‹ Inde histoire et description de tous les peuples, de leurs religions, moeurs, coutumes, industries, etc par m. Dubois de Jancigny et par m. Xavier RaymondChapitre 2 sur 38 · TROUPES INDIGENES COMMANDÉES PAR DES OFFICIERS EUROPÉENS · texte numérisé non relu

TROUPES INDIGENES COMMANDÉES PAR DES OFFICIERS EUROPÉENS

Présidence du Benoals kt rrto- \

vi n cbs de l'ouest. — Infanterie

et cavalerie 72,6001

Présidence de Madras. — Infanterie et cavalerie 53, 100 \ 162,600

Présidence de Bombât. — Infan- 1

terie et cavalerie 25,200 I

Artillerie et génie (pour les trois

présidences) 11,700/

Donnant un total (au grand complet) de. ig6,8oo

Auxquels il faut ajouter environ 5, 000

officiers européens.

Gram! total de l'armée régulière anglo-

indienne 201,800

Les corps provinciaux, milices , gendarmerie, cavalerie irrégulière, etc. , forment ensemble environ 18,000 hommes de toutes armes , auxquels il convient d’ajouter les troupes régulières et irrégulières employées dans la grande île

(*) L’idée exprimée en français par le mot régiment diffère beaucoup de celle qu’exprime ce même mot dans l’Inde anglaise.

Les régiments dans l’Inde n’ont , en général, qu’un Intaillon ; ces bataillons ne comptaient pas 65o hommes l’un dans l’autre , il y a un an. A la revue passée par Randjit- Singh le 3 décembre i838, le gouverneur général avait rassemblé io,5oo hommes de troupes de toutes armes , dont quinze régiments d’infanterie : ces quinze régiments présentaient un effectif de 8,5oo hommes sous les armes, ou environ 5(i6 hommes par régiment : six régiments de cavalerie, un corps de cavalerie irrégulière et l’artillerie formaient les 2,000 hommes restants.

Des dispositions récentes ont porté l’effectif des régiments d’infanterie de la reine (servant dans l’Inde) à 1,000 hommes, et des régiments d’infanterie de la Compagnie à 900. Les régiments de cavalerie sont de 600 hommes.

L’UNIVERS

de Ceylan, c'est-à-dire à peu près 6,oeo

hommes, ce qui augmente de 24,000

les forces totales de l'Angleterre dans ■■ ■ — ■

l’Inde» et les porte en conséquence à.. 225,000*

* Les corps d’armée formés dans les États du Hizain, dans le royaume d’Aoudh , daus le Gwalior, dans l’Afghanistan» etc., et commandés par des officiers anglais, ne sont point compris dans ce relevé.

En supposant une population de cent millions aux territoires anglais dans l’Inde, et estimant l’armée indigène en nombres ronds à cent quatrevingt mille hommes, il paraîtrait aue le gouvernement anglais ne lève qu*un soldat sür cinq ceiit cinquante -cinq habitants (*). Le chiffre de l’effectif de l’armée a atteint près de trois cent mille en 1826. Le budget de la guerre, dans l’Inde anglaise , doit s’élever maintenant à environ deux cent cinquante millions de francs. En 1830, le chiffre dépassait deux cent trente-neuf millions, et l’armée, forte d’environ deux cent vingt-trois mille hommes, comptait plusieurs milliers d’Européens de moins qu’aujourd’hui. En résumé, l’armée indienne, avec son organisation et son effectif actuels, est une des armées les plus belles, les mieux équipées et les mieux disciplinées du monde entier.

La marine de l’Inde est loin d’être sur un pied aussi respectable. La présidence de Bombay, la mieux pourvue sous ce rapport, et dont la marine militaire a été assez imposante autrefois, ne comptait daus ces derniers temps qu’une frégate, un% dizaine de corvettes et de bricks , deux steamers armés en guerre , et quelques autres bâtiments de transport , etc. Le port de Calcutta compte douze gros bricks pilotes, qui font un service très-actif à l'embouchure de l’Hougly et entre cette

(*) Les données approximatives que nous avons recueillies fourniraient le tableau comparatif suivant :

La Russie compte

i soldat pour

57 habitants.

Prusse —

Autriche —

France — *

Hollande —

Angleterre —

3io

Inde anglaise

États-Unis —

embouchure et Calcutta. La présidence du Bengale entretient aussi quelques steamers. Madras n’a rien qui ressemble à une marine militaire. Le gouvernement suprême s’attachera , sans aucun doute, à multiplier les steamers , surtout en vue de l’exploitation complète de la navigation de l’Indus.

Quelque préoccupé qu’il puisse être de la protection et du développement des intérêts matériels, ce gouvernement donne une attention toute particulière aux besoins de la population chrétienne et aux moyens de propager avec une sage lenteur les doctrines évangéliques parmi les indigènes. Nous devons nous borner à quelques indications. L’Inde anglaise compte aujourd'hui trois évêchés, dont l’un métropolitain, celui de Calcutta, et deux suffragants, ceux de Madras et de Bombay. L’évêque métropolitain de l’Inde relève de l’archevêque de Cantorbéry; son traitement annuel est d’environ cinquante mille roupies, ou cent vingt-cinq mille francs; il est logé dans un magnifique palais ; les frais de ses tournées épiscopales sont supportés par l’Etat. Les évêques suffragants jouissent des mêmes avantages, mais leur traitement n’est que de vingt-quatre mille roupies, environ soixante mille francs.

L’ensemble des hauts traitements civils, judiciaires et ecclésiastiques, dans les trois présidences (les provinces de l’Ouest comprises) , s’élevait , en 1827-28, à plus de cinquante millions de francs, et cette somme était répartie sur mille trois cent six individus, donnant un traitement moyen d’environ quarante mille francs par tête. Le chiffre actuel de cette dépense n’est probablement pas tout à tait aussi élevé, mais la différence ne saurait être considérable, et s’il est une vérité établie en statistique gouvernementale, c’est que la Compagnie paye les fonctionnaires qu’elle emploie plus libéralement que ne l’a jamais fait aucune des puissances européennes. Si l’on considère les circonstances particulières et difficiles dans les-

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quelles ce gouvernement a été placé, et son caractère mixte, commercial et politique, on jugera qu’il a sagement agi en payant mieux qu’aucun autre, et c’est surtout à cause de cela qu’il a été mieux servi.

Pour compléter ces indications générales', nous dirons quelques mots des traitements alloués aux officiers généraux, supérieurs et autres de l'armée. Le général commandant en chef dans l’Inde reçoit, indépendamment de la solde de son grade et à titre de traitement extraordinaire , environ cent quatre-vingt mille francs par an; les officiers généraux reçoivent de trente-six à quarante mille roupies, ou de quatre-vingt-dix à cent mille francs par an; les brigadiers environ soixante mille francs, lès colonels de trente-six a quarante-cinq mille francs (selon les armes et la différence entre la solde de garnison et la solde de marche ou sur pied de guerre, différence désignée sous le nom de batta) ; les lieutenantscolonels de vingt-deux à trente-quatre mille francs ; les majors de dix-sept à vingt-sept mille, les capitaines de dix a seize mille, les lieutenants de six à dix mille, et les sous-lieutenants, enseignes ou cornettes, de quatre à neuf mille francs environ.

Les Hindous et les Musulmans forment les deux éléments principaux de la population de l’Hindoustan, et il semble au premier coup d’œil qu’il soit possible de grouper autour de l’une ou l’autre de ces deux grandes divisions toutes les races ou tribus secondaires; mais il n’en est pas ainsi :

plusieurs de ces races se refusent à de semblables rapprochements, et vivent isolées par leurs mœurs, leur langage et leurs caractères physiques. D’ailleurs, les Hindous et les Musulmans se subdivisent eux-mêmes en un grand nombre de populations qui ne diffèrent pas moins les unes des autres que bien des nations de l’Europe entre elles. Il serait difficile de dire quelle est dans l’IIindoustan la proportion des Hindous aux Musulmans , les relevés étant fort incomplets jusqu’à ce jour; mais nous pensons qu’on peut

évaluer à une vingtaine de millions la population musulmane répandue dans toute l’Inde anglaise , y compris le Pandjâb et l’Afghanistan. Les Hindous proprement dits, appartenant à diverses sectes de la religion brahmanique , peuvent s’élever à cinquante millions, dont trente millions au moins habitant la présidence du Bengale. Le bouddhisme compte peut-être dans toute l’Inde anglaise deux à trois millions de prosélytes, -dont la population de Cevlan forme la moitié ; les autres croyances, dont quelques-unes participent à la fois de l’islamisme et du brahmanisme, et dont d’autres ne paraissent avoir aucun point de contact avec ces religions, se répartissent en- 1 tre une quantité prodigieuse de tribus. > Pour donner une idée de l’immensité du champ que l’ethnographie aura à

fiarcourir pour rassembler seulement es matériaux des importantes recherches qu’elle est, appelée à faire dans l’Hindoustan, nous remarquerons, avec l’historien du Radjpoutana (*), qu’en suivant le cours de la rivière Tchamboul , sur un développement d’environ cinq cents milles , on traverse des royaumes, principautés, petites répupliques, etc., peuplés des races suivantes : Soundies , Tchanderawats , Siesoudias, Aaras, Gore, Djadoune, Sikerwal , Goudjeur, Djdt, Touar, Tchohdne , Bhadoria, Katchwaha, Sengar, Bondéla, etc. Toutes ces races diffèrent plus ou moins par leurs caractères physiques, leurs mœurs, leurs coutumes, leurs occupations ordinaires et leurs langages (**) . La taille,

(*) James Tod , Armais and antiquitirs of Rajast’han. London, i83a, 2 vol. in-40.

(**) Les deux langues mères de l’Inde paraissent être le sanscrit et le ttamonl, l’une d'où semblent dériver tous les principaux dialectes de l’Inde septentrionale (principalement au nord delà rivière Krishna), tels que le bengali , le mahratta , le hindi , le oandjabi , etc. ; l'autre , qui aurait donné naissance au tamil, malaralam , tclenga , canarais, ta/ava , etc. Le bengali est parlé par trente millions d’hommes qui peuplent le système inférieur du Gange; l'hindou.

L’UNIVERS

le teint et la physionomie des Hindous et même des Musulmans de l’Inde sont si variés , qu’aucune description ne peut suffire a faire connaître les diverses races qui composent la masse de la population. Parmi cette diversité infinie de types que présente cette population bigarrée de l’Hindoustan, il en est quelques-uns qui ont déjà été étudiés avec soin, et, avant de quitter ce sujet, nous essayerons de dfonner une idée de la race hindoue proprement dite, observée dans ses castes supérieures. En général , les habitants des plaines sont plus petits et plus sveltes, les montagnards, ou au moins les habitants des plateaux, d’une plus haute taille et d'un système musculaire plus développé ; mais les uns et les autres sont agiles , de formes élégantes, et capables de supporter de grandes fatigues ; tous ou presque tous sont éminemment propres à la vie militaire. On voit peu de personnes contrefaites, mais par différentes causes la cécité est assez commune. Le teint du peuple varie, selon le climat et les circonstances, d’un olivâtre foncé tirant sur le noir, à une riche teinte brune légèrement olivâtre ressemblant assez à celle des Italiens du Nord ou des Provençaux; mais chez les Hindous, l'esprit est si bien discipliné, que le dehors trahit rarement les émotions du dedans. Le contour de la figure est ovale, le front élevé, mais légèrement comprimé, les yeux et les cheveux noirs, les sourcils arqués, le nez et la bouche de forme européenne , le regard calme , tranquille et prévenant, également éloigné de l’aspect sombre et farouche du Malais et de l’expression passionnée du Persan ou de l’Arabe. Le buste est en général dans de belles proportions ; la poitrine est large et profonde, la taille fine, les bras parfaitement attachés, les mains petites, mais nerveuses; les extrémités

slani avec sej dialectes est parlé par environ vingt millions et compris par les hautes classes indigènes, depuis le Dekkan jusqu’au Kachemyr, et depuis Calcutta jusqu’à Bombay.

inférieures comparativement grêles, et le pied plat , les orteils courts, mais bien détachés et très-souples.

On trouve fréquemment parmi les Radjpouts et les montagnards du Nord des hommes d’une stature gjgantes-* que, qui seraient remarqués dans tous les pays de l’Europe par leurs proportions et leur force herculéennes. <> Gokul-Dass, dit le colonel Tod , le dernier chef de Déoghar, était, de figure et de taille, un des plus beaux hommes que j’aie jamais vus : il avait environ six pieds six pouces mesure anglaise (équivalant à un mètre quatre-vingt-dixhuit centimètres ou six pieds un pouce ancienne mesure française) ; il avait la corpulence d’un Hercule et se tenait parfaitement droit ; son père, à vingt ans, était beaucoup plus gros et devait avoir en près de sept pieds. » Les femmes , lorsqu’elles ne sont pas hâlées et flétries par le soleil et par un travail excessif, sont presque toujours d’une beauté remarquable ; elles ont les membres petits et arrondis , les articulations d’une grande souplesse, des traits pleins de douceur , des yeux noirs et languissants , les cheveux longs et soyeux, et la peau d'une finesse et a’un poli merveilleux. Les femmes hindoues de la caste brahmanique se font remarquer entre toutes. Le cou , les épaules et la poitrine sont ravissants , les membres en général d’une rare délicatesse et d’un moule exquis, les mouvements aisés, nobles et gracieux à la fois; le contour de la face du plus bel ovale grec , le nez long et droit, la lèvre supérieure admirablement modelée, la bouche petite, le menton rond. Les yeux, ombragés de longs cils noirs et surmontés de sourcils élégamment arqués, sont grands, noirs, humides et étincelants d’expression. Il est difficile, en un mot, de rien voir de plus gracieux qu’une femme hindoue de haute caste, et il n’est pas jusqu’à la teinte dorée de cette peau si douce, si unie, si lustrée, dont le ton riche, chaleureux et diaphane, n’appelle le regard et n’excite i’admiration.

L’opiuion paraît hésiter, quant à la

ioogle

INDE

supériorité morale et intellectuelle, entre lu race hindoue et la race musulmane. Nous croyons que, sous le rapport de l’aptitude, de la pénétration et de l'intelligence, les Hindous sont au moins égaux aux Musulmans, et sous le rapport des qualités morales, des habitudes et surtout des penchants de l’une et l’autre nature, nous n’hésitons pas à donner la préférence aux sectateurs de Brahma. Nous considérons la population hindoue comme la plus propre à concourir au grand «uivrc de la civilisation de l’Asie centrale. L’empire anglais dans l'Inde lui doit ses richesses agricoles, sescommercnnts les plus actifs et les plus habiles, scs meilleurs soldats (fait remarquable, et qui suffit à lui seul pour prouver combien on s’était formé une idée fausse du caractère hindou) ; elle lui devra ses meilleurs administrateurs, ses agents les plus dévoués , et peutêtre, "aux jours d’épreuve, ses alliés les pins fidèles et ses plus intrépides défenseurs. Mais il manque encore à cette masse intelligente et soumise es qui manque, hélas! à plus d'un peuoie aujourd’hui : la confiance dans l’avenir.

Tel est, esquissé à grands traits, le tableau général des divisions politiques, militaires, administratives, de la population , de l'organisation et des ressources de l’empire hindo-britannique. Jamais , à aucune époque de l'Iustoire et dans aucune partie du globe, si l’on en excepte l’empire chinois, une si vaste étendue de pavs, une population aussi considérable, des éléments aussi variés d’industrie, de commerce, de civilisation, n’ont été soumis à un pouvoir unique et dirigé immédiatement par une seule volonté. Jamais un aussi grand ensemble , un système aussi compliqué de gouvernement , une domination aussi immense et offrant cependant quelques chances d’avenir, n’avaient été le résultat de la conquête. Les causes qui ont amené ce merveilleux résultat sont digues d’être étudiées et méditées à loisir. Nous devons essayer de les résumer.

3' Livraison. (Inde.)

KÉsunit l’OI.rriQur. — EXrÉPfTtoas réceji-

TES d'aKOHAHÏSTAK ET DE CB OTE. AVEXIft

DE l’eMCIKE lIlKnO-BlUTAaHIQCE.

Quand Nader-Shah , après avoir envahi l'Ilindoustau, se retirait, il y a un siècle, avec un butin estimé à plusieurs milliards de notre monnaie, l’empire moghol croulait de toutes parts, et le champ qu'abandonnait la domination musulmane était ouvert à l’ambition des chrétiens. La France et l’Angleterre s’y trouvèrent en présence. La suzeraineté de l’Inde devait tôt ou tard échoir à l’une de ces rivales. La plus riche, la plus persévérante et, il faut le dire, la plus habile, a triomphé. Certes, toute nation grande et généreuse doit apprécier l’influence qu'une position politique et commerciale à laquelle elle aurait pu prétendre, lui aurait permis d’exercer sur une vaste portion du globe ; elle doit regretter que cette haute position , cette noble influence, lui aient été enlevées par sa faute. Sous ce point de vue, la France peut se repentir de s’être si mal acquittée du rôle qu’elle avait été appelée à jouer dans flnde , et se trouver humiliée du rôle qu’elle y joue aujourd’hui (*). Mais , a dire vrai , la lutte dans laquelle nous avons succombé n’avait pas ce caractère élevé, ce but honorable qui justifient aux yeux de ia postérité le vainqueur comme le vaincu, l’orgueil de la victoire et la douleur de la défaite. Les droits et les besoins de l’humanité n’étaient comptés pour rien dans le résultat an-

(*)Les traités de paii de'1814 et i8i5 ont restitué à la France quelque» établissements, dont les principaux sont situés sur la côte de Coromandel. La population totale de ces établissements s'élève à environ 16,8,000 Ames; la superficie des teiriloires réunis peut avoir de vingt-cinq à vingt-six lieues cariées. Tels sont les débris de notre grandeur passée , débris recouvrés à des conditions Inmiiliantes , débris précieux cependant à plus d'un titre , et dont la valeur s’accroîtrait , si des échanges projetés depuis plusieurs années pouvaient s’effectuer.

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ticipé de tant d’efforts; cependant, et c’est là notre consolation et notre enseignement à la fois, l’humanité a triomphé. Elle a recueilli les fruits de tant d’agitations et de misères. Les peuples de PHindoustan jouissent aujourd’hui de plus d’indépendance relative, de repos, d’aisance et de bonheur qu’ils n'en avaient eu en partage pendant dix siècles. Le gouvernement sur qui pèse la responsabilité de leur avenir n’a cependant pas fait pour eux tout ce qu’il aurait pu, tout ce qu’il aurai dd faire; mais, entraîné par le mouvement irrésistible de la civilisation et par les exigences de sa position, il comprendra peut-être que le temps est venu de substituer à une exploitation égoïste une administration prévoyante et paternelle. Il n’a su commander jusqu’à présent que l’étonnement et la crainte ; il lui faut conquérir la confiance et l’affection de ses sujets, et c’est une carrière toute nouvelle où les premiers pas ont à peine été faits depuis une dizaine d’années.

La domination anglaise dans l’Inde s’est établie par des moyens compliqués, et développée par des causes souvent imprévues. La Compagnie aspirait sans doute à étendre ses possessions territoriales, d’abord pour la protection et l’affermissement de son monopole, ensuite pour l’accroissement de ses revenus et de son influence politique ; mais elle n’avait pas le pressentiment d’une aussi haute destinée que celle que lui réservait la fin du dixhuitième siècle, et ellea voulu souvent, mais en vain , s’arrêter dans la route où l’entraînaient sa propre ambition et la force irrésistible des événeinenfs. L’agrandissement de son pouvoir a été au delà de toutes ses prévisions ; il a dépassé tous les calculs humains.

Parmi les causes immédiates de cet agrandissement, il en est deux trèsremarquables ; l'une est la distance qui séparait les établissements de la Compagnie de la métropole européenne, où résidait le gouvernement suprême , distance de plusieurs milliers de lieues , qui a rendu jusque dans ces derniers

temps les communications lentes et difficiles, et, par suite, placé les gouvernements délégués dans une position comparativement indépendante (*) ; l’autre est le nombre considérable d'hommes d’un mérite éminent qui se sont succédé dans l’administration des affaires civiles, politiques et militaires de la Compagnie, depuis près d'un siècle. Parmi ces hommes, il faut distinguer surtout lord Clive , Warren Hastings, lord Wellesley et lord Hastings. Par eux, les relations du gouvernement anglais avec les differents princes de l’Uindoustan ont acquis le caractère de suprématie et de dignité qui convenait à une grande nation :

(*) Aujourd'hui, cet élatde choses subit des modifications importantes. L'échange des courriers a lieu eu moitié moins de temps que par le passé ; te système de communications régulières établi entre l'Europe et l'IIindoustan par la Méditerranée et la mer Bouge au moyen de steamers, bien qu’il n’ait pas encore atteint le degré de perfection dont il est susceptible, a déjà exercé une grande influence sur les relations de la Grande- Bretagne avec l'empire indien , et l’un des avantages capitaux que le gouvernement anglais en a retiré, a clé de pouvoir s’entendre avec lord Auckland sur le plan et les moyens d’exécution des grandes mesures qui doiveut assurer la prépondérence de l’influence anglaise au delà de l’Iudus d’un côté et dans les mers de Chine de l’autre. II paraîtrait, au reste, que les idées du présideut du bureau de contrôle (sir John Hobhouse) et celles de lord Auckland sur la tnarrlic politique à su ivre à l'égard de la Perse et de l' Afghanistan, dans les conjonctures où l’on se trouvait en i838-3ç>, s’étaient formulées presque eu même temps , et que leurs dépêches respectives à ce sujet se soûl croisées. La part du libre arbitre était néanmoins large encore àcettedistauceetavecdeux à trois mois d'incertitude inévitable, malgré la vapeur. Lord Auckland a su en faire un noble usage et conduire à fin son aventureuse entreprise. Les nouvelles de Bombay arrivent maintenant en trente-six ou trente-huit jours à Londres. Nos dernières lettres de Calcutta et de Bcnarcs ont mis un peu moins de cinquante-deux jours à franchir la distauce qui sépare la capitale de la France des métropoles publique et religieuse de l'Hiudoustau,

INDE

sous leur administration , et plus particulièrement sous l’administration de lord Hast in “s , le système de politique intérieure a pris la forme et la consistance qu’on lui reconnaît aujourd'hui, et dont nous avons essayé de donner une idée.

Depuis quelques années, des améliorations importantes ont été introduites dans I administration des provinces anglaises de l’Hindoustan. Ces améliorations datent principalement de l’avénement de lord W. Bentinck au pouvoir, et se distinguent par un caractère d'humaine sollicitude, de libéralité et de justice envers les peuples de l’Inde , qu’il est de notre devoir de signaler. Sous ce rapport, lord Bentinck a bien mérité, non-seulement de son pays, mais de l’Inde britannique et de l’humanité tout entière. Ce n’est pas ici le lieu d’examiner dans quel but spécial d’économie et de réforme cet nomme d’Ktat avait été investi du gouvernement suprême , et quels moyens il a employés pour atteindre ce but. Nous n’avons non plus ni le temps ni l’intention d’apprécier en ce moment les principaux actes de son administration, nous nous bornerons à dire que sa politique en général nous a paru manquer de dignité, d’habileté et de force ; mais le nom de lord W. Bentinck a mérité de vivre et vivra dans la postérité par le souvenir d’un acte qui suffisait à lui seul pour honorer tout un gouvernement : l’abolition du Satti (*).

L’administration de lord Auckland paraît s’être moins adressée aux sympathies de la masse des populations indigènes que celle de lord Bentinck.

On l’accuse surtout d’avoir adopte des mesures financières dont le principe et le mode d’exécution blessent la justice, et ne remplissent les coffres de

(*) Satti, veuve hindoue qui se brille sur le bûcher avee le corps de son mari. On donne le même nom à la cérémonie religieuse dont cet acte fanatique est le complément indispensable. Le satti a été aboli dans les territoires de la Compagnie par lord William Bentinck, en t8ag.

l’État qu'aux dépens de l’affection des contribuables et souvent au mépris de leurs droits. Les réclamants, dit-on, ont été livrés à la merci des secrétaires, et ont vainement sollicité, la permission de faire un apjpel direct à la commisération et à l’équité du gouverneur général. Des propriétaires ruinés, des princes dépossédés, auraient suivi sa seigneurie dans ses dernières tournées sans pouvoir obtenir d’audience. Deux fois lord Auckland aurait visité la ville impériale de Dehli , et deux fois il l’aurait quittée sans l’échange ordinaire de compliments officiels avec le chef de la plus noble race et de la plus ancienne peutêtre du monde asiatique. Entouré de ses gardes, enivré des victoires que la vigueur et la prévoyance de sa politique avaient. préparées , lord Auckland aurait ignoré toutes les misères infligées à la population par les mesures financières auxquelles nous avons fait allusion, et qui fournissent aux collecteurs des revenus de dangereux prétextes pour contester la validité des titres et ébranler des droits de propriété longtemps respectés; en un mot, lord Auckland aurait été, sans le savoir, l'instrument d'une accablante oppression, et le gouvernement s'apercevra trop tard que l’estime et la confiance des peuples ont fait place à une haine implacable qui saisira avidement toutes les occasions de vengeance.

Il y a, nous n’en doutons pas , une grande partialité dans ce jugement porté sur l’administration intérieure de lord Auckland ; mais il nous parait extrêmement probable que les préoccupations continuelles de haute politique n’ont pas permis à ce gouverneur général de donner son attention à des détails dont les parties intéressées se sont aisément exagéré l’importance, et on ne saurait nier que l'aspect général des affaires n’ait présenté dans ces dernières années des symptômes assez alarmants pour appeler toute la sollicitude, toute l’activité et toutes les ressources du gouvernement suprême. Les intrigues ae la Perse et

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de la Russie d’un côté, l’attitude hostile du Napâl et de l’empire Birman de l’autre , les dispositions douteuses de certains Etats tributaires dans le nordouest et dans le Dekkan ; enfin , les complications que pouvaient amener d’un instant à l’autre la mort de Randjît-Singh et l’incapacité reconnue de l’héritier présomptif du trône du Pandjab; toutes ces causes réunies faisaient une loi à lord Auckland de s’occuper, avant tout , du renversement de toute opposition intérieure à l’influence de son gouvernement, et de faire avorter toute tentative extérieure contre le maintien de cette influence.

Plusieurs démonstrations importantes, plusieurs expéditions décisives devaient avoir lieu dans ce but, et la chaîne de ces entreprises hardies, après avoir fixé son premier anneau sur le plateau do l’Afghanistan, vient de traverser les mers pour aller trouver en Chine un nouveau point d’appui. Les opinions de quelques publicistes ont été partagées sur la question de savoir si la puissance anglaise doit perdre ou gagner, en dernier résultat, à l’expedition d’Afghanistan, et l’on a été jusqu’à soutenir que c’était une grande imprudence ou même une faute immense à lord Auckland que d’avoir passé l’Indus, et d’avoir ainsi attiré l’attention et les forces de la Russie de ce côté (comme si l’attention de la Russie avait cessé, depuis Pierre le Grand , d’être dirigée vers la Perse et l’Asie centrale!) Selon nous , la véritable question , au moins la question préalable, est de savoir si l'Angleterre pouvait éviter de passer /' Indus, et nous ne craignons pas d’affirmer qu’elle se trouvait, depuis plusieurs années, dans la nécessité fatale de franchir cette barrière, pour en fortifier les approches, et la rendre inexpugnable, autant au moins qu’il était au pouvoir de la politique et de la stratégie de le faire. Nous pensons que l’Angleterre a fait preuve de sagesse et d'habileté à la lois en rétablissant Shâh - Shoudiah sur le trône de ses pères, et qu’il était d’une bonne et saine politique de songer à

reconstruire avec les débris épars de la monarchie douranie un État qui eût intérêt à défendre cet empire contre les tentatives envahissantes de l’Occident. Nous croyons même qu’il eût été sage de faire', il v a six ans, ce qu’on a fait l’année dernière, et que lord W. Bentinck aurait pu recueillir, à moins de frais, pour la nation et pour lui-même, la moisson de gloire que son successeur a été conquérir dans l’Afghanistan.

Cette expédition que le ministère anglais, dans ,1a séance du parlement du 6 février dernier, a qualifiée à juste titre de miracle moral, cette expédition qui a employé vingt-deux nulle hommes , un matériel immense, vingt-sept mille chameaux, qui a parcouru une distance de mille trois cent cinquante milles jusqu’à Caboul , se liait à un vaste système d’opérations dont l’accomplissement a exigé un surcroît de quarante mille hommes de toutes armes dans les forces anglo-indiennes. Ces précautions étaient nécessaires, et le ministère l’a déciaré dans cette même séance ; on avait su de la manière la plus positive que quelques-uns des chefs mahrattes, le radjah de Népal , le souverain de Djodpour, le nawàbde Karnoul, etc., méditaient des projets hostiles (*).

(*) T.e 18 octobre i S.iç) , le nawêb de Karnoul fut fait prisonnier après une résistance courte, mais furieuse. Les troupes du nawib, composées principalement d’Arabes, d’Afghans et de quelques Beloutckis, paraissent avoir fait preuve d’un courage désespéré , d'un dévouement chevaleresque , « dignes d’une meilleure cause , » disent les relatious anglaises. La variété infinie et lu profusion d’armes et de munitions découvertes dans les caves du Zénana témoignent de la monomauie vraiment étrange du nawâb, qui u'avait pas du dépenser moins de six lacs de roupies (i,5oo,ooo fr.) à l'achat seul du métal qu'on a trouvé en nature ou sous forme d’instruments de guerre de toute espèce. Le secret et l’intelligence avec lesquels cesopéralionsavaientélécoiuluitesont donné lieu de penser que cette affaire de Karnoul n’était peut-être qu’une ramification d'un complot plus étendu pour le renversement

IN DK.

L’issue de la campagne d’Afghanistan doit avoir une influence salutaire sur la stabilité du pouvoir anglais dans l’Inde. L’effet moral de laprisedeGhizni et de Kelât a été immense; il ne fallait rien moins que ces éclatants triomphes pour couper court aux intrigues ourdies par les chefs du Sindh, du Radjpoutann et du Dekkan, et arrêter les combinaisons hostiles du souverain d’Ava et des Népalais. Aussi , dans les remercîments votés par le parlement à lord Auckland (séance du 6 février 1840), est-il rendu hommage au jugement et à l'habileté avec lesquels les ressources de t'empire anglais dans l’Inde ont été appliquées, sous sa direction , aux operations militaires à l’ouest de l’Indus.

Comme ces événements joueront nécessairement un grand rôle dans les destinées de l’Orient, et que ce qui s’est passé, depuis un an environ, près des rives de l’Indus, commence, selon toute probabilité , une ère nouvelle pour l’empire hindo-britannique, nous croyons utile de résumer ici et d’examiner sommairement ce que l’on sait de positif, tant sur les causes prochaines et éloignées de l'expédition d’Afghanistan que sur les circonstances mêmes de cette expédition et sur ses résultats.

L’Afghanistan proprement dit s’étend du soixante-et-unième au soixante-dixième degré de longitude est, et du trentième au trente-cinquième degré de latitude nord environ. Il est borné à l’est par la Perse, à l’ouest par l’Indus, au nord par l’Hindou-Koh (prolongement de ('Himalaya), au sud

du pouvoir anglais dans l’Itide. Le nawAb avait été conduit au fort de Triteliinopoli , où il a été assassiné le 1 1 juillet dernier par une des personnes de sa suite. Le nawâli avait, à ce qu’il parait, témoigne l’intention d’abjurer le mahométisme et d’entrer dans le sciu de l'église chrétienne; mais le zèle fanatique des vrais croyants n’a pas voulu permettre l'accomplissement de ce scandale, et le nawâb a éiè frappé du coup mortel dans l’église même du fort où il venait d’assister au service célébré par le missionnaire anglais.

du Béfoutchistan. Les deux principaux États de l’Afghanistan sont les royaumes de Kaboul et de Kandahar .Iss capitales qui donnent leurs noms a eest royaumes sont les points de communication de l’Inde avec la Perse et la haute Asie. • Depuis l’antiquité la plus reculée, disait l’historien du régné d’Akbar, Aboulfazel (en 1602), Kaboul et Kandahar sont regardées comme les portes de l’Hindoustan; l'une y donne entrée du Tottrân , l’autre de l’I'rân , et , si ces places sont bien gardées, le vaste empire de f Hindoustan est U l'abri des invasions étrangères (*). »

Dans ce peu de mots révélés à l’Europe pour la première fois en 1783, sous l'administration de Warren Hastings (**), a été l’enseignement de l’Angleterre ; elle vient de prouver, quoique un peu tard , qu’il n’avait pas été perdu pour elle.

L’Afghanistan fit partie de l’empire moghol jusqu’à l’invasion de Nadcr Shah ( 1738-39). « Kandahar, qui tife son nom de là ville capitale ou qui lui donne le sien, dit un vieux voyageur, est la province la plus occidentale des Indes et a pour voisin le roi de Perse, qui en a souvent été le maître : aussi est-ce pour cette province que les rois de Perse sont presque toujours en guerre avec le Grana-Mogol, comme ds le sont du côté de la Turquie pour Bagdad et Erivan.» Ainsi, il y a deux cents ans, des rivalités semblables à celles qui nous occupent aujourd’hui étaient déjà depuis longtemps en présence.

Nader Shah exigea la cession des provinces à l’ouest de l’Indus , avant de rendre à l’empereur Mohammed Shah le sceptre qu’il avait arraché à sa main débile. Privé de cette base et miné intérieurement par une organisation vicieuse, l’empire moghol croula

(*) Ain-Akbery, vol. II, pag. i65.

(**) Warren Haslings était gouverneur général des Indes anglaises quand F. Gladwio entreprit la traduction de l’Aïn-Akberv. Ce fut sous le patronage de ce grand homme que l’ouvrage fut publié, et il lui fut dédié à Calcutta, le i*r septembre 1783,

L’UNIVERS

de toutes parts. La Perse, cependant, ne jouit pas longtemps des avantages qu’elle devait moins a sa force réelle et à ses propres ressources qu’au génie et à la fortune d’un homme.

A la mort du conquérant persan, en 1747, Ahmed Khan, l’un de ses généraux, et chef de la tribu des Abda- Ils (connus depuis sous le nom de Douranis ), devint maître de l'Afghanistan, et se fit couronner roi à Kandahar sous le titre de Ahmed Shah Dour-é-Dourdn (la perle du siècle).

Actif et habile autant que brave, Ahmeh Shah porta la terreur de ses armes de Delhi à Asterabad ; et , à sa mort, en 1773 , il laissa à son fils Timour un empire dont les limites extrêmes avaient été naguère l’Oxus au nord, la mer et les embouchures de l’Indus au midi, le Kashmir et les monts Himalaya à l’est , la Perse au delà de Meshed à l’ouest. Timour Shah, loin de continuer la vie belliqueuse de son père, ne fit aucun effort pour rétablir l’autorité royale, compromise dans lePandjab et les provinces voisines, et se contenta de regner à peu près paisiblement, pendant vingt ans, sur les provinces à l’ouest de l’Indus. Il mourut en 1793. Les intrigues du Zénana. appuyées de l’influence de la tribu (les Barekzals, placèrent d’abord sur le trône l’un des plus jeunes fils de Timour, Zéman Shah, qui , pendant un règne agité de quelques années, essaya de reconquérir le Pandjab, et annonça même la folle intention d’envahir l’Hindoustan. Si ce projet eût pu avoir un commencement d’exécution , les intérêts anglais dans l’Inde auraient été sérieusement , quoique momentanément , compromis. Le gouverneur général des Indes anglaises à cette epoque ( homme si justement célèbre, et auquel la postérité rendra encore un plus éclatant hommage que celui qu’il obtient de ses contemporains), le marquis de Wellesley (’), ne crut

(*) Frère aîné du duc de Wellington, Le marquis de Wellesley était capitaine général en même temps que gouverneur général. Le duc de Wellington, alors seulement l 'hono-

pas inutile de se prémunir contre le dangerqui semblait menacer l’influence anglaise dans le nord de PHindoustad.

La mission du capitaine S. Malcolm (depuis sir John Malcolm) à la cour de Perse, en 1799-1800, eut pour objet principal de déterminer la Perse à donner tant d’occupations à Zéman Shah chez lui , qu’il ne pût Songer sérieusement, de trois ans au moins, à troubler la tranquillité de l’Hindoustan. Le gouverneur général assignait ce ternie de trois ans aux arrangements politiques et financiers qu’il avait en vue pour mettre les possessions de la Compagnie et de ses alliés en état de défier toute agression étrangère. Comme encouragement à l’adoption de ces mesures, Malcolm était autorisé à offrir à la Perse un subside annuel de trois à quatre lacs de roupies (environ un million de francs), garanti pour trois ans. Il lui était recommandé en outre de tirer parti, autant que faire se pourrait, de l’inimitié qui depuis la mort de Timour régnait entre ses fils, et qui avait déjà amené des luttes sanglantes à la suite desquelles deux de ces princés s’étaient réfugiés à la cour de Perse (*). Admettant que le shah de Perse s'engagent à suivre le plan d’opérations tracé par le gouvernement anglais, celui-ci déclarait ne prétendre a aucune part des conquêtes ou du butin qui pourraient être acquis par la Perse, en cas de aueire avec Zéman Shah. A cette epoque, l’Angbterre trouvait convenable de jouer précisément le rôle qu’elle accuse la Russie d’avoir joué dernièrement devant Hérat. Lord Wellesley armait la Perse contre T Afghanistan ; aujourd’hui , au contraire , lord Auckland arme l' Afghanistan contre la Perse. Les faits curieux que nous venons de rapporter sont constatés par la correspondance de lord W’ellesley, récemment publiée en Angleterre, et qui

rabte Arthur Wellesley, servait dans l’Inde à celle époque en qualité de major général.

(*) Shah Mahmoud et le prince Kamrân sou fils.

INDE

forme un recueil du plus haut intérêt (*). Shah Zéman eut bientôt en effet trop d'occupations cher, lui pour songer a inquiéter l'Inde anglaise (**).

Les prétentions rivales de ses frères (Mahmoud et Shoudjd) trouvèrent de nouveaux et de plus actifs soutiens.

Leurs intrigues et l’imprudence du shah armèrent contre lui la tribu des Barckzals , dont l’influence l’avait porté au trône. Une conspiration fut découverte : le shah fit mettreàmortsix des principaux seigneurs qui s'y trouvaient compromis, et parmi eux, le chef de cette puissante tribu, Sar/eraze Khan. Le fils de ce dernier, le célèbre Fatteh Khan, avec tous les Barekza'is , épousa immédiatement les intérêts de Shah-Mahmoud , cet autre fils, de Timour, que la Perse, de concert avec l’Angleterre, avait pris sous sa protection.

Le royaume, après quelques mois de tranquillité, fut livré de nouveau aux horreurs de la guerre acharnée que se livraient depuis six ans ces malheureux frères. Dans le cours de

(*) IVellesicy Despatchcs , vol. V , p. 8a et suiv.

(**) Il n’est pas sans intérêt de voir comment sir John Malcolm lui -même rend compte des résultats généraux de celte première mission, dans son Histoire politique de Clnde : «Celte mission, dit-il, eut le succès le plus complet. L’envoyé anglais non-seulement réussit à décider le roi de Perse à atlaquer de nouveau le Khorassnn, ce qui eut pour effet d'obliger Zéman Shah à abandonner ses desseins sur l'Inde, mais* encore il détermina ce prince A conclure avec le gouvernement anglais des traités d’alliance et de commerce excluaut complètement les Français de la Perse, et assurant aux Anglais tous les avantages qui pouvaient résulter de ces nouvelles relations. Il n’y a aucun doute, ajoute Malcolm, que si l'on eût cultivé celle alliance avec le même esprit de prévoyance et la même pénétration qui l’avaient commencée, l’influence du gouvernement anglais , dans cette partie de l’Orient, aurait été à l’abri de la plupart des dangers auxquels elle a clé subséquemment exposée. » ( Political History of India, i8î6, vol. I, pag. a7»).

cette campagne , Shah Zéman , trahi par un des siens, fut livré à Mahmoud, qui lui fit arracher les yeux. Plus tard (en 1803), Mahmoud était à son tour détrôné par S h Ah Shoudjd , et Shah Zéman délivré par le nouveau roi (son frère par la même mère) , dont il devait suivre désormais la fortune et partager les humiliations et l’exil. Ainsi le gouvernement de la Compagnie fut délivré d’un ennemi qu’il avait un instant redouté, mais dont il avait si activement contribué à amener la ruine.

Réfugié d’abord dans le Pandjab (où Randjlt- Singh, le sachant sans ressources , lui avait accordé .à regret un asile), et quand il eut expié par quinze années d’infortunes les alarmes que son ambition avait causées , le monarque aveugle et mendiant, depuis longtemps à charge à son hôte , trouva enfin un exil paisible et du pain à Loudiana (*), où Shah Shoudjd luimême l’avait précédé.

De 1 803 à 1 809 , Shdh Shoudjd avait occupé un trône mal affermi. Il conclut à Peshâver, en 1809, un traité d’alliance avec le gouvernement suprême des Indes anglaises. Les alarmes que l’ambassade française envoyée en Perse par l’empereur Napoléon, venait de créer, déterminèrent le gouverneur général , alors lord Minto , à fortifier par de nouvelles alliances l’attitude politique de l’Angleterre dans l'Inde. Sous ce rapport , l’année 1809 eut des résultats remarquables , surtout en ce qu’elle établit des relations, d’une importance plus réelle et plus durable qu’on n’avait dt) le prévoir, entre le chef sikh, Randjît-Singh, et le gouvernement anglais , et en ce qu’elle initia ce gouvernement , par l’intermédiaire de l’honorable Mountstuart F.lphinstone ( homme d’une si haute distinction sous tous les rapports), au véritable caractère des peuples de l’Afghanistan, aux formes singulières de la monarchie douranî , à la nature et aux ressources du pays. —

(*) Tille et station importantes sur le territoire anglais et sur la rive gauche du Suliedgc.

40 L’UNIVERS

"Le traité conclu avec Shâli Shoudjâ- Oul-Moulk, en 1809, a porté ses fruits trente ans après, en désignant le royal pensionnaire au choix au gouvernement suprême pour opérer, sous les inspirations soudaines de la politique anglaise , la régénération de l’Afghanistan. — Il est curieux et instructif de comparer les deux époques, et, pour atteindre sûrement ce but , nous allons d’abord faire connaître les traités signés, en 1809, avec le roi de Perse , le roi de Kaboul , le radjah de Lahore et lesamîrsde Simili.

Tïwité préliminaire avec la Perse ,

conclu par sir Harfonl Jones, le

12 mars 1809 (*).

Au nom de celui qui est toujours nécessaire, qui suffit à tout et à tous, qui est éternel, et qui est le seul protecteur véritable , etc. , etc. , etc.

Art. l*r. Comme il faut quelque temps pour discuter et rédiger un traité ocünitif d'alliance et d’amitié entre les deux grands États , et attendu que, dans les circonstances actuelles, il est urgent que quelque chose soit fait sans retard , il est convenu que ces articles, qui doivent être regardés comme préliminaires , deviendront la base d’uu traité définitif d’étroite et sincère amitié et d’éternelle union ; et il est également convenu que ledit traité définitif, déclarant d’une manière précise les désirs et les obligations de chaque partie , sera signé et scellé par les mêmes plénipotentiaires, et deviendra obligatoire pour les hautes parties contractantes.

Art. 2. Il est cohvenu que les arti-

(*) Ce traité fut conclu sans le concours du gouverneur général, qui protesta énergiquement cbntre une mesure qui tendait év iilemment à rabaisser le gouvernement suprême de l'Inde dans l’opinion des Persans. Il fit repartir Malcolm pour la cour de Télirân en qualité d’envoyé extraordinaire. C’était la troisième mission dont cet officier était chargé à cette cour depuis 1800. (Voyez quatrième partie, Inde moderne , et pour de plus amples détails, Malcolm' s po/ùical History of India, vol. I, pag. 414 et suiv.)

clés préliminaires, formés par la main de la vérité et de la sincérité , ne seront ni changés, ni altérés ; mais qu’il doit en résulter une augmentation journalière d’amitié, qui durera éternellement entre les deux Majestés sérénissimes , leurs héritiers , successeurs , leurs sujets , états , provinces et pays.

Art. 3. S. M. le roi de Perse juge nécessaire de déclarer qu’à dater du jour de la signature de ces articles préliminaires, tout traité ou arrangement qu’il peut avoir conclu avec aucune autre puissance européenne, est considéré comme nul et non avenu, et qu’il ne permettra à aucune force européenne de traverser la Perse pour se diriger, soit vers l’Inde, soit vers les ports de ce pays.

Art. 4. En cas qu’aucune force européenne ait envahi ou doive envahir le territoire de Sa Majesté le roi de Perse , S. M. Britannique devra fournir à S. M. le roi de Perse un corps de troupes, ou , en son lieu , un subside avec des munitions de guerre, telles que canons, fusils, etc., et des officiers en nombre qui sera, de part et d’autre , reconnu suffisant pour expulser l’ennemi; le nombre des troupes qui devront former le corps auxiliaire, ou le montant du subside, aussi bien que la quantité de munitions, etc., seront , plus tard , réglés par le traité définitif. Dans le cas où S. M. le roi d’Angleterre ferait la paix avec la puissance européenne en question , S. M. Britannique fera tout ce qui dépendra d’elle pour négocier et conclure la paix entre S. M. Persane et cette puissance. Mais si (ce qu’à Dieu ne plaise) les efforts de S. M.

Britannnique ne réussissaient pas a atteindre ce but, alors le corps d’armée auxiliaire ou le subside , selon ce qui sera mentionné dans le traité définitif, devra rester à la disposition du roi de Perse, tant que durera la présence desdites forces européennes dans les territoires de S. M. Persane , ou jusqu’à ce que la paix soit conclue entre S. M. Persane et la puissance européenne en question ; et il est de

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plus convenu qu’en cas que les possessions de S. M. Britannique aans l'Inde soient attaquées ou envahies par les Afghans ou toute autre puissance, S. M. le roi de Perse fournira un corps d’armée pour la protection desdites possessions, selon les stipulations contenues dans le traité définitif.

Art. 5. Si un détachement de troupes anglaises arrive de l’Inde dans le golfe Persique , et , par le consentement de S. M. Persane , débarque dans l’île de Karrak, ou dans aucun des ports persans , il ne devra , en aucune façon , prendre possession de ces îles ou ports , et , à compter de la date de ccs articles préliminaires , ledit détachement , dont la force sera fixée dans le traité définitif, sera à la disposition de S. M. le roi de Perse.

Art. C. Mais si lesdites troupes restent, par le désir de S. M. le roi de Perse, soit .à Karrak, soit dans un autre port du golfe Persique, elles seront traitées par le gouverneur de l’endroit de la manière la plus amicale, et des ordres seront donnés à tous les gouverneurs du Farsistan pour que les provisions nécessaires, en telles quantités que ce puisse être, soient fournies à ces troupes au comptant et au prix du jour.

Art. 7. En cas de guerre entre S. Jl. Persane et les Afghans, S. M.

le roi de la Grande-Bretagne ne devra y prendre aucune part , à moins que ce ne soit d’après le désir exprès des deux parties, et comme médiateur pour négocier la paix entre elles.

Art. 8. Il est reconnu que ces articles préliminaires sont conclus dans un but purement défensif, et doivent être compris comme tels. Il est aussi convenu que, tant que ces articles préliminaires resteront en force , S. M.

le roi de Perse r.e devra entrer dans aucun engagement hostile à S. M.

Britannique , ou qui puisse avoir des résultats préjudiciables ou désavantageux pour les territoires anglais dans l’Inde.

Ce traité est conclu par les deux parties dans l’espoir qu’il sera éternel ,

et qu’il engendrera les plus beaux fruits d’amitic entre les deux rois sérénissimes (*}.

(*) I.e traité définitif conclu le a S novembre 1 8 1 4 a clé regardé depuis celle époque comme la base des relations publiques des deux Étals ; mais il n’a pas amené les résultats que l'Angleterre s’en était promis. Eu voici les dispositions principales :

Par l’arlicle r , dans le ras où l'une quelconque des puissances européennes voudrait envahir l’Inde nar la roule de Kharisin, Tartaristàn, Rokharâ , Samarrand ou attires routes , S. M. Persane s’engage à déterminer, autant que cela sera en son pouvoir, soit par la terreur de scs armes, soit par des négociations, les rois ou gouverneurs de ces pays à s’opposer à une telle invasion.

L’art. i porte que. ... S. M. Britannique s’engage à n’intervenir dans aucune dispute qui pourrait s’élever par la suite entre les princes , seigneurs cl chefs principaux de la Perse, et s’il arrivait jamais que l’un d’»u\ proposât do livrer une province de Perse an gouvernement anglais , dans le but d’obtenir l’assistance de ce gouvernement , cclui-ri ne consentira pas à une semblable proposition, ni ne se mettra en possession , par ce moyeu, d’une partie du territoire de la Perse.

L'art. 3 stipule que les limites des États de la Russie et de la Perse seront déterminées sur les bases admises par la Grande- Bretagne , la Perse et la Russie.

L’art. 4 fixe à deux cent mille toniéns le montant du subside annuel dont mention a été faite dans le traité préliminaire, et spécifie les conditions du payement. ( Cet article et l'article 3 ont été annulés par uue convention particulière en 1828.)

Par Part. 8 la Perse s’engage , en cas de guerre entre les Afghans et les Anglais, à envoyer une armée contre les Afghans; l’Angleterre se chargeant de pourvoir à l’entretien de ces troupes.

L’art. 9 est la reproduction à peu près littérale de Part. 7 du traité préliminaire qui interdit toute intervention de la part de l’Angleterre entre les Persans et les Afghans, en cas de guerre, à moins que sa médiation ne soit sollicitée.

L’art. 1 1 et dernier prévoit le cas où la Perse pourrait demander à l’Angleterre de lui envoyer des vaisseaux et des troupes (la Perse payant les frais de l'expédition), et, dans ce cas, le secours demandé serait, si les circonstances le permettaient, mis à la

42 L’UNIVERS

Traité avec les Amies de Sinde (*) , daté 22 août 1809.

Art. l“r. Il y aura amitié éternelle entre le gouvernement anglais et celui de Sinde, c’est-à-dire (ou représenté par) Mtr-Gholam-Aly, Mlr-Kurrîm- Aly et Mîr-Mourad-ÂIy.

Art. 2. L’inimitié ne paraîtra jamais entre les deux États.

Art. 3. L’envoi mutuel des vakils continuera toujours entre les deux gouvernements, savoir : le gouvernement anglais et le gouvernement sindien.

Art. 4. Le gouvernement de Sinde ne permettra pas l’établissement de la tribu des Français dans le Sinde.

Écrit le 10 du mois de rudjûb-oulmourudjûb, dans l’an 1224 de l’hégire, correspondant au 22 août 1809.

Traité avec Randjît-Singh, le radjah

de Lehore, daté 25 avril 1809.

Attendu que certains différends qui s’étaient élevés entre le gouvernement anglais et le radjah de I.ahore ont été heureusement et amicalement réglés , et que les deux parties ont le vif désir de maintenir les relations de bonne amitié et de concorde, les articles de traité suivants, qui lieront également les héritiers et successeurs des deux parties , ont été conclus entre le radjah Randjît-Singh , d’une part , et le gouvernement anglais, par l’entremise de M. Charles-Tnéophilus Metcalfe , d'autre part.

Art. l'r. Il y aura amitié perpétuelle entre le gouvernement anglais et l’État de Lahore. Celui-ci sera traité par le

disposition de S. M. Persane , mais les vaisseaux anglais ne pourraient , sans permission expresse ou à moins de nécessité absolue , jeter l’ancre que dans certains ports désignés par le gouvernement persan.

Il est curieux de mettre en regard les dispositions de ces traités avec les événements de t838-3g.

(*) Nous écrivons ici le nom de retteprincipaulé comme nous le-trouvons dans le document ofliciel soumis au parlement, mais l’orthographe véritable du mot (sanscrit d’origine) est Smith, et les Persans l’écrivent *insi: SAJL-»

premier sur le même pied que les puissances les plus favorisées , et le gouvernement anglais n’aura à s’occuper en rien des territoires et sujets du radjah au nord de la rivière Sutledge.

Art. 2. Le radjah n’entretiendra jamais sur le territoire occupé par lui ou ses dépendants sur la rive gauche de la rivière Sutledge que le nombre de troupes nécessaire pour la police intérieure de ce territoire ; il n’empiétera , ni ne souffrira aucun empiétement sur les possessions ou droits des chefs du voisinage.

Art. 3. En cas d’infraction d’aucun des articles précédents, ou d’une déviation des règles de l’amitié de la part de l’un quelconque des deux États , ce traité sera considéré comme nul et non avenu.

Art. 4. Ce traité consistant en quatre articles , ayant été arrêté et conclu à Umritsir, lé 25'. jour d’avril 1809, M. C. T. Metcalfe a remis au radjah de Lahore une copie du traité, en anglais et en persan , après y avoir apposé son cachet et sa signature; et ledit radjah a remis , de son côté , une copie dudit traité, revêtue de son cachet et de sa signature ; M. C. T. Metcalfe s’engage à fournir au radjah , dans le délai de deux mois , une copie du même document, ratifiée par le très-honorable gouverneur général, en conseil , et , à la réception par le radjah de ladite copie ratifiée , le présent traité sera considéré comme definitif et obligatoire des deux côtés, et la copie qui vient d’être remise au radjah sera rendue.

Traité avec le roi de Caboul , daté 1 7 juin 1809.

’r Attendu qu’en conséquence de la confédération projetée entre les Français et le gouvernement persan , dans le but d’envahir les possessions de S. M. le roi des Douranîs, et ultérieurement celles du gouvernement anglais dans l’Inde, l’honorable Mountstuart Elphinstone a été expédié à la cour de S. M. , en qualité d’envoyé plénipotentiaire, de la part du très-honorable lord Minto, gouverneur géné-

INDE

ral , exerçant une autorité suprême sur toutes les affaires civiles, politiques et militaires dans les possessions anglaises dans l’Inde , dans le but de concerter, avec les ministres de S. M., les moyens de défense mutuelle contre l'invasion probable des Français et des Persans; et attendu que led’it ambassadeur ayant eu l’honneur d’être présenté à S. M. , et de lui expliquer le but amicql et avantageux de sa mission , S. M. , sensible aux avantages d’une alliance et d’une coopération entre les deux États, dans le but exprimé ci-dessus, a ordonné à ses ministres de conférer avec l’honorable Mountstuart Elphinstone, et, consultant le bien-être des deux Etats, de conclure une alliance amicale; et certains articles de traité ayant été, en conséquence, convenus entre les ministres de S. M.

et l’ambassadeur anglais , et confirmés par lapposition du sceau royal, une copie du traité ainsi conçu a été transmise par l’ambassadeur pour la ratification du gouverneur général, qui, consentant aux stipulations contenues dans cet acte , sans aucune modification , a renvoyé, pour être remjse à S- M. , une copie de ces articles , ainsi qu’ils sont ci-dessous trancrits, dûment ratifiée par le cachet et la signature du gouverneur général , et les signatures des membres du gouvernement anglais dans l’Inde. Et les obligations des deux gouvernements, maintenant et pour toujours , seront réglées exclusivement et déterminées par la teneur de ces articles , qui sont comme suit :

Art. 1er. Comme les Français et les Feisans se sont ligués contre l’État de Caboul, s’ils voulaient passer à travers les possessions du roi , les serviteurs du trône céleste s’y opposeront , et feront tout ce qui dépendra d’eux, en les combattant et les repoussant pour ne pas leur permettre de pénétrer dans l’Inde anglaise.

I Art. 2. Si les Français et les Persans , par suite de la ligue formée entre eux , s’avançaient vers le pays du roi de Caboul avec des intentions hos- Jiles , le gouvernement anglais , voulant sincèrement contribuer à les re-

pousser, se regarderait comme engagé a subvenir aux dépenses nécessitées par ce qui est mentionné dans l’article précédent, autant que cela sera en son pouvoir. Tant que la ligue entre les Français et les Persans subsistera, ces articles seront considérés comme étant en vigueur, et les deux parties seront tenues de s’y conformer.

Art. 3. L'amitié et l’union sont établies à jamais entre les deux États. Le rideau de la séparation sera levé entre eux : mais aucun des deux pays ne se mêlera en rien des affaires de l’autre; et le roi de Caboul ne permettra à aucun individu français l’entrée de ses territoires.

Les fidèles serviteurs des deux États étant d’accord sur ce traité, les conditions de confirmation et de ratification ayant été remplies , ce document a été scellé et signé par le très-honorable gouverneur général et les honorables membres du gouvernement suprême de l’Inde, ce 17" jour de juin 1809 , correspondant à l’année 1224 de l’hégire.

Cette même année , Shoudjâ-oul- Moulk , qui n’avait pu réussir à rallier les Bnrekzaïs à sa cause , fut obligé de fuir devant le vizir Fatteh Khan , qui, déjà une fois, avait placé la couronne sur la tête de Shâh Mahmoud, et qui de nouveau exerça le pouvoir suprême au nom de ce prince, de 1810 à 1818. Shâh Shoudjâ avait trouvé dans le Pandjab un asile qui devait, trois ans plus tard, lui coûter si cher. Il fit de courageux mais vains efforts pour rétablir son autorité, d’abord dans la province de Peshàver, puis dans le Moultân, et enfin dans le Kashmir. Il fut forcé de repasser l’Indus en 1810, et une seconde tentative , en 1811, eut pour résultat de le faire tomber entre les mains du gouverneur à'Attock , sur l’Indus. Celui-ci le livra bientôt à son frère, gouverneur de Kashmir, d’où , après des dangers et des souffanccs inouïs, il parvint à s’échapper en 1812, et vint de nouveau demander l’hospitalité à Randjît-Singh. S’il ne restait plus au roi fugitif ni armée, ni res-

sources politiques , il lui restait encore, et Randjît-Singh le savait, des

f lierres précieuses d’une immense vaetir, et une, entre autres, le koh-énour ( montagne de lumière), ce diamant merveilleux qu’aucun souverain n'était assez riche pour acheter, et que la conquête ou le pillage pouvaient seuls faire changer de maître. Du trésor de Golconde, il était passé au palais des empereurs moghots, du palais de Delhi à la tente de Nader Shâh , où , quand ce conquérant fut assassiné, en 1747, Ahmed saisit le koh-énour d’une main , et la couronne de l’Afghanistan de l’autre. Randjît-Singh aspirait depuis longtemps à la possession du koh-é-nour ; après avoir offert sans succès un djaghir (fief) avec place forte pour la cession du trésor qu’il convoitait, il eut recours aux menaces, puis aux traitements les plus insultants et aux persécutions les plus incessantes. Les tourments de la captivité, de la faim , de la soif, tout fut mis en usage, et le shâh, vaincu par la persévérance de son bourreau, craignant , non-seulement pour sa vie , mais encore pour l’honneur et la vie des bégoms (*), consentit enfin à remettre aux mains cupides du maharaja le joyau si ardemment désiré.

Mais Randjît-Singh n’était pas encore satisfait : il fit, peu de temps après, saisir par des femmes, dans 1 intérieur des appartements des bégoms, tous les objets précieux sur lesquels on put mettre la main , et examinant leS paquets qui en furent faits et qui lui turent apportés , il s’appropria un grand nombre de bijoux , d’armes de prix , de tapis , etc. Shâh Shoudjâ et sa famille furent ensuite relégués par ses ordres dans un obscur réduit, où il leur fit éprouver toute sorte d’indignités , les accusant de menées hostiles à ses intérêts. En novembre 1814 , les bégoms, sous le costume de femmes hindoues, parvinrent à s’échapper et se réfugièrent à Loudiana, sur le ter-

(*) Bégom ou bégam, princesse ou femme d’un haut rang chez les musulmans. Femme de Big, chef ou seigneur, en moghol.

ritoire anglais. Shâh Shoudjâ réussit à son tour à se soustraire, comme par miracle, à la surveillance de Randjît- Singh, et après avoir tenté, mais en vain, de pénétrer dans le Kashmir, à la tête d’un corps de troupes qu’il était parvenu à lever dans les montagnes , vint rejoindre sa famille à Loudiana , en septembre 1816, et reçut une pension annuelle de quarante-huit mille roupies du gouveVnement anglais.

Shâh Zéman fut admis , plus tard , à partager la retraite de son frère, et il lui fut alloué vingt-quatre mille roupies par an.

Cependant le gouvernement de l’Afghanistan reprenait quelque unité et quelque force sous Paaministration vigoureuse de Fatteh Khan; mais ce ministre, dont les hautes qualités et l’influence portaient ombrage à Shah Kamrân, fils de Mahmoud, ne jouit pas longtemps de sa fortune. Il fut égorge, en 1818, en présence des deux princes et par leurs ordres, de la manière la plus barbare. Shâh Kamrân lui avait fait arracher les veux peu de temps auparavant. La mort de ce chef fut le signal d’une insurrection générale des Harekzais, et bientôt les frères de Fatteh Khan se disputèrent les dépouilles des fils de Timour. Azirn Khan, l’aîné des frères, et gouverneur de Kashmir, s’était hâté de se rendre à Kaboul , et de se mettre à la tête de ce mouvement, son frère Dosl- Mohammed, déjà en possession de Kaboul, lui ayant déféré le commandement dans ce moment de crise.

Azim Khan , blessé par quelques paroles offensantes ou quelque acre impolitique de Shâh Shoudjâ, qu’il voulait d'abord replacer sur le trône , accepta les propositions du jeune prince Aijoub (un autre fils de Timour) , qui se contentait du titre de roi, et s’engageait à lui en laisser la puissance.

Mais dans ces temps difficiles, où des ambitions rivales éclataient de toutes parts, ce sceptre de parade était encore trop lourd pour la main A'Ayoub , ni, effrayé des scènes de violence ont il était témoin chaque jour, pfit la fuite et alla demander à son tour

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un refuge à la cour de Lahore. Les différentes provinces de la monarchie assèrent sous la domination des chefs arekzais , qui finirent, de guerre lasse , par s’entendre sur le partage.

La seule province d'Hérât, où Shah Mahmoud s’était réfugié avec son fils deux jours après le meurtre de Fatteh Khan , pour échapper aux ressentiments des Barekzais, resta en possession d’un prince de la dynastie des Douranls. Mahmoud, qui’ s’était replacé sous la protection de la Perse, mourut en 1829. Shâh Kamrdn lui succéda comme souverain d’Hérât , mais la Perse continua à se considérer comme suzeraine de ce petit État (qui, par sa position géographique et ses antécédents historiques, appartient au A horassân), et à en exiger le tribut. Le détail des luttes sanglantes dont l'Afghanistan et le haut Indus ont été le tiieâtre, à dater de cette époque jusqu'en 1828, serait ici superflu ; deux faits importants dominent les autres : l’affermissement du pouvoir de Dost Mohammed Khan a Kaboul, l'affermissement et l’agrandissement du pouvoir de Randjît- Singh dans le Pandjab. Randjît-Singh avait su de bonne heure profiter des troubles de l’Afghanistan pour s’emparer successivement des diverses provinces sur la rive gauche de l’Indus ; et ayant soumis, de 1819 à 1823, la principauté de Peshaver sur la rive droite, et le Kashmir, il s’ouvrait ainsi la route de Kaboul. Dès 1809, comme nous l’avons vu, il avait eu soin de fortifier sa puissance de fraîche date par un traité d'alliance avec le gouvernement anglais, intéressé à la consolidation et à la durée de cette puissance. Mais à mesure que les empiétementsprogressifsde Randjît-Singh le rapprochaient des territoires de Kaboul, la haine politique et religieuse des deux chefs ne pouvait qu’enfanter de nouveaux troubles et compromettre sans cesse l’avenir.

Examinons maintenant quelle était la situation politique de l’Afghanistan de 1823 à 1838.

Dost Mohammed Khan, Barek

zaï, régnait à Kaboul. Trois autres frères de Fatteh Khan étaient conjointement souverains de Kandahar, et en mauvaise intelligence avec Dost Mohammed. Un quatrième frère était gouverneur de Peshaver, niais tributaire de Randjît-Singh. D’autres chefs de cette famille avaient établi leur autorité à Ghizni et à DjeUalûbdd, dans une dépendance plus ou moins contestée de Dost Mohammed. Les J/ntrs de Sindh, anciens vassaux de la couronne de Kaboul, avaient secoué le joug, sans rompre entièrement toutefois leurs relations avec Shâh Shoudjà , dont ils avaient même secondé les tentatives malheureuses pour remonter sur le trône de ses pères. Les Amîrs avaient conclu, à diverses époques, à dater de 1809, des traités d’alliance ou de commerce avec le gouvernement anglais. Le traité de 1832 stipulait qu’il serait ouvert un libre passage aux marchands et aux marchandises de l’ilindoustan par les territoiresde Sindh, moyennant certaines conditions politiques et la fixation d’un tarif pour la perception des droits de transit. Le traité de 1834 avait pour but de régler ce dernier point (nous y reviendrons en traitant du commerce de l’Inde), et, en attendant que ces conventions solennelles si plausibles en théorie fissent place à des mesures praticables, parce qu’elles seraient appuyées par une force intelligente et prévoyante, ces traités, hérissés de conditions et de réserves, stipulaient, de la part de chacune des parties contractantes, le respect le plus inviolable pour les possessions de l’autre , de génération en génération!, article 2 des traités)! — lialk était tombé dans la dépendance de Bokhara. — Le Moultân et le Kashmir étaient, ainsi que Peshaver , au pouvoir de Randjît-Singh. — llérât, enfin, était, comme nous l’avons vu, le seul débris de la grande monarchie douranie que possédât encore un prince de la famille royale des SuddozaU, Shâh Kamrdn.

De tous les chefs de la tribu des Jiarckzais, depuis la mort des deux

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aînés de cette famille ( Fatteh Khan et Azim Khan ) , Dost Mohammed Khan paraît avoir été le seul homme de tête, au moins le seul propre aux affaires du gouvernement; le seul surtout qui fût en état de résister aux envahissements de Randjît-Singh. Il est probable qu’il aurait fini par ranger la plus grande partie de l’Afghanistan sous sa loi et fondé peut-être une monarchie durable, si les Anglais, par une inspiration de leur politique, n’eussent songé à faire prévaloir les droits si longtemps oublies ou méconnus de leur hôte Shâli Shoudjâ au trône de Kaboul. Les frères de Dost Mohammed n’avaient, au contraire, réussi à se faire remarquer, dans leur gouvernement de Kandahar, que par la persistance infatigable de leur cupidité et de leur tyrannie. Ils avaient ruiné le commerce et l’industrie, et réduit h s populations à désirer le retour de leurs anciens maîtres , les Saddozaïs, originaires, comme tous les Douranls , de celte portion du pays où leur antique race est en grande vénération. Hérât n’était guère plus heureux sous la domination de Shah Kamrdn; mais ce prince était le seul rejeton de la race royale autour duquel on pût se rallier sans intervention étrangère. Il manifestait, d’année en année, l’intention de marcher contre les Barekzaïs, et l’espoir de rentrer en possession de Kandahar, siège primitif du pouvoir de ses ancêtres. Hérât appelait de ses vœux le jour où l’ancienne capitale lui succéderait dans l’onéreuse distinction de servir de résidence habituelle au souverain. Les chefs de Kandahar, de leur côté, menaçaient sans cesse Hérât d’une invasion prochaine.

Il est nécessaire d’ajouter un dernier trait à ce tableau. L’infortuné Shah Shoudjâ, avec plus de persévérance que de jugement, au travers de mille dangers, d’humiliations, de fatigues et de misères de toute espèce , s’était efforcé, à diverses reprises, de ressaisir, aux mains des usurpateurs, les tronçons d’un sceptre brisé. Le gouvernement suprême des Indes an-

glaises avait assisté, avec son humanité impassible, au triste spectacle de cette longue agonie. La dernière tentative du royal exilé eut lieu, avec l'assentiment du gouverneur général , en 1833-34; elle faisait le sujet de toutes les conversations dans le haut Hindoustan, où nous nous trouvions à cette époque. Comme précédemment , le gouvernement anglais resta spectateur de la lutte, qui fut, cette fois, assez sérieuse et d’assez longue durée, mais qui se termina d’une manière aussi désastreuse que les expéditions antérieures. Il en eût été autrement sans doute , si les Anglais eussent pensé dès lors avoir un intérêt réel ou immédiat au rétablissement de Shâh Shoudjâ sur le trône de l’Afghanistan.

Un secours modéré en hommes (surtout en officiers) et en argent eût suffi, selon toute apparence, pour assurer son triomphe, fl est permis de penser, en voyant ce qui se passe aujourd’hui, qu’il eût été a la fois plus honorable pour le gouvernement anglais, et plus conforme à ses véritables intérêts, de soutenir franchement et activement , en 1834, la cause qu’il a épousée avec une sympathie si inattendue en 1838.

Il en eût coûté peut-être bien des millions de moins à l’Angleterre, et son attitude politique eût été, selon nous, plus forte encore et surtout plus digne qu’elle ne l’est aujourd’hui. Cette occasion fut manquée. Shâh Shoudjâ rentra à Loudiana, au mois de mars 1835, avec une centaine d’hommes, débris de l’armée qu’il avait conduite jusque sous les murs de Kandahar.

Les Amîrs de Sindh , après bien des hésitations et des négociations, avaient essayé de s’opposer de vive force au passage du shah: complètement battus dans la rencontre qui avait eu lieu entre leurs troupes et celles de leur ancien suzerain , ils s’étaient résignés à l’aider dans son expédition aventureuse; ils le traitèrent avec respect quand il traversa de nouveau leur territoire dans sa retraite précipitée, et lui facilitèrent les moyens de regagner le territoire de la Compagnie , où il fut accueilli par le reproche que

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lui fit la presse anglaise d’avoir survécu à sa défaite (*).

Tel était donc l’état des choses , quand le roi de Perse résolut de châtier un vassal insolent qui , depuis plusieurs années, pillait et ravageait les territoires du Khorassân et (lu Seistan avec impunité, marcha en personne contre Shâh Kamrân, et mit le siège devant Hérât. Les motifs ne manquaient pas sans doute pour entreprendre cette expédition ; les deux ministres anglais qui se sont succédé à la cour de Perse, M. Ellis et M. Mac-Neill (depuis sir John Mac- Neill) , avaient été forcés d’adinettre la légitimité de ces motifs. M. Ellis, dans son rapport du 17 avril 183G , s’exprimait ainsi : « J’ai eu une audience du shâh aujourd’hui ; Sa Majesté m’a fait observer que, comme roi et musulman , les plus fortes raisons lui faisaient un devoir de marcher sur le Khorassân; que Kamrân Mirza (c'est ainsi que les autorités persanes affectaient de le désigner) et les Afghans sous ses ordres avaient enlevé douze mille sujets persans qu’ils avaient vendus comme esclaves, et avaient forcé le chef de Khaïn, également sujet de Sa Majesté, de payer tribut à Kamrân, etc. » M. Eilis avait déjà reconnu auparavant que le prince Kamrân avait manqué aux engagements pris envers la Perse, et dont les principales stipulations étaient de raser le fort de Ghorian, de renvoyer certaines lainilles en Perse, et de payer dix mille tomans au roi. « Le shâh, disait M. Ellis, est conséquemment en droit d’exiger satisfaction par la force des arrhes > etj dans ces circonstances, quand bien même le gouvernement anglais ne serait pas lié par l'article U du traité existant^*), qui lui interdit toute intervention entre les Persans et les Afghans, il paraîtrait difficile de s’opposer à une attaque contre Hérât, ou de définir la limite exacte où devrait s’arrêter cette opposition. » M. Mac-

(*) Gazette Je Delhi, ier avril i835.

(") L’article 9 du traité du a5 novembre 1 S r 4 , cité plus haut, p. 41 note.

Neill , qui succède à M. Ellis , reconnaît plus clairement encore , dans sa dépêche à lord Palinerston du 24 février 1837, les justes motifs qu’a la Perse de déclarer la guerre au prince Kamrân :

« Mettant de côté les prétentions de la Perse à la souveraineté d’Hérât , et considérant la question comme élevée entre deux souverains indépendants, je suis porté à croire qu'on trouverait que c'est le gouvernement d Hérât qui a été C agresseur . A la mort d’Abbas Mirza , quand le shâh actuel revint de son expédition infructueuse coutre Hérât, des négociations s’ouvrirent, et le résultat fut la conclusion d’une convention qui fit cesser les hostilités et marqua les limites des territoires respectifs. De cette époque jusqu’au moment actuel, la Perse 11’a commis aucun acte d’hostilité contre les Afghans ; mais, à la mort du dernier shâh , le gouvernement d’Hérât fit des incursions sur le territoire persan de concert avec les Turkomans et les Hazarehs, pilla et captura les sujets de la Perse pour les vendre en esclavage. Les Afghans d’Herât ont continué ce système de guerre et de rapine sans intermission depuis cette époque , et la Perse n’a répondu à ces actes d’agression par aucune mesure hostile, à moins qu'on ne considère comme telle la déclaration publique de son intention d’attaquer Hérât. Dans ces circonstances , « ne saurait, je pense , exister de doute quant à la justice de la guerre que le shâh veut entreprendre; et, bien que la prise d’Hérât par la Perse fût certainement un grand mal, nous ne devrons pas nous étonner que le shâh , sans égards pour nos remontrances , maintienne le droit (ju’il a sans doute de faire la guerre à un ennemi qui l’a poussé à bout, et qu’il peut se regarder comme obligé, par son devoir envers ses sujets , de punir ou même de déposséder entièrement. »

Rien ne saurait être plus concluant, ce nous semble, que les aveux de M.

Mac-Neill. Mais nous ne sommes pas au bout. A tous les sujets de plaintes

loogle

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énumérés par la cour de Perse, vinrent s’ajouter les réponses hautaines de Kainrân aux propositions qui lui furent faites à la fin de 1836, d’après le désir et par l'intermédiaire de l’ambassadeur anglais. Enfin, et comme dernière insulte, Kamrân, se dégageantouvertement de toute dépendance envers la Perse (dont la suzeraineté sur cette partie de l’Afghanistan était établie et reconnue depuis longtemps par les chefs eux-mêmes (*) ), prit le titre de shâh (**) et la haute désignation de kéblé aient (père du monde).

Des négociations furent renouvelées l’année suivante sans succès, et, en juillet 1837, le shâh se mit à la tête d’une nouvelle expédition contre Hérât. Le siège traîna en longueur. Un officier d’artillerie anglais , le lieutenant Pottinger, « voyageant dans l’Afghanistan par ordre du gouverneur général de l’Inde (***), » et arrivé à Hérât en octobre, dirigeait la défense de la place. M. Mac-Neill offrit de nouveau sa médiation pour la conclusion d'un traité, et, pour donner plus de poids à ses démarches, il se rendit au camp en mars 1838. L’ambassadeur russe i’y suivit. Les dépêches du gouverneur général de l'Inde et les instructions du cabinet de Saint-James faisaient un devoir à M. Mac-Neill de s'opposer par tous les moyens possibles à ce que la Perse donnât suite a ses projets de vengeance contre le souverain d'Hérât. La question d'Hérdt devenait, aux yeux du gouvernement anglais , la question d’Afghanistan; et depuis que la réception favorable, faite a un envoyé russe par le chef de

(*) Les chefs de Kandahar et celui de Kaboul. Lien plus, le ministre persan, dans sa réponse à l'une des lettres de M. Mac- Neill , affirme que le prince Kamrân avait reçu l'investiture de la principauté d’Hérât à Tehran même, où il était venu faire sa soumission au feu roi , et que le lait est de notoriété publique, ce qui n'est eu aucune manière démenti par M. Mac-Neill.

(*") C’est-à-dire qu’il se fit appeler Kamrân Shah au lieu de Shah-Kamràu.

(***) Correspondance de M. Mac-Neill.

Kaboul (*), était connue, et que la mission russe à la cour de Perse avait rejoint le camp royal devant Hérât, et donné ses conseils [tour la direction des opérations du siège , il fallait , à tout prix, empêcher que la ruine de Kamrân ne se consommât. Aussi M.

Mac-Neill assiégeait-il régulièrement à son tour de ses demandes, de ses plaintes, de ses menaces, le monarque persan et son conseil , et il n’eut de repos ni de cesse qu’il ne les eût poussés à bout et forcés, pour ainsi dire , à se jeter entièrement dans les bras de la Russie. M. Mac-Neill avait pénétré lui-même dans Hérât, le 19 avril, pendant un armistice, avec le consentement du shâh; et après une longue conférence avec le vizir du prince Kamrân, Yar Mohammed Khan, qu’il appelle u l’un des hommes les plus remarquables de son temps et de son pays, » il avait rapporté le projet d'un traité qui contenait toutes les concessions demandées par la Perse , sauf le point de la suzeraineté. Le shâh n’a pas voulu, cette fois plus que les autres , céder sur un point qu’il considérait comme la base de tous ses droits. De là nouvelles persécutions de la part de RI. Mac-Neill , nouvelles résistances, pleines d'égards et de mesure, du cabinet, persan. Nous croyons inutile de nous arrêter sur les détails de ces négociations, et de suivre, les négociateurs anglais ou russes sous leurs tentes. La correspondance publiée des cabinets de Londres et de Saint-Pétersbourg a fait connaître le résultat de la lutte diplomatique qui s’était engagée entre les représentants desdeux grandes puissances dans l’extrême Orient. Des explications données, il semblerait résulter une In Russie n’a songé qu’à établir des relations avantageuses pour

(*) Il s’agit ici du capitaine Vickovitch, chargé d'une mission du gouvernement russe auprès des serdars de Kandahar et de l'amer de Kaboul. Cet agent avait passé par Kandahar an mois de novembre 1837 , et était arrivé le 8 décembre à Kaboul. Nous verrons plus tard quel a été le soi t du capitaine Vickovitch.

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son commerce. L’Angleterre , de son côté, ne demandait qu’à placer des sentinelles de son choir sur la rive droite de l’Indus , afin que les intérêts de son commerce et la sûreté de ses frontières fussent respectés. Nous n’examinerons pas, en ce moment, quel a été le caractère des moyens employés; nous admettons que tel était, en effet, le but qu’on se proposait d’atteindre de part et d’autre. Nous acceptons en conséquence les déclarations de l’Angleterre et de la Russie comme l’expression provisoire de leurs intentions, mais (surtout en ce qui concerne la Russie) comme réservant P avenir. Nous aurons d'ailleurs occasion de traiter plus tard des intérêts réels et des vues de la Russie dans la haute Asie. Nous nous bornerons, pour terminer cette partie de notre exposé historique, à résumer en peu de mots les faits de quelque importance relatifs au siège d’Uérât depuis le mois d'avril 1838

Au mois de mai , M. Mac-Neill spécifie , par ordre de son gouvernement, les motifs de plainte que le cabinet anglais croit avoir contre le gouvernement persan; et, au commencement du mois de juin , les concessions faites par ce dernier gouvernement ne paraissant pas suffisantes, M. Mac-Neill annonce sa détermination de quitter la Perse, et se met presque immédiatement en marche vers les frontières de la Turquie. De Tehran, il envoie, le 30 juillet, sur de nouvelles instructions , son dernier ultimatum au shàh de Perse, par le colonel Stoddart. Dans l’intervalle (20 juin), une expédition anglaise débarque à l’île de Karrak , dans le golfe Persique, et s’en empare. Le shàh donne l’assaut à la ville d’Héràt le 23 juin, et est repoussé avec une perte immense. 11 n’en est pas moins résolu de continuer le siège; mais la nouvelle de la prise de Karrak et la réception de la lettre menaçante de sir J. Mac-Neill le déterminent enfin, le 9 septembre, à abandonner scs projets et à lever le siège. Dans une proclamation à son peuple, le shüh n’hésite pas à assigner pour cause de

4* Livraison. (Inde.)

cette détermination soudaine la conduite de l’Angleterre, qui, méconnaissant les traités encore en vigueur, le menace d'une guerre immédiate , et, comme manifestation de ces sentiments hostiles , a déjà envoyé me expédition armée dans le golfe Persique (*)! Cette expédition n’était, en effet , que le prélude d’opérations plus importantes et plus décisives. Le gouverneur général de l’Inde avait résolu d'assurer par la voie des armes le triomphe ae l’influence anglaise dans l’Afghanistan (**).

Comme la déclaration du gouverneur général , au moment où l’armée se préparait à entrer en campagne, contient

(*) L’idée d’occuper militairement un point de quelque importance dans le golfe Persique , pour appuyer les uégociations de M. Mac-Neill, appartient à lord Auckland (voyez pièces soumises au Parlement, le 37 mars i S 3 9). Le gouvernement de Bombay, chargé par le gouverneur général des préparatifs et du détail de l’expédition, se décida pour l’occupation de l'ile de Karrak.

(**) Lord Auckland , après avoir rendu compte au comité secret de la cour des directeurs, dans ses dépêches des 33 mai et i3 août iS38, des motifs généraux qui l’avaient déterminé à tout préparer ( sans attendre les ordres et instructions du comité) pour replacer Shàh Shoudj.i-oul-Moulk sur le trône de Kaboul , s’exprime ainsi (*) : « Je n'ai pas besoin d'insister sur les nou- « v elles preuves que nous avons acquises, « depuis la date de mes dernières dépêches, « que l'intention manifeste des agents russes « était d'étendre l'interveution et l'autorité « de la Russie jusqu'aux frontières de l’Inde. « La manière dont l'ambassadeur russe de- « vanl Hélât s’est opposé aux efforts de « M. Mac-Neill pour arriver à la conclusion « d'une paix durable entre le Shàh et les «assiégés, et a neutralisé ces efforts au mo- « ment où on devait se flatter du sucrés; « les avances d'argent faites aux assiégeants « par ce même ambassadeur; et plus que ■ tout le reste, le fait d'un officier attaché « à la légation russe dirigeant las travaux « du siège, sont des circonstances qui ne « sauraient manquer d’attirer toute l'atten- « tion de votre comité. »

(*) Pièces relative, aut affaires de l’Iirle t/mtian Paper <1, publiées par ordre 'lu Parlement. A® s. p. i.

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une exposition, faite de main de maître, de l’état des relations de son gouvernement avec les princes du nord-ouest de l’Inde, et comme, d’ailleurs, elle récapitule avec beaucoup de force etde clarté les motifs politiques qui ont, selon lord Auckland, nécessité ^expédition de l'Afghanistan, nous ne pouvons mieux faire ue de donner une traduction complète e ce manifeste et de la déclaration non moins remarquable dont il fut suivi, lorsque le gouverneur général apprit la retraite des troupes persanes devant Hérât. Nous ferons connaître également les traités conclus, dans le cours de l’année 1838, avec le shâh de Kaboul, le maharadjah Raudjît Singh, les amîrs de Sindh, et le navàb de fialiawalpour. Le premier de ces documents ( la déclaration du gouverneur général) porte la date du 1er octobre

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