‹ Index, lectures et morale évangélique [microforme]Chapitre 4 sur 7 · PRUDENCE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

PRUDENCE CHRÉTIENNE

La loi morale, écrite dans nos cœurs et perfectionnée par l’enseignement évangélique, va souvent plus loin que le droit positif de l'Eglise: elle nous fait un devoir de fuir tout ce qui peut nous entraîner au péché; elle proclame même coupable de faute mortelle quiconque s'expose sciem: et volontairement, sans motif proportionnellement sérieux, à l'occasion prochaine de violer un précepte grave et par là de perdre l'amitié de Dieu. Elle nous avertit d’ailleurs que «Celui qui aime le danger est certain d’y périr ».! Le danger, il faut le dire, varie selon les personnes et selon les conditions: tel qui est plus faible sera gravement tenu d'éviter une occasion où les forts ne trouveraient qu’un léger péril. Quoi qu'il en soit de notre force ou de notre faiblesse, une vérité est incontestable: c'est qu’en général aucune occasion n’est plus prochaine, plus imminente, plus irrésistible que celle d’un mauvais livre.

Un mauvais livre est un corrupteur effronté qui ne sait pas rougir et ne s'arrête pas aux limites que souvent n’oserait franchir le plus dissolu des séducteurs. On l'écoute sans honte, à loisir, pendant de longues heures du jour et de la nuit; il flatte les passions; il enflamme l'imagination: il fait au cœur de profondes et mortelles blessures; il répand à son gré la contagion jusque dans la profondeur des âmes.

La lecture est une semence: quand elle se compose de mauvais grain, on doit s'attendre que tôt ou tard, dans les champs spirituels où elle a été déposée, germera l’ivraie de l'erreur ou de l'immoralité. D’ordinaire on devient ce que nous font les livres que nous lisons habituellement:—ce sont les mauvaises lectures qui préparent, sinon toujours, du moins souvent, les pires débauchés et communément les impies, les anarchistes et les assassins.

La lecture est un aliment: quand elle contient du poison ou un élément malsain, elle affaiblit graduellement nos forces, elle ruine notre constitution morale; peut-on raisonnablement espérer qu’elle ne nous donnera point la mort ?

Les mauvais livres seront parfois d’un caractère lascif, enta-

1—1 Lccli., 3, 27.

à lémétiiiens

chés d’obcénité; ils se rencontrent alors surtout sous forme de romans. On ve :t les lire sous prétexte, dit-on, qu'ils peuvent nous apporter des cc raissances nouvelles et sont écrits dans une langue pleine de grâce e: d'élégance. Combien d’autres œuvres, en ce qui regarde le charme littéraire, possèuent au moins un égal mérite et sont plus solides, plus instructifs, et nous ouvrent en outre les horizons du monde supérieur, du beau dans toute son intégrité, avec les radieuses perspectives de l’éternité. Pourquoi cependant leur préfère-t-on les ouvrages où s’étale la laideur de l’immoralité ? Ah! il n’est pas téméraire de le dire: c’est que souvent on est en quête d’impressions qu’on ne voudrait point pleinement avouer en dehors de la compagnie des libertins. Et nous sommes en droit de croire que de tels lecteurs, au lieu d’épurer chez eux le goût et d’acquérir des connaissances utiles, ne trouveront .guère dans les livres obscènes qu’un aliment à des passions honteuses et criminelles; et par leurs lectures ils auront surtout contribué à mettre plus de boue encore sur ie tombeau de leur chasteté.

Mais non, diront-ils, nous sommes « blindés » contre le mal; pour nous de telles lectures n’offrent point de danger.—Fatale illusion! Eh! quoi, des hommes fortifiés depuis de longues années par l'abondance des grâces divines, par l’habitude des combats et le iriomphe définitif de la vertu sur toutes les faiblesses et toutes les fascinations, ne porteraient, s’il le fallait, qu’en tremblant leur regard sur des œuvres de ce genre; et !: jeune homme dans toute l’ardeur d’une nature indomptée, la jeune fille aves sa vive impressionnabilité, l'épouse avec des imperfections ou des habitudes mondaines pu rassurantes et un sens surnaturel peu cultivé, l’homme mûr ou à :n âge avancé, mais cependant toujours ;cune parce que toujours imprudent et toujcurs passionné, se croiront assez forts pour aïfroncer impunément un pareil périll Mais leur cœur, s’il n’est pas déjà souillé, n'est-il pas du moins ébranlé et sur le point de deveï.ir le juuet d’une séduction? « Quand Daliia a enlevé à Samson la chevelure de ia crainte, elle le livre sans force aux mains de ses ennemis. v On est bien près d’être vaincu quand =" regarde avec complaisance, comme Eve au paradis terrestre, le 1ruit défendu. Les tentations n’ont à faire qu’un facile effort p :1r renverser limprudent qui se plaît à braver les sourires et les caresses de la

volupté, eût-il auparavant possédé la vertu de David et la sagesse de Salomon. « Celui qui aime le danger est certain d’y périr ».

Les mauvais livres peuvent être encore contraires à la foi. Ce sera souvent l’homme de culture intellectuelle qui aimera à cheminer par les voies les plus aventureuses, en compagnie et sous la direction d’esprits eux-mêmes égarés. Funeste présomption! Ne s’expose-t-on point à perdre le fil ou à ne plus retrouver le chemin qui ramènent à la vérité? Si du moins on lisait les livres impies ou hérétiques afin de les réfuter, on trouverait dans les motifs du vrai ou leur mise en lumière l’antidote à l’erreur et, poursuivant un but louable, on pourrait compter sur le secours de Dieu. Même dans ces conditions, combien le travail est périlleux! Combien d'hommes éclairés ont été entraînés dans l’hérésie ou l’incrédulité en voulant les réfuter! Et pourtant on aurait pu parfois les croire fermes et inébranlables comme un Athanase ou un Augustin. Pourquoi fréquenter, par la lecture, la société des athées ou des hérétiques, surtout quand on ne possède qu’une foi peu ardente et peu vigoureuse et des connaissances religieuses pleines de lacunes et d’imperfection? Pourquoi, lorsqu'on a tout à redouter de sa faiblesse et de son inexpérience, se jeter au milieu de précipices où tant d’habiles nageurs ont péri?

Quel triste sort attend le catholique qui pratique habituellement les livres, les journaux, les revues, les œuvres où l’on attaque sa foil L'erreur pénètre secrètement dans son âme, à la façon de ces fines pluies qui s’infiltrent insensiblement dans la terre. Les doutes surviennent, les scrupules disparaissent, la vérité pâlit à l'horizon, l'esprit obscurci et affolé se débat vainement contre le sophisme, il s’égare dans le dédale des plus absurdes contradictions, et finit communément par s'étendre sur la couche d’agonie d’une incrédule indifférence. L’herbe, a-t-on dit, ne poussait plus où avait mis le pied du cheval d’Attila. Quand l'hiver est passé, la nature se réveille et reverdit au soleil du printemps; il arrive, aussi, fréquemment que la vertu refleurisse dans un cœur de croyant flétri par le péché : on voit rarement la lumière réapparaître et la foi se ranimer dans une âme stérilisée par l'erreur et ravagée par l’incrédulité; l’impiété y a détruit jusque dans leurs racines l'espérance et la vie.

Le lecteur imprudent ne parcourra peut-être pas toujours tous les degrés de la déchéance dans les mœurs ou Ia foi; il n’échappera pas du moins au malheur déjà bien déplorable de fausser partiellement son intelligence et de subir une notable diminution de l’esprit surnaturel et du sens chrétien. Comment pourra-t-il éviter de perdre l’amitié de Dieu?

Vous vous éloignerez soigneusement du danger et de l’apparence même du mal. Vous ne ferez que des lectures solides, sûres et réconfortantes, qui donneront à votre cœur une plus vive déliçcatesse et une plus vigoureuse générosité, à votre âme des sentiments plus nobles et plus dignes de Dieu. On ne saurait jamais être trop prudent quand il s’agit d’une éternité.

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