‹ Inde histoire et description de tous les peuples, de leurs religions, moeurs, coutumes, industries, etc par m. Dubois de Jancigny et par m. Xavier RaymondChapitre 8 sur 38 · de francs · texte numérisé non relu

de francs

Nous nous bornerons à cet exposé général, qui suffit pour montrer quelles sont les ressources matérielles de l’Inde, l’importance de ses relations commerciales avec la Chine, les dangers qu’entraînaient pour l’avenir de ces relations Commerciales, et conséquemment pour la Grande-Bretagne elle-même, la suspension de la bonne intelligence entre les deux tftats ; la nécessité d’asseoir les rapports futurs de l’Angleterre et de la Chine sur des bases plus larges et plus durables; enfin, et par-dessus tout , la nécessité absolue pour le gouvernement britannique de donner à l’Inde anglaise les facilités et les encouragements réclamés avec tant d’instance par l’agriculture et l’industrie.

Il en est du bien-être actuel et de

l'avenir des nations , comme du bienêtre et de l'avenir des familles. Les intérêts matériels ne sont pas tout; un bon gouvernement doit se préoccuper avec une égale sollicitude des intérêts moraux et intellectuels des

Keuples. Sous ce rapport, il y a encore eaucoup à faire dans l’Inde; et la difficulté de subordonner à un plan général toutes les modifications de détail qui se présentent comme également nécessaires aux méditations de l’homme d’Etat , mais à des titres si divers, selon les localités, dans un si vaste empire; cette difficulté est immense. Peut-être est-elle insurmontable. La Providence, y pourvoira par ces interventions inattendues qui remédient aux fautes de l’humanité.

Mais, il faut le reconnaître, la nature a marqué de traits si imposants la physionomie physique et intellectuelle de l’Hindoustan, les destinées des peuples s’y sont développées par des influences si mystérieuses ou des secousses tellement imprévues, et l’avenir s’y prépare par des causes qui empruntent au passé un tel caractère de grandeur , qu’on se laisse volontiers aller à la contemplation de ce vaste ensemble, et qu'on se demande ce que deviendra cet empire dans la main mercantile et guerrière de l'Angleterre, et sous la triple influence des ioisde Brahma, de MahometetdeJésus- Christ ! Quelle complication étrange !

que d'éléments de vie ! que de germes de mort ! Ne semble-t-il pas que ce corps gigantesque soit condamne, à grandir irrégulièrement sans relâche , et à se briser enfin sous son propre poids ? Lord Clive avait été le premier des délégués du pouvoir souverain dans l'Inde anglaise à prévoir et à prédire hautement ce développement fatal. Quelques années avaient a peine passé sur les prophétiques paroles de ce grand homme, que le parlement anglais déclarait solennellement « que.

les plans de conquête et d'agrandissement dans l’Inde étaient contraires au désir, à la politique et à l'honneur de la nation. » Les événements sont venus donner le plus éclatant démenti à ces théories parlementaires, et confirmer les prévisions du vainqueur de

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Plassey. Et ce qu'il y a de plus remarquable , c'est qu’à dater de cette protestation contre toute entreprise ambitieuse, les accroissements de territoire sont devenus plus considérables et plus fréquents. Quand lord Cornwalhs arriva dans l’Inde, en 1780, il trouva sir John Macpherson enrayé dans des négociations avec les Mahrattes et le Ni/.fmi , négociations qui devaient entraîner le gouvernement suprême dans une guerre avec Tipou- Saliéb. La premier acte de lord Cornwallis fut de rompre ces négociations, en déclarant que les Anglais ne s'engageraient que dans des guerres' strictement défensives. Son second acte fut de proposer une alliance à ces mêmes Mahrattes, à ce même Nizâm , et d’engager, de concert avec eux , une lutte dont le résultat fut un agrandissement considérable du territoire de la compagnie. Ce n’était pas la faute de lord Cornwallis, mais bien celle des circonstances dont le torrent l’a entraîné malgré ses efforts. Comme lui, la plupart de ses successeurs, loin de placer pour ainsi dire les événements dans la dépendance de leur politique,

ont dû se résigner à voir leur politique tomber dans la dépendance des événements. Dans un intervalle de moins d'un siècle, l'Angleterre a plante son pavillon sur la ritadeile de, Gliizni et sur les murs de Kangoun, et toutes les contrées intermédiaires ont été rangées sous sa domination immédiate, ou reconnaissent sa suprématie. Voilà les résultats acquis, les faits accomplis , et i’acti'ité infatigable de la race britannique prépare à l’histoire de nouveaux et gigantesques matériaux dans l’extrême Orient. Cette race ambitieuse et prudente à la fois , qui a su commander l'estime ou exciter l’admiration du monde, sans mériter les sympathies de l’humanité, saura-telle consolider son œuvre en Asie, ou devra-t-elle remettre en d’autres mains le flambeau de la civilisation nouvelle qui luit sur ces vastes contrées? Voilà la question. Il ne nous appartient pas d'y répondre; mais nous nous sommes préparés à la mission qui nous était imposée, de mettre sous les yeux de nos lecteurs toutes les données du problème. Le passé et le présent sont les éléments de l’avenir!

Nota. Telle est la savante introduction par laquelle M. A. de Jancigny préludait à la description pittoresque de l’Inde. Avant d'entrer dans les détails du sujet, il voulait exposer l’importance que cette immense contrée, que ce monde nouveau a désormais conquise dans les faits actuels de la politique, lorsqu’une mission diplomatique en l’envoyant sur les lieux mêmas dont, il devait nous donner la description est venue interrompre ses travaux. Jaloux de conserver a leur entreprise la coopération d'un collaborateur aussi éclairé , les éditeurs ont patiemment attendu pendant plus de deux années, espérant que le retour de M. A. de Jancigny, plus riche encore des nouveaux matériaux qu’il n’a pas manqué de rassembler dans son second voyage, indemniserait largement le public d'une si longue attente. Aujourd’hui l’absence de M. A. de Jancigny se prolonge sans qu’il soit possible d’en prévoir le terme; l’importance sans cesse croissante que prennent les développements de la politique asiatique semble devoir le retenir beaucoup plus longtemps qu’on ne l’avait présumé d'abord sur le théâtre même des événements, et les éditeurs se voient dans la nécessité de confier à d’autres mains le travail pour lequel M. A. de Jancigny avait tout d’abord été désigné à leur choix par son expérience personnelle, par ses connaissan- ' ees locales et son long séjour dans le pays qu’il devait décrire.

Désormais toutes les' mesures sont prises pour que la publication de 1 ' Inde pittoresque n’éprouve plus aucun retard et pour que ses livraisons se succèdent régulièrement.

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