CHAPITRE XXII
TBAITÉ DE BASSEIN. GUEBHE AVEC LES MAHHATTES. LES PINDAHBYS.
Les Anglais, dans le traité de partage , avaient tait la part du Nizam assez grande et presque égale à la leur. D’après la règle de proportion qu’on avait établie, cette libéralité eût pu paraître surprenante, car Nizam Ali était loin d’avoir contribué autant qu’eux-mémes à la guerre. Mais, chose plus surprenante encore, pour qui ne connaîtrait pas le mécanisme que nous venons d’expliquer , à peine Nizam Ali eut-il été reconnu souverain de ces terres destinées à l’indemniser, qu’elles passèrent dans les mains des Anglais. Le 12 octobre 1800, un traité fut signé, par lequel le Nizam abandonnait à la Compagnie toutes les acquisitions qu’il avait pu faire aux dépens de Tippou, tant par le dernier traité que par celui de 1792. Les Anglais s’engageaient à augmenter d’un régiment de cavalerie et de deux bataillons de cipayes les troupes qu’ils avaient mises au service du Nizain.
Ils se réservaient toutefois la faculté d’employer dans leurs propres guerres la totalité de ces troupes, moins deux bataillons attachés à la personne du Nizam. Celui-ci s’engageait même à fournir de son propre fonds, lorsqu’il en serait requis , 9,000 fantassins et 6,000 cavaliers. Il soumettait d’ailleurs à l’arbitrage des Anglais tous les différends qui pouvaient survenir entre lui et ses voisins. Ainsi , pour quelques centaines d’hommes ( 1 ,500 au
filus), dont ils fournissaient le secours, es Anglais augmentaient leur territoire de plusieurs provinces, leur revenu de 1,758,000 pagodes, obtenaient le droit de retirer, sans rien restituer, toutes leurs autres troupes quand iis
en auraient besoin , et même d’exiger gratuitement 15,000 hommes des propres troupes du subahdar. Il y eut pourtant à Londres des esprits exigeants qui trouvèrent ce traité désavantageux. La raison qu’ils en donnaient était qu’il mettait la Compagnie dans la nécessité de défendre un territoire plus étendu (le sien et celui du Nizam) que celui qu’il lui rapportait ; argument qui revient exactement à dire que, en retour des 1,500 hommes u’on accordait au Nizam pour défenre ses États, on aurait dû le dépouiller de ses États. Lord Wellesley, qui ne manquait ni d’ambition , ni de résolution, ni de génie politique, trouva qu’un prêt de 1,500 hommes était suffisamment payé par l’acquisition d’un revenu perpétuel de près de 20,000,000, et d’un territoire qui reconstituait presque en entier dans les mains de l’Angleterre l'empire de Tippou Sahib.
Jamais peut-être, en effet, secours pareil n’avait été payé aussi cher.
Pendant que les armes anglaises obtenaient de si grands triomphes dans le sud de l’Inde, les mouvements des Afghans dans l’ouest venaient attirer de ce côté toute la sollicitude du conseil suprême. Deux fois Shah Zeman s’était avancé contre les Mahrattes, et deux fois la révolte de son frère Mahmoud l’avait forcé à revenir sur ses pas. Dans une circonstance si menaçante pour l’Indoustan tout entier, et pour les Mahrattes en première ligne , lord Wellesley avait fait tous ses efforts pour s’entendre avec Scindiah; mais rien ne put vaincre, même sous le coup d’un danger imminent, la répugnance de. celui-ci pour une alliance anglaise. Ce fut alors que le gouverneur général entama avec la Perse ces négociations dont il a été question dans l’introduction de cet ouvrage, et sur lesquelles nous ne reviendrons pas.
En même temps le gouverneur général saisit cette occasion d’enlever au nabab d’Oude le peu de pouvoir qui lui avait été laissé. Il lui fit présenter ce qu’il appelait un plan de réforme militaire, qui consistait à congédier toutes les troupes du nabab pour les
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remplacer par des troupes anglaises. « La Compagnie, lui écrivit-il, ne saurait , maigre sa bonne volonté , remplir l’engagement pris par elle de défendre les États de Votre Excellence contre tout ennemi, qu’à une seule condition : c’est de maintenir une force assez considérable pour qu’elle puisse sufGre à vous protéger efficacement par elle-même , indépendamment de tout renfort que les circonstances pourraient exiger. »
On eut de la peine à convaincre le nabab que la manière la plus efficace de protéger sa souveraineté était de la lui ôter; et, plutôt que d’y consentir, il offrit son abdication. Comme on ne voulait pas même lui laisser le droit de désigner son successeur, il la retira. Mais le gouverneur général attachait une importance singulière à la conclusion de cette affaire." Bientôt le nabab ne fut plus le maître d’abdiquer ou de ne pas abdiquer. Les troupes destinées a occuper ses États furent dirigé* sur Onde , et lui-même mis en demeure d’assigner les terres destinées à leur entretien, ou de se démettre du pouvoir. Il voulut du moins stipuler des garanties pour ce qu’on ne lui enlevait pas. Lord Wellesley s’impatientait et pourtant voulait éviter toute apparence de violence.
Il fit un dernier effort en envoyant à Lucknow un de ses frères, Henri Wellesley , avec un ultimatum portant , comme condition principale , que le nabab eût à céder aux Anglais une portion de ses États pour l’entretien de leurs troupes, avec la souveraineté et l’administration du reste. On ne voit pas trop ce qu’il pouvait sauver après des concessions pareilles. 'Néanmoins le traité finit par être signé en 1801, et le nabab fut maintenu. On s’occupa immédiatement du licenciement de ses troupes, et on lui accorda en retour le droit de requérir le service des troupes anglaises toutes les fois qu’il en aurait besoin, sans être tenu u aucun déboursé pour ce service.
L’administration de lord Wellesley fut vigoureuse, habile et brillante.
Elle acheva ce qui avait été ébauché
laborieusement par les autres, et marqua, dans l’histoire de la Compagnie , l’apogée de la période conquérante.
L’Angleterre, qui pendant longtemps avait reculé devant le système de conquêtes , et n’y était entrée qu’à son corps défendant, et sous l’empire des circonstances, l’Angleterre avait alors conscience de sa force et marchait d’un pas résolu à une destinée qu’elle avait en quelque sorte remplie avant d’avoir osé la rêver : la conquête de l’Inde. D’un autre côté, les peuples s’accoutumèrent à l’idée de cette domination. L’Angleterre envisageait fixement le terme de son ambition , l’Inde voyait clairement toute sa servitude. Le maintien des princes indigènes sur des trônes dont on avait usurpé tous les pouvoirs, ce mensonge politique qui avait servi de masque à la faiblesse ronvoiteuse des spoliateurs et à l’orgueil humilié des princes dépouillés , ce mensonge ne trompait plus personne. Maintenir si près d’un pouvoir qu’on leur enlevait, des princes qui désormais avaient connaissance des effets de ce pacte et de la nullité absolue où on les voulait réduire, c’était bien moins un artifice de la faiblesse qu’un signe éclatant de force et une apparence de justice. Cela montrait qu’on ne les craignait pas et qu’on savait néanmoins respecter en eux d’anciens droits. Lord Wellesley surtout s’appliqua à bien établir que ces sortes de transactions étaient un acte libre et une pure condescendance de l’Angleterre , que la souveraineté comme la force était tout entière dans ses mains. Il s’attaqua avec une rigueur inexorable aux illusions, aux prétentions , aux espérances que le mensonge des gouvernements mixtes pouvait entretenir encore, et il réduisit impitoyablement ce système au pied de l’exacte vérité. L’heure lui parut venue de proclamer sans déguisement que l’Inde n’était plus ni mogole ni indoue, mais anglaise; et que devant le droit né de la conquête , tout autre droit se trouvait aboli. Les guerres qu’il entreprit furent réellement des guerres de conquêtes) c’est-
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à-dire qu’elles eurent pour but avoué de contraindre les puissances indépendantes à adopter ce credo politique et à se courber sous le joug. Grande nouveauté, on pourrait presque dire grande révolution, que l'inauguration officielle de la politique d’agrandissement jusque-là constamment réprouvée par toutes les instructions de la cour des directeurs , par tous les actes du parlement qui, la veille encore pour ainsi dire , avait poussé la précaution jusqu’à interdire à lordCornwalis toute alliance offensive et même défensive, hors le cas de guerre commencée ou de préparatifs flagrants de la part d’un État indigène. Pour lord Wellesley, il ne s’agissait même plus d’alliance avec les princes déjà feudataires de la Compagnie , il s'agissait du gouvernement direct et non contesté de celle-ci, gouvernement qui lui livrait tous les États de l’Inde, moins comme alliés que comme sujets. On ne désarme point un homme dont on veut se faire un allié. Le nabab d’Oudc s’y trompa d’abord , peut-être parce que dès le début de cette négociation le gouverneur général avait négligé de changer les vieilles formules de la chancellerie du fort Williams; il disait encore : les États de Votre Excellence; il mettait encore le mot protection pour le mot prise de possession:
mais le commentaire vint bien vite, et le nabab n’eut qu’à se résigner.
Les propositions que le gouverneur général avait faites à Scindiah n’ayant pas été accueillies, lord Wellesley profita habilement des circonstances pour faire pénétrer d’un autre côté l’alliance anglaise dans l’empire mahratte. Il y avait alors guerre entre Daoulut Rao Scindiah et la maison Holkar. Tuckadji , le fils adoptif d’Ahalya Bêi , étant mort, avait laissé quatre’ fils. De ces quatre fils , deux étaient légitimes, Casi Rao et Mulhar Rao. Les deux autres, Djeswant Rao et Etodji étaient enfants naturels. Casi Rao, l’aîné, avait les droits les plus incontestables à la succession de son père. Mais, quoique jeune , les infirmités du corps et de l’esprit le rendaient incapable ,
ou du moins suffisaient pour attiser les ambitions rivales. Mulhar Rao ayant pris les armes, entraîna avec lui l’armée; circonstance qui eût amené irrévocablement la chute de Casi Rao, si Daoulut Rao Scindiah n'eût épousé sa cause. L’intervention de ce chef redoutable intimida assez Mulhar Rao pour amener tout d’abord une réconciliation entre les deux frères ; elle se fit en grand appareil et sous la foi du serment du Bel-Bundar ou gage du Bel (arbre sacré). Mais dans la nuit même qui ensuivit la cérémonie, les troupes de Scindia h attaquèrent le camp de Mulhar Rao , qui fut tué dans le tumulte. Ses troupes furent tellement dispersées qu’il ne resta qu’un petit nombre d’hommes autour de Casi Rao.
Un des frères naturels de celui-ci, Djeswant Rao, échappé de la mêlée, allait devenir un énergique vengeur de la maison de Holkar. Réfugié d’abord chez le rajah de Nagpore, il y fut arrêté , s'évada, fut repris et s’évada encore. Deux hommes formèrent d’abord toute son armée. Bientôt il en eut quatorze, moitié à lui, moitié à un serviteur dévoué. Traqué par Scindiah jusque chez ses amis les plus fidèles , et ne voulant pas les rendre victimes de leur hospitalité, il battit la campagne avec ses quatorze cavaliers, ramassa en peu de temps 120 fantassins mal armés , et avec cette bande remporta sur un détachement ennemi un premier avantage, qui lui valut quelques chevaux et une assez forte somme d'argent. La guerre de partisan grossit rapidement ses trésors et son armée. Des alliés lui vinrent , son courage et son étoile lui recrutèrent des partisans jusque dans l’armée de Scindiah , et le mit ainsi promptement en mesure de soutenir la guerre à armes égales. D’ailleurs, pour ôter à sa cause l’odieux que lui eût fait encourir tout projet d’ambition personnelle et d’usurpation , il se hâta de proclamer, à la place de Casi Rao qu’il combattait , un dernier fils de Tuckadji , enfant posthume, âgé de quelques mois à peine, et qui se nommait K.undi Rao. Il fit même graver sur son sceau :
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Djeswant Rao, sujet de Kundi Rao.
Cette modération acheva de lui rallier l’opinion d’un pays où le nom et les droits de la maison Holkar étaient en grande vénération. La guerre prit alors un aspect menaçant pour Scindiali. Ses villes tombaient au pouvoir de Djeswant Rao, ses troupes étaient battues en rase campagne. Quelques succès, obtenus de temps en temps, le vengeaient à peine de tant d'échecs et ne l’en dédommageaient pas. Lord Wellesley, revenant à la charge , n'en vit pas moins ses propositions éludées.
Scindiah cherchait à traiter directement avec Djeswant Rao. Mais les prétentions de celui-ci s'étaient accrues , et des concessions qui eussent prévenu la guerre, si elles avaient été faites à temps, furent péremptoirement repoussées. Une grande bataille gagnée devant Pounah , sur les armées combinées de Scindiah et du peschwah , livra à Djeswant Rao cette capitale.
Poursuivi par le vainqueur, qui eût voulu s’emparer de sa personne pour exercer le pouvoir sous son nom , le peschwah se réfugia de forteresse en forteresse jusque dans Iç Concan. Le gouverneur général , plus obstiné que jamais à la réalisation de ses projets, lit porter à Badji Rao , le peschwah fugitif, des propositions qui se résumaient en ces deux points : restaurer dans sa plénitude l’autorité du peschwah , alors usurpée par un certain Arnrit Rao qui était son fils adoptif; conclure, un traité d 'alliance défensive et de garantie réciproque , ce qui signifiait mettre garnison anglaise dans les états mahrattes. Dans sa détresse, le peschwah avait été sur le point de demander un refuge à Bombay, et avait même requis l'assistance d’un vaisseau anglais. Il parvint cependant à éviter cette extrémité et à trouver un autre asile sur son propre territoire. Mais les propositions des Anglais n’en passèrent pas moins avec autant de facilité que s’ils l’avaient tenu en leur puissance, et le 31 décembre 1802 fut signée une convention connue sous le nom de traité de Bassein , dont les principales dispositions étaient que le
peschwah admettait à son service des forces anglaises permanentes; que leur entretien serait assuré par une cession de territoire ; que le peschwah ne ferait plus la guerre, de son chef, à aucune puissance, mais qu’il soumettrait tous ses différends à l’arbitrage des Anglais , et qu’il n’aurait de relations avec le dehors que par leur intermédiaire; que son autorité dans l’administration intérieure de ses États resterait intacte.
En vertu de ce traité, les troupes anglaises en observation dans le Mysore se hâtèrent d’intervenir- D’autres forces furent également rassemblées à Bombay et à Haïderabad , capitale du Nizam , pour appuyer les opérations du corps d’armée principal. Sir Arthur Wellesley, depuis si céièbre sous le nom de duc de Wellington , et alors major général, n'eut qu’à passer la Toumbudra pour forcer Holkar à la retraite. Arnrit Rao, le peschwah usurpateur, était alors à Pounah. Le bruit courut qu’au lieu de défendre cette capitale contre les Anglais, il avait l’intention de la brdler. Soit que ce projet fût réel , soit qu’il n’eût aucun fondement, sir Arthur Wellesley ne lui laissa pas le temps de l’exécuter. Laissant son infanterie en arrière , il partit avec sa seule cavalerie (moins de 4,000 hommes), et, après une marche de trente heures , parut tout à coup devant Pounah. Surpris par cette visite imprévue, Arnrit Rao n’eut que le temps de fuir, et le major général entra sans coup férir dans la ville , où le peschwah Badji Rao fut aussitôt rétabli avec la plus grande solennité.
Pour avoir restauré le peschwah soutenu par Scindiah, les Anglais n’étaient pas avec ce dernier en meilleure intelligence : au contraire , le gouverneur général prit aussitôt contre lui des mesures de défiance en lui enjoignant de quitter la position qu’il occupait sur les frontières du Nizam, et de repasser la Nerbudda. Scindiah, de son coté, quoique ami zélé du peschwah, ne voyait pas avec plaisir qu’une restauration pour laquelle il avait
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combattu, se fût faite sans lui. Le traité de Bassein, par lequel la protection du peschwah passait de ses mains dans celles des Anglais, l’avait comme effacé de la scène politique; et lord Wellesley le lui faisait nettement sentir en le sommant de repasser la Nerbudda , c’est-à-dire de s’éloigner de Pounah. Le gouverneur général étendait ses vues plus loin : sans vouloir déclarer la guerre à Scindiuh, et même en cherchant à traiter avec lui, il laissa au major general Arthur YVellesley, et au général en chef Lake, les pouvoirs les plus étendus et les instructions les plus précisés pour obtenir , par toutes sortes de voies , l'expulsion de tous les Français , et l'occupation du Douab, ou terre comprise eutre le Gange et la Djamna , depuis leur contluent jusqu'aux montagnes de Kumaoun. Le général Lake devait eu outre prendre possession d’Agra et de Delhi , et unir cette conquête au Bundelcuud par une chaîne de postes lorliiies. L'expulsion des Français, à laquelle le gouverneur général attachait une importance capitale, était la destruction d'une partie considérable de la puissance militaire de Scindiah; la chaîne des postes entre la Djamna et le Bundelcund était un empiétement sur son territoire ou sur celui de ses allies; enfin, l’occupation de Delhi était l’absorption , au prolit des Anglais, de l'autorité qui restait attachée au seul nom de l’empereur. Il n’était guère possible d’obteuir par les voies diplomatiques des concessions de cette importance. Scindiah, au contraire, rêvait en ce moment, uon-seulement la suprématie dans les États mahrattes , mais encore la souveraineté du Deccan ; et, avec l’aide de ses Français , il espérait bien pouvoir chasser de l’Inde les Anglais eux-mêmes. La leçon que venait de lui donner sa guerre contre Holkar ne l’avait point guéri de ces chimères. Bien loin de se prêter aux vues des Anglais , il se mit à traverser par mille obstacles l’execution du traité de Bassein. La haine du rajah de Berar secondait en cela les ressentiments de Scindiah, et
bientôt il se forma entre eux une alliance à laquelle Holkar lui-même vint S’adjoindre. Au lieu d’évacuer la position qu’il occupait sur les bords de la IN'erbudda , Scindiah y reçut bientôt les renforts du rajah de Bérar. Il noua des intrigues avec tous les petits chefs mahrattes pour les engager à entrer dans cette confédération ; il chercha même à débaucher dans le Bundelcund les officiers du peschwah, alors devenu Anglais, et donna l'ordre au général Perron de se tenir prêt à agir. Ge deruier, par les jaghires qu’il avait reçus pour l’entretien de ses troupes françaises ou autres , était comme le souverain d’une partie des rives de la Djamna. Il cherchait, de son côté , à engager dans la cause commune les chefs rohillas. Le gouverneur général avait déjà plusieurs fois sommé Scindiah de s’expliquer sur toutes ces menées. Des dépêchés de Perron et de Scindiah Unirent par être interceptees, et alors le gouverneur general jugea qu’il était temps d’en hoir avec les ménagements qu’il avait gardes jusque-la. Une dertuere fois , et tout en protestant encore de ses intentions pacifiques , il fit sommer Scindiah et Bhousla , le rajah de Bérar, de rappeler leurs troupes dans leurs États respectifs. Ceux-ci répondirent qu’ils consentaient à abandonner leur camp le jour où les troupes anglaisesseraieut reutrees elles-mêmes dans les postes de Bombay, de Madras et de Seringapatam. Cette condition rejetée , ils offrirent de commencer leur retraite le jour même où sir Arthur Wellesley commencerait aussi la sienne. Comme leur mauvaise volonté devenait aussi évidente que leur bonne foi était suspecte , le résident anglais auprès de Scindiah fut rappelé ( 3 août 1803 ).
Les Anglais entraient en campagne avec une force de 55,000 hommes. Répartie en différents corps, cette armée devait fondre sur les États ennemis de tous les côtés à la fois. Le général Lake entrait parle nord, le major général Wellesley par le midi, les troupes de Bombay se jetaient à l’ouest
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sur les possessions de Scindiah dans le Guzerat; enfin, le colonel Harcourt attaquait à l’est le rajah de Bérar en lui enlevant la province de Cottak en Orissa. D’autres petits corps occupaient des points intermédiaires avec charge de les garder ou d’exécuter des opérations de détail. Ainsi, cette armée, embrassant un théâtre plus vaste qu’aucun de celles qui avaient précédé, couvrait la péninsule dans sa plus grande largeur, depuis le golfe d’Oman jusqu’au golfe du Bengale, ce qui faisait de l’est à l’ouest une ligne droite de plus de quatre cents lieues.
Le général Lake occupait Caoupor dans le Douab : le 9 août il se mit en marche. Son armée se montait à environ 10,000 hommes. Le 29 il rencontra Perron qui se préparait à lui disputer les approches de la forteresse d’Allighur. Assez médiocre général , Perron, bien qu’il eût sous ses ordres une force double, fut battu et se retira vers Agra. Les Anglais prirent immédiatement Coël et vinrent mettre le siège devant Allighur. Défendue par des marais et par des rizières alors inondées qui la rendaient presque inabordable , cette place, résidence ordinaire de Perron, était en outre fortifiée avec le plus grand soin; elle n’avait qu’une seule porte protégée par le canon de deux bastions. Perron, en se retirant , y avait laissé le commandement à un autre officier français (lecolonel Pedron),avec l’ordre de se défendre jusqu’à la dernière extrémité. « L’armée de l’empereur ou celle du général Lake, lui écrivait-il, trouvera un tombeau devant Allighur......
« Faites votre devoir, défendez le fort tant qu’il restera pierre sur pierre.
Encore une fois , songez à l’honneur national, des millions d’yeux sont fixés sur vous. » Le colonel Pedron agit en conséquence, et peut-être eût-il sauvé Allighur; mais un officier anglais, au service de Scindiah , ayant quitté la place lorsqu’elle fut investie par ses compatriotes, tourna contre ses frères d'armes de la veille la connaissance des lieux qu’il avait acquise , et la liberté qu’ils lui avaient laissée. Sous sa
conduite, les assiégeants, moitié par surprise, moitié par force, entrèrent dans Allighur après un assaut où les assiégés perdirent 2,000 hommes. La prise d’Allighur détermina Perron à traiter. Il fit parvenir au général Lake des propositions où il s'engageait à quitter le service, de Scindiah , et demandait en retour l'autorisation de se rendre à Lucknow avec sa famille, ses trésors et les gens qui composaient sa maison, sous escorte de troupes anglaises ou de sa propre garde.
Cette proposition inattendue était l’événement le plus heureux que les An* - glais pussent espérer au début de la guerre. Aussi le général Lake s’empressa-t-il d’accéder à tout ce que lui demandait le général Perron. Celui-ci se rendit bientôt à Lucknow avec l’escorte qu’il se choisit lui-même: de là, il se retira bientôt après à Chandernagor. Ainsi , ce parti français, s*r lequel Scindiah fondait de si vastes espérances, et qui causait à lord Wellesley tant d’ombrage, se trouva tout à coup désorganisé par la défection de son représentant le plus puissant.
Après avoir pourvu à la réparation et à la sûreté d’Allighur , le générai Lake se mit en marche sur Delhi.
Presque sous les murs de cette capitale , le général Bourquien , successeur de Perron , l’attendait avec une armée forte de seize bataillons d’infanterie régulière et de 6,000 hommes de cavalerie , dans l’intention de lui livrer une bataille décisive. Les Mahrattes, animés à la lutte, étaient décidés à payer chèrement la victoire. Les Anglais firent des efforts inouïs pour enlever leurs positions. Mais le courage éprouvé des troupes, l’habileté du général en chef, la résolution avec laquelle il paya de sa personne, tout vint échouer contre l’inébranlable fermeté de l’ennemi. Déjà celui-ci se croyait vainqueur, et peut-être en effet l’avantage lui fût-il resté, si, en simulant un mouvement de retraite, le général anglais n’eût réussi à l’attirer dans un piège où il fut mis en déroute. Les Mahrattes perdirent dans cette bataille 8,000 hommes tués ou
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blessés, 68 pièces de canon et 63 caissons, dont deux chargés d'or et d’argent. Bourquien, abandonné par la plupart de ses troupes , vint , le 14 septembre , se rendre prisonnier avec quatre autres officiers français. Cette journée acheva la ruine du parti français à Delhi. Le vieil empereur Shah Âllam s’empressa d’envoyer complimenter les vainqueurs et solliciter la protection de leurs armes. Le peuple fit comme son empereur et tendit avec de grandes démonstrations de joie au joug anglais sa tête fatiguée du joug français et mahratte. Le général Lake fit solennellement son entrée dans la capitale de l’empire mogol. Reçu par l’infortuné Shah Allam dans un palais où les vestiges du faste de ses aïeux ne pouvaient que lui rappeler plus durement sa propre misère , il reçut de cette ombre d’empereur tout ce que celui-ci pouvait donner , des titres et des épithètes pompeuses , telles que :
« Glaive de l’Etat , héros de la terre , seigneur du temps , victorieux dans la guerre. » Shah Allam avait obtenu de Scindiah neuf lacs de roupies pour son entretien annuel. Mais de ces neuf lacs, il touchait à peine 50,000 roupies, et il vivait lui et sa famille dans une véritable misère. Le général Lake se hâta de lui assurer une. condition meilleure. Il consacra quelques jours à ces soins et à l’installation d’une garnison anglaise dans Delhi , puis, le 24 septembre , il partit pour aller mettre le siège devant Agra. Il y était à peine arrivé (7 octobre) qu’il reçut la soumission du rajah de Bhurtpour qui , moyennant la reconnaissance de sa souveraineté et l’exemption de tout tribut, fournit aux Anglais un secours de 5,000 cavaliers pour cette campagne, et s’engagea par un traité d’alliance offensive et défensive à leur prêter son concours contre tous leurs ennemis. Déjà la défection de Perron avait entraîné dans le parti des Anglais bon nombre de petits chefs indigènes tyrannisés par les exigences de Scindiah et retenus par la seule terreur de sa puissance. Quelques semaines s’étaient à peine écoulées et les
États de ce chef allaient se démembrant avec une rapidité plus merveilleuse encore que les illusions dont il s’était bercé. Agra n’obligea même pas l’armée assiégeante à lui faire les honneurs d’un siège en forme. La garnison en révolte venait d’emprisonner ses officiers européens. Les soldats étaient néanmoins résolus à se défendre. Campés en dehors du fort, sur les glacis , dans la ville et dans la mosuée principale , ils en furent délogés ès le premier engagement (10 octobre). Deux jours après, une partie de la garnison vint se joindre aux Anglais et, le même jour, le reste qui s’était réfugié dans le fort, demanda un armistice pour régler les termes d’une capitulation. Des difficultés qui naquirent au milieu des pourparlers firent recommencer le feu , et alors la résistance devint réellement énergique. Il fallut ouvrir la brèche, et des le 17 elle était praticable ; mais les assiégés n’attendirent pas l’assaut et se rendirent à discrétion. Cette conquête valut aux Anglais, indépendamment d’une grande quantité de munitions, 280,000 livres sterling en espèces et un canon gigantesque connu dans toute l’Inde sous le nom de grand canon d’Agra , pour le rachat duquel les autorités de la ville offrirent 12,000 livres sterling. Le général Lake eût voulu le faire transporter à Calcutta, mais il n’y avait aucun moyen humain de mettre en mouvement une pareille masse, au moins pour un tel voyage.
Un autre incident singulier signala cette campagne, et nous le rapporterons comme trait de mœurs. On connaît le respect des Indous pour la vie de toute espèce d’animaux. Le singe surtout joue un rôle important dans la mythologie brahmanique; c’est, par exemple, avec l’aide de Sagriva et d’autres chefs de singes que Hanouman construisit le pont de Rama , entre l’ile de Ceylan et le continent. Les singes, à cause de la place honorable qu'ils occupent dans la légende , sont donc honorés d’un culte tout particulier.
Dans sa marche de Dehli l’armée anglaise rencontra deux villes très-sain-
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tes, Muthra où est né Krishna, et Vindravana où il s’est manifesté pour la première fois sous la forme humaine.
Grâce à la dévotion des habitants et des pèlerins , les singes ont pullulé dans le voisinage de ces deux villes, de manière à devenir incommodes et même dangereux. Un Indou supporterait toutes leurs attaques et périrait, s’il le fallait, plutôt que de commettre le sacrilège de se défendre. Mais deux officiers anglais aux prises avec une de ces troupes malfaisantes ne se crurent pas obligés de pousser la patience jusqu’au martyre, et lorsqu’il ne leur resta plus d'autre ressource, l’un d’eux fit feu de son pistolet. Ce fut alors une autre fête. Au lieu d’une nuée de singes , la foule dévote se rua sur eux pour les mettre en pièces , et les serra de si près, qu’il ne leur resta de chance de salut que de se jeter dans la Djamna, où même ils ne se sauvèrent pas ; car ni l’un ni l’autre ne put arriver jusqu’à l’autre bord. La populace, qui n'avait pu les massacrer, eut du moins la satisfaction de voir les eaux de la ville sainte faire justice elles-mêmes des coupables.
Un dernier corps d’armée restait encore qui n’avait point combattu et qui venait de se grossir de quelques bataillons échappés à la bataille de Dehli. Le 27 octobre, le général Lake quitta Agra pour aller à sa rencontre.
Après quelques jours de marche, il essaya de le surprendre avec sa seule cavalerie , et engagea un peu témérairement une action de nuit qui n’eut point le prompt succès qu'il en avait attendu, et qui fut soutenue avec assez de vigueur pour donner le temps à son infanterie d’arriver. La bataille devint alors générale, et fut disputée par les Mahrattes avec un acharnement et une intelligence où se manifestait avec éclat l'influence des nombreux officiers français qu’ils comptaient encore dans leurs' rangs. Mais la vieille expérience des troupes anglaises , l'habileté du chef et sa rare intrépidité devaient l’emporter cette fois encore. Après avoir tenu bon jusqu’au soir, les Mahrattes furent enfin enfoncés et mis en
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déroute complète. Cette sanglante et brillante bataille de Laswari amena aussitôt la soumission des rajahs de Macherry, de Djeypour, de Joudpour, de la Begum Sumrau, femme d’un Européen qui s’était fait une souveraineté dans ces parages. Les rajahs de Sondipour, de Kotta , etc., imitèrent cet exemple , et bientôt , ayant abattu quelques petites résistances partielles, les Anglais se trouvèrent en possession paisible du Douab et du Bundelcund ; ils avaient dissipé ou interné les Français, conquis la personne de l'empereur , établi leur chaîne de postes ; les instructions du gouvernement général se trouvaient ainsi complètement remplies dans cette partie de l’Inde.
Sur les autres points, les armes britanniques n'étaient pas moins heureuses. Dès le milieu du mois d’octobre le colonel Harcourt avait complètement réduit la province de Cottak , où est la fameuse pagode de Jaggernaut, et qui liait les possessions anglaises du Bengale à celles du Deccan.
Le major général Arthur Wellesley agissait de son côté dans l’ouest avec cette vigueur et cette fermeté dont il avait déjà donné des exemples. Parti de Pounah le 4 juin , il commença par réduire Ahmednaguret son territoire, passa le Godavery, battit à Assaye avec 4,500 hommes Scindiah qui en commandait 50,000, dont 10,500 disciplinés et conduits par des officiers européens, et obligea Scindiah à lui faire sincèrement ou non des ouvertures de paix. Probablement ces ouvertures n’étaient pas sérieuses même dans la pensee de Scindiah, toutes compromises que fussent ses affaires et celles de son allié le rajah de Bérar, tant par l’issue de la bataille d’Assye , que par les succès du général Lake et par ceux du colonel Harcourt. En ce moment, Scindiah, qui poursuivait encore sur la rive gauche de la Nerbudda et en dehors de ses frontières , la chimère d’une guerre offensive contre le territoire au Nizam , laissait entrer chez lui les Anglais par tous les points, et avait déjà perdu la presque totalité de
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ses propres États. Au nord on lui avait enleve le Douab, le Bundelcund et les districts limitrophes; à l’ouest, les possessions du Guzerat et du Guicowar que le corps d’armée de Bombay venait de conquérir sous les ordres du lieutenant colonel Murray. Le rajah de Bérar n’était pas moins entamé à l'est par le colonel Harcourt.
Plusieurs armées étaient détruites ou dissoutes. Toutes les forteresses de premier ordre, telles queAllyghur, Goualior, Baroach, etc., étaient prises. Un matériel immense, des approvisionnements de toute nature et de grandes uanlités de numéraire avaient passé ans les mains de l’ennemi. Deux capitales comme Dehli et Agra étaient perdues, ainsi que la personne de l'empereur qui était désormais à la dévotion des Anglais. Le moment semblait donc venu de songer à terminer une guerre que l’on n’avait pu soutenir avec l’aide de toutes ces ressources, et que l’on ne pouvait se flatter de rendre plus heureuse avec toutes ces ressources de moins. Scindiah ne donna cependant aucune suite aux intentions qu’il avait montrées. Sa conduite, au reste, dénonçant sa faiblesse et l’absence de tout dessein réfléchi, parut dénoter en lui un esprit troublé, moins appliqué à suivre les clartés d’une raison ferme qui voit ses ressources, que l’entêtement d’un orgueil qui se roidit. Après avoir rallié conjointement avec le rajah de Bérar les débris de l’armée battue à Assave, au lieu de rentrer dans ses provinces pour y concentrer sa défense , il s’en éloigna au contraire , et tourna vers le sud , comme s’il eût voulu marcher sur Pounah. Sir Arthur Wellesley l’y suivit d'abord; mais bientôt voyant qu'il avait affaire à un ennemi suffisamment embarrassé dans sa propre impuissance de rien tenter et de rien vouloir, il laissa là Scindiah et tourna vers le nord. Il ne restait plus rien à Scindiah dans le Deccan, sur le territoire qu’il s’obstinait à ne vouloir pas quitter. Assirghur, sa dernière forteresse, venait d’être prise par le colonel Stevenson. Libre ae tout soin de ce
côté , le major général repassa les Ghauts Pt la Godavéry,et se disposa à envahir les possessions du rajah de Bérar. Celui-ci, mieux avisé que Scindiah, s’était séparé de son allie et regagnait en ce moment ses frontières ; il avait aussi repassé la Godavéry et se trouvait à Paterv à deux journées de marche au sud d’Aurençabad où était sir Arthur Wellesley. Le major général vint audevant du rajah. Scindiah venait alors de se décider à solliciter un armistice et l’avait obtenu. Mais ses troupes n’étaient pas encore rentrées dans les limites que les termes de la convention leur avaient fixées, et une partie de sa cavalerie se trouvait réunie à celle de Bhonsla , lorsque parut le major général. Sir Arthur n’avait point l’intention d'attaque avant le lendemain. L’heure avancée et la fatigue de ses troupes lui imposaient ce délai.
Cependant les escarmouches ayant en.
gagé l’affaire et l’ennemi montrant l’intention d’en venir aux mains , il prit rapidement son parti . forma son armée en une seule colonne protégée en tête et en flanc par sa cavalerie, puis arrivé devant la ligne de bataille de l’ennemi rangé en avant du village d’Argaum , il démasque son infanterie et engage le combat. Les Mahrattes parurent d’abord s’y porter avec vivacité ; mais une charge de la cavalerie de Scindiah ayant été repoussée, toute l’armée, abattue par le souvenir d’ Assave, lâche pied en un clin d’œil, et, grâce à un beau clair de lune, les Anglais en purent faire un grand carnage. Cette défaite fut le coup de grâce donné à la confédération. Ni l’un ni l’autre des deux chefs n’avait plus de troupes à mettre en campagne. Cependant, comme les forteresses tenaient encore, le major général se mit en devoir de les réduire. Il venait de prendre d’assaut celle de Gawilgur, lorsqu’il reçut un envoyé de Bhousla résigné à se soumettre. Un traité fut signé, par lequel le rajah de Bérar cédait aux Anglais la province de Cottak et s’engageait à n’employer jamais aucun officier ou fonctionnaire appartenant à une nation en guerre avec les
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Anglais, ni même aucun Anglais ou sujet de l’Angleterre , sans l’autorisation du gouvernement. La rivièreWurdah était fixée comme sa limite du côté du subahdar du Deccan : on lui restituait les forts de Nernallah et de Gawilgur avec leurs territoires respectifs. Scindiah de son côté cédait en toute souveraineté à la Compagnie toutes ses terres et forteresses du Douab et tous les droits qui y pouvaient être attachés ; tout ce qu'il possédait au nord des rajahs de Djeypour, de Djoudpour et de Gohud ; le fort et le territoire de Baroach dans le Guzerat , ainsi que le fort d’Ahmednagtir dans le Deccan. Il abandonnait en outre tout ce qu’il possédait avant la guerre au midi des monts Adjunti dans le Deccan et les terres comprises entre cette chaîne et la Godavéry. Il s’engageait à ne prendre à son service aucun français ni Européen, et renonçait à toute prétention sur le pouvoir ’de l’empereur, comme à toute intervention dans ses affaires. Les Anglais lui restituaient un certain nombre de forts dans le Deccan ou dans le Guzerat, et la jouissance d’anciens jaghires compris dans les territoires récemment conquis ; ils lui restituaient en outre quelques terres et quatre villages que sa famille possédait depuis longtemps dans les États du ppschwah; enfin ils s’engageaient à faire des pensions , en compensation des jaghires cédés, à tous ceux qui leur seraient désignés par Scindiah , jusqu’à concurrence d'une somme annuelle de soixantedix lacs de roupies. Ce traité fut signé le 30 décembre 1 803. La vigueur et l'habileté de l’administration de lord Wellesley venaient d’obtenir le triomphe le plus grand et le plus décisif qui eût encore signalé les armps et la politique anglaises dans l'Inde. En cinq mois de campagne il avait abattu d’un seul coup une puissance bien plus formidable que ne l’était celle de Haîder ou de Tippou, dont la réduction avait demandé plusieurs années ; il avait complètement et à toujours délivré l’Inde anglaise de l’éternelle appréhension que lui inspirait le parti français
ui, des bords de la Cavéry aux bords e la Djamna , l’avait enveloppée comme d’un réseau dont les mailles se renouaient aussitôt que coupées. I,a popidation anglaise de Calcutta s’empressa de lui rédiger une adresse de félicitation.
On eut alors tout lieu d’être surpris de voir la guerre renaître des ruines mêmes de ceux qui venaient de la soutenir. Holkar, malgré son adhésion au traité d’alliance offensive et défensive des rajahs de Bérar et de Malwa, s’était abstenu jusque-là de leur apporter son concours. A peine les vit-il abattus qu’il s'empressa ae relever leur drapeau déchiré. Fut-il séduit par l’ambition présomptueuse de faire à lui seul ce que n’avaient pu faire deux chefs plus puissants que lui par leur ligue , et même plus puissants chacun isolément par l’étendue de leur territoire? Fut-il effrayé de l’affaiblissement qui résultait pour l’empire mahratte de l’abaissement de ses principaux chefs? Espéra-t-il que les Anglais, épuisés par les efforts qu’ils venaient de faire, lui livreraient une proie plus facile ? Chacune de ces considérations entra sans doute pour quelque chose dans l’acte de démence qu’il accomplit en rompant sa neutralité pour entrer dans la lice, lorsqu’il était déjà trop tard pour qu’il y pût sauver personne, ou y recevoir aide de personne. Tout en écrivant des lettres amicales au général I.ake , après la bataille de Laswari , il n’en soumettait pas moins les Anglais à des vexations continuelles en faisant des incursions sur des territoires soumis à la protection britannique, mais restés néanmoins, disaitil , tributaires de Scindiah. Lake dut faire contre lui quelques manifestations pour le contraindre à renfermer chez lui ses troupes. Mais les rapports allaient toujours s’aigrissant. Trois officiers anglais qu’il avait à son service et oui , après la déclaration de guerre, oemandèrent à se retirer, furent jetés en prison , puis mis à mort, leurs corps abandonnés aux chiens et Ieur9 têtes placées sur des piques.
Holkar les accusait d’avoir entretenu
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une correspondance secrète avec le général Lake. Lui-même se mit en correspondance avec des chefs seiks ou rohillas, et chercha même à en compromettre d’autres en se faisant adresser en leur nom des lettres amicales qu’il fit intercepter par les Anglais.
Kn même temps il prodiguait à ceuxci les assurances de sa propre amitié, niais déjà ils s’étaient mis en mouvement. Le canon allait répondre à cette petite guerre de ruses et de finasseries orientales. Sérieusement menacé, Holkar adressa au général Lake une lettre remarquable par un singulier mélange de soumission et de fanfaronnade.
« L’amitié exige, disait-il, que, prenant en considération la longue intimité qui a existé entre moi et les Anglais, vous ayez égard aux représentations de mes wackils (envoyés). En agissant de la sorte, vous ferez quelque chose de profitable et d’avantageux. Sinon , je mets ma fortune et ma patrie sur les selles de mes chevaux , et plaise à Dieu que , de quelque côté que soient tournées les brides de mes braves guerriers , tout le pays dans cette direction tombe en mon pouvoir. » Les wackils avaient mission de poursuivre la reconnaissance du droit qu’avait Holkarde lever le tchout, suivant l'usage de sps ancêtres. Le tchout était une contribution d’un quart de revenu que les Mabrattes avaient la coutume d’imposer aux États qui espéraient se racheter par là de leurs incursions et de leurs pillages. Les wackils demandaient en outre la restitution de certains districts du Douab et de la province de Hurrim qui appartenaient à Holkar, et enGn , la garantie des Anglais pour toutes ses possessions. Toutes ces demandes furent écartées.
Les Pindarrys, nom qui va bientôt jouer un rôle dans cette histoire , sont des bandes indisciplinées et mercenaires qui ont paru pour la première fois dans l’Inde à la suite des armées mahrattes. Leur nom vient , dit-on , d'une sorte de boisson nommée pinda dont ils font un grand usage. Us n’étaient d’abord qu’un ramassis de gens
de toute espèce qui , comme nos routiers du moyen âge , mettaient leur épée aux gages de qui les payait. Un certain Ghazi-oud-din, qui les avait rassemblés et mis au service du peschwah Badji Rao , mourut devant Oujein et transmit ses bandes à son fils aîné, qui se distingua tellement au service de Mulhar Rao Holkar, qu’il en reçut un drapeau doré, marque d’honneur considérable. Celui-ci grossit beaucoup sa troupe, lui donna de l'importance et la transmit aussi à son fils. Les Pindarrys devinrent bientôt si nombreux que les bandes et les chefs indépendants se multiplièrent. Ces ens-là portaient, suivant l’expression e Holkar, leur patrie sur la selle de leurs chevaux. Aussi ne se faisaient-ils p3S scrupule de servir dans des armées opposées, et de combattre les uns contre les autres. Au temps de la guerre entre Scindiah et Holkar, chacun des deux chefs avait ses Pindarrys. Tout en les employant , les Mahrattes les méprisaient. Holkar ne leur permettait point de paraître à sa cour ni de s’asseoir en sa présence.
Scindiah fut le premier qui les traita avec considération, leur donna des titres et des terres ; et Djeswunt Rao Holkar lui en fit des reproches. En campagne , le camp des Pindarrys ne se confondait jamais avec celui des Mahrattes. Ceux-ci les soldaient (environ un quart de roupie par homme et par jour) , tant qu’ils les avaient sur leur territoire ou, même en cas de guerre, le pillage leur était interdit.
Mais au delà des limites du territoire mahratte , la solde était supprimée , et les Pindarrys ne vivaient plus que de pillage. Au reste, les Mahrattes ne se faisaient pas faute de piller ces pillards, et il arrivait fréquemment qu’après une campagne, le camp mahratte tombât sur le camp pindarry et s’arrangeât de ses dépouilles. Holkar en vint même plus tard à les vouloir complètement détruire. Quant à présent , il ne songeait qu’à se servir d’eux.
Pendant que l’on traitait de la paix qui venait de se conclure , un corps de
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Pindarrys, au service de Scindiah, s’était avisé de vouloir continuer la guerre pour son propre compte. Au nombre de 10,000 hommes, iis avaient passé la Kistna et s’étaient dirigés sur la Toumbudra , dans l’intention d’intercepter les convois et de piller le pays. Le major général Campbell , qui commandait la réserve, se mit à leur poursuite et n'eut besoin que de les rencontrer pour en avoir raison. Ce jour-là même on signait dans le camp du général Wellesley, à Surdji-Audjengam, le traité de paix avec Scindiah et Ëhousla. Le dernier coup de canon de cette guerre qui Gnissait avait été tiré contre les Pindarrys, ce fut aussi contre eux que fut tiré le premier coup de canon qui inaugurait la guerre nouvelle. Un de leurs chefs , Emir Khan , soudoyé par Holkar , parut dans le nord du Bundelcund, sur la rive gauche de la Betwnh , manifestant l’intention d’envahir cette province et insultant des territoires protégés par les Anglais. Le colonel Shepherd, envoyéà sa rencontre, l’atteignit et le chassa devant lui. Legénéral Lake lui-méine fit un mouvement et vint se mettre en observation au fort de Ballahira. Là, il reçut une dernière lettre de Djeswunt Rao, qui décidément jetait le gant avec le faste de paroles qu’on a pu remarquer dans le fragment cité plus haut. «Des provinces de plusieurs centaines de milles carrés seront pillées et ravagées. Le général Lake n’aura plus le temps de respirer. Des calamités innombrables tomberont sur des millions d’étres humains. Les attaques de mon armée se succéderont comme les vagues de la mer sur le rivage. » Et, en effet, il se jeta tout d'abord sur le rajah de Djeypour. Tous les corps d’armée du gouvernement britannique étaient encore rassemblés : ils reçurent ordre immédiatement de reco’mmencer à agir. Dans le Deccan, dans le Guicowar, dans le Malwa, partout les possessions de Holkar furent en un clin d’œil occupées. Le 28 avril ( 1804 ), l’armée expéditionnaire était rassemblée sous les murs de Djeypour. Un
simple détachement envoyé à Bampour, seule forteresse que Holkar possédât au nord de la Chumbul, suffit pour la lui enlever et pour le forcer à repasser la rivière. Ce début de la cam-
fiagne ne fut pourtant pas heureux pour es Anglais. Les chaleurs dévorantesdu climat sévissaient contre cette armée avec une fureur inaccoutumée. Les vents d’ouest qui venaient de traverser un désert de sables brûlants semblaient ne répandre que des torrents d’un feu invisible dans l'atmosphère embrasée.
Sous ce souffle dévastateur tout languissait , tout périssait consumé. Le pays était ravagé, les cours d’eau mis a sec. Les provinces du Radjnoutana en sont d’ailleurs presque dénuées.
Dans la marche de l’armée anglaise , les hommes tombaient à chaque instant comme foudroyés , d’autres chancelaientcomme dans l’ivresse, jetaient de l’écume par la bouche et finissaient également par tomber. On eût pu suivre l’armée au sillon de cadavres qu’elle laissait derrière elle ; on vit jusqu’à trois cents hommes expirer en un seul jour. Pour les survivants, le nombre toujours croissant des malades devenait un embarras de plus ; beaucoup étaient atteintsde folie, quelquesuns se faisaient sauter la cervelle. Le général, pour alléger sa marche, se vit obligé de séparer son armée en deux corps, il laissa son infanterieà Purson, et continua de s’avancer à la tête de la cavalerie. Le 3 juin, un vent d’ouest oui s’éleva vers le milieu du jour, souffla avec une telle violence qu’il brisait les arbres, tuait les hommes ou les animaux. Des trombes de sable brûlant, soulevées par la rafale, renversaient tout ce qui se trouvait sur leur passage. Les tentes étaient enlevées , les arbres déracinés, le bétail asphyxié.
Les Indous qui suivaient l’armée, se couchant par terre, poussaient des cris de désespoir , croyant assister à la ruine du monde. C’était la dernière crise de cette tempête de feu contre laquelle ils se débattaient depuis cinq jours, crise qui allait amener leur salut. En effet , les nuages rouges qui s’étaient amassés vers le soir a l’hori*
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zon, finirent par se résoudre en torrents de pluie. Deux jours après, l’aruiée, un peu rafraîchie, atteignit enfin Agra. A part quelques avantages de peu d’importance remportés sur Holkar, et la prise de deux ou trois forts sous l’un desquels Emir Khan trouva le moyen de surprendre et d'exterminer entièrement deux compagnies de ci payes restées à la garde de la tranchée, cette première campagne n’ame> na aucun résultat. L’armée anglaise , décimée par le climat, avait besoin de se refaire ; elle fut répartie dans ses cantonnements, qu’elle avait regagnés avant le 15 juin.
Shah Allam profita de ce moment de repos pour conférer au général Lake des dignités réservées aux plus grands personnages de l'empire. Les insignes de ces ordres lui furent portés par un envoyé de l’empereur. Mais, à cause des pluies, la cérémonie d’investiture ne put avoir lieu que le 14 août. Ces ordres étaient le Mahi , le Mouratib et le Naohut- Le Mahi est un poisson d'argent avec une tête de cuivre doré; il est présenté au récipiendaire au bout d'une longue hampe plantée sur le dos d’un éléphant. Le Mouratib est une boule de cuivre doré supportée aussi par une hampe également portée à dos d’éléphant. Le Naobut est un double tambour d’argent qu’on suspend au cou du récipiendaire, lequel , après avoir frappé quelque temps sur les deux tambours, est proclamé sabibin - naobut. Le général Lake se prêta de la meilleure grâce du monde à cette cérémonie qui pouvait n’être que bizarre pour des yeux européens, mais qui, après tout, suivant les idées du pays , l’élevait en dignité au-dessus de tout ce qu’il y avait de plus considérable depuis le cap Como-> rin jusqu’à l’Ilimalaya, et depuis l’Indus jusqu'au Bralimapoutra, la seule personne de l’empereur exceptée.
Cependant Holkar, après avoir battu en retraite , était revenu sur ses pas et avait encore passé la Cbumbul. Le colonel Monson se mit en mouvement avec l’intention d’aller à sa rencontre; mais l’annonce d’un convoi d’argent
qui arrivait le fit tourner d’un autre côté , et ce fut Holkar qui se mit à le suivre. Cette expédition ne fut pas heureuse. Entouré de nuées de cavalerie oui grossissaient chaque jour, noyé dans des chemins effondrés par les pluies , arrêté par les rivières débordées , le colonel n’avançait que fort péniblement. Sa position "était devenue si précaire, que Holkar crut pouvoir le sommer de mettre bas les armes et de livrer artillerie et bagages , ne lui promettant la vie sauve qu’à cette condition. Sur le refus du colonel , le Mabratte engagea un combat où il fut repoussé (10 juillet). Mais la position de l’armée n’en était pas moins assez difficile pour obliger son chef à chercher un refuge dans la place de Kottah. Le rajah n’en voulut pas permettre l’entrée aux troupes , ce qu| obligea les Anglais à reprendre leur marche à travers un pays tellement impraticable qu’ils durent laisser ense.
velis dans les boues, leur artillerie et une partie de leurs bagages. Au passage de la Baunar, ils surent se refaire une artillerie aux dépens de l’ennemi, à qui ils prirent trois canons; mais bientôt après , pour bâter leur retraite , ils durent abandonner le reste de leur bagage. Pour comble de malheur, Holkar parvint à nouer des intelligences avec des sous- officiers indigènes , et la désertion se mit dans l’armée anglaise, Bientôt, pour tenir tête à cette multitude de cavaliers qui l'assaillaient de toutes parts , Monson n’eut plus d’antre ressource que de se former en carré et de marcher ainsi la nuit et le jour. Les Mahrattes, à diverses reprises, fondirent avec fureur sur cette petite troupe qu’ils avaient cru tenir en leur
Pouvoir, mais ils ne réussirent pas à entamer. Le 28 juillet, elle rentra à Biana , et le 31 à Agra.
Ces échecs , essuyes coup sur coup , étaient assez graves pour obliger le général en chef à faire usage de toutes ses forces. Les Anglais avaient bien des injures à venger. Holkar leur faisait non-seulement une guerre heureuse , mais encore une guerre de barbare. Il contraignait ses prisonniers
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à prendre du service dans son armée, et, s’ils refusaient, il leur faisait couper le nez et le bras droit, et les renvoyait en cet état ; il en arrivait ainsi tous les jours Cette vue animait à la vengeance l'ardeur des soldats, d'ailleurs enflammés par le courage et la fermeté de leur chef. Celui-ci ayant, malgré les pluies, employé le mois de septembre à concentrer ses troupes, entra en campagne le t*r octobre. Holkar s’était alors avancé jusque sur la Djamna , et même avait lancé sa cavalerie dans le Douab.
Holkar, battu dans une première rencontre , s’avança sur Delhi avec le dessein de s'en emparer. Les fortifications étaient en assez mauvais état ; mais la vigueur du colonel Ochterlonv, qui y commandait, suppléa à l’insuffisance des moyens de défense , et repoussa tous lés assauts des Mahrattes.
Holkar alors se jeta dans le Douab pour y porter le ravage. Lake l’y suivit, et laissa l’infanterie et de l’artillerie au major général Fraser, pour contenir l’infanterie de l’ennemi. Deux grandes victoires signalèrent bientôt le retour de la fortune au camp des Anglais. La première fut remportée à Dig, par le major général Frast-r, qui y périt après avoir tué 2,000 hommes a l’ennemi ; l’autre par le général en chef contre Holkar en personne, qui se laissa surprendre au milieu de la nuit par un ennemi qu’il croyait à 36 milles de lui. Partie en effet* d’un point éloigné de cette distance, l’armée anglaise arriva , combattit , poursuivit les Mahrattes, et ne s’arrêta qu’après avoir fait sans repos 70 milles (23 lieues et demie). Cette bataille de Furukhabad anéantit la cavalerie de Holkar, comme celle de Dîg avait rompu son infanterie. Les débris de celle-ci avaient cherché un refuge à l’abri des murailles de Dîg , place qui appartenait au rajah de Bhurtpour. Ce rajali avait passé de l’alliance des Anglais à celle de Holkar. C’était un chef Djât , tribu pillarde qui avait fini par s’établir entre l’Indus et la Djamna, à l’ouest de Delhi, où, avec le temps, elle s’était enrichie et affermie jusqu'à
pouvoir former un corps de nation.
Un moment, en 1756, ils furent maîtres d’Agra , dont ils firent leur capitale ; ils en furent chassés par le vizir Nudjif Khan. Dans les dernières convulsions de l’empire, ils firent ce qu’ils venaient de faire avec les Anglais et Holkar, servant tantôt un parti, tantôt l’autre, et tâchant de proliter sur tous. Le rajah de Bhurtpour, alors allié de Holkar, portait un nom qui a été illustré depuis par un de ses voisins, le roi de Lahore : il se nommait Randjit Singh. La ruine de Holkar, qui n’était plus désormais que son protégé, avait fait de lui le prince le plus puissant de cette partie de l’Inde et le chef de cette guerre. Il avait beaucoup à se louer des Anglais qui, avant sa défection, avaient accru son territoire et reconnu son indépendance, en l'affranchissant même de tout tribut. Tous les avantages qu’il devait au général Lake, il allait bientôt les tourner contre son bienfaiteur. Il combattait à Dîg dans les rangs des Mahrattes, et, après la bataille , son artillerie tira sur les Anglais qui poursuivaient les vaincus.
Malgré ces actes d’hostilité ouverte , le général Lake voulut prendre, pour l’attaquer, les ordres du général en chef, et néanmoins se mit immédiatement en marche pour Dîg. Là , il prit position , en attendant sa réserve et son artillerie, qu’il avait laissées à Agra. Le 13 décembre, il fut en mesure de commencer le siège et ouvrit la tranchée dans la nuit. Dès le lendemain matin, deux batteries étaient déjà construites, d’autres furent élevées les jours suivants, et le 23 décembre, la brèche étant jugée praticable, on résolut de livrer l’assaut , et la place fut emportée. Le général se porta aussitôt sur Bhurtpour. Cette place était forte et défendue par une nombreuse garnison. La tranchée fut ouverte le 4 janvier 1805, la brèche jugée praticable le 9 au soir ; pour ne pas laisser à l’ennemi le temps de construire des traverses, le général Lake voulut monter à l’assaut dès la nuit même. Malgré l’énergie de l’attaque , ce premier assaut fut repoussé
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avec perte pour les assaillants de 456 hommes, perte qui fut plus que compensée par un renfort de 600 hommes qui arriva peu de jours après, et par la défection d'un vassal du rajah, qui vint joindre ses forces à celles ues Anglais. Une autre brèche fut ouverte dans un lieu plus favorable. Cette brèche, reconnue en détail par trois indigènes qui se firent passer pour transfuges, le général fit les préparatifs d’un second assaut. Le fosse inondé n’étant pas guéable , et les ponts préparés ne pouvant pas servir, les soldats se jetant à l’eau gagnèrent à la nage le pied du rempart. I.a fermeté de l’ennemi rendit cette ardeur plus funeste qu’utile ; 573 hommes et 20 officiers périrent dans cette nouvelle action, qui n’eut pas un meilleur résultat que la première. Émir Khan , que le rajah avait appelé à son secours, rôdait avec Holkar autour du camp anglais , qu’il n’osa pas attaquer ce jour-là. Mais ayant appris l’arrivéed’un convoi qu’on attendait, il se prépara à l’enlever. Les Anglais, de leur côté, envoyèrent à la rencontre du convoi un détachement de 1,400 hommes. Enveloppée dès le point du jour, cette petite troupe ne pouvait guère suffire à couvrir un convoi de plusieurs milliers de bœufs.
Elle se retrancha dans un village fortifié , et là tint contre l’ennemi avec avantage. Déjà elle le forçait à la retraite, lorsqu’on vit à l’norizon un nuage de poussière. A la vue de ce secours qui leur arrive, les soldats brûlent de se distinguer sous les yeux de leur général en chef, franchissent leurs retranchements et se précipitent sur l’artillerie ennemie, qu’ils enlèvent à la baïonnette. Elle était prise lorsque arriva, non pas le général I.ake, mais un corps de cavalerie qu’il envoyait, et qui, fondant à l’improviste sur l’ennemi, en fit un grand carnage. Émir Khan y perdit ses bagages , son palanquin , une collection a’armes magnifiques, et ne se sauva qu’à la faveur d’un déguisement. Peu de jours après, il essaya, avec le rajah de Bhurtpour et Mahdadji Scindiah, une autre tentative sur un autre convoi; mais le général Lake
survint en personne, à la tête de sa cavalerie et de deux régiments d’infanterie , avec lesquels les assqiilants n’osèrent pas s’engager sérieusement.
Ces échecs répétés mirent la division entre les confédérés, qui se séparèrent. Émir Khan crut pouvoir tenter pour son propre compte une expédition dans le Rohilcund, espérant que le siège de Bhurtpour tiendrait le général Lake trop occupé pour qu’il put diviser son attention et ses troupes. Mais le inajor général Smith n’en fut pas moins détaché à sa poursuite avec six régiments, moitié infanterie .moitié cavalerie, et de l’artillerie à cheval. Cette petite armée franchit successivement la Djamna et le Gange, rencontra le Pindarry à Afzulghur et le culbuta. Cette dernière défaite rebuta la plupart des petits chefs qu’il avait entraînés avec lui. Il se trouva bientôt presque seul , en butte à la haine des populations qu’il avait soulevées contre lui par ses cruautés , traqué par les Anglais , et repoussé par toutes les villes qui lui fermaient leurs portes. Ne voulant plus perdre son temps à poursuivre un nomme réduit, quant à présent, à l’impuissance de nuire, le major général se hâta de regagner Bhurtpour , où ses troupes étaient plus nécessaires.
Pendant son absence , deux autres assauts avaient été repoussés. L’armée assiégeante avait pourtant reçu de Bombay de nouveaux renforts assez considérables. Le dernier de ces assauts avait coûté aux Anglais 997 hommes. Les assiégés mettaient dans leur défense une constance et un acharnement aussi grands que ceux que l'ennemi apportait à l’attaque. Aucun autre siège contre les nations indigènes n’en avait fourni un pareil exemple.
L’armée anglaise était fatiguée plutôt que rebutée; mais sou artillerie était hors de service, ses approvisionnements épuisés. Tout son matériel était à renouveler. Le général Lake, tout en pourvoyant par de promptes mesures à cette nécessité , convertit le siège en blocus. Le rajah cependant comprenait que le jour viendrait où ses moyens de résistance se trouve-
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raient aussi épuisés. Son territoire était ruiné, inculte, et les sources de ses revenus taries. Ce qu’il savait du caractère anglais , de celui de leur chef, des ressources qu’il avait à sa disposition , tout lui annonçait assez que, cette lutte ne pouvait linir que
Ïiar son anéantissement. Il profita de a circonstance de l’élévation de lord Lake à la pairie pour lui envoyer ses félicitations et entamer des négociations pacifiques. Pendant que ces négociations se suivaient, Holkar ayant reparu, le général en chef s’avança contre lui, le battit en deux rencontres, et, la seconde fois, d’une manière si décisive, que le Mahratte désormais sans forteresses, sans artillerie, sans armée, n'eut plus un lieu où reposer sa tête. Sa patrie , ses États étaient alors littéralement sur la selle de son cheval. Le rajah n’en fut que plus hâté d’amener la conclusion de la paix. Le 8 mars, il envoya un de ses fils en otage, et s’empressa de signer un traité dont lesdispositions principales étaient que la forteresse de Dîg resterait aux Anglais; que le rajah payerait pour les frais de la guerre vingt lacs de roupies; qu’il n'entretiendrait aucune correspondance avec les ennemis de la Compagnie, et ne prendrait à son service aucun Européen ; qu’il laisserait en otage un de ses fils qui résiderait à côté du commandant anglais à Dehli ou à Agra. Toutes choses ainsi réglées, le siège fut levé après une durée de trois mois et vingt jours. Les Anglais y avaient perdu 3,100 hommes, et 103 officiers tant tués que blessés.