‹ Inde histoire et description de tous les peuples, de leurs religions, moeurs, coutumes, industries, etc par m. Dubois de Jancigny et par m. Xavier RaymondChapitre 11 sur 38 · Sôma , la lune · texte numérisé non relu

Sôma , la lune

17. Gànesa, le dieu qui éloigne les obstacles, qui préside comme tel aux portes de tous les édifices, et qu'on invoque au début de toutes les entreprises.

A ces divinités on pourrait ajouter les planètes et la plupart des fleuves sacrés, tels que le Gange adoré sous la forme d'une déesse' et l’objet d’un culte enthousiaste.

Les trois premiers de ces dieux, Brahma, Vishnou et Siva, forment la célèbre trinité indoue. Le caractère spécial particulier de chacun d’eux est facile à reconnaître; mais leur unité supposée ne peut guère se conclure que de la maxime générale, des Indous orthodoxes,par laquelle toutes les divinités ne sont que les formes diverses d’un être suprême et un.

lirahma. — Brahma , quoiqu’il semble avoir eu jadis une sorte de préminence sur les autres, et qu’il soit le seul mentionné par Manou , n’a jamais vu son culte très-llorissant ; il n’a plus qu’un temple dans l’Inde , et s’il est invoqué dans les prières de chaque jour, il compte très-peu d’adorateurs voués spécialement à se»

autels.

Son épouse Saraswati, la déesse de la science et de l’éloquence , n’est pas aussi complètement oubliée que lui.

Il en est tout autrementde Vishnou et de Siva. C’est à ces dieux ou à leurs incarnations que s’adressent surtout les sentiments religieux des Indous. Chacun d’eux a ses sectateurs qui réclament hautement pour lui la suprématie.

Sioa. Voici la peinture que les Pourânas tracent de Siva : «Il erre entouré d’une légion de démons et d’esprits, ivre, nu, les cheveux épars, couvert des cen-

iogle

L’UNIVERS

dres des btlehers funèbres, paré d’ossements et decrânes humains, quelquefois riant et quelquefois criant. Les images du dieu sont parfaitement en rapport avec cette description lugubre; it est représenté avec trois yeux , armé d’un trident. Quelquefois il a les cheveux ramassés a la mode des ordres mendiants, assis dans l'attitude d'une contemplation profonde. Ce détail répond parfaitement à ce que disent de lui ses légendes, qu’il est toujours absorbé dans la méditation, et qu'il consume du feu de ses regards ceux qui osent le troubler. Mais quoique toutes ces images s’accordent avec son caractère de dieu de la destruction, le seul emblème sous lequel il est adoré exprime de la façon la plus significative que la destruction ou la mort n’est, aux yeux des ludous, qu’un mode de régénération.

C’est le symbole du principe créateur tel que celui dont les anciens ont orné leurs temples avec tant de profusion; seulement dans les temples indous ce n’est qu’un petit cylindre de pierre qui ne rappelle que d’assez loin l’objet qu’il doit représenter. On offre à Siva des sacrifices sanglants, et c’estenson honneur ou en celui de son épouse qu’on voit tant de gens, à de certains jours de fêtes, s’inlligcr volontairement d’horribles tortures. Dans ces occasions, les uns s’ouvrent les jambes, les autres se percent la langue avec des couteaux et suivent les processions du dieu avec des épées ou des flèches plantées dans leurs blessures ouvertes; ceux-ci se promènent avec des serpents vivants qui lèchent le sang dont ils sont couverts, ceux-là se font enlever en l'air par un crochet de fer enfoncé dans leur eau, puis ils se font balancer au bout d’une corde à des hauteurs effrayantes, d’où ils ne retomberaient que broyés dans leur chute, si leur chair venait à céder.

Siva s’occupe peu des affaires du monde, et dans le système actuel des Indous, il n’y a pas de dieu chargé spécialement du gouvernement de l’univers; l'Être suprême, delà substance duquel il est formé, ne s’en inquiète pas. Cependant l’opinion du vulgaire

est plus rationnelle que celle de ceux qui l’enseignent: il mêle, et peut-être sans en avoirconsience, l’idée de l’Être suprême avec celle de la divinité qui at tire plus spécialement ses adorations ; il lui attribue un contrôle sur les actions des hommes. Il croit qu’elle récompense les bons et punit les méchants dans ce monde et dans l’autre.

Le ciel de Siva est au milieu des neiges et des glaciers éternels du K.eila, un des sommets les plus élevés de l’Himalayah.

Dévi ou Bharânl. — Dévi ou Bhavôni, l’épouse deSiva.compteau moins autant d’adorateurs que le terrible dieu, et on la décrit sous des couleurs encore plus effrayantes, même dans le midi de l'Iode, ouon la voitordinairement sous un aspect moins cruel. Elle est représentée sous la forme d’une belle femme montée surun tigre, mais dans une attitude fière et menaçante, comme prête à s’élancer au co'mbat contre ces géants dont la défaite motiva ses incarnations. Sous une autre forme qu’on voit partout, et principalement dans le Bcngal, c’est une femme à la peau noire, au visage hideux et terrible, dégouttante de sang, enlacée de serpents qui lui font avec des crdnes humains un horrible collier, c'est une furie plutôt qu’une déesse. Les formes de son culte sont en rapport parfait avec ce caractère. Jadis on lui offrait des sacrifices humains, et aujourd'hui encore on croit qu’elle se repaît voluptueusement dans le carnage des victimes égorgées sur ses autels. Dans son temple près de Calcutta on lui immole plus de mille chèvres par mois ; à Bindabâslmi , où les derniers rameaux des monts Vindhya se rapprochent du Gange, les prêtres de la cruelle déessedisentavec orgueil que le sang répandu sur ses autels n’a jamais le temps d’y sécher.

Sous d’autres rapports , le culte de Dévi ne diffère pas de celui des autres dieux, mais quelquefois il prend une forme qui a attiré bien des reproches à la religion des Indous. Je veux parler de ces orgies secrètes qui ont tant occupé les missionnaires, et dont malheureusement personne n’a jamais

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