environ. and opium), 3* le bureau du com- Viennent ensuite les cours d’appel merce ( board oftrade), 4* le bureau et de circuit, ou cours provinciales, militaire (mUitary board), 5° le bu- présidées par des juges qui ont un traireau de la marine ( marine board), tement d environ cent mille francs, 6° le bureau médical ou bureau de puis des cours dé zillahs ou cours de santé (medtcal board). La présidence districts, dont les membres reçoivent de Madras ne compte que trois de ces en général de trente à soixante-quinze bureaux directeurs. Bombay n’en a mille francs par an, et enfin des tribu-
au’un seul. Il y a en outre, au siège naux secondaires où siègent des magisu gouvernement suprême , une direc- trats choisis surtout parmi des indition générale des postes , un bureau gènes, et qui sont désignés par le titre général des comptes {accountant ge- (famines (divisés en principaux [satinerai's office), un comité des -mon- der amines] et ordinaires) et de mtrunnaies ( mint committee) , un comité siffs. Ces magistrats décident les caud’instruction publique, etc. ses de cinq cents roupies (douze
L’organisation judiciaire dans l'Inde, cent cinquante francs) et au-dessous, et en particulier dans la présidence du Leur traitement varie de trois mille à BengaleetdanslesprovincesdcPOuest, quinze mille francs, selon l’importance ne présente, pas encore un ensemble de leurs fonctions, régulier , et ses limites ne sauraient Ces détails se rapportent plus parêtre nettement définies, attendu que tieulièrement à la présidence du Benles fonctions administratives, fiscales çale. Les autres gouvernements ont et judiciaires, sont quelquefois exer- egalement leurs cours de judicature eécs toutes trois ensemble, et souvent anglaise et des cours indigènes analodeux d’entre elles par le même fonc- gués à celles dont nous venons de par-* tionnaire. Nous ne pouvons doncqu’in- 1er, mais qui , dans leur constitution diquer les principaux éléments d’un et dans la manière dont elles adminissystème qui a reçu des modifications trent la justice, sont modifiées par continuelles, et qu’on ne peut regarder des considérations particulières et des encore comme definitivement arrêté, habitudes locales qu’on a sagement L’application de la loi anglaise aux respectées.
Européens, aux serviteurs de la Com- Ce système judiciaire, qui semble, pagnie et aux sujets anglais dans l’Inde, au premier coup d'œil, devoir satis-
est réservée à des cours suprêmes de faire aux besoins de la population , a
judicature établies aux chefs-lieux des été, nous le répétons , et est encore ,
différents gouvernements. La cour su- à beaucoup d’égards, fort imparfait
prême de Calcutta est composée d’un dans son application ; ce qu’il faut at-
grand juge et de deux juges ordinaires, tribuer surtout à deux causes : l’une
dont le traitement annuel s’élève, pour était l’emploi exclusif, dans tous les
le grand juge, à deux cent mille francs, tribunaux , de la langue persane, qui
et, pour les juges ordinaires, à cent n’était ni la langue des juges ni celle
cinquante mille francs par an environ, des parties; cette cause de confusion
D’autres cours suprémesd’appeletde et d’injustice, reste d’un système impolice judiciaire, connues sous le nom posé par la conquête, va disparaître
de sadder-diwany et nizamat-adàlat dans toute l’Inde et a déjà disparu
(cours suprêmes civile et criminelle), complètement au Bengale. La langue
dirigent l’application des lois indi- la plus généralement parlée dans les gènes , c’est-à-dire , des codes mu- divers gouvernements a été substituée sulman et hindou. Ces cours se cornpo- au persan dans toutes les procédures, sent d’un nombre variable de juges : IJne autre cause de la maladminis-
ceuxdelacoursuprêmcindigènedeCal- tration de la justice (et nous y avons
loogle
déjà fait allusion) est la grande étendue des juridictions dans un pays où beaucoup de provinces sont très-peuplées et où la population est naturellement très-processive. Le gouvernement suprême s’est occupé avec une louable sollicitude de reraedier aux imperfections du système judiciaire et du système administratif. Sous l’administration philanthropique de lord W.Bentinck, et, plus récemment encore, sous celle de lord Auckland , degrands efforts ont été faits dans ce but. Un des résultats les plus importants déjà obtenus est, sanscontredit, la révision des codes mahométan et hindou , et leur refonte en un seul code où l’humanité éclairée de l’Europe chrétienne vient en aide, autant que les temps le permettent, aux populations de l'Hindoustan, si longtemps opprimées par le despotisme, le fanatisme et la superstition.
Le nouveau Code pénal de l’Inde, rédigé par une commission spéciale et soumis à la sanction du gouvernement suprême, est un pas immense fait dans la carrière des améliorations que réclame l’administration delà justice. Pour donner une idée de l’esprit de libéralité, d’impartialité et de saine politique qui a présidé à la rédaction de ce beau travail, nous citerons l'exposé des motifs qui précède le chapitre quinze du nouveau code, chapitre qui traite des délits relatifs à la religion et aux castes.
Voici comment s’exprime la commission , et nous appelons d’autant plus volontiers l’attention de nos lecteurs sur ce court et lumineux exposé, qu’il suffit pour donner, sous le point de vue religieux, une idée trèsnette de la position du gouvernement anglais à l’égard des populations de l’Inde :
« Le principe sur lequel ce chapitre « a été établi est un principe auquel il « serait à désirer que tous les gouver- « nements se conformassent, et du- « quel le gouvernement anglais dans « l’Inde ne peut s’écarter sans risquer « la dissolution de la société. Ce prin- « cipe est que chaque homme doit être • libre de suivre sa propre religion, et
« qu’aucun homme ne peut insulter à « la croyance d’un autre.
« La question de savoir si les insul- « tes faites à une religion doi^nt être « punies, nous semble tout à fait in- « dépendante de la vérité ou de la « fausseté de la religion attaquée. La « religion peut être fausse , mais le « mal que ces insultes causent à ceux » qui professent cette religion est réel. « C’est souvent, et l’observation la » plus superficielle peut nous en con- « vaincre, une peine aussi réelle, « aussi poignante qu’aucunes de celles « qui puissent être causées par des dé- « lits contre la personne, la propriété « ou la réputation , et il n’existe rien « qu’on puisse offrir en compensation.
« La discussion peut, il est vrai, faire «jaillir la vérité, mais les outrages « n’ont point cette tendance. Ils peu- « vent être dirigés aussi aisément con- « tre la foi la plus pure que con- « tre la plus grossière superstition. Il « est plus facile de combattre le men- « songe que la vérité, mais il est tout « aussi facile de détruire ou de souil- « 1er les temples de la vérité que ceux « du mensonge ; il est aussi facile de « troubler par des paroles déshonnê- « tes et des clameurs injurieuses des « hommes rassemblés dans des vues « d’adoration rationnelle et pieuse , « que des hommes occupés de l’accom- « plissement des plus absurdes céré- « monies. De telles insultes , quand « elles sont dirigées contre des opinions « erronées, ont rarement d’autre effet « que celui de fixer ces opinions plus « profondément dans l’esprit , et de « donner un caractère particulier de « férocité aux discussions théologi- « ques. Au lieu de faire ressortir la « vérité, elles ne font qu’enflammer le « fanatisme.
« Toutes ces considérations s’appli- « quent avec une force particulière à « l’Inde. Il n’est peut - être pas de « pays où le gouvernement ait autant « à craindre de l’excitation religieuse « parmi le peuple. Les chrétiens sont « en très-petite minorité dans la po- « pulation, et en possession des em- « plois les plus élevés dans le gourer-
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« nement , dans les tribunaux et dans « l’armée. Sous leur domination se « trouvent placés des millions de ma- « hométans de différentes sectes, mais « tous fortement attachés aux articles « fondamentaux de la foi mahométane, « et des dizaines de millions d’Hin- « dous, non moins fortement attachés « à des doctrines et à des rites que « chrétiens et mahométans réprouvent « également. Un tel état de choses est « rempli de dangers qui ne peuvent « être évités que par une ferme adhé- « sion aux vrais principes de tolérance « et de modération. Le gouvernement « anglais, dont les sages mesures ont « été couronnées d’un plein succès, a « agi jusqu’à présent d’après ces prin- « cipes, que nous proposons d’adopter « comme bases de cette partie du code « pénal. »
Revenus. — Armée. — Marine. — Ethnographie.
Depuis un temps immémorial, l’impôt foncier a été la principale source des revenus du gouvernement dans l’Inde. Le revenu territorial , dans ce pays, est une sorte de redevance basée sur ce principe, qu’une certaine portion du produit de la terre appartient au souverain. La terre est affermée par le gouvernement au cultivateur, rayot, soit directement, soit par l’intermédiaire du zamindar (*); mais la nature du bail varie suivant les provinces, et les conditions générales de la transaction n’ont pas encore revêtu un caractère de permanence, de rationalité et de justice qui protège également les intérêts du cultivateur et ceux du gouvernement.
D’après les comptes soumis au parlement pour l’année 1838-39, l’impôt territorial [fond revenue) s’élevait à cent vingt-trois millions cent dix mille deux cent quatorze roupies Compagnie, environ deux cent quatre-vingtquatorze millions de francs (**). Les
(*) Propriétaire foncier, soit par droit héréditaire, soit par cession à perpétuité , soit enfin par délégation.
(**) Nous ne donnons ici que les principaux éléments du revenu brut, nous réser-
plus importantes des autres brancnes de revenus, dans ces dernières années, ont été : la vente de l'opium , qui, en 1838-39, n’a pas rapporté moins de trente - neuf millions de francs (*); le monopole du sel qui, dans la même année, a réalise la somme énorme de soixante-quatre millions cinq cent mille francs (réduite par les frais de perception à cinquantetrois millions cinq cent mille francs environ); les droits perçus par la douane ou les octrois , qui paraissent s’être élevés à la même époque à trente-cinq millions sept cent mille francs, à peu près (plus de trente millions nef), etc. (**).
vant d’entrer dans les détails de la situation financière du gouvernement des Indes anglaises quand nous traiterons de l'état présent de ce vaste empire. La roupie de la Compagnie ou roupie Compagnie, qui a remplacé par toute l’Inde anglaise les roupies locales , représente environ a fr. 40 c. de notre monnaie. Les derniers comptes fournis par ht Compagnie donneraient pour chiffre exact de cetle évaluation a fr. 3g c. La valeur intrinsèque légale est de quiuzeseizièmes de l’ancienne roupie sicca de Calcutta. L’ancienne roupie sicca de Calcutta valait terme moyen a fr. 5o c. La valeur réelle de la roupie Compagnie ne serait donc que a fr. 34 c. Il faut cependant observer lie la valeur de la roupie Compagnie déuite du taux moyen auquel la Compagnie a négocié ses traites sur i’Inde pendant les cinq dernières années , atteint le chiffre de a fr. 5o c. ou même a fr. 55 c. en évaluant la livre sterling à a5 fr. 5o c. En résumé, a fr. 40 c. nous semblent représenter assez exactement la valeur moyenne de la roupie Compagnie.
(*) Les frais de perception ont réduit cette somme à vingt-trois millions environ. En 1837-38 , le produit net avait excédé trente-huit millions.
(**) Dans les présidences du Bengale et de Madras, et particulièrement dans le gouvernement des provinces de l’Ouest , les revenus ont , jusque dans ces derniers temps, excédé de beaucoup les dépenses. Bombay a été toujours, au contraire, en déficit. Ce déficit s'élevait en i83fi-37 à a, 940, «57 roupies ou 7,056,376 fr. ; i837-38 à 3,a6a,ga8 roup. ou 7,83 1,027 fr.; i838-3g à 5,570,83* roupies ou i3,36g,gti8 fr.
L’UNIVERS
Le total des recettes , dans les quatre gouvernements, ou, pour compte de l’Inde, en Angleterre, s’est élevé, en 1838-39, à quinze millions huit cent quatre-vingt-deux mille trois cent soixante et onze liv. st., ou environ quatre centcinq millions de francs. Les dépenses, tant dans l’Inde qu’en Europe, ont atteint le chiffre de quinze millions huit cent quatre-vingt-onze mille trois cent soixante-quatorze liv., ou quatre cent cinq millions deux cent trente mille francs , somme qui excède de deux cent trente mille fr.
les revenus. Cette balance parait bien insignifiante, considérée isolément, mais, comparée aux résultats des exercices antérieurs, elle montre un accroissement rapide des dépenses, dont les causes , en partie politiques et extérieures , en partie intérieures, et se rattachant à l’état de l’agriculture et du commerce, méritent dès à présent notre attention. En 1836-37, les comptes de la Compagnie annonçaient un excédant des recettes sur les dépenses d’environ soixante-trois millions. En 1837-38, l’excédant annoncé n’est plus que de trente-huit millions à peu près. En 1838-39, il y a déficit.
Les principales causes de cette absorption rapide des revenus sont :
l’expédition anglaise au delà de l’Indus, dans le but de rétablir le royaume de Kaboul, et de replacer par suite sur le trône d’Afghanistan un prince exclusivement dévoué au gouvernement suprême des Indes anglaises ; les augmentations considérables dans le personnel et lematériel de l’armée angloindienne, auxquelles le gouvernement suprême s’est décidé postérieurement à cette expédition; les entraves mises par les événements politiques au commerce de l’opium; les immenses préparatifs qu’a entraînés la rupture entre l’Angleterre et la Chine, au sujet de cette drogue, et dont le gouvernement de l'Inde a certainement à payer sa part. Ces diverses causes, disonsnous, ont une tendance manifeste à compromettre gravement et pour longtemps peut-être la position financière de l’empire hindo-britannique. Enfin,
les derniers documents recueillis sur le commerce de l’Inde semblent indiquer une diminution considérable dans les produits de ce commerce depuis quelques années. De 1816 à 1825, la somme des importations et des exportations s’était élevée à un milliard neuf cent neuf millions quatre cent douze mille deux cent huit roupies.
De 1826 à 1835, le total n’a été que de un milliard huit cent quatre-vingt-dixsept millions trois cent mille huit cent
uatre-vingt-six roupies, donnant une
ifférence de douze millions cent onze mille trois cent trente-deux roupies, ou environ trente millions de francs en moins pendant les dix dernières années. De 1802 à 1818, il était entré dans le port de Calcutta un nombre de navires jaugeant en tout deux millions six cent trente -deux mille six cent cinquante-trois tonneaux ; de 1819 à 1835, deux millions quatre cent quarante mille quatre cent soixanteonze, montrant une diminution d’environ deux cent mille tonneaux en 17 ans.
Cependant, à dater de 1835, il y a eu amélioration, car les relevés les plus récents nous donnent pour chiffre de la moyenne des entrées dans le port de Calcutta , pendant les années 1 834-35, 35-36 et 36-37, cent soixantehuit mille trois cent quarante tonneaux, moyenne supérieure à celle des années précédentes (*).
(*) La part prise par la France dans ce mouvement commercial a été : .
En i834-35... a* navires, jaugeant 6,jog tonu. En i835-36. . . 36 — — — io,33o —
En 1836-37... 53 — - — i7,a36 —
De ces navires, il n'y en a guère que dix on douze, année commune, qui fassent leur retour directement en France. Les antres sont employé» au trans|x>rt des riz et blés pour l'approvisionnement de Bourbon, et utilisent ainsi le temps qui s’écoule jusqu’à l’époque favorable (tour un chargement de retour.
u Pendant les trois années relevées , la moyenne
des importations au Bengale a été de 3a, 091,606 f. et celle des exportations de 61,679,784
« Ce qui élève le mouvement général et annuel des affaires à 93,771,990 r#
INDE
Le gouvernement anglais est occupé en ce moment de mesures importantes
« Soit, au change moyen de a fr. 5o c., une valeur de deux cent trente-quatre millions de francs.
« Réduite qu'elle a été encore par l’effet des modifications apportées au tarif en i836 et 1837, la participation de la France a bien rarement atteint, par ses exportations en valeur réelle , un chiffre de deux millions de francs , et encore une notable partie de cette somme a-t-elle été iutroduite par navires anglais. Ses achats ou importations en produits indiens présentent une valeur réelle d’environ seize à dix-huit millions de francs.
« C’est donc un tribut annuel de quinze à seize millions que la France paye i la Compagnie des Indes, soit à l’empire britannique, pour le Bengale seulement; tribut compte en numéraire pour acheter des traites au commerce anglais, ou des matières d’or et d’argent, qui vont se fondre et se convertir en roupies à l’hôtel des monnaies de Calcutta.
« Sans doute l’équilibre entre ces rapports ne sera jamais possible. L’Inde sera toujours pour la France ce qu’elle est, ce qu’elle a toujours été depuis les temps les plus reculés pour l’Europe entière, un pays de production agricole et non point de consommation industrielle, engouffre oit va s’engloutir l’or du continent européen ; mais notre participation à ce mouvement immense est trop infime, la disproportion qui existe entre son actif et son passif est trop considérable, pour tenir À des causes également équitables. Si l’on accorde quelque attention à leur recherche , on ne peut s’empêcher de reconnaître que les unes dépendent de nousmêmes, de notre propre volonté, du système économique qui nous régit, système aussi vicieux en soi que fâcheux dans ses conséquences, et que les autres tiennent à un vouloir étranger qui nous sera toujours contraire, mais qu’une sollicitude plus active pourrait nous rendre moins défavorable. »
Nous empruntons ces détails à une brochure publiée à Bordeaux, sous ce titre:
Notes analytiques sur le commerce français au llengale, par J.-A. Walter, de la maison J.-A. Walter et comp.,de Calcutta, petit in-4" de 100 pages. Sans partager l’opinion de M. Walter sur certains points , que nous aurons occasion d’examiner quand nous traiterons du commerce de ' l’Inde moderne , nous pensons avec lui que notre infériorité
pour la protection et le développement des ressources commerciales de l’Inde. Nous y reviendrons avant de terminer cet aperçu sur l’état actuel de l’empire hindo-brltannique. Les renseignements généraux que nous venons de présenter suffisent pour montrer que le gouvernement de l’Inde doit chercher à augmenter ses revenus territoriaux par les encouragements qu’il donnera à l’agriculture, par l’accroissement et le perfectionnement des voies de communication intérieures, par l’extension générale du commerce, et enfin par l’appropriation définitive de certains États tributaires dont les richesses naturelles ou les ressources sont méconnues par les gouvernements indigènes ou imparfaitement réalisées et dissipées dans l’intérêt d’un despotisme égoïste.
La police générale de l’empire (divisé à cet égard en plusieurs grands arrondissements) est confiée a des hommes éminents par leur instruction, leurs connaissances locales, l’activité et l’énergie de leur caractère , et dont les efforts dans ces dernières années ont été surtout dirigés vers la suppression du t'kugguisme (*), cette association monstrueuse qui couvre l’Inde entière de ses réseaux, et qui depuis des siècles fait du meurtre et du vol une profession placée sous
commerciale dans l’Inde tient à des causes dont on peut dés à présent diminuer l’influence et que nous pourrions espérer voir disparaître, au moins en partie, si les principaux armateurs d’un côté, le gouvernement de l’autre, ne semblaient pas d’année en année en différer l’examen approfondi. L’auteur du petit ouvrage que nous venons de citer a indiqué avec netteté ces causes d’insuccès : il ne se borne pas à signaler le mal , il désigne aussi le remède. Ses vues à cet égard nuus paraissent mériter toute l’attention du haut commerce et du gouvernement.
(*) T bugs (prononcez theuggs) dans l’Hindoustan proprement dit, et p’hansigars dans le Dckkan, voleurs et assassins, surtout étrangleurs par profession. Les T’bugs admettent des hommes de toute caste, mais surtout des Brahmanes.
L’UNIVERS
la protection de certaines pratiques superstitieuses. Pour maintenir l’ordre et la sécurité dans les divers districts, on a formé des corps de milice et une sorte de gendarmerie à pied et à cheval qui accélère la correspondance entre les chefs de service, magistrats, collecteurs, etc., presse la rentrée des contributions, surveille les malfaiteurs employés aux travaux publics, etc. Les relevés de la statistique criminelle indiquent depuis quelques années une diminution remarquable dans le nombre des délits.
Le gouvernement s’efforce de donner une impulsion salutaire à l’immense population aux destinées de laquelle il préside, en multipliant autantque possible les établissements d’instruction publique. L’instruction primaire, dans toute l’étendue de l’Inde, paraît avoir été de tout temps dans un état plus florissant qu’en aucune partie de notre Europe, et des calculs récents donnent, pour la proportion du nombre des enfants fréquentant les écoles, au nombre total des habitants, le rapport de un à cinq.
La presse est libre dans l’Inde anlaise. Le nombre des journaux et es publications périodiques qui s’impriment à Calcutta, Madras, Bombay et autres villes considérables des provinces, tant en anglais qu’en persan , bengali, etc., s’élève à plus de quatrevingts.
Malgré les habitudes généralement tranquilles et paisiblement industrieuses de la masse de la population , la stabilité de l’ordre de choses introduit par la domination anglaise doit être attribuée surtout à là présence d’une armée dont l’organisation actuelle, parfaite à beaucoup d’égards , est le résultat d’une longue expérience et d’études approfondies sur le caractère des indigènes et les exigences du service. Ce serait une tâche curieuse et utile à la fois (par les nombreux points de comparaison qu’elle offrirait) que de tracer l’histoire de cette armée et d’entrer dans le détail de cette organisations! merveilleusement adaptée aux circonstances locales; mais, sur ce
point comme sur ceux qui précèdent, nous devons ici nous borner à des indications sommaires, quoique précises et suffisantes pour les appréciations de la politique. Nous ferons cependant quelques observations qui nous sont suggérées par les immenses résultats que l’Angleterre a obtenus de la formation de corps indigènes disciplinés plus ou moins complètement à l’européenne, et commandés par des officiers anglais. Il est permis d'espérer que nous réussirons a tirer parti des populations de l’Algérie de la même manière, et en passant par des modifications analogues à celles qui, dans I’Hindoustan, ont fait par degrés un cavalier ou un fantassin accompli, un soldat brave, discipliné et dévoué à ses chefs, de celui qui n’était jadis qu’un maraudeur ou un pillard hardi.
Le cypahi est bien payé; il reçoit sept roupies par mois (environ clix-sept francs) en garnison, et en marche une augmentation ou batta de une roupie huit annas, ce qui porte sa solde à vingt et un francs à peu près. Il se nourrit lui-même; mais on a soin que le bazar (marché) du camp soit toujours bien fourni en grains , farine de nonne qualité, etc. En santé, le cvpahi est l’objet des soins, des égards, et (après de longs services, ou par suite de quelque action d’éclat) des distinctions les plus flatteuses (*), accompa-
(*) Le gouvernement anglais a institué deux ordres du mérite militaire, destinés à récompenser les longs el fidèles services et les actions d'cclat des officiers, sous-officiers et soldats des troupes indigènes. Ces ordres portent les noms A' Ordre de Mérite et Ordre de f Inde anglaise ( Order of British India). Les premières décorations de l'ordre de l’Inde anglaise ont été accordées en i838.
Le souverain de Kaboul , Shàh-Shoudjàoul-Moulk, a, de son côté, comme nous le verrons plus tard, institué un ordre de chevalerie qu’il a appelé Ordre de l'empire Douranie, et dont les principaux officiers anglais faisant partie de l'expédition d’Afghanistan ont été décorés, il y axjuelques mois.
Le maharadjah sikh , Randjit-Singh, avait
INDE
nées d’une augmentation de solde ou
e pension : malade , il trouve dans les hôpitaux régimentaires des secours prompts et efficaces. En un mot, rien ne manque au coinfort et au bien-être moral au cypahi pendant la période active de sa vie militaire; et quand Fôge , les infirmités ou les blessures le décident à prendre sa retraite, cette retraite est entourée d’aisance, de considération et de respect.
Les classes principales de la population indigène contribuent toutes a la formation de l’armée. L’élément hindou domine dans l’armée du Bengale, et en général dans l’infanterie des trois armées. L’infanterie compte au moins trente mille Radjpouts. La cavalerie se recrute en général de mahométans dans les trois présidences , et plus particulièrement dans celle de Madras. Chacune de ces présidences a son armée, complètement organisée et commandée par un général en chef (*). Les trois armées forment ensemble l’armée de l’Inde, commandée en chef, en ce moment, par sir .fasper Nicolls, qui a succédé à sir Henry Fane.
L’armée régulière se compose d’Européens et d’indigènes commandés par des officiers européens. Les Européens se divisent en troupes de la reine à la solde de la Compagnie, et troupes levées et organisées' par la Compagnie elle-même.
Voici le relevé, par armes , des forces actuelles dans les trois présidences, comprenant vingt régiments européens de la reine, infanterie, six de la Compagnie, et quatre régiments de cavale-
devancé Sbâh-Shoudjâ dans la création de distinctions honorifiques à l’instar de celles d’Europe. L 'Ordre du Pandjdb avait été conféré déjà, du vivant de Kandjit-Singh , à plusieurs officiers de l’armée auglaise et à nos braves compatriotes au service du maharadjah.
{*) L’armée du Bengale est distribuée dans la présidence de ce nom et dans les provinces de l’Ouest. Le gouvernement des provinces de l’Ouest n'a point d’armée qui lui soit propre.
rie européenne de la reine; cent cinuante-deux régiments d’infanterie inigène, et vingt et un régiments de cavalerie, etc. (*).