CHAPITRE PREMIER
$ I. Aspect géographique.
La nature semble avoir tracé les frontières de l’Inde avec un soin tout particulier. Au nord elle est séparée du haut plateau du Thibet par la grande chaîne de l'Himalayah, que les travaux des voyageurs modernes nous représentent comme les montagnes les plus élevées et les plus considérables du globe. A l'est et à l’ouest ses frontières sont dessinées par deux grands fleuves, le Brahmapoutre et l’indus.
Partout ailleurs l’Inde est environnée par l’Océan. Quelquefois sous le nom général de l’Inde on a compris des pays situés en dehors de ces limites, surtout le Caboul et le Candahar, qui ont pendant longtemps été des provinces de l’empire des Mogols. C’est la politique seulement qui a pu motiver cette classification ; car il est évident que ces pays, par leur climat, par la nature de leur sol et de leurs productions, par la population qui les habite, se rattachent beaucoup moins à l’Inde qu’à la Perse et à la Tartarie. Au contraire, dans les limites que nous avons , ou plutôt que la nature a tracées, on trouve une religion, des langues, des mœurs, descoutumes, des productions, etc., qui distinguent cette région de tout le reste de l’Asie, et en font comme un monde à part.
L’Inde, définie comme nous venons de le faire, se développe dans l’hémisphère septentrional sur une étendue superficielle comprise du nord au sud entre les 8° et 34° de latitude nord, et de l’est à l’ouest entre les 64° et 88° de longitude à l’est du méridien de Paris. Ainsi, dans le sens de sa longueur du nord au sud, elle se développe sur une étendue de quinze cent soixante
milles géographiques ou six cent cinquante lieues communes de vingt-cinq au degré; et dans le sens de sa largeur sur une étendue de quatorze cent quarante milles géographiques ousix cents lieues. L’Inde présente donc une superficie presque égale à celle de l’Europe.
L’Inde est comme un monde à part dans l’univers. Elle renferme des contrées soumises aux plus dévorantes ardeurs du soleil des tropiques, et d’autres qui ne peuvent se comparer qu’aux déserts glacés du pôle. La différence dans le degré d’élévation audessus du niveau de la mer y produit dans la température des différences qu’on ne remarque ordinairement qu’entre des pays séparés par de grandes distances en latitude. Ses vastes plaines produisent chaque année deux moissons , elles sont couvertes de l’éternelle verdure ou desséchées par les sables brûlants de la zone torride. Les fruits des climats tempérés naissent et mûrissent sur le pied de ses montagnes , dont les flancs nourrissent le pin du Nord et dont les sommets portent jusqu’aux deux les glaces perpétuelles du monde arctique. La nature n’y a donc pas cette melancoliue uniformité qui attriste le voyageur ans les plaines de l’Afrique, ou les déserts des régions polaires. Au contraire, l’observateur peut passer dans l’Inde par toutes les transitions qui séparent les extrêmes opposés de la nature sur la planète entière.
Le cœur de l’Inde, si l'on peut parler ainsi, le théâtre où elle déploie les trésors de son inépuisable fécondité, le terrain sur lequel se sont élevés ses grands empires, c’est la plaine immense qui s’étend du Brahmapoutre à l’Indus et des montagnes de l'Himalayah à la chaîne des monts Vindhya au sud , sur une longueur de plus de einq cents
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lieues et sur une largeur moyenne de cent à cent cinquante. La direction générale de cette plaine court du sud-est au nord-ouest en suivant celle des montagnes qui la terminent au nord et desquelles descendent tant de fleuves
fmissants , source de sa fertilité. Après a région qu’arrosent en Chine le Yangtsé-Kiang et le fleuve Jaune, c’est peut-être la plus féconde et la plus belle qui soit au monde. Toute cette immense superficie, si l’on en excepte une certaine partie déserte dont nous aurons occasion de parler, ne présente partout qu’un tapis .de verdure d’une incroyable richesse, et sur lequel des fleuves majestueux , au cours presque insensible, promènent lentement le volume grandiose de leurs eaux.
Nulle, part l’aspect de ces ; magnifiques plaines de l’Inde ne se produit avec plus d’effet que dans le Bengal.
Là rien ne borne un horizon toujours sans limite, où la vue se perd sans jamais s'arrêter sur une ondulation du terrain, ni même sur urr rocher isolé.
Le Gange traverse cette grande province, augmentant à chaque pas la lareur de son cours et pendant la saison es pluies couvrant une grande étendue de terrain de ses eaux fertilisantes.
Frappant ce sol si riche, si profond, si bien arrosé, de ses rayons énergiques, le soleil y éveille une puissance de végétation presque incroyable, et il en tait, au temps de la moisson, comme une mer d’épis et de verdure mollement balancés sous les brises languissantes du tropique. En remontant le fleuve, le Bahar présente le même aspect , quoique sa surface développe de légères ondulations; la province d’AIlahabad, un peu plus élevée cependant, est unie comme le Bengal , chaude et fertile comme lui. Au nord du fleuve, le royaume d’Oude, s’élevant vers les montagnes par une pente insensible, jouit d'un climat plus frais et plus salubre, et donne à profusion les production les plus' précieuses de l’Europe et de l’Asie. Là se termine la vallée du Gange et commence celle delà Djamna, plus élevée, mais moins bien arrosée et moins fertile. Le Douab, ou territoire
qui sépare les deux éours d’eau , ne peut être arrosé en plusieurs de ses parties que par des moyens artificiels.
Cependant ses forêts semblent plus vigoureuses que celles du Bengal, et en même temps que le froid modéré de son hiver permet d’y faire une récolte de froment ou de grains européens, la chaleur de son été est suffisante pour faire mûrir le riz au sud de la Djamna. Sur les rives de son tributaire le Chambal, le sol est accidentédecollines qui s’étendent sur le Malwa et jusqu’à Adjmir; sur cet espace et dans ses parties les plus planes s'élèvent ces rocs aux flancs perpendiculaires, aux sommets parfaitement plats où sont bâties les forteresses imprenables si célèbresdans l’histoire del'Inde. A l’ouest de Delhi commence le grand désert Indien, et au nord s’étend la plaine du Penjab, c’est-à-dire des cinq fleuves, où les cinq tributaires de l’Indus, roulant leurs puissants volumes d'eaux, entretiennent une fertilité égale à celle de la vallée du Gange. Une culture bien entendue et surtout le bienfait de la' paix sont les seules conditions qui manquent à ce pays pour en faire l’heureux émule du Bengal.
Dans toute cette plaine immense les besoins des peuples et les demandes d’un commerce actif ont substitué aux produits spontanés de la nature eeux de l’industrie humaine. On y trouve aujourd’hui très-peu de ces productions merveilleuses qui ont jadis acquis tant de célébrité à la végétation de l’Asie. On n’y connaît pas les brises aromatiques qui parfument si dangereusement les côtes élevées du Malabar, ou les îles de la Malaisie. Les denrées les plus utiles au commerce ou à la nourriture de l'homme et des animaux y naissent par le travail, sous l’action a'un soleil brûlant, sur un sol profond, humide et fertile; le riz, base de la nourriture des Asiatiques; le sucré, devenu un objet de première nécessité; l’opium, sur lequel de récents événements ont appelé l’attention ; l’indigo, la plus précieuse des substances tinctoriales, et dans les terrains les plus secs, le coton qui servait
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L’UNIVERS
déjà à l’habillement de tous les peuplés de l’Asie et qui fournit aujourd’hui la plus grande partie des tissus employés en Europe. Cet entier assujettissement à la charrue , cette uniformité de sa surface, donnent à cette grande plaine centrale un aspect presque monotone. Baber le commérant, qui la donna à l’empire mogot, se plaint déjà dans ses mémoires de l’uniiormité au spectacle offert partout à ses yeux dans ces plaines si fécondes; il se prend souvent à regretter les montagnes et les vallées du pays qui l’a vu naître.
Cependant, en dépitde l'homme, il est quelques points de ce vaste espace où d’éternelles révolutions politiques ont toujours arrêté la culture, et d’autres où la nature, aidée par l’action combinée de l'humidité et d’un soleil dévorant, est assez puissante pour déjouer tous les efforts de l’homme. Elle se livre alors, si l’on peut parler ainsi, à des dérèglements de production qui défient toute puissance humaine. De vastes espaces sont envahis irrésistiblement par ces masses de feuillage sombres, épaisses, impénétrables, aux rameaux si vigoureux et si étroitement entrelacés qu’ils arrêtent une armée : tels sont les jongles. Des arbres poussant dans tous les sens leurs branches gigantesques; des arbustes épineux de toutes les tailles et de toutes les formes; des bambous qui, dans l’espace de quelques mois, s’élancent à la hauteur de soixante ou quatre-vingts pieds, forment la charpente de ces fortifications naturelles. Souvent même, au milieu des plaines cultivées, le figuier et quelques autres grands végétaux, si la main de l’homme n’arrête pas leur progrès, d’arbres isolés qu’ils étaient d’abord deviennent, en peude. temps, de véritables et grandes forêts.
La culture, la où elle règne, éloigne toutes les espèces des animaux sauvages, et même celles des animaux domestiques s’y développent peu comme nombre et comme individus. L’espèce bovine, protégée cependant par les sentiments religieux des indigènes, y est de petite taille; les chevaux petits aussi, mais légers et courageux , sont bien in-
férieurs à ceux du Turkestan. Mais là où la nature, se développe dans sa sauvage liberté vivent au contraire des animaux remarquables par la grandeur de leur taille et dangereux par leur force, comme le tigre et l’éléphant : celui-ci , d’une espèce distincte de celle de l’Afrique; celui-là, le plus redoutable habitant des jongles du Bengal, y règne en l’absence du lion; moins i’ort, moins majestueux que le roi des animaux, il est plus dangereux et plus cruel.
Pour compléter la description de la grande plaine de l’fnde, il nous reste à parler d’une de ses parties complètement différente des autres. A quelque distance à l’ouest de la Djamna, le niveau général du terrain atteint un maximum d'élévation, d’où il redescend à l'est et à l’ouest. Tous les cours d’eau qui partent de ce point descendent à l’est pour aller grossir le Gange, ou à l’ouest pour aller porter leurs eaux à l’Indus. Entre ces deux fleuves et leurs affluents s’étend un espace considérable , à peine arrosé çà et là par quelques faibles ruisseaux 'qui se perdent dans des sables. Ce désert d’une étendue suffisante, s’il était habitable, pour former un État puissant, s’étend a l’ouest sur un espace de plus de deux cents lieues de long sur cent de la rge , et présente un aspect en tout semblable aux régions les plus désolées de l’Arabie et de l’Afrique. Sa surface, à peine élevée au-dessus du niveau de la mer, est couverte d’incrustations salines et de détritus marins; c’est un terrain abandonné parles eaux de la mer. Suivant les observations de M. Elpliinstone, sa partie orientale est couverte de collines de sables mobiles qui s’élèvent quelquefois à des hauteurs surprenantes. Toutefois, on trouve dans ce désert quelques buissons de plantes épineuses, quelques arbrisseaux du genre mimosa. On y rencontre même, séparés, il est vrai, par de grandes distances, on y rencontre des villages ou plutôt des assemblages de huttes bâties en boue détrempée, autour desquelles les habitants, utilisantles eaux de quelques sources , parviennent à établir quelque
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culture. En somme , une population encore plus considérable qu’on ne le croirait d'abord doitëtre répandue sur ce désert où l’on signale même l’existence d’une ville, Bikanir, qui y déploie sur une petite échelle l’aspect d’une ville ornée de palais, de temples et autres grands édifices.
Au nord de cette .plaine immense , cultivée et déserte, s’élève la haute chaîne de l’Himalayah, dont les degrés successifs finissent par se perdre dans les cieuxavec leurs sommets couverts de neiges éternelles. Suivant M. Calder, l’Himalayah développe sur une ligue de près de quatre cents lieues une chaîne de montagnes d’une hauteur moyenne de vingt et un mille pieds au-dessus du niveau de la mer et de laquelle s’élancent comme bases des pics détachés et hautsde cinq ou six mille pieds de plus. L’habitant de la plaine ardente du Bengal contemple avec une admirative religieuse cette immense perspective de sommets neigeux qui bornent au loin l'horizon. Cependant avec cliaquegradiu de ce gigantesque amphithéâtre la nature change d’aspect, et nous allons essayer de les décrire.
La chaîne de l'Hiraalayah à son pied est partout bordée d’une ceinture de terrains qu’on appelle Tarryani ; ce nom désigne une plaine large d’environ sept ou huit lieues et sur laquelle les torrents et les eaux descendus du haut des montagnes se précipitent avec tant d'abondance qu’ils l’inondent en toute saison. C’est donc un marais sur lequel le soleil des tropiques, agissant avec toute la puissance de ses rayons, fait croître une végétation à la sombre couleur, au feuillage petit et épineux , mais si épaisse qu’elle forme une barrière à peu près impénétrable.
Cette région est surtout détendue contre les efforts de l’homme parles miasmes pesilentiels qu’elle exhale ; une armée , qui est contrainte de s’y engager , est certaine d’y éprouver en peu de temps des pertes excessives , comme l’apprirent par expérience les détachements anglais stationnés pendant la guerre sur les frontières du Népal et du Boutan. Sous les mortels om-
brages du Tarryani, l’éléphant, le tigre et autres animaux sauvages ont établi leur empire , taudis que les quelques êtres humains qu’on rencontre dans son voisinage y languissent plutôt qu’ils n’y vivent.
Mais en quittant cette région désolée et montant les premières pentes de la montagne le voyageur voit se dérouler devant lui un tableau plus riant, li traverse de charmantes et fertiles vallées, que dominent des montagnes de l'aspect le plus pittoresque et presque toujours couvertes des plus magnifiques forêts. Au milieu d’arbres semblables à ceux qu’il a vus déployer leur majestueux feuillage sur les rives du Gange, diverses especes de chênes et de pins commencent a se montrer. Franchissant les premières pentes qui se déploient avec tant de grâce au pied de i’Himalayah, la nature prend un aspect pl us sévère et plus hard i . L’escarpement de la montagne , la profondeur de la vallee, l’impétuosité du torrent, rappellent les passages des Alpes ou des Higblands, et plus d’un officier écossais, en parcourant ces pittoresques contrées, s’y est attendri au souvenir de sa patrie. L’aspect de la montagne est souvent presque menaçant, elle porte la violente empreinte des révolutions de la nature qui l'ont produite; ses sommets s’élèvent à pic les uns au-dessus des autres , rapprochés et ne laissant pas voir cependant les ondulations de terrain qui les unissent. Leurs flancs escarpes, quelquefois boisés et quelquefois ne montrant que d’immenses masses de rochers nus, descendent perpendiculairement dans des gorges obscures , dans des ravins étroits où le torrent peut à peine se frayerun passage en écumant contre les fragments ae rocs arrachés par le travail des siècles au liane de la montagne. De rudes fatigues attendent le voyageur qui doit monter tour à tour et descendre le long de ces sommets escarpés par des sentiers à peine frayés au-dessus de précipices sans fonds. Les ponts jetés sur ces abîmes sont faits pour effrayer. Deux planches appuyées par leurs extrémités sur des pointes de roches for-
ment ce qu’on appelle une Sanga : c’est le moyen le plus usité. D’autres fois ce sont deux cordes appelées Djhalas qui sont jetées en travers du précipice , et faisant office de parapets , supportent une planche branlante sur laquelle il faut passer.
■ Toute cette montagne est tellement tourmentée, que ses habitants n’y trouvent pas toujours des plateaux assez étendus pour y construire leurs villes.
On affirme que dans tout le pays autour de Sirinagar (vallée de Cachemir) il n’y a pas d’autre endroit où l’on aurait pu bâtir cette petite ville, et qu’entre elle et la grande plaine on ne rencontre pas d'emplacement où mille hommes pourraient camper ensemble. A Nahr, la principale rue n’est qu’un escalier taillé dansle roc. C’est encore un escalier du même genre qui conduit à Rampore, la principale ville de la vallée où le Sattedje prend naissance. Là les maisons s’élèvent litéralement les unes au-dessusdes autres; en bas , dans le fond de la vallée perpendiculaire, coule le fleuve; en haut , des sommets à pic dominent la ville et semblent prêts à l’écraser.
Le docteur. Royle, dans sa Botanique de CHymatayah , partage toute la chaîne, sous le rapport de la végétation, en trois zones. Il donne pour limite à la première la hauteur de cinq mille pieds. La température s’y abaisse par rapport à la plaine; mais cependant le froid n’y est pas tel encore qu’on n’y trouve plus les plantes du tropique. Son exposition au midi, l’ardeur du soleil pendant la saison d’été, les pluies tropicales qui l’inondent, y font croître presque tous les végétaux qu’on voit dans les parties un peu élevées de la plaine centrale.
Dans le Népal et dans d’autres parties favorisées, l'hiver donne régulièrement une moisson de blé et l’été une récolte de riz. Cependant les plantes les plus délicates de la plaine, telles que la mangouste et l’ananas, n’y peuvent pas résister à la vivacité de l’atmosphère et aux brises de la nuit. D’un autre côté, il est de certains lieux, rares il est vrai, mais il s’en trouve, où l’on voit même
pendant la saison^ froide les plantes de l’Europe et des climats tempérés croître à côté de celles du tropique.
Ce n’cstque par accident qu’on voit de la neige dans cette partie de la montagne.
La seconde zone a pour limite extrême la hauteur de.neuf. mille pieds au-dessus du niveau de la mer. La neige y descend régulièrement tous les hivers , mais elle fond aux premiers rayons du printemps. Quoique la végétation y soit presque la même que celle des climats tempérés, les causes que nous avons déjà indiquées permettent encore dans certaines localités à quelques plantes des tropiques d’y escalader les flancs de la montagne'.
Dans quelques vallée abritées et bien arrosées on cultive encore le riz avec succès ; mais ce sont les plantes herbacées qui seules peuvent réussir à cette hauteur. Lesarbres qui ont besoin de plusieurs années pour se développer et qui doivent rester exposés à toutes les saisons ne peuvent résister aux hivers de cette zone, à moins que ce ne soient nos arbres d’Europe; le palmier et les autres arbres de l’Inde disparaissent à cette hauteur.
La dernière zone, et par conséquent la plus élevée, est soumise à un climat semblable à celui du nord de l’Europe ou de l’Amérique, et qui, devenant plus rigoureux à mesure qu’on s’élève, n’a plus enfin d’analogue sur la terre que les glaces éternelles du monde arctique.
Même dans la partie inférieure de cette zone la neige ne fond plus qu'au mois de mai ou de juin, lorsqu’au froid d’un hiver glacial succède la chaleur la plus accablante. Les rayons du soleil s’y font quelquefoissentiravecuneardeur presque insupportable pour l’homme, lors même quel’étatgénéral del’atmosphère en est encore si peu affecté, que le thermomètre reste a plusieurs degrés audessous de zéro. Le voyageur est brillé par le soleil au milieu d'un froid rigoureux, extrêmes auxquels il est toujours dangereux et souvent fatal de s’exposer. Là cependant encore la végétation déploie quelquefois une mermeilleuse puissance. Presque partout
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encore, à douze mille pieds d’élévation, on cultive l’orge et le blé avec succès. A onze mille six cent quatre-vingts pieds le capitaine Webb a rencontré ae magnifiques forêts de chênes , des fraises et même des treilles de raisins en fleur. A cette hauteur, au pied des glaciers qui les arrosent et sous les rayons d’un soleil ardent, les pâturages sont d'une richesse admirable.
Encliusà l'exagération, les habitants de ces montagnes disent que l’herbe y est inépuisable et qu’il lui suffit d’une nuit pour repousser. Mais aussi on voit quelquefois des prairies fertiles , des champs cultivés ensevelis tout à coup sous des avalanches de neige ou de glaces qui mettent plusieurs années à fondre; les habitants prétendent que la ligne des neiges perpétuelles s’abaisse chaque année sur les pentes de la montagne, et que la glace couvre aujourd’hui des espaces où l'on voyait jadis des forêts et des prairies.
Malgré l’aspect menaçant de ces précipices, ils sont cependant couverts d’immenses masses de forêts suspendues à leurs flancs. Aumilieud’épais et majestueux bois de pins de toutes les espèces, on rencontre de magnifiques cyprès , d’admirables cèdres qui naissent, viventet meurentinutiles au milieu de ces montagnes, car les moyens de transport manquent complètement pour les conduire aux lieux où le travail de l’homme pourrait les utiliser.
Entre ces arbres croissent des arbrisseaux chargés des fruits de l’Europe septentrionale ; la groseille, la fraise, la framboise, inconnues aux plaines du Gange. Dans les lieux abrités , la rose sauvage, les lis des vallées, la primevère, la dent-de-lion et toutes les espèces de fleurs champêtres émaillent le riche tapis de verdure qui pare les épaules de ia montagne. Dans les lieux les plus élevés, les arbres et les rochers sont encore couverts de mousses et de lichens, plantes de la flore arctique : on y a même découvert récemment l’espèce de lichen que produit l’Islande et dont le commerce importe aujourd’hui de si grandes quantités pour les besoins de la médecine.
Franchissant les cimes de l’Himalayah et descendant sur son versant sep tentrional, le voyageur voit un spectacle tout différent sedéployer sous sesyeux.
Les pluies périodiques, qui arrosent tout le pays au sud, ne peuvent passer l’imposante barrière des glaciers.
Sur le versant du nord , la neige tombe aussi en moins grande quantité et elle y fond plus aisément. Le luxe de la végétation, la profusion de la verdure, ne viennent plus embellir ces régions élevées que Jacquemont nous dépeint sous un aspect si mélancolique, presque dénudées, couvertes çà et là de quelques broussailles , d'un maigre gazon et de débris entraînés par les eaux.
Et cependant, par une contradiction singulière de la nature , le climat, qui peut produire des grains nécessaires a la subsistance de l'homme, s’élève sur le versant du nord à une hauteur beaucoup plus considérable que sur le versant du sud. Dans la province tartare de lïangareng, le village deNako, situé à douze mille pieds au-dessus du niveau de la mer, est entouré dans la saison des plus riches moissons d’orge et de blé. Un- village dans le nord du Konawar, situé à quatorze mille neuf cents- pieds au-dessus du niveau de la mer, récolte , au rapport du docteur Gérard, de l’orge de la plus belle qualité. Le même auteur estime que de ce côté la culture peut s’élever jusqu’à une hauteur de seize mille, et même dedix-sept mille pieds, On y a trouvé des passes qui , même à une élévation de vingt mille pieds étaient libres de neige. Il n’est pas moins remarquable d’observer que, dans ces montagnes de la Tartarie, les parties exposées au midi sont beaucoup
f)lus froides que les autres. On a fait a même observation sur les pics qui s’élancent dans l’air comme les promontoires dans l’Océan. La cause de ce singulier phénomène n’est pas encore connue. M. Royle l’attribue à la réflexion des rayons du soleil qui leur sont renvoyés comme les rayons du calorique au centre d’un miroirardent, par les montagnes voisines. Toutefois , ce n’est encore là qu’une hypothèse.
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Dans ces hautes régions, le règne animal change naturellement comme celui des végétaux. L’éléphant et le tigre, rois des forêts qui s'étendent à leurs pieds, sont presque inconnus dans la montagne. C’est le chat sauvage, l’âne et le sanglier qui y accomplissent l’œuvre de destruction. Le chamois y bondit de rocher en rocher et les forêts sont peuplées de daims de toutes les espèces; lapins précieuse est celle qui produit le musc. On ne trouve cette dernière que dans les régions les plus élevées et les plus difficiles, où le pied de l’homme n’ose presque jamais s’aventurer. Le froid et le froid le plus rigoureux est si nécessaire à la vie de cet animal que, si on l’amène dans des régions plus tempérées, on l’y voit ordinairement mourir en quelques jours.
Iæs forêts à toutes les hauteurs, où l’on jouit d’un climat tempéré , sont remplies d’essaimsdes volatiles qui partout ailleurs peuplent les basses-cours.
U est cependant assez difficile de les chasser, parce qu’ils ne prennent presque jamais leur vol et échappent à leurs ennemis au milieu des broussailles et des buissons. Le paon ne déploie son magnifique plumage que sur les premières pentes des montagnes.
L’aigle, roi de l’air, se montre rarement sur leurs cimes qu'habitent surtout les faucons , les éperviers et autres oiseaux de proie qui ne viennent u’en seconde ligne après le tyran es airs. Les perdri x et les faisans y sont très-nombreux et d'espèces très-variées. On voit les faisans voler, au milieu des neiges, à des hauteurs considérables. Sur les premières pentes de la montagne habitentdes essaims d’abeilles construisant leurs ruches dans les creux des arbres. Les gens du pays s’emparent de leur miel en allumant de grands feux et poussant de grands cris, qui troublent les abeilles et les mettent en fuite.
Les animaux domestiques qu’élèvent les habitants dans leurs riches pâturages appartiennent à la race bovine ordinaire dans l’Inde ou à celle du Thibet. Les produits de ces deux races croisées sont naturellement très-com-
muns dans la montagne. On y élève aussi de nombreux troupeaux de chèvres et de moutons, non-seulement pou r la nourituredes habitants, mais encore pour le transport des marchandises que ces animaux peuvent seuls effectuer dans certaines passes. Outre le mouton de race ordinaire, on en trouve uneautreespèce robuste, vigoureuse, aux longues jambes, et qui peut porter comme poids plus du double de l’autre. Cette race fournit une laine très-fine.
La partie la plus élevée de cette chaîne immense est celle qui confine vers le nord du Bengal, aux sources du Gogra , du Gange , de In Djamna et s’étend à l’ouest jusqu’au Satledje. On comptedans cette partieaü moins vingthuit pics plus élevés que le Chimboraço. Quelques-uns des pics mesurés exactement atteignent une hauteur de vingt-cinq mille pieds. Trois autres sommets, qui sont un peu plus au nord, vus à diverses époques , mais toujours à distance , par Moorcroft et le docteur Gérard, doivent, au rapport de ces savants, n’avoir pas moins de vingt-neuf mille ou trente mille pieds d’élévation au-dessus du niveau de la incr. Cette chaîne ext raordinaire, qui s’étend sur un espace de plus de trente lieues en longueuret de vingt-cinq en largeur, ne renferme pas un seul plateau. Quniqu’à distaneeelle paraisse former mie série de gradins réguliers, on la trouve en laparcourant composée d’un nombre infini de rayons étendus dans tous les sens , entrecoupés de profonds ravins, au milieu desquels les eaux se sont creusé des passages et s’écoulent souvent dans des directions tout ù fait opposées les unes par rapport aux autres. Le cours des eaux est si irrégulier, et si capricieux même, que souvent le voyageur en arrivant au sommet delà montagne est tenté de croire qu’elles n’y trouvent pas d’issues. On a remarqué aussi que le versant du nord-ouest est le plus escarpé , tandis que du côté du nord-est les pentes sont plus faciles.
Du côté du Thibet , l'inclinaison des terrains est presque insensible, comparée à ce qu’elle est sur le versant rneri-
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dional. Aussi l’élévation du Thibet audessus du niveau de l’Océan est-elle estimée à quinze mille pieds.
A l’ouest du Satledje, l’Hinialayah s’abaisse sensiblement ou plutôt, suivant le baron Hügel, il se dirige vers le nord , ne détachant sur la frontière indienne qu’un chaînon secondaire.
Là les sommets aux glaciers éternels ne forment plus une ligne continue ; on ne les voit plus qu’isolés. Celui de. tous qui est situé le plus vers l’ouest est le Tricota- Devi , magnifique montagneà trois pics couverts de neiges perpétuelles. Au sud du Cachemir le Plr-Pandjal, comme on l’appelle, montre sa tête blanche et se continue jusqu’à l’Indou-Kouch, qui sépare le Caboul delà Tartarie.
Cependant, si l’aspect général de ces montagnes est imposant, effrayant presque, on y trouve néanmoins des endroits où leurs lianes se déploient en plaines de quelque étendue. Ainsi, si les vallées du Népal sont le plus souvent fortétroites,onvoit cependant au-dessus d’elles la Rama-Seraï ou vallée heureuse, à qui ses riants villages et ses champs parfaitement cultivés ont valu ce nom flatteur. L’espace de plaines le plus étendu qu’elles renferment est a leur extrémité occidentale, aux lieux où la grande chaîne s’ouvre pour former le petit royaume de Cachemir, que l’on peut appeler plus qu’aucune autre partie du globe le paradisterrestre. De nombreux ruisseaux, descendus des pentes des montagnes, entretiennent la plus riche verdure et la plus belle végétation dans ces vallons, et viennent former, au milieu de leurs plaines, un lac embelli par tout ce que fa nature peut, produire de pluscharmant.Les souverains inogols ont construit sur les bords de cette nappe d’eau de délicieux palais, où ils venaientoublier dans lecaime de la retraite les soucis de l’empire. Les poètes orientaux ont célébréà l’eu vi lesdélices de cette vallée enchanteresse. Ils vantentsurtout la rose de Cachemir comme une (leur d’une beauté exquise et dont l’époque de lloraison est une fête nationale pour les Cachemiriens. Toute
fois le spirituel, mais quelque peu sceptique Jacquemont traite toutes ces descriptions de mensonges de poètes; tandis que le baron llùgel, qui visita ces lieux après lui, en 1835, soutient t qu'on ne saurait rien dire de trop flatteur sur cette heureusecontrée. I. a flore du Cachemir est exactement la même que celle de l’Europe, celle de la Lombardie surtout. De gigantesques platanes, des vignes, des peupliers couvrent les plaines, et sur les pentes des montagnes voisines croissent de majestueuses forêts de cèdres et de pins. Le fond de cette vallée célèbre est elevéde presque cinq mille pieds au-dessus du niveau de la mer; elle est longue d’en- Viron vingt -cinq lieues sur une largeur qui varie dedeüx .à douze. Des brillants palais , élevés jadis par les empereurs inogols, Shalimar est le seul qui soit encore debout. La beauté des filles du Cachemir est aussi célèbre, et, malheureusement pour elles peut-être, trop célèbre dans toute l’Asie. Jacquemont, sceptique su r ce point comme su r beaucoup d’autres, trouve que les charmes des Cachemiriennesontété trop vantés, et cependant il semble faire lui-même la critique de son opinion, quand il nous dit que presque toutes celles qui ont de beaux yeux sont vendues dans leur enfance.
Les défilés qui permettent de franchir ces immenses montagnes pour pénétrerdans le Thibet, sontextraordinairement difficiles. La disposition naturelle des terrains fait que le plus souvent il faut franchir descimesqui n’ont pas moins de vingt mille pieds de liant. Les routes ou plutôt les sentiers que suit le voyageur sont ordinairement tracés le" long d’un torrent qui promène un long ruban d’écume, ou bien ce sont des gorges obscures et profondes que bordent des deux côtés des montagnes à pie, qui perdent leurs sommets dans les n ues. Des lianes perpendiculaires de ces sombres galeries tombent souvent des quartiers de rocs détachés de la montagne.
Quelquefois des rochers immenses s'écroulent, effaçant la trace des sentiers , obstruant *le lit des torrents et y
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créant descataractes. Des arbresarrachés de la montagne et précipités dans l’abîme s’arrêtent au milieu de leur course sur une pointe de rocher, enfonçant leurs branches dans la terre et les racines tournées vers le ciel. Cependant à travers ces défilés effrayants l’audacieuse industrie des hommes a su se frayer des chemins, étroits il est vrai, périlleux, mais qui suffisent cependant pour permettre à l’Inde et au Thibet d’échanger les produits de leurs territoires. Rien qui ressemble à une voiture, c’est encore vrai, ne peut eheminersur ces routes difficiles, pas même les animaux ordinairement employés aux transports dans les autres pays. Les marchandises sont portées sur le dos des chèvres et des moutons, qui ont seuls le pied assez sûr pour s’aventurer par ces sentiers. Les principales passes, ou du moins les plus suivies , sont celles de Niti et de Mana aux sources du Gange, de Djaouar, de Darma et de Byansi à celles du Gogra.
En visitant ces cimes imposantes le voyageur est souvent exposé à de pénibles et douloureuses sensations.
L’air raréfié a l’excès n’est plus assez abondant pour fournir à la respiration. Lejeu des poumons s’exerce difficilement, la plus légère fatigue accable le voyageur, il s’arrête à chaque pas pour réspirer : la peau est d’une sensibilité douloureuse , le sang sort par les lèvres, la tête devient lourde , pesante et sujette à des vertiges. Les indigènes , qui ne peuvent s’expliquer la cause naturelle de ces symptômes, l’attribuent au Bis, c’està-dire à l’air qu’ils croient empoisonné par les exhalaisons vénéneuses de certaines fleurs. L’observation aurait suffi cependant pour leur apprendre qu’à de grandes élévations les fleurs n’ont presque plus d’odeur, et que c’est aux hauteurs les plus considérables , là où toute végétation a cessé , que l’homme éprouve le plus cruellement ces pénibles sensations.
Le Deccan ou la Péninsule du sud , qui nous reste à décrire, ne présente aucun de ces caractères particuliers qui
distinguent la grande plaine de l’Inde et sa frontière du nord. Des ondulations de terrain , qui deviennent quelquefois mais rarement des montagnes , qui produisent des plateaux de diverses élévations, donnent au Deccan un aspect plus varié et y réunissent souvent sur un petit espace le climat et les produits de la zone torride avec ceux des zones tempérées. L’accident naturel le plus remarquable qui la caractérise, c’est une ceinture de montagnes qui se développent en suivant la forme triangulaire de cette partie du continent. La ligne du nora se compose d’une série de terrains assez élevés qui s’étend du golfe de Cambay à celui de Bengal, presque parallèlement au cours de la Nerbadda. Elle comprend les provinces de Malwa, de Candeish et de Gondouana, auxquelles on donne plus particulièrement le nom d’Inde centrale. C’est ce qu’on appelle la chaîne des Vindhya; mais elle s’étend sur une largeur si considérable et ses sommets sont si peu élevés (ils atteignent rarement à une hauteur de deux mille pieds au-dessus du niveau de l’Océan ) qu’on doit la regarder comme un plateau très-accidenté plutôt que comme une chaîne de montagnes. De ses deux extrémités partent en se dirigeant au sud deux autres chaînes presque parallèles , qu’on appelle les Ghâts etqui, suivant le rivage, enceignent les deux côtes de Malabar et de Coromandel.
a Les Ghilts occidentaux, qui suivent la côte de l’Océan indien , s’éloignent rarement du bord de la mer et quelquefois même ils s’en approchent de si près, que leurs pieds sont baignés par ses flots. Ordinairement rejetés à dix ou douze milles dans l’intérieur des terres , leurs sommets sont couronnés, non pas, comme ceu* de l’Himalayah, parles arbres du monde arctique ou des climats tempérés, mais par le pittoresque palmier et les plantes aromatiques de la zone torride. Les plus précieux produits de leur végétation sont le poivre, le bétel dont les Indiens font une si grande consommation , l'arec qu’on mêle avec le bétel , le palmier sagou
INDE
à la moelle si nourrissante , le cocotier, l’arbre le plus utile de ces contrées. Au-dessus d'eux s’élève le teak, dont le bois, plus durable que le chêne de l’Europe, fournit d’admirables matériaux aux constructions maritimes.
Cette chaîne, dans sa partie septentrionale, n’a pas de sommets qui atteignent plus de trois mille pieds. Le pic de Mahabalesouar près de Bombay offre un lieu de guérison fréquenté par les malades de cette présidence. C’est sur les côtes de Canara et du Malabar, au dessous du quinzième degré de latitude nord, que se trouvent les sommets les plus élevés de cette chaîne ; quelques-uns n’ont pas moins de six mille pieds de hauteur. Vers la frontière du Mysore, le continent est traversé de l’est à l’ouest par un chaînon appelé les Nilgherris, le plus élevé de cette partie de l’Inde et qui est devenu depuis quelque années un lieu de retraite, où vont se rétablir les constitutions fatiguées par la chaleur des tropiques. Ce chaînon sert de lien entre les deux grandes chaînes des Ghâts et détache un rameau qui va se perdre dans la mer au cap Comorin. La côte occidentale est généralement très-basse, arrosée par de petits cours d’eau qui coulent parallèlement à la plage et sont de la plus grande utilité à la navigation intérieure.
Les Ghâts orientaux, qui bordent à distance la côte de Coromandel, sont généralement moins élevés, mais détachent un plus grand nombre de rameaux et s’étendent sur un espace beaucoup plus large. Ils laissent une plaine plus large entre la mer et eux; mais, si l’on en excepte les embouchures des grands fleuves , qui, prenant leur source dans l’ouest, viennent se jeter dans la baie du Bengal, cet espaceest généralement assez aride. V ers le nord, dans la province d’Orissa et les Circars, les terrains élevés se rapprochent beaucoup plus de la côte.
Ce sont des jongles et des montagnes moins bien cultivés, et habités par une race moins civilisée qu’aucune autre partie de l’Inde. Encore plus au nord, le Cattack est si bas, qu’il est exposé à
être inondé par la mer. En 1830, 1831, 1832 et 1833, l’Océan franchit les digues destinées à le contenir et couvrit de ses flots des espaces très-considérables.
Ces trois chaînes enceignent un plateau élevé d’à peu près deux mille pieds au-dessus du niveau de la mer et qui est, pour ainsi dire, le corps même de l’Inde méridionale. Le sud-ouest, contrée d’où partirent les Mahrattes pour faire la conquête presque entière de la Péninsule, est un pays accidenté et entrecoupé de profondes vallées. Dans son aspect général c’est un pays destiné par la nature à un peuple de pasteurs. La région centrale, partagée autrefois entre les puissants royaumes de Golconde et Bidjapore, se compose de plaines très-étendues, très-fertiles et abritées par leur élévation même contre les chaleurs excessives qui régnent sur la côte. La partie tout à fait au sud, et qu’on appelle le Carnatic, est divisée en deux plateaux, le Balaghat et le Mysore, beaucoup plus élevés que ceux du Deccan et par cette raison même riches d’une beaucoup plus grande variété de climats et de productions naturelles.
En général, le paysage des montagnes de l’Inde méridionale, s’il n’a
F as ce caractère de grandeur qui rend Himalayah si imposant, est gracieux et pittoresque, et les sommets de ses montagnes sont toujours couverts de la plus riche végétation. Il est presque partout cultivé, quoiqu’on y trouve cependant aussi des jongles, des forêts impénétrables et même des espaces couverts d’un sable stérile.
S II. Climat.
Saisons. — L’année se divise ordinairement par les Indous en trois saisons : la pluvieuse , la froide et la chaude. La saison pluvieuse commence ordinairement en juin et finit en octobre. La saison froide prend de novembre à février, et la saison chaude de mars à la fin de mai. Les variations qui se produisent chaque année dans les époques où commence chacune de ces saisons, ne permettent pas de
L’UNIYERS.
leur attribuer des périodes fixes. En divisant l'année autrement on peut dire i]ue la saison saine commence en novembre et dure jusqu’au temps des pluies périodiques, et que la saison malsaine se prolonge pendant toute la durée des pluies, et même encore quelque temps après elles.
Moussons. - Quoique plus rapprochée de l’équateur, l’Inde n’est pas soumise à des chaleurs aussi considérables que celles de l’Arabie ou du golfe Persique. Elle doit cet avantage aux vents périodiques appelés moussons qui soufflent sur toute la surface de I Inde, pendant six mois de l’année, du sud-ouest au nord-est; et pendant les six autres mois du nord-est au sudouest. De ces deux moussons la plus remarquable est celle du sud-ouest.
Elle fait sentir son inlluence depuis la côte d’Afrique jusqu’à la Péninsule de Malacca, et, pendant quatre mois au moins, iuonde tout l’espace compris entre ces deux points de torrents de pluie. Dans le sud de l’Inde elle commence à se déclarer ordinairement vers les premiers jours de juin et successivement ensuite à mesure qu’on remonte vers le nord. L’approche de la mousson , dit M. Elphinstone, s’annonce ordinairement par des massps de nuages qui s’élèvent de l’Océan Indien et se dirigent vers le nord-est s’épaississant à mesure qu’ils approchent des terres. Après quelques jours de temps couvert, le eiel semble se troubler vers le soir, comme si la tempête menaçait, et la mousson s’établit le plus souvent pendant la nuit. Elle s'annonce par de violents coups de tonnerre , tels que ceux qu’on entend dans les régions tempérées ne sauraient en donner idée.
Elle commence par des coups de vent impétueux et suivis d’un déluge de pluie. Pendant quelques heures, les éclairs se succèdent presque sans interruption. Ils illuminent le ciel; ils inondent les nuages d’une lueur éclatante; ils couvrent de leurs reflets les cimes des montagnes, ils laissent tout à coup toute la nature dans l'obscurité la plus profonde pour recommencer aussitôt et l’éclairer d’une
lumière aussi vive que celle du jour le plus brillant. Pendant tout ce temps le tonnerre 11e cesse de gronder dans le lointain pour éclater par intervalle avec un bruit si déchirant et si soudain, que le cœur le plus ferme 11e peut s’empêcher d’être ému de frayeur. Quand il finit cependant par s’éloigner et s’éteindre , on n’entend plus que le bruit continu de la pluie qui tombe à flots précipités, et que les mugissementsdes torrents qui se gonflent et débordent.
Le lendemain toute la nature présente un triste spoctacle. La pluie continue toujours d*ètre si épaisse qu’on peut à peine voir à quelques pas devant soi , les rivières troublées entraînent avec elles tout ce qu’elles rencontrent sur leur passage et inondent au loin les campagnes.
Cedcluge dure quelques jours; mais ensuite le ciel s’éclaircit et il montre la nature rajeunie par une puissance magique. Avant les orages des jours précédents, la terre était toute brûlée par le soleil; excepté dans le lit des rivières, c’était à peine si l’on pouvait découvrir quelques traces de verdure; l’immuable sérénité du ciel n’était pas troublée par le plus léger nuage; l’atmosphère était chargée d’une poussière dévorante à travers laquelle le soleil paraissait large et rouge comine dans nos brouillards d'hiver; un vent brûlant , comme s’il sortait d'une fournaise, échauffait même à l’ombre le bois, le fer, les pierres; quelques jours avant la mousson , ce vent avait été remplacé par des calmes encore plus-accablants. Mais aujourd'hui la première violence de l’orage est passée, la terre se couvre comme par enchantement d’une fraîche et admirable végétation , les fleuves sont rentrés dans leurs lits et promènent majestueusement leurs eaux fécondantes au milieu des campagnes , l’air est pur et délicieux, le ciel s’embellit d’un riche manteau de nuages , toute la nature enfin semble ravivée. Dès lors les pluies se succèdent à des intervalles presque réguliers , pendant un mois, pour reprendre encore avec une grande abondance en juillet; pendant le troi-
INI) K. 150
siènie mois elles diminuent sensiblement. En septembre, elles deviennent encore plus rares, et enfin , vers la fin du mois, elles disparaissent comme elles étaient venues, au milieu des tempêtes et des éclats de la foudre.
Telle est la mousson dans la plus grande partie de l’Inde; mais il ne faut pas oublier qu’elle ne commence pas partout a la même époque et que plus ou s’éloigne de la mer, plus les pluies diminuent. Elles sont naturellement plus abondantes auprès de la mer,' d’où sortent les nuages qui s’épuisent après avoir parcouru un grand espace dans les terres. Pour cette raison les pluies sont plus ou moins abondantes dans les provinces selon la distance où elles sont de la mer, ou encore selon les accidents de leurs terrains ; car les hautes montagnes, en arrêtant les nuages, font déverser sur les pays qui les entourent plus de pluie qu’il n’en serait tombé si les nuages eussent pu suivre librement leur cours.
En arrêtant les nuages et les vents les montagnes produisent encore un autre effet qui n’est pas moins remarquable. La mousson dite du sudouest traverse l’Océan dans cette direction; et, quoiqu’elle puisse varier de quelques points du compas en arrivant à terre, on peut dire cependant encore avec exactitude qu’elle traverse l’ouest et le centre du continent indien en se dirigeant vers le nord-est. Mais, dans les provinces du nord-est, elle se produit autrement; lèvent, qui apporte les pluies à ces régions, leur arrive du sud ouest, traverse le golfe du Bengal et vients’arrêtersurles hautes montagnes de l’Himalayah, qui le forcent à suivre leur direction , celle du nordouest. Le soutlle de la mousson dans les contrées situées au sud-ouest de l’Himalayah, semble donc venir du sudest; et c'est de ce point, en effet, que toute la province du Bengai reçoit ses pluies. Arrivé en suivant la ligue générale des montagnes jusqu’à i’Iiindou-Kouch, le vent, encore arrêté par cette nouvelle chaîne, prend alors ladirection de l’ouest et vient enlin mourir ou du moius apporter ses derniers
nuages sur les cimes des monts Soliman, dans l’Afghanistan.
Ces observations, continue M.
Elphinstone, expliqueront, sinon entièrement, du moins eu partie, le fait suivant : la mousson du sud-ouest commence sur la côte de Malabar au mois de mai et s’y fait sentir avec une extrême violence; elle arrive plus tard et avec moins deforce dans le Mysore; mais la côte de Coromandel, couverte ducôtéde l’ouest parles montagnes, ne la sent pas du tout. Plus au nord , la mousson commence dans les premiers joursde juin et se produitavec moins de force que dans le Malabar, excepté sur les côtes et dans le voisinage des montagnes, où les pluies sont très-abondantes. A Delhi, elle ne commence que verslaBnde juin et l’on y reçoit beaucoup moins d’eau qu’à Calcutta ou à Bombay. Dans le nord du Pendjab, c’est-à-dire dans le voisinage des montagnes, les pluies sont plus abondantes qu'a Delhi ; mais dans le sud du Pendjab, loin de la mer et des montagnes, il n’en tombe que très-peu. Les nuages franchissent facilement le Sind inférieur et s’arrêtent davantage dans le Sind supérieur, où les pluies de la mousson, quoiqu'elles ne soient pas très considérables, sont cependant les plus importantes de l’année.
Au commencement d’octobre, lorsque la mousson du sud-ouest , c'està-dire la saison pluvieuse, tire à sa lin, c’est la mousson du nord-est qui s’établit peu à peu. Cette mousson produit un temps de sécheresse pour toute la Péninsule, excepté pour le Coromandel. Sur cette côte, c’est la mousson du nord-est qui amène les pluies périodiques; elles commencent vers le milieu d’octobre et finissent ordinairement dans le courant de décembre. De décembre au commencement de mars cette mousson continue , mais alors c’est un vent sec. La température est pendant cette saison fraîche et agréable. La mousson du nord-est finit avec le mois de février ou dans les premiers jours de mars, et depuis cette époque jusqu’au commencement de juin les vents sont irréguliers ; c’est le
iogle
L’UNIVERS
temps des plus grandes chaleurs pour toute la Péninsule. Dans la baie du Bengal et sur ses côtes , les vents qui sont alors les plus ordinaires sont ceux du sud , chauds , humides, relâchants. Vers la fin de mai ou les premiers jours de juin au plus tard, la mousson du sudouest recommence et amène -les pluies périodiques pour toute le Péninsule, excepté pour le Coromandel, qui souffre beaucoup alors de la chaleur et de la sécheresse.
Voici maintenant quelques détails particuliers sur le climat de chacune des présidences, ils donneront une idée au lecteur de la salubrité ou de l’insalubrité des diverses provinces de l’Indostan.
Bengal La saison froide commen-
ce, suivant le docteur Jameson, en novembre et finit en février. Vers le milieu d’octobre , la température commence à changer sensiblement. Les journées sont encore très-chaudes, mais les soirées et les matinées deviennent de plus en plus fraîches. Le vent qui, pendant les mois précédents, soufflait généralement au sud et de l’est, commence à tourner vers le nord et l’ouest; il apporte déjà ces masses de nuages épais qui couvrent constamment le ciel et obscurcissent l’horizon pendant toute la durée des plues. L’air, auparavant humide et chargé de molécules a-
?jueuses, devient sec et élastique. Touteois, ces symptômes ne sont pas invariables. Parfois le ciel est très-chargé , et des pluies abondantes, accompagnées d’éclairs et de coups de tonnerre, rappellent que la mousson du sud-ouest n’a pasencore tout à fait cessé de faire sentir son influence.
En novembre le temps est délicieux.
Une brise très-fraîche souffle vivement du nord et quelquefois de l’ouest.
L’air est sec; le ciel clair et pur, et ordinairement on n’y voit pas un nuage.
Les nuits sont admirablement belles et accompagnées de rosées abondantes.
Le thermomètre varie entre les 15M9 et 24“ Réaumur; moyenne 18°, 65; hauteur du baromètre, 29,98.
Avec le mois de décembre, le temps change considérablement. Quoique le
milieu de la journée soit très-beau, le coucher du soleil est toujours entouré de nuages épais qui obscurcissent l’horizon. Pendant la nuit d’épais brouillards s’élèvent à la surface de la terre et ne disparaissent qu’au matin. Dissipés par les rayons du soleil, ils se changent en nuages qui rendent l’air accablant. Cependant ces brouillards ne se montrent pas toutes les nuits, et quelquefois même tout le mois se passe sans qu’on en voie un seul. Pendant quelques nuits successives , comme en novembre, le vent souffle constamment du nord et de l’ouest. C’est un vent très-frais mais qui ne devient jamais tempête, ni calme plat. Lethernomètre varie entre les 10°, 65et20°, 45 Réaumur; moyenne 16°, 88; hauteur moyenne du’baromètre, 30, 01.
Le temps est à peu près le même en janvier. L’air est très-pur et le froid commence à se faire vivement sentir aux indigènes. Les vents sont établis entre le nord et le nord-ouest. Les brouillards sont encore très-fréquents et quelquefois si épais, que l’on ne peut pas voir à quelques pas devant soi. Pendant la plus grande partie des matinées tout ce qui est exposé à J’air extérieur y devient humide et s’y couvre d’abondantes gouttes de rosée : même pendant les nuits sereines la rosée est très-considérable. Le thermomètre varie entre les 6°, 65 et 19“ Réaumur; moyenne 16; hauteur moyenne du bamètre, 29, 99.
Le temps est très-agréable jusque vers le milieu de février; mais alors la chaleur recommence dans le milieu de la journée. Le vent passe au sud et à l’est, d’épais nuages se montrent à l’horizon; les coups de tonnerre deviennent fréquents et tout annonce l’approche de la saison chaude. Le thermomètre varie entre les 14°, 65 et 22° 22 Réaumur; moyenne 19° 10; hauteur moyenne du baromètre, 30, 3.
Quelquefois la fin de décembre est signalée par d'abondantes averses; mais le plus souvent, il ne tombe pas une goutte de pluie pendant toute la saison froide. L’influence de cette saison et du veut frais du nord qui domine
INDE
pendant sa durée se fait sentir de la manière la plus favorable sur les Européens, accablés et énervés par la chaleur humide des mois précédents.
La saison chaude commence avec les premiers jours de mars. Le soleil est puissant, les journées sont chaudes, brûlantes même; mais les vents frais et constants qui soufflent alors du sud empêchent que cette chaleur ne devienne accablante. Il n’est pas rare de voir encore des brouillards le matin, mais ils se dissipent promptement pour aller se joindre aux épaisses masses de nuages que le vent amène de la iner et qui vont bientôt produire des orages. Ces tempêtes sont ordinairement précédées pendantquelquesjours de matinées brumeuses et de vents violents. Pendant une ou deux soirées on entend le tonnerre gronder au loin, on sent quelques coups de vent, mais il ne tombe pas une goutte de pluie.
Dans l'après-midi du jour où la tem-
f»ête doit éclater, le vent qui pendant a matinée avait eu une grande force s’abat ' sensiblement et finit par faire place au calme le plus parfait. Le temps est accablant ; les nuages s’amoncellent au nord-ouest en une masse profonde, épaisse, qui rase péniblement la terre. Des éclairs , suivis par les détonations de la foudre qui se rapprochent de plus en plus, aunoncentla tempête. Enfin , le calme est tout à coup interrompu par le déchaînement du vent qui soulève des tourbillons de poussière dont l’air est obscurci; puis après des torrents de pluie accompagnés de coups de tonnerre, le ciel se rassérène, l’air se rafraîchit. C’est ordinairement vers le coucher du soleil qu’éclatent ces tempêtes , jamais avant six heures du soir ni plus tard que minuit. Le thermomètre varie entre les 18*,22 et 24° Réaumur; moyenne 20°, 88 hauteur moyenne du baromètre 29 ; 86.
Il fait ordinairement beaucoup de vent pendant le mois d’ avril, et c’est encore du sud qu’il souffle. Le ciel est quelquefois serein^ mais le plus souvent chargé de poussière et d epais nuages qui se dirigent tous vers le nord. Vers Inde.
la fin du mois, la chaleur des nuits devient accablante. Vers le 20, le vent commence à être très-chaud et dure ainsi jusqu’à la fin de mai. Le thermomètre varie entre les 20", 45 et 26°, 22 Réaumur, moyenne 23°, 10; hauteur moyenne du Baromètre, 29-
Mai est le mois le plus désagréable de l’année. Au commencement ou éprouve toujours de grands vents, mais pendant la plus grande partie du mois on ressent un calme accablant. La chaleur des nuits surtout est intolérable. Peu ou point de vent pendant les matinées, où le ciel est couvert par d’épaisses masses de nuages. Avec le soleil une faible brise se lève du sud, fraîchit pendant la journée, mollit sur le soir et tombe avec la nuit. L’air est chaud .mais sans élasticité. On n’y pourrait résister sans lesorages assez fréquents qui viennent faire diversion. On ne voit jamais de brouillards en avril ni en mai. Le thermomètre varie entre les 31°, 77 et 27°, Il Réaumur; moyenne 24°; hauteur moyenne du baromètre, 29, 60. i
Quelquefois, quoique ce soit assez rare, du 15 au 25 de ce mois , l’horison se couvre de nuages noirs et épais qui arrivent du sud-est, et il tombe beaucoup de pluie pendant quelques jours, c’est ce qu’on appelle la petite pluie. Plus ordinairement, les chaleurs continuent d’être accablantes jusque dans les premiers jours de juin; et alors le tonnerre, qui se fait entendre tous les soirs, annonce l’approchedes pluies périodiques. Elles commencent du 1 4 au 18 juin et continuent pendant les quatre mois suivants. Ce ne sont d’abord que des orages accompagnés de tonnerre; mais ensuite viennent quelques jours de pluie si épaisse qu’elle empêche de voir le soleil. Rarement ces grosses pluies durent plus dequarantehuitheures sans interruption. Aussitôt que la saison pluvieuse a commencé, la température se rafraîchit sensiblement. L’air, purifié de la poussière qui l'obscurcissait, devient a’une admirabletransparence pendant les intervalles des pluies, et le plus souvent les nuits
162 L’ÜNrVIÎRS.
des pluies, et le plus Souvent les nuits sont étincelantes. Il y a peu de variations dans Ta température atmosphérique pendant toute la saison. Le thermomètre s’y tient entre les 20° et 25°77 Réauinur, movenne de 2t\ 77; hauteur movennedu baromètre, 29, 4-j.
La quantité totale des pluies pendant la saison varie beaucoup selon les années. Pour le Bengal on estime que (a moyenne est de quatre-vingts pouces anglais.
Madras. — Le climat du Carnatic est en général sec et Chaud. La hauteur moyennedu thermomètre à Madras s’établit pour toute l’année entre les 17°, 77 et 26% 6G Réaumur ; on l a vu ce|>endant , dans les mois de mai et de juin , monterà29” 32 et même à 33». 44 Réaumur. Lasaison deschaleurs et des vents, pendant les mois de mai, juin et juillet, est la plussaine; la saison des maladies est celle d'août à novembre. Les maladies les plus ordinaires sont les fièvres , les dvssenteries et les hépatites ou maladies du foie. Mais dans le Derwar, ou pays des Mahrattes , on trouve réunies sur un petit espace des différences de climat très-notables.
La partie occidentale de ce pays, celui qui se rapproche des Ghâts, est une des plus humides de la Péninsule, tandis qu au contraire la partie orientale est une des plus sèches. La quantité moyenne de pluies qui tombe dans Cette dernière n’est que de vingt à vingt-six pouces, et souvent en un mois seulement cette quantité est dépassée dans l’autre partie. La différence du genre de vie des habitants dans ces deux régions témoigne combien leur climat est différent. Dans l’ouest les habitants sont souvent enfermés dans leurs villages pendant des semaines entières, par l’abondance des pluies et le débordement des eaux, qui interrompent toute communication. Pendant cette saison, pour laquelle ils sont forcés de faire leurs provisions d’avance, sous peinedfe s’exposer à mourir de faim , les malheureux habitants passent le temps assis autour d’un foyer
ui remplit de fumée leurs chétives na-
itations. S’ils sont forcés de s’aventu-
rer au dehors , ils ne le font qu’enveloppés de couvertures et revêtus d’une espèce de sac fait en feuilles de palmier. Dans l’est, an contraire, il est rare que les pluies puissent empêcher les habitants de sortir de leurs maisons, et c’est contre la chaleur, non contre le froid , qu’ils ont à se défendre. Les villages de l’ouest se composent de maisons basses aux toits pointus qui descendent jusqu’à terre : la végétation y est d’une richesse admirable, etles plantes grimpantes y viennent souvent couvrir les maisons. Dans l’est tout a l’air brûlé parle soleil, les toits des maisons sont enterrasse, et leurs murs, bâtis en briques cuites au soleil , s’écrouleraient sous l’une des pluies qui tombent de l’autre côte des Ghâts.
De toute la présidence de Madras les parties les plus salubres sont les deux plateaux de Mysore et de liaïdérabad.
Bombay. — La nouvelle ville de Bombay, capitale de la présidence, est construite sur une île basse, maréca* geuse , et par conséquent elle est fort insalubre. Pouna, l’ancienne capitale des Mahrates et encore aujourd’hui ville très-populeuse, située sur le continent à trente milles à l’est des Ghâts, et à environ deux mille cinq cents pieds au-dessus du niveau de la mer, est, comparativementà Bombay, très-saine.
Aussi y envoie-t-on les malades de la présidence. C’est là qu’est mort le malheureux Jacquemont. Dans le Gouzerat, qui dépend de la présidence de Bombay, les vents d’ouest dominent pendant la plus grande partie de l’année. Les mois de mai et de juin sont excessivement chauds. En décembre et janvier les vents passent à l’est , et l’on voit quelquefois pendant ces deux mois des brouillards extrêmement épais, qui se renouvellent tous les matins pendant des semaines entières.
INDE
CHAPITttE II.
DES 1HDODS AD TElfPS DE MANOO.
On trouve ordinairement chez tous les peuples, même chez les plus barbares des monuments ou des traditions qui expliquent l'histoire de leur passé et meme qui permettent de la reconstruire; les peuples de l’Inde font seuls exception. Ils sont parvenus , dès les temps les plus recules, à uu haut degré de civilisation, sans avoir produit aucune histoire qui ait un caractère authentique.
Les fragments qui restent de leurs annales sont tellement mêlés defables et défigurés par la plus extravagante chronologie, qu’il est impossible a l’investigation la plus patiente de trouver un fil pour sc guider au milieu de ce dédale. Dans l’histoire de l’Inde il n'y a pas de date certaine avant celle de l’invasion d’Alexandre; et jusqu’à la conquête des Musulmans, c’est en vain qu’on chercherait à relier ensemble , dans un ordre rationnel, les événements de son histoire intérieure.
Etcependant, à côté de cette pénurie si complète pour ce qui est des faits, il y a abondance de renseignements pour ce qui est des lois, des mœurs, de la religion. A bien considérer les choses, c’est d'ailleurs ce qu’il était le plus important d’apprendre. Si nous pouvons connaître la condition sociale des Indous à une époque reculée et signaler en même temps les différences qui depuis se sont produites, ne posséderonsnous pas les résultats qu’on recherche dans l’étude de l’histoire?
La religion des Indous, leurs sciences et leur philosophie sont en partie expliquées dans les Védas, recueils d’hymnes et de prières antiques, qui , selon toute probabilité, ont été réunis dans la forme où ils nous sont parvenus vers le XIVe siècle avant l’ère chrétienne; nous avons déplus un tableau complet de leur état social dans le code de lois qui porte le nom de Manou et qui doit remonter au moins au ix* siècle avant J. C.
Ce code doit donc être le premier point de départ de toute histoire des lodous.
S I. Des castes.
Le trait le plus caractéristique de la société décrite par Manou, c'est sa division en quatre classes ou castes :
les castes sacerdotale, militaire, industrielle et servile.
Les trois premières, quoiqu’elles ne soient pas placées entreelles sur le pied de l’égalité, possèdent cependant chacune certaines prérogatives qui leur sont particulières : ce sont celles qui forment , à proprement parler, la société pour le bénéfice de laquelle les lois et le gouvernement sont établis. I,a quatrième caste, et les castes mélangées qui lui sont encore inferieures, ^obtiennent l’attention du législateur que comme instruments de richesse et de puissance pour les castes supérieures.
L’homme de la caste sacerdotale, le Brahmane, est le chef de tous les êtres créés , le monde et tout ce qu’il renferme lui appartient; c’est à lui que les autres mortels doivent de conserver la vie; par ses imprécations toutespuissantes il peut faire périr un roi avec ses troupes, ses éléphants, ses chevaux et ses chars de guerre; il peut même créer d’autres mondes; sa puissance va jusqu’à pouvoir donner la vie a de nouveaux dieux. Le Brahmane doit être traité avec plus de respect qu'un roi. Sa vie et sa personne sont protégées en ce monde par les lois les plus sévères , et dans l’autre par la menace des châtiments les plus terribles. La peine capitale nu peut lui être appliquée, même pour les plus grands crimes.
On croirait que cette élévation du Brahmane au-dessus de toutes les autres créatures a dû en faire le souverain et même le tyran de la société; il n’en est rieu cependant. La vie qui lui est
Iirescrite par la loi est une vie d'études aborieuses, de retraite et d’austér rites.
La première période de la vie du Brahainane, il doitla passer comme étudiant auprès d’un maître, daus l’absti-
iogIe
L’UNIVERS
nence et dans l’humilité. Toutes les forces de son intelligence doivent s’appliquer exclusivement à l'étude des Védas; il ne peut s’occuper de rien de mondain. Il doit l’obéissance passive à son maître; le respect et l’attachement du disciple doivent s’étendre jusqu’aux personnes de sa famille. Il doit s’acquitter envers lui de tous les soins domestiques, et pour vivre il ne peut que mendier de porte en porte.
Pendant la seconde période de sa vie, il se marie, élève sa famille et s’acquitte des devoirs imposés aux Brahmanes : lire et enseigner les Védas, offrir des sacrifices, répandre des aumônes et recevoir des présents. La plus honorable de ces fonctions c’est l’enseignement. Il est remarquable d’observer qu’à l’inverse des autres religions où la dignité sacerdotale tire surtout son lustre du service dans les temples, le Brahmane, au contraire, se dégrade, s’il fait métier d’offrir des sacrifices. Il est enjoint très-rigoureusement au Brahmane de ne recevoir aucun présent des gens indignes et surtout des gens appartenant aux derniers rangs de l’échelle sociale. Il ne doit pas recevoir sans nécessité ; s’il est embarrassé pour vivre.il peutmendier, cultiver la terre, et même, en cas d’extrêinebesoin, faire le commerce; maisil lui est absolument défendu d’entrer jamais au service de personne : la musique, la chasse, la danse, les jeux de hasard lui sont sévèrement interdits. Il doit s’abstenir de tout plaisir des sens et éviter tous les honneurs mondains comme il éviterait le poison. Cependant il est exempté dujcûneetde toutes les vaines observances de la religion. Ce qu’on lui demande surtout, c’est que sa vie soit décente et occupée par les études qui lui sont prescrites. Il n’est pas jusqu’à son costume qui ne soit réglé par la loi ; » Il doit avoir les cheveux et la barbe coupés , un manteau blanc et le corps toujours en état de pureté; » tels on voit encore aujourd’hui les Brahmanes, appuyés sur un long bâton, un exemplaire des Védas sous le bras, et des anneaux d’or aux oreilles.
Brahmane doit se faire anachorète et la passer dans la solitude des forêts.
Vêtu d’écorces d’arbres ou de la peau d’une antilope noire , laissant pousser ses cheveux et ses ongles , dormant sur la dure, il doit vivre « sans feu, sans maison , dans le silence le plus absolu , vivant de fruits et de racines. »
Il doit alors se mortifier cruellement , s’exposer tout nu à la pluie, porter en hiverdes vêtements humides eten été se tenir au milieu de cinq feux sous les rayons brûlants du soleil.
Dans la dernière période de sa vie le Brahmane vit presque aussi solitaire et retiré que pendant la troisième. Mais alors il est affranchi de toutes les observances extérieures ; ses mortifications ont cessé, et c’est la contemplation qui l’absorbe. Son vêtement ressemble alors à celui des Brahmanes ordinaires et son abstinence , quoique grande encore, n’est plus aussi rigoureuse. H n’est plus contraint à se mortifier lui-même; impassible au milieu des événements de la vie, il s’absorbe délicieusement dans ses méditations sur la divinité jusqu’à ce qu’enfin son âme quitte son corps, « comme l’oiseau quitte la branche. »
Ainsi pendant toute la durée de son existence le Brahmane vit entièrement séparé du monde ; mais , en cherchant à pénétrer les mystères de ce code singulier, on voit que toute cette règle de vie est décrite ou d’après les traditions embellies du passé, ou d’après un idéal que les nécessités positives de la vie et des sociétés humaines ont forcé de compléter par d’importantes modifications qui rapprochent les Brahmanes des conditions ordinaires de ce monde, et surtout leur confèrent une part essentielle du pouvoir.
Ainsi le roi doit avoir un Brahmane pour le plus confidentiel de ses conseillers. Ce sont les Brahmanes qui doivent l’instruire, lui apprendre les règles de la politique et de la justice.
Toute l’autorité judiciaire, excepté celle que le roi exerce en personne , est dans les mains des Brahmanes ; et,
Dans la troisième partie de sa vie , le si l’étude des textes sacrés n’est pas
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interdite aux deux classes qui viennent immédiatement après eux , cependant le sens de la loi ne peut être établi que par l’autorité des Brahmanes.
Le code met en réalité tout le pouvoir judiciaire dans leurs mains.
Les intérêts pécuniaires de la classe sacerdotale ne sont pas moins bien protégés. La libéralité envers les Brahmanes est recommandée comme une vertu , c’est le devoir particulier du roi. Les sacrifices , les oblations et toutes les cérémonies de la religion rapportent des présents aux Brahmanes, et ces présents doivent être magnifiques. « Les organes des sens et de l’action, dit un article du code, la réputation dans cette vie et le bonheurdans l’autre, la vie elle-même, les enfants, les troupeaux , tout est ruiné par un sacrifice que terminent des présents mesquins offerts aux Brahmanes. » Bien des délits se rachètent par des amendes qui sont pavées à la classe sacerdotale. Si un Brahmane trouve un trésor, il le garde pour lui seul, tandis que s’il est trouvé par une autre personne, il appartient par moitié au roi et aux Brahmanes. A défaut d’héritiers, les propriétés reviennent au roi , sauf celles des Brahmanes, qui se les partagent alors entre les personnes de leur caste. Un Brahmane savant est exempt de tout impôt; et, s’il est pauvre, le roi doit pourvoir à sa subsistance.
La caste militaire , celle des Kchatryas, quoique beaucoup au-dessous des Brahmanes, jouit cependant encore de grands privilèges. La loi dit « que la caste sacerdotale ne peut pas prospérer sans la militaire, ni la militaire sans l'autre, et que le bonheur de toutes deux en ce monde dépend de leur union. »
La caste millitaire jouit, quoiqu'à Un moindre degré parrapport aux Veysias, des mêmes privilèges que les Brahmanes possèdent sur les autres castes. Le roi est de la caste militaire , comme probablement aussi ses ministres ordinaires.
Lecommandementdesarmées, comme aussi tous les postes où il y a un commandement quelconque à exercer ,
appartiennent aux Kchatrvastpar droit de naissance. C’est un fait très-remarquable que dans les lois établies par eux-mêmes les Brahmanes, excepté pour ce qui est de l’administration de la justice , se soient refusé toute participation au pouvoir exécutif.
Les devoirs imposés à la caste militaire sont de défendre le peuple , de ré-
fiandre des aumônes, de sacrifier, de ire lesVédas et de ne pas se livrer au plaisir des sens.
Le rang social des Veysias ou membres de la troisième caste n’est pas très-élevé. Outre les sacrifices, les largesses et la lecture des Védas qui leur sontrecommandés, les Veysias , ont la charge d’élever les troupeaux, de faire le commerce, de prêter à intérêt et de cultiver la terre.
Les connaissances pratiques exigées des Veysias sont plus étendues que celles exigées des autres classes ; car, outre l’agriculture et l’é.ève des troupeaux , ils doivent encore connaître les productions et les besoins des autres pays , les divers dialectes des hommes , et tout ce qui est relatif à la vente ou à l'achat des marchandises.
Le devoir d’un Soudra, c’est, dit brièvement le code , deservirles autrescaste, et particulièrement les Brahmanes.
S’il ne peut pas trouver à s’employer auprès d’une personne des classes supérieures, il lui est permis de gagner sa vie en se louant comme manœuvre, charpentier , maçon , peintre , écrivain, etc. Un Soudra peut accomplir les sacrifices religieux, mais il doit omettre les textes saints qui les accompagnent. Un Brahmane ne peut pas lire les Védas, même des yeux, en présence d’un Soudra. Lui enseigner la loi, lui apprendre la manière d’expier ses péchés, c’est pour un Brahmane un crime, qui le conduit dans l’enfer Asamvrita. Il n’y a pas de faute contre laquelle là loi engage les Brahmanes à se tenir plus en gardeque contre celle de recevoir les présents des Soudras. Un Brahmai e dans le besoin peut accepter du grain d’un Soudra , mais il ne peut , dans aucune circonstance , goûter d’un mets
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préparé par un Soudra. Les gens de cette classedoivent se nourrir des restes de leurs maîtres , et se vêtir de leurs vieux habits. Ils ne peuvent amasser de richesses, même par des moyens h >nnêtes, alia , dit la loi,, qu'ils ne deviennent pas orgueilleux et ne causent point de peine aux Brahmanes.
Si un Soudra insulte de paroles un homme des classes supérieures , on doit lui couper la langue. S’il s'assoit sur le même siège qu’un Brahmane , la partie de son corps qui a plus particulièrement commis le crime est brillée avec un fer chaud. S'il ose admonester un Brahmane sur ses devoirs religieux, la loi ordonne qu'on lui coule de l'huile bouillante dans la bouche et dms les oreilles.
Le nom de Soudra, ilit encore la loi , est l’expression du mépris, et l’amende imposée pour le meurtre d'un homme de cette classe n’est pas plus forte que celle dont est passible celui qui a tué un chat, un crapaud , un chien un lézard.
Si l’état d'avilissement des Soudras est plusqu’évident, il estassez difficile de dire quel est leurétat «vil. LesSoudra, sont désignés en général sous le nom de caste servile, etil est déclaréque , même affranchi par son maître, le Soudra ne peut pas être dégagé des liens de l'état servile: * Car , dit expressément la loi , qui pourrait le dégager d’un état qui lui est naturel ? »
Cependant il ne résulte pas explicitement du texte du code que le Soudra soi t et doi ve être toujours I ’escl a ve attaché à un individu ; au contraire , il peut offrir ses services à qui bon il lui semble , et même exercer des métiers pour son compte particulier. Rien non plus n’autorise à croi re que lesSoudras soient les esclavesde l’Etat; car on voit que l’émigration , interdite , et sévèrement , aux autres classes leur est permise. Us peuvent posséder, droit interdit aux esclave»; leurs personnes sout protégées même contre leurs maîtres , qui ne peuvent les corriger que d’une manière prescrite par la loi. Les châtiments qu'elle leur applique sont applicables aussi à la femme par son mari , aux enfants par leur père, audiscipleparson
maître, au frère cadet par son aîné.
Qu’il y eût des Soudras esclaves , c’est un fait incontestable; mais il y a aussi toute raison de croire que les hommes des autres castes, pouvaient être également réduits en servitude.
La condition des Soudras devait donc en réalité être beaucoup meilleure
ue celle des enclaves dans la plupart
es anciennes républiques , meilleure peut-être que celle des serfs du moyen âge.
Quoique la ligne de démarcation entre toutes les castes fût si tranchée , il ne semble pas cependant que dans l’origine on ait pris autant de soins pour empêcher leur mélange qu'on l’a fait depuis. C’est le souci de protéger l’honneur des femmes beaucoup plutôt que celui d'assurer la pureté de la descendance qui semble avoir inspiré le législateur.
Les hommes des trois premières castes ont toute li berté de choisir leurs femmes dans les castes inférieures, pourvu qu'ils ne leur donnent pas la première plaoe dans leur famille Le mariage n’est permis à personne avec uue femme d’une caste supérieure à la sienne; l’adultère est puni des peines les plus sévères, et l’enfant qui peut en naître est cond itnné au dernier degré d’avilissement. Le fils légitimed’un Brahmane et d’une femme kohatrya est placé par la loi dans une situation intermédiaire entre son père et sa mère; et les filles issues de cette alliance, si pendant sept générations eousécuti ves el es épousent des Brahmanes , fout remonter leurs enfants dans la caste sacerdotale ; mais le fils d’un Soudra et d’une femme d’origine brahmanique est un « Tch-andata, le plus vil des mortels , et son union avec les femmes des castes supérieures produirait une race encore (dus vile que celle de leur père. >>
Il semble que, dèsleterapsde Manou, les hommes des diverses castes se faisaient scrupule de manger ensemble, mais cependant on ne trouve dans la lai aucun texte ppsitif qui le défende , excepté pour lesSoudras; encore est-ce une faute facile à expier pour un Brahmane. Aujourd’hui les préjuges sont
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beaucoup plus vifs à cet égard ; car il ne s’agit de rien moins que de perdre les privilèges de sa caste. Jadis on ne les oerdait que par des crimes.
Un fait à observer, c'est que, dans les quatre castes, il n’y a pas de place assignée aux artisans. Les Soudras, il est vrai, peuvent exercer certains nié* tiers mécaniques; mais cependant on ne voit pas que ces métiers soient le lotd’a'ucune classe en particulier. D’après certains passages du chapitre X du livre de Manou, il semblerait que les artisans appartenaient comme c’est le cas aujourd’hui, aux castes mêlées. Toutefois ne peut-on pas insinuer de là que la division des castes s’est faite à une époque où l’industrie était encore trop peu avancée pour que les métiers fussent déjà spécialisés ?
g H. Du gouvernement.
Le gouvernement de la société appartenait à un prince absolu. Aucune autorité humai ne n’exerça i t de contrôle sur sa conduite; quoiqu’il soit, dans un certain passage, menacé d’un châtiment et d’une amende dans J’autre , on ne voit cependant pas que la loi ait assuré par aucun moyeu l'application de ces peines. Ses conseils et les chefs militaires, qui relèvent de lui, ne semblent avoireu d’autre autorité que celle qu’il voulait bien leur accorder. Il est certain cependant qu’il devait être soumis aux lois, qu'on disait révélées parla Divinité meme, et l'influence prépondérante des Brahmanes devait assurer leur puissance.
« Lebutdel’iustitutiondu roi, c’est, dit le code , d'empêcher la violence et de punir les malfaiteurs.
» Le cliâtiment veille quand les gar- « des dorment.
« Si le roi ne punissait pas les coupables, le fort ferait rôtir le faible comme le pêcheur le poisson sur le gril.
« La propriété n’appartiendrait plus à personne et les petits renverseraient les grands. »
Les devoirs du roi sont ainsi définis en termes généraux : « veiller à l'administration de la justice dans son royaume,châtierl’ennemiétrangerav*c
vigueur, agir sincèrement avec ses amisetse montrer charjtableaux Brahmanes. Il doit éeouter respectueusement leurs leçons, pour apprendre à se conduireavecinodestie , pour se faire instruire dans In justice, la politique, la métaphysique et la théologie. Il doit résister aux plaisirs, modérer ses passions et éviter la mollesse. »
Le gouvernement du roi se compose d'abord de sept conseillers { pris, selon toute probabilité, dans la caste militaire), et il doit avoir près de lui un Brahmane instruit, distingué audessus de. Unis les autres, et auquel il donne sa confiance entière. Parmi ses autresofliciers, il en est un qui s’ape.lle « l’ambassadeur, » et qui exerce en réalité les fonctions de ministre des affaires étrangères. Ce personnage doit être, comme tous les autres , de noble naissance et posséder de grands talents, surtout sagace et pénétrant. Il doit être honnête , populaire, habile en affaires , instruit dans l’histoire , beau , intrépide, éloquent, et au fait de ce qui se passe dans les autres royaumes.
L’armée est commandée par un général en chef. L’application des peines est réglée par le ministre de la justice; les finances et le pays sont administrés par le roi lui-inéme; la paix ou la guerre sont ordonnées par l’ambassadeur.
L’administration intérieure est confiée à une hiérarchie d’officiers civils, composée de chefs de simples villes ou villages, de chefs de dix, decent et de mille villes. Tous sont nommés par le roi, et chacun doit référa: des affaires à son supérieur immédiat.
Le traitement du chef d’une ville se paye sur les impôts en nature que le roi a le droit de demander à cette ville ; le chef de dix villes a deux journaux de terre , e’est-à dire deux fois ce qu'un homme peut labourer en un jour; le chef de eent villes a un village, et le ehef de mille villes, une ville entière.
Ces officiers sont sous la surveillance d’inspecteurs de haut rang et revêtus d’une grande autorité; il doit yen avoir un dans chaque grande ville, et c’est à
aogle
eux qu’on s’en rapporte pour réprimer les abus de pouvoir auxquels les chefs des districts sont , dit la loi , trop enclins à se laisser entraîner.
Le royaume est aussi partagé en divisions militaires, dont chacune entretient un corps de troupes. Les circonscriptions territoriales de oes divisions ne correspondent pas nécessairement avec celles des autorités civiles.
Les revenus de l’État se composent d’un impôt levé sur les produits de l’agriculture, de taxes sur le commerce , d’une légère contribution annuelle sur les petits commerçants, d’une journée de ' travail par mois pour les gens de métier.
t Les marchands doivent être imposés selon le prix d’achat de leurs marchandises , leurs frais de voyage et de transport, et enfin selon leurs profits présumés.
Voici l’échelle de l’impôt :
Sur le bétail, les perles, l’or et l’argent ajoutés chaque année au capital du contribuable, un quinzième ; en temps de guerre ou d’invasion, on peut demander le douzième.
Sur legrain, un douzième , un huitième , un sixième, « suivant le sol et la quantité de travail nécessaire pour le cultiver. » En cas de besoin, le gouvernement peut exiger le quart.
Sur l’augmentation annuelle des
f lieds d’arbres, sur la viande, le miel, es parfums et quelques autres produits de la nature ou du travail de l’homme, un sixième.
Le roi a également droit à vingt pour cent sur le profit net de toutes les ventes. Il hérite des gens morts sans héritiers ; il a droit à toute propriété qui n’a pas de maître légitimej mais seulement trois ans après avoir fait constater par proclamation publique qu'elle n’a pas de maître. Il a également droit à la moitié de toutes les mines.
Le roi doit fixer sa capitale dans une province fertile de son royaume, mais d’un accès difficile, et dont les alentours ne peuvent pas nourrir une armée d’invasion. La forteresse où il réside doit être toujours bien gardée et pourvue d'une garnison nom-
breuse. Au centre doit s’élever son palais, facile lui-mêineàdéfendre, bien construit, brillant , entouré d'eaux et d’arbres.
Ensuite, il doit se choisir une reine distinguée par sa naissance et sa beauté et nommer un prêtre chargé des cérémonies religieuses dans l’intérieur de son palais.
Il se lève à la dernière veille de la nuit, et, aprèsavoir offert les sacrifices, il tient sa cour dans une salle convenablement splendide , reçoit ses sujets et les renvoie avec de douces paroles.
Cela fait, il assemble son conse il sur u ne montagne, ou une terrasse, à l’ombre de beaux arbres, dans un lieu sûr contre les espions, et duquel il fera éloigner avec soin les femmes etles oiseaux bavards. Après le conseil il se livre à quelques exercices guerriers, il se baigne, et rentre pour dîner dans son appartement privé. Cette heure de la journée est consacrée à sa famille , à réfléchir sur le choix des officiers qu’il a à nommer. C’est alors qu’il s’occupe, dans la retraite, du personnel de son gouvernement.
Après dîner , il passe la revue de ses troupes, reçoit les rapports de ses émissaires , se permet quelque plaisir , et enfin se retire pour souper dans le plus secret de ses appartements , où il écoute la musique pendant quelque temps avant de s’endormir.
Ce tableau est rembruni par les conseils qui lui sont donnés pour veiller à sa sûreté personnelle. Illui estrecommandé de faire préparer ses repas par des personnes dnne fidélité inébranlable, et de tenir toujours prêts sur sa table des antidotes contre le poison.
Quand il reçoit ses émissaires, il doit être toujours armé. Jusqu’aux femmes , il doit faire fouiller toutes les personnes attachées à son service ; et dans son
Jialais , aussi bien que hors de son paais, il doit toujours être en garde contre les tentatives de ses ennemis.
La politique et la guerre occupent de nombreux chapitres du livre sacré.
Ils seraient intéressants à lire , ne fûtce que pour les preuves qu’ils donnent
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d’un fait important, à savoir la division de l’Inde, à cette époque reculée, entre plusieurs États indépendants.
Il y a quatre manières pour un gouvernement d'agir contre ses ennemis :
répandre les présents; semer la division au milieu d’eux; négocier, ou vaincre parla force des armes. Lesage, dit le législateur , préfère les deux dernières.
Le roi doit toujours regarder ses voisins immédiats et leurs alliés comme ses ennemis. Les royaumes situés au delà de ces ennemis naturels doivent être traités comme amis. Quant aux Etats plus éloignés , il faut les considérer comme neutres. On donne, et à plusieurs reprises, un conseil fort remarquable au roi, c’est d’éviter , même dans ses plus grandes difficultés , de recourir à la protection d’un prince plus puissant que lui :
« Même réduit à la dernière extrémité, il est toujours moins dangereux de faire, quoique faible, une guerre courageuse. »
Les espions jouent un grand rôle dans la politique étrangère et dans les guerres. On donne les conseils les plus précis sur l’espèce de gens à ein-
Îiloyer. Il faut se servir , et c’est encore e cas aujourd’hui dans l’Inde, « d’ermites dégradés de leur saint état , de marchands embarrassés dans leurs affaires, de faux pénitents. »
Les lois de l'art militaire sont fort simples. Ilfautcroireque, rédigées par les Brahmanes, elles ne sauraient donner aucune idée des talents guerriers dont les Indous ont donné et donnent encore des preuves remarquables.
Le roi doit mettre son armée en mouvement lorsque la moisson du printemps ou celle de l'automne est encore sur pied , et marcher immédiatement sur la capitale de l'ennemi.
Les armées étaient composées de cavalerie et d’infanterie. Leurs armes
Îirincipales étaient sans doute l’arc, e sabre et le bouclier. Les éléphants ont été de tout temps employés à la guerre. Les chars armés remplaçaient probablement notre artillerie. Le roi doit recruter ses troupes surtout dans
le nord de l'Indoustan, où l’on trouve encore aujourd’hui les meilleurs soldats. Il doit leur donner l’exemple de la valeur, et , avant la bataille , les encourager par de courtes mais éloquentes allocutions.
Les prises appartiennent à ceux qui lesontfaites; mais, lorsqu'elles ne sont pas le prix de la valeur individuelle, elles sont partagées entre les troupes.
Les lois de la guerre sont humaines. Les flèches empoisonnées, barbelées ou incendiaires, sont prohibées.
Il y a un grand nombre de cas où il n’êst pas permis de tuer son ennemi.
Les hommes sans armes , blessés , désarmés , celui qui crie merci et qui dit : « Je suis ton prisonnier, » doiventétre épargnés. Il y a même encore des prescriptions plus généreuses L’homme à cheval ou dans un char de guerre ne doit pas tuer le soldat à pied ; il est défendu d’attaquer celui que la fatigue a forcé de se coucher à terre, celui qui dort, ou qui fuit , ou qui se bat avec un autre.
La conquête aussi est soumise à des conditions libérales. Sécurité immédiate doit être garantie à tous.
La religion et les lois du pays doivent être respectées ; et aussitôt que la conquête est un fait accompli , il faut placer sur le trône un prince du sang de la famille royale qui a été vaincue et qui devient le vassal du vainqueur.
Les lois de la succession ne sont pas clairementétablies; mais il semble, d’après un passage , que le prince (comme c’est encore aujourd’hui la coutume des princes indous) désignait pour son héritier celui de ses fils qu’il croyait le plus capable de lui succéder.
glll. Administration de la justice.
La justice est rendue par le roi en personne, assistéde Brahmanes et d’autres conseillers ; mais il peut aussi déférer cette fonction à un Brahmane qu'assistent trois personnes de la même caste.
Le roi ou juge, en écoutant les causes, doit observer tout particulière-
ment les manières, les gestes et les façons de parler des parties et des témoins.
Il doit se conformer aux usages locaux des districts, aux usages des familles, aux coutumes des commerçants; il doit, autant qu'il lui est possible, suivre les précédents établis par les anciens juges.
Ni lui, ni ses officiers ne doivent encourager la manie de plaider, quoiqu’ils doivent employer toute leur diligence pour donner suite à une action régulièrement établie.
Il est enjoint aux juges de ne pas trop s’offenser du langage souvent passionné des plaideurs, aussi bien que des vieillards et des malades qui viennent s’adresser ù eux.
Enfin, ils ne doiveut jamais revenir sur un jugement qui a été rendu conformément à la loi.
t, a justice criminelle des Indous est très-sévère et, de toutes leurs institution, c'est peut être celle qui parle le moins en leur faveur : elle n’est cependant sanguinaire que quand elle est influencée par la superstition ou par les préjugés de caste. La mutilation, celle surtout de la main, est un châtiment qu’on trouve ordonné dans tous les usages judiciaires de l’Asie; il faut dire cependant à l’honneur des Indous qu’ils semblent n’avoir pas connu la torture des accusés.
La loi civile est de beaucoup supérieure à la loi criminelle , beaucoup plus raisonnable surtout qu’on ne le croirait, si l’on se reporte au temps où elle a été écrite.
Elle commence d’abord par établir les cas où le demandeur ne doit pas être reçu dans sa requête et ceux où lejuge peut accorder le défaut.
Si l’affaire doit être plaidée au fond, le juge commence par examiner les témoins : ceux-ci doivent être entendus debout, au milieu de la salle d’audience et en présence des parties. Avant de les interroger, le juge doit leur faire une courte exhortation, et les prévenir des châtiments auxquels ils s’exposeraient par un faux témoignage. S’il n’y a pas de témoins, lejuge reçoit les
serments des parties, puis, l’affaire entendue, il rend son arrêt.
Le créancier est autorisé par la loi , même avant de porter plainte devant un tribunal, à se faire payer par tons les moyens, même en usant jusqu’à un certain point de la force physique. Aujourd’hui encore, dans certaines parties de l’Inde , il n’est pas rare de voir un créancier incarcérer son débiteur dans sa propre maison , et l’y tenir jusqu’à ce qu’il paye.
L’intérêt légal de l’argent est fixé à deux pour cent par mois pour un Brahmane, à cinq pour cent pour un Soudra.
Les contrats frauduleux ou qui engagent les parties contre ia loi sont nuis de plein droit. Un contrat fait par un esclave pour nourrir la famille de sou maître absent engage celui-ci.
La vente d'un objet par celui qui n’en est pas le propriétaire est nulle, à moins qu’elle ne soit faitedans le marché public : dans ce cas elle est valide , si l’acheteur peut produire le vendeur; autrement le propriétaire légitime a le «droit de rentrer dans sa propriété en payant la moite de la valeur.
Un marché peut être résilié par l'une des deux parties dans les dix jours qui suivent ia conclusion, mais pas plus tard.
Une fille peut-être mariée à huit ans et même plus tôt. Si son père ne la marie pas dans les trois ans qui suivent sa nubilité, une fille a le droit de se choisir elle-même un époux.
Les hommes peuvent épouser des femmes des classes inférieures à la leur, mais jamais des supérieures.
Un homme ne peut pas épouser une femme qui est sa parente jusqu’au sixième degré, ni celle dont le nom de famille est le même que le sien : la loi suppose qu’ils doivent être de la même race.
Le mariage entre gens de la même cas te se consacre par l’ union des mains : une femme kchatrya qui épouse un Brahmane, doit tenir un arc à la main; une Vevsia, un fouet ; une Soudra , le pan d'un manteau.
Le mariage est indissoluble et les parties se doivent réciproquement fidélité.
Un mari peut convoler en secondes noces après la mort de sa femme; mais le mariage des veuves est réprouvé, sinon défendu.
En général, il semble qu'un homme ne peut épouser qu'une lemme; nous disons il semble, car la loi ne s'explique pas positivement à cet égard, mais certaines prescriptiousqu’elie renferme doivent le faire présumer. Ainsi une femme qui est restée stérile pendant huit ans, ou celle qui n'a pas donné d'enfant mâle à son mari pendant onze ans, peut être remplacée par une autreépouse. Ainsi encore les femmes adonnées à l’ivrognerie ou à tout autre vice , celles qui se conduisent avec malice peuvent être aussi remplacées. Ne sont-ce pas là des exceptions qui doivent confirmer la règle? . .
Le mari qui part pour un voyage doit laisser à sa femme des moyens de subsistance pendant son absence.
La femme doit attendre son mari absent pendant huit ans, s’il s’est éloigné pour remplir des devoirs religieux; pendant six, s'il est absent pour s’instruire ou acquérir de la réputation; pendant trois , s'il est parti pour son plaisir.
Les héritiers naturels d’un homme sont ses fils ou les fils de ceux-ci , et à leur défaut les fils de ses filles.
Au défaut de ces liéritiers, c’est le fi Is adoptif qui . succède. Le fils adoptif perd tout droit à l’héritage de son père naturel , et il couservé toujours droit au sixième des biens de son père adoptif, lors même qu’il naîtrait des fils à celui-ci après l’adoption.
Au défaut de ces héritiers viennent dix espèces de fils que les Indous peu vent seuls a voir imaginées, eux pour qui la nécessité d’avoir un descendant qui accomplisse les cérémonies religieuses sur le tombeau des défunts est une considération supérieure à toutes les autres. Parmi ces (ils ou compte celui qui est né de l’é|iou.se d’un homme et d’un père inconnu
pendant l’absence du mari; ie fils dont une femme était déjà enceinte à l'insu de son mari lorsqu'elle l'a épousé; le fils illégitime né de la fille et d'un homme qu’elleépouse ensuite; le Gis né d’une femme mariée qui a abandonné le domicile conjugal ; le fils d'une veuve, etc.
Au défaut des fils viennent les fils des frères, qui ont même le droit légal de se faire adopter à l'exclusion de tous autres. Au défaut des fils, petitsfils, fils adoptifs et neveux, viennent les père et mère , puis les frères , les grands-pères, les granef mères, et autres parents, puis encore le maître, le condisciple, le disciple, puis enfin les Brahmanes et le roi.
Le père peutde son vivant distribuer son bien à ses enfants. La loi ne dit pas eu quelles proportions , comme aussi elle ne parle jamais de testament.
A b mort d’un homme, scs fils peuvent continuer à vivre en famille ou se partager son bien. S'ils restent unis , le frère aîné s’empare de la fortune , et ses frères vivent sous son autoritécomme sous celle de leur père , et tous les acquêts qu'ils peuvent faire augmentent la fortune commune.
Si le bien est divisé , un vingtième appartient par privilège aH iilsaîué; un quatre-vingtième au plus jeune, un quarantième aux frères qui sont entre l’aîné et le plus jeune ; le reste est divisé par portious égales entre tous les fils. Les Dites non tnarices sont à la charge de leurs frères. Elles ne reçoivent rien de la fortune paternelle; mais elles partagent également avec leurs frères le bien de la mère.
Cette égalité entre les (ils ne subsiste qu’en cas de naissance égale ; autrement le fils d'une femme brahmane prend quatre parts; celui d’une Kchatrya, trois parts; celui d'une Veysia, deux parts: celui d’une Soudra une part. Cette seule part, ou au plus un dixième, est tout ce que peut recevoir le fils d’une mère soudra, même quand il n’y a pas d'autres fils.
Les eunuques, les gens des castes mêlées , les aveugles, les bossus» les
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sourds, ceux qui ont perdu l’usage d’un membre , les fous , les idiots, sont exclus de la succession, mais à la charge des héritiers. Cependant les fils des personnes esclaves sont capables d’hériter.
g IV. De la religion.
La religion enseignée dans le livre de Manou tireson origine des Védas.
Il y a quatre Védas, quoique le quatrième soit rejeté par le plus grand nombre des Indous instruits.
Chaque Véda se compose de deux ou de trois parties. La première comprend des hymnes et des prières; la seconde, des préceptes religieux et des controverses de théologie. Quelques-unes de ces controverses sont quelquefois comprises dans la seconde partie, et quelquefois séparées : elles forment alors la troisième partie.
Les Védas ne sont pas l’ouvrage d’un seul auteur. Chacun d’eux est l’œuvre de plusieurs personnes, dont les noms sont quelquefois, surtout dans les hvmmes , attachés à leurs productions.’ Ils ont donc été écrits à des époques diverses ; ils ont été réunis dans la formeoù nous les connaissons , vers le xiv* siècle avant J. C.
Ils sont écrits en vieux style sanscrit, si différent de celui qui est encore en usage , que les Brahmanes les plus instruits peuvent seuls les comprendre aujourd'hui. Il n’en a été traduit qu’une très-faible partie; et, quoiqu’un auteur, dont le talent doit inspirer toute garantie, nous ait donné un résumé de leur contenu, il est à désirer que les travaux des savants comblent bientôt cette lacune.
La doctrine fondamentale des Védas, c’est l’unité de Dieu. • Il n’y a en « vérité, disent maints passages du texte « sacré; il n’y a en vérité qu’un seul «Dieu, l’Esprit suprême, le Sei- « gneur de l’univers, et dont l’univers « est l’ouvrage. »
Parmi les créatures de l'Etre su-
firêine, il en est de supérieures à 'homme, qui doivent être adorées, et dont on doit rechercher par la prière les faveurs et la protection. Les plus
fréquemment nommés de ces êtres sont les dieux des éléments, des étoiles , des planètes. Les trois principales manifestations de la Divinité (Brahma, Vishnou et Siva), d’autres attributs personnifiés et la plupart des dieux de la mythologie indoue sont nommés ou indiqués dans les Védas; mais le culte des héros déifiés ne fait pas partie du système.
Brahma, Vishnou et Siva sont rarement nommés; ils ne jouissent d’gucune prééminence et ne sont l’objet d’aucune adorationspéciale, M. Colebrooke n’a découvert aucun passage où il soit question de leurs incarnations.
Si donc Manou a conservé l’idée de l’unité de Dieu , ses théories sur la nature et les actes de la Divinité sont déjà différentes de l'original où il a puisé. Cela se voit surtout dans la manière dont il explique la création du monde. 11 y a des passages dans les Védas qui déclarent que « Dieu est la cause naturelle aussi bien qu’efficiente de l’univers; il est le potier qui a fabriqué le vase, et la matière quia été employée par le potier. » Cependant les Indous les plus distingués croient que ces textes si positifs ne doivent par être pris à la lettre, et ne font pas plus en réalité qu’indiquer l’origine de toutes choses produites par la même cause première. Les Instituas, au contraire, semblent regarder l’univers comme formé de la substance du Créateur, et admettre l’éternité de la matière comme partie delà substance divine. Selon Manou, « la « cause existante par elle-même , inap- « préciable aux sens, mais créant ce « monde sensible des cinq éléments et « des autres principes, s’est manifestée « dans toutesa gloire en dissipant les té- « nèbres.
« Ayant résolu de produire les di- « vers êtres de sa propre substance « divine, elle a d'abord , par un mou- « vement de sa pensée, créé les eaux, et « elle y a place un germe productif.
« De ce germe est sorti l’œuf du « monde dans lequel l'Être suprême na- « quit lui-même, sous la forme de Brah. « ma.
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« De même, sous b forme de Brahma « il produisit les cieux et la terre et « Mme humaine; à toutes les créatures « il donna des noms distincts et des « œuvres différentes à accomplir.
« De même encore, il créa les divini- « tés avec des attributs divins et des ». âmes pures, et les génies inférieurs. » Tout cette création ne dure qu’une certaine période. Quand elle expire, la force divine se retire : Brahma est absorbé dans l’essence suprême, tout le système s’évanouit.
Ces extinctions de création , auxuelles correspondent des époques e renaissance, reviennent périodiquement à des termes d’une prodigieuse longueur.
Les divinités inférieures sont les représentants, ou des éléments, ou des corps célestes , ou d’idées abstraites.
Indra est le dieu de l’air, Agni du feu , Varouni de l’eau, Prithiva de la terre, Sourya du soleil , Tchandra de la lune, bherma de la justice, Dhanouantara de la médecine. Il n’est qnestion dans les Védas d’aucun des héros déifiés tjui jouent aujourd’hui un si grand rôle dans le panthéon indien , tels que Râma , Chrishna, etc.
Distincts des dieux, il y a de bons et de mauvais génies, rangés dans le dénombrement de la création plutôt parmi les animaux que parmi les dévinités. « Génies bienfaisants, fiers géants, sauvages avides de sang, chanteurs célestes, nymphes et démons, hideux serpents et oiseaux aux ailes immenses, troupes de pltris ou pères du genre humain. »
L’homme est doué de deux esprits intérieurs: l’âme vitale, qui anime le corps, et l’âme rationnelle siège des passions et des bonnes ou mauvaises qualités. Ces deux âmes, existences indépendantes, sontuniesdansla divine essence , qui pénètre tous les êtres.
C’est l’âme vitale qui expie les péchés des hommes : elle est , selon ses fautes , soumise à des tourments plus ou moins longs , puis ensuite elle transmigre dans des corps d’hommes, d’animaux, dans les plantes même. Sa nouvelle destination est
d’autant plus infime que ses péchés ont été plus grands, et cette transmigration dure jusqu’à ce qu'enfin, purifiée par les souffrances et les humiliations , elle mérite d’être absorbée dans l’existence suprême.
Dieu a doué l'homme en le créant de la conscience, moniteur intérieur , et il « établit une différence complète entre le bien et le mal , comme entre le plaisir et la peine, etc. »
La partie pratique de la religion peut se diviser en morale et en observances rituelles.
Il y a des cérémonies religieuses à accomplir pendant la grossesse de lanière ,'à la naissance de l’enfant, etc. La principale est celle où l’on rase la tête de l’enfant , en ne lui laissant qu’une mèche de cheveux sur le sommet de la tête. Cette cérémonie doit s’accomplir pendant la première ou la troisième année. Mais la plus importante de tonte la vie est celle où l'homme reçoit l’investiture du cordon sacré, et “qu’on ne peut retarder pour un Brahmane au delà de l’âge de seize ans , au delà de vingt-quatre pour un marchand. Cette grande cérémonie s’appelle la seconde naissance, et donne aux trois castes qui y sont admises le titre d'hommes deux fois nés , par lequel elles sont toujours désignées dans le texte de Manou.
Tout Brahmane , et sans doute tout homme deux fois né, doit se baigner chaque jour, faire une prière à l’aube du matin et au crépuscule du soir, dans un lieu peu fréquenté, près d’une eau pure , et s'acquitter aussi chaque jour des cinq obligations sacrées : lire les Védas, faire des oblations aux mânes des ancêtres, brûler un holocauste en l’honneur des dieux, donner le riz aux créatures vivantes , et recevoir les hôtes avec générosité.
On rend le culte aux dieux en faisant brûler sur leurs autels des offrandes de beurre clarifié , en y répandant des libations faites avec le suc de certaines plantes. Si le texte parle des idoles , il réprouve toujours leur adoration, et il ne fait en aucun passage allusion aux offrandes de fleurs et de parfums
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qu'on dépose aujourd’hui à leurs pieds.
Ce sont les Brahmanes qui font les oblations à leur foyer domestique ; les autres cérémonies s’accomplissent par chacun dans sa maison.
Ces obligations sont faciles à remplir, excepté toutefois celle de lire les Védas.
On doit les lire distinctement et à voix haute, avec l’esprit calme et dans une posture respectueuse. La lecture peut être interrompue par certains présages, tels que la pluie, le tonnerre, les éclipses, les hurlements du chacal , ou suspendue par certaines occurrences qui peuvent distraire l’esprit.
Outre les oblations de chaque jour , il y a desobligations mensuelles à remplir envers les mânes des ancêtres. On doit choisir pour cela des clairières dans les forêtsou des lieux solitaires sur les bords des ruisseaux. Le sacrificateur brille un certain nombre d’offrandes , et dépose sur la terre des gâteaux de riz et du beurre clarifié en invoquant les mânes et les priant de venir en prendre leur part. Ensuite il doit traiter un petit nombre de Brahmanes, les servir avec respect et ceux-ci doivent manger eu silence.
On ne doit pas faire de funérailles aux gens de mauvaise vie ou à ceux qui se sont suicidés. Mais , d’un autre côté, il y a une cérémonie effrayante qui s’accomplit lorsqu'une famille renie solennellement un membre indigne d’elle : elle célèbre ses funérailles comme s’il était mort. Cependant, s’il vient à se repentir, il peut par une autre cérémonie être rendu à sa famille et à la vie civile.
Innombrables sont les mets auxquels un homme deux fois né ne saurait toucher. Un Brahmane doit s’abstenir de la nourriture préparée par un chasseur, un mineur, un blanchisseur , un teinturier. Qui croirait que la même prohibition s’étend aux médecins, et que cette utile profession est toujour classée par la loi parmi les plus impures ? Ce qui ne surprend pas moins , si l’on compare les Indous d’alors à ceux d’aujourd’hui, c’est qu’il
est permis aux Brahmanes de manger plusieurs espèces de viande, et qu’H leur est même ordonné d’avoir sur leurs tables, à certaines fêtes solennelles, de la viandede bœuf, fl est vrai que le législateur recommande expressément l'humanité envers les animaux , et qu’il est méritoire à ses yeux de s’abstenir de leur chair ; mais dans aucun passage du livre elle n’est prohibée. La permission de manger du bœuf est surtout remarquable; car il paratt qu’alors la vache était aux yeux des Indous un animal aussi saint qu’aujourd’hui. Sauver la vie d’une vache , c’estunebonne actionqui peutcompter en expiation du meurtre d’un Brahmaue ; tuer une vache est un crime qui ne peut se racheter que par trois mois des plus dures austérités et de soins serviles donnés à un troupeau.
Plus de la moitié du livre est remplie de règles sur la purification.
La cause la plus commune de l’état d’impureté est la mort d’un parent.
Cet état peut durer dix jours pour un Brahmane , et un mois pour un Soudra , si c’était un proche parent .
Une infinité de circonstances qu’il serait trop long d’énumérer peuvent faire tomber un homme dans l'état d’impureté. Cependant, au milieu de ces prescriptions qui nous semblent si déraisonnables , il en est qui prouvent plus de sens qu’on ne s’y serait attendu. Ainsi ni le roi , ni ses officiers ne peuvent être impurs pendant le temps u’ils consacrent aux affaires. La main e l’ouvrier employée à son travail est toujours pure ; les parents du soldat tué sur le champ de bataille sont relevés de l’impureté, et le soldat lui-même qui meurt en faisant son devoir est délivré de toutes ses impuretés.
La morale prêchée par le législateur est pure; en général, elle tend le plus souvent à élever les âmes , à leur inspirer de généreux sentiments.
Il faut dire cependant que la tendance générale de la morale des Brahmanes se propose de conserver l’innocence de l’homme plutôt que d’exciter des vertus actives ; ce qu’elle
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a en vue , c'est surtout d'assurer la tranquillité de l’âme et d’éviter toute sensation de peine ou de douleur aux êtres sensibles.
g V. Des mœurs et de l’état de la civilisation.
En cherchant à connaître les mœurs d’une nation, le premier point qui attire peut-être l’attention, c’est la condition des femmes.
La femme , dans la société indoue, doit l’obéissance la plus entière à son mari , qui est chargé à son tour de lui faire observer la loi , et qui doit lui permettre d'innocents plaisirs; si elle n’a pas de mari , elle vit sous l’autorité de ses parents de l’autre sexe.
D’un autre coté , il est expressément en joint au mari et aux parents d’honorer les femmes; car, oit la loi, « si les femmes nesontpas honorées , tous les actes religieux restent sans fruit , et une famille où les femmes ne sont as dans une position honorable et eureuse périt bientôt misérablement ; tandis que là où le mari est satisfait de sa femme et la femme de sou mari , le bonheur est assuré. »
Les devoirs du mari envers sa femme sont même réglés avec une minutie que nous ne saurions comprendre.
Ainsi il lui est ordonné de la tenir toujours bien pourvue de vêtements , de bijoux , de nourriture , etc.
Les veuves sont sous la protection spéciale de la loi ; leurs parents de l'autre sexe n’ont rien à voir dans leur fortune. Le roi est le protecteur né des veuves , des femmes non mariées, et il a charge de punir comme des voleurs les parents qui voudraient les dépouiller de leurs biens.
Le code de Manou nous apprend peu de chose surles moeurs domestiques de son temps; il ne traite que des Brahmanes, et pour leur donner comme à l’ordinaire des injonctionsaustères , mais puériles. Ainsi, un hommede cette caste ne doit bas manger avec sa femme , ni la regarder manger, ni assister à sa toilette, quand elle se noircit les paupières inférieures, etc.
Dans toutes les classes, c’est le devoir
des femmes de veiller aux dépenses de la maison , de préparer la nourriture de chaque jour, enfin de diriger le ménage. « Quoique recluses dans l’intérieur des appartements , il n’y a d« femmes dont la vertu ne court pas de dangers que celles qui sont gardées par les sentiments de leur cœur. »
Il n’y a pas un mot dans tout le code qui se rapi>orte aux Sattin , c'est-à-dire à la coutume pour les veuves de se brûler sur le cadavre de leurs maris.
Il est au contraire recommandé aux . veuves des Brahmanes de mener une vie vertueuse et austère. Il est évident que le législateur n’a jamais songé à cette barbare coutume.
Les seuls suicides autorisés par la loi sont celui d'uu ermite qui, atteint d’une maladie incurable , se laisse mourir de faim, et celui d’un roi qui, sentant sa fin approcher, distribue une partie de sa fortune aux Brahmanes, remet à son fils les rênes du gouvernement, et va se faire tuera la bataille, ou, en temps de paix, se laisse mourir de faim.
On peut se faire une idée des plaisirs alors connus par ceux contre lesquels le roi doit se tenir en garde ! la chasse , les jeux de hasard , les excès de femmes, l’ivresse, le chant, la danse et les voyages sans but d’utilité.
Le plus grand respect est toujours recommandépourles parents, les vieillards, pour les gens instruits, pour les gens riches , |>our les grands personnages. « Sur la route, il faut céder le pas à un char à roues, au vieillard de quatre-vingt-dix ans, au malade, à 1 1 homme chargé d’un pesant fardeau, à une femme, à un prince, àun nouveau marié. »
En maint passage le code recommande comme de la plus haute importance le respect le plus absolu pour la coutume immémoriale. « C’est la loi transcendante, la racine de toute piété. » Aujourd’hui encore, c’est l’esprit vital de la société indoue et la cause la plus réelle de la permanence de scs institutions.
Les arts de la vie, quoique simples encore, sont déjà sortis de la barbarie.
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La loi parle de l’or et des perles , de la soie et des bijoux comme de choses qu’on trouve dans toutes les familles.
Les éléphants, les chevaux, les chars semblent servir de moyens ordinaires pour le transport des hommes, comme le bétail , les chameaux et les voitures pour celui des marchandises. Les professions qui sont nommées dans le livre de Manou montrent que j’on connaissait alors toutes celles qui sont nécessaires à la vie civilisée , sinon aux raffinements de la civilisation; et le nombre des espèces de. grains , d épi- # ces , de parfums, dont les noms sont rapportés, indique une agriculture déjà avancée.
11 n’y est pas question de tribus nomades. . .
De tous les peuples de l’antiquité, les Égyptiens semblent être ceux qui ont le plus ressemblé aux Indous; mais nous savons encore trop peu de chose sur leur compte pour essayer d établir un parallèle entre lesdeux nations.
Il est plus faeiledecomparer les Indous aux Grecs, tels qu’ils sont dépeints par Homère, presque contemporain de Manou. Si les Indous sont inférieurs sous le rapport du courage, de l’énergie , de l’élégance , à cette race héroïque, en comparant cependant les lois des deux peuples , leurs formes administratives, leur savoir dans les arts usuels de la vie, il est presque impossible de ne pas reconnaître que les Indous vivaient dans un état de civilisation supérieure à celle des héros européens. Leurs mœurs étaient moins rudes, leur conduite à l’égard de leurs ennemis plus humaine , leur développement intellectuel plus considérable; enfin, pour cequi est de la connaissance de Dieu, ils étaient déjà éclairés par une lumière qui n’a été aperçue que très-vaguement par les plus beaux génies de Ta Grèce.
Maintenant, avant de terminer ce rapide aperçu de la société brahmanique, essayerons-nous de lever un coin du voile qui cache son histoire ?
En réunissant toutes les lumières que nous pouvons faire sortir du code de Manou on voit que les trois premières
castes forment en réalité la société ap-
Ïielée àjouirdu bénéficedela loi, et que es Soudras sont dans une position servile et dégradée. Il paraît cependant, parle texte même du livre, qu’il y avait des villes gouvernées par des rois soudras, mais où les Brahmanes ne doivent pas entrer ; « qu’il y a même des territoires entiers habités- par les Soudras , remplis d’athées et vides de Brahmanes. » La loi ordonne encore aux hommes deux fois nés d’habiter exclusivement le pays situé entre l’Himalayah et les monts Vindhya, de la mer orientale à la mer occidentale ; mais le Soudra peut aller chercher à gagner sa vie dans tous les pays du monde.
11 est difficile de ne pas conclure de là que les castes des deux fois nés étaient une race conquérante ; que la caste servile représente la race aborigène et vaincue; qu’il y avait sur le territoire sacré des villes qui avaient encore conservé leur indépendance, et que tout le pays au sud des Vindhyas n’avait pas encore été entamé par les conquérants et par leur religion.
Mais ces conquérants étaient-ils de race étrangèreou une tribu locale, comme les Doriensen Grèce , ou une secte religieuse qui s’imposa par la force des armes? Les différences physiques qui se remarquent encore aujourd’hui entre les hommes des castes supérieures et les Soudras tendraient à le faire croire; mais il y a aussi des raisons qui empêchent d’admettre cette hypothèse comme une certitude. Ainsi ni dans le code de Manou , ni dans les Védas , ni dans aucun livre d’une date intermédiaire, il n’est fait allusion à un séjour antérieur dans un autre pays. La my thologie même ne va pas plus loin que i’Himalayah, dont elle fait la demeure des dieux.