‹ Inde histoire et description de tous les peuples, de leurs religions, moeurs, coutumes, industries, etc par m. Dubois de Jancigny et par m. Xavier RaymondChapitre 35 sur 38 · MAHRATTES · texte numérisé non relu

MAHRATTES

Nous avons parlé des précautions que lord Hastingscrut devoir prendre au commencement de la guerre des Gourkhas contre les Pindarrys ou autres ennemis qui pouvaient lui venir de l’ouest. De graves événements en effet se préparaient de ce côté. Grâce à l’abandon formel que les Anglais avaient fait de toute prétention à intervenir dans les affaires des princes du Malwa et du Radjpoutana , Emir Khan,Scindiah, Holkar s’étaient puissamment relevés. Nousneferonspoint entrer nos lecteurs dans le dédale d’intrigues qui les faisaient tantôt s’unir, tantôt s’entre-choquer. La maison de Holkar , un instant compromise par la démence de son chef, avait été soutenue par une femme, Toulsah Rêi. Enlevée par Holkar à son mari qui avait été d’abord jeté en prison, puis envoyé dans le Deccan avec quelques cadeaux, cette femme avait de la beauté , de l’ambition , de l’intelligence et de la cruauté. Fille d’un brahme de la secte de Mann-Bhao, elle avait reçu plus d'instruction que n’en reçoivent ordinairement les filles de l’Inde. Après une révolte contre Holkar, dont la démence était devenue furieuse , elle prit la régence de l’État. La mort de Holkar (1811), qui avait fini par usurper la place de Casi Bao, et par le mettre à mort, ayant fait monter sur le musnud un enfant en bas âge que Djeswunt Rao avait eu d’une femme de caste inférieure, Toulsah Bêi conserva la régence et affermit son pouvoir. Elle joua un grand rôle dans le conflit d’événementsqui agitèrent alors toute cette partie de l’Inde. Au milieu

des trahisons à l’intérieur , des guerres au dedans, des ravages des Pindarrys, elle dépensa en petits moyens, en petites perfidies , en petites cruautés, en petites guerres , toutes plus ou moins nécessaires pour accroître ou seulement pour maintenir sa puissance, une force immense, une résolution inflexible et un remarquable courage. La maison de Holkar, qu’elle avait prise toute ruinée et réduite à rien, se relit entre ses mains et reprit une partie de son lustre. Seindiah, de son côté, avait employé lesloisirsque lui laissait son traité avec les Anglais à réduire tous les petits chefs sur lesquels sa maison pouvait exercer quelues prétentions. Il eut quelques émêlés avec le gouvernement britannique au sujet du rajah de Bhopalqui s'était mis sous la protection de ce puissant voisin. Il en resta dans le cœur de Seindiah des ferments de mécontentement qui, joints à d’autres causes, l’engagèrent bientôt dans des entreprises ou il ne pouvait que perdre ce qu’il venait de reconquérir avec tant d’efforts. Mais, de toutes ces puissances, les Pindarrys surtout s’étaient formidablement accrus ; en 1808 , on en portait déjà le nombre à 60,000.

Ils étaient le brandon de toutes les discordes, les boute-feux de toutes les entreprises, surtout contre le gouvernement anglais.

D’unautrecôté, le peschwah, en travail comme les autres d’une restauration de son pouvoir , supportait douloureusement les étreintes du traité de Bassein. Les difficultés surgissaient à chaque instant dans ses rapports avec les Anglais. Il y eut surtout Une affaire grave à propos d’un compte qu’il voulait forcer le rajah de Gucowar à régler. Comme le compte était écrasant, et que la liquidation eût emporté le Gucowar tout entier, les Anglais interposèrent leur médiation pour empêcher les hostilités imminentes. Un ambassadeur de Gucowar, venu à Pounah sous leur garantie , fut assassiné par suite d’un complot entre le peschwah et son ministre. Le résident anglais demanda au peschwah la puni-

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tion de ce ministre , ou du moins son arrestation jusqu'à ce qu’il eût démontré son innocence. Comme le peschwah éludait et cherchait à gagner du temps, le langage du résident devint bientôt plus ferme et ses exigences plus grandes. Le ministre coupable ne devait plus seulement être arrêté et détenu par le peschwah, mais remis entre les mains des Anglais. Le résident avait sous la main de quoi se faire obéir; Badji Rao, qui avait épuisé toutes les échappatoires, finit par se soumettre. Le ministre Trimburkji fut arrêté et remis aux Anglais, qui l’emmenèrent sous bonne escorte. Le peschxvah , tout en gardant les apparences, ne songea plus qu’à renouer une ligue mahratte contre l’empire anglais.

Vers le même temps , Ragodgi Bhousla étant mort, laissa le trône à son lils. L’état d’imbécillité de ce nouveau rajah nécessitait une régence, pour laquelle se présentaient deux compétiteurs, Bulka Behi, veuve de Ragodgi, et Apa Snhib,son neveu. Les deux partis recherchèrent également l’appui des Anglais, mais Apa Sahib offrit au résident de conclure le traité d’alliance autrefois repoussé par Ragodgi , et d’admettre à sa solde un corps auxiliaire anglais. Le traité fut conclu à ces conditions. L’État de Nagpour entrait dans la ligue formée entre le gouvernement britannique et le Nizam pour la défense du Deccan; Il s’engageait à recevoir une force auxiliaire britannique et à tenir un contingent toujours prêt pour agir en coopération avec cette force; celle-ci était fixée à quatre bataillons d’infanterie, un régiment de cavalerie et de l’artillerie ( peu après on l’augmenta de deux bataillons , et le contingent du rajah fut porté à 5,000 hommes, dont 2,000 d’infanterie). Le rajah s’engageait à supporter une partie de la dépense, imputable sur son propre revenu et non sur une cessioti de territoire; il s’engageait en outre à accepter l’arbitrage des Anglais dans toutes les contestations, et à ne jamais négocier que de concert avec eux. Lecorps auxiliaire devait entrer immédiatement

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en campagne. Ce traité donnait une grande force aux Anglais dans la guerre qu'ils voulaient faire. Aussi , à peine fut-il signé , que la campagne commença.

A force de croître en nombre, les Pindarrys avaient fini par se ranger sous plusieurs chefs, dont quelques-uns même étaient parvenus à se faire de petits États et à devenir des façons de princes. Emir Khan surtout, dans le rôle de souverain , avait presque réussi à oublier et à faire oublier le bandit. Dans cette dernière levée de boucliers des Pindarrys, il eut l’art de ne se point trop compromettre et d’assurer les Anglais de sa neutralité par un traité, ce qui le mit pour la première fois sur le pied de prince reconnu et indépendant. Les autres chefs principaux qui allaient soutenir le poids de la guerre que lord Hastings préparait contre ces bandes, étaient au nombre de trois : Chittou, Kurrini Khan et Wâsil Mahomet. Le gouverneur général se proposait très - sérieusement l’extermination totale des Pindarrys; mais, à vrai dire , ce projet n’était qu’une partie d’un plus vaste plan que la prochaine campagne avait pour but de réaliser. Ce plan n’était rien moins qu’un remaniement du système politique de l’Inde et la reconstitution de l’empire britannique sur une assiette nouvelle. Lord Hastings voulait faire entrer tous les États et tous les princes de l’Inde dans un système de confédération générale, dont le gouvernement anglais aurait été le protecteur et le suprême médiateur. Les relations de ces États entre eux une fois fixées, toute guerre leur eût été interdite, et les possessions , les droits de chacun reconnus, déterminés , lui devenaient ainsi assurés à tout jamais sous la garantie de la puissance anglaise Le retour des désordres qui venaient de les mettre tous à deux doigts d’une ruine complète, était rendu impossible ; la puissance précaire qui , dans tous les temps, était l’état normal de ces princes toujours à la merci d’un voisin insatiable , d’un sujet ambitieux ou de quelque aventurier heureux , faisait

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place à un état stable et inébranlablement fondé. Au moment où la rupture des alliances et la retraite des armées anglaises de l’autre côté de la Djamna avaient laissé tous les princes du Radjpoutana livrés à eux-mêmes, ou plutôt à leurs erinemis, ces malheureux, dans leur détresse, avaient poussé lord Minto à l’exécution d’un plan semblable. Ils lui disaient que l’empire anglais ayant absorbé tous les droits de l’empire mogol, en avait aussi assumé tous les devoirs; qu’il devait la même protection aux opprimés , à ceux qui lui apportaient leurs services en échange de la garantie qu’ils lui demandaient. Mais cette idée d’accepter l’héritage de l'empire mogol effrayait encore des gens qui avaient pourtant l’héritage presque entier dans leurs mains. La cour des directeurs n’eût pas manqué de répudier une ambition si démesurée. Lord Hastings le savait, et néanmoins, plus entreprenant que lord Minto , il put , sous sa responsabilité, aller résolûment où les circonstances le poussaient. Par l’entremise de différents négociateurs, il se mit aussitôt en communication avec Holkar, Scindiah, Émir Khan, les rajahs de Djeypour, Odeypour, Djoudpour, Nagpoür, et autres de moindre importance, et vint lui-même présider sur les lieux tant aux négociations qu’aux opérations militaires contre les Pindarrvs. Il partit de Calcutta le 8 juillet 1817 et remonta le Gange.

Le théâtre de la guerre devait être enveloppé au nord et à l’est par l’armée de i’Indoustan, au sud et à l’ouest parles armées du Deccan. L’armée de i’Indoustan fut partagée en quatre divisions. La première division, ou celle du centre, rassemblée sur la Djamna, entre Kâlpi et Etaweh, se composait de quatre brigades, dont une de cavalerie, sous le commandement du major général Brown. La division de droite, à Agra , commandée par le major général Donkins, n’avait qu’une brigade d’infanterie et une de cavalerie. La division de gauche, àKalinger, dans le Bundelcund, se composait de trois brigades, dont une de cavalerie. La ré-

serve, ou quatrième division, sous les ordres du major général Ochterlony, était composée de la même manière.

Deux autres corps d’observation, sous les ordres du major général Hardyman et du brigadier général Tom , prolongeaient vers l’est cette ligne militaire jusqu’à l’extrémité méridionale du Bahar. L’armée du Deccan formait six divisions, et avait pour général en chef sir Thomas Hislop. La première division , ou division d’avant-garde, était forte de trois brigades d'infanterie, d’une brigade de cavalerie, d’une brigade d’artillerie légère, commandées par sir Thomas. La division de Haïderabad comptait quatre brigades d’infanterie et une de cavalerie sous les ordresdu brigadier général Doweton; la troisième division, deux régiments d’infanterie indigène , un régiment de cavalerie légère, une brigade d’artillerie légère, sous les ordres du brigadier général sir John Malcolm; la quatrième division, à Pounah, trois brigades d’infanterie, trois brigades d’artillerie légère, une brigade de cavalerie , sous les ordres du brigadier général Smith ; la cinquième division, a Nagpour, trois brigades d’infanterie, plus quelques détachements d’infanterie indigène et de cavalerie. La division de réserve , commandée par le brigadier général Rlunro,se composait d’une brigade d’infanterie, d’une brigade de cavalerie et d’un détachement d’artillerie de Madras. Un autre corps s’organisait dans le Guzerate pour agir de ce côté. Tel était l’ensemble des forces qui allaient non-seulement anéantir les Pindarrys, mais encore abolir le gouvernement du peschwah , et substituer à son pouvoir, dans l’empire mahratte, la suprématie britannique.

Grâce aux intrigues de Badji Rao , les négociations entamées par lord Hastings avaient en effet assez peu réussi , excepté auprès du rajah de Bhopal et d’Emir Khan. Scindiah ne montrait qu’un bon vouloir douteux.

La cour de Holkar était divisée en deux factions, dont l'une voulait l’alhance , l’autre la guerre avec les Au-

lais. Le peschwah , tout en gardant es apparences amicales dans ses relations officielles avec les Anglais, était l'âme de toutes ces résistances et de toutes ces menées hostiles. Apa Sahib , surtout , malgré les services qu’il avait reçus des Anglais, et le traité que lui‘même avait sollicité , tendait visiblement à se compromettre. Les événements vinrent bientôt lui en fournir l’occasion. Le Guzerate et i’Indoustan voyaient se former une coalition souterraine contre les Anglais. Le résident, M. Elphinstone, parvenait de temps en temps à en saisir quelque trace, mais il la perdait aussitôt. On en était à ces agitations sourdes , lorsque le 2 septembre 1816 Trimbukji , bien qu’étroitement gardé, s’évada. Malgré les actives recherches auxquelles on se livra aussitôt, on fut plusieurs mois sans en avoir de nouvelles. Dans l’intervalle, le lieutenaut-eolonel Walker , chef du corps auxiliaire que le dernier traité avec Apa Sahib avait introduit dans le Bérar, avait tenté quelques opérations sur la Nerbudda (octobre 1816), contre les Pindarrys qui, malgré quelques échecs , n’en étaient devenus que plus audacieux , et le rajah de Nagpour avant été étranglé dans son lit ( l*r février 1817), Apa Sahib changea son titre de régent contre celui de rajah du Bérar, sous le nom de Moudadji Bhousla. Vers la même époque, le résident apprit que des troubles se manifestaient du côté de Punderpour et Mohadeo , au sud-est de Pounah. Le peschwah, sur la dénonciation que lui en lit M. Elphinstone, montra le plus grand empressement à envoyer des troupes pour les réprimer. On sut bientôt que Trimbukji errait dans le pays insurgé. Le résident soupçonnait, sans en rien laisser voir d’abord , que le peschwah était en communication avec le fugitif. Badji Rao ne cessait de protester de sa fidélité, et offrait libéralement ses troupes pour tous les services qu’on en voudrait exiger. Ces démonstrations touchaient peu le résident qui, pour avoir la mesure de la bonne toi au peschwah , finit par lui

en demander des preuves plus convaincantes. Depuisquelquetemps, le peschwah faisait de grands préparatifs que ne justifiaient plus ses démêlés avec le Guicowar, sur lequel , par condescendance pour les Anglais, il venait d’abandonner ses prétentions, l.e résident lui demanda: l’arrestation de tous les parents et adhérents connus de Trimbukji ; la discontinuation des enrôlements pour l’armée ; le licenciement des nouvelles levées : l’interruption des approvisionnements et des réparations qu’il faisait dans ses forteresses. Le peschwah fit immédiatement arrêter les personnes designées, et s’engagea sansplusde difficulté sur les autres exigences du résident. Cependant les rassemblements de troupes se continuaient toujours autour de Pounah ; les achats aattelages et autres préparatifs de guerre allaient leur train ; les trésors du peschwah étaient envoyés en lieu de sûreté. Le résident lui fit encore une sommation de remplir les conditions qu’il avait acceptées et de désarmer sur-le-champ, lui déclarant en outre que sa sortie de Pounah serait considérée comme une déclaration de guerre. Cette sommation fut appuyée d’un mouvement des troupes anglaises. Un rapport sur les événements, envoyé au gouverneur énéral, tenait suspendues sur la tête e Badji Rao des conditions plus dures que celles qui lui avaient été imposées. Il se sentit hésiter, et chercha a gagner du temps en pourparlers ; mais M. Elphinstone, qui avait déféré l’affaire à l’autorité supérieure, refusait désormais de s'y engager plus loin, avant d’avoir reçu des instructions nouvelles. En attendant, il continuait à concentrer des troupes. Si le peschwah attendait, pour prendre un parti décisif, quelque succès remporté par les insurgés , il dut ajourner scs espérances. Le colonel Smith venait d’en disperser une partie, et le capitaine Davies en ayant rencontré 2,000 dans le Kandéisn , où ils s’efforcaient de pénétrer, les avait hachés et mis en déroute complète. Cependant une autre insurrection , dans la pro-

>ogle

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vinte de Kottak, interceptant les communications entre Calcutta etPounab, M. Elphinstone prit sur lui d’agir provisoirement d’après les pouvoirs dont il était déjà investi. Il remit au peschwah un ultimatum exigeant : t° la promesse, sous serment, de livrer Trimbukji dans un délai donné; 2° la reddition des forteresses de Pourundur, de Singhur et de Raïghur. C’est dans cette dernière que le peschwah avait envoyé ses trésors. Un délai de vingt-quatre heures seulement lui était donne pour faire connaître sa réponse.

La peur s’emparant du peschwah , il livra ses forteresses, dont les Anglais prirent immédiatement possession.

Toutefois M. Elphinstone ut entendre à Badji Rao qu’il ne devait pas espérer que le gouverneur général le tînt quitte à ce prix, et qu’on en restât désormais avec lui aux termes du traité de Bassein.

En effet, les instructions qui arrivèrent aussitôt après ( 10 mai ), portaient sur trois hypothèses. Dans la première , si le peschwah avait livré Trimbukji ou fait sincèrement tous ses efforts pour s’en emparer, les relations devaient être rétablies avec lui dans les termes où les avait mises le dernier traité de 1815, après la première arrestation de Trimbukji. Si le peschwah n’avait rien fait pour remplir ses promesses et l’atteute de ses alliés, on devait, avant tout arrangement, exigerdes otages pour garantie de la réalisation de ces promesses, et exiger pour l’avenir d’autres garanties qui étaient: 1° la cession d’un territoire comprenant le fort d’Ahmednaggur jusqu’à concurrence d’un revenu de 20 lacs de roupies pour l’entretien d’un corps de 5,000 chevaux et de 3,000 fantassins; 2° la cession de toutes les prétentions du peschwah sur le Guzerate, le Bundelcund ou autres parties de l’indoustan ; en un mot, l’abdication de toute suprématie sur l’empire mahratte ; enfin , le renouvellement de la ferme d’Ahmenabad au Guicowar, renouvellement qui était l'origine des différends du peschwah avec ce pays.

Quant à la troisième hypothèse, qui était celle du refus positif d’agir contre Trimbukji, ou seulement de l’emploi de nouveaux moyens évasifs , elle emportait l'arrestation immédiate de la personne du peschwah, et l’autorisation d’établir dans ses États un gouvernement provisoire.

Le peschwah s’était misdans le cas de la seconde hypothèse. Il prit aussitôt des mesures pour pouvoir invoquer le bénéfice de la première. Il promit une somme de deux lacs de roupies et un village du revenu de mille roupiesàqui lui livrerait Trimbukji. Il envoya de nombreuses copies de cette proclamation à M. Elphinstone, pour qu’il les répandît lui-même. Le résident fut inflexible; il enchérit même sur les rigueurs du gouverneur général, en portant à trente-cinq lacs annuels de roupies la valeur du territoire exigé par lord Hastings , à cause de certaines dépenses oubliées par celui-ci. Le 7 juin était le dernier terme accordé pour l’arrestation de Trimbukji. Ce délai étant expiré, le peschwah fut définitivement sommé de signer le traité, seule voie de salut qui lui restât, et il le signa en effet le 18.

Ce traité de Ponnah , qui avait pour objet de garrotter le peschwah et de paralyser son mauvais vouloir, fut blâmé par quelques-uns , comme insuffisant. Les censeurs auraient voulu que le peschwah fût dépouillé de tous ses pouvoirs. Toutefois , l’événement démontra que la modération dans laquelle le gouvernement avait cru plus sage de se tenir, avait encore dépassé le but , et que ce traité , blâmé comme trop doux , était assez rigoureux pour pousser le peschwah à des entreprises désespérées. Scindiah signa aussi, le 6 novembre suivant , un traité qui mettait au service des Anglais sa coopération contre les Pindarrys. Le secours du gouvernement britannique lui était assuré contre ses propres troupes si elles résistaient à ses ordres. Mais, en revanche, on lui demandait l’occupation des forts d’Assirghur et de Hindiÿ pendant la durée de Va campagne, des fonds pour l’entretien de 5,000

chevaux pendant trois ans, l'annulation du traite précédent en divers points , mais surtout en tant qu'il garantissait l’indépendance de Scindiah dans le Malwa, le Miwar et le Marwar, enfin, sa résidence à Goualior ou en tout autre lieu qui lui serait indiqué. Pris en faute dans les diverses correspondances qu’il entretenait avec lepeschwah ou les Ghourkas, cerné par les troupes anglaises qui se concentraient de toutes parts, comme on l’a vu, le rajah ne pouvait que se résigner. Il signa, mais évita autant qu’il put de remplir les conditions qu’on lui imposait.

Un allié plus fidèle fut Émir Khan.

Le traité qu’on lui proposait avait pour lui cet avantage très-séduisant, qu’il le mettait sur le pied de prince reconnu, lui garantissait tous les territoires qu’il avait acquis, légitimement ou non, dans les États de Holkar. Mais ce malheureux prince payait son titre par des concessions bien dures. On exigeait qu’il congédiât ses Afghans, qu’il livrât toute son artillerie moyennant un prix convenu, qu’il fournît son contingent contre les Pindarrys; enfin, qu’il livrât son fils comme otage. De pareilles conditions lui donnaient à réfléchir. Mais l’armée anglaise était aux portes. Il signa donc, le 9 novembre, et, chose plus surprenante, signa de bonne foi.

D’autres princes de moindre importance , jusque-là feudataires de Scindiah ou du peschwah, en firent autant, et se rangèrent ainsi sous la protection anglaise. Mais alors les événements venaient de changer de face, et l’hostilité déclarée du peschwah avait fait diversion aux opérations déjà commencées contre les Pindarrys.

Sous prétexte d’un grand zèle pour la cause de ses alliés les Anglais, Badji- Rao avait fait, de nombreuses levées de troupes, et se trouvait à la tête de 35,000 hommes, dont 10,000 d’infanterie. Le 5 novembre , un grand tumulte éclata à Pounah. Aux questions du résident , qui fit interroger les ministres sur les causes de ce tapage, il fut répondu que l’unique cause était le mouvement des troupes destinées à accompagner le peschwah dans un pè-

lerinage pieux qu’il voulait faire dès le jour même . Mais quelques heu res a près, un envoyé du peschwah vint sommer le résident d'éloigner les troupes européennes, et de réduire la brigade indigène, à laquelle il assignait aussi un cantonnement déterminé. Il n’y avait alors de troupes anglaises dans Pounah que la garde du résident. L’armée était en position à trois milles de la ville, sur les bords de la rivière Moutta, dont elle gardait le pont pour maintenir ses communications avec Bombay. M. Elphinstone repoussa les propositions du peschwah, mais, n’ayant pas de quoi répondre à ses menaces, il se hâta d’abandonner la résidence et de se réfugier sous la protection de l’armée.

Comme il venait de quitter son palais, la soldatesque l’envahit, le dévasta et y mit le feu. Le masque était tombé.

Dès le matin , l’armée mahratte s’était postée en face de l’armée anglaise, et a deux milles environ de distance.

Badji Rao l’eut bientôt rejointe en personne , et se plaça sur une éminence, pour être témoin de l’action qui allait s’engager. L’issue n’en fut pas heureuse pour lui. Après une bataille vivement disputée , il laissa 500 hommes sur le terrain, et fut ramené, dans les positions que ses troupes avaient occupées le matin. Les Anglais n’étaient pas assez forts pour prendre plus énergiquement l’offensive. Mais une division de renfort leur arrivait des bords de la Godavery. Le 12, ils envoyèrent à sa rencontre, et la jonction s’étant complètement effectuée le 14, on fit les préparatifs d’une attaque décisive. Le peschwah parut aussi en vouloir courir le hasard. Pendant deux jours , les armées escarmouchèrent autour des points qu’elles voulaient occuper, et même il yen eut un que les Malirattes disputèrent vivement. Mais leurs efforts échouèrent, et ce fut là sans doute ce qui détourna le peschwah de plus rien tenter sur ce terrain. Le 17 il se mit en retraite avec une partie de son armée sur Pourundar, le reste se dirigea sur Sunghur.

Les premières opérations contre les Pindarrys avaient été heureuses. Les durrahs (bandes) de Khurrim Khan et

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de Wâsil Mahomet étaient en pleine déroute, et les habiles dispositions du gouverneur général en devaient amener l’extermination complète; mais un terrible fléau vint sévir contre son armée. Le choléra-morbus , qui avait commencé, l’année précédente (1817), dans le Delta du Gange , le long voyage qu’il est venu terminer quinze ans plus tard sur les derniers confins de l’Europe , en était alors aux rives de la Djamna et de la Tchambul. Le corps d'armée commandé par lord Hastings en personne eut surtout à souffrir des ’ ravages de ce fléau. Engagé dans les fonds malsains du Bundelcund , il jonchait de ses morts les chemins qu’il parcourait. Ce qui survivait était paralysé par la terreur. Le gouverneur général se vit réduit à chercher ailleurs un air plus salubre, et ouvrit ainsi une trouée dans le cercle que les Anglais avaient tracé autour de leurs ennemis.

Scindiah profita de cette retraite pour renouer avec les Pindarrys; il leur offrit un refuge à Gonalior, dont le chemin leur était libre désormais, et s’engagea à les y rejoindre. Battus alors dans le sud du Malwa, ils acceptèrent le refuge qui leur était offert , et leur mouvement ramena en grande hâte l’armée anglaise sur ses positions offensives. Malgré le triste état où elle se trouvait, elle vint à bout de leur fermer tous les chemins. Quelques petites rencontres où ils obtinrent des avantages insignifiants ne les pouvaient sauver d'une ruine imminente; mais la faiblesse de l’armée anglaise et la pesanteur de sa marche, embarrassée d’artillerie, contre un ennemi que sa rapidité dérobait aux coups les plus assurés, reculaient toujours le moment décisif. Les Pindarrys couraient du nord nu sud , de l’est à l’ouest, et partout, bien qu’inattendus, ils trouvaient bonne garde et les Anglais en mesure de les recevoir, sans être pour cela en mesure de les achever. Serrées de si près , ces bandes allaient cependant se désorganisant petit à petit , elles perdaient leurs bagages , leurs chevaux.

Dans une surprise, Kurrim Khan faillit être enlevé. De sa personne il

s’échappa; mais ses femmes et leur suite restèrent au pouvoir des Anglais.

Sur ces entrefaites, Holkar se décida b son tour à faire sa levée de bouclier». Une intrigue de palais, conduite par les gens qui voulaient la guerre , renversa le ministre Tantia-Jog et attenta à la personne même de la régente, Toulsah-Béi. Cette femme ambitieuse, et qui avait déployé de l'énergie dans le cours de sa fortune, se sentit faiblir au moment des revers. Jetée en prison, elle s’y répandit en larmes et s’abaissa aux supplications. Mais ni cette humiliation, ni sa beauté ne purent toucher le cœur de ses ennemis , qui lui firent couper la tête et jetèrent son corps dans la Siprah. Le parti de la guerre triomphant, ne songea plus qu’à suivre ses projets contre les Anglais. L’armée mahratte rencontra, le 21 décembre, le corps de sir John Malcolm , sur les bords de la Siprah , et fut complètement défaite dans une position redoutable. Le jeune MulharRao, âgé de douze ans , y combattit de ses propres mains avec acharnement. Dans la bataille, il se comporta comme un homme; au moment de la défaite il pleura comme un enfant. Cette seule défaite avait en effet détruit ses forces, et les dispositions pacifiques avaient repris le dessus dans le durbar ou conseil.

Le traité qu’on lui imposa mettait ses Etats sous la protection britannique ; le rajah reconnaissait la souveraineté d’Emir Khan sur toutes les portions du territoire de Holkar qui avaient été attribuées à ce chef par les Anglais; il cédait en outre à ceux-ci les territoires de Puchpuhar, Dîg, Gungrar et Ahour, ainsi que tout ce que Holkar possédait au nord des montagnes de Miwar; il stipulait en faveur du gouvernement anglais sa renonciation à tous les tributs qu’il prélevait sur les Radjpouts ; enfin , il s'obligeait à fournir aux vainqueurs un corps auxiliaire de 3,000 hommes. Ce traité fut signé au milieu du mois de janvier suivant (1818), et les Pindarrys n’eurent pas le temps de mettre à profit la diversion tentée par Holkar.

Une autre diversion tentée par le

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rajah de Nagpour, Apa-Sahib, aussitôt après la nouvelle de la rupture du peschwah, n'avait pas été plus heureuse. Une première leçon reçue par le rajah sous les murs ‘de sa capitale l’avait réduit à demander la paix. Mais, avant d’entrer en pourparler, le résident anglais, qui avait remporté cet avantage avec le peu de troupes qu’il avait sous la main, voulait appuyer sea négociations de forces plus imposantes.

Le général Doweton, appelé par lui , étant arrivé avec sa brigade, le résident signifia alors ses conditions, qui étaient que le rajah livrerait son artillerie, licencierait ses Arabes ainsi que toutes ses troupes mercenaires, et qu’il se constituerait prisonnier jusqu'à l’accomplissement des clauses de cette capitulation. Le rajah n’edt pas demandé mieux, mais ses troupes s’y opposèrent; si bien qu’il ne put leur échapper qu’en venant se livrer aux Anglais. Ses troupes persistant dans leur révolte, il en fallut venir au moyen de la force. Une seconde bataille, livrée sous les murs de Nagpour, eut pour résultat la défaite des insurgés, qui y perdirent 41 éléphants et 64 pièces de canon. Leur résolution n’en fut pas tellement ébranlée, que5,000 Arabes ou Indous, enfermés dans Nagpour, ne se déterminassent à s’y défendre, malgré les ordres positifs de licenciement donnés par le rajah. Le siégé , commencé aussitôt, n’eut pas d’abord de résultats, faute de grosse artillerie; mais comme le général Doweton avait pris le parti de suspendre ses opérations jusqu’à ce qu’elle lui fût arrivée, les assiégés, comprenant que leur position n’était pas tenable, offrirent de se retirer avec leurs familles et tout ce qui leur appartenait , même leurs armes. Cette proposition ayant été acceptée, ils évacuèrent la citadelle de Nagpour, le 30 décembre. Le résident profita de ces événements pour soumettre le rajah à des dispositions qui mettaient son gouvernement et ses États complètement à la merci des Anglais , auxquels il abandonnait en outre un territoire du revenu de vingt-quatre lacs de roupies. Ainsi se trouvait étouffée,

dès le premier pas , une coalition qui eût pu leur devenir formidable, si le peschwah, Holkar et Apa Sahib avaient mieux concerté leurs entreprises. De tant d'ennemis conjurés , il ne restait, en moins de six semaines, que les Pindarrys, qui étaient cernés, et le peschwah, qui fuyait toujours.

Ce n'est pas que la soumission d’Apa- Sahib fût bien sincère, et il allait bieutôt en donner des preuves. Le succès de sa dernière révolte n’avait pourtant rien de bien encourageant. Non-seulement elle lui avait été funeste à luimême , mais elle n’avait fait en faveur de ses alliés qu'une diversion tout à fait impuissante. Le 12 janvier, les restes des durralis de Kurrim Khan et de Wasil Mahomet avaient été exterminés par le colonel Adams , sur les bords de la Tchambul. Plusieurs chefs étaient restés morts sur le terrain. Les autres, à bout de ressources, étaient venus d’eux-mêmes se remettre aux mains des Anglais, sous la seule promesse de la vie sauve , et à condition de n’ëtre envoyés ni en Europe , ni à Calcutta. Kurrim-Khan , après avoir erré quelque temps parmi les jungles , sentant l’impossibilité d’une résistance plus longue, vint aussi, le 15 février, se rendre à sir John Malcolm, et obtint du gouvernement anglais un territoire du revenu de 1,000 roupies par mois. Wasil Mahomet, pris et livré par Scindinh, se refusait néanmoins encore à toute proposition d’arrangement. Mais découvert dans des préparatifs d’évasion , il s’empoisonna. Chettou, errant dans le Malwa, s’était laissé surprendre et disperser, le 23 janvier, aux environs de Kurnod. Réduit aussi a demander la paix , pjr l'entremise du nabab de Bhopâl , et ne voyant pas agréer assez vite les conditions qu'il proposait, il disparut tout à coup , et gagna la province de Kandeish , où il ramassa quelques débris de l’armée du peschwah; il se maintint ainsi , pendant la saison des pluies, dans les montagnes de Mohadeo. A la reprise de la campagne, il se trouva sans ressources et sans refuge que les jungles du voisinage. II

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s’y enfonça et y fut dévoré par les tigres. Son cheval , rencontré par quelques soldats anglais , les mit sur la voie; ils pénétrèrent dans le jungle où ils trouvèrent quelques ossements , puis des lambeaux de vêtements ensanglantés , puis enfin la tête encore très-reconnaissable de Chettou. Ainsi finit le dernier des Pindarrys.

Cette défaite des Pindarrys et les derniers événements de Nagpour avaient tellement établi la prédominance anglaise, que le gouverneur général avait cru pouvoir dissoudre immédiatement formée du Deccan.

Le peschwah lui-même n’était plus un sujet d’inquiétudes. Après ses premiers échecs sous les murs de Pounah , bien qu’il lui restât encore environ 30,000 hommes , il avait commencé cette guerre fuyante qui consistait bien plus à éviter l’ennemi qu’à le combattre. Avec toute son armée , il n’avait pu venir à bout d’un faible détachement anglais qu’il avait surpris, ou plutôt par lequel il s’était laissé surprendre à Korcigaum. Suivi de près , et pour ainsi dire toujours à vue, par le général Smith, par le brigadier général Prietzler, il avait l’art de se dérober à tout engagement , même de cavalerie , et quelques volées d’artillerie pouvaient à peine l’atteindre de temps en temps.

Il mettait un art infini a leur faire perdre sa piste , divisant son armée , ni se reformait plus loin, pour se isséminer encore par divers chemins et maintenir ainsi toujours l’ennemi dans une ignorance complète de celui qu’avait pris le peschwah. Durant les diverses insurrections d’Apa- Sahib, il avait essayé de se rapprocher de N agpour, et avait échoué dans toutes ses tentatives. Déjà, en ce moment, son pouvoir était déclaré aboli par les Anglais. A Sittarah, l’ancienne capitalertes Mahrattes, ils avaient retrouvé le aermer descendant de Sivadji, le dernier rajah de cette dynastie dont les

Îieschwahs ou ministres avaient usurpé es pouvoirs, et ils l’avaient rétabli dans la plénitude de sa puissance, sous la protection anglaise. Badji-Rao voyait de tous côtés ses alliés vaincus, "ses

villes prises, ses plans déjoués, ses ressources épuisées ; enfin toute espérance de traiter honorablement avec les Anglais venait de lui être enlevée par l’abolition de sa dignité. Dans de telles circonstances, Apa-Sahib, qui venait d’éprouver sa propre impuissance , ne craignit pas de renouer ses intrigues avec le peschwah. Un de ses agents, observé de près par le résident britannique, M. Jenkins, fut trouvé nanti d’une lettre écrite par le prince lui-même. Les circonstances étaient graves. Le bruit courait alors qu’un des lieutenants du peschwah était en marche sur Nagpour, et que Badji-Rao le suivait à peu de distance. M. Jenkins crut devoir employer des mesures énergiques; il somma le rajah de venir s’établir à la résidence jusqu’à l’éclaircissement de ces difficultés nouvelles, et, sur son refus, il le fit arrêter (15 mars). L’emprisonnement, nous l’avons dit, est une peine dégradante pour des Indous. Badji-Rao marchait en effet sur Nagpour lorsqu’il apprit l’arrestation d’Àpa-Sahib; mais toutes les mesures étaient prises pour le bien recevoir. Trois corps d’armée l’enveloppaient sans qu’il le silt. Il fuyait devant celui du colonel Scott, lorsqu’il s’aperçut qu’il allait donner en plein sur celui du général Doweton. Il change aussitôt de direction; mais, au village de Souni , non loin de la Wurda , son avant-garde se heurta contre celle du colonel Adams, qui marchait sur Clianda, ville importante dont il fallait s’emparer. La bataille était devenue inévitable. Le colonel Adams ne prend que le temps de laisser arriver sa cavalerie, fond sur les Mahrattes, les culbute dans une première, puis dans une seconde vallée où le gros de leur armée tentait de se reformer, leur prend leur artillerie, trois éléphants, deux cents chameaux, et leur tue un millier d’hommes, sans autre perle, pour les Anglais, que dix blesses. Cette défaite était le coup de grâce donné au peschwah. Ses lieutenants eux-mêmes renoncèrent à suivre sa fortune; trois d’entre eux seulement lui demeurèrent fidèles , et parmi eux ce Trimbukji,, si

compromis à l’origine de cette guerre.

En peu de jours , son armée se trouva réduite à 8 ou 10,000 hommes. Il voulut recommencer ce système de marches et de contre-marches , qui lui donnait du moins l'air de tenir la campagne, et qui, s’il ne rétablissait pas ses affaires , maintenait son drapeau debout. Mais le peu de places qui lui étaient restées tombaient chaque jour au pouvoir de l’ennemi. Le général Prietzler prenait Wusota; lelieutenantcolonel Mac Dowell s’emparaitdes forts de Bajdeho, Unkyl, Dbourupet Trimbuk , dont la possession rendait les Anglais maîtres de la vallée de la Godavery, et fermait au peschwah la routedu Kandeish, province qui, d’ailleurs, tombait, comme tout le reste, sous le joug des vainqueurs. Après le siège de Wusota, le général Prietzler était venu attaquer Solapour (9 mai) , où se trouvait la principale infanterie du peschwah, avait battu un corps mahratte qui venait au secours de la place, et forcé celle-ci à capituler. Dans le même temps , le colonel Adams emportait Chanda d’assaut (19 mai). Tant de revers réduisaient le peschwah à la dernière extrémité; il ne conservait plus qu’un espoir, celui de gagner les États de Daouiut Rao Scindiah, et d’obtenir, par la médiation de ce prince, un arrangement avec les Anglais. Toutefois, et sans plus attendre, il s’adressa d’abord directement aux résidents de Nagpour et de Pounah.

Sa marche sur le Malwa fut arrêtée par les troupes de sir John Malcolm qui avait mis en état de défense toute la ligne de la Nerbudda, depuis Hindia jusqu’à Muheswur; il se retourna au sud-est, vers Bourhampour, .où la route lui fut encore fermée; de quelque côté qu’il se jetât, il se trouvait cerné comme à Souni. Toujours actif et toujours intrépide, il essayait neanmoins de recruter ses partisans et de nouer de nouvelles intrigues. Mais la nécessité l’enserrait chaque jour de plus près, et, vers le milieu du mois de mai , il fut réduit à solliciter de sir John Malcolm une entrevue. Cette conférence , d’abord repoussée par le

général anglais , eut lieu cependant à Kharie, le t"- juin. L’accord ne put se faire dès la première entrevue. Le général avait signifié que lu base de tout arrangement serait la déchéance du peschwah , sa translation hors du Deccan et la tradition de Trimbukji.

Malgré ces préliminaires, le peschwah affecta de renchérir presque sur le cérémonial qu'il pouvait déployer aux plus heureux jours de sa puissance.

Assis sous un dais, entouré de sa cour, pendant un quart d’heure il n’adressa la parole à sir John Malcolm qu’en la misant passer par la bouche d'un tiers. Mais bientôt il le fit entrer sous une tente, et là il laissa éclater toute l’humilité de sa situation. Il évoqua dans le cœur du général d’anciens souvenirs d’amitié, débattit les clauses de l'arrangement qui lui était imposé, et finit par demander une seconde conférence pour le lendemain. Peut-être à cause de ces souvenirs invoqués par le peschwah , sir John ne voulut pas renouveler cette épreuve pénible. Le lendemain , il se borna à lui faire remettre une copie de l’ultimatum qu’il lui avait fait connaître. Les clauses principales étaient celles-ci : 1° Badji- Rao renonçait pour lui-même et pour les siens à tout droit, titre ou prétention sur le gouvernement de Pounah.

2° Il se rendrait immédiatement avec sa famille et une suite peu nombreuse, au camp du brigadier général Malcolm, d’où il serait dirigé, avec les honneurs dus à son rang, sur Bénarès ou toute autre résidence qu’il plairait au gouverneur général de lui assigner. 3° Dans l’intérêt urgent de la pacification du Deccan, et vu l’époque avancée de la saison, Badji-Rao se mettrait en route pour rindostan sans un jour de délai ; toute facilité serait donnée aux membres de sa famille pour le rejoindre aussitôt que possible , avec toutes les commodités qui pourraient leur rendre le voyage agréable. 4° Badji-Rao, après la conclusion de cet arrangement , recevrait, pour lui et les siens, une pension qui serait réglée par le gouverneur général, mais dont sir John Malcolm prenait sur lui de garantir le

L’UNIVERS

minimum à la somme annuelle de huit lacs de roupies. D’autres stipulations de faveur concernaient les adhérents du peschwah , les brahmes entretenus par sa famille, etc.; enfin, la dernière clause portait que si , même après l’acceptation de ces propositions, te peschwah ne s’était pas rendu au camp anglais dans les vingt-quatre heures, les hostilités recommenceraient immédiatement, et il n’y aurait plus lieu à aucune négociation ultérieure.

Ce ne fut pas sans hésitation que le peschwah accepta. Mais les préparatifs militaires de sir John annonçant la ferme résolution où il était de maintenir ses conditions dans toute leur rigueur, le vaincu s'exécuta et vint , avec toutes ses troupes, montant alors à 7,000 hommes, dont 1,200 Arabes, asseoir son camp à côté de celui des Anglais. Le général anglais voulut bien tolérer cette escorte plus forte que ne le portait le traité. Au reste , le peschwah lui-même, malgré son goût pour le faste dans ce moment de complète décadence, ne triomphait probablement pas trop de voir une si grosse compagnie attachée à ses pas. Cette suite si nombreuse n’était en effet pour lui qu’une escorte de créanciers armés, et dont l’unique gage était la personne du peschwah ; aussi n’étaient-ils pas d’humeur à s’en dessaisir.

Sir John Malcolm avait autorisé Badji- Rao à marcher séparément à la tête de cette troupe. Les 1,200 Arabes en profitèrent pour réclamer impérieusement l’arriéré de leursolde. Leur exempleentralna facilement celte foule d’aventuriers mahrattes, pindarrys, afghans, dont le peschwah avait recruté son armée , et bientôt elle se trouva presque tout entière en révolte. A cette nouvelle, sir John Malcolm fait rétrograder un corps d’armée anglais qui marchait en avant de l’armée mahratte.

Toutefois, il voulait plutôt le montrer que le faire agir, car, plutôt que de rendre le peschwah aux Anglais par la force, les révoltés l'eussent massacré.

Un de leurs chefs se trouvait heureusement animé d'intentions pacifiques.

Pendant que les plus échauffés escar-

mouchaient contre les Anglais , qui ne ripostaient pas, sir John obtenait, par l’influence de ce chef, qu’ils cessassent leur feu , et , sur sa parole qu’ils ne seraient point attaqués après avoir relâché le peschwah , ils consentirent à le remettre entre ses mains. A partir de ce moment , Badji-Rao ne marcha plus que sous escorte anglaise ; il fut dirigé d’abord sur la Nerbudda, puis de là sur Bitiiour, lieu qui lui était assigné comme résidence. Un officier anglais resta attaché à sa personne, pour surveiller sa conduite; mais aucune autre restriction que celles-là ne fut mise à sa liberté. Trimbukji, qui avait essayé de faire admettre sa capitulation en même temps que celle du peschwah , avait vu ses conditions repoussées , et s’était remis à battre les buissons-, il fut pris et enfermé dans une forteresse. Seul, Apa-Sahib restait insoumis. Après la dissolution de l’armée de Badji-Rao , il en ramassa quelques débris , et se réfugia dans les montagnes de Mohadeo- De là , il appela à lui les Arabes de la province de Kandeish. Un corps de ces derniers ayant enveloppé et massacré un détachement anglais qui marchait à leur rencontre, ce premier succès enfla les courages, et en amena d’autres du même genre.

Apa-Sahib n’en était que plus animé à renouer des intrigues de tous côtés.

Il réussit peu dans les terres de la domination de Scindiah , où plusieurs de ses agents se laissèrent découvrir; mais dans ses anciens États à lui-même , il vint à bout de soulever une partie de la province de Bérar, à l’est de Nagpôur. Cette insurrection, assez formidable dès l’abord , ne put se soutenir que jusqu'au mois d’octobre. Alors, Apa-Sahib se vit encore une fois réduit à chercher un asile dans les montagnes de. Mohadeo. Traqué dans ces montagnes par trois corps d'armée, qui lui en eussent fermé toutes les issues , il trouva un dernier refuge dans la forteresse d’Assirghur, appartenant à Scindiah. Le gouverneur de cette forteresse ne fit pas difficulté de la lui ouvrir, mais, parun singulier scrupule, il ne la voulut ouvrir qu’à lui. Les

INDE

in

compagnons du rajah fugitif restaient dehors. Il n’en demeurait pas moins coupable de trahison envers les Anglais et de révolte apparente contre son maître. Mais il avait de celui-ci des ordres secrets, comme la suite le fit voir. Après l’avoir inutilement sommé de leur ouvrir la place et de livrer son hôte, les Anglais se virent dans l'obligation de l’assiéger en règle.

Scindiah n’eut pas l’air d’hésiter à fournir son contingent d’hommes et de munitions pour ce siège, dirigé contre une place et un gouverneur à lui; il ne craignit môme pas de compromettre son autorité en envoyant à diverses reprises à son gouverneur les ordres les plus formels pour l’admission des Anglais dans la place, ordres qu’il savait fort bien ne devoir pas etre exécutés. Le siège, commencé au mois de mars (1819), se termina, le 7 du mois suivant, par une capitulation. La garnison arabe d’Assirgluir sortit de la place et vint déposer ses armps au milieu de la division anglaise, formée en carré. Dans sa première entrevue avec sir John Malcolm, le killedar, ou gouverneur, exprima naïvement la crainte où il était que Scindiah ne fût pas content de la défense qu’il avait faite. « Mais, lui dit-on, n’aviez-vous pas ordre, au contraire, de livrer immédiatement la place? — Cela peut se faire ainsi chez les Européens, répondit-il, mais chez les Mahrattes, on n’abandonne pas de semblables forts sur de simples ordres. »

Comme on le pressait d’expliquer ces paroles singulières, il finit par avouer ue ses instructions lui prescrivaient e ne livrer Assirghur que sur des ordres revêtus d’un certain signe particulier. Telle était la guerre de finesses à laquelle les Anglais étaient en butte de la part de leurs ennemis les plus soumis, devenus extérieurement leurs alliés les plus fidèles. Apa-Sahib ne fut point trouvé dans la place. Pendant plusieurs mois, on le chercha activement sans pouvoir se procurer de ses nouvelles. On apprit enfin qu’il s'était enfui dans les Etats de Randjit- Singh , auprès de qui il avait trouvé

un asile et même une petite pension , pour vivre caché et gans bruit. Tel fut le dernier épisode de cette guerre, à peu près ininterrompue, que les Anglais avaient soutenue pendant environ quatre-vingts ans, et qui leur laissait pour résultat la conquête intégrale de l’Inde.

Les Arabes que nous avons plusieurs fois rencontrés dans cette dernière guerre provenaient d’une colonie qui s’était formée dans la province de Kandeish, où ils s’étaient rendus odieux aux indigènes. Après la prise du peschxvah , le gouvernement anglais résolut de les expulser complètement. Mais, avant d’en venir aux armes, M. Elphinston leur fit signifier les volontés de son gouvernement , en leur offrant le passage gratuit jusqu’en Arabie, sur les vaisseaux anglais , et le payement des arrérages qu’ils pouvaient avoir à réclamer sur les souverains de l’Inde.

Au lieu d’accepter ces offres , les Arabes concentrèrent leurs forces à Maligaun , où le colonel Mac Dowell eut ordre de les assiéger. L’attaque et la défense furent également énergiques.

Mais une bombe ayant fait sauter le magasin à poudre des assièges , le manque de munitions les contraignit à capituler, ou plutôt à se rendre à discrétion , sous la seule réserve de la vie sauve. Probablement on ne se hflta pas de les embarquer pour leur pays a’origine, puisque nous les avons retrouvés , peu de temps après cette capitulation, au service d’Apa-Sahib.

Cette guerre terminée, le gouverneur général ne songea plus qu’a organiser d’une manière définitive et régulière les rapports du gouvernement britannique avec tous les petits États qu’il venait de soumettre à la protection et à la suprématie de ce gouvernement. Il eut le rare bonheur, peu donné à ses devanciers, de pouvoir réaliser jusqu’au bout les plans qu’il avait conçus, et de transmettre à ses successeurs une œuvre achevée.

Des traités réglèrent toutes les difficultés qui pouvaient diviser les petits États entre eux , ou avec la puissance protectrice. La haute prépondérance

L’UNIVERS

de celle-ci fut Inscrite dans un droit public tout nouveau , et l’Inde entière , de mogole qu’elle était encore, au moins nominalement, devint , de nom comme de fait, anglaise. Il y avait pourtant encore un homme qu'on nommait l’empereur. Les Anglais ne prirent pas la peine de lui signifier sa déchéance, mais pour la lui faire mieux comprendre , ils permirent au nababvizir de prendre le nom de roi d’Oude. C’était rompre le dernier lien , effacer le dernier vestige de la hiérarchie impériale.

Les soins de lord Bastings se portèrent aussi sur l’administration extérieure; il organisa la police, mal. faite par les indigènes , en créant un corps de fonctionnaires salariés; il institua des tribunaux civils et criminels pour rendre la justice plus prompte et plus assurée. Il pourvut aussi aux finances, qu’il avait grevées d’un surcroît de dette, montant a 5 crores de roupies (25 millions de francs). Mais comme il avait augmenté le revenu d’une somme à peu près égale, la paix, qui devait ajouter encore à cette augmentation, amènerait des compensations plus que suffisantes. Bien loin d’entrer dans le système d’économie tant de fois ramené par la cour des directeurs, lord Hastings s’appliqua à leur faire comprendre que tous les avantages que l’Angleterre pouvait tirer de sa conquête avant pour unique fondement l’ascendant irrésistible de sa force , diminuer cette force était ruiner par la base tous ces avantages. Tout cela réglé, établi , organisé, le vainqueur des Gourkhas et dés Mabrattes, le conquérant d’un tiers du continent indou , songea à retourner dans sa patrie et a y venir recueillir les récompenses que lui avait déjà décernées la reconnaissance de ceux dont il avait si bien servi les intérêts. Aussitôt après la pacification de l’empire mahratte, la cour des directeurs avait voté une somme de 60,000 livres sterling destinée à lui acheter une dotation- en Angleterre ou en Écosse. Lord Hastings quitta l'Inde en 1823.

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