PRÉFACE
A Monsieur Pierre DAUZE,
n peut toujours rentrer à l'Hôtel Drouot quand on en est sorti et vous m'y conviez après un assez long temps d'arrêt. Je croyais bien cependant avoir pris ma retraite définitive. On était libéré autrefois après sept ans de service et j'en compte huit !
Que s'est-il passé à l'Hôtel Drouot depuis 1888, époque à laquelle je me suis accordé mon congé? Pour un chroniqueur qui se retire, la matière n'en reste pas moins inépuisable. Je ne fus pas, d'ailleurs, le premier explorateur du genre. Henri Rochefort avait déjà révélé, avec son esprit habituel, les Petits mystères de V Hôtel des Ventes que Champfleury, dans un livie humoristique, appelle « le Temple de la spéculation ». Précurseur avisé, il entrevit le jour où paraîtrait dans les journaux un bulletin spécial contenant la hausse ou la baisse des œuvres d'art. Il semble que le moment soit venu, à en juger par votre répertoire pratique qui répond justement à ce qu'il avait prévu.
Nous n'étions que les Froissart ou les Commines de la coulisse. Ce que Charles Blanc avait fait, pour le passé, avec les livres anciens, dans son Trésor de la curiosité, je l'ai tenté, de visu, pour le présent, commentant, documentant, découpant en pleine réalité, me contentant quelquefois, quand les chiffres parlaient d'eux-mêmes, de les inscrire et de les enregistrer sans commentaires. Mais ce que j'ai fait ne répondrait plus au besoin rapide d'informations qui nous dévore. Il faut aujourd'hui à l'amateur son carnet de Bourse où il voie tout de suite, sans le chercher, ce qui l'intéresse, la valeur de chaque objet, sa hausse ou sa baisse — en un mot un horaire perpétuel et synoptique. C'est là ce que vous proposez de lui donner : un tableau exact et prompt de ces opérations multiples, relevées et résumées d'après les innombrables catalogues qui se distribuent tous les jours à domi-