‹ Index, lectures et morale évangélique [microforme]Chapitre 3 sur 7 · PT 1.—OBÉISSANCE · texte numérisé non relu

PT 1.—OBÉISSANCE

Aucune société n'existe sans une autorité ayant le pouvoir de commander et le droit d’être obéie. L'Eglise possède donc ce pouvoir et ce droit puisqu'elle est un royaume, partant, une société: le royaume de Jésus-Christ. «Toute puissance, a dit le Sauveur, m'a été donnée au ciel et sur la terre. ! De même que mon Père m’a envoyé, ainsi je vous envoie: ? allez, enseignez toutes les nations… leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé. Celui qui vous écoute m’écoute; celui qui vous méprise me méprise. * Je serai avec vous tous les jours jusqu’à la consommation des siècles. * »

Le Souverain Pontife, en particulier, a reçu dans la personne de Pierre, dont il est le successeur, la mission de paître les agneaux et les brebis du Seigneur. Il fui appartient donc d’éloigner son troupeau des plantes vénéneuses et de le diriger vers les pâturages du bien et de la vérité. Lorsqu'il condamne, soit par un acte personnel, soit par l’entremise des Congrégations romaines, les écrits malfaisants, ses décrets ont une portée universelle: ils obligent dans tous les lieux. Les lois de l’Index n’exceptent ou ne considèrent ni la vertu, ni la science, ni la dignité: on voit les cardinaux eux-mêmes s’y soumettre, et pour aucune considération ne s’y soustraire À moins qu'ils ne se soient munis auparavant, comme le plus humble des fidèles, d’une légitime autorisation.

La même soumission est due, dans chaque diocèse, aux défenses ou aux prescriptions de l’Ordinaire; car les « évêques —c’est l’Ecriture qui le dit—ont été choisis par l’Esprit-Saint pour gouverner l'Eglise de Dieu. © » Soumis à leur juridiction on doit leur obéir, fût-on juge, publiciste, homme d’Etat ou homme de profession.

1—Matth., 28, 18.

2—Joann., 20, 21.

3—Luc, 10, 16.

4—Matth., 28, 19-20.

5—Act, 20, 28.

6—Cette vérité est si indiscutable et si universellement admise dans l'Eglise, que les permissions accordée: par le Saint Siège lui-même de lire et de garder les livres prohihés ne comportent pas en soi le droit de lire ceux qui ont été proscrits par l’Ordinaire, Il faut que l’Indult apostolique étende expressément la permission aux livres condamnés par n’importe quelle autorité. Const. Offciorum, 26.

C'est en vain que pour s’exempter du précepte on prétendrait ne trouver à la lecture des livres défendus aucun danger. Une telle prétention est habituellement une illusion. Au reste, une loi est essentiellement d’un caractère général; elle ne cesse point d’obliger parce que, dans un cas particulier, le motif qui l’a déterminée ne trouve pas son application. Ne la point observer, même en pareilles circonstances, c’est la plupart du temps donner scandale et toujours se rendre coupable d’une désobéissance dont il faudra rendre compte au tribunal de Dieu.

Mais, dira-t-on, les prohibitions de l’Index sont opposées au progrès: elles empêchent la diffusion de [a lumière.—Il n’y a de véritable progrès que dans ce qui est propre à perfectionner l’intelligence ou la volonté. Or l'erreur est une aberration de l'esprit; l’obscénité, un avilissement du cœur. Toutes deux consistent dans une négation: l’une du vrai, l’autre, du bien; elles ne nous apportent aucun élément de progrès. Satisfaire sa curiosité, est-ce toujours s’instruire? Progresse-t-on dans la science parce qu’on entend tout ce que raconte à l’état de veille un halluciné ou dans son sommeil un homme en délire? L'erreur est ténèbres; l’obscénité, de la boue: faut-il blâmer l'Eglise qui nous fait un devoir de rejeter les ténèbres pour la lumière, et la boue pour les perles et les diamants de la vertu dans In vérité?

Mais, dit-on encore quelquefois, nous à ames libres!...Et l’on est bien près d’ajouter, au moins iout bas dans son cœur, que la défense üe lire les livres qui nous plaisent est une violation de la liberté. — S'agit-il de la liberté physique, c’est-à-dire du pouvoir de choisir? Ce pouvoir demeure: aucune loi ne saurait le détruire et tous les jours, hélas! le pécheur et l’impie, en secouant le joug du Seigneur, poussent même jusqu’à l’abus l’exercice de leur liberté. Au reste, la retreindre par un commandement, c’est la perfectionner; car la faculté de choisir le mal su de s’igarer est une imperfection. Le vaisseau désemparé, ballotté en tuus sens au caprice de la vague et des vents, poursuit-il pour cela une marche plus parfaite et plus désirable? Quel homme sensé hésitera à lui préférer la course du navire qui, retenu par le gouvernail sous la main vigoureuse du pilote, domine la tempête et les flots et s’avance sans jamais dévier vers le port qui lui est destiné? Ainsi en est-il de notre liberté:

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elle est parfaite dans la mesure où elle se dirige avec sûreté vers le port du vrai, du bien et de la sainteté.

S'agit-il d’une liberté qui consisterait dans le droit de négliger tout précepte et de se révolter contre toute autorité? Un tel droit n’a jamais existé: il n’y a point de liberté morale qui nous rende indépendants du devoir et de la volonté de Dieu. Le Seigneur est le roi de tout l'univers: tout doit lui obéir. Sied-il au serviteur de commander ou d’agir entièrement à son gré dans la maison de son maître? Et serions-nous soustraits À l’autorité de Dieu parce qu'ayant reçu de plus précieux bienfaits nous lui devons plus de reconnaissance et d'amour? La sagesse brille dans toutes ses œuvres: car lui-même toujours il agit selon la règle de son éternelle raison. Tout est réglé dans la création: pas un être ne se meut, pas une feuille ne tombe, pas un atome ne roule, pas un rayon ne s’élance dans les airs, aucune ombre ne passe, aucune voix ne s'élève, aucan silence ne se fait, aucun phénomène ne se produit sans obéir à une loi. Depuis des millions d'années les créatures s’acheminent vers leur destinée, toujours fidèles à la voix de Celui qui a dit à chacune d’elles après lui avoir donné l'existence: «Voici ton chemin et ta mission à travers l’espace et les siècles.» Et l’homme serait indépendant du Souverain Dominateur ! Seul il posséderait le triste privilège de rester étranger à la loi de l’obéissance et à l’universelle harmonie! Ah! gardons-nous de le croire; les dons du Créateur ne sont point un titre à l'indépendance. Si Dieu nous a donné de plus hautes facultés, il attend de nous de plus parfaits et plus nobles hommages ; et pour avoir reçu le bienfait de la liberté, nous n’en sommes pas moins soumis à la Volonté Suprême qui gouverne le monde et aux commandements honnêtes de toute légitime autorité; car «tout pouvoir vient de Dieu! » et représente de quelque façon parmi les peuples sa toute-puissante souveraineté. Nous ne sommes point moralement libres d’enfreindre ou de négliger les défenses et les prescriptions de l'Eglise; car elle a reçu du Seigneur lui-même la mission et la grâce de conduire sûrement les hommes, par les routes de [a vertu et de la vérité, au royaume de l’éternelle vie.

i— Rom. 13, 1.

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