‹ Inde histoire et description de tous les peuples, de leurs religions, moeurs, coutumes, industries, etc par m. Dubois de Jancigny et par m. Xavier RaymondChapitre 33 sur 38 · DE SUMATRA · texte numérisé non relu

DE SUMATRA

L’opium et le thé étaient déjà à cette époque l’objet d’un commerce fort considérable entre la Compagnie et la Chine. A vrai dire, le commerce de l’opium était la priucipale ressource de la Compagnie, et ce qui l’empêchait de succomber sous les charges énormes de la conquête. La Chine était donc en résumé la mamelle nourricière de l’empire britannique naissant.

Nous avons déjà vu lord Cornwallis, toutes les ressources de l’Inde épuisées, se faire une ressource dernière de l’argent que portaient les vaisseaux de la Chine. Lord Wellesley eut aussi occasion d’imiter cet exemple. L’importance de ce commerce et la difficulté habituelle des relations avec les États du céleste empereur fit penser à lord Minto qu’il y aurait un grand avantage pour les Anglais à posséder sur les lieux une place de sûreté. En conséquence il fit partir en 1809 une expédition, sous les ordres de l’amiral Drurv , pour prendre possession de file de Macao, a l’entrée de la rivière de Canton. L’amiral n’eut aucune peine à faire cette conquête ; mais les Chinois rompirent aussitôt tout commerce avec les Anglais et déclarèrent qu’ils ne renoueraient pas avant que tout appareil guerrier eût disparu de leurs côtes. Les Anglais s’éloignèrent donc de leur conquête ; mais la confiance ébranlée des Chinois fut longtemps à renaître. Comme on le voit , partout où s’avance aujourd'hui la politique anglaise, à Téhéran, à Caboul, en Chine, elle ne fait que suivre ia piste de lord Minto. Cet homme d’État qu’une politique de rétrécissement avait choisi pour son représentant et envoyé dans l’Inde pour y sonner la retraite , y a au contraire projeté le rayonnement de la puissance britannique par delà toutes les limites qu’elle eut juBque-là convoitées, et fixé quarante ans d'avance , avec une rare

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précision , les points les plus reculés qu’elle dut atteindre. Les dernières expéditions de Caboul et de la Chine, ui ont à peine aujourd’hui deux ans e date, n'ont fait que reprendre la question au point où l'avait posée lord Minto. Tant les clartés de son intelligence débordaient le programme qu’il avait cru pouvoir accepter d’abora et dans lequel on l’avait enfermé.

C’était une singularité réservée à la destinée de cet homme illustre de trouver son action trop à l’étroit dans les limites de cette Inde qu’il avait mission de trouver déjà trop grande. Les Français , par l’adjonction de la Hollande à l'empire, se trouvaient alors maîtres des possessions hollandaises dans les archipels de la Chine et des Indes. Ils en tiraient peu de parti , ils y étaient peu redoutables et l’on pouvait sans inconvénient, au moins tant que durerait la guerre européenne , les y laisser végéter en paix. Lord Minto ui , en passant sous le vent des îles e France et de Bourbon , dans son trajet de Londres à Calcutta, avait déjà pris possession de ces îles au nom de la Grande-Bretagne, résolut de ne pas tolérer plus longtemps les Français à Java ; il Ht les préparatifs de l’expédition, et le 4 août 1811 , une flotte anglaise portant des troupes de débarquement mouilla dans la baie de Batavia. Le gouverneur général qui avait conçu cette expédition y prenait part comme simple volontaire. Les forces anglaises montaient à 11,900 hommes, dont près de la moitié étaient Européens , toutes vieilles troupes d’ailleurs et d’une valeur éprouvée, l’élite des hommes qu’avaient formés les dernières guerres de l’Indoustan et du Deccan. Il n’en était pas de même des troupes françaises , toutes de nouvelles recrues, non dressées, eneore moins aguerries , et surtout non faites à ce climat sous lequel , en certaines saisons, de dix amis rassemblés à la même table , l’un peut être sûr d’être enterré dans la semaine par les neuf autres. Le général en chef était M. Janssens , Belge d'origine , homme de courage et de quelque ha-

bileté , mais qui n’avait aucune de ces grandes qualités qui enfantent les grands succès. Son plan de défense, assez bien conçu , était d’abandonner Batavia , ville très-malsaine, et de se retrancher non loin de là , à Welterwreden , point remarquable par sa salubrité. Pour ôter aux Anglais les ressources et les renseignements que leur pourrait fournir la possession de la capitale , il la fit évacuer par la population , rompit les ponts et les aqueducs qui y amenaient l’eau potable, et enleva ou détruisit les approvisionnements. Son tort fut de s’en tenir à ces moyens de défense et de ne chercher à contrarier ni le débarquement, ni la marche des Anglais sur Batavia. Les magistrats et quelques centaines de Malais étaient restés dans la ville.

Ceux-ci commençaient déjà à piller lorsque les Anglais se présentèrent aux faubourgs. Les magistrats allant au-devant du colonel Gillepsie qui commandait en chef, mirent la ville sous sa protection. Le 8, les couleurs anglaises furent arborées sur les édifices publics. Dans la nuit qui suivit, le général Janssens voulut réparer par une autre faute la faute qu’il avait faite de laisser les Anglais débarquer et arriver sans obstacle jusqu’à Batavia ; il tenta un coup de main sur la ville- L’ennemi qui s’y attendait était sous les armes, et quoique les hommes, à défaut d’eau, eussent trouvé dans les maisons beaucoup de liqueurs, l’attaque fut repoussée sans la perle d’un seul homme pour les Anglais.

Deux jours après, le colonel Gillepsie ayant reçu toute son artillerie , prit l’offensive et marcha sur Welterwreden. Les Français l’avaient abandonné et avaient pris position sur la route de Cornelis. Cette position était trèsforte; mais Janssens la laissa tourner, et fut mis en déroute avant même que le gros de l’armée anglaise fût arrivé sur le champ de bataille. Cette bataille peu disputée leur livra 300 canons enfermés dans l’arsenal de Welterwreden et d’immenses approvisionnements de toute nature. La perte des Fraucais sur le champ de bataille fut

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de 500 hommes et de 4 pièces d’artillerie ; les Anglais n’eurent que 17 hommes tués et 72 blessés. Janssens se retira à Cornelis. La mortalité régnait déjà dans ses troupes. Cependant par son énergie il réussissait a relever les courages et à inspirer la confiance du succès. Corne.lis était un camp retranché formidablement fortifié et couvert à l’est et à l’ouest par deux rivières.

L’armée anglaise avait suivi de près les vaincus. Elle fit venir sa réserve et son artillerie de siège, et commença à ouvrir ses tranchées au bruit des fusillades et des cris de vive l empereur! par lesquels les Français célébraient dans ce coin du monde et à 5000 lieues de distance la fête de leur souverain.

Les batteries des assiégeants étaient construites et leurs canons montés dans la nuit du 23; ils tentèrent ce jour-là sur la place un coup de main qui ne réussit pas. Dès le lendemain leur feu commença. La canonnade dura toute la journée et fit de grands ravages dans l’une et dans l’autre armée; mais les Français souffraient plus encore du climat que du feu de l’ennemi. Le général anglais, bien qu’il commandât à des troupes mieux acclimatées par leur habitude de la température et des pays malsains de l’Inde , redoutait cependant pour elles les fatigues d’un long siège et craignait de leur imposer des travaux au-dessus de leur force. Il revenait toujours à l’idée d’en finir par un coup de main heureux. Une seule difficulté l’arrêtait. Les mesures prises parle général Janssens pour cacher à l’ennemi le secret de ses forces et de ses ressources, avaient été si efficaces, que le général Gillepsie ignorait absolument quels étaient la garnison et les approvisionnements du fort ; il ne savait même que d’une manière imparfaite quels étaient ladispositiondesouvrages et leur système de correspondance.

Un déserteur d’origine hollandaise vint lui donner à cet égard les éclaircissements qu’il désirait et la tentative fut résolue. Le 26 août, à minuit, le général Gillepsie se mit lui-même à la tête du détachement aventureux qui

allait exécuter l’entreprise. Le déserteur hollandais lui servait de guide. Il fit un long détour dans un pays fort difficile, où les embarras de la marche eurent bientôt séparé la tête et la queue de la colonne. La première était déjà arrivée à un carrefour où se croisaient plusieurs chemins , lorsque le guide déclara ne plus savoir par où tourner. Après quelques minutes de conseil , un officier qui avait fait précédemment une reconnaissance de ce côté , crut reconnaître le chemin qu’il fallait prendre. Le guide à quelques pas de là se reconnut aussi, et en effet on se trouva bientôt au pied des retranchements français. Alors on s’aperçut que la moitié* de l’armée était rest'ée en arrière, il fallait la rejoindre. On retourne sur ses pas; mais quand les deux fractions du détachement se rencontrèrent, le jour approchait.

Incertain de ce qu'il avait à faire, Gillepsie calcule les inconvénients de la retraite et les dangers d’une attaque qui ne sera plus une surprise.

Mais d’autres attaques sur d’autres points devaient venir en aide à celleci ; elles échoueront si l’attaque principale n’a point lieu. Cette considération jointe au caractère résolu du chef le décide promptement ; déjà , aux lueurs du crépuscule on apercevait les sentinelles françaises. Un qui vive! se fait entendre ; il n’y avait plus un moment à perdre; on s’élance. Un avantposte placé au pied de la principale redoute est enlevé; en un instant toute la ligne des fortifications s’allume et foudroie. Les boulets passent au-dessus de la tête des Anglais qui , chargeant à la baïonnette, montent à l’escalade et s’emparent des canons avant qu’on ait eu le temps de les recharger. Une première redoute était prise et elle livrait le passage de la Slokau.

Après avoir assuré la défense du pont, Gillepsie s’élance sur une autre redoute intérieure et s’en empare encore , non sans quelques pertes. Le colonel Gibbs de son côté en enlève une troisième ; mais là deux officiers français s’étaient juré de ne pas tomber vivants aux mains de l’ennemi. Un

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magasin à poudre où ils mettent le feu fait explosion et emporte avec la redoute les assiégeants et les assiégés. Gibbs, qui déjà loin de là avait été renversé de cheval par la commotion, continue par la droite , Gillepsie par la gauche. Bientôt toutes les batteries françaises sont emportées ; une quatrième redoute tombe dans les mains des Anglais ; et enfin le petit fort de Cornelis se rend presque sans résistance. Le camp retranché avait perdu tous ses retranchements. Tous les corps détachés avaient fait leur jonction, Jaussens ordonna la retraite ; elle se fit sans ordre: et Gillepsie avec la cavalerie poursuivit les vaincus jusqu’à moitié chemin de Buitenzorg .et leur fit 6,000 prisonniers, dont 2 généraux , 5 colonels, 4 majors, 21 chefs de bataillon, 60 capitaines, 124 lieutenants , et enfin deux aides de camp du général Janssens. Par cette capture l’armée française se trouvait réduite à 2,000 hommes, sur lesquels bon nombre de fuyards s’étaient jetés dans les jungles et avaient disparu. L’armée anglaise était de 9,500 hommes. Buitenzorg eût pu être une position formidable, et Janssens avait songé à la faire fortifier; on y travaillait encore lorsque les Anglais y arrivèrent ( 28 août ). Malheureusement les ouvrages étaient trop peu avancés, et d’ailleurs il n'v avait personne pour les défendre. De son armée, le général Janssens n’avait pu rassembler que quelques cavaliers avec lesquels il se retirait vers l’est. Lord Minto qui, à deux reprises et à des époques différentes, lui avait déjà offert la paix , lui fit encore parvenir ses propositions. Le général répondit qu’il se flattait de conserver encore assez de ressources pour fatiguer la fortune ennemie. En même temps il envoyait par les frégates la Nymphe et la Méduse un de ses aides de camp en France, pour y porter les nouvelles des derniers événements et l’assurance de la résolution où il était de ne point abandonner l’île tant qu’il y pourrait tenir. Il espérait tirer parti des indigènes pour faire aux Anglais une guerre de détail qui les

épuiserait et finirait peut-être par les rebuter. Effectivement , la prise du fort de Cheribon et celle du général Jummel , entraînant bientôt la reddition du peu de cavalerie que Janssens avait avec lui , le général . resté seul avec son état-major, en fut réduit à chercher des partisans parmi les indigènes. Dans cette extrémité , il repoussa une fois encore des propositions de paix qui lui furent adressées par le général sir Samuel Auchmuty conjointement avec l’amiral. Sir Samuel lui écrivait : « Assez, Monsieur, a été fait pour la gloire; songez maintenant aux intérêts qui se trouvent sous votre protection. En vous soumettant à une destinée devenue inévitable, arrêtez la main des misérables en ce moment peut-être baignés dans le sang des colons... Mais sij le sang doit être versé sans nécessité , si les indigènes sont laissés libres de piller et de massacrer les Européens de Java , nous vous en rendrons responsables, vous et vos adhérents actuels. C’est notre ferme volonté de prévenir ces horreurs ; votre persévérance dans une cause sans espoir ne doit pas rendre nos efforts inutiles. » Le général répondit : « Les fidèles vassaux du gouvernement ont la même cause à défendre que moimême ; je leur dois la même protection qu’aux sujets directs de Sa Majesté l’empereur et roi. Je ne suis point insensible aux maux endurés par les habitants de la colonie , mais il n’est pas en mon pouvoir de les soulager. J’ai une trop haute opinion de Votre Excellence pour n’être pas assuré qu’en même temps qu’elle combat ceux qui ont les armes à la main , elle saura protéger les paisibles colons et les indigènes qui se trouvent dans les lieux occupé» par les troupes de Sa Majesté Britannique , et prévenir les horreurs qui ne sont pas les résultats nécessaires de la guerre. »

Quelques jours après, le général se trouvait à la tête de 1,500 hommes qui lui avaient été en partie fournis par un prince indigène nommé Prang- Wedom, ayant rang de colonel dans l’armée française. Avec cette force , il

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tint prendre une position formidable par elle-même près de Satnarang, dans la chaîne des montagnes qui partage en deux l’île de Java, de l’est à i’ouest. Ces 1,500 hommes n’étaient guère que de la cavalerie. Malgré cette circonstance, les officiers anglais jugèrent la position inattaquable de froot et résolurent de la tourner. A peine furent-ils maîtres de quelques hauteurs voisines, où ils établirent leur artillerie, que l’armée javanaise de Janssens les voyant se précipiter dans la vallée qui la séparait d’eux, se sentit ébranlée par tant d'audace. Après une courte canonnade elle lâcha pied sans laisser à l'ennemi le temps de remonter la hauteur qu’elle occupait :

Javanais et Malais s’enfuirent sans même emmener leurs canons. Encore une fois resté seul , le général Janssens se réfugia dans le fort de Salatiga, mais là, voyant qu’il ne pouvait tenir et que c’était poursuivre une chimère que de compter sur des soldats comme les indigènes , il fit demander à sir Samuel Auchmuty un armistice pour régler les conditions d’une capitulation. Irrité sans doute des refus qu’il avait essuyés précédemment, sir Samuel ne voulut accorder aucun délai, sauf 24 heures , et aucunes conditions que celles qu’il dicta lui-même. Ces conditions étaient que le traité comprendrait Java et ses dépendances ; que tous les militaires seraient prisonniers de guerre; que le gouvernement anglais demeurerait libre d’agir comme il l’entendrait sur tous les points; que toutefois il garantissait la dette publique et le papiermonnaie liquidé. Janssens eût voulu faire des objections , il sollicita une entrevue avec sir Samuel. Celui-ci mettant dans ses procédés une rigueur peu excusable entre gens de guerre, la refusa avec dureté et insista pour une acceptation immédiate et catégorique.

Il se mit même en mouvement sur Salatiga. Janssens n’avait plus qu’à se soumettre. Il écrivit à sir Samuel une lettre où l’on remarque ces passages : « Dans une situation semblable , je ne pouvais prétendre à dicter

les articles d’une capitulation. Aussi une chose m’a affecté» je l’avoue, c’est le refus de Votre Excellence d’avoir avec moi un entretien. Cela ne l’eût engagée à rien. La prolongation ou la suspension de l’armistice m’était tout à fait indifférente. N’ayant plus un seul -soldat, il n’y avait plus pour moi possibilité de résistance. Je suis convaincu que si Votre Excellence m’eût accordé cet entretien , elle eût consenti , sans abandonner aucun des avantages que son gouvernement venait de gagner, à m’accorder une capitulation dont les termes eussent été moins durs et moins humiliants pour moi. » Il terminait en recommandant au général anglais «d’adoucir, autant qu’il croirait pouvoir le faire, la condition des officiers qui avaient eu le malheur de servir sous ses ordres. » La plainte de l’orgueil blessé dans un cœur plein d’honneur et de courage s’exhale ici avec une dignité qui la rend en quelque sorte plus touchante. Il fut envoyé immédiatement en Angleterre , et “les Anglais ayant conquis Java sur les Français, n’eurent plus qu’à le conquérir sur les indigènes. Un certain sultan de Djocjocarta avec qui les Anglais daignaient vouloir traiter, les força tout à coup à lui faire la guerre. La haine qu’il nourrissait contre les Européens étouffant les rivalités, il s'allia avec son ennemi et voisin le sultan de Soulou. Déjà ses propres troupes avaient été écrasées dans une première rencontre, après quoi Gillepsie était parti pour Sumatra où l’avaient appelé des événements qui seront exposés tout à l'heure. Lorsqu’il revint, les alliés avaient mis sur pied des forces considérables. Après quelques essais de conciliation qui ne firent que rendre l’ermemi plus arrogant, le général jugea qu’il fallait agir avec résolution, et vint se poster devant Djocjocarta. La garnison était de 6 à 7,000 hommes , mais des bandes fort nombreuses et qu’on porte à 100,000 hommes , erraient dans les environs, prêtes à tomber sur les Anglais à la première occasion. Les Anglais s’étaient logés dans un fort bâti

par les Hollandais auprès de Djoejocarta. Le sultan, qui avait escarniouché la veille avec eux, leur fit sommation de se rendre à discrétion, et tenta même pendant la nuit quelques sorties qui furent repoussées. La faiblesse des assiégeants q ii ne leur permettait pas de faire un siège régulier, leur interdisait aussi toute retraite. Il fallait vaincre là ou périr, et l’agitation répandue dans toute l'ile mettait le sort de la récente conquête à la merci de l’événement qui allait se passer. La prise par escalade fut résolue.

Le détachement commandé pour cette opération arriva au pied des murailles et y planta ses échelles sans avoir été aperçu, et malgré le feu engagé presque aussitôt , mais trop tara , par les assiégés, les Anglais restèrent maîtres du rempart, d’où l’ennemi s'enfuit presque sans résistance pour se réfugier dans une mosquée. Là il tint environ trois heures , mais le sultan se vit enfin réduit à se livrer aux Anglais. Ceux-ci avaient combattu un contre dix-sept, aussi, comprenant la nécessité de l'ordre et de la discipline, pas un soldat ne s’était écarté pour le pillage, et dans cette ville prise d’assaut , le sérail même du sultan fut respecté. La prise de Djocjocarta(juin 1812) donna à réfléchir à l’empereur de Soulou , qui se hâta d'accepter la paix aux conditions qu’on lui offrait.

Les autres princes imitèrent cet exemple, et un chef de bandes qui parcourait l’ile se laissa prendre , ce qui acheva de rendre paisible le règne des Anglais dans Java.

A Sumatra régnait un sultan dont le fils aîné, Pangarang-Battou, se plaisait à toute espèce d’excès, et faisait rudement sentir aux habitants de Palimbang qu’ils étaient les sujets de son père. Une nuit, il lui arriva de vouloir faire violence à la femme d’un marchand indigène , dans l’intérieur même de la factorerie hollandaise. Attirée par les cris de cette femme et de son mari , une patrouille hollandaise donna la chasse à Son Altesse et la serra de si près qu’il ne lui resta d’autre ressource que de se jeter à l’eau.

Le prince , humilié de cette aventure, jura de se débarrasser des Hollandais.

Deux jours après , comme leur chef était mandé auprès du sultan, des Malais s’introduisirent dans la factorerie, enlevèrent tout ce qu'ils y trouvèrent, hommes et femmes , et les mirent dans des pirogues où ils les poignardèrent. Les Anglais eussent pu très»

bieu ne prendre aucune part à cette querelle où ils n’étaient point intéressés. Cependant lord Minto, mis en goût de conquête, sans doute par ses premiers succès dans Java, résolut de venger les Européens si indignement massacrés. Vers le 15 avril suivant, la flotte anglaise jetait l’ancre devant Palimbang. Le sultan , qui avait l’intention de se défendre vigoureusement, entama d’abord un simulacre de négociations, et essaya d’attirer les Anglais dans des embûches. Gillepsie , avant de répondre aux tendresses du sultan, demanda des otages, et tout en échangeant des messages avec l’ennemi rusé, força le passage de la rivière Soudang'et prit possession du fort qui commandait ce passage et qu’on hésitait trop à lui livrer. Cette vigueur d’action déconcerta un peu les combinaisons astucieuses du sultan. Mille indices dénotaient aux Anglais les pièges où on les voulait prendre , et les avertissaient de ne point s’endormir sur des négociations perfides. La confusion que la brusque occupation du fort de Borang avaitjetée dans Palimbang , faisait en outre circuler mille bruits alarmants de massacres et de pillages préparés dans la capitale. Pour couper court à ces anxiétés , Gillepsie se fait mettre à terre avec un détachement de grenadiers et quelques officiers . et marche droit à Palimbang. Un coup de canon qu’on entend bientôt après, vient jeter l’alarme dans la flotte sur le sort du général. Un second détachement est expédié à sa recherche. Entouré de bandes armées qui lui adressaient des menaces, mais que son courage et sa fermeté savaient contenir, le général continuait sa marche sur Palimbang.

Les lueurs d’un orage équatorial éclai-

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raient sa marche. Les lueurs de l’incendie s’y ajoutèrent quand il fut entré dans la ville. Arrivé au palais, il trouva les cours et les chambres remplies de sang, parsemées de cadavres. L’incendie dévorait les maisons voisines et menaçait de se communiquer au palais. Pourtant les Anglais ne pouvaient plus le quitter sous peine de périr assassinés par cette foule dont les fureurs et les flots allaient grossissant sans cesse. Ils en fermèrent toutes les issues , excepté une seule , et ils y étaient ainsi barricadés lorsque vers minuit ils entendirent des cris qui leur annonçaient l’arrivée du détachement qu’on avait envoyé après eux. Ce détachement se composait de soixante hommes du 89* régiment. Gillepsie n’en avait amené que douze ou quinze avec lui. C’est avec cette douzaine d’hommes que dans la confusion générale il avait pris possession d’un palais, ou plutôt d’une citadelle garnie de cent dix pièces de canon. Il eut recours aux plus promptes mesures pour rétablir l’ordre, et grâce aux souvenirs laissés par la conduite de Pangarang Battou et par l’administration de son père, les habitants ne cachèrent même pas la joie qu’ils éprouvaient de se voir soumis à ce régime nouveau. Le 28 avril , après avoir arboré les couleurs britanniques sur le palais , le général Gillepsie songea à rétablir un ouvernemcnt dans le pays. Un frère u sultan, Pangarang Aaipati, avait blâmé le massacre dès Hollandais ; le général jeta les yeux sur lui pour remplir le trône vacant. L’esprit de ruse inhérent au naturel des peuples orientaux , et la méliance si nécessaire aux Européens dans les premiers rapports qu’ils ont avec ces peuples, entravèrent pendant quelques jours la solution de cette affaire. Cependant le 14 mai , le nouveau sultan fut installé en grande pompe par Gillepsie au nom de Sa Majesté Britannique et de l'honorable Compagnie des Indes , et deux jours après la flotte mit à la voile pour Java.

L’année 1813 vit encore un renouvellement de la charte de la Compagnie. Les grandes questions du monopole ou

de la liberté du commerce, agitées de nouveau avec passion, obligèrent la Compagnie à défendre son privilège qui allaits’ébranlantdeplusen plus. Elle fit entendre en sa faveur des témoins, parmi lesquels figura en première ligne Warren Ilastings. L’entrée de ce vieillard illustre dans l’enceinte où , pendant tant d'années, il avait vu le glaive des lois suspendu sur son honneur et sur sa liberté , y excita une sensation profonde de curiosité, d’admiration et de respect. Toute l’assemblée se leva d’un mouvement unanime. Les haines étaient effacées, les accusateurs avaient disparu. Une génération avait déjà passé sur l’œuvre de Warren Hastings. A cette distance, les détails, guenille souvent souillée, adhérente à toute œuvre humaine, se perdaient dans l’ampleur du résultat qui seul apparaissait avec grandeur et majesté.

La génération qui saluait Warren Hastings était aussi juste que celle qui l’avait accusé. Le nouveau bill passa , au mois de juillet , dans l’une et dans l'autre chambre. Il n’était qu’une reproduction peu altérée du bill précédent. Le monopole de la Compagnie était maintenu, et la liberté du commerce admise en même temps jusqu’à un certain point par une disposition qui autorisait les vaisseaux d un certain tonnage à trafiquer dans l’Inde, moyennant une licence de la Compagnie. Contre le refus de celle-ci , il y avait appel au bureau du contrôle.

Toutes les autres modifications tendaient à étendre la compétence ou les pouvoirs de ce bureau , c’est-à-dire, du pouvoir royal dont le bureau était une émanation. Quelques mesures étaient prises aussi en faveur de la religion , et un siège épiscopal créé.

Le successeur de lord Minto avait été nommé au moi s d e novembre 1 8 1 2 ; il arriva dans l’Inde l’année suivante; et, le 4 octobre 1813, lord Minto lui remit les pouvoirs. Ce successeur était le marquis d’Hastings. Lord Minto, de retour en Angleterre, y mourut presque aussitôt •

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