JUSQU’A DA FONDATION DE L'EM- PIRE MOGOL
; g i. Conquêtes des Arabes.
Les attaques des Grecs et des barbares n’avaient encore produit aucune impression au delà des frontières de l’Inde, lorsque les Arabes, se levant à la voix de leur prophète, se répandirent sur le monde.
Dès la quarante-quatrième année de l’hégire, en l’an de J. C. 664, les conquérantsétaient déjàarrivésjusque sur les bords de l’Indusi En cette année, itfohaüb, un de leurs chefs, se détachant de l'armée qui envahissait le Caboul , passa l’Induset pénétra dans le Moultân, d’où il enleva un grand nombrede prisonniers. Toutefois, il est probable que Mohalib n’avait en vue que de faire une reconnaissance, et que son rapport fut peu encourageant; car cette première tentative fut aussi la dernière des Arabes sur le nord de l’Inde.
La seconde invasion des Arabes avait un caractère plus sérieux. Partis du sud de la Perse, ils arrivèrent dans le pays situé aux bouches de l’indus, et alors gouverné par un prince indou que les musulmans appellent Dahîr. Sa capitale était à Alor , près de Bakkar.
Vaincu , son empire fut partagé entre ses nombreux parents.
Les historiens arabes parlent d'invasions qui auraient été faites par mer dans le Siud , et cela dès les temps du calife Omar; mais si ces expéditions ont jamais eu lieu, ce n’était vraisemblablement que des courses de pirates, faites pour enlever les femmes du pays , dont fa beauté était fort estimée en Arabie.
Quelques détachements essayèrent encore , sous le règne des premiers califes , de pénétrer dans (’lude par le Mécrân; mais il ne paraît pas qu’aucune de ces tentatives ait réussi ; ils se
Ïierdirent dans le désert si connu sous e nom de Gédrosie, par les souffrances qu’eurent à y endurer les soldats d’Alexandre.
Enfin, sous le règne du califeOualid, les musulmans se décidèrent à faire des efforts plus réels. Un navire arabe ayant été arrêté à Dival ou Dioual , port du Sind , le râdja Dâhir fut sommé de le restituer. Il allégua que ce port n’était pas de sa dépendance; mais les musulmans n’admirent pas l’excuse, et ils envoyèrent un corps de mille hommes de pied et de trois cents chevaux pour appuyer leur demande par la force. Ce petit détachement ayant péri comme les autres, Hetljaj , gouverneur de Bassora, réunit à Shiraz une armée régulière de six mille hommes, dont il donna le commandement à son neveu Mohammed Câssim, à peine alors âgé de vingt ans, mais qui cependant arriva avec ses troupes en bon état sous les murs de Dioual , en 7 U . Câssim , pourvu de catapultes et de toutes les machines nécessaires pour un siège , commença ses opérations par une attaque sur uu temple contigu à la ville. C’était une pagode célèbre, entourée d’un rempart de pierres , et défendue par une forte garnison de Ràdjpoutes.
Tandis que Câssim reconnaissait la place, il apprit parun de ses prisonniers que les assiégés croyaient le salut de leur citadelle attaché à un étendard qui flottait sur la tour du temple. Aussitôt il fit diriger des machines contre ce nouveau palladium , et réussit à l’abattre. Le découragement qui en
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résulta, fut tel, que la place fut emportée presque aussitôt et sans résistance.
Câssim se contenta d’abord de faire circoncire tous les Brahmanes; niais, irrité de voir qu'ils refusaient de se soumettre à ce singulier mode de conversion , il donna l’ordre de mettre à mort tous ceux qui étaient âgés de plus de dix-septans; les autres et les femmes furent réduits en esclavage. Un fils de DÛIiir, qui était enfermé dans la ville, était parvenu à opérer sa retraite sur Brâhmanâbad ; mais il y fut suivi par le vainqueur, et obligé decapituler. De là Câssim, s’emparant encore de Uaïdérabad , de Siouân et de Salem, rencontra enfin une grande armée commandée par le fils aîné du râdja.
Toutefois, il necrut pas devoiraccepter la bataille qui lui était offerte, et se fortifia dans son camp, en attendant les secours qui lui arrivaient. Rallié par deux mille cavaliers , il reprit l’offensive et arriva enfin, après quelques combats peu décisifs , sous les murs de la capitale.
11 y trouva le râdja à la tcte d’une armée de cinquante mille hommes ; et, malgré la disproportion du nombre , il le défit et le tua dans la bataille qui fut livrée.
La pusillanimité du fils du râdja , qui s'enfuit à Brâhmanâbad, fut rachetée par le courage de sa veuve: elle réunit les débris de l’armée vaincue, mit la ville en état de défense, et parvint à s’y maintenir malgré toutes les attaques del'ennemi, jusqu’au moment où la famine se déclara dans la place assiégée. Toutefois , son courage ne l’abandonna pas encore; et la garnison râdjpoute, enflammée par son exemple, résolut de se dévouer avec elle, selon la coutume de leur tribu. Lesfemmcs et les enfants furent d’abord sacrifies dans les flammes; puis les hommes se baignèrent, se dirent un dernier adieu, et, ouvrant les portes, se précipitèrent l’épée à la main dans les rangs de l'ennemi, où ils périrent jusqu'au dernier.
Après la prise d’Alor, Câssim dirigea son armée sur le Moultan, dont il s’empara , ainsi que du territoire qui
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avait jadis formé tout le royaume de Dàliir. Le traitement qu’il fit subir au pays vaincu témoigne de ce mélange incroyable de modération et de férocité, qui caractérise les premières conquêtes des Arabes.
Les historiens mahométans prétendent que Câssim avait formé le projet de conquérir le royaume de Canoudje, sur le Gange, lorsqu’un revers inattendu vint l'arrêter au milieu de ses succès. Parmi les nombreuses captives qu’il avait faites dans le Sincl . se trouvaient deux filles du râdja, Dâhirque par leur rang et leur beauté on crut dignes du harem du commandeur d es croyants.
Ou les lui envoya donc : mais quand la plus âgée arriva en présence du calife, dont fa curiosité était déjà vivement excitée par ce qu’il avait entendu raconter deses charmes, elle se mit tout à coup à fondre en larmes, s’écriant :
« qu'elle n’etait pas digne de lui, après avoir été déshonorée par Câssim avant de quitter son pays. » Le calife, séduit par la beaute de sa prisonnière et irrité de l’insulte qu’il croyait lui avoir été faite par son serviteur, donna l'ordre, dans le premier mouvement de sa colère, de faire périr Câssim, et de le lui envoyer à Damas cousu dans une outre. Quand ses ordres furent exécutés, il montra le cadavre à la princesse qui transportée d’une joie cruelle, déclara aucalife étonné que Câssimétait innocent; mais qu'elle avait agi ainsi pour venger la mort de sou père.
Les progrès des armes mahoinétanes cessèrent avec la vie de Câssim. Ses conquêtes, remises à son successeur Temim restèrent au pouvoir de celui-ci et de sa famille pendant trente-six ans, après lesquels les musulmans furent chassés par la tribu râdjpoute de Souméra. Tout le territoire conquis retourna aux ludous, qui en gardèrent la possession pendant plus de cinq cents ans.
§ il. Les Ghaznévides.
Pendant les cinq siècles qui suivirent l’expulsion des Arabes, jusqu’à l’invasion des Tartares musulmans, l'histoire de i’Indc est à peu près inconnue. Les
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révolutions qui accompagnèrent la dissolution de l’empiredes Arabes semblent avoir protégé les Indous contre l’ambition de leurs voisins; et il faut attendre jusqu’au moment où de nouveaux États se formèrent des ruines de l’empire des califes, pour voir les mahométans reprendre leurs premiers projets de conquêtes au delà de Undûs.
Ce fut sous le règne d’Abdoul-Melek , cinquième prince de la maison Samünie , qui était parvenu à fonder un empire dans le Khorassan et le Caboul , que parut Aleptégin , le premier auteur de la dynastie des Ghaznévides, celle qui devait créer enfin un empire musulman dans l’Inde. Aleptégin était un esclave turc, acheté, au dire de d’Herbelot, pour amuser son maître par ses plaisanteries, par les tours d’adresse dans lesquels il était fort habile.
C’est, comme on sait, l’habitude presque constante des souverains musulmans, de confier les charges les plus importantes de leur gouvernement à des esclaves. Aleptégin , particulièrement aimé de son maître, et de plus homme de bon sens et de courage , fut élevé au poste de gouverneur de la province du Khorassan. A la mort de son patron, en 06 1 , il était un personnage assez important pour qu’on le consultât sur le choix du prince qu’il convenait d’appeler au trône; toutefois ayant eu le malheur de donner son avis contre Mansour, celui des fils d’Abdoul-Melek que les autres chefs avaient choisi , il encourut naturellement le mauvais vouloir de son nouveau souverain , fut dépouillé de son gouvernement; et s’il n’avait pas fait des prodiges de talent et de courage militaire pour échapper à ses ennemis, il aurait infailliblement perdu la liberté, sinon la vie. Suivi cependant d’un corps d'amis fidèles , il opéra sa retraite en bon ordre à Ghazna , au milieu des montagnes de l’Afghanistan, où il parvint à conserver son indépendance contre les princes samânis pendant quatorze ans, après lesquels il mourut (976).
Aleptégin avait un esclave nommé Sebektegin , qu’il avait jadis acheté à un marchand du Turkestan , et qui par degrés s’était élevé si haut dans sa confiance et sa faveur , qu'à la mort de son maître il était le chef réel du gouvernement de son petit empire , et devint son successeur.
La plupart des auteurs affirment qu’Aleptégin donna sa fille en mariage à Sebektégin , et le nomma lui -même son héritier. Ferishta prétend, au contraire, qu’Aleptégin étant mort en 975, laissa un fils nommé Isûkh, que Sebektégin accompagna dans un voyage à Boukhara. A ia suite de ce voyage , fait dans un but de réconciliation avec les princes samânis, Isflkh aurait été nommé par Mansour gouverneur de Ghazna, et Sebektégin son lieutenant.
Isâkh serait mort deux ans après , et Sebektégin, reconnu pour son successeur, aurait épousé seulement alors la fille d’Aleptégin.
Il venait à peine de prendre possession de son nouveau gouvernement , qu’il fut obligé de courir aux armes pour le défendre.
L’établissement d’un gouvernement mahométan, si près de leur frontière, devait naturellement donner de l’inquiétude aux Indous; et il paraît d’ailleurs que cette inquiétude était justifiée par de fréquentes incursions de pillage. A la fin, Djeipâl, râdja de Lahore, dont les États touchaient à ceux de Sebektégin, se détermina à prendre l’offensive à son tour. Il mena en personne une grande armée jusqu’à Laghmân , à la sortie de la vallée qui conduit de Péchâver à Caboul , où l’attendait Sebektégin. Tandis que les deux armées faisaient leurs préparatifs de combat , elles furent assaillies par un orage épouvantable, dont les Indous furent tellement effrayés, qu’ils demandèrent aussitôt à traiter. Sebektégin n’était pas disposé d’abord à accepter les négociations; mais cependant , craignant de pousser les Indous au désespoir, il consentit à les entendre. Djeipâl renditeinquante éléphants, et s’engagea à payer une somme considérable.
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Mais quand il se vit en sûreté il refusa de rempl i r rette dernière promesse, et poussa même la mauvaise foi jusu’à faire jeter en prison les envoyés e Sebektégin , chargés de poursuivre l’accomplissement du traité. Sehektegin n’etait pas homme à laisser impunie une pareille insulte, et il rassembla aussitôt son armée. De son côté, Djeipâl ayant fait allianceavee les princes de Delhi , d’Adjmir , de Câlendjar et de 'Canoudje, se remit en campagne avec une armée de 100,000 chevaux, suivis d’une immense multitude d'hommes de pied. On se rencontra encore à Laghmân, et les Indous, défaits, furent poursuivis jusque sur ('Indus. Sebektégin, enrichi par le butin qu’il lit dans leur camp, vint prendre possession de Pechaver, sur l'Indus , et y laissa un gouverneur avec 10,000 chevaux. Toutefois , il ne poussa pas plus loin ses Conquêtes vers le sud, rappelé de l’autre côté des montagnes par les événements qui précédèrent la chute de la dynastie Samâni ; il mourut en 997, dans la cinquante-sixième année de son âge, léguant, » comme Philippe de Macédoine , sa pensée à son (ils , en même temps que son royaume. »
Ce fils fut le célèbre sultan Mahmoud, qui éleva la gloire de sa maison jusqu’à son apogée. Les deux ou trois premières années de son règne furent consacrées par lui à s’affermir sur le trône de son père , à rétablir le calme dans les États soumis à sa domination; et l’on prétend qu’il fit le vœu de tourner ses armes eontre les idolâtres de l'Inde, s'il parvenait à triompher de tous ses ennemis. Il se joignit auparavant au prince des Uzbeks pour renverser la dynastie Samani de Boukhara, et réunit à son empire le riche territoire de Maver-ul-Nalir.
En exécution du vœu sanguinaire qu’il avait fait, il partit de Ghozna en l’année 1001, avec dix mille hommes de cavalerie d’élite, et fut joint à Pechaver par Djeïpâl, prince de Lahore, à la tête de forces bien supérieures, qu’appuyait d’ailleurs la présence de trois cents éléphants. Les deux ennemis se livrèrent un combat acharné,
dont Mahmoud sortit victorieux :
Djeïpâl fut fait prisonnier avec quinze de ses principaux chefs, et cinq mille hommes de ses troupes restèrent sur le champ de bataille. Un riche butin tomba au pouvoir de Mahmoud. Entre autres objets précieux dont il s’empara, se trouvèrent seize colliers de pierres fines , dont l’un, appartenant au râdja en personne, fut estimé cent quatre- vingt mille dinars (environ 2,062,500 (r.). A la suite de cette victoire, Mahmoud étendit ses conquêtes jusqu’à Bahtindah ou Batneir , dans la province de Delhi , qu’il soumit à scs armes. Il rendit la liberté à son royal prisonnier, sous la promesse d’un tribut fixe; mais Djeipâl, ayant été deux fois captif chez les ennemis implacables des dieux de son pays, était, par ce fait seul, déchu de l’autorité souveraine, conformément à une antique coutume de sa nation. Il céda donc les rênes du gouvernement à son fils Anoundpal , et se lit préparer un bûcher funéraire, sur lequel il s’offrit lui-même en holocauste à ses dieux.
L’exécution des projets ultérieurs de Mahmoud contre ce malheureux pays fut retardée par une expédition contre le prince de Seistan, qu’il défit et rendit son tributaire; ce fut dans cette occasion qu’il prit le titre de sultan , dont le prince vaincu l’avait politiquement salué. En 1000, il rentra dans l’Inde, où il s’empara du Moultân ; mais il lui fallut aussitôt voler à la défense de ses propres États, envahis par la formidable coalition du monarque Uzhek de Kashgaret de son allié, le souverain de Khoten.Les troupes de Mahmoud, accablées par le nombre, commençaient à plier, lorsque le sultan, par un'élan de valeur désespérée, ranima leur enthousiasme, et tourna la chance du combat contre ses adversaires. Les khans alliés n’effectuèrent pas sans peine leur retraite au delà au Djihoun. La rigueur de la saison empêcha Mahmoud de poursuivre ce nouvel avantage ; mais, avant de prendre ses quartiers d’hiver à Ghazna, il courut châtier et détrôner à Pechaver un prince indou qui , après
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une conversion feinte, venait de retomber dans le double crime de révolte et d’apostasie.
Au printemps de l’année 1009, Mahmoud eut à lutter contre les forces réunies de tous les princes indous régnant depuis la rive occidentale du Gange jusqu'à la rivière Nerbadda, dont les armées s’etaient assemblées dans les plaines de Pechaver, sous le commandement de Pâl, fils d’Anoundpâl , souverain de Lahore , à l’effet de punir l’ennemi sacrilège de la patrie et de la foi communes. Durant l’espace de quarante jours, les deux armées restèrent campées en présence l’une de l’autre, sans en venir aux mains ; cependant les Indous voyaient journellement leur nombre s’accroître par l’arrivée de nouveaux renforts.
Mahmoud avait mis ses flancs à couvert sous de solides retranchements, et préposé à la défense de son front un corps de mille archers. Dans cette forte position, il fut enfin attaqué avec tant ae furie, que cinq mille musulmans furent tués en peu d’instants, et que sa ruine paraissait inévitable, lorsque, tout à coup, l’éléphant du généralissime indou ayant été effraye, diton, par la détonation de quelques armes à feu, ses soldats crurent que leur râdja abandonnait le champ de bataille, et se dispersèrent aussitôt dans toutes les directions. Pendant deux jours et deux nuits , les fuyards idolâtres furent poursuivis par la cavalerie musulmane; et l’on rapporte que vingt mille hommes furent passés au fil de l'épée, sans compter ceux d’entre eux qui périrent dans l’action. L’inexpugnable forteresse de Bheim-Naggar, qui contenait d’immenses trésors , se rendit au vainqueur. Mahmoud retourna à Ghazna , chargé de richesses incalculables. Là, dans une fête somptueuse qui ne dura pas moins de trois jours, il offrit aux regards de ses sujets éblouis les richesses de l'Indoustan, étalées sur des tables d’or et d’argent ; et cette exhibition pompeuse se termina par la distribution libérale d’une portion de ce butin aux ministres
de la foi mahométane et aux musulmans pauvres.
Dans le cours des années 1010 et 1011, Mahmoud reprit ses opérations contre le territoire indien; et ce fut au retour de cette expédition qu’il fut, dit-on , suivi jusque dans sa capitale par les envoyés suppliants du monarque suzerain des princes indous (probablement Anoundpâl), qui lui offrait, pour prix de la paix, un tribut annuel de cinquante éléphants, outre une contribution en espèces et en objets précieux. Le sultan consentit à cet accommodement, et des relations commerciales paraissent s’être établies ou renouvelées entre les habitants des deux contrées ennemies. L’année suivante, Mahmoud utilisa ses armes en soumettant les Afghans de Ghour, territoire montueux situé au nord de Ghazna, dont les princes devaient renverser par la suite la dynastie de Mahmoud, et détruire de fond en comble sa splendide et riche capitale. Il entreprit alors la conquête de Cachemir et des districts élevés qui l’avoisinaient; projet dont l'exécution suffit à l’absorber durant plus d’une campagne. Ce fut ainsi qu’il fraya à son armée l’accès des terres riveraines du Gange , à travers la chaîne du Tliibet; et, sans violer le territoire du râdja de Lahore, il marcha, en traversant le territoire de Cachemir , sur la grande cité de Canoudje, que, selon Ferishta, aucune armée étrangère n’avait approchée depuis le temps de Gushtasp, père de Dorab, roi de Perse." Au commencement de l’année de l’hégire 409 (an de l’ère chrétienne 1018), aussitôt que le soleil commença à éveiller les enfants du printemps, Mahmoud, avec cent mille cavaliers d’élite et trente mille hommes de pied , levés dans le Turkestan, dans le Maver-ul-Nahr, dans le Khorassan et dans les provinces adjacentes, entreprit cette expédition lointaine.» Canoudje était situéà trois mois de marche de Ghazna, et sept grandes rivières en sillonnaient la route. Lorsque Mahmoud fut parvenu à la frontière de Cachemir, leprince qu’il y avait
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établi lui envoya îles présents de toute nature, se composant d’objets tout à la fois curieux et estimés dans son royaume : après avoir, non sans de grandes diflicultés , fait franchir à ses troupes la chaîne de montagnes , le sultan pénétra dans les plaines de l’Indoustan , chassant devant lui tout ce qui essaya de lui résister, et s’avança jusqu’à Canoudje. Il vit là'une ville, ajoute Ferishta, « qui, sous le double rapport des fortifications et de l’architecture, pouvait justement se flatter de n’avoir pas d’égale. Le prince indien, nommé Korra, qui commandait dans cette riche cité et qui affectait de déployer la plus pompeuse magnificence, se trouvant ainsi attaqué à Pimproviste, n’avait pas eu le temps de se mettre sur la défensive, ni de réunir ses troupes. Terrifié par l’aspect des forces imposantes et de l’attirail belliqueux qui environnaient le roi , il se résolut, dans cette position critique, à implorer la paix, et se transporta avec toute sa famille dans le camp de Mahmoud , auquel il se rendit à merci.
Quelques auteurs ajoutent qu’il alla même jusqu’à embrasser la foi mahométane. »
De Canoudje, où il ne resta que trois jours, le conquérant marcha sur Mirouk , ville du Doab, et dont le irince se retira à son approche , ne aissant dans sa capitale qu’une garnison bientôt réduite à capituler. Le pillage de la ville , plus le payement d’un tribut fixé à cinquante éléphants et à deux cent cinquante mille roupies, furent le prix auquel elle obtint la vie sauve. Mavin , château fort qui s’élevait sur les rives de la Djamna, attira ensuite les regards de Mahmoud ; Calchunder, commandant de cette place, sommé de se rendre au sultan , l’évacua, dit-on, pacifiquement; mais une rixe survenue entre quelques soldats des deux armées adverses ne tarda pas à amener une action générale. La plus grande partie des troupes du râdja fut précipitée dans le fleuve ; et Calchunder au désespoir, après avoir frappé de son glaive sa femme et ses enfants , mit un terme à ses propres
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jours. Soixante-dix éléphants de guerre faisaient partie du riche butin qu’on trouva dans le fort. Mahmoud n’y séjourna que le temps nécessaire pour reposer ses troupes, et se dirigea de là sur la ville sainte de Mathura (ou Mitha), située sur la rive occidentale de la Djamna, qu’il prit sans peine et livra au pillage. Les trésors qui y étaient entassés et qui tombèrent entre ses mains paraissent tenir du prodige. Il trouva, dit-on, dans les temples, cinq grandes idoles de pur or, dont les yeux en rubis furent estimés chacun cinquante mille dinars. Sur une autre idole il trouva un saphir du poids de quatre cents miskals ; et la statue elle-même ayant été fondue, rendit quatre-vingt-dix-huit mille miskals d’or fin. On trouva , en outre, dans la place plus de cent idoles en argent, qui, réduites en lingots, suffirent à charger un pareil nombre de chameaux.
Mahmoud était dans l’intention de détruire les temples; mais, soit que ce fût une entreprise inexécutable, soit qu’il fût détourné de cette résolution par l’admirable beauté des édifices dont il s’agit, il renonça à ce projet. Il demeura à Mathura "vingt jours, pendant lesquels un incendie éclata, et dévora une grande partie de la ville. Il la quitta pour aller attaquer lesautres places fortes du district, dont quelquesunes se firent assiéger pendant longtemps et ne furent réduites qu’avec difficulté. Enfin, chargé de dépouilles et encombré decaptifs, Mahmoud regagna à petites journées, par la voie de Lahore, sa capitale Ghazna, où l’ouverture du bagage royal déploya aux regards des habitants" étonnés "un luxe de trésors et de richesses tel que jamais jusqu’à ce jour ils n’avaient vu rien de comparable. Le butin se composait de vingt millions de dirhems en lingots (plus de 12,000,000 fr.) , outre des bijoux, des perles et d’autres objets précieux, pour une valeur inestimable ; il ramenait de plus trois cent cinquante éléphants et cinquantetrois mille prisonniers. Les dépouilles échues a l’armée ne le cédaient point à celles qu’on avait réservées
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pour le trésor impérial. Une grande partie de ces richesses fut consacrée à l'embellissement de la capitale. Des mosquées , des bains , des palais , des bazars, des aqueducs, furent élevés dans chacun de ses quartiers; on construisit entre autres une mosquée splendide, toute de marbre et de granit, dans l’édification de laquelle le sultan épuisa toute sa magnificence, et qui reçut le nom ambitieux et impie de h'iancée céleste. Près de ce temple luxueux. Mahmoud fonda une université qu’il dota des fonds nécessaires pour l’entretien simultané de professeurs et d’étudiants, et à l’usage de laquelle fut affectée une riche collection de livres curieux en divers idiomes. Il adressa au calife de Bagdad le récit en vers de ses conquêtes, avec un choix de présents somptueux et variés. Kn retour de cette déférence , la commandeur des croyants conféra au sultan , dans une grande fête donnée à cette occasion, les titres honorifiques de l’ordre le plus élevé, et lit donner lecture à la populace enchantée du poétique journal de ses victoires. Kn l’annee 1021, Mahmoud, toujours dévoué champion de l’islamisme, envoya îles forces considérables sur la route de la .Mecque, qu’obstruaient depuis longtemps des hordes de bandits arabes, habituées à piller les caravanes et à égorger les pèlerins , et qui , grâce à lui , fut rendue à la circulation des fidèles croyants. Sous la protection de cette escorte, une nombreuse cafila entreprit le pèlerinage de Gbazna à la Mecque, et l’accomplit en toute sécurité.
Pendant une période de trois années , Mahmoud paraît s'étre complu et absorbé dans l’étalage de sa grandeur et l’ornement de sa capitale; mais l’avis que son vassal , le radja de Canoudjé, avait été assailli et tué par une coalition de chefs voisins, à la tête de laquelle sc trouvait Nunda , radja de Calingar, vint le tirer de son inaction. A cette nouvelle, il marcha de nouveau sur la Djamna , et , franchissant cette rivière, il s’engagea dans le pays montagneux de Bandelkond , dont le rûdja découragé battit en retraite devant
lui ; il dut donc se borner à dévaster toute la région par le fer et le feu, et à en emmener quelques centaines d'éléphants. L’année suivante, il pénétra sur le territoire deCachemir, dans l’intention d’y réduire le château fort de Locote ; mais , l’ayant trouvé imprenable, il assouvit son ressentiment sur la ville de Lahore qu’d mit h sac, et au gouvernement de laquelle il préposa un de ses omrahs. L’année d’après , il se rendit par cette même contrée dans celle d’Allahabad , où il investit successivement les villes de Goualior et de Calingar ; mais ces deux forteresses, assises dans les montagnes, étaient en mesure de défier toutes les forces qu’eût pu mettre en mouvement contre elles un général asiatique ; et Mahmoud consentit sans trop de difficulté à retirer ses troupes, en acceptant un traité de paix, moyennant la remise qui lui fut faite de présents considérables et d’un certain nombre d’éléphants. De retour à Ghazna, il fit, dit-on, le dénombrement, de ses troupes, et trouva qu’elles s’élevaient, sans compter celles dispersées dans les diverses garnisons , à cinquante-cinq mille cavaliers d’élite, à treize cents éléphants et à cent mille hommes d’infanterie.
Dans la 416' année de l’hégire (an du Christ 1025), Mahmoud s’engagea dans une nouvelle guerre d’extermination contre les Idolâtres indous.
Cette expédition , qui fut la douzième, eut pour objet de détruire le fameux temple de Soinnâth, situé dans le Kattiwar, district du Gouzerat. Les prêtres de cet établissement religieux avaient crié bien haut que les péchés des peuples de Delhi et de Canoudje les avaient seuls livrés à la vengeance des musulmans, et que, sans leur impiété, leur dieu aurait bien su dissiper en un clin d’œil toute l’armée de Mahmoud. Le dixième jour de schabân , an de l’hégire 415 ( 16 octobre 1024 ) , Mahmoud, dit Ferishta, quitta Ghaznaa la tête de trente mille cavaliers ; il arriva à Moultan dans le milieu de ramzûn (20 octobre). De Moultan, il paraît avoir longé le désert jusqu'à
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Adjmir, qu’il saccagea, et d’où il s’avança , par Nehenvâla , Pattan , ou l’ancienne capitale du Gouzerat, vers le but que se proposait son zèle religieux ou tout au moins son avarice. Pendant deux jours la garnison indoue soutint et repoussa les attaques impétueuses des assiégeants, auxquels elle lit même essuyer des pertes considérables ; le troisième, une armée indoue vint au secours de la ville. Dans le combat qui s’ensuivit, la victoire paraissait douteuse, lorsque deux princes indiens, Byramdeo et Dobiseliraa , rejoignirent leurs compatriotes avec des renforts qui semblaient présager à l’armée musulmane une défaite inévitable. Mahmoud, voyant l’ardeur des siens se ralentir, jugea aussitôt qu'un effort désespéré pouvait seul les mire échapper à une destruction totale. Il s’élança en bas de son cheval , et, se prosternant contre terre, invoqua avec ferveur l’aide du vrai Dieu contre ces idolâtres obstinés. Prenant ensuite par la main un de ses plus braves généraux, il l’invita à se joindre. à lui dans une charge qui leur assurât la victoire , ou tout au moins la palme du martyre. L’exemple donné par le souverain réchauffa l’enthousiasme allangui de ses troupes , qui , s’armant aussitôt d’une valeur désespérée, firent mordre la poussière à cinq mille infidèles. Les Indous se débandèrent dans toutes les directions ; et la garnison de Somnâth , voyant avec douleur le résultat si inattendu de la lutte , abandonna la place qu’elle avait défendue avec tant de courage , pour se réfugier à bord de ses embarcations. Le vainqueur prit aussitôt possession de sa conquête. En arrivant au temple, il découvrit une vaste salle dont la voûte élevée s’appuyait sur cinquante-six piliers, couverts de lames d’or et parsemés de pierres précieuses. Une lampe suspendue, dont la lumière se réflétait dans les innombrables joyaux qui paraient l’édifice, projetait sur le temple une lueur vive et resplendissante; tout autour de la salle étaient rangés le long des parois des milliers de figurines en or et en ar-
gent , de toute forme et de toute dimension. Dans le milieu du temple on voyait se dresser une gigantesque idole , faite d’un seul immense bloc de marbre, dont une partie était enfouie sous les dalles du temple. Indigné à cet aspect, le zélé musulman Mahmoud brisa le nez du dieu d’un coup de sa masse d’armes, et donna aussitôt des ordres pour qu’il fût mis en pièces. En vain les prêtres offrirent des crores de roupies pour racheter leur dieu de cette ignominie; Mahmoud dédaigna ce trafic d’une idole, et son zèle d’iconoclaste fut amplement pavé par la découverte qu’amena cette execution , d’une immense quantité de pierres précieuses cachées dans les flancs de la statue, circonstance qui explique du reste l’offre intéressée des Brahmanes.
Entre autres objets de prix qui tombèrent pareillement au pouvoir de Mahmoud , se trouva une chaîne d’or du poids de quarante maunds, qui, suspendue au sommet de l’édifice, supportait une grande cloche destinée à appeler les fidèles à la prière. Outre deux mille Brahmanes qui officiaient dans le temple, cinq cents danseuses, trois cents musiciens et trois cents barbiers faisaient partie du personnel de cet établissement religieux. Le trésor enlevé à ce célèbre sanctuaire ne.
fut pas évalué à moins de vingt millions de dinars d’or, c’est-à-dire à environ 250,000,000 fr. On porte à cinquante mille le nombre des fanatiques adorateurs de l’idole , qui furent massacrés par la milice musulmane.
De Somnâth, Mahmoud s’avança vers le fort de Gundia, situé sur la côte à quarante parasanges de cette ville, et qu’S prit d’assaut; il retourna ensuite à Neherwala (ou Nnrwalla), capitale du Gouzerat. Là , suivant Ferishta, il fut tellement charmé de la salubrité de l’air, de la fertilité du sol et de l’agrément du site, qu’il résolut de faire sa capitale de cette ville, en transférant legouvernement deGhazna à son fils Mussaoud. Il inclinait d’ailleurs pour ce parti avec d’autant plus de force, qu’il projetait alors l’armement d’une flotte , a l’aide de laquelle
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il comptait opérer la conquête deCeylan et celle delà contrée lointaine de l’egu. Mais ses chefs s’opposèrent à l’abandon de leur pays natal ; et Mahmoud, cédant à leurs conseils, laissa le gouvernement du pays à un Brahmane de race royale, qu’il y nomma son vice-roi. Pendant son retour, ayant appris que le râdja d’Adjmir et le prince fugitif de Neherwala avaient réuni une grande armée pour couper sa retraite dans le désert, il prit la route de l'Indus et de Moultan; mais il faillit être victime de la traîtrise d’un prétendu guide, lequel se trouva être un prêtre de Somnâth , et par qui , durant trois jours et trois nuits , les troupes furent égarées dans un désert sablonneux, où elles ne purent trouver ni eau, ni pâturages. Enfin, après beaucoup de souffrances et d’obstacles vaincus , il fut assez heureux pour ramener son armée à Ghazna , d’où il était absent depuis deux années et demie.
Sa dernière expédition dans l’Inde fut entreprise en 1027, et dirigée contre les Djâts de Moultan, qui avaient harcelé son armée à son retour de Somnâtli. Le territoire de cette tribu était bordé par la rivière qui prend sa source dans les montagnes de Jehud ou de Joud; en sorte que, pour la soumettre, il fallait préalablement se rendre maître des courants qui protégeaient le pays où elle avait fixé sa résidence. A peine arrivé à Moultan, Mahmoud fit armer en guerre quatorze cents bateaux, au moyen de rostres, ou becs de fer fixés sur la proue; vingt archers montèrent dans chacune de ces embarcations, qui furent {murvues en outre d'artifices en naphte. Les Djâts, ayant eu vent de ces formidables préparatifs, envoyèrent leu rs femmes et leurs enfants, avec leurs objets les plus précieux, dans un lieu sûr, situé parmi les îles de l'Indus , et se disposèrent à répondre à l’attaque de Mahmoud avec quatre mille bateaux (quelques auteurs doublent ce nombre) très-fortement armés. Un terrible combat, signalé par un grand carnage, s'engagea entre les deux flottes. En heurtant les
becs de fer des embarcations musulmanes, dont ils n’étaient point préparés à recevoir le choc , les bateaux indous perforés furent coulés bas ou chavirèrent ; d’autres furent embrasés, et l’incendie se répandit bientôt dans toute la flotte ; un grand nombre de Djâts tombèrent percés des flèches ennemies; ceux qui s’échappèrent à la nage furent un peu plus, tard passés au fil de l’épée , ou furent, avec leurs familles, emmenés en esclavage par leurs cruels vainqueurs.
Après cette victoire navale, Mahmoud retourna en triomphe à Ghazna.
Dans la même année, il défit une armée de Tûrkomans Seldjoucides qui avait envahi ses possessions de Perse.
Marchant ensuite sur Rhey, il occupa la portion de l’Irak Adjerni qui avait appartenu aux princes dilamites, et donna le gouvernement de Rhey et d'Ispahan a son fils Mussaoud. Peu après son retour dans sa capitale, il ressentit les premières atteintes de la maladie qui devait l’emporter. Ce fut dans ce fâcheux état de santé qu’il se rendit à Balkh pour y régler quelques affaires; et, au printemps de 1030, il rentra pour la dernière fois dans Ghazna, où il expira le 29 avril, dans la soixante-troisième année de son âge, de son règne la trente-quatrième.
Mahmoud peut certainement prétendre à une place très-élevée parmi les héros de l’islamisme , et les éloges pompeux que ses atrocités grandioses ont reçus des historiens mahométans ne doivent point surprendre. Il posséda le plus grand empire asiatique que jamais prince mahométan eût eu en son pouvoir jusqu’à l’époque où il vécut.
S’étendant de l’Oxus a l’océan Indien, cet empire n’était limité à l’ouest que par la Géorgie et Bagdad , à l’est que par le Gange. Sa cour effaçait en splendeur tout ce qu’on avait vu dans les siècles passés; les étudiants et les poètes de toutes les parties de l’Asie y trouvaient des encouragements et la "protection la plus magnifique. Le traitement que Ferdousi eut à subir de Mahmoud contraste toutefois avec la générosité habituelle de ce monarque.
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Lorsque l’Homère persan lui présenta son Schah Namen, poème composé sur l’ordre du sultan, il n’en reçut d’autre rémunération qu’un froid applaudissement donné à sa diligence; et lorsqu’il se plaignit de cet oubli dans de mordantes épigrammes , Mahmoud lui lit remettre autant de menues pièces de monnaie qu’il y avait de strophes dans son volume, c’est-àdire soixante mille. Le poète vit une insulte dans cette misérable récompense, et ressentit vivement l’outrage.
Lançant donc en s’expatriant une véhémente invective, il s’enfuit de Ghazna, et courut se placer sous la protection du calife de Bagdad. Cependant Mahmoud se montra libéral dans d’autres circonstances, et l’on cite de nombreux exemples du privilège qu’avait une poésie élégante de le charmer et de l’adoucir. Il était poète lui-même, et fit, dans sa jeunesse, une traduction en vers d’un traité composé sur l’art de gouverner, par un Brahmane indien.
Ne put-il se défendre d’un sentiment d'envie contre le poète persan? ou Ferdousi se montra-t-il trop mauvais courtisan? Ce sont là des questions dont l’examen importe peu. Mahmoud fut certainement, comme le qualifie Ferishta , « un grand homme , » sinon « un excellent prince ; >• et peut-être cette remarque ne manque-t-elle pas de justesse, « qu’il fit beaucoup de mauvaises choses, en vue d’un principe louable. » Au nombre « des vertus éminentes et véritablement princières dont il était doué, » dit M. Maurice, "brillaient surtout un courage inébranlable , une profonde sagesse politique, et, en beaucoup d’occasions, une inflexible; justice. Mais toutes ces qualités précieuses étaient ternies par son exécrable fanatisme et son avarice insatiable. Ce n’est pas toutefois son fanatisme, mais bien sa cruauté, qui mérite d’être détestée. Sa haine pour l’idolâtrie était bien près d’être une vertu , et chez lui l’enthousiasme religieux participait de la dévotion réelle; mais c’était la dévotion du musulman entée sur la nature sauvage et flegmatique du Tatare; c’était une dévotion
sans religion, un zèle sans piété et sans humanité.
Longtemps avant sa mort, Mahmoud avait déclaré son fils favori Mohammed héritier du trône de Ghazna, en assignant à son frère aîné les territoires d’Irak et de Tabriztan. Mais Mussaoud , que Ferishta nous représente comme un second Roustem , n’était pas homme à accepter uu arrangement qui le privait des honneurs attachés à la primogéniture; et l’infortuné Mohammed , trahi par ses propres courtisans, perdit du même coup le trône et la vue. La première partie du règne de Mussaoud fut prospère, et, pendant cette période, les malheureux Indous furent voués à souffrir de nouvelles incursions de la part de l’armée musulmane. A cette époque, les Seljoucks, ayant franchi le Djihoun, avaient pris possession des territoires de Nissa et d’Aberwed, et s’étendaient dans le Khorassan. Contrairement à l’avis de ses ministres qui lui remontraient l’urgence de repousser dès l’origine les usurpations de ces formidables aventuriers, Mussaoud, trop préoccupé d'agrandir ses conquêtes indiennes, n’avait pu prendre en temps utile les mesures nécessaires à la sécurité de ses propres Etats. Il fut toutefois distrait de ses plans ambitieux par une dépêche reçue du Khorassan , où on lui mandait que « ses ennemis, naguère simples fourmis , étaient devenus petites couleuvres, et que, si l’on ne se hâtait de les détruire, ils deviendraient bientôt serpents. » Mais « l’étoile de la fortune royale , » s'écrie Ferishta , « touchait alors au seuil du temple de l’adversité. » Tandis que Mussaoud marchait au secours de Balkh, menacé par un parti ennemi , un autre corps seljouk s’empara de Ghazna, et commit des déprédations dans cette, capitale, d’où l’on parvint au reste à le chasser temporairement. Dans la guerre qui suivit ces premières hostilités, Mussaoud déploya une grande valeur personnelle, et fit essuyer aux Seljouks des défaites multipliées; mais, à là fin, ces belliqueux Tatares remportèrent à Dindaka une victoire com-
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plète, que contribua, dit-on, à leur assurer la couardise ou la désertion perfide de plusieurs généraux ghaznévides; et le sultan fut repoussé avec perte dans sa capitale. Arrivé à Ghazna, il assouvit son ressentiment sur ceux de ses ministres ou de ses chefs militaires auxquels il attribuait la désastreuse issue de la guerre. Ayant ensuite dépêché son fils Modoud à Balhh avec de nombreux renforts, il se hâta d’évacuer Ghazna avec tous ses trésors, et d’aller prendre dans l’Indoustan ses quartiers d’hiver. Mais, en traversant le Djihoun, il se laissa séparer par mégarde du train de ses équipages, et un corps d’esclaves impériaux profita de cette occasion pour piller le trésor. Les troupes s’en étant aperçues, voulurent avoir part au butin. Un désordre général s’ensuivit, et les fauteurs du trouble, pour se mettre à couvert de la vengeance du sultan, portèrent pour la seconde fois l’aveugle Mohammed sur le trône précaire dont Mussaoud l’avait précipité. Abandonné par tous ses sujets , ce dernier fut emprisonné dans la forteresse de Kurri, où peu après il fut mis à mort par son neveu Ahmed, en 1041, dixième année de son règne. t
En apprenant la mort de son père , Modoud leva aussitôt le camp qu’il avait devant Balkh , et marcha sur Ghazna, où se trouvait Mohammed avec ses trois fils , mandés en toute hâte des rives de l’Indus. L’armée de l’oncle et celle du neveu se trouvèrent face à face dans le désert de Deymîr, et, dans le combat qui s’engagea entre elles , la victoire se déclara en faveur de Modoud. Le roi aveugle fut immédiatement égorgé , avec deux de ses fils et tous ceux qui avaient trempé dans le meurtre de Mussaoud ; Abdulamin seul fut épargné dans ce massacre, en considération de l’humanité qu’il avait témoignée à son malheureux oncle. Sur le champ de bataille même, Modoud fonda la ville de Fatti-abad ( cité de la Victoire). Il fit ensuite dans Ghazna une entrée triomphale, et, peu de temps après, fit passer sur sa tête la souveraineté incontestée des provinces indien-
nes. Mais les habitants de ces malheureuses contrées se livrèrent, sous le règne de ce sultan, à des efforts cette fois couronnés de succès, pour secouer le joug qui pesait sur eux depuis si longtemps Le prince de Delhi, s’alliant à plusieurs râdjas voisins, leva des forces imposantes , et reprit aux gouverneurs ghaznévides les villes de Hassi, de Tanassar, ainsi que leurs dépendances. Le fort de Nagracout, après un siège de quatre mois, fut obligé de capituler ; et l’idole, jadis arrachée au temple de cette place, y fut solennellement réinstallée en grande pompe et réjouissance. Encouragés par les succès du râdja de Delhi, les chefs indiens du Pendjab se mirent en campagne et investirent Lahore. « Pendant sept mois, dit Ferishta , les mahométans surent se maintenir dans cette ville, la défendant de rue en rue; puis ayant tenté, à la fin, une sortie désespérée, ils battirent les Tndousdans leur camp, en firent un grand carnage, et mirent le reste en fuite. »
Du côtéduKhorassan, l’empire ghaznévide allait sans cesse se réduisant devant les empiétements de la puissance seljouke. Modoud envoya pour la combattre, en 1045, une armée, qui fut battue et repoussée avec perte par Alp Arslan, dont l’heureuse fortune secondait l’éminente valeur. Balkh fut plusieurs fois pris et repris par les deux peuples belligérants , et finit par rester au pouvoir de l’ennemi. A la même époque, Candahar paraît avoir été occupé par une horde de Turkomans.
Enfin , Modoud se mit en personne à la tête d’une armée formidable , se proposant de la conduire par la voie de Caboul dans la province de Seïstan , que venaient d’envahir ces audacieux aventuriers; mais il n’était pas arrivé au fort de Sânkout, que, saisi d’un accès de colique violente, il fut contraint de retourner à Ghazna , où il expira en décembre 1049 , après un règne de huit ans.
Les obscures annales de la dynastie ghaznévide n’offrent plus maintenant qu’une suite nauséabonde de querelles étroites, de massacres et de révolu-
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tions. Le fils en bas âge de Modoud fut déposé, peu de jours après son avènement nominal , en faveur de son oncle Ali, qui, lui -même, céda le trône, au bout de deux années, à Abdoul-Raschid, fils du sultan Mahmoud, dont la puissance ne fut pas de longue durée. Toghrel Ilaujeb, général turc au service du sultan Modoud , que ce monarque avait investi du gouvernement de Seïstan, se dégageant de tout lien d’obéissance envers la famille de son maître, marcha sur G hazna qui tomba en son pouvoir, ainsi que le sultan et neuf personnes du sang royal. L’usurpateur les fit mettre à mort et s’empara de l'autorité souveraine, apres avoir contraint la sœur de Modoud à devenir sa femme. Au bout de quarante jours , il fut assassiné par quelques-uns des principaux émirs de Gnazna , qui mirent sur le trône Furrukzand, fils du sultan Mussaoud.
Pendant le règne de ce dernier, qui dura six années, son général Noushtekin fit essuyer aux Turkomans- Seljouks deux sanglantes défaites.
Dans une troisième bataille , co fut l’étoile du fameux Alp Arslan qui prévalut, et un échange amiable de prisonniers fut suivi d’une trêve entre les deux partis. Le sultan Ibrahim , qui succéda à son père en 1058, conclut une paix avec le souverain turc du royaume de Perse, dont la puissance s’étendait alors depuis le désert d’Arabie jusqu’aux rives de l’Oxus.
Une alliance encore plus étroite unit à la maison de Seljouk son successeur et son fils Mussaoud III, qui épousa la fille de Malek Schah.
Revenons maintenant aux affaires de l’Inde. Sous le règne du sultan Ibrahim, deux expéditions heureuses furent poussées par les Ghaznévides jusqu’aux provinces du Gange. La seconde lut entreprise en 1079 , et le monarque voulut, dans son zèle religieux, la diriger en personne ; les conquêtes qu’elle lui valut furent tellement brillantes, qu’elles lui firent décerner les noms d 'Al Mohaffer et A' .41 Mansour , c’est-à-dire le conquérant et le triomphateur. Cependant les seuls dé-
tails qui nous soient parvenus à cet égard ne sont relatifs qu’à la prise des forts d’Ajodin et de Rupal, et à celle d’une ville située à peu de distance de cette dernière place , dans une vallée environnée de montagnes presque insurmontables, et qui avait pour habitants une tribu distinrte et indépendante, primitivement fixée dans le Kborassan. L’armée ghaznévide souffrit beaucoup dans le passage de ces montagnes, où les pluies la surprirent , et campa trois mois sans coup férir devant la ville en question. Après un siège de quelques semaines, elle la prit enfin d’assaut, et y fit, disent les historiens mahométans avec leur exagération habituelle, cent mille prisonniers , qu’elle emmena à Ghazna.
Ibrahim nous est représenté par ses panégyristes comme un prince charitable, religieux et juste, protecteur des savants et calligraphe accompli.
Il engendra trente-six fils et quarante filles, et, après un règne paisible et heureux, qui avait duré quarante ans, il mourut en 1088, laissant le trône bien affermi à son fils Mussaoud III.
On attribue à ce sultan des sentiments de justice et d’affection pour ses sujets, non moins estimables que ceux de son prédécesseur, et son mariage avec la sœur du schâh régnant de Perse lui assura un règne paisible de seize ans. Son lieutenant, Hanjeb Togha- Tekin ( Tigha Tiggi ), conduisit de Lahore un corps de t roupes au delà du Gange, et poussa ses incursions dans l’Inde plus loin que n’avait fait encore aucun général musulman , Mahmoud excepté. Il renouvela les scènes de pillage et de dévastation qu’avait jadis multipliées dans ces mêmes contrées ce conquérant impitoyable; mais sans y faire comme lui, autant du moins qu’on peut le croire, d’établissements durables. Après avoir pillé nombre de villes et de temples, le général ghaznévide retourna en triomphe à Lahore , qui commença dès lors à être considérée comme là seconde capitale de l’empire.
A la mort de Schah Mussaoud , en 1114, Arslan Schah ( Arsilla ) monta
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sur le trône de son père , après avoir trempé ses mains dans le sang de l’héritier légitime du trône, Scheirzand, et fait emprisonner tous ceux de ses autres frères dont il parvint à s’emparer. Behram Schali, l’un de ces derniers, réussit néanmoins à s’échapper, et alla chercher un refuge à la cour de son oncle, sultan Sanjur, qui avait alors le gouvernement du Khorassan. Grâce a cet auxiliaire puissant, le prince fugitif fut trois fois assis sur le trône de son père, Arslan ayant été autant de fois vaincu et expulsé; à la troisième enfin , il fut pris et mis à mort. Pendant le règne turbulent et si souvent interrompu d’ Arslan Schali, Ghazna fut en partie consumé par la foudre. Behram fut. dit-on, un prince juste et généreux, et se montra le patron libéral des sciences. Ce fut sous ses auspices que les KaleUa Doumnci ( fables de Bidpâi ) furent pour la première fois traduites en persan.
Pendant les jours de sa prospérité, ce prince fit dans l’Inde deux voyages, dont le premier eut pour objet de réduire à l’obéissance Mahommed Bahlim , vice-roi de Lahore, pour Arslan Schah, qui résistait à 1 autorité de Behram. Ce dignitaire fut vaincu, et, après un court emprisonnement, réinstallé dans son gouvernement. Pendant que Behram Schah retournait à Ghazna, Bahlim fit élever, dans les districts montagneux de Scroâlik, la forteresse de Nagour, où il conduisit sa famille et déposa ses objets les plus précieux, comme dans un asile sûr.
Levant alors une nombreuse armée d’Arabes , de Turcs et d’Afghans , il commença à s’agrandir en commettant des* déprédations sur les territoires des râdjas voisins ; puis , enhardi par ces premiers succès , il osa aspirer à se rendre indépendant.
Cette révolte amena la seconde expédition de Behram Schah dans l’Inde.
Les deux armées se rencontrèrent près de Moultan,et, après un combat acharné, Bahlim fut mis en fuite avec ses dix fils. Dans sa retraite précipitée, il s’engagea avec eux aans de profonds marécages, où ils furent
tous engloutis avec leurs montures.
De retour à Ghazna, Behram Schah fit exécuter publiquement Mahommed, prince Deljhour, et gendre du révolté Bahlim. Cet acte arbitraire entraîna la ruine de sa dynastie. Le frère du prince supplicié, Seyf-ul-Din Souri, marcha aussitôt, à la tête de forces considérables, sur Ghazna, qu’à son approche Behram évacua pour se réfugier dans le foçt de Kirma, assis au milieu des montagnes. Seyf-ul-Din entra sans coup férir dans Ghazna , et, se fiant à l’humeur pacifique des habitants de cette capitale , se hasarda à renvoyer son frère Allah-ul-Din avec la plus grande partie de son armée. Mais à l’entrée de l’hiver, et aussitôt que les neiges eurent rendu impraticable le passage des montagnes , Delihour Behram Schah, avec qui plusieurs habitants de Ghazna avaient entretenu une correspondance secrète , parut tout à coup devant Ghazna , avec des forces imposantes. Sevf-ul-Din, trahi par ses perfides conseillers, ne craignit pas ae marcher à la rencontre de Behram; mais, entouré de conspirateurs, il fut saisi, et livré à son ennemi mortel. Le traitement que lui fit subir Behram Schah fut aussi injuste qu’inhumain. Monté sur un taureau furieux, la face noircie et tournée vers la queue de l’animal , il fut promené , au milieu des huées et des outrages de la populace, dans les murs de Ghazna, et mis ensuite à mort dans un supplice où aucun genre d’ignominie ou de torture ne lui fut épargné : on envoya sa tête au sultan Sanjour.
Ce trait de barbarie sauvage appela sur les Ghaznévides un châtiment terrible. En apprenant l’horrible traitement inflige à son. frère, Allah-ul- Din , bouillant de rage et d’indignation, marcha sur Ghazna avec toutes les forces qu’il lui avait été possible de lever. Behram s’avança contre lui avec des éléphants et une armée bien supérieure en nombre; il fut néanmoins battu et ne trouva son salut que dans une fuite précipitée. Il ne survécut pas au reste à sa ruine, et mourut de chagrin, dit-on, soit à Ghazna, soit sur
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le chemin de Lahore , immédiatement après la bataille, en 1152, après avoir régné trente-cinq ans sur Lahore et Ghazna. Il eut pour successeur son (ils, Khosran,qui se retira immédiatement avec toute sa cour au delà de l’Indus.
Aucun obstacle ne s’opposait donc plus à l’entrée du prince de Ghour dans l’infortunée capitale de ce royaume , qui fut livrée à toutes les horreurs du piilage, du massacre et de l’incendie. Pendant sept jours consécutifs s’accomplit l’oeuvre de vengeance ; et tous les édifices de cette cité naguère si somptueuse, qui avaient appartenu à la race abhorrée de Sebektegin , furent réduits en cendres ou rasés au niveau du sol. Lorsque ce barbare vainqueur se détermina enfin à retourner dans son pays natal, il se fit suivre à Firouzkoh par un grand nombre de seycles ( principaux citoyens ) captifs , dont chacun portait à son cou un sac de terre, qui plus tard, par un raffinement de cruauté tout oriental, fut mêlée au sang des porteurs, et servit de mortier pour la construction des tours d’un château qu’Allahul-din fit élever dans cette ville.
Ghazna, ainsi dévasté, tomba ensuite au pouvoir de la tribu turkomane de Ghuz, qui, à la même époque, envahit tout le Kborassan et fit prisonnier le sultan Sanjur. Elle le retint deux ans en captivité (dix, au dire de quelques auteurs), au bout desquels ce prince leur fut repris par les Gltouriens. Pendant cet intervalle de temps, le fils de Behram Schah termina à Lahore son régné', dépourvu de gloire et sans cesse troublé, sur les provinces indiennes de l’empire démembré, qu’il avait gouvernées sept ans. A sa mort, Khosrou II, son fils, dernier de cette race, monta sur le trône de Lahore.
Sous son règne, l’armée ghourienne, après avoir pris Pecliaver, l’Afghanistan, Moultan et le Sinde, se présenta sous les murs de Lahore. La place étant trop forte pour être prise d’assaut , les Ghouriens furent deux fois réduits à lever le siège , acceptant un tribut et des otages de Khosrou pour
prix de cet armistice. Dans une troisième expédition , entreprise en 1186, le général ennemi, ayant fait un circuit, prit la ville par surprise; et ainsi furent substitués , sans effusion de sang, les princes de Ghour à l’apanage de la maison de Sebektegin, qui avait régné deux cent onze ans. L’infortuné Khosrou et toute sa famille furent égorgés peu de temps après.
Empire Patan ou Afghan. Mahommed Ghouri, le vainqueur de Lahore, agit dans cette circonstance comme général et lieutenant de son frère aîné Yan-ul-Din, à qui était échue la souveraineté nominale des Etats ghouriens. Il séjourna peu de temps à Lahore , et , en ayant confié le gouvernement au vice-rôi de Lahore, il retourna à Ghazna, qui, à cette époque, paraît remonter au rang de capitale. Il partit de là en 1191 , pour envahir l’Adjmir; mais, sur les rives du Sursuttv ( Sarasouati ), il se trouva en présence d’une nombreuse armée indoue, commandée par les ràdjas ligués d’Adjmir et de Delhi, qui lui fit essuyer une défaite totale. Les fuyards musulmans furent poursuivis l’espace de quarante milles par l’ennemi victorieux, et Mahommed se réfugia à Ghour avec les débris de son armee. En peu de mois il se trouva en mesure d’envahir l’Inde une seconde fois , et se mit en campagne avec cent mille cavaliers turcs, persans et afghans. Il fut bientôt joint par les confédérés, à la tête d’une armée trois fois plus nombreuse; mais la supériorité de ses manœuvres lui valut cette fois une victoire complète. Le roi de Delhi resta avec beaucoup d’autres princes sur le champ de bataille, et le râdja d’Adjmir fut pris et mis à mort. Les forts de SurSutty , de Samana, de Koram et de Hassi se rendirent au vainqueur ; Adjmir fut pris d’assaut , et tous ses habitants furent massacrés inhumainement ou emmenés en captivité. Delhi se sauva temporairement par une prompte soumission et l’acquittement d’un fort tribut.
Mahommed retournaà Ghazna, chargé d’un immense butin , laissant son
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général favori Kattib dans la ville de Koram, avec des forces considérables et le titre de vice-roi. Cet heureux esclave réussit à s’emparer , peu de temps après (en 1 193 ), de la ville de Delhi, où il établit le siège de sa viceroyauté. L’année suivante, il passa la Djamna, prit d’assaut le fort de Raie, et opéra ensuite sa jonction avec Mahoimned , qui se dirigeait sur Cauoudje. Le maha-râdja de Canoudje et de Bénarès ayant voulu leur résister, fut complètement défait , et le fort de Hassi, qui contenait ses trésors, tomba au pouvoir de ses ennemis. Mahommed pénétra alors dans la ville de Bénarès, où il détruisit les idoles d'un millier de temples , et chargea quatre mille chameaux du butin dont il s’em-
f>ara. Puis , confirmant Kattib dans a vice-royauté de l’Inde , il retourna à Ghazna.
On trouve dans l’Ayïn Akbïry un récit différent de celui qui précède, et on ne peut plus romanesque , des circonstances qui amenèrent la conquête ghaznévide et la fondation du royaume mahométan de Delhi. Le monarque qui y régnait à l’époque de celte invasion” était, dit-on, le râdja Pithowra, de la race de Chorohan. Les historiens indous prétendent que ce râjah avait gagné sept grandes batailles sur le sultan de Ghour, Mouz-ud-dinsam; mais la huitième, livrée près de Tanassar, dans l’année de l’hégire 588 (an du Christ 1191 ), contre le sultan Sehabad-ud-din, lui coûta le trône, la liberté , et peut-être la vie. Sa chute est attribuée aux circonstances suivantes. Le maha-râdja , ou empereur de l’Inde régnant à cette époque, était Jychund (Jya Chandra) Rathore, dont la capitale était Canoudje. « Tous les autres râdjas lui rendaient hommlge; et ce monarque était d’un naturel si débonnaire, que beaucoup de Persans et de Tatares étaient passés à son service. » Il résolut enfin d’accomplir le raj-son-yi/g , grand sacrifice qui devait mettre le sceau à sa suprématie ; tous les râdjas des environs vinrent à sa cour pour assister à cette cérémonie, excepté le râdja Pitho-
wra, qui prétendait lui-même à la prééminence. « Jychund se disposait à marcher contre lui à la tête u’une armée, lorsque ses courtisans lui représentèrent que l’exécution d’une telle entreprise demanderait beaucoup de temps, tandis que l’on touchait à l’heure fixée pour le sacrifice. Le monarque céda .à leurs remontrances; et, pour rendre la fête aussi complète que possible, malgré l’absence de Pithowra, ils firent mouler en or sa statue, qui , placée à l’entrée du temple , fut censée y remplir l’office de portier. Furieux de cet affront , Pithowra vint au sacrifice sous un déguisement, en compagnie de cinq cents hommes déterminés : là , ayant fait un grand carnage parmi les assistants, il se saisit de sa statue et se retira au plus vite. En écoutant le récit de cette action intrépide, la fille de Jychund, qui était sur le point de s’unir à un autre radja, tomba amoureuse de Pithowra, et refusa son consentement au mariage projeté. Irrité de sa conduite, Jychund la chassa de son harem, et la confina dans un palais isolé. Lorsque tout ceci parvint aux oreilles de Pithowra, il résolut, transporté d’amour et de rage, de rendre la liberté à cette jeune princesse. Dans ce dessein, il concerta avec le musicien Chanda que ce dernier se rendrait à la cour de Jychund, sous le prétexte d’y chanter ses louanges, et que lui Pithowra l’accompagnerait, avec un petit nombre d’hommes choisis, en qualité de domestique. Par ce stratagème il réussit à engager une correspondance avec la princesse, qu’il détermina facilement à se laisser enlever par lui. » Pithowra parvint à l’emmener saine et sauve a Delhi , mais non sans livrer un combat qui coûta la vie à plusieurs de ses plus braves guerriers. Pour se venger de cette insuite, Jychund réclama l’aide de leur ennemi commun , le souverain de Ghuzneen ( Ghazna ) , Schahab - ub- Din , qui pénétra en conséquence, à la tête d’une armée imposante, dans les Etats de Pithowra , tandis que ce monarque , tout entier au repos et à l’amour , n’avait de pensées et d’yeux
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que pour sa belle fiancée. Il secoua toutefois cette apathie à l’approche de l’ennemi ; mais ses plus vaillants serviteurs avaient été tués dans le dernier combat, et Jychund, naguère son allié, se liguait maintenant avec son adversaire. Aussi la victoire l’abandonna-t-elle dans le combat qu’il eut à soutenir contre Schahab-ud-Din, et qui eut lieu dans les plaines de Tanassar; les historiens iudous disent qu’il fut fait prisonnier, tandis que ceux de Perse affirment qu’il fut tué. Dans l’année même où le sultan retourna à Ghazna par les montagnes du Nord, son vice-roi Kotebeddan (Kattib-ul- Din ) s’empara de Delhi et de la plupart des dépendances de cette ville.
Très-peu de temps après, il vainquit Jvchund (ou Jya Chandra ) lui-même avec l’aide du sultan , et sut ainsi se rendre maître des plus riches provinces de l’Indoustan.
A dater de ce jour , les troubles du Khorassan ne laissèrent que peu au souverain de Gliazna le loisir de renouveler ses incursions dans l’Inde. En guerre avec les souverains du Khouarizm et de Samarcand , il fut battu , et, comme conséquence naturelle de sa défaite, abandonné par ses soldats; il se vit même fermer les portes de Ghazna par ses propres sujets. Il réussit toutefois à se relever avec l’aide de Kattib, et retourna de l’Inde dans sa capitale, où il conclut un traité de paix avec le souverain tatare du Khouarizm. Il revenait d’une expédition heureuse contre les montagnards rebelles de Kohjand , lorsque , dans le lieu nommé Devbek (Debeik ou Riineik), sur les bords du Nilab, il fut assassiné par un parti de Gickes, le 13 mars de l’année 1206, et sa mort mit fin à l’empire de Ghazna. Son neveu Mahmoud succéda bien à une portion du territoire de ses aïeux , et , quelques années après le meurtre dont il était tombé victime, en l’an 1210, deux autres princes de sa race firent un faible effort pour soutenir l’éclat de leur maison ; mais les sultanies de Ghour et du Khouarizm, ainsi que les diverses petites dynasties de Perse , s’écroulè-
rent sous le choc des armées invincibles du conquérant Chenghiz.
Kattib-ul-Din (le Cothbeddin Ibek de d’Herbelot) continua, durant la vie de son maître, à se reconnaître son vice -roi ou tributaire. Pendant le même temps , il étendait ses possessionsdans leGouzeratetdansl’Adjmir.
Après l’assassinat de Mahommed , il prit les insignes de la royauté comme sultan de Lahore et de Ghazna. Il céda toutefois le dernier de ces deux royaumes à Ildecuz (ou Eldoze), autre esclave favori du sultan , qui s’était rendu maître de la capitale.
A la mort de Kattib , occasionnée en 1610 par une chute de cheval , son fils, Aram Schah, monta sur le trône de Delhi et de Lahore ; mais il fut dans la même année contraint de résigner sa souveraineté en faveur d’Altumsh, fils adoptif de Kattib, qui lui avait donné sa fille en mariage. Entre les mains de ce chef plus habile qu’Aram Schah , l’empire, tombé en dissolution à la mort de Kattib , ne tarda pas à se. relever ; les gouverneurs, qui avaient profité de cet événement pour faire main basse sur différentes portions du territoire conquis , furent successivement battus. Au nombre de ces derniers se trouvait Eldoze, qui, chassé de Ghazna par le sultan de Ghaurizui, avait cherché à s’indemniser en s’emparant de la ville et du territoire de Tanassar, d’où il marcha sur Delhi ; mais , vaincu et fait prisonnier, il termina ses jours dans la forteresse de Budayoun. Après avoir ainsi rétabli son autorité , Altumsh put librement poursuivre ses projets de conquête. Les principautés du Üéhar et du Bengal, qui avaient déjà appartenu, à ce que l’on peut croire, à des gouverneurs musulmans , furent réduites sous le joug du souverain du Delhi, au nom duquel fut désormais frappée la monnaie de ces deux États.
Les provinces de i’Indus furent ensuite soumises, et à ee fait d’armes succéda la conquête du Sewanlik. En 1233, Altumsh envahit le Maloua et s’empara de la ville d’Oudjein , où il détruisit le magnifique temple de Maha
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Koli, dont il enleva l’idole, ainsi que la statue du roi Vicramaditya , son fondateur, qu’il fit transporter à Delhi, et briser à la porte de la grande mosquée. Il entreprit ensuite une expédition dans le Moultan , alors agité
Fiar des troubles ; mais il tomba maade en route, et revint à Delhi , où il rendit le dernier soupir en 1235, après un règne remarquablement prospère, qui avait duré vingt-cinq ans.
Ce fut dans la treiziéme année du règne de cet habile monarque que, selon Ferishta, Chenghiz Khan renversa l’empire du Khouarizm. Pendant les douze années qui suivirent, ce fléau de l’humanité, continuant ses conuêtes, changea la face de l’Asie, étenit sa puissance depuis la mer de Chine jusqu’aux confins de la Syrie , et des régions arctiques jusqu’aux bords de l’indus. Le dessein qu’il avait formé de conquérir la Cnine sauva seul l’Inde d’une invasion qui, selon toute probabilité, l'eût réduite à la destinée commune du reste de l’Asie.
Altumsh laissa le trône à son fils Firous Schah , prince dissolu et efféminé , qui , s’étant fait tout à la fois haïr et mépriser de ses sujets , fut déposé et emprisonné, moins de sept mois après son avènement. Sa virile sœur Mallekeh Doran, sultane Rizia, fut élevée alors au pouvoir souverain.
Cette remarquable femme avait déjà été instituée régente par Altumsh luimême, pendant le cours d’une absence temporaire qui l'éloigna du siège de son gouvernement; et elle justifia, lors de son accession au trône, le choix des omrahs, en revêtant la robe impériale , en donnant chaque jour des audiences publiques, en révisant et en confirmant les lois promulguées par son père. Son règne fut heureux, et il paraît qu’elle dirigeait le gouvernement de l’État avec une habileté surprenante, lorsque malheureusement les nobles, irrités de la nomination d’un esclave abyssinien comme général en chef de l’armée, se dégoûtèrent d’elle et de son administration. Les premières marques qu’ils donnèrent de leur mécontentement furent prompte-
ment réprimées ; mais peu de temps après éclata une révolte générale, et Behram Schah, frère de la sultane Rizia, reçut des omrahs le pouvoir souverain.’ Quant à cette princesse, elle lutta quelque temps pour la conservation de son trône ; mais , vaincue et faite prisonnière, elle fut mise à mort après un règne de trois ans et demi.
Behram Schah , bien qu’empereur de nom, ne fut entre les mains de son vizir et du chef des omrahs qu’un hochet, dont ils se défirent au bout de deux années. Pendant ce règne si court, les Mogols, quittant Ghazna, s’avancèrent jusqu’à Lahore et pillèrent cette capitale ; sous le règne agité des successeurs de Behram, ils poussèrent fréquemment dans le Pendab , et avec des fortunes diverses, leurs incursions dévastatrices. Scberef-ed-Din rapporte que Turmeschirin Khan porta ses armes dans le Douab, et pénétra jusqu’aux confins de Delhi.
A la chute et à la mort de Behram Schah , Massaoud , fils de Firous Schah, fut tiré de prison pour monter sur le trône chancelant de Delhi et de Lahore; mais son caractère méprisable le fit bientôt juger indigne du sceptre, et sou oncle Mahmoud fut fait roi à sa place en 1244 , sous le nom de Nassir-ul-Din. Ce monarque nous est signalé comme un homme de grande énergie, d’un naturel entreprenant, doué de prudence toutefois, et littérateur éminent. Pendant tout le temps qu’avait duré son emprisonnement, il avait refusé la pension que lui offrait l’empereur, et sa plume seule avait suffi à tous ses besoins; il disait souvent que l’homme qui ne sait pas gagner son pain ne mérite pas de le manger. Après être monté sur le trône, il «onseréa ses habitudes frugales et laborieuses, et continua de pourvoir à son entretien privé au moyen de ses écrits. Sa table était celle d’un ermite plutôt que celle d’un roi ; et Ferishta tait remarquer que , contrairement à l’usage de tous les princes, il se contenta d’une femme, et n’eut point de concubines. Il fut « le patron des savants, le protecteur du peuple et
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l’ami des pauvres. » Tl fut, de plus, heureux dans toutes ses guerres, et étonna ses sujets par la modération et la clémence qu’il apporta dans toutes ses conquêtes. Les Gickes du mont Joud furent le peuple qu'il traita avec le plus de rigueur. Apres avoir soumis la contrée qu’ils habitaient, l’empereur châtia ces turbulents montagnards, et pour leurs incursions continuelles, et pour avoir guidé ces Mogols sur leur propre territoire jusque dans l’Indoustan, en réduisant à l’esclavage plusieurs milliers d’entre eux sans distinction de sexe. Vis-à-vis de ses sujets, il en usa avec une magnanimité rare chez un souverain oriental, pardonnant plusieurs fois à ceux qui avaient failli à leurs devoirs d’obéissance ou de fidélité, et qui lui faisaient leur soumission. Vers la fin de son règne, il eut l’honneur de recevoir une ambassade d’Hulalou Khan, petit-fils de Chenghiz Khan et souverain de Perse. Balin, son vizir, alla à la rencontre de l’ambassadeur , suivi , dit un auteur , « de cinquante mille cavaliers étrangers,au service de l’empereur, de deux mille éléphants de guerre et de trois mille fourgons à artilices.il fit avancer son armée en ordre de bataille, disposée en colonnes profondes de vingt hommes chacune, avec sa cavalerie et son artillerie rangées suivant les règles de l’art. Apres avoir fait ressortir l’habileté de sa cavalerie dans quelques combats simulés, et pleinement étalé toute cette pompe militaire aux yeux de l’ambassadeur, il l’introduisit dans la ville et le guida jusqu’au palais de l’empereur. Là , ils trouvèrent une cour splendide et toutes choses disposées de la façon la plus luxueuse et la plus magnifique. Tous les omrahs, les officiers de l’Etat, les juges, les prêtres, les notables de la cité étaient présents , sans compter cinq princes de l’Irak persan, du Khorasan et du Maver-ul-Nahr, qui étaient venus chercher à Delhi un refuge contre Chenghiz Khan , et qui se trouvaient là entourés de leurs suites. Un grand nombre de princes indiens, sujets de l’empire, se voyaient aussi près
du trône. » Cette circonstance fut la dernière de quelque importance qui signala le régne de Mahmoud. Il tomba malade peu de temps après, languit quelques mois, et expira en 1266, vivement regretté de ses sujets.
Mahmoud n’avant pas laissé de fils, le suffrage unanime des nobles porta au trône à sa place son habile vizir Balin, qui était parent de l’empereur Altumsh. Ferishta raconte que, sous le règne de ce dernier souverain , quarante de ses esclaves turcs, très en crédit auprès de lui, prirent solennellement l’engagement mutuel de se soutenir les uns les autres et de se diviser l’empire à la mort de leur rnattre. Balin était de ce nombre, et, comme plusieurs de ses confédérés étaient devenus très - puissants , son premier soin après son avènement fut de se débarrasser par le fer ou le poison de tous ces dangereux rivaux , y compris le brave Schir, qui était son propre neveu. Ce terrible coup d’Etat tut suivi d’une sévère réforme dans le gouvernement; il chassa de sa cour tous les joueurs, les usuriers, les parasites, les débauchés, et se fit un tel renom pour la sagesse et la justice de son administration , comme pour sa générosité, que son alliance fut recherchée par les souverains de Perse et de Tatarie, et que sa capitale devint le lieu d’asile des princes fugitifs que les invasions mogoles avaient chassés de leurs territoires. Plus d’une vingtaine de ces monarques déchus vinrent, disent les historiens, du Turkestan, du Maver-ul-Nahr, du Khorassan, de l’Irak-Adjemi, de l’Azerbidjan, du Fars, du Roum (Asie Mineure) et de Syrie, demander un asile à la cour de Delhi.
Des palais et des subventions princières leur furent assignés; aux jours de représentation, ils prenaient place , suivant leur rang, a la droite ou à la gauche du trône ; tous se tenaient debout, à l’exception de deux princes de la maison d’Abbas, auxquels on permettait de s’asseoir de chaque côte du masnad. A la suite de ces princes se trouvaient plusieurs personnages des plus célèbres dans l’Orient par leur
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savoir et leur génie; aussi la cour de Delhi fut-elle bientôt réputée la plus polie et la plus magnifique du monde.
Tous les philosophes, les poètes et les théologiens s’assemblaient chaque soir dans le palais du nrince Scheheid , l'héritier présomptif; tandis que celui du prince Kera , second fils de l’empereur, était le rendez-vous d’une multitude de musiciens, de danseurs, de bouffons et de faiseurs de contes.
L’empereur lui-même, dans sa passion pour la magnificence, donnait à ses omrahs, dans la décoration de ses palais et de ses équipages, l’exemple de la prodigalité et du luxe le plus splendide. Ses éléphants de parade étaient caparaçonnés de pourpre et d’or. Sa garde a cheval , composée de mille nobles tatares revêtus d’cclatantes armures, était montée sur les plus beaux coursiers de Perse , dont les brides étaient d’argent et les selles couvertes de la plus riche broderie. Cinquante valets en superbe livrée précédaient le monarque lorsqu’il sortait de son palais, et couraient devant lui l’épée nue pour annoncer son arrivée et déblayer la route. Pour tenir son armée en haleine, il la menait chasser deux fois par semaine, aux environs de la capitale, dans un rayon de quarante ou cinquante milles ," et il avait prévenu par des lois spéciales la destruction du gibier. Les fêtes du Nourouz et d’idc étaient célébrées, ainsi que l’anniversaire de sa naissance, avec une pompe et une splendeur vraiment prestigieuses. Il se montra néanmoins grand ennemi de la débauche et de la licence, et défendit l’usage du vin sous les peines les plus sevères.
Bien different en ceci de la plupart de ses prédécesseurs , ce monarque s’attacha moins à étendre ses possessions qu’à les consolider. Lorsque son conseil voulut lui persuader d’entreprendre uneexpédilion contre les royaumes de Gouzerat et de Maloua , qui avaient été réunis au sien par Kattibul-Din, mais qui avaient plus tard secoué le joug, Balin s’y refusa à toute force, et donna pour motifs de cette résolution le degré de puissance au-
quel étaient parvenus les Mogols dans le Nord, puissance telle , dit-il, qu’il lui semblait, infiniment plus sage de mettre ses États à l'abri de tels envahisseurs, que de s’affaiblir et de laisser l’empire à leur merci en s'engageant dans des guerres lointaines. Lés actes militaires de ce règne se réduisirent donc à des mesures de police et de défense , comme la répression de la rébellion. Les habitants de certains districts insurgés lurent punis par leur extermination totale. Une tribu de bandits, connus sous le nom de M errât s , qui s’était emparée d’un désert spacieux situé à environ quatre-vingts milles de la capitale, dans la direction des montagnes, avait, durant le cours des règnes précédents, poussé ses incursions dévastatrices jusque sous les murs de Delhi. Dans une expédition envoyée par Balin contre ces effrénés maraudeurs, plus de cent mille d’entre eux furent, dit-on, passés au fil de l’épée ; et après que les forêts avoisinant ta capitale eurent été ainsi déblayées dans un rayon de cent milles, une ligne de forts fut construite au pied des montagnes, afin de protéger les colons qui s’établirent sur ces terrains. Une insurrection éclatée à Budayoun et à Kuttore, et que le souverain réprima en personne, fut châtiée par le massacre indistinct de plusieurs milliers de personnes habitant ces malheureuses villes. Plus tard, l’armée de Balin consacra deux années à réduire sous le joug la mutine population des montagnes de Jond. V ers 1282 , survint une réliellion encore plus formidable. Toghrul, auquel était confié le gouvernement du Bengal, ayant appris la fausse nouvelle de la mort du sultan, fut assez audacieux pour prendre le parasol rouge et tous les autres insignes de la royauté indépendante; détrompé peu après sur cette prétendue mort , il refusa de remplir son mandat et- de rentrer dans le devoir.
Deux armées impériales envoyées contre lui furent successivement défaites, et ce fut alors que Balin prit le parti de marcher en personne contre son gouverneur rebelle. Sans attendre l’é-
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poque dos sécheresses , il traversa le Gange et s'avança vers le Bengal à marches forcées, tandis que Toghrul, averti de son approche , se retirait avec tous ses trésors dans Orissa, ville qui marquait la limite de ses conquêtes. Il fut néanmoins atteint par un détachement d'avant- garde des troupes impériales qui parcouraient le pays a la poursuite des fugitifs, et se laissa surprendre dans sa tente par un des officiers de Balin qui, à la tête de quarante hommes, s’était glissé à la dérobée jusqu’au centre du camp ennemi. Grandes furent la confusion et la panique qui s’ensuivirent, et Toghrul fut percé d’une flèche en traversant une rivière. Toute sa famille et ses rincipaux adhérents furent impitoyalement mis à mort, et, quant aux autres prisonniers, une seule influence put dissuader Balin de les faire tous empaler à son retour à Delhi : ce fut l’intercession des muftis, dos kadis et des savants, qui vinrent en coins, au pieu du trône, demander la grâce des vaincus. Cette expédition lui coûta trois années. Il laissa au Bengal sou fils Kera avec le titre de vice-roi , et lui conféra même à cette occasion les insignes de la royauté. A la mort de son fils aîné Mahommed, homme accompli de tous points, il envoya chercher Kera, qu’il avait désigné comme son successeur ; mais ce dernier parait avoir préféré la tranquille possession du royaume de Bengal à celle d’un empire si précaire : il refusa de rester à la cour de son père. Balin qui, à cette époque , était déjà très-vieux , conçut un vif chagrin de cette résolution", et expira peu de temps après, en 1288, après un règne de vingt-deux ans.
Son petit-fils, Moaz-ul-din-kaï-kobad, fut alors élevé au trône; mais c’était un prince faible et dissolu, qui se laissa entièrement gouverner par un adroit vizir. En vain son père, le souverain du Bengal, essaya de le mettre en garde contre les artifices de son ministre; lorsque Moaz-ul-din chercha à revenir sur ses pas, il était déjà trop tard. Frappé de paralysie, il fut ren-
versé du trône et bientôt égorgé, après un règne dé moins de trois ans. Son jeune fils, après avoir été roi pour la forme pendant un court espace de temps, partagea le sort de son père, et le trône fut alors usurpé par Ferose, Afghan de la tribu de Chiliigi ou de Khulji, qui prit le nom deDellal-ul-Din.
Ce souverain avait soixante et dix ans lorsqu’il monta sur le masnad. On cite, comme preuve de son amour pour la simplicité, le changement du rouge au blanc qu’il fit subir à la couleur du parasol royal. Suspectant la loyauté des habitants de Delhi, il transféra sa résidence à Kilogurry, qu’il fortifia et orna de jardins; l’exemple du souverain ne tarda point à être suivi par les oqirahs, qui élevèrent <Jes palais autour de cette ville, de sorte que Kilogurry fut bientôt considérée comme une nouvelle capitale. La sagesse, la justice et la douceur de Ferose lui concilièrent peu à peu l’estime de tous ses sujets, excepté toutefois celle des omralis de sa tribu , auxquels sa clémence envers différents chefs rebelles avait donné beaucoup d’ombrage. « Je suis vieux, »
dit l’empereur, alors qu’on le pressait de sévir sur les traîtres, « et je veux descendre au tombeau sans répandre de sang. •> Toutefois, son humaine mais faible politique multiplia les’ insurrections; des bandes de voleurs infestèrent toutes les routes, et l’on vit pulluler tous les genres de crimes; il n’y avait plus de sécurité publique, et les gouverneurs des provinces frustraient effrontément le trésor impérial des revenus qu’ils percevaient.
Bien qu’il eût usurpe le trône, Ferose était en vérité digne d'un meilleur sort. Dans la huitième année de son règne, Allah, son neveu et son gendre, au retour d’une incursion dévastatrice dans le Deccan, conspira bassement contre le vieillard, qui n’était pas seulement son souverain, mais son bienfaiteur; et, l’ayant égorgé, s’empara du pouvoir en 1295.
I.e règne de cet habile mais exécrable monarque, qui dura vingt années, fut une brillante période dans les annales de la monarchie delhienne,
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car il fut le premier qui étendit les conquêtes mahométanes jusqu’aux royaumes du Deccan. Dans sa première expédition (celle qui vient d’être rappelée et qu’il entreprit en 1292, avec l’assentiment du vieil empereur), il s’empara par surprise de la ville de Deoghar ( dans l’Aurungabad ) , capitale de Ram-deo-radja, et ramena ses troupes chargées de trésors incalculables , à travers des territoires ennemis, jusqu'à Delhi où il consomma son audacieux exploit par le meurtre de l’empereur et l’usurpation du trône.
L’historique qui nous a été laissé de cette campagne extraordinaire, a tout le caractère du roman. Allah, nous dit un écrivain indigène, quitta Gurrah, le siège de son gouvernement, avec huit mille cavaliers d’élite, sous le prétexte d’une partie de chasse. Traversant ensuite les territoires d’un grand nombre de petits radias, il évita tout conflit avec eux, en donnant à entendre que, dégoûté du service de l’empereur, il venait de quitter sa cour et s’en allait de ce pas offrir ses services au radja du Telingûna, qui était à cette époque le plus puissant monarque du Deccan. Après deux mois de marche, il atteignit, sans avoir rencontré d’opposition sérieuse, Éliehpour, d’ou, changeant tout à coup la direction de sa route, il décampa de nuit; au bout de deux jours, il surprit Ram-deo dans sa capitale, où il s’introduisit après un combat de peu de durée, contraignant le radja à se retirer dans la citadelle. 11 investit immédiatement ce fort, en ayant soin de répandre qu’il n’avait auprès de lui que l’avant-garde de l’armée impériale, laquelle ne tarderait point elle-même de faire son apparition. Cette fausse nouvelle ayant frappé d’une terreur profonde tous les radjas des environs, ils ne songèrent plus qu’à la défense de leurs propres États, et Allah put accomplir sans être inquiété son œuvre de pillage.
Étant plus tard entré en arrangement avec le radja, qui restait enfermé dans la citadelle, il se disposait à évacuer la ville en emportant le butin qu’il y avait recueilli, lorsque le fils de
Ram-deo accourut au secours de cette place . à la tête d’une nombreuse armée. Refusant d’observer le traité imposé à son père, le jeune prince exigea de l’envahisseur, pour prix de son propre salut, la restitution de toutes les richesses dont il venait de s'emparer.
Une bataille s’ensuivit, et les troupes d’Allah , accablées par le nombre, commençaient à lâcher pied, lorsque, par une de ces circonstances imprévues qui ont si souvent décidé du destin des batailles et de celui des empires en Orient, la chance tourna en faveur des troupes mahométanes. Allah avait laissé autour de la citadelle un détachement de mille chevaux; or, informé par le rapport de ses coureurs de la situation des choses , le commandant de ce corps s’élança au galop sur le champ de bataille; le nuage de poussière que souleva cette course, dissimulant le petit nombre des cavaliers qui le suivaient, le bruit se répandit dans l’armée ennemie que celle des Tatares allait fondre sur elle. Une terreur panique et une complète débandade furent laconséquence de cette fausse alerte, et Allah liten vainqueur sa rentrée dans la ville, où de sanglantes exécutions expièrent le manque de foi commis à son égard.
Enfin il consentit à évacuer le pays, moyennant six cents maunds de pur or, sept de perles, deux de diamants et autres pierres précieuses , mille maunds d’argent, quatre mille pièces de soie et beaucoup d’autres objets d’une valeur au-dessus de toute croyance. Il opéra sa retraite par les territoires de Berar, de Gundouana , de Khandeish et de Maloua, à travers lesquels il sut s’ouvrir un passage, bien que surveillé par des armées ennemies et parfois exposé à leurs attaques capricieuses autant qu’irrésolues. Assurément, l’histoire ne nous retrace qu’un petit nombre d’exploits comparables à celui-ci, soit pour l’audace de l’entreprise, soit pour l’heureuse fortune qui présida à son accomplissement.
Peu de temps après l’usurpation d’Allah, on vint lui annoncer que le roi de Transoxiane avait envoyé, à la conquête du Pendjab et du RÎoultan,
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une armée de cent mille Mogols qui sur sa route mettait tout à feu et à sang. Il envoya aussitôt pour la repousser son frère Élich avec des forces considérables. Les deux armées se rencontrèrent dans le district de Lahore , et les Mogols furent mis en fuite, laissant douze mille d’entre eux sur le champ de bataille. L’année suivante, toutefois, ils rentrèrent dans l’Inde en nombre encore plus imposant, et, chassant tout devant eux, parvinrent jusqu’aux plaines de Delhi. Allah marcha alors en personne contre l’ennemi, à la tète de trente mille cavaliers, de deux mille sept cents éléphants et d’une infanterie innombrable. « Depuis le jour, » dit Ferishta, « où les lances de l'Islam avaient été plantées pour la première fois sur la terre d’Indopstan , jamais on n’avait vu deux armées aussi formidables. » L’armée impériale remporta une victoire complète, due principalement au général qui commandait l’aile droite, et qui s’étant trop avancé à la poursuite de l’ennemi, fut enveloppé et tué. On dit qu’ Allah poursuivit les fuyards, et continua le carnage sur une étendue de trente milles.
Dans l’année 1300, les généraux d’Allah conquirent le Gouzeràt, dont ils ravagèrent le territoire et prirent la capitale, nommée Neherwala. Ayant abandonné cette ville à leur approche, le radja se réfugia dans les États du roi de Deoghar; mais ses femmes , sa famille, ses éléphants et son trésor tombèrent au pouvoir de l’ennemi. Le vizir d’Allah marcha alors, à tête d’une partie de l’armée, sur la ville de Cambaat (Cambav), laquelle « étant remplie de marchands, offrit des trésors prodigieux à la rapacité de ces cruels et avides conquérants. »
Environ deux années après ces opérations , Allah assiégea et vint à bout de prendre Rantampore, ville fortifiée de l’Adjmir , et dont il fit passer au fil de l’épée le radja Amir Deo, ainsi que sa famille et la garnison de la place. En 1303, il prit, après un siège de six mois, la forteresse de Chitore,
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dont il conféra le gouvernement avec la dignité royale à son fils Khvzer, et qui devint la’ capitale du territoire de ce dernier. A peu près dans le même temps, il envoya par la voie du Bengal une armée expéditionnaire contre le fort d’Arinkil (ou Warangol, dans l’Hvderabad), qui était l’une des possessions, sinon la capitale, du radja de Telingâna ou d’Andra ; mais cette entreprise échoua et les troupes mahoinétanes furent repoussées avec perte. Tandis que l’armée était ainsi engagée, les Mogols reparurent aux portes de Delhi, et ils menaçaient depuis deux mois la très-faible" garnison chargée de la défense de cette capitale, lorsqu’ils opérèrent tout à coup une retraite précipitée vers leur propre pays, sous l’influence de causes qui sont restées inconnues, et où plusieurs auteurs ont même voulu voir une intervention surnaturelle. Cette incursion fut renouvelée par eux l’année suivante; mais ils furent battus dans le Pendjab et essuyèrent une perte de sept mille hommes. Leurs chefs, chargésde chaînes, furentconduits à Delhi pour y être foulés aux pieds des éléphants. Jaloux de venger leur mort, le souverain du Mavcr-ul-nahr réunit de nouveau, en 1305, une imposante armée qui, après avoir ravagé le Moultan, pénétra dans le Servaulik; mais là elle fut rejointe par le vice-roi d’Allah, qui la battit et en fit un grand carnage. Ceux d’entre les soldats mogols qu’épargna le glaive tatare, périrent dans le désert ou furent emmenés à Delhi pour y subir une mort bien plus cruelle. Ces pertes réitérées ne décourageaient pas néanmoins les Mogols qui, peu de temps après, réenvahirent l’Indoustan en nombre considérable, et furent encore battus par Tughlik, vice-roi du Pendjab, qui envoya à Delhi plusieurs milliers de prisonniers pour y être écrasés sous le pied des éléphants. Llndoustan se trouva alors affranchi pour longtemps de leurs incursions, et Tughlik prit sa revanche en se livrant à des incursions annuelles dans les provinces de Caboul, de Ghazna et de Candahar, sur
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lesquelles il frappa d’énormes contributions.
Au commencement de l’année 1306, Ram-deo, radja de Deoghar, ayant omis d'envoyer le tribut qu’i| s’ëtait engagé à payer au souverain de Delhi, Allah chargea sou général de prédilection, Kafour, d’aller, à la tête de forces imposantes, faire exécuter le traité.
Ram-deo, n’étant pas en mesure de tenir tête à une pareille armee, laissa prudemment son fils Sinjol-deo en possession de sa forteresse , et se rendit lui-même au-devant de Kafour avec de riches présents qu’il lui offrit, afin de se le concilier et d’obtenir de lui la paix dont il avait besoin. Un traité amiable fut en effet conclu, et le monarque indien accompagna tafour jusqu’à Delhi, dans l’intention d’y faire sa soumission à l’empereur, qui l’accueillit avec les plus hautes marques de distinction et de faveur. Non-seulement Ram-deo fut confirmé dans la possession de ses propres États, mais il fut encore investi du gouvernement de plusieurs autres districts , pour lesquels il rendit hommage à Allah, et reçut le titre de radj-radjan, princedes princes. L’empereur usa de plus envers lui d’une générosité humiliante, en lui faisant donner un lac de roupies, «pour les frais de son retour. »
En 1309, il envova Kafour dans le Deccan, avec mission d'y soumettre le Telingâna. Ce dernier suivit la route de Deoghar , où il reçut de Ram-deo une hospitalité somptueuse.
En apprenant que Kafour menaçait ses frontières, Lidder - deo , prince d’Arikil, qui n’avait pas eu le temps de se préparer à combattre un pareil ennemi, se renferma dans sa forteresse, et tous les autres radjas, ses alliés, imitèrent cet exemple en se réfugiant dans les forts qui ceignaient la contrée. Après un siège de plusieurs mois, Arikil fut pris d’assaut, moins toutefois la citadelle, et le radja s’estima heureux d’acheter la paix au prix du sacrifice de trois cents éléphants, de sept mille chevaux, de numéraire et de joyaux pour une valeur considérable , outre rengagement qu’il prit de
payer à Allah un tribut annuel. L’année suivante, Kafour reprit le cours de ses conquêtes, ayant reçu pour instructions de soumettre le" Dhonr, le Summund et le Maber. Après trois mois de marche, il arriva dans les contrées qu’il avait pour mission de conquérir, et commença à les dévaster. Là, il fut joint par Bellal-deo, souverain du Carnatique, qu’il battit et fit prisonnier. Les musulmans trouvèrent dans les temples de ce royaume un butin prodigieux, tant en idoles d'or ornées de pierres précieuses, qu’en autres objets de valeur. Kafour bâtit dans la capitale de cet État une petite mosquée où il fit célébrer le service diviii conformément à la foi mahométane, et prononcer la hhatba au nom de l’empereur. Las enfin des scènes de pillage et de désolation qu’il avait sous les yeux , il tourna vers Delhi les pointes de ses lances, et, de retour dans cette ville, présenta à son maître trois cent douze éléphants, vingt mille chevaux , quatre-vingt-seize mille maunds d’or, plusieurs coffres remplis de joyaux et de perles, et beaucoup d'autres objets précieux d’une valeur incalculable. On raconte que, pendant cette expédition , les soldats regorgeaient d’or au point de rejeter l’argentcomme d’un transport trop difficile. Suivant le rapport de ces aventuriers, personne, dans le pays qu’ils venaient de parcourir, ne portait de bracelets, de bagues ou de chaînes d’autre métal; toute la vaisselle dont on se servait dans les maisons des grands, comme dans l’intérieur des temples, était d’or battu, et l’on ne voyait aucune monnaie d’argent en circulation. Allah, voyant ce trésor, fut tellement charmé qu’il « ouvrit toutes grandes les portes de sa bonté, « et fit de libérales distributions de ses nouvelles richesses aux omrahs de sa cour, à ses serviteurs et aux savants, en proportion de leur rang et de leur qualité.
Peu de temps après l’arrivée de tout ce butin, Allah, égaré par la prospérité, ouvrit son âme à l’orgueil et se rendit odieux par sa tyrannie. Quel-
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ques-uns des renégats mogols de son sur les monnaies de son empire. Il armée ayant encouru sa disgrâce, il délaissa toutefois ces projets insensés, les fit tous licencier, et quantité de ces d’après le lovai et sage conseil du prininfortunés restèrent à Delhi dans la cipal magistrat de Delhi , qui n’avait misère la plus affreuse. Ainsi poussés pas hésité à risquer sa vie pour tâcher au désespoir, plusieurs d'entre eux de ramener son souverain a un sentientrèrent dans une conspiration contre ment plus juste de ses devoirs. Conles jours du roi. Le complot ayant été trairement à l’attente de son vieux découvert, Allah ordonna que tout le conseiller, l’empereur fit à ses remon-
corps des Mogols, sans distinction ni tranees un accueil favorable et récoin-
exception, fût passé au fil de l’épée, pensa largement sa courageuse fidéet quinze mille d’entre ces malheu- lité.
reux furent égorgés en un jour dans Allah , peu de temps après , se rcles rues de la capitale; leurs femmes posait, environné d’une suite peu nomet leurs enfants furent réduits en es- breuse , des fatigues d’une partie de clavage. chasse, lorsque son beau-frère Akit
Jusqu’à cette époque néanmoins, et eut tout à coup l’idée de le tuer, comsi l'on en excepte les actes de cruauté me ce dernier avait tué son prédéees-
3ui avaient signalé le commencement seur, et de le remplacer sur le trône. Il e son règne, Allah s’était conduit n’eut pas de peine à obtenir pour avec sagacité et modération. On re- l’exécution de ce projet l’assistance de marque en effet trois phases caracté- quelques complices, et, soudain asristiques bien distinctes dans l’histoire sailli par une grêle de flèches, Allah de cet homme vraiment extraordinai- tomba à terre, où il fut laissé pour re, et on a peine à concevoir que les mort. Akit se disposait à lui couper qualités et les actions contraires qui la tête, lorsqu’un de ses affidés lui fit lui sont attribuées aient pu être le lot observer que c’était là une peine comd’un seul individu. Avant son avéne- plétement inutile, attendu que l’emnient, il ne nous apparaît que comme pereur avait déjà rendu le dernier un aventurier farouche, un maraudeur soupir. A cette nouvelle, un grand déaudacieux , immoral , mais un enfant sorare s’éleva dans les rangs de l’argâté de la fortune, un traître bas et niée; mais Akit prit sans opposition ingrat. Pour faire accepter son usur- les insignes de la royauté, et son nom pation du peuple de Delhi , il donna fut tout aussitôt proclamé dans la des fêtes splendides et des encourage- Khatba. Cependant Allah avait reeouments à tous les genres d’excès et de vré ses sens, et, s’étant fait panser de débauches. Il avisa alors à faire dispa- ses blessures, il était venu à bout de raître les descendants de son prédéces- remonter à cheval. D’après le sage conseur. Son caractère à cette époque seil de l’un de ses officiers , il s’emsemblait être un mélange de cruauté, pressa de déployer le parasol blanc dont de licence hors nature et de l’ambition Akit avait négligé de s’emparer, et à la plus folle. Bien qu’il ne sût ni lire l’ombre duquel il s’offrit tout à coup ni écrire, un des plans favoris qu’il sur une éminence à la vue de toute formait après boire était celui d’ériger l’armée. L’usurpateur se vit aussitôt une nouvelle religion qui lui donnât abandonné de tous. Saisi d’épouvante, des titres à la vénération de la posté- il chercha son salut dans la fuite; mais rité et l’égalât à Mohammed. Un au- un détachement de cavalerie , lancé à tre de ses projets consistait à placer sa poursuite , ne tarda point à rapl'Inde sous le gouvernement d’un vice- porter sa tête au souverain, roi, et à entreprendre lui-même, com- Lorsqu'il se vit guéri de ses blesme le grand Secander (Alexandre) , la sures, l’empereur marcha sur Ranconquête du monde. Pénétré de cette tampore, et commença le siège de cette idée, il prit le titre de Secander sani place. Les gouverneurs de Bad iyoun ( Alexandre second ) , qu’il fit graver et d’Oude, tous deux neveux d’Allah ,
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profitèrent de son absence pour lever l’étendard de la révolte ; mais ils furent successivement battus, laits prisonniers et dirigés sur le camp royal, où ils périrent dans les tortures. Une troisième conspiration éclata dans la capitale, et cette fois ce fut un parent de l’empereur Àltumsli, qui fut porté sur le trône. Cette nouvelle insurrection fut étouffée comme les précédentes, et tous ceux qui y avaient trempé, ou que l’appât de leurs richesses lit accuser de ce crime , furent impitoyablement mis à mort.
Il paraît toutefois que ces conspirations et ces révoltes répétées produisirent sur l’esprit et la conduite d’Allah un effet salutaire , car , ayant réuni ses omrahs en conseil, il leur demanda leur avis sur le meilleur moyen de prévenir le retour de semblables désordres. Après avoir prêté l’oreille à leurs représentations , il résolut de suivre une nouvelle ligne politique, et c’est alors qu’on le vit se transformer de nouveau. « Il s’appliqua » , dit le traducteur de Ferishta, « à exercer un contrôle sévère sur l’administration de la justice; à redresser les torts et à examiner de près le caractère soit public, soit privé, de tous les hauts personnages qui se trouvaient dans son empire. Il voulut connaître les plus secrets entretiens de toutes les familles notables que renfermait la capitale, et les détails de tout ce qui se passait dans les provinces les plus éloignées.
Il fit exécuter les arrêts de justice avec tant de rigueur et de sévérité, que bientôt dans le pays personne n’entendit plus parler de vol ni de brigandage, crimes naguère si fréquents. Le voyageur put suivre les grandes routes en" toute sécurité, et le marchand transporter sans crainte les objets de son commerce de la mer du Bengal aux montagnes du Caboul , et du Telingana à Cachemir. Il publia un édit contre l’usage du vin et des liqueurs fortes, qu’il défendit sous peine de mort.
Lui-même donna à ses sujets l’exemple de la sobriété, et fit vider ses caves dans la rue. Il fut imité sur ce point par toutes les classes de la popula-
tion, et, pendant plusieurs jours, les égouts furent inondés de vin. La plupart des autres souverains avaient abandonné au cours habituel de la justice la presque totalité des affaires, se réservant tout au plus celles qui intéressaient directement l’État ; Allah voulut descendre dans les plus menus détails de l’administration. II avait coutume de dire que la religion n’avait aucun rapport avec le gouvernement civil, qu’elle était seulement l’affaire essentielle et la consolation de la vie privée; que la volonté d’un prince sage était bien préférable aux sentiments variables d'une ou plusieurs assemblées. Il sentit à tel point les inconvénients de l’ignorance profonde contre laquelle il avait à lutter, qu’il se mit à l’étude, et, malgré les difficultés qui hérissent l’écriture persane, parvint en peu de temps à déchiffrer toutes sortes de documents écrits dans cette langue, dont il ne tarda pas à se rendre familiers tous les meilleurs auteurs. Ayant fait d’assez "grands progrès pour pouvoir prendre part aux débats scientifiques, il encouragea la littérature et traita avec une distinction marquée les hommes de mérite qui vivaient sous son règne.
« Jamais l’empire n’avait été aussi florissant que sous son administration.
La justice et le bon ordre s’en allaient régenter jusqu’aux provinces les plus lointaines , et la magnificence étendait ses splendeurs sur toute la contrée. Palais, mosquées, universités, bains, forteresses, toute espèce d’édifices soit publics, soit privés, s’élevaient comme par enchantement, et jamais à aucune époque on n’avait vu pareil concours d’hommes érudits ou lettrés. Trentecinq savants étaient attachés comme professeurs aux universités de l’empire. » Telle fut en somme l’heureuse persévérance d’Allah dans tout ce qu’il entreprit , que la superstition du siècle attribua ses succès à un pouvoir surnaturel.
Quelques-unes de ses mesures fiscales et de ses lois somptuaires étaient aussi contraires aux règles d’une politique éclairée ou’à celles de
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la justice. Sous le rigide système de police qu'il avait établi à l’usage de la capitale, les relations sociales se trouvaient entravées par les plus brutales et les plus onéreuses contraintes. La richesse était traitée comme un crime; les amendes et les confiscations frappaient sans distinction les Musulmans et les Indous, suivant le bon plaisir du prince ; le prix des marchandises était assujetti aux taxes les plus arbitraires , et la loi se résumait dans la volonté de l’empereur. Si l’on fait néanmoins la part des circonstances difficiles où se trouvait placé Allah, de la grossièreté de l’époque, des idées inahométanes en matière de gouvernement, et des nécessités qu’entraîne le despotisme, on reconnaîtra que ces mesures, toutes tyranniques et impolitiques qu’elles puissent être , n’enlèvent point à Allali-el-Din le mérite d’avoir été un administrateur habile, et de s’être élevé, sous certains points de vue, jusqu’à la grandeur morale.
Les historiens nous le montrent cependant, dans la dernière partie de son règne , adoptant follement toutes les mesures propres à renverser l’imposant édifice qu’il avait construit de ses mains. C’est ainsi qu’on le vit se dessaisir entièrement des rênes de l’administration , pour les remettre à son général Kafour, qu’il assistait aveu-
Î;lément dans la perpétration des actes es plus impolitiques et les plus tyranniques. Cette conduite eut pour résultat d’éloigner de lui les omrahs et d’exciter la jalousie du prince Khyzer, héritier présomptif du trône. La sauté de l’empereur commençait aussi à décliner , affaiblie qu’elle "était par ses intempérances, et il devint la proie de ces inquiétudes sombres et anormales qui assiègent d’ordinaire les despotes à la fin de leur carrière. En 1312, Kafour était entré dans le Deccan pour la quatrième fois, afin d’y recevoir le tribut du souverain de Telingana et d’y châtier le nouveau radja de Deoghar, qui avait annoncé l’intention de se rendre indépendant. Kafour le fit mettre à mort et envahit tous les territoires voisins; mais, au
milieu de cette expédition, il fut rappelé à Delhi pour déjouer les intrigues dont le soupçonneux Allah se crovait menacé. A son instigation , le prince Khyzer fut emprisonné , ainsi que son frère et sa mère, et Alip Khan, gouverneur du Gouzerat, subit le dernier supplice. La conséquence de cette mesure de rigueur fut la révolte de cette dernière province. Vers le même temps, le gou verneur de Chitore dans i’Adjmir se proclama indépendant, et Hirpaldeo, gendre rie Ram-deo, appelant le Deccan aux armes, fit prisonnières un certain nombre de garnisons impériales. La colère et le chagrin quf Allah éprouva de ces revers hâtèrent le progrès de la maladie qui minait sa constitution affaiblie, et il expira en 1310, « non sans imputer à l’infâme qu’il avait tiré de la poussière pour l’élever au faîte de la puissance , le soupçon d’avoir hâté la fin de ses jours, en lui administrant un poison homicide. »
A la mort d'Allah-el-Din , Omar, son plus jeune fils, alors âgé de sept ans, fut élevé au trône sous le titre de Schabah-el-Din; Kafour se déclara régent. Le premier acte de ce dernier fut de priver delà vue l’héritier légitime du trône et de mettre son frère en prison comme lui; il donna ensuite des ordres pour faireassassiner le prince Moubarek, autre fils du dernier empereur.
Les meurtriers ayant été gagnés, cette mission ne fut pas remplie, et Kafour fut lui-même victime d’une conspiration , trente-cinq jours après la mort de son maître. Le nom et le règne de Moubarek (Knttab-el-din-Moubarek- Schah ) , qui monta alors sur le trône, sont trop infâmes, dit Ferishta, pour mériter d’être rappelés. Le caractère de ce prince était souillé par tous les vices qui puissent corrompre l’humaine nature ; assassiné par le détestable mignon qui avait pris sur lui un ascendant sans bornes, il reçut le prix de son infamie, après un ‘règne de moins de cinq années. Ce traître, dont le nom originaire , Hassan , avait été échangé pour celui de Khassah ou de Khousrou-Khan , monta alors sur le trône, sous celui de Nassir-el-Din,
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et commença par se défaire de tous les membres de la famille d’Allah qui survivaient encore. Peu de temps apres, Ghazi-el-Mallek , gouverneur de Lahore, leva l’étendard de la révolte, et avant mis l’usurpateur à mort , fut élevé au pouvoir suprême par le suffrage unanime des omrahs, sous la dénomination de Ghiar-el-Din-Toghlik-Schah. L’histoire nous le signale comme un souverain vertueux et magnanime; mais son règne fut coupé court, dans sa cinquième année, par la chute d’un plancher qui s’écroula sur lui dans un palais provisoire que lui avait préparé son fils, lequel, diton , usa de cet expédient pour se frayer un chemin au trône, sans encourir l’odieux du parricide.
Le sultan Mahommed III régna vingtsept ans , durant lesquels , dit le colonel Dow, « il semble n’avoir employé des talents peu ordinairesiju’à se faire détester de Dieu et craindre ou abhorrer de toute l’espèce humaine. » L’empire Patan ( titre donné à celui de Delhi sous ces dynasties mahométanes) déclina rapidement sous le gouvernement impolitique de ce prince. Après avoir passé à diverses reprises de l’état de soumission à celui d’indépendance temporaire, les provinces du sud et de l’est s’affranchirent définitivement du souverain de Delhi , dont le territoire fut réduit désormais aux limites d’où l’avaient fait sortir les conquêtes d’Allah- el-Din.
La première partie du règne de Mahommed promettait un meilleur avenir.
Les généraux avaient non-seulement étouffé la révolte dans les provinces conquises, mais, en portant les armes mahométanes au delà des limites atteintes jusqu’à ce jour dans le sud , étendu la domination de l’empereur sur toute la surface du Deccan et d’une mer à l’autre. Mais les troubles qui ne tardèrent point à agiter l’empire, ermirent à ces contrées de secouer icntôt le joug. Ces dissensions intestines eurent pour principales causes l’énormité des impôts qui , sous ce règne, furent triplés dans plusieurs provinces; la substitution, rendue obli-
gatoire par un décret public, de la monnaie de cuivre aux espèces d'arent; la levée de trois cent soixanteix mille cavaliers pour la conquête du Khorassan et du Mavar-ul-Nahr ; l’envoi de cent mille autres cavaliers à celle du pays de montagnes situé entre l’Inde et la Chine, et où la presque totalité de cette armée tomba victime du fer ennemi , des maladies ou de la famine; enfin, le cruel massacre d’une multitude de Mahométans et d’Indous, en différentes occasions et dans diverses parties de l’empire.
Le fait le plus remarquable de ce malheureux règne fut l’abandon temporaire de Delhi. En 1338, Mahommed était entré en campagne, dans l’intention de châtier les insurgés du Deccan ; en arrivant à Deoghar, il fut tellement frappé du site et de la forte position de cette place, qu’il se détermina à en faire sa capitale. La majorité des nobles opina , dit-on , pour qu’on lui préférât Oudjein. L’empereur, toutefois , s’arrêta à son projet , et donna des ordres pour que la population de Delhi eût à se transporter immédiatement, avec ses meubles et ses troupeaux, dans la ville de Deoghar, qui reçut alors le nom de Dowletabad , l’heureuse cité. Tous ceux qui n’avaient pas l’argent nécessaire pour effectuer un voyage de sept cent cinquante milles furent défrayés pendant la route aux dépens du trésor public.
Cette mesure arbitraire porta un coup funeste à la prospérité de l’empire ; mais l’ordre de l’empereur fut strictement exécuté, et l’ancienne capitale complètement abandonnée. Deux ans après, une rébellion, éclatée dans le Moultan, força l’empereur à s’avancer dans le voisinage de Delhi ; à la vue de leurs plaines natales, toutes les troupes qu’il avait contraintes à émigrer dans la ville de Dowletabad, commencèrent à l’abandonner et à se disperser dans les bois. Pour prévenir les conséquences de cette désertion , il prit le parti de fixer pour deux autres années sa résidence à Delhi. Ce laps de temps écoulé, il s’éloigna une seconde fois, traînant toute la ville à sa suite.
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et se dirigea vers le Deccan , abandonnant sa noble capitale aux oiseaux de nuit et aux bétes sauvages du désert.
Cependant, la colonie de Dowletabad, sans habitations, dépourvue d’industrie, se vit bientôt réduite à la dernière détresse , et force fut enfin à l’empereur de renoncer à son projet absurde, en permettant à tous ceux qui voudraient quitter Dowletabad de s’en retourner à Delhi. Des milliers d’habitants profitèrent de cette latitude; beaucoup périrent de besoin pendant la route, et ceux qui atteignirent le but de ce voyage s’y virent en proie à une famine horrible, résultat d’une sécheresse tout à fait extraordinaire; en sorte qu’à la fin, cette malheureuse population dut se résigner à abandonner une troisième fois Delhi , pour aller se fixer sur les fertiles bords du Gange.
Vers le môme temps se répandit, dans les provinces du sud , le bruit que les mahométans , devenus très-nombreux dans cette partie de l'empire, avaient formé le projet d’exterminer tous les Indous. L’insurrection générale des indigènes, sous le commandement des radjas confédérés du Telingana et du Carnatique , fut le résultat de cette rumeur, et, au bout de quelques mois , Dowletabad se trouva être la. seule possession du Deccan qui fût restée soumise au souverain de Delhi. D’autres désastres s’ensuivirent, et le monarque désespéré commençait, mais trop tard, à se repentir de sa tyrannie, lorsqu’une fièvre l’enleva, en 1351, sur la route de Tatta à l’Indus. Firouse III, neveu de l’empereur Ghiar-el-Din ( Toghlik ) , fut alors élevé au trône par les omrahs.
Le règne prolongé de ce monarque pacifique, mais animé de l’amour du bien public, rendit quelque prospérité à l’empire épuisé et démembré par son prédécesseur. S’il ne fut pas grand homme de guerre , il était doué du moins des qualités désirables pour gouverner un peuple en paix, et il laissa de nombreux monuments de sa sage munificence. On prétend qu’il éleva quarante mosquées, trente écoles, vingt cara-
vansérails , cinq hôpitaux , cent palais, dix établissements ae bains, cent tombeaux et autant de ponts, sans parler de cinquante grandes écluses ou canaux, de cent cinquante puits et d’innombrables jardins de plaisance. Il construisit la ville de Firouzabad, adjacente à Delhi. En 1349, il réunit, par un canal de cent milles de longueur, le Satledjeavec le Jidjer; et, en 1351, il fit pratiquer une saignée au lit de la Djamna, qu’il divisa en sept bras, dont l’un fut amené à Hassi ( ou Hansi ) , et de là à Hissar-Firouzabad. En 1357 , il employa cinquante mille travailleurs au percement d’une colline, à l’effet d’amener, par un chenal artificiel, un courant destiné à l’irrigation des districts arides de Sirhind et de Munsurpour , et il creusa ensuite un autre canal pour lier le Caggar au Kerah. Tous ces travaux d’utilité publique furent pour le pays d’un immense avantage , en ce qu’ils lui valurent la fertilisation de terres nues et incultes et une précieuse répartition des eaux.
Le Bengal et le Béhar devinrent à peu près indépendants de l’empire , sous le règne de Firouse III , auquel ils se bornèrent à payer annuellement un tribut peu considérable. Firouse n’exigea pas d’autre acte de soumission des princes du Deccan, et ces deux grandes annexes de l’empire «n furent dès lors retranchées. La plus grande tache qui souille le caractère de ce prince est l’inhumanité dont il usa envers les habitants de Kuinaoun. Les princes de ce pays ayant donné asile à un criminel qui avait assassiné le gouverneur de Badayoun , Firouse expédia contre eux un corps d’armée , et trente mille de ces malheureux montagnards se virent arrachés de leur pays natal et réduits en esclavage. Il prit ensuite l’habitude de faire chaque année une expédition dans cette contrée , sous
Iirétexte de chasse, et, insensiblement, es habitants de tous les districts dont elle se composait furent taillés en pièces ou chassés, de telle sorte que ces montagnes se transformèrent bientôt eu une vaste solitude. Pressé par
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Jes infirmités de l’âge, Firouse abdiqua le trône en 1386, en faveur de son fils Mahommed ; mais il dut y remonter presque aussitôt après, lors de l’expulsion de ce prince par les omralis mécontents de son administration, et sur l’avis desquels il conlia les rênes du gouvernement à son petit-fils Toghlik. En 1387, il expira, à l’âge de uatre-vingt-dix ans, après un règne e trente-neuf.
Toghlik II, prince faible et dissolu, fut arraché du trône par un assassinat, après avoir régné cinq mois. Aboubeker, son frère, fut alors élevé aux honneurs de la royauté , -dont il jouit un an et demi. Après ce terme, il fut contraint de la ceder à son oncle Mahommed, lequel, après une lutte acharnée, ressaisit enfin ce sceptre qu’il avait tenu en main du vivant de son père. Après un règne agité qui dura six ans et demi , il eut pour successeur son (ils Humaïoun ( Allah-el-Din Secander ), qu'une maladie enleva au bout de quarante-cinq jours, et que remplaça Mahmoud III, autre fils de Mahommed. Peu de temps après, une faction hostile lui opposa un rival dans la personne du prince Nuscrit, petitfils de Firouse III, et la guerre civile s’engagea. Tout l’empire fut alors la proie de l’anarchie. Armés l’un contre l’autre, les deux rois campèrent quelque temps dans les divers quartiers de la capitale, où des milliers d’hommes étaient enlevés chaque jour par les combats qui se livraient entre les deux partis. Le vizir Ehbal-Khan réussit à la fin à expulser l’un et à dominer l’autre , et les choses étaient dans cet état désespéré, lorsqu’on apprit que Timour venait de passer l’Indus à la tête de quatre-vingt-dix mille Mogols ( 1398 ).
L’invasion de l’Inde par cet impitoyable exterminateur fut une incursion plutôt qu’une conquête; car, à peine avait-il parcouru tout le pays
Su’aux rives du Gange dans une e campagne, qu'il se retira avec ses hordes aussi soudainement qu’il était apparu , ne laissant derrière lui d’autre monument propre à marquer
son expédition ou à perpétuer ses conquêtes, que le silence des déserts faits
fiar lui et la terreur de son nom. Le >ut primitif de son invasion avait été, on le croit, le désir de porter assistance à son petit-fils Pir Mahommed, qui, après avoir pris Moultan, avait essuyé des revers et se trouvait serré de près par le gouverneur patan de Batneir ( Bhatnir, le Battenize dont parle Dow). Timour franchit l’Indus au mois de septembre, et marcha à l’attaque d’un poste fortifié situé dans une île du Behat. Intimidé à son approche , le gouverneur se réfugia de nuit à bord de sa flottille , et la garnison se rendit. Timour descendit alors cette rivière , et , au bout de cinq ou six jours, il atteignit son confluent avec le Chénâb , situé en face du fort de Yelmeny, qui ouvrit ses portes au conquérant. Traversant ensuite le Chénâb, il arriva, le même jour, sur les bords d’une autre rivière ( probablement le Ravi ) , et campa dans les plaines de Toldmbah ; aussitôt il somma les habitants de cette ville de lui solder une contribution de deux lalss , pour prix de leur sécurité. Cette somme venait d’être réunie en presque totalité, lorsque les soldats mogols pénétrèrent tumultueusement dans la ville à la recherche des vivres , et se livrèrent presque aussitôt à un pillage général. Les habitants , qui voulurent s’y opposer, furent massacrés sans pitié, et l’on mit le feu à leurs maisons, sauf toutefois à celles des Seydes, qui furent religieusement exceptées de l’incendie. Le jour suivant, Timour se dirigea vers les rives de la Beyah, où il trouva établi , dans une forte position au milieu des marais, un détachement de Ghiekres (ouGangres), qu’il tailla presque tous en pièces. A l’issue de ce combat, il prit possession de Schahnawanz , où son armée trouva d’amples provisions de grains, dont elle prit la quantité qui lui était nécessaire, en ayant soin de brûler le reste. Longeant alors la rive droite de la Beyah , il campa de nouveau sur les bords de cette rivière , vis-à-vis la ville de Tendjân , à soixante milles nord-est
aogle
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de Moultan , où il fut joint par Pir Mahommed. Traversant de là le Satledje(31 octobre), il parcourut les quarante milles qui le séparaient encore de la ville de Icliwâi. Là, confiant ses plus lourds bagages à la garde de deux officiers, il enjoignit à ces derniers de suivre avec le corps d’armée la route de Debal^ore au Satledje supérieur, de manière a pouvoir le joindre à Saraanah, tandis qu’il se dirigeait en personne, avec toute la vitesse possible, a la tête de dix mille cavaliers d’elite et par une route plus au sud , vers Adjoudin, ville située à trente milles de distance ; et de là, en marchant nuit et jour, sur celle de Batneir, dont le séparaient plus de cent milles à parcourir dans le désert.
La forteresse de Batneir nous est représentée comme une place presque imprenable; mais on a prétendu à tort que, jusqu'à cette époque, elle n’était tombée au pouvoir d’aucun conquérant étranger. Son assiette presque inaccessible , dans le voisinage est du désert sablonneux qui s’étend au sud du Satledje, peut avoir contribué à accréditer cette supposition. Batneir était devenu l’asile des habitants d’ Adjoudin, de Dehalpour et de tous les districts adjacents , et telle fut la multitude refoulée vers ce lieu de refuge par la terrible invasion mogole, que î'encei nte des murs se trou va trop étroite pour contenir tous les fuyards. Un grand nombre de ces malheureux furent réduits à s'abriter , avec les immenses troupeaux qu’ils traînaient à leur suite, sous les remparts et dans les faubourgs de la ville, où ils devinrent la proie immédiate des redoutables visiteurs qui tout à coup parurent devant la place. La ville extérieure, composée de faubourgs fortifiés, fut emportée d’assaut, bien que Timour n'eût avec lui qu’un corps de cavalerie dépourvu de toute artillerie. Le gouverneur Râo Doult-chand ( ou Raw Chilligi ) montra quelque velléité de défendre le fort intérieur; mais il fut bientôt contraint de chercher son salut dans une capitulation, qui lui fut accordée. Tous ceux qui avaient porté
les armes contre Pir Mahommed , et qui avaient cherché un refuge dans la place, furent néanmoins exceptés du bénéfice de ce traité, et cinq cents habitants de Debalpour et d’Adjoudin furent immédiatement mis à mort; leurs femmes et leurs enfants furent réduits en esclavage. Il est à croire que la vengeance de Timour se serait contentée de ce sanglant sacrifice ; mais soit qu’un tel massacre fit présager aux habitants de la ville un sort semblable pour eux-mêmes, soit que les exactions oppressives des vainqueurs les eussent poussés au désespoir, ils fermèrent leurs portes au féroce conquérant, qui donna aussitôt l’ordre de les exterminer. Au moment où les soldats de Timour se disposaient à escalader de nouveau les remparts , les radjpouts infidèles (nom que leur donnaient les mahométans ) mirent le feu à la ville, et, ayant égorgé leurs femmes et leurs enfants, s’apprêtèrent, dans le paroxysme du désespoir, à vendre chèrement leurs vies les armes à la main. Le combat acharné qui s’engagea au milieu de l'incendie coûta la vie à des milliers de Mogols, et Timour, exaspéré, ne laissa subsister d’autres vestiges de cette cité naguère si populeuse que de tristes monceaux de cendres.
Trois jours après la destruction de Batneir, il marcha sur Kinâr-i-âbi-haouz ( côté de l’étang), et de là vers Sarsatty ( ou Saraswatty ), situé sur la rivière de ce nom, qu’il atteignit le lendemain. Les habitants de cette ville l’évacuèrent à son approche, mais il les fit poursuivre , et un grand nombre furent taillés en pièces. Pareil sort était réservé aux fugitifs de Fattiabad, où s’arrêta ensuite Timour, et qui était situé à dix-huit kosses nord de Sarsatty. Ahrouny, ville fortifiée , fut peu de temps après saccagée et réduite en cendres; la plupart de ses habitants furent passés au fil de l’épée, et le reste emmené captif, « parce que dans cette multitude il ne s’était as rencontré un homme d’assez de on sens et de prudence pour venir au-devant du vainqueur faire un appel
à sa clémence. » Timour entra ensuite dans les jongles, à la recherche des Djats qui infestaient cette contrée , et s’étaient sauvés dans les bois à l’approche du conquérant : deux mille de ces barbares proscrits furent traqués et tués, et leurs familles tombèrent entre les mains de Timour.
Ce dernier rejoignit au pont de Koupilah ( pont qui, probablement, traversait le Sarsatty ) les autres divisions de son armée, qui venaient de mettre à feu et à sang la province de Lahore, et toute la masse des Mogols s’achemina alors vers Delhi, dont elle était encore éloignée de cent milles dans la direction sud-est. Partout les habitants prenaient la fuite à son approche, abandonnant leurs maisons et leurs propriétés à la merci de ces cruels envahisseurs, qui ne laissaient jamais subsister derrière eux aucun être vivant. Assendy, Toghlûkpour et Panipat furent successivement occupés et saccagés par Timour. Afin de se procurer le fourrage nécessaire à sa nombreuse armée , il passa la Djamna et prit d’assaut la ville fortifiée de Louni , dont les habitants furent tous passés au fil de l’épée, à la seule exception des mahométans ; quant à la ville, après avoir été mise au pillage, elle fut transformée en un monceau de décombres. Timour longea alors le cours de la Djamna, et vint camper en face de Delhi.
Ce fut pendant la courte suspension d’armes qui précéda le siège de cette capitale, que le feroce Timour, craignant de voir ses prisonniers lui échapper et se joindre a leurs compatriotes, s’il essuvait le moindre revers, donna l’ordre de massacrer tous les captifs idolâtres du sexe masculin, âgés de plus de quinze ans. Suivant les évaluations les plus modérées, cette horrible boucherie ne coûta pas la vie à moins
principale était dans une formidable ligne a’éléphanls armés en guerre, au nombre de cent vingt, et dont chacun portait une tourelle en bois remplie d’archers et de frondeurs. Peu habitués à un pareil spectacle, les guerriers du Djagataï furent tout d’abord intimidés par ce menaçant aspect; aussi Timour jugea-t-il nécessaire de fortifier son camp à l’aide d’une palissade en claies flanquée par un fossé, au-devant duuel furent placés un certain nombre e buffles.
L’attaque fut commencée par Mahmoud , et il est reconnu que les Indous firent preuve dans ce combat de la valeur la plus désespérée; mais, à la fin , la ligne d’éléphants avant été rompue, les indigènes en déroute furent repoussés avec un grand carnage jusu’aux portes de la cité. Dans le cours e la nuit qui suivit cette bataille, le sultan opéra sa retraite sur le Gouzerat, et la ville de Delhi ouvrit ses portes au vainqueur, sous la condition qu’il ferait respecter la vie et la propriété de ses habitants. Peut-être n’était-il pas au pouvoir de Timour de se conformer aux termes de cette capitulation.
Quoi qu’il en soit, ses troupes sauvages et indisciplinées se ruèrent par milliers dans la ville, et les Indous, voyant leurs richesses pillées , leurs femmes et leurs filles victimes de la violence la plus brutale, se soulevèrent contre leurs oppresseurs. Un grand nombre mirent le feu à leurs habitations, et se précipitèrent au milieu des flammes avec leurs femmes et leurs enfants. Bientôt la ville entière se trouva être en proie à toutes les horreurs du pillage et du massacre réunis. « Le courage désespéré des malheureux Delhiens, dit le traducteur de Ferishta, s’éteignit à la fin dans les flots de leur propre sang. Jetant au loin leurs armes, ils tendirent eux-mêmes la gorge bétail stu-
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étaient au moins dix contre un , et , si toute cette population avait eu des cœurs d’hommes , les Mogols , disperses dans les rues , les maisons , les recoins de la place, encombrés d’ailleurs par tout le butin qu’ils avaient pris, n’eussent pu résister à la terrible attaque des habitants de Delhi. » Tous ceux de ces derniers qui échappèrent au glaive mogol furent réduits en esclavage. Le dernier des soldats eut vingt esclaves pour lui tout seul ; d’autres en eurent jusqu’à cinquante ou soixante , et beaucoup sortirent de la ville avec cent prisonniers, parmi lesquels des femmes et des enfants. Quant a la massedu butin qui fut recueilli par les vainqueurs, tant en joyaux, et particulièrement en diamants et en rubis, qu’en meubles somptueux , en ustensiles d’or et d’argent et autres objets précieux , il serait à peu près impossible, disent les historiens, d’en évaluer le montant. Les plus habiles ouvriers , mécaniciens et artisans de la ville, furent répartis comme esclaves entre les princes du sang « et les dames de, la famille impériale qui avaient suivi l’expédition; » d’autres furent envoyés aux branches cadettes de cette famille et aux dames du sang royal qui étaient restées à Samarcand. Timour se réserva toutefois tous les artisans en pierre et en marbre qu’il comptait employer, après son retour dans sa capitale , à la construction d'une djemma-mesdjid (grande mosquée ) , sur le plan de celle de Delhi.
Timour ne passa que deux semaines aux environs de cette capitale , et se rendit de là à t’irouzabad , ville située sur la Djamna, à six milles au-dessous de Delhi, où il reçut en signe de soumission , du chef de Koleilah ( ou Marvat ) , deux perroquets blancs qui , depuis le règne du sultan Toghlik, s’étaient transmis dans l’Inde de souverain à souverain et n’avaient pas dès lofs moins de soixante et quatorze ans à l’époque dont il s’agit. Il entra ensuite dans le Douab et procéda à l’investissement de Mcifta (ou Mirât), situé à cinquante inilles nord-uord-estde Delhi, et
commandé par un chef afghan qui opposa à Timour la plus vigoureuse résistance. Elle fut toutefois prise d’assaut et la garnison passée, selon l’usage, au fil de l’épée ; les femmes et les enfants furent emmenés en captivité. Poursuivant sa marche vers la lisière des montagnes de Servanlik , et marquant partout son passage par le massacre et l’incendie, Timour arriva à Peyrouzpour, sur les rives du Gange. Il traversa ce fleuve avec une partie de son armée, à dix milles en amont de cette place , et se dirigea sur Toghlukpour.
Près de cette dernière ville , il fut attaqué par une flottille de bateaux ennemis, et ce ne fut pas sans livrer un combat sérieux qu’il put s’assurer la victoire. Un autre adversaire s’éleva contre lui , avec des forces considérables; dans la personne de Moubarek- Khan , qu’il réussit à mettre en fuite : ce succès lui valut un nouveau et riche butin. A peine quittait-il ce dernier champ de bataille, qu'on lui annonça qu’un autre corps de nombreuses troupes indoues était réuni au pied de la passe de Koupilah. A la tète de cinq cents chevaux seulement, il eut l’audace de s’avancer vers ce formidable ennemi ; mais, pour la première fois, il lui fallut tourner le dos et fuir devant ses adversaires. U fut tiré de cette position critique par l’arrivée d’un nombreux corps mogol , sous les ordres de Pir Mohammed , son petitfils , à l’aide duquel il battit les Indous en leur faisant essuyer des pertes considérables. Il s’avança alors vers l’une des Prayags , ou jonctions des sources de la rivière Sainte, où il trouva les Indous retranchés dans une forte position. Attaqués aussitôt, ces derniers furent taillés en pièces, au dire des historiens mahométans. Il est certain , toutefois , que le zèle de Timour pour l’extermination des adorateurs au Gange fit soudainement place à des réflexions dictées par la pruden?
ce. « Considérant que le pays était maintenant délivré du joug impur des ennemis de la vraie foi , et que ses légions victorieuses se trouvaient surchargées d’un immense butin, ce ter-
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rihle réformateur prit la résolution subite de rebrousser chemin , et le même jour , à l’heure de midi , il repassa le Gange, longea en aval la rive occidentale de ce fleuve, et ne se détermina à prendre ses campements de nuit qu’après une marche de cinq kosses.... » Content d’avoir purgé l’empire de Delhi des souillures de l’infidélité et de l’idolâtrie, il adopta le projet définitif de retourner sans plus attendre dans ses propres États , et , à cet effet, il quitta les rives du Gange le 13 janvier (399 , ses opérations sur ce fleuve célèbre ayant été accomplies dans l’espace de quatre jours.
Il suivit alors dans sa marche une direction nord-ouest, par laquelle il se rapprocha de la Djamna supérieure. En entrant dans les défilés des montagnes de Servanlik , il se vit attaqué par un radja indigène , qui , à la tête d’un corps de troupes nombreux, avait pris sur les hauteurs une forte position. A la suite d’un combat sanglant et acharné, les Indous, quoique défaits, ne perdirent point courage. Iis reprirent position dans une épaisse forêt , totalement impénétrable à la cavalerie mogole, et les soldats de Timour durent se frayer un chemin , à la lueur des torches , à travers les fourrés du jongle, durant l’espace de douze kosses ( environ dix-huit milles ) ; enfin , ils atteignirent la vallée située entre le* montagnes de Koukeh et de Servanlik. Les Indous se bornèrent à inquiéter leur retraite , sans essayer de leur tenir tête en plaine. Pendant le mois entier que dura sa marche pénible au milieu des forêts et des montagnes de cette sauvage contrée , on prétend qne Timour livra vingt-sept batailles et emporta sept forteresses.
Enfin, il déboucha dans un riche district de terres fertiles en grains, et, entrant dans la vallée de Jummon, il arriva à la ville de Menon. Les habitants de ce district nous sont représentés comme un peuple de haute taille, de corps robuste et athlétique; leur territoire, en raison des forêts et des collines qui le couvraient, était généralement considéré comme inex-
pugnable. « Encouragés par cette aide naturelle, les chefs indigènes envoyèrent au fond des montagnes leurs femmes et leurs enfants et, s’adjoignant les plus braves habitants du pays, prirent position sur les sommets les plus inaccessibles, d’où ils ne cessèrent de faire pleuvoir sur les Mogols une grêle de flèches et d’autres projectiles en poussant, pour les insulter, des vociférations sauvages. Timour borna néanmoins sa vengeance au pillage de Menon, parti pour l’adoption duquel il eut sans doute de bonnes raisons ; puis, continuant sa retraite, il entra avec ses troupes dans la ville de Jummon, où il trouva des provisions de grains et d’autres subsistances en quantité plus que suffisante pour pourvoir à tous ses besoins. » Enfin le 7 mars, tandis que ses troupes étaient campées à Jebhan, sur les frontières du Cachemir, il se sépara d’elles afin de voler à Samarcand. Le 9, il atteignit la rive gauche de l’Indus, « cinquante-sept jours après avoir quitté les alentours du Gange, et juste cinq mois dix-sept jours après celui où, traversant l’Indus dans sa marche sur l’est, il avait commencé cette mémorable expédition. »
La maniéré dont Timour se retira de l’Inde n’est certainement pas celle qui convient à un conquérant, et l’on est fondé à croire que la partialité des historiens mahométans nous a représenté sousd’assez fausses couleurs cette fin peu glorieuse d’une si brillante expédition. « Il ne paraît pas en effet , » remarque M. Dow, «que Timour ait nommé aucun roi pour le gouvernement de l’Indoustan. Il confirma dans leurs positions tous ceux des soubahs qui lui firent leur soumission, et cette circonstance tend à faire présumer qu’il s’était proposé de retenir cet empire sous son autorité; néanmoins, il ne laissa aucunes troupes derrière lui, si ce n’est un petit détachement à Delhi pour préserver cette ville de toute déprédation ultérieure. » En somme, Timour paraît ne s’être réservé que la possession du Pendjâb, et encore ses successeurs ne la gardé-
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rent-ils pas longtemps. Un fait plus remarquable encore, c’est que ni la relation de Sehenfeddin, le biographe partial et le panégyriste de Timour, ni celle de Ferishta, ne paraissent indiquer qu’il rapporta de l’Inde des trésors très-considérables. Pendant le cours de sa vie, qui dura jusqu’en 1405, on fit pour lui des prières publiques dans les mosquées de l’Indoustan , et la monnaie de cette contrée fut frappée en son nom ; mais, comme le fait observer le major Rennel, cet état de choses fut plutôt l’œuvre de la politique des princes usurpateurs qui remplacèrent Mahmoud sur le trône, que celle de Timour lui-même. Malgré les centaines de milliers d'hommes qu’avait fait massacrer l’ardeur de son zèle religieux, ou le froid calcul de sa politique, et le nombre plus grand encore de ceux que nous lui avons vu réduire en esclavage, c’est à peine si le vide se fit sentir dans cette populeuse contrée. Les choses revinrent bientôt à leur premier état, et furent, comme précédemment, la proie de l’anarchie sous le règne nominal du sultan Mahmoud.
La cité de Delhi était restée morne et désolée lorsque, deux mois après le départ de Timour, Nuscrit en prit possession. Il en fut promptement expulsé par Ekbal , qui reprit les rênes du gouvernement au milieu de ruines.
Les habitants qui s’en étaient enfuis recommencèrent à y affluer, et bientôt , nous dit Ferishta , la ville de Delhi , mais surtout le quartier désigné sous le nom de la Nouvelle Cité , parurent habités de nouveau par une nombreuse population. Lahore, Debalpour et Moultan restèrent au pouvoir de Khyzer ( ou Khazzer ) Khan, que Timour avait confirmé dans son gouvernement; Canudje, Oude, Kerrah et Iconpour étaient entre les mains de Khnja Jehan, qui prit le titre de roi; leGouzerat et le Maloua étaient aussi au pouvoir de chefs indépendants; en somme, tous les gouverneurs de province élevaient des prétentions à la souveraineté. Quelques-uns de ces chefs furent réduits à l’obéissance oar l’infa-
tigable Ekbal , sur l’invitation duquel l’ex-empereur Mahmoud retourna, en 1401 , de Gouzerat à Delhi , où on lui fit une pension. Il échappa plus tard à cet ignominieux état d’abaissement ; et à la mort d’Ekbal , qui fut tué dans un combat contre Khyzer Khan, il fut appelé de nouveau à occuper le trône.
Sa mort vint terminer , en 1413, un règne signalé par d'étranges vicissitudes et des désastres sans pareils. A la vérité, les ouirahs conférèrent le pouvoir suprême à Dowlet Lodi , Patan de nation; mais, après un règne nominal qui ne dura pas même un an, ce dernier dut céder le sceptre à Khyzer Khan , qui réunit ainsi sur une seule tête les souverainetés de Lahore, de Moultan et de Delhi.
Khyzer était seyde, ou, en d’autres termes , de la race du prophète , et son père avait été gouverneur de Moultan sous le règne de Firous III. » Pénétré de reconnaissance pour son bienfaiteur Timour, disent les historiens, il ne prit nas le titre de sultan, et continua à faire lire la khatbah dans les mosquées au nom de ce souverain , se contentant lui-même du titre d ' Ayant- Aala ( très-haut en dinité ). Après la mort de Timour , la hatbah fut récitée au nom de son fils Schah-Rokh, et on y ajoutait seulement une prière pour Khyzer Khan. »
Ce dernier poussa même la politique jusqu’à envoyer par intervalles un tribut à Samarcand. A sa mort, survenue en 1421, il eut pour successeur, conformément à sa volonté expresse, son fils Moubarek Schah , qui, après un règne de treize ans, fut assassiné par son vizir. Ce traître réalisa .alors un plan préconçu, en plaçant sur le trône l’un des petits-fils de Khyzer, sous le nom de Mahommed V. Ce prince faible et dissolu fut remplacé , après un règne de douze ans , par son fils Allah II, qui, ayant la conscience de son incapacité, et las des soucis de l’empire, se décida à remettre les rênes du gouvernement entre les mains de Bheloli , Afghan de la tribu de Lodi, à condition qu’on lui permettrait de terminer paisiblement ses jours dans la
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ville de Badayoun. Bheloli , qui était déjà en possession de la capitale et avait fait associer son nom dans la khatbah à celui du sultan, prit immédiatement possession de la souveraineté , et « déploya au-dessus de sa tête le parasol impérial. »
Ibrahim, grand-père de Bheloli, s'était élevé par ses richesses au gouvernement de Moultan , sous le règne de Firous, et son oncle, Islam Khan , avait été fait par la suite gouverneur de Sirhind. A sa mort, ce dernier était si puissant qu’il employait à son service privé douze mille Afghans, choisis en grande partie dans sa propre tribu. Il avait désigné Bheloli pour son héritier, et le parti de celuici venant ensuite à triompher, il avait profité de cette occasion pour s’assurer le gouvernement de Sirhind , auquel plus tard il ajouta le Pendjab et Debaipour, puis la souveraineté de Delhi. Pour son époque, dit Ferishta, ce fut un prince doux et vertueux ; il était brave, quoique prudent, modéré et libéral ; il aimait particulièrement la société des gens instruits. Il mourut naturellement, dans la quatrevingtième année de son âge. Son fils et successeur, Secander I" , recouvra une partie considérable de l’empire, et transfera sa résidence à Agra en l’année 1501. Ce fut durant son règne que les Portugais accomplirent pour la première fois la traversée de l’Inde en doublant le cap de Bonne-Espérance ; mais comme, a cette époque, ils n'eurent de relations qu’avec les côtes du Deccan , Ferishta ne fait pas même mention de cet événement. Sous le gouvernement de son fils , Ibrahim II , l’empire fut démembré de nouveau , et , après un règne de vingt ans , « cet orgueilleux et méchant prince » perdit le trône et la vie à la bataille de Paniat, gagnée en 1525 par l’illustre Maommed Bâber, dans la personne duquel la souveraineté de l’Inde fut alors transférée de la maison de Lodi à la race de Timour.